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Visions de l’idiome natal, 1807 (2)
jeudi 23 octobre 2025, par
Visions de « l’idiome natal » à travers l’enquête impériale sur les patois (1807-1812) – Langue d’oc, catalan, francoprovençal (France, Italie, Suisse), Trabucaire, 2010 (2)
Suite de Visions de l’idiome natal. 1807 (1)
Qui sont les enquêteurs ?
Ministère de l’Intérieur
L’enquête se mène dans un aller-retour entre le Ministre solliciteur et les préfets, eux-mêmes solliciteurs d’enquêteurs « de base ».
Sans pour autant que les Ministres successifs [1] s’en désintéressent, l’impulsion donnée à l’enquête et son traitement sont le fait du Bureau de la Statistique, et de son directeur, le Baron Charles Étienne Coquebert de Montbret. Le personnage a tellement marqué l’enquête qu’elle est souvent désignée par son seul nom [2].
Né en 1755, Coquebert a servi en grand commis tous les régimes [3].
Cet administrateur érudit, sans attache familiale avec les « patois » méridionaux (sa famille est rémoise), est un polyglotte, passionné de langues, un géographe que la variété des terroirs français interroge [4]. Ce n’est pas un solitaire : il a noué des liens avec quantité d’érudits et d’administrateurs.
Son rôle est majeur dans le lancement et le déroulement de l’enquête.
Pour autant, il convient de ne pas trop personnaliser la démarche : l’enquête, on l’a vu, s’inscrit dans la stratégie impériale d’appréhension de la réalité totale du territoire. En 1808 d’ailleurs, alors que l’enquête bat son plein, Coquebert de Montbret, devenu Maître des Requêtes, est rattaché à la commission du contentieux, et à partir de 1810, il dirige les douanes dans la Hollande désormais française.
Remplacé au Bureau de la Statistique par Auguste Silvestre., Coquebert demeure passionné par l’enquête, à laquelle s’intéresse de près l’Académie celtique dont il est collaborateur actif.
Mais un autre Coquebert continue à dépouiller l’enquête : Eugène Coquebert de Montbret (1785-1849). Il a été recruté par son père comme surnuméraire au Bureau de la Statistique, dont il deviendra sous-chef. Quel étrange personnage ! « À peine âgé de 5 ans, il tomba d’une voiture, qui lui passa sur le corps. Cet accident lui causa une surdité absolue, ce qui entraîna la perte de l’usage de la parole. Il savait déjà lire, et, doué d’une grande intelligence, d’une prodigieuse mémoire, il apprit sans maîtres le français, le latin, le grec, et la plupart des langues vivantes de l’Europe » [5].
Ainsi, c’est à ce fils coupé de la communication au monde, sinon par le geste et l’écrit, que Coquebert père délègue l’examen des envois préfectoraux, c’est muré dans son silence forcé que Coquebert fils engrange l’immense bruissement dialectal venu de toutes les parties de l’Empire…
À la dissolution du service de la statistique, Coquebert jeune passera au bureau de l’agriculture, puis sera nommé, en tant qu’orientaliste, secrétaire interprète au ministère des affaires étrangères. Comme son père, il demeurera après l’arrêt de l’enquête passionné par la question des patois.
Quel que soit le Coquebert qui œuvre sous la signature ministérielle, il n’en demeure pas moins que, pour les préfets, c’est à « Son Excellence » le Ministre qu’ils doivent rendre des comptes.
Préfets et cadres de préfectures
La correspondance ministérielle montre l’intérêt avec lequel sont dépouillés les envois des préfets, souvent relancés quand leur travail apparaît incomplet.
Qu’on n’imagine pas, chez bien des préfets, un zèle particulier pour cette prospection linguistique. 1807 voit le lancement de nombreuses enquêtes qui les sollicitent sur des sujets apparemment plus importants. En conséquence, si quelques réponses parviennent aussitôt (Pô, novembre 1807 ; Hautes-Pyrénées, janvier 1808 ; Drôme et Gers, février 1808…), le gros des retours s’échelonne entre 1808 et 1811. Et 1812, dernière année de l’enquête, voit arriver des réponses tardives (Hérault, Doubs, Indre, Alpes-Maritimes…) [6].
Le préfet, responsable de l’enquête et correspondant direct du Ministre, organise (voire manipule), la matière reçue des arrondissements, afin de la transmettre au Ministre.
Indépendamment de sa surcharge de travail, le préfet serait bien en peine d’effectuer ce travail en solitaire. Par définition, il ne peut pas être originaire de son département (le pouvoir se défie trop des coteries et clientèles). Thibaudeau, préfet à Marseille, est originaire de la Vienne, Ladoucette, préfet des Hautes-Alpes, est lorrain, Bossi, préfet de l’Ain, est piémontais, etc. Il ne faut donc pas chercher a priori chercher chez eux une sympathie pour des idiomes qu’ils ne pratiquent pas. Encore que l’on rencontre, chez certains, l’amour ambigu du chasseur pour sa proie, et que d’autres, d’origine méridionale, sont à même de comprendre l’idiome local : ainsi le provençal Villeneuve Bargemont [7], préfet du Lot-et-Garonne, qui s’intéresse à l’occasion aux vers gascons [8].
C’est donc la plupart du temps au secrétaire général de la préfecture que le préfet s’en remet. Au secrétaire de susciter l’enquête, d’en traiter les résultats, qu’il assume souvent par délégation de signature dans l’envoi au ministre [9].
Le secrétaire général met parfois la main à la pâte, comme Delor qui traduit « en patois de Privas » (Ardèche), Farnaud qui traduit en parler de Gap (Hautes-Alpes)…
Il peut même assumer directement la direction de l’enquête, (en sautant l’échelon des sous-préfets), s’il s’estime capable d’en maîtriser la matière.
