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Visions de l’idiome natal, 1807 (5)
jeudi 23 octobre 2025, par
Visions de « l’idiome natal » à travers l’enquête impériale sur les patois (1807-1812) – Langue d’oc, catalan, francoprovençal (France, Italie, Suisse), Trabucaire, 2010 (5)
Suite de Visions de l’idiome natal, 1807 (4)
[1]
Le grand Sud-Est
Dans cette tension entre l’unité et l’éclatement, comment le ou les idiomes parlés dans chaque département sont-ils nommés et délimités par les enquêteurs ?
Les pages qui suivent n’ont pas pour but, répétons-le, de faire entrer les résultats de l’enquête dans un cadre a priori de délimitations linguistiques. Il s’agit de repérer, dans les rapports des préfets, les visions des enquêteurs et de voir comment, à partir d’elles, les Coquebert, déjà stimulés par l’érudition du siècle précédent, ont pu organiser une bipartition linguistique de la France.
Partons des deux statistiques traitant quelque peu de l’idiome, en 1801-1802, dans un océan de silence sur ce sujet. Le Ministre les reçoit de la Basse Provence (Var et Bouches-du-Rhône) : elles nomment sans hésiter l’idiome du pays : la langue provençale.
Selon Fauchet, préfet du Var [2], « l’idiome des habitans » est « la langue provençale ». « Le fond du langage est le même dans tout le département », avec quelques nuances de prononciation, héritées de l’histoire :
« L’empereur Julien écrivait que les Gaulois de son temps croassaient comme les corbeaux. On retrouve encore cette prononciation gutturale dans le peuple de Draguignan, et des pays situés au nord de cette ville où les nations étrangères ont peu pénétré.
Les habitans des pays occupés autrefois par les Maures, ont quelques restes de l’accent de ces peuples.
A Grasse et dans ses environs, le langage est un récitatif cadencé susceptible d’être noté avec les caractères de la musique. La même prononciation a été remarquée dans une partie de la Sicile ».
Unité du langage provençal que confirme le successeur de Fauchet lors de l’enquête de 1807, tout en satisfaisant le goût du Ministre pour les exceptions linguistiques : il fournit une traduction en figon, parler à base ligure de quelques communes de l’Est du département [3].
De même, la Statistique des Bouches-du-Rhône [4], présente sans explication superflue la langue du pays comme « la langue provençale ». Désignation renouvelée par l’enquête.
Le Ministre reçoit donc l’appellation de provençal. Jusqu’où va-t-il la voir s’étendre ?
On parle provençal dans le Vaucluse, où l’enquête souligne, par la notation de la prononciation, les différences entre « l’idiome du Comtat » et celui de la partie historiquement provençale [5].
Mais le Ministre constate, et peut-être apprend, par la réponse des Alpes-Maritimes que le provençal déborde les frontières de l’ancienne Provence [6].
Créé en 1793 avec le Comté de Nice (enlevé à la Maison de Savoie), et la principauté de Monaco, ce département s’agrandit en 1805 de la partie occidentale de la République Ligurienne. Lors de l’enquête, à laquelle il répond tardivement (1812), l’énergique préfet modernisateur Dubouchage doit donc traiter de parlers bien divers : parlers provençaux de l’arrondissement de Puget-Théniers, parler niçois de la ville et de Villefranche, parler gavot de l’arrière-pays, parlers de la Brigue, de Menton, ligure de Monaco pour l’arrondissement de Nice, parlers ligures de l’arrondissement de San Remo.
On conçoit que le préfet n’a pas la partie facile. Il s’en tiendra à quatre traductions [7] :
« dialecte de la ville et arrondissement de Puget-Théniers et de la partie ouest du département », « dialecte de la ville de Nice et des communes environnantes », « dialecte de la Briga et des communes du Nord du département », « dialecte de San Remo et des communes de l’Est du département ».
En 1388, Nice et les terres provençales situées à l’Est du Var [8] s’étaient séparées de la Provence et avaient reconnu la souveraineté de la Maison de Savoie. En 1792, l’antique provençalité du Comté, et de son idiome, considérée comme un élément de la francitude, avait été un des arguments justifiant le rattachement à la France [9]. Argument d’autant plus fallacieux qu’en 1388 la Provence n’était pas française, et d’autant plus opportuniste que l’idiome niçois était de l’italien dans l’imaginaire français, l’enquête Grégoire en témoigne. Comment, vingt ans plus tard, le préfet allait-il nommer les parlers de l’ex-Comté ?
Peu avant l’enquête de 1812, dans son récit de voyage [10], le Parisien Millin constatait que l’usage du parler niçois était général dans toutes les couches de la société. Parole quotidienne d’un Peuple, toutes classes réunies, le dialecte est aussi signe identitaire, et support du paternalisme du patriciat.
En 1811, Millin publie une « Notice sur le Patois Nissard » [11] :
« Pendant mon Voyage au Midi de la France, j’ai recueilli les notices que j’ai pu rassembler sur les parties (« parlers » ?) des différens départemens, et j’en ai donné quelques essais dans mon ouvrage. J’ai retrouvé, dans mes papiers, cette Chanson Nissarde, qui m’a été communiquée par M. Christie, homme instruit, et dont j’ai reçu un accueil plein de bonté. Je crois devoir la consigner ici avec la traduction, et mettre ensuite une Liste curieuse de Mots Nissards qui n’ont aucune affinité avec l’Italien ni avec le Catalan : je la dois également à M. Christie. A.L.M. ».
Cristini, avocat et poète dialectal (Christie dans les souvenirs incertains de Millin), a donné en effet une chanson de pêcheurs, et une liste de « Termes Nissards qui n’ont presque aucun rapport avec le Provençal, et très peu d’affinité avec l’Italien et même avec le Catalan » [12]. La subtile différence d’énonciation entre le Niçois Cristini et le Parisien Millin (qui omet le mot de « provençal »), montre que ce qui est curiosité linguistique pour Millin est, pour le Niçois Cristini, défense ambiguë contre l’ancienne langue officielle, l’italien, (avec lequel, répétons-le, bien des Français confondent l’idiome niçois), et contre le provençal, avec lequel le sentiment identitaire niçois prend toutes ses distances. Pour l’érudit niçois, l’acceptation de l’annexion se compense par l’exagération d’une différence niçoise, car, dans la liste des mots considérés comme « presque » uniquement niçois, bien des provençalophones se reconnaîtraient.
Dans sa demande au préfet, le Ministre questionnait sur la différence entre le parler populaire, qu’il jugeait « par conséquent borné dans ses expressions », et l’idiome « pur », et sur la pureté du langage des montagnes en rapport à celui de la ville. Dialectique complexe pour le préfet et ses informateurs.
La réponse du conseiller de préfecture Sauvaigue est sans appel :
« V.E. pourra y voir que tous les dialectes en usage dans les villes de Nice et de Puget-Théniers et dans les arrondissements de ces noms ne sont que des nuances du dialecte provençal qu’on parle dans presque tous les départements méridionaux de la France, et surtout dans les départements voisins du Var, des Basses-Alpes et des Bouches-du-Rhône, qui n’est qu’un français corrompu et dérive en très grande partie de la langue latine. La syntaxe et la grammaire de ces dialectes est la même que celle du provençal. Ce rapprochement avec le langage provençal est plus sensible pour le dialecte de Puget Thénier que pour celui de Nice, soit parce que les habitans de la ville et arrondissement de Puget Thénier ont toujours eu des relations de commerce avec les communes voisines de la Provence, soit parce que le dialecte de Nice et des communes environnantes a du nécessairement s’altérer par l’effet de nombreux concours des étrangers que la bonté de son climat, son commerce et la qualité de chef-lieu de la province y ont attiré » [13].
Même les parlers les plus « exotiques » sont également classés dans l’ensemble provençal :
« Les communes situées au nord du département et au pied de la haute chaîne des Alpes qui sépare le département du ci-devant Piémont, telles que Brigue, Tende, et quelques autres communes voisines situées sur la même ligne ont un dialecte particulier qui tient dans le fond du provençal, mais qui se ressent beaucoup du commerce que ces pays font avec les habitans des montagnes voisines du Piémont. J’ai jugé convenable de fournir un exemplaire à Votre Excellence de la version de la Parabole de l’Enfant Prodigue ».
Par contre, les parlers de l’arrondissement de San Remo sont clairement classés dans l’ensemble ligure : « à peu près le patois gênois ».