Les secrétaires sont souvent en effet originaires du département, et, s’ils ne le sont pas, des années de présence, parfois depuis le Directoire, le leur ont fait connaître. Les préfets passent, les secrétaires demeurent… Ces secrétaires sont membres des sociétés érudites départementales, sociétés de vieille existence, ou officieuses sociétés créées par le préfet. Ils vont y trouver des informateurs.
À Lyon, c’est l’érudit conseiller de préfecture Cochard qui s’active.
Dans les Hautes-Alpes [10], le secrétaire général Farnaud [11] est maître d’œuvre. Il réunit autour du préfet un cénacle adulateur, (par ailleurs bien au fait de la réalité patoise) qu’il n’est pas inintéressant de détailler. Farnaud traduit la parabole en parler de Gap et compose un noël patois. Le magistrat Dongois traduit la parabole pour Embrun, dont il est maire (son père en était déjà consul). Héritier de grande famille, enrichi par l’achat de biens ecclésiastiques, lettré épicurien, et défroqué, l’abbé Angles, maire de Veynes, traduit la parabole et dédie à l’Empereur un poème patois adulateur. Ces traductions sont accompagnées de commentaires pertinents sur la prononciation et la graphie. Maigre, ancien juge de paix du canton de Saint Firmin, donne la traduction en parler du Champsaur et propose un texte en prose dialectale sur le Valgaudemar. En dehors de cette garde rapprochée du préfet, le sous-préfet de Briançon, Chaix, a eu recours aux services du prêtre Jean Joseph Rey, membre lui aussi de la société d’émulation, passionné de botanique et d’agronomie : fixé dans le Briançonnais dont il est originaire, il traduit la parabole dans l’idiome du Queyras, dans celui de Briançon, et ajoute des commentaires détaillés [12].
Autre cas d’espèce, le secrétaire peut se passionner pour l’enquête au point d’en faire œuvre personnelle et développée.
Dans le Gers, le préfet précise en envoyant un dossier très fourni [13] :
« Ce travail, Monseigneur, est dû au zèle et aux soins de Mr. Cazaux secrétaire général de la préfecture, qui ayant toujours habité ce département, dont il est natif, connoit parfaitement le génie du patois gascon ».
(Cazaux avait en 1803 assuré la publication d’un Annuaire qui, fait assez rare, faisait déjà bonne place à l’idiome natal [14]).
Cazaux fournit à l’enquête un long « Vocabulaire contenant l’explication des mots du patois gascon, employés dans les échantillons de ce patois » précédé d’abondantes « Observations préliminaires » :
« On ne s’est pas contenté de donner dans le vocabulaire la signification que tous les mots, qu’on emploie dans les échantillons du patois gascon, envoyés à Son Excellence, doivent avoir dans ces échantillons ; on a cru devoir encore, 1° donner la conjugaison de quelques verbes, et on a préféré les deux verbes auxiliaires avoir, être, parce qu’ils sont d’un usage plus fréquent ; 2° dire, lorsque l’occasion s’en est présentée quelles étoient l’étimologie (sic), la racine et les différentes acceptions des mots, et tâcher de donner, par des exemples, une idée de ces acceptions, lorsqu’on n’a pas assés (sic) connu la langue française, pour y trouver les mots correspondants dont on croyoit avoir besoin ; 3° comme, dans sa lettre d’envoi, M.le Préfet annonce à Son Excellence, quels des différents échantillons présente le patois actuel, et quels présentent celui du dernier et du pénultième siècle, on a cru devoir ajouter, dans ce vocabulaire commun à tous les échantillons, des remarques qui fissent connaître les mots qui ne sont que d’un usage récent.
Quant à tout le reste, c’est au vocabulaire lui-même à montrer l’intention avec laquelle il a été composé, mais il est des choses qu’on y désireroit, et qu’on ne trouve pas toujours assés à-propos, parce qu’il eût été trop long de faire sur chaque mot en particulier, des remarques qui n’eussent été presque toujours que la conséquence et la répétition de quelques principes généraux : il a paru bien plus simple de détacher et de placer ici, une fois pour toutes, ces principes. Voici donc quelques observations ».
On juge par là de l’investissement du secrétaire général.
Dans le Lot-et-Garonne [15], le préfet joint aux paraboles une longue « Notice sur le langage et les usages particuliers des habitans du département du Lot-et-Garonne par M.C.M.Lafont du Cujula, Secrétaire général de la Préfecture », qui avait donné un Annuaire du département [16].
On a là affaire à de véritables apports documentaires et érudits.
On ne saurait en dire autant des départements où le secrétaire se contente de vouloir briller, en solitaire. Ainsi en Lozère [17], « Mr Broussous, Secrétaire général de la préfecture du Département de la Lozère, chargé de la rédaction du Mémoire statistique du même département », dans un style fleurant plus les préciosités littéraires que la réalité rurale, communique une sienne « Elégie patoise traduite en français avec des notes », des « Notions préliminaires » expliquant à sa façon prononciation et choix graphiques. Il traduit la parabole « dans le dialecte des habitans de la Lozère » et pousse le zèle en la traduisant en italien, histoire de montrer la proximité des deux langues. Bref, Broussous occupe la totalité de l’envoi.