Cette présentation, si elle avait été publiée, n’aurait sans doute pas gratifié le senti linguistique niçois, patriotiquement séparatiste par rapport au provençal, mais elle confortait, pour le préfet et donc pour le pouvoir, l’idée que Nice était depuis toujours française, puisque provençale, et que le provençal n’était que du français… corrompu.
Double péjoration donc de leur parler aux yeux des érudits niçois qui ont eu vent de l’affaire. Dans une réaction patriotique, le Maire de Nice remet au préfet des « Observations sur la manière de prononcer quelques diphtongues et lettres dans la langue niçoise » [14], qui insistent sur la spécificité du parler niçois.
La synthèse du préfet, correcte au plan linguistique, qui range le parler de Nice dans un ensemble « provençal » élargi à tous les parlers d’Oc, ignore cette spécificité qui fait qu’à Nice, la langue du peuple est encore celle d’un Peuple d’Ancien Régime, langue interclassiste, nationale, et préservée.
Il manquait un département pour que l’enquête couvre tout l’ancien territoire du Comté de Provence, celui des Basses Alpes. Un envoi tardif (1812) comble la lacune [15]. Avec lui les choses se compliquent.
Ainsi, le sous-préfet de Castellane écrit :
« La langue vulgaire de tout l’arrondissement de Castellane est le provençal tout pur, à quelques nuances près, qui portent moins sur les expressions que sur les désinences ou terminaisons des mots, principalement dans les pays limitrophes des autres arrondissemens. Les villages voisins au Barcelonnette et au Puget-Théniers ont conservé quelques termes qui étaient relativement altérés, et qui ont été transmis par nos ancêtres qui parlaient anciennement la langue italienne, et qu’on a amalgamé avec la langue provençale et française depuis la réunion à la France. Par exemple le mot “chien” est rendu par celui de “can” par les habitans des arrondissemens du Nord et de l’Est. Ce terme “can” n’est autre que le latin “can”. Le même mot est rendu par celui de “chin” par les habitans du Sud, au lieu que généralement dans l’arrondissement de Castellane on se sert de l’expression “chan”, à l’exception de certains villages qui y ajoutent un i de plus en prononçant “chian”. Les différences que présent ce mot, on pourrait les appliquer à plusieurs autres, dont l’expression n’est pas changée, mais simplement altérée. On ne pousse pas plus loin cette discussion, parce qu’on n’arriverait pas à prouver une diversité de dialectes ».
Hormis donc quelques flottements frontaliers à l’Est et au Nord, le parler de l’arrondissement est, sans hésitation, considéré comme provençal.
De même l’arrondissement de Digne parle provençal, sauf dans sa partie située au Nord de la préfecture. Ainsi écrit-on du canton de Seyne :
« Dans quatre communes du même canton, plus rapprochées de Digne, on emploie quelques expressions qui sentent le provençal.
Jusqu’ici il n’a peut-être jamais été rien écrit selon le dialecte de ce canton. Toutes les instructions publiques s’y sont toujours faites en français, que tous comprennent ; encore moins s’est-on avisé de faire des pièces de poésie en ce dialecte. On y emploit (sic) l’idiome français et quelquefois le dialecte provençal qui est assez connu ici et qui plaît davantage, quoiqu’on ne le parle pas ».
Plus que la traduction de la parabole, la référence à une norme écrite fait apparaître une coupure entre le provençal et ce parler plus septentrional, qui n’est pas autrement nommé. Le pourrait-on d’ailleurs ?
D’où la réaction du Ministre, qui va demander au préfet [16] de lui fournir toutes précisions sur les différents parlers en traçant cette limite Sud-Nord, et en les comparant à ceux des départements voisins [17].
La réponse viendra en novembre 1812 [18], après la disparition du Bureau de la Statistique. Le préfet fait parvenir :
« un vocabulaire de quelques mots français traduits dans l’idiome usité dans chacun des arrondissemens de ce département. Les variations de la prononciation et dans les expressions ne sont pas assez sensibles d’un canton à l’autre pour pouvoir être indiquées sur une carte. Le tableau joint fait connaître les différences qui existent d’un arrondissement à l’autre. Il en résulte que l’idiome qu’on parle dans l’Arrondissement de Barcelonnette tient du piémontais et du dauphinois, que celui de l’Arrondissement de Sisteron a du rapport avec le dauphinois, que celui de l’Arrondissement de Castellanne et de l’Arrondissement de Digne, et de l’Arrondissement de Forcalquier se rapproche le plus du langage vulgaire de la Basse Provence ».
Coquebert en sera conforté dans sa vision d’une zone de parlers (ici baptisés « dauphinois »), proches du provençal du bas pays, mais suffisamment différents pour être autrement définis.
Il faut dire qu’il était depuis longtemps aux aguets : quelques mois à peine après le lancement de l’enquête, l’envoi de la Drôme avait attiré son attention sur cette différence entre le provençal et des parlers voisins plus septentrionaux [19].
En tête du dossier drômois, le Ministre avait pu lire le mémoire de l’érudit pasteur de l’église réformée en Bourg les Valence, Delille, proclamant l’unité des parlers du département, unité qui s’illustrerait d’une seule parabole :
« Le patois qui se parle dans le Département de la Drôme ne diffère du provençal et du languedocien que par quelques nuances de prononciation, par l’accent, et par quelques termes de localité. C’est enfin en cela, mais dans un degré bien moindre, que consiste la différence qui existe entre le patois des diverses parties du Département, différence trop inessentielle pour en faire une mention particulière ».
Mais c’est justement cette « mention particulière » qui va titiller la conscience érudite du Ministre.
Dans l’esprit du pasteur, il ne s’agissait que d’une plus grande parenté des parlers du Sud de la Drôme avec le provençal [20].
Mais voilà la curiosité du Ministre relancée. Il interpelle le préfet, qui renvoie la balle à ses sous-préfets : si d’aucuns vont lui fournir plus claire matière, d’autres vont l’embrouiller sérieusement.
Le sous-préfet de Nyons propose, on l’a vu, une vision totalement éclatée d’un idiome (qu’il ne nomme pas autrement qu’idiome du pays), idiome qui varie de commune à commune, idiome rude, marqué dans sa prononciation d’influences germaniques.
Le sous-préfet de Die avance une vision tout aussi éclatée, qu’il compense par un partage linguistique Nord-Sud :
« Les idiômes dont paraît s’être composé celui de cet arrondissement, sont le langage provençal qui pourrait dériver de celui des Cimbres et des Voconces, et celui des bords de l’Isère habités par la nation connue sous le nom d’Allobroges. […] Même les communes du Vercors qui se trouvent ensemble dans une position isolée qui paraîtrait en devoir faire un peuple homogène, que les dites communes, répete-je, ont un langage très sensiblement différent, quoique généralement il tienne beaucoup à celui du bassin de l’Isère anciennement occupé par les Allobroges ».
Le parler n’est pas non plus nommé, mais on l’oriente sur deux versants linguistiques, provençal au Sud, langage du bassin de l’Isère au Nord.
Pour le maire de Romans, au contact direct de ces parlers de l’Isère, le parler de sa ville tient de ces parlers « allobroges » voisins, mais s’inscrit pleinement dans la langue des Troubadours. « Ce langage [la langue des Allobroges] était naturellement bien barbare, peut-être l’était-il moins à Romans », car la ville tenait cour d’amour et vit naître Fouquet le troubadour [21].
Placé devant une double différence, (différence Nord-Sud dans les parlers du département, différence entre ce languedocien et ce provençal dont procèderait le parler du département selon le pasteur Delille, Coquebert va donc à nouveau se retourner vers préfet et sous-préfets.
C’est le sous-préfet de Montélimar, l’érudit méridional Gaud-Roussillac, qui donnera l’explication souhaitée pour le premier point. Il écrit au préfet :
« Si vous désirez faire connaître à son excellence le Ministre de l’Intérieur le point sur lequel le langage populaire subit une métamorphose évidente, vous pouvez citer Montélimart [sic], malgré les nuances que je vous ai dit exister d’une commune à une autre très rapprochée, on retrouve toujours le patois depuis Montélimart jusqu’à Marseille et Montpellier, c’est toujours un langage dérivant du latin et de l’italien. Il en est si peu de même en remontant qu’un habitant de Montélimart est embarrassé pour soutenir une conversation avec un cultivateur de Valence ».
Cette notion d’un triangle de communauté linguistique entre Montpellier, Marseille et Montélimar amène le Ministre à solliciter de nouveau des explications sur les limites entre provençal et languedocien. Le sous-préfet de Montélimar lui répond [22] :
« Je m’empresse de fournir à Votre Excellence les indiquations (sic) qu’elle me demande par sa lettre du 13 de ce mois concernant les limites que l’on peut assigner à l’idiome languedocien.
Partant de Montélimar et passant le Rhône les communes du département de l’Ardèche que j’ai l’honneur de vous indiquer, sont Rochemaure, Privas, Aubenas et Largentière, ensuite St Ambroise (Gard), Lodève, Pézenas, Béziers, Sault de l’Hérault et Narbonne département de l’Aude ; au dessous de cette dernière ville et depuis alors jusqu’à Perpignan et au delà l’idiome languedocien est entièrement perdu. C’est donc à Narbonne que finit l’idiome languedocien comme celui provençal se termine à Saint Laurent du Var.
Il est dans les intentions de votre Excellence de séparer le patois provençal du languedocien. Le cours du Rhône vous présente une ligne exacte ainsi que j’ai observé dans ma lettre du 25 juin dernier à M. le Préfet de la Drôme.
Quoi qu’il en soit la ligne essentielle est celle qui coupant la France méridionale coupera les points qui serviront de limites aux deux idiomes. Narbonne et Saint Laurent du Var formeront les deux extrémités de la ligne, votre Excellence peut donc ce me semble adopter les communes ci-après nommées :
Narbonne, Béziers, Pézenas, Lodève, St Ambroix, Largentière, Aubenas, Privas, Rochemaure, Montélimar, Bourdeaux, La Motte Chalançon, Valdrome, Serres, Sisteron, Digne, Grasse et Saint Laurent du Var ».
Le sous-préfet ne s’en tient donc pas à tracer la ligne de démarcation à l’intérieur du département de la Drôme, il propose une vue d’ensemble sur cette « frontière », entre parlers stricto sensu provençaux et languedociens d’une part, et parlers plus septentrionaux, qui ne reçoivent pas une appellation précise.
En ce qui concerne la partie provençale, sa limite (Montélimar, Serre, Sisteron, Digne, Grasse et Saint-Laurent du Var) est confirmée par celle établie postérieurement dans les Basses Alpes.
Ainsi se cristallise dans le bureau ministériel la vision d’un Sud provençal et languedocien, coiffé au Nord par des parlers moins évidents à définir.
Au Nord des Basses Alpes, sur le flanc Est de la Drôme, le département des Hautes-Alpes paraissait devoir offrir au Ministre un éclairage supplémentaire sur ces parlers situés au septentrion des parlers provençaux. Mais l’enquête, fort approfondie, lui propose une vision unitaire des parlers du département, clairement placés sous influence méridionale.
En 1806, l’officiel annuaire du département écrivait déjà [23] :
« L’idiôme vulgaire des Hautes-Alpes est un patois, qui, comme le Provençal et le Languedocien, dont il ne diffère que par l’inflexion de la voix dans quelques sons, prend son origine dans l’ancienne langue Celtique. […] il y a quelques variétés d’un arrondissement à l’autre ».
L’annuaire, dont le secrétaire général de la préfecture, Farnaud, réclame la paternité, témoigne de la vision qu’a de l’idiome un « honnête homme », assez cultivé, natif du département (Gap, 1766), et connaisseur des parlers du Sud (il a été en poste à Draguignan, Var, de 1786 à 1791).
On ne s’étonnera pas de lire chez Millin [24], qui venait de visiter les Hautes-Alpes :
« Toutes les communes parlent au fond le même patois, avec de légères différences sur quelques pronoms, prépositions, et dans la prononciation de quelques mots ».
Millin, qui n’avait pas l’habitude de tirer de son fonds, ne fait que reprendre ce que son cicerone Farnaud lui avait soufflé.
L’enquête, menée avec diligence dès son annonce, a été confiée par le préfet à des notables locaux, tous bons connaisseurs de l’idiome [25]. Ils en rendent les nuances et les spécificités : parlers de Gap, de Veynes, d’Embrun, du Champsaur, du Queyras, du Briançonnais. Les différents choix graphiques peuvent exagérer de réelles différences, mais cette diversité de notations n’impose pas pour autant, aux yeux des notables, un éclatement micro dialectal au niveau de leur zone d’investigation. Ainsi, Rey unifie les parlers du Queyras :
« Toutes les communes parlent au fond le même patois ; mais elles diffèrent sur quelques pronoms, propositions, et sur la terminaison de plusieurs mots ».
Il signale pour les parlers du Briançonnais des différences entre la ville et les vallées éloignées, et isolées, il indique parfois l’influence de la proximité du savoyard, mais, même pour ces parlers relativement « exotiques » aux yeux des habitants du Sud du département, il n’est question de véritable différence.
La proximité avec le provençal est soulignée, y compris pour des parlers aussi particuliers que ceux du Queyras :
« Selon la tradition constante, le Queyras fut habité par des bergers de Provence, aussi le patois de cette vallée quoique un peu différent de commune à commune se ressemble assés pour attester son origine d’une même famille ».
Et, traitant de son parler d’Embrun, puis généralisant à l’ensemble du département, Dongois écrit :
« Ce patois est sensiblement, aux yeux de celui qui en a l’usage, un mélange de latin et de celte. C’est la langue Romaine ou Romance, se rapprochant un peu plus du Français ».
La curiosité du Ministre peut aussi être attirée par ce qu’écrit Farnaud des limites de l’idiome.
« On a lieu de s’étonner de voir ce langage se reproduire jusques à cent lieues des Alpes et surtout dans les pays de montagnes, tandis que à une journée de marche de Gap, vers le département de l’Isère, le peuple des deux départements ne s’entend plus »
Il s’agit là de la route qui, par le col Bayard et le Champsaur, mène vers La Mure en Isère.
Ainsi est proposée la vision d’une séparation franche empiriquement constatée avec des parlers plus septentrionaux, au delà de la localité iséroise de Corps, et d’une bande continue vers l’Ouest de parlers identiques, tels que le passage des conscrits limousins en témoigne aux Gapençais [26].
Cependant, à la différence de la coupure constatée entre Corps et La Mure, la réponse du département de l’Isère, qui lui parvient au Ministre à peu près en même temps, indique au contraire une franche parenté et une intercompréhension entre les parlers hauts alpins et isérois (Trièves) des deux côtés du col de la Croix-Haute, plus à l’ouest [27].
Mais avant de comparer les données de la Drôme et des Hautes-Alpes à celles de l’Isère, le Bureau de la Statistique peut comparer les données des Hautes-Alpes à celle du département qui le jouxte, de l’autre côté de l’ex-frontière piémontaise.
Lorsque l’enquête est lancée, le Piémont conquis est désormais divisé en départements français.
Lors de la création de ces départements, en 1802, il avait été question de rattacher aux Hautes-Alpes les vallées dauphinoises du versant piémontais, cédées au Duc de Savoie en 1713, par le traité d’Utrecht : escartons d’Oulx, de Pragela, et de Château Dauphin. À l’appui de la demande, l’argument de la communauté de langages (« idiome natal » et français) sur les deux versants des Alpes Cotiennes [28]. Si l’enquête manuscrite haute alpine marque fugitivement la différence des parlers du versant français avec le piémontais de l’autre versant, le gourmand préfet Ladoucette retrouve vite le sentiment d’une parenté linguistique immédiate quand, désireux de contrôler administrativement les deux versants (il ouvre le passage du Mont Genèvre entre Briançon et le Piémont), il demande à nouveau le rattachement à son département des vallées perdues.
Le Ministre ne peut donc qu’examiner avec intérêt les résultats de l’enquête dans le département du Pô (chef-lieu Turin), où sont situés deux des escartons dauphinois cédés en 1813, celui d’Oulx dans l’arrondissement de Suse, celui de Pragela dans l’arrondissement de Pignerol, plus au Sud. L’enquête est précoce [29], le Ministre en a les résultats dans l’été 1806 !
Le sous-préfet de Suse présente par deux traductions de la parabole « le dialecte des vallées d’Oulx, qui forment la partie supérieure de l’arrondissement de Suze » et « le dialecte des habitans de la partie inférieure de l’arrondissement de Suze ».
Son mémoire d’accompagnement commence par quelques lignes de présentation générale :
« Des huit cantons qui composent l’Arrondissement de Suze, le français domine dans celui d’Oulx, de Cesane et de Bardonnêche, le piémontais dans celui d’Aveillane et de Giaveno, et le plus mauvais baragouin dans celui de Villar Almese. Le canton de Bussolino se distingue par un patois qui lui est particulier, et qui plus dur que celui des vallées, est cependant moins grossier, moins barbare, que celui de Villar Almese ».