« Spécialistes » de service
Le secrétaire général n’a pas le monopole de l’enquête. Il arrive que le préfet ait recours aux services d’une sommité érudite départementale. Ainsi le préfet du Var utilise ainsi les compétences l’érudit Turrel, ex-bibliothécaire à Draguignan, juge de paix et responsable de l’officiel journal du département. Il arrive aussi que cette sommité s’impose en doublon du secrétaire général : dans le Lot-et-Garonne, l’érudit secrétaire trouve un redoutable rival au sein même de sa société académique du département. En témoignent deux longs mémoires adressés joints à l’envoi au ministre [18]. L’érudit Lacoste Monlausur, ancien député du Lot à l’Assemblée Nationale, ne pouvait laisser passer pareille occasion…
Le préfet, et son secrétaire, peuvent même confier totalement l’enquête à cette sommité. Par exemple, le savant et modernisateur préfet de l’Isère Fourier se décharge sur Jacques-Joseph Champollion-Figeac (1778-1867), bibliothécaire adjoint de la ville et bientôt enseignant de littérature grecque de la faculté des Lettres de Grenoble [19]. C’est ainsi que l’érudit rédige un fort long mémoire débordant le cadre isérois, qu’il envoie au Ministre [20] et publie dès 1809 [21]. L’enquête sert ici une stratégie de reconnaissance personnelle au plan national.
En Vaucluse, le préfet, qui a bien d’autres chats à fouetter dans ces terres papales, depuis si peu françaises, s’est déchargé de la tâche sur l’érudit de service, dont un manuscrit que j’ai retrouvé dans les papiers de l’érudit Requien, à Avignon [22], montre l’embarras amusé. On mesurera, à la lecture de cette plaisante épître [23], anonymement adressée au préfet par l’enquêteur, l’ex-doctrinaire, dorénavant professeur de belles-lettres et secrétaire de l’Athénée de Vaucluse Hyacinthe Morel, l’aspect formel, livresque, du travail, sans référence à une réalité populaire.
« A moussu Dèlattre préfé doou Départamén, présiden de la méme soucieta (l’Athénée) é un déi Coumandan dé la ledzioun d’hounour.
Sû lou patoua qu’es en usadzé / Din aquésté départamen / Lou Ministré én homé sadzé / Voou avé dé renseignamen ; / e lou préfé que lou ségounde / din l’athénée a fa la roundé / é ma carga dé ié manda / tout céqué su cete matiére, / mai lieun pourriéu yé proucura. / aquéle cargue éi pa loudziérè / ai pourtan vougu la rampli. / ai vité mé la man a l’obre / mai quan n’avé dzi dé manobre / […] avé beou per yè parveni / métre l’espri a la tourture, / Sû lou travaï, voste figure / la gnieu, lou dzour a beou pali / vostre ouvradze toujour trinasse, / oou beou mitan déi paperasse, / la plume s’areste é langui, / la mieoune éi force pérézouze/ mai aqueco ouieou roudzi / de m’endourmi su lou rousti… » [24].
De même, à l’échelle de l’arrondissement ou de la grande ville, sous-préfets et maires peuvent à leur tour se retourner vers un « spécialiste » confirmé de l’idiome.
Dans son envoi au préfet, le Maire de Marseille remercie « M.Achard, bibliothécaire de la ville, et auteur d’un dictionnaire provençal, à qui je me suis adressé, pour obtenir la traduction suivant en différens dialectes des premiers versets de la parabole de l’Enfant Prodigue » [25]. Le médecin Achard, depuis 1793 bibliothécaire de la ville, secrétaire de l’Académie, responsable de l’officieux Journal du Département des Bouches-du-Rhône, et honorablement connu pour son dictionnaire [26], apparaît a priori comme une référence impeccable. Il avait déjà répondu longuement à l’enquête Grégoire. En fait, il a fallu l’enquête pour que son statut de « provençaliste » soit, fugitivement, pris en compte par les autorités et par ses pairs. L’Académie de Marseille ignore alors l’existence du provençal et Achard ne se risque pas à en traiter auprès de pairs indifférents et d’un préfet francisateur [27].
On verra plus loin comment la rebuffade ministérielle le renverra à sa solitude.
Les enquêteurs « de terrain »
À l’exception des cas où l’enquête est menée personnellement par un cadre de la préfecture ou par un « spécialiste » distingué, les préfets sollicitent les sous-préfets, parfois de façon particulièrement hautaine et impérieuse. Le 17 mars 1812 le préfet envoie au sous-préfet de Forcalquier (Basses Alpes) une lettre du ministre demandant des renseignements sur les dialectes :
« Je vous invite à vous pénétrer de cette lettre et à me procurer, le plus promptement possible, pour ce qui concerne votre arrondissement, les renseignemens qui en sont l’objet ». Et le 4 mai, au même : « Je vous invite, Monsieur, à ne pas différer davantage l’envoi du travail que je vous ai demandé le 17 mars dernier sur les dialectes en usage dans votre arrondissement » [28].
Sauf cas d’espèce (l’ex-conventionnel régicide Blanqui, sous-préfet de Puget-Théniers, dans les Alpes-Maritimes dont il est originaire, s’intéresse à la réalité dialectale de son arrondissement ; l’ex-magistrat Gaud-Roussillac, sous-préfet de Montélimar, Drôme, traduit « La romance du jeune Troubadour » en patois), les sous-préfets ne sont guère à même de traiter de l’idiome. Certains l’admettent franchement, comme celui de La Réole (Gironde) qui écrit au ministre :
« Monseigneur, N’étant point né dans l’arrondissement de Laréole (sic) et n’y étant venu de Paris qu’à l’époque (an XI) où sa majesté a daigné me confier cette sous-préfecture, il m’était impossible de trouver en moi-même les moyens de satisfaire votre Excellence sur les questions dont elle me demande la solution, par sa lettre du 17 février dernier, relativement à la partie de cet arrondissement connu sous le nom de gavacherie. Il m’a donc fallu avoir recours aux habitans les plus éclairés du pays, et à cet effet, j’ai consulté plusieurs personnes dont entr’autres MMr Dumoulin magistrat de sureté, Villevielhe maire de Montségur, tous deux membres du Conseil général du Département. Les renseignemens ci-joints, Monseigneur, sont donc l’ouvrage de ces Messieurs, bien plutôt que le mien » [29].