Ainsi, le français domine en remontant la vallée de la haute Doire de Suse à Oulx, et, à partir de la bifurcation d’Oulx, le long des routes qui par Cesane et Clavières mènent au col du Montgenèvre, et par Bardonnêche au col du Fréjus (et au département savoyard du Mont Blanc). Aucune mention d’un idiome natal spécifique de ces hautes vallées « françaises », idiome dans lequel pourtant il donne la traduction de la parabole.
En aval de Suse, le sous-préfet a quelques difficultés de définition. Les choses sont claires à l’extrémité orientale de l’arrondissement : le piémontais domine à Aveillane, au débouché de la basse vallée sur la plaine, et au peu plus au Sud, à Giaveno, toujours au bord de la plaine.
Par contre, le sous-préfet est bien en peine de définir, sinon par une extrême péjoration, les parlers des cantons de Bussolino et d’Almese, sur la Doire, et sur les premières pentes des reliefs qui la bordent. La francisation ancienne des populations de la montagne renvoie encore plus à leur arriération ces parlers de la moyenne vallée, que le sous-préfet présente dans une étrangeté mêlée de mépris.
Le sous-préfet poursuit, toujours à partir de ces deux derniers cantons :
« Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que ce patois varie assez d’une commune à l’autre, pour que les gens du pays distinguent sans peine, non seulement les habitans d’une commune avec ceux de la commune voisine, mais ils reconnaissent encore à ne pas s’y tromper les habitans de deux hameaux séparés l’un de l’autre d’un jet de pierre, et ne formant entre eux qu’une seule et même commune. Cette différence ne consiste pas seulement dans celle de l’accent et de la prononciation, il en est une aussi réelle dans une partie des mots dont ils se servent. Les habitans de toutes les communes de ces deux derniers cantons parlent également le piémontais, mais ils n’en font usage que lorsqu’ils sortent de leur territoire, ou qu’ils cherchent à se mettre en communication avec les étrangers ».
Le sous-préfet constate donc une situation diglossique bien connue : piémontais, « langue haute » d’intercommunication, et idiome de la basse vallée de Suse, réservé à l’usage de proximité.
Le sous-préfet revient maintenant au canton de Suse :
« Le canton de Suze est celui dont les communes offrent le plus de variété dans leur parler. En commençant par l’occident, l’énumération de celles qui le composent, la première est Exilles ou l’on s’exprimer en assez bon français ainsi qu’à Chaumont qui est éloigné d’une lieue. A un mille de cette dernière, et à une égale distance de Suze est situé Gravières. Dans cette commune habitée par des pauvres cultivateurs, on n’y parle que le patois des susdites vallées avec la différence que leur prononciation approche déjà de la piémontaise. Le g, le j et l’h, qu’on entend prononcer à la française jusqu’à Chaumont inclusivement, ne s’articulent plus ici qu’accompagnés de ce zézeyement qui fait reconnaître les piémontais mêmes qui ont le plus longtemps vécu en France dès qu’ils expédient leur phrase.
C’est en français que les personnes des deux sexes apprennent à lire, et quoiqu’elles ne parlent entr’elles que le patois, elles ont un goût de préférence pour le français qui leur fait amèrement regretter d’entendre leurs curés les prêcher en piémontais et leur enseigner le catéchisme en italien ».
C’est donc maintenant dans la haute vallée, au creux du français de l’Escarton, depuis l’ancienne frontière, désormais départementale, jusqu’aux portes de Suse, que le sous-préfet situe la présence de l’antique idiome que les linguistes d’aujourd’hui classent parmi les parlers d’Oc. Mais à peine plus bas vers le chef-lieu, il note une différence de prononciation, et non une absence de compréhension, dans le parler de Gravières, revendiqué aujourd’hui comme francoprovençal par les groupes patoisants et les dialectologues.
Le sous-préfet passe ensuite à la route qui de Suse monte vers la Savoie et le Mont Cenis, en commençant par la proche commune de Jaillons, où il pense relever les mêmes phénomènes.
« Sur la gauche de la Doire et à une demi lieue de distance [de Suse] est située la commune de Jaillon. Quoique la Vallée, que forme cette rivière, la sépare de Gravières, son patois est néanmoins à peu près le même, à quelques terminaisons près, et ressemble beaucoup moins à celui de Venaus qui est beaucoup plus voisin. Les patois qu’on parle dans cette dernière commune ainsi qu’à la Fenière et à la Novalaise tient déjà beaucoup plus du Maurionais que celui des vallées. Il a d’ailleurs des sons si étranges qu’on ne sçaurait par quel arrangement des lettres de l’alphabet on pourroit en donner une idée ».
En montant vers le col, à partir de Venaus, le sous-préfet rencontre donc un idiome clairement proche du savoyard de la Maurienne, dont la phonétique le déconcerte. Il signale un parler de ce type plus « présentable » à Montpentier, sur le proche versant nord de la vallée, en aval immédiat de Suse :
« La commune de Montpantier occupe l’espace d’une lieue d’occident en orient sur le côté méridional du pied de Rochemelon, qui après le Montblanc est la plus haute montagne des Alpes. Quoique le centre de cette commune ne soit éloigné que d’une portée de fusil de Suze, on ne s’y exprime que dans le patois usité à Jaillon qui est distant d’une lieue : les personnes des deux communes que j’ai fait venir à la Sous Préfecture afin de les faire causer entr’ elles, et de juger par moi même s’il y avait une différence sensible entre les termes dont ils se servaient, soit pour désigner les objets purement /illisible/ que pour exprimer les différents rapports que ces objets ont entr’eux ou avec nous, m’ont bien convaincu qu’il n’y en a aucune, si ce n’est dans quelques terminaisons que les uns ont en a et les autres en e.
Les habitans de la partie occidentale de cette commune qui sont sous la paroisse de Suze ont plus de facilité à comprendre le piémontais que ceux qui en occupent la partie orientale, et qui cependant ont leur paroisse sur le grand chemin qui tend de ce chef-lieu d’Arrondissement à Turin. Les uns et les autres vivent beaucoup entre eux et ne se répandent guères en dehors : d’où il s’ensuit que quoique placé très près de Suze, de mémoire d’homme leur patois n’a jamais souffert aucune altération. C’est au moins ce que m’ont assuré les vieillards de l’endroit que j’ai interrogés sur ce point : il est d’ailleurs certain que les jeunes gens de cette commune comprennent le français avant de sortir de chez eux, tandis que ce n’est qu’après avoir fréquenté les marchés de Suze qu’ils se familiarisent avec le piémontais ».
Le sous-préfet aborde ensuite le parler de Suse où il ne retrouve plus trace de l’idiome natal originel. Le piémontais a pris sa place :
« Ce dernier est le seul usité dans ce chef-lieu d’Arrondissement et quoique tout le monde entende le français, et le parle plus ou moins bien, cette langue ne sera jamais dominante ici tant que l’on y fera le prône et le catéchisme en italien. Le premier prêtre qui prêchera en français aux habitants de Suze aura la gloire de naturaliser cette langue dans la partie orientale de cet arrondissement, et successivement dans tout le département ».
Par le détour du piémontais, le sous-préfet revient sur ces idiomes de la moyenne vallée, à l’aval immédiat de Suse, idiomes qu’il n’avait pas su précédemment comment définir :
« Le langage dans lequel on s’exprime en Piémont n’ayant point de patois et pouvant être considéré lui-même comme tel, j’ai cru devoir, aux deux traductions que V.E. m’a fait l’honneur de me demander, en joindre une troisième dans le patois qu’on parle à Meana , canton de Bussolino : patois qui m’a paru faire la transition de celui des vallées au piémontais. Il est à remarquer que ce patois qui est seul usité dans les communes de Meane, Mathie, [deux localités au flanc sud de la vallée, en amont de Bussolino], Bruzolo [localité au flanc nord de la vallée, en aval de Bussolino], placées à une très petite distance sud-est de Suze, est parfaitement bien compris de l’habitant des Vallées, et vice versa le patois de celui ci est également bien entendu de l’autre » [30].
Constat empirique de la piémontisation des parlers de la moyenne vallée.
Mais aussitôt que l’habitant du canton de Bussolino parle piémontais et celui des vallées parle son dialecte, ils ne se comprennent plus, précise l’administrateur qui conclut :
« Votre Excellence peut juger là du progrès que la langue de l’Empire doit faire dans les cantons de Suze ».