Les sous-préfets se retournent donc tout naturellement, on le voit, vers des informateurs locaux nécessairement coopérants, et compétents.
Il est difficile de dresser un tableau complet de ces « collaborateurs de base » (traducteurs de paraboles, auteurs de notes et de commentaires), les envois préfectoraux ne faisant pas toujours mention de leur nom et de leur état. Des recoupements entre les diverses sources permettent beaucoup d’identifications, mais on demeure dans l’ignorance pour quelques départements.
Cependant, des informations connues se dégagent quelques constantes.
Les sous-préfets peuvent faire confiance à des magistrats érudits. Ainsi dans l’Ain [30], la traduction de l’arrondissement de Nantua, en parler du Bugey, est communiquée par M.Rouyer, président du tribunal de première instance de l’arrondissement [31]. Ce lettré réfléchi joint à son envoi la traduction d’une fable d’Esope, « Le Chat et les Rats » et de longues et intéressantes « Nottes (sic) et remarques ».
Pour l’arrondissement de Sarlat (Dordogne), la parabole est traduite par M.Delpy de la Cipière, magistrat à Sarlat.
Les avocats sont également représentés, par exemple dans la Drôme [32] avec Dupré à Valence et Drojat à Die. Dans le Tarn [33], dont émane une longue dissertation, c’est l’avocat de Castres Daubian qui est à l’honneur avec sa pièce de théâtre [34].
On trouve aussi, naturellement, d’autres petits notables traducteurs. À Issoire (Puy de Dôme) [35], c’est le contrôleur des contributions directes, à Nouic (Haute Vienne), le notaire [36], à Annonay, (Ardèche), le médecin Duret [37], etc.
Dans l’Hérault, le préfet propose une traduction rédigée « dans la ville de Montpellier par M.Tandon, banquier qui y a réuni diverses poésies patoises ». En l’occurrence, la qualité de poète reconnu dans l’important foyer d’écriture languedocienne de Montpellier [38] l’a certainement emporté sur celle de banquier.
Plus rarement, semble-t-il, sont sollicités des enseignants. Dans l’Hérault, le préfet joint un envoi d’Auguste Guiraud, professeur au collège d’Agde : c’est certainement lui aussi plus en poète connu qu’en enseignant qu’il a communiqué son « imitation de la 1ère ode d’Anacréon en dialecte de Montpellier, id. pour la 3ème ».
Dans le Cantal cependant, le sous-préfet de Saint-Flour s’adresse au directeur de l’école secondaire communale de Saint-Flour, qui prend l’affaire très au sérieux [39] :
« J’ai réuni aussitôt Mrs les professeurs de l’école que je dirige pour leur en donner communication ; j’ai cru devoir en même temps leur proposer de nous diviser le travail à faire pour tâcher de mieux répondre aux vues du gouvernement et à vos désirs particuliers ».
Trois paraboles [40] et de longues explications suivront.
Mais pour l’essentiel, au plus près des réalités locales, et surtout lorsque les variations dialectales, réelles ou supposées, nécessitent de nombreuses traductions, c’est vers le triptyque maires – ecclésiastiques – juges de paix que se dirige la demande des sous-préfets. Ils fournissent une riche matière dont les sous-préfets ne sont pas tous à même de saisir la substance : ainsi dans la Drôme [41] où certains tirent vers l’éclatement absolu le constat de différences honnêtement relevées.
Que l’on n’imagine pas toujours un enthousiasme spontané chez ces informateurs de base, souvent dérangés, parfois franchement rétifs.
Le préfet de l’Indre écrit [42] :
« Les trois traductions de l’évangile selon St.Luc, chapitre 15, sont les seules que j’ai pu obtenir, malgré les demandes réitérées que je n’ai cessé de faire, et de toute part je n’ai reçu que des réponses négatives, même sur la prononciation ordinaire des habitans, sur les expression et les tours et phrases qui leur sont particuliers ».
Même son de cloche chez le préfet de l’Allier [43] :
« Votre excellence m’a chargé par sa lettre du 13 du mois de juillet dernier de lui donner des renseignemens sur les divers dialectes en usage dans le département que j’administre. Cette tâche n’a pas été facile à remplir, il a fallu recourir à divers ecclésiastiques dans les cantons ; il s’est aussi heureusement trouvé dans les sous-préfectures des personnes assez familières avec le patois de l’arrondissement pour traduire dans le dialecte la parabole que vous m’avez donnée pour échantillon ».
Deux précisions d’auteurs seulement : la traduction pour Brugheas a été faite par le maire [44], et dans l’arrondissement de La Palisse, deux sont dues au desservant de Ferrière, canton de Mayet de Montagne, et au curé d’Ébreuil [45].
C’est au premier chef vers les maires que se tournent les sous-préfets. Maires des villes importantes, comme ceux de Marseille, Nice, ou de villes moyennes, comme Dochier, maire de Romans [46] (Drôme), Genève... Maires de communes considérées comme emblématiques : par exemple dans l’Ain (arrondissement de Bourg), la traduction, « en bressan », a été demandée à M.Burtin, maire de Foissiat, « la commune la plus centrale et la plus considérable de la Bresse », lequel joint quelques notes [47]. Maires surtout des localités rurales ou semi-rurales, au plus près de la réalité patoisante.
Encore que, quelle que soit la taille de leur commune, ces maires ne soient pas tous à même de satisfaire directement à la demande.
Ainsi le maire de Marseille, Anthoine, répond au Ministre [48] :
« Hors d’état de satisfaire moi-même au désir de Son Excellence, parce que je ne suis point assez versé dans les nuances de notre idiome vulgaire, j’ai été obligé de recourir à des renseignemens étrangers, dont je m’empresse de transmettre les résultats à Votre Excellence ».
Natif d’Embrun (Hautes-Alpes), le négociant Anthoine a pour premier langage le parler d’Oc de la montagne. Mais, réalité ou coquetterie, il déclare donc ne pas maîtriser celui de la ville où il vit depuis si longtemps.
Idem pour le maire de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) [49] :
« N’étant pas suffisamment instruit du patois usité dans ce canton, j’ai prié des personnes qui l’ont journellement en usage de me fournir les traductions de la Parabole de l’Enfant Prodigue que j’ai l’honneur de vous adresser ».
Mais enfin, l’idiome natal n’est pas pour la plupart des maires un parler étranger.
Pour autant, ils ne revendiquent pas un bilinguisme naturel. À cet égard est fort original le maire de Billom (arrondissement de Clermont, Puy-de-Dôme [50]), qui écrit en tête de sa traduction :
« Mairie de Billom, Canton du même nom, département du Puy-de-Dôme, Parabole de l’Enfant prodigue / Mairiot de Billion, Canton dô mêmot nom, Departamin do Peux de Doûme, Parabolot de l’efant prodigue, viradot in patois ».
Le Ministre reçoit aussi de l’Allier une « parabola » de l’Enfant Prodigue [51]…
Les maires sont particulièrement sollicités quand leur commune est située dans une zone d’originalité linguistique (ainsi, en Gironde [52], ceux de Monségur et de La Motte-Landeron, doivent fournir une traduction « en idiome gavache ») ou quand il s’agit de repérer des limites infra-dialectales : dans le Tarn-et-Garonne [53] sont interrogés tous les maires des chefs-lieux de canton des arrondissements de Castelsarrasin et Moissac à propos de la limite du gascon) ; en Gironde [54], sont sollicités les maires des chefs-lieux de canton des arrondissements de Blaye et de La Réole, sur les limites linguistiques. Soucieux de spécifier les variétés dialectales, le préfet du Puy-de-Dôme [55] a sollicité les maires des chefs-lieux de canton et reçoit notamment des traductions et renseignements de la part de ceux de Besse, Billom, La Tour d’Auvergne, Manzat, Pionsat… L’envoi du maire d’Aigueperse (arrondissement de Riom) est une remarquable étude du parler de son canton, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir [56]. Bel exemple de la révélation par l’enquête d’un intérêt pour un patois sur lequel rien n’avait jamais été écrit, mais dont le maire indique, à la fin de sa longue étude :
« On a tâché de répondre à ces questions par autant d’articles où il s’en faut bien que la matière soit épuisée, mais qui pourraient servir de canevas à un travail plus étendu si on en avait le loisir ».
De son côté, le ministre semble penser que la source la plus pratique et la plus fiable est celle des ecclésiastiques.
Demandant des précisions au sous-préfet de Blaye (Gironde) sur la limite de la langue d’Oc, le Ministre lui recommande pour cela « d’engager quelques ecclésiastiques qui connaissent bien le patois local » [57].
En présentant l’enquête au préfet des Basses-Alpes, le ministre écrit :
« Cette tâche, comme je vous l’ai fait observer, peut être remplie avec succès, par quelques personnes instruites, et notamment par des ecclésiastiques qui se feront, sans doute, un plaisir de contribuer de leurs lumières, à la confection d’un travail dont ils ne peuvent manquer d’apprécier l’utilité » [58].
Le Ministre écrit au maire de Marseille pour obtenir les traductions que Achard n’avait pas voulu rédiger [59] :
« Je ne doute pas que vous ne trouviez facilement surtout parmi les ecclésiastiques quelqu’un qui se chargea avec plaisir de cette petite tâche ».
En Dordogne, le préfet dit avoir eu recours essentiellement à des ecclésiastiques pour les traductions [60].
Dans la Creuse, pour tracer les limites de la langue d’Oc, le préfet a grandement recours aux ecclésiastiques, et notamment au curé de Saint Vaury, et au desservant de Champeix [61]. Il convient d’ailleurs de signaler toute l’originalité de la réponse du curé de Saint Vaury [62], qui n’hésite pas, le 2 août 1808, à répondre aussitôt en parler local à la demande préfectorale :
« J’aï l’aünour de rèïpoundre, en boun paÿsan, a votre lettre d’aü 25 juillet. Aü sirèÿ sans doute embarassa par la pronountiatië de quauquèïs mots qu’y ne sçaïs pas éicrire autrement ; mas Moussieu Bretoun, l’un de votrèïs coumis levere las difficultas. Aü me demandas quauquèïs vers en patois de moun canton. Y n’en sçaïs pas ni ne pode en faïre. Y n’aï pas le temp et ne seïs pas pouète Y m’estimeri bian héïroux s’y sçaye faïre de boune prôse. Y vou auri be adressa cauque chanson en patois mas y n’aurie pas rèïpoundu exactement a votre demande ; parce qu’aü y o trop de difference entre moun langage et caüqui de quelas chansons limougeaudas.
Aü me sere pus aïsa de vous satisfaïre sur la parabole de l’enfant prodigue. La veïqui traduite en boun paÿsan de moun canton.