On voit combien la tâche a été rude pour le sous-préfet de décrire le complexe carrefour linguistique de ce mouchoir de poche.
Au sud de l’arrondissement de Suse, l’arrondissement de Pignerol regroupe une partie de la plaine piémontaise et une zone montagneuse frontalière des Hautes-Alpes, parcourue par les trois « vallées vaudoises », depuis longtemps protestantes : Val Cluson (dont la partie supérieure constituait l’escarton de Pragelas, donné à la Maison de Savoie en 1713), Val Germanasque, Val Pelis.
Le préfet insiste à juste titre sur la francophonie des vallées protestantes, en grande partie fondée sur le choix religieux de la Langue de la Bible, mais en aucune mention n’est faite d’une parenté des parlers vaudois avec ceux de l’autre versant.
L’érudit enquêteur propose au sous-préfet de Pignerol, Geymet, deux textes, l’un « en jargon Piémontais » pour la plaine, l’autre en « Vaudois », pour les vallées de la montagne.
Ce texte « vaudois » ne passera pas à la publication. Mais peu après, la publication à Grenoble de l’ouvrage de Champollion-Figeac sur les patois [31] fera connaître à l’opinion française cultivée, et notamment à des Protestants peu favorables à un usage religieux de l’idiome natal, l’existence des parlers « vaudois » et leur glorieuse histoire. Informé par les publications de l’érudition méridionale, Papon, Millin, et par ses recherches personnelles, Champollion-Figeac donne ses sources et les illustre de textes qui, sans aucun doute pour lui, intègrent ces parlers « vaudois » dans la grande famille des parlers provençaux.
Dans ces deux arrondissements à la situation linguistique complexe finement décrite, le Ministre peut donc constater, malgré l’imprécision des dénominations des sous-préfets, que la famille « provençale » déborde les Alpes et se prolonge, dans une différence plus ou moins marquée, par des parlers septentrionaux proches du savoyard.
À noter qu’au Sud du département du Pô, dans le département de la Stura, frontalier des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes, aucune mention n’est faite dans les documents que nous connaissons [32], de la francitude (et « donc » d’un idiome qui la porte), pour l’ancien escarton de Château Dauphin (arrondissement de Saluces), ou pour les vallées alpines de l’arrondissement de Coni, dont la parabole est piémontaise [33].
« Le piémontais est le langage ordinaire de ces contrées », écrit le préfet à Coni.
Qu’en est-il du département de l’Isère, frontalier de la Drôme et des Hautes-Alpes ?
Le 12 septembre 1808, un Conseiller de la Préfecture de l’Isère transmettait au Ministre au nom du préfet un très conséquent manuscrit [34] :
« Monseigneur, en exécution de la circulaire que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser en date du 13 9bre 1807, j’ai chargé M.Champollion Figeac, secrétaire de la Société des Sciences et arts de Grenoble, bibliothécaire adjoint de la bibliothèque publique de Grenoble [35], de composer un mémoire sur les divers patois en usage dans ce département.
Ce littérateur distingué par ses études sur l’antiquité, par divers ouvrages utiles et par son zèle à seconder les vues de l’administration, vient de me remettre ce travail qui a été retardé par diverses causes, et dont l’étendue a exigé beaucoup de temps et de recherches. […] Le Mémoire indique le caractère et les différents patois qui se parlent dans les diverses parties du département ».
Deux traductions (Oisans et Trièves) sont jointes. Un post-scriptum ajoute qu’il transmettra les traductions des autres arrondissements « que j’ai demandées, aussitôt qu’elles me seront parvenues ».
C’est dire que Champollion-Figeac n’a pas vraiment basé son travail sur des traductions, mais sur des considérations personnelles et des lectures.
Friand de traductions, le Ministre ne lui en veut cependant pas, et remercie « M.Champollion Figeac pour le mémoire curieux et intéressant qu’il a pris la peine de rédiger afin de convenir à mes vues ».
Le manuscrit déborde en effet amplement le cadre des parlers de l’Isère en proposant une réflexion globale sur les patois, leur origine, leur devenir [36].
De ces parlers du département, il donne la présentation suivante :
« On ne doit pas s’attendre de trouver des grandes différences dans la langue écrite de ces cantons. L’on n’en remarque essentiellement que dans l’accent particulier à chacun d’eux, et sans nous arrêter à ce qu’un voisinage mutuel leur donne de commun, nous indiquerons seulement les points extrêmes du département comme ceux qui peuvent fournir quelques observations, résultant de leur rapprochement. Ainsi le patois de l’extrémité nord de la vallée de Graisivaudan [sic], située au nord est de Grenoble, notamment celui du canton d’Allevard, a un caractère assez distinct pour mériter d’être remarqué, mais l’observation lui donne une grande identité avec celui de la portion du département du Montblanc [sic] voisine de ce canton. Ils sont l’un et l’autre doux, d’une prononciation prompte et facile, résultat d’une exacte accentuation qui exclut toute syllabe muette. On y remarque fréquemment cette modification de prononciation qui est un vice de notre langue qu’on désigne par le verbe “blézer” dont les Grecs modernes se servent encore […]. Dans les cantons de l’Oisans et d’Entraigues au sud de Grenoble, le langage est beaucoup plus lent. Il manque en général de douceur et d’agrément, ceux qui le parlent le font participer de leur lenteur d’action et d’idées. Il en résulte que le langage lui-même manque de figures. On n’y trouve que le mot pour la chose et la chose qui n’est pas connue n’a pas de mot. Telle est l’influence qu’exerce sur le langage un peuple qui manque de vivacité et d’aisance au moral comme au physique. On peut en trouver la cause dans l’état du pays couvert de vallées profondes, de hauts montagnes et où la nature avec quelques sites riants et pitoresques [sic], conserve toujours sa physionomie sombre et sévère, parce que tout y est grand, parce que tout y est affreux.
Mais dans le canton de Mens et de l’ancien pays de Trièves, au sud de Grenoble, on commence à retrouver la vivacité méridionale. Les départemens des Hautes-Alpes et de la Drôme limitrophes de ces cantons leur ont communiqué leur accent et cette bruyante facilité d’expression qui fait ajouter à chaque idée un geste qui soutient encore le ton élevé, quelquefois criard du langage. Il en résulte que ce même langage est débarrassé des syllabes traînantes, des mots longs et que pressées par la rapide succession des idées les phrases sont réduites au nombre de mots absolument nécessaires et les mots eux-mêmes aux lettres indispensables. On peut s’en assurer par la simple comparaison de ces deux traductions jointes de la Parabole de l’Enfant Prodigue en patois de l’Oysans et en patois de Trièves. Cette influence de l’accent méridional se remarque encore dans le langage des autres cantons voisins de la rive gauche du Rhône. Ceux de ces cantons qui sont situés au nord-ouest du département de l’Isère se ressentent en partie du voisinage de l’ancien Bugey, et l’on ne remarque pas beaucoup de différences entre leur idiome et celui des cantons situés en face du Lyonnais, à l’ouest de Grenoble. Le langage des uns et des autres est un peu traînant et nasillard. Il n’a pas même de caractère propre. Cette partie du département étant celle où se trouvent le plus de villes et de bourgs considérables, où l’on parle plus généralement le français. Il en est de même dans la partie sud-ouest du département, voisine de celui de la Drôme. Nous ne nous arrêtons pas aux cantons situés au centre, on ne peut trouver dans leur idiome d’autre différence que celle de l’accent particulier presque à chacun d’eux, celui des environs de Voiron est lent et chantant, doux en finale ».
Ainsi, bien en peine de nommer et de caractériser ces parlers, sinon par leurs ressemblances avec ceux des départements voisins, l’érudit bibliothécaire s’en tient à deux paraboles recueillies dans le Sud du département, Oisans et Trièves, dont la présentation classiquement ethnotypée veut faire ressortir la différence, alors que leur lecture donne une impression d’étrange proximité.
En ce qui concerne Grenoble, dont seuls les textes fournissent ample matière à l’enquête, Champollion ne donne pas d’autre définition que celle de « parler grenoblois ». L’appartenance linguistique de ce parler lui importe à vrai dire assez peu. C’est la révélation et l’exhumation d’un foyer d’écriture dans l’idiome qui l’intéresse [37].
Ainsi, la présentation par Champollion des parlers du département va dans le sens des partisans du passage graduel d’un dialecte à l’autre, et du refus des franches délimitations [38].