Y desirè, Moussieu, qu’aü sias countent de ma prosé et de moun jargou. S’y pode vous servir en caucoure y faraï ce qu’y pourraï. Excusa me de vou avèi eicrit en patois, mas y ai creguiü, en coqui, me conformar a l’esprit de votre lettre.
Y aï l’haünour d’éïtre avec un profound respect, votre trés humble et tres obeissant servitour.Peraud, curé de San Vaüry ».
Dans les Hautes-Pyrénées, le secrétaire général écrit au ministre [63] :
« Monseigneur, J’ai l’honneur de vous adresser la traduction en patois des Hautes-Pyrénées de la parabole de l’Enfant Prodigue. Elle a été faite avec beaucoup de soin et sous mes yeux par M.Daube, chef de bureau à la préfecture, ancien professeur de législation qui s’est aidé d’autres traductions faites par divers ecclésiastiques du département et notamment de M.M.Ferrier, curé à Tarbes, Laïrle, curé à Vielle, et Boé, curé à St.Laurent, qui ont mis le plus grand empressement à répondre à ma demande ».
Naturellement bien moins sollicités que les prêtres catholiques, les ministres protestants sont ponctuellement présents avec le « Mémoire fait par M.Delille, pasteur de l’église réformée en Bourg les Valence. Patois du Département de la Drôme » [64].
Même situation dans la Confédération Helvétique. Dans le canton de Fribourg, le maître d’œuvre de la collecte de paraboles est le chanoine Charles Aloys Fontaine (Fribourg 1754-1834), pédagogue disciple du père Girard, partisan du renouveau religieux. Il trouve un actif collaborateur en la personne du curé de Courtion, Prothée Dupasquier qui se voit confier « la commission singulière », écrit-il, de traduire la parabole [65]. Pour le canton de Vaud, Le personnage clé de l’enquête est l’érudit Doyen Bridel (1757-1845), membre correspondant de l’Académie Celtique, qui est pasteur à Monteux (dont il rédige la parabole) au moment de l’enquête. Bridel et Fontaine sont en contact avec le Doyen Stalder qui réunit les paraboles suisses, et les communique à Coquebert [66].
Maires, ecclésiastiques : la double sollicitation, est particulièrement visible dans certains départements. On l’a vu ci-dessus pour l’Allier. Dans la Haute Vienne [67], sollicité par le ministre pour déterminer les différences entre le « vrai » idiome limousin et les parlers du Nord de la Gartempe, le sous-préfet de Bellac obtient de nombreuses traductions de maires [68] et d’ecclésiastiques [69].
Dans l’Hérault [70], la première réaction du préfet Nogaret (bon connaisseur du département, il est préfet depuis 1800) est quasiment refroidissante. Le 25 février 1812, il écrit au Ministre :
« Monseigneur, Je réponds provisoirement à la lettre dont Votre Excellence m’a honoré sous la date du 31 du mois dernier, et par laquelle elle me demande des renseignements sur les dialectes qui sont en usage dans le département.
J’aurai l’honneur de vous observer, Monseigneur, qu’à la prononciation près, il n’y a point ici de dialecte de la langue française ; l’on parle et l’on écrit uniformément français.
Il n’en est pas de même du patois qui varie dans les différen s[graphie de l’époque] arrondissemens, mais qui ne peut point être considéré comme une langue dérivée de la langue générale de la nation.
Si, néanmoins, l’intention de Votre Excellence était que je fisse traduire en patois la parabole de l’enfant prodigue qu’elle m’a indiqué pour exemple, je la supplie de me le marquer, je m’empresserai de lui en transmettre les différentes traductions » [71].
Évidemment relancé par le ministre, le préfet sollicite vigoureusement ses sous-préfets, et reçoit « en langue vulgaire du pays » des traductions par canton, effectuées essentiellement par des ecclésiastiques (Béziers, Roujan, Saint Pons…) et par des maires. À noter que toutes les paraboles, avec ou sans indication d’auteur, sont certifiées par les maires.
En dehors des maires, des ecclésiastiques, la piétaille des juges de paix cantonaux est fortement sollicitée par les sous-préfets. (Elle est même parfois pillée : dans le Lot-et-Garonne [72], le propos du juge de paix de Layrac est repris mot pour mot par la dissertation du secrétaire de préfecture).
C’est avant tout en cas de difficulté d’interprétation que l’on fait appel au juge de paix.
Pressé par le Ministre de vérifier la supposée persistance de mots arabes dans le parler de Boz, le préfet s’adresse au juge de paix de Pont-de-Vaux [73].
En Gironde [74], sont sollicités par le préfet puis directement par le Ministre, le juge de paix du canton de Libourne et le juge de paix du canton de Guitres au sujet des limites de la langue d’Oc et de la langue d’Oïl. Sur le même sujet sont interrogés en Charente [75] le juge de paix du canton de la Valette, et celui du canton de Montbron. Dans l’arrondissement de Bellac (Haute-Vienne) où le sous-préfet s’interroge sur les limites du parler limousin, sont sollicités plusieurs juges de paix.
Dans la Doire [76], le juge de paix de Fontainemore doit préciser dans quelles localités on parle patois et français, et dans quelles localités on parle allemand.