Le Ministre dispose donc d’une base de données assez complètes sur la situation linguistique à l’Est du Rhône : provençal au Sud, bordé au Nord par une bande de parlers qui tiennent autant du provençal que du languedocien, et enfin, avec l’Isère, d’un dégradé de parlers difficiles à nommer, proches au Sud de ce qui se parle dans la Drôme et les Hautes-Alpes, se rapprochant plus au Nord des parlers lyonnais et savoyards.
Double interrogation donc.
– Existe-il, de l’autre côté du Rhône, dans les parlers de l’ancien Languedoc, la même succession de strates de langage, orientées plus ou moins Est-Ouest, comme le sous-préfet de Montélimar le suggérait ?
– Comment appréhender ces parlers du Lyonnais et de la Savoie, dans lesquels semblent se perdre ceux de l’Isère [39], et sur lesquels viennent buter ceux de l’arrondissement de Suse ?
La première question est naturellement posée au préfet du département faisant face à la Drôme, l’Ardèche.
Plus au Sud, il n’y avait pas de problèmes : par le préfet du Gard, (où « le patois languedocien est excessivement doux dans la bouche des Nîmois, et très dur dans celle des montagnards »), et au-delà par le préfet de l’Hérault, l’idiome était clairement désigné comme du languedocien.
Mais quid de l’Ardèche, terre historiquement « languedocienne » (l’ancien Vivarais qui la constitue appartenait à la province de Languedoc) ? Là, les choses se compliquent. Le préfet envoie sans autre commentaire des traductions pour ses trois arrondissements : Privas, L’Argentière (Joyeuse), Tournon (Annonay).
Alerté par les informations drômoises, le Ministre lui demande des précisions [40] :
« Monsieur le Préfet, les recherches que je fais pour connaître les différens idiomes qui se parlent en France et l’étendue du terrain où ils sont en usage, m’ont donné lieu de reconnaître qu’en venant du midi, c’est à Montélimar que se termine l’idiome provençal. J’aurais besoin de recueillir des faits de même nature dans le département que vous administrez, afin de savoir si sur la droite du Rhône comme sur la gauche, on ne remarque pas une ligne allant de l’est à l’ouest qui laisse au midi les communes où l’idiome languedocien est en usage et au nord celles où le langage se rapproche davantage du français. J’aimerais dans ce cas indiquer à peu près la direction de cette ligne au moyen des principales communes par lesquelles elle passe ».
La réponse du préfet :
« Monseigneur, j’ai reçu la lettre que votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser le 13 juillet dernier, ayant pour objet de savoir si sur la Droite du Rhône comme sur la Gauche on ne remarque pas une ligne allant de l’Est à l’Ouest, qui laisse au Midi les communes où l’idiôme languedocien est en usage et au Nord celles où le langage se rapproche le plus du français.
On remarque en effet, Monseigneur, dans ce département une ligne allant de l’Est à l’Ouest, qui laisse au Midi l’idiôme languedocien et au Nord le langage qui se rapproche le plus du français.
Mais je crois devoir observer à votre Excellence que l’idiôme languedocien dans toute sa pureté, n’atteint pas cette ligne, et n’occupe qu’un petit espace vers la mer ; que d’un autre côté on remarque dans les départements formés de la ci-devant province de Languedoc, même dans les cantons et communes une diversité de langage qui feroit penser que ce sont autant d’idiômes propres à chaque contrée, mais ce qui prouve le contraire c’est que les habitans de l’une entendent parfaitement le langage d’une autre, et qu’au fond il n’y a de différence que dans la terminaison des mots ou dans la manière de les prononcer : les expressions et le tour des phrases y sont partout les mêmes.
La ligne dont il s’agit, part de Tournon dans le bord droit du Rhône, passe au Cheilard et se termine à Faÿ le froid, au pied du Mezenc sur la limite du département de la Haute-Loire dont cette commune dépend, depuis la division de la France en départemens ».
Ainsi, en donnant cette limite entre parlers du Sud et du Nord du département, le préfet marque en même temps l’unité (dans l’intercompréhension) des parlers languedociens de toute l’ancienne province, avec un indicateur de « pureté » de plus en plus marqué en allant vers le Sud de la province.
Il restait au Ministre à voir ce qu’il en était dans le dernier département taillé dans l’ancien Languedoc oriental.
Le département de la Haute-Loire est pour l’essentiel formé de territoires anciennement languedociens (Velay, une petite partie du Gévaudan et du Vivarais), mais aussi d’une partie de l’ancienne Auvergne et quelques communes du Forez.
Coquebert va être plongé dans la perplexité. Il avait déjà envoyé une première volée de questions relatives à la diversité linguistique du département, questions auxquelles le sous-préfet de Brioude avait apporté aussitôt une réponse détaillée [41].
Après avoir marqué les ressemblances et les différences avec des parlers de départements frontaliers, Puy-de-Dôme et Cantal [42], le sous-préfet répond à propos d’une éventuelle différence de l’idiome du Nord de l’arrondissement avec celui du Sud :
« La différence est presque nulle par rapport à l’expression, mais elle est très sensible dans la prononciation. Les cantons du Midi qui touchent au Velai et au Gevaudan (L’arrondissement de Brioude touche au Sud à celui du Puy et au département de la Lozère) ont un accent qui a beaucoup de ressemblances avec celui de ces deux pays : il pèse beaucoup sur les voyelles, est très aigu et tient beaucoup du sifflement. Dans les cantons du Nord au contraire et surtout dans ceux du chef-lieu tel qu’Auzon ; il est doux, léger et sonore ; on grassaye un peu dans ce dernier canton ».
Puis il aborde une des préoccupations majeures du Ministre :
« 3eme question
L’arrondissement de Brioude pourrait-il être considéré comme étant placé sur la ligne qui forme la séparation entre le français proprement dit et le langage du midi ou oc ? »
Réponse :
« Il serait difficile d’établir d’une manière satisfaisante la ligne qui forme cette séparation ; on ne peut faire que des conjectures, et je me bornerai à vous proposer mes doutes sur cet objet en les étayant de quelques probabilités. […] on pourroit présumer avec quelque fondement que la ligne qui sépare le pays d’oïl d’avec le pays d’oc commence à l’extrémité méridionale de l’arrondissement de Brioude pour finir avec l’ancien Velai. Cette idée acquiert de la probabilité si l’on considère que le langage, et surtout la prononciation, les mœurs, les usages et l’habillement du peuple sont à peu près les mêmes dans le Velai, le Vivarais, le Gévaudan et les Sévennes (sic), tandis qu’ils diffèrent d’une manière extrêmement sensible de ceux de l’arrondissement de Brioude, et surtout de la partie du Nord de cet arrondissement.
Telles sont, Monseigneur, les idées que j’ai l’honneur de soumettre à Votre Excellence en vous observant qu’elles sont, en plusieurs points purement conjecturales. Je désire qu’elles puissent vous satisfaire… ».
Le classement « conjectural » de l’arrondissement de Brioude dans la zone d’Oïl par le sous-préfet parisien Croze semble dans un premier temps convaincre le Ministre :
« Monsieur, j’ai reçu la lettre que vous m’avez adressé le 28 février dernier au sujet de l’idiome populaire en usage dans votre arrondissement. Je vous remercie beaucoup des détails dans lesquels vous êtes entré au sujet des variations que présente la prononciation des divers patois en usage tant dans cette partie du département de la Haute Loire que dans les départements voisins. Ces notions m’ont paru d’un grand intérêt et je les regarde comme une preuve de votre esprit observateur. Je suis porté à penser comme vous qu’en effet c’est sur les confins de l’Auvergne et du Velai que l’on doit chercher la limite entre la langue d’oïl et la langue d’oc ».
Mais dans la foulée le préfet lui écrit, en envoyant les traductions des paraboles [43] :
« Je me suis attaché à vous présenter la parabole dans les dialectes de chaque arrondissement, et j’ai choisi, dans chacun, deux cantons, l’un dans les parties basses, plus cultivées, plus peuplées, plus civilisées, l’autre dans les parties hautes, sur les confins surtout des départements de l’Ardèche, de la Lozère, et du Puy-de-Dôme.
Il sera facile à votre Excellence d’observer que le fonds de ces patois est à peu près le même, qu’il tient beaucoup du patois languedocien, mais devenant moins pur, et moins élégant à mesure qu’il s’éloigne de cette ancienne province, et qu’il devient plus dur, en se rapprochant des montagnes, de celles surtout, où le climat est plus froid, et l’aisance moins grande.
La prononciation a une infinité de nuances, qui n’empêchent pas les habitués à ces dialectes, de s’entendre d’un canton, d’un arrondissement, d’un département à l’autre ».
Le Ministre remercie, mais insiste :
« si vous voulussiez rechercher quelle est dans votre département ou dans ceux qui l’avoisinent, la direction approchée de la ligne qui sépare le français proprement dit de l’idiome du midi.
Il paraîtrait d’après des éclaircissemens que j’ai reçus de St Flour que l’idiome du nord du département de la Hte Loire diffère considérablement de celui de la partie méridionale [44].
Cependant en examinant avec attention les divers échantillons que vous me transmettez de ces dialectes, je ne puis appercevoir [sic] entr’eux aucune différence bien remarquable et ils me paraissent tous se rapportant à la langue d’oc qui avec beaucoup de variations se parle dans tout le midi de la France. Je suis porté d’après cela à croire que c’est dans le Forez qu’il faut chercher la ligne de démarcation entre la langue d’Oïl et la langue d’Oc ».
L’idiome de la Haute-Loire appartient donc tout entier à la langue d’Oc. Mais quid du Forez ?
Le Ministre ne peut qu’être troublé en constatant que le préfet confirme et élargit sa vision :
« Dans les cinq départements qui environnent la Haute Loire le fond du patois est encore le même.
Celui qui offre le plus de variété est le patois de l’ancien Forez, département de la Loire, les expressions et la tournure des phrases y tiennent beaucoup plus de l’ancienne langue celtique mêlée avec la langue latine ».
Le langage du Forez ferait-il donc partie lui aussi de la langue d’Oc, ce Forez dont on lui écrit du Cantal [45] :
« Il paraît aussi qu’aux environs d’Annonay le langage participe beaucoup de celui de l’ancien Forez que de celui du Vivarais en général ».
Des deux côtés, Isère et Haute-Loire, le Ministre est donc renvoyé à ces parlers du Nord, parlers quelque peu énigmatiques du Forez, (sur lequel nous ne disposons pas pour l’heure des résultats de l’enquête), et parler du Lyonnais, dont Champollion-Figeac écrit, au terme de sa réflexion sur les patois, qu’il couvre deux départements, le Rhône, l’Ain et une partie de celui de la Saône-et-Loire.
En ce qui concerne le département du Rhône, le Ministre ne peut qu’être frappé par la différence entre la ville de Lyon, pratiquement francisée [46], et l’idiome du terroir, dans lequel est traduite la parabole. Terroir lyonnais qui déborde sur l’arrondissement du Sud de l’Ain voisin.
De l’Ain [47], le Ministre reçoit abondance d’informations sur l’idiome, clairement désigné et caractérisé comme le parler du Bugey, et celui de la Bresse, Ces parlers sont caractérisés par la proximité conservée avec l’origine latine, à la différence des parlers bourguignons sur l’autre rive de la Saône, marqués, lui dit-on, par l’origine celtique et l’influence des envahisseurs germaniques [48].
Le parler de la Bresse déborde effectivement quelque peu sur la partie sud-est de la Saône-et-Loire bourguignonne (arrondissement de Louhans) [49] d’où provient, à côté de traductions en parlers mâconnais, charolais, morvandiau, une traduction en « idiome bressan des communes de Condal, Varennes » et voisines, ainsi que deux traductions « en patois » de Donmartin et de Cuiseaux, c’est-à-dire de la zone qui jouxte la Bresse de l’Ain.
Sans s’embarrasser de subtilités dialectales, Coquebert notera simplement dans son résumé [50] : « les unes terminent leurs mots en i, les autres en a, mais le fond est toujours le même ». Il ne faisait que reprendre la présumée lettre signée « par ain campagnar » de Saint Léger sur Dheune qui écrivait [51] :
« Vous voulé savoir comme je parlon dans notre péys… Les uns finissant leurs mots en (i), les autres en (a), n’importe, le fond est toujours de moime ».
Il est amusant de constater la différence des regards portés sur ce patois bressan : alors que l’enquête de l’Ain le valorise par rapport au bourguignon, l’enquête de Saône-et-Loire l’infériorise :
« Le dialecte de Varennes, Condal et Saint Sulpice n’est qu’un dérivé du français et n’a de caractère que par la prononciation. […] Il n’existe aucun livre écrit dans cet idiome… »
Les abondantes références données par l’enquête de l’Ain sur l’influence savoyarde (et donc italiennes) qu’avait entraînées la longue domination des Ducs de Savoie, prolongée jusqu’au début du XVII° siècle, ne peuvent qu’inciter Coquebert à étudier les envois émanant des deux départements savoyards (Mont Blanc et Léman), d’autant que le Pays de Gex avait été détaché de l’Ain et intégré dans le département du Léman à sa création.
En novembre 1792, la Savoie, réunie à la France, devient le département du Mont-Blanc, dont le chef-lieu est Chambéry. En 1798, le département est amputé du Chablais et du Faucigny, unis à Genève pour former le département du Léman.
Le préfet a été très tôt sollicité par l’enquête. Son investigation très complète sur quatre grandes zones dialectales (Maurienne, Tarentaise, pays de Chambéry, pays d’Annecy) donne aussitôt matière à publication dans la Statistique départementale de 1807 [52].
« Pour mieux connoître la nature du patois savoisien, ainsi que les variations qui peuvent exister d’un arrondissement à l’autre, l’on joint ici quatre traductions de la parabole de l’enfant prodigue (évangile selon Saint-Luc) faites dans les idiômes de chaque arrondissement. On a choisi ces exemples à dessein, dans des endroits un peu écartés des villes, afin que l’idiôme fût moins altéré par la fréquentation des étrangers. […] Le langage de la Maurienne est celui qui offre le plus de mélange : on y retrouve beaucoup de mots qui appartenoient autrefois à l’italien et au françois. Sa prononciation est prompte et presque aspirée. Le patois des Tarins, ou des habitants de la Tarentaise, est plus doux ; ses terminaisons sont presque toutes latines ou italiennes. Dans l’arrondissement d’Annecy (excepté les communes des cantons de Faverges et d’Ugine, les plus rapprochées des arrondissemens de Moûtiers et de Chambéry), le langage diffère sensiblement de ceux de la Tarentaise et de la Maurienne. Auroit-il conservé, comme on le prétend, plus d’analogie avec le langage des Celtes et des Bourguignons ? Voilà ce qu’il est difficile de dire tant qu’on ne sera pas d’accord sur la langue que ces peuples parloient.
Le patois de l’arrondissement de Chambéry participe du latin et du français : ce mélange des deux langues si différentes pour la grammaire et par la prononciation, malgré leur rapport dans les mots, est peut-être ce qui donne à ce langage quelque chose de rude et d’irrégulier. Il renferme plus de mots français que ceux des autres arrondissemens ».
Mais enfin, le préfet unifie toutes ces différence sous la dénomination de « patois savoisien ».
Un patois savoisien que le Ministre va retrouver dans le département voisin du Léman, au Nord.
Le département du Léman, chef-lieu Genève, avait été créé en 1798 par la réunion de la République de Genève, annexée à la France cette même année, du pays de Gex, détaché de l’Ain, et des arrondissements de Bonneville et Thonon, détachés du département du Mont Blanc.
Le préfet a été long à la détente, il se fait rappeler à l’ordre, et c’est le conseiller de préfecture qui répond sans trop se mouiller [53] :
« J’ai l’honneur d’adresser à V.E. un exemplaire imprimé des plus anciennes chansons de l’Escalade ; j’espère qu’elles vous fourniront des échantillons assez intéressans du patois de ce païs.