Des intervenants non sollicités
À l’occasion de l’enquête dans l’Hérault, on voit apparaître un participant inattendu, François Raymond Martin, (Montpellier, 1777-1851), fils d’un fabricant de produits chimiques, chez lequel il travaille, et auquel il succèdera. Ignoré par les sollicitations préfectorales, « Martin fils, de Montpellier », a le culot de s’adresser directement au Ministre en lui fournissant un dossier important [77], qui sera fort bien accueilli, (dossier qu’il complètera ultérieurement) :
« Monseigneur, J’ai appris indirectement que vous aviez chargé Mr notre Préfet de faire traduire la parabole de l’Enfant prodigue dans l’idiome du Pays. Employant par goût mes loisirs à des recherches sur les divers idiomes du midi de la France, je me suis cru, sans modestie comme sans présomption, capable d’entreprendre cette traduction avec espoir de succès. J’ai traduit d’après la version de Mr de Saci, en consultant le texte latin de la Vulgate, et c’est cette traduction que je prends la liberté de vous faire parvenir. Si j’apprends, Monseigneur, qu’elle vous a été agréable, je serai trop dédommagé des soins qu’elle peut m’avoir coûtés ».
Et c’est ainsi que le jeune poète et fort érudit Martin court-circuite la traduction pour Montpellier, établie par le banquier et poète Tandon, avec lequel il est quelque peu en rivalité littéraire…
Au total, on le voit, l’essentiel des données recueillies provient des maires, juges de paix, ecclésiastiques, multitude de petits et moyens notables, voire grands (le maire peut être militaire de haut rang, propriétaire important, notable de poids, etc.), dévoués au pouvoir par la fonction (les juges), la reconnaissance (les maires sont nommés, et non élus) ou par nécessité (les ecclésiastiques de l’après Concordat), tous, ou presque, « en service commandé ».
Ces données sont livrées telles quelles au Ministre, ou sont filtrées, organisées commentées, par des érudits départements et par des administrateurs. Il n’était pas évident qu’elles correspondent exactement à la demande ministérielle, que le Ministre ne cessera de préciser à ses correspondants.
[1] Champagny (août 1804 – août 1807) – Crétet (août 1807 – juin 1809 ) – Fouché (intérim) - Montalivet (à partir d’octobre 1809).
[2] T.Bulot, 1989, « L’enquête de Coquebert de Montbret et la glottopolitique de l’Empire français », Romanischen philologie 2-1989.
[3] 1773, il entre au bureau des consulats à Versailles ; 1774, commissaire de la marine à Hambourg ; 1777, consul général auprès des villes hanséatiques ; 1786, il succède à son père comme conseiller correcteur à la cour des comptes. De 1789 à mars 1793, agent de la marine et du commerce de France à Dublin. En 1793, il s’occupe de l’Agence des Poids et Mesures et de l’introduction du système métrique. Il est rédacteur du Journal des Mines de septembre 1793 à avril 1795, enseigne l’histoire et la géographie à l’École Centrale de Paris et au lycée, la géologie à l’école des Mines. En 1800, il est commissaire général des relations commerciales de la République française à Amsterdam, puis à Londres. De 1803 à 1806, on le retrouve négociateur de la navigation sur le Rhin en Allemagne. Sources : A.Silvestre, Notice biographique sur M.C.E Baron Coquebert de Montbret, Membre de l’Institut, de la Société royale et centrale d’Agriculture, lue à la séance publique de la Société le 29 avril 1832, Paris, Hazard, 1832. Nouvelle Biographie générale, Paris, Didot, MDCCCLV.
[4] Cf. Isabelle Laboulais-Lesage, Lectures et pratiques de l’espace, l’itinéraire de Coquebert de Montbret (1755-1831), savant et grand commis d’Etat, Champion, 1999.
[5] Nouvelle Biographie générale, Paris, Didot, MDCCCLV.
[6] Ainsi, un complément à l’enquête des Basses Alpes, qui parvient au Ministère en novembre 1812 après la suppression du Bureau, est enregistré dans la section d’agriculture où travaille dorénavant E. Coquebert (Archives Nationales, F 17, 1209).
[7] Le Comte de Villeneuve Bargemont est originaire de Bargemon (Var).
[8] Il cite des vers de Dubartas dans une publication donnée l’année même de l’enquête : Cphe Villeneuve-Bargemont, Notice historique sur la ville de Nérac… Agen, Noubel, 1807.
[9] Par exemple, dans les Alpes-Maritimes, (Bibliothèque Nationale, NAF 5910) l’enquête est transmise : « Pour le préfet en congé, Sauvaigue, Conseiller de Préfecture ». Dans la Creuse, (Bibliothèque nationale, NAF 5910) le délégué conseiller de préfecture signe l’envoi. Dans la Haute-Garonne, (Bibliothèque Nationale, NAF 5911) c’est, « En l’absence du préfet, le Conseiller de préfecture ». Dans le Lot, (Bibliothèque nationale, NAF 5911) l’envoi préfectoral est signé « pour le Préfet, le Conseiller de Préfecture ». L’envoi des Pyrénées orientales (Bibliothèque Nationale, NAF 5912) est assuré par Delon (un Lozérien), secrétaire général de la préfecture. Dans les Hautes-Pyrénées, l’enquête et l’envoi sont assurés par le Limousin Laboulinière, secrétaire général de la préfecture (arrivé du Piémont en l’an XI (Bibliothèque nationale, NAF 5912). Etc.
[10] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[11] Secrétaire général de la préfecture, après avoir été celui du Directoire du département, (il avait débuté à Gap sous la Monarchie comme employé des contributions directes, puis servi tous les gouvernements).
[12] « Notions abrégées du Dialecte Briançonnais » et « Notions générales sur les idiomes vulgaires de l’arrondissement de Briançon ».
[13] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[14] Gers : Annuaire pour l’an XI, publié par ordre du préfet, et rédigé par le secrétaire général de la préfecture, à l’exception de quelques articles, dont les auteurs sont désignés. F. Labat, an XII (1803).