En ce qui concerne la traduction de la parabole de l’enfant prodigue, j’ai jugé convenable pour plus d’exactitude, d’en obtenir quatre au lieu d’une ; car il ne faut pas se dissimuler que quoique les nuances du patois qui se parle dans ce Département ne soient pas peut-être trop prononcées ; il est vrai cependant que les patois de Genève, du Chablais, du Faucigny et des cantons de Gex et Collonge diffèrent un peu entr’eux. J’ai donc demandé quatre différentes traductions de cette parabole ; aussitôt que je les aurai reçues je m’empresserai de les adresser à V.E. »
Voilà donc, en attendant d’éventuelles paraboles, Coquebert à même de lire un recueil des « Chansons de l’Escalade », exaltant l’ancienne résistance genevoise face à la Savoie. Le préfet n’aurait pourtant eu que l’embarras du choix dans les textes dialectaux bien plus récents, accompagnant les déchirements civils de la Révolution genevoise [54]. Mais évidemment ce type d’intervention avait cessé avec l’annexion et la disparition de la vie politique. Et, significativement, cet écrit de combat avait cédé la place aux restitutions patrimoniales : la fête de l’Escalade était supprimée depuis 1798, mais on publie en 1805 cet anonyme « Recueil des plus anciennes chansons de l’Escalade » auquel Sismondi (Genève 1773-1842), retour d’émigration, n’est pas étranger. Ces chansons de résistance face à la Savoie ne sont plus désormais qu’affirmation d’un patriotisme sentimental, à côté d’une Savoie qui n’est plus menaçante, et pour cause. Ce patriotisme genevois, désormais sans objet (l’idiome rapproche les adversaires d’antan, citoyens du même département), est sublimé dans l’appartenance à la langue du Midi. L’anonyme introduction du recueil en témoigne :
« Ce petit recueil peut devenir précieux non seulement aux Genevois et à ceux qui s’occupent de l’histoire de ce Département, mais encore des Philologues, qui y verront combien la langue Romance a de rapports avec le Portugais, l’Espagnol, le Provençal et l’Italien, ou plutôt combien sont rapprochés tous les dialectes de la langue unique du midi de l’Europe ».
On reconnaît le thème que Sismondi va professer à Paris et développer dans De la Littérature du midi de l’Europe, (Paris, 1813), où il exaltera les Troubadours.
Cette vision de l’ensemble roman méridional peut certes intéresser Coquebert : elle situe le parler de Genève, et plus largement ceux du département (entre lesquels la préfecture ne voit guère de différences), dans l’antique langue romance méridionale. Un élément qui permet de mieux situer les parlers de l’ancienne Savoie, en rapport à ceux de l’Ain, du Lyonnais, de l’Isère…
Mais enfin, il semble étonnant pour le Bureau de la Statistique que l’antique république genevoise ne se distingue pas par un langage particulier.
Relance donc de la demande auprès du préfet. L’espérance ministérielle sera bientôt déçue. En envoyant ses paraboles « en patois chablaisien », « en patois genevois » (sic) et « en patois du ci-devant païs de Gex » , le préfet précise :
« Je dois vous observer, Monseigneur, que le maire de cette ville, en m’adressant la traduction qu’il a fait faire de cette pièce en patois genevois, m’observe que ce patois n’a jamais eu un caractère originel, et que Genève ayant été de tout temps le centre des affaires des communes avec le païs voisin, le Chablais, le Faucigny, les cantons de Gex et Collonge, et la Suisse, cette circonstance a dû mettre dans le langage dit patois un mélange de tous les patois environnants » [55].
Cette vision relativement unitaire des parlers savoisiens (Genève y compris), ne pouvait guère se prolonger dans les informations que le Ministre avait reçu dès 1806 du département de la Doire, sur le versant piémontais des Alpes savoyardes [56]. Le préfet s’y était tenu à ne voir dans le patois du Val d’Aoste qu’une forme dégradée de français [57].
Par contre, des éléments plus éclairants lui parviennent de deux nouveaux cantons de la Confédération Helvétique, avec laquelle le département du Léman est frontalier [58]. La Confédération, état vassal de la France on l’a vu, participe à l’enquête, de même que la principauté de Neuchâtel [59].
Le général Vial, ambassadeur à Berne, présente ainsi la situation linguistique [60] :
« La langue française se parle généralement dans toute la principauté de Neuchâtel, dans tout le canton de Vaud, et dans la presque totalité de celui de Fribourg. Elle n’est pratiquée dans les cantons de Berne, de Solenne et de Bâle que par des personnes qui ont reçu de l’éducation, les gens de service des maisons riches et les agens subalternes du commerce. Elle est encore moins générale dans le reste de la Suisse.
La langue vulgaire de Neuchâtel est un mélange de patois franc-comtois et de celui du Pays de Vaud. Celle du canton de Vaud tient beaucoup au savoyard et très peu à l’allemand. A Fribourg, elle est à peu près la même, excepté dans quelques baillages, dits baillages allemands, où elle est à peu près la même que dans le canton de Berne ».
Voilà donc les patois de Vaud et de Fribourg apparentés clairement au savoyard [61]. De ces parlers, Coquebert reçoit matière du pasteur Bridel, pour le canton de Vaud, et d’ecclésiastiques catholiques du canton de Fribourg [62]. De Fribourg sont envoyées, accompagnées d’« Observations sur les patois fribourgeois », des traductions en « parler roman » qui distinguent le « gruérin » de la montagne, le « broyard » du bas-pays, et le « quetzou » de la partie moyenne du canton [63]. Bridel relève aussi ces différences, mais insiste sur l’unité des patois de Vaud et de Fribourg, qu’il concrétisera plus tard par un Glossaire du patois de la Suisse Romande, et sur la parenté avec le savoyard et le parler de la principauté de Neuchâtel (qui jouxte les deux cantons romands et le département français du Doubs).
Or de la Principauté de Neuchâtel, Coquebert a reçu un « Apologue de l’enfant prodigue, traduit en langage vulgaire ou patois de Neuchâtel » [64], plus une « Oraison dominicale telle qu’elle se débite dans les temples de la principauté de Neuchâtel », (en français), apologue à propos duquel il interroge le préfet du Doubs, lequel répond [65] :
« Votre Excellence […] en me faisant connaître qu’elle a bien voulu accueillir avec satisfaction les renseignements que j’ai eu l’honneur de lui transmettre relativement au dialecte vulgaire de mon département, me témoigne le désir de connaître les points de ressemblance qui pourraient exister entre le dialecte particulier aux frontières de l’Est et celui de la principauté de Neuchâtel. Je me suis empressé de recueillir divers rapports à cet égard afin de me mettre à même de la satisfaire et je vais avoir l’honneur de lui en transmettre les résultats.
Généralement dans la principauté de Neuchâtel, on parle français, mais en ajoutant à cette langue un accent particulier qui paraît avoir sa cause principale dans l’allongement considérable de la pénultième voyelle des mots composés de plusieurs syllabes. Cet accent est commun aux dialectes vulgaires quoique dans les divers cantons le dialecte indigène se rapproche du pays qui avoisine. Ainsi, les communes de cette principauté , qui bordent la frontière à l’Est du département du Doubs, ont le même dialecte que les communes franc-comtoises limitrophes, sauf la légère modification que je viens d’indiquer, modification qui n’est qu’une extension donnée à l’allongement de la même voyelle naturel aux habitans de la montagne du département tandis que le dialecte des communes de la principauté qui joignent le canton de Vaux (sic), tout en se rapprochant du dialecte italien conserve encore une teinte de l’accent particulier de Neuchâtel ».
Proximité du parler de Neuchâtel avec les parlers suisses romands, mais aussi avec le parler du Doubs, que le préfet lui avait ainsi décrits [66] :
« Le département du Doubs étant essentiellement agricole, et ne contenant point de villes manufacturières, la classe des cultivateurs est dominante ; dans ses relations habituelles et familières, cette classe parle un patois qui dérive du vieux français, mais auquel il serait difficile d’assigner de véritables règles. Il varie dans la prononciation suivant les localités : à Besançon les 3000 vignerons ou journaliers qui font partie de la population de cette ville, parlent le patois, mais leur prononciation est brusque et a quelque chose de dur ; le caractère distinctif de cette prononciation consiste dans en peu de syllabes longues qu’elle fait sentir et dans la manière dont elle serre les brèves.
C’est dans ce patois que j’ai fait traduire la parabole de l’enfant prodigue que V.Ee m’a demandé : j’ai essayé d’indiquer sur la première page les brèves et les longues par des signes, et j’ai tâché d’éclaircir le texte par quelques notes indispensables.
Il n’existe aucune règle écrite de ce patois, aucun vocabulaire ; la seule autorité en ce genre sont deux noëls familiers qui ont de l’originalité et qui sont le dépôt de tous les tours de phrases particuliers et de toutes les expressions en usage. J’ai l’honneur d’en adresser le recueil à V.Ee, et pour en rendre la lecture plus facile, j’y ai joint la traduction en français du premier de ces noëls afin que la comparaison que l’on pourra faire donne la clé des mots qui paraîtraient peu intelligibles.
Dans les campagnes de la plaine, ce patois prend un plus grand nombre de syllabes longues, ou plutôt traînantes, sans être plus agréable à l’oreille.
Dans la haute montagne, le dialecte, qui au fond est le même, diffère par un plus grand nombre d’intonations qui en rendent la prononciation douce et cadencée. Les terminaisons des mots, qui sont ordinairement longues dans le premier genre de prononciation