[15] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[16] Annuaire ou description statistique du département de Lot-et-Garonne, Agen, Noubel, 1806.
[17] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[18] Bibliothèque Nationale, NAF 5911. « Essai sur les proverbes usités parmi les paysans du département du Lot-et-Garonne, par J.J.Lacoste, membre de la société d’agriculture, des sciences et arts d’Agen », « Essai sur les divers dialectes du département par J.J.Lacoste, membre de la société d’agriculture, des sciences et arts séante à Agen ».
[19] Ce Champollion est le frère aîné de Champollion le Jeune, le célèbre égyptologue.
[20] B.M.Rouen, ms 183
[21] Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Nouvelles recherches sur les Patois ou Idiomes vulgaires de la France, et en particulier ceux du département de l’Isère…, Paris, Goujon, 1809.
[22] B.M.Avignon, ms 2715. La pièce n’est pas signée, mais la comparaison de l’écriture avec d’autres pièces de Morel, et par ailleurs l’attestation de son rôle dans l’enquête, ne peuvent que lui en attribuer la paternité.
[23] Sur la graphie de ce texte, cf. infra : XI.
[24] (Sur le patois qui est en usage / dans ce département / le ministre en homme sage / veut avoir des renseignements / et le préfet qui le seconde / dans l’Athénée a fait la ronde / et m’a chargé de lui envoyer / tout ce que sur cette matière / au plus loin je pourrai lui procurer. / Cette charge n’est pas légère, / J’ai pourtant voulu la remplir / J’ai vite mis la main à l’œuvre / mais quand vous n’avez pas de manœuvre (d’aide) / […] / vous avez beau pour y parvenir / mettre l’esprit à la torture, / Sur le travail votre figure / la nuit, le jour a beau pâlir / votre ouvrage toujours traînasse, / au beau milieu des paperasses, / la plume s’arrête et languit, / la mienne est très paresseuse / mais cette fois j’aurais rougi / de m’endormir sur le rôti… »
[25] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[26] (Achard), Dictionnaire de la Provence et du Comté-Venaissin, dédié à Monseigneur le Maréchal Prince de Beauvau, Par une Société de Gens de Lettres. Tome Premier, contenant le Vocabulaire François-Provençal. Tome Second, contenant le Vocabulaire Provençal-François. A Marseille, de l’Imprimerie de Jean Mossy, 1785.
[27] Sur le statut du provençal dans Marseille sous le Consulat et l’Empire, cf. René Merle, L’écriture du provençal de 1775 à 1840, inventaire du texte occitan, publié ou manuscrit, dans la zone culturelle provençale et ses franges, Béziers, C.I.D.O. 1990. Texte intégral et corrigé de la thèse soutenue en 1987.
[28] A.D. Alpes de Haute-Provence, 6 M 342
[29] Bibliothèque nationale, NAF 5911
[30] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[31] Précision donnée : B.M. Rouen, ms 183
[32] Bibliothèque Nationale, NAF 5910 - B.M Rouen, ms 433/2
[33] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[34] Le Misanthrope travesti, Comédie en cinq actes et en vers patois, par le citoyen Daubian, Homme de Loi, de Castres (1797).
[35] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[36] B.M.Rouen, ms 433/2
[37] C[oquebert] de M[ombret fils], (abbé Jean de la Bourderie), Mélange sur les langues, dialectes et patois, Paris, 1831.
[38] Sur ce foyer, cf. René Merle, op.cit.
[39] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[40] B.M Rouen, ms 433/2
[41] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[42] Bibliothèque nationale, NAF 5911
[43] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[44] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[45] B.M Rouen, ms 433/2
[46] B.M.Rouen , ms 433/2
[47] B.M.Rouen, ms 183
[48] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[49] B.M.Rouen, ms 183
[50] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[51] Bibliothèque nationale, NAF 5910
[52] Bibliothèque nationale, NAF 5911
[53] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[54] Bibliothèque nationale, NAF 5911
[55] Bibliothèque Nationale, NAF 5912 - B.M. Rouen, ms 433/2
[56] Archives Nationales, F 17, 1209
[57] B.M. Rouen, ms 433/1
[58] AD Alpes de Haute-Provence, 6 M 342
[59] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[60] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[61] B.M Rouen, ms 433/2
[62] Bibliothèque nationale, NAF 5910
[63] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[64] Bibliothèque Nationale, NAF 5910 - B.M Rouen, ms 433/2
[65] Archives d’état, Fribourg, enveloppe de documents sur les patois réunis par A.Daguet. La lettre a été publiée : P.Aebischer, “Un curé de Courtion patoisant”, Etrennes Fribourgeoises, T.LXII, 1929.
[66] Le manuscrit est conservé à la Bibliothèque de Rouen, ms 528. L’ouvrage sera imprimé plus tard : F.J.Stalder, Die landessprachen der Schweiz, Aarau, Sauerländer, 1819.
[67] B.M.Rouen, ms 433/2
[68] Châteauponsac, Compreignac, Le Dorat, St Martial et St Barbant, St Sulpice les Failles, etc.
[69] Le desservant de la succursale d’Arnac-la-Poste, le prêtre vicaire de Bellac, le curé de Bessines, le curé de Châteauponsac, le desservant de Cieux, le desservant de la succursale de Darnac, le desservant de la succursale de Dompierre, le desservant de St Leger Magnazeix, etc
[70] Bibliothèque Nationale, NAF 5911 - B.M.Rouen, ms 433/1 - B.M. Rouen ms 183
[71] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[72] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[73] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[74] Bibliothèque nationale, NAF 5911
[75] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[76] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[77] Bibliothèque Nationale, NAF 5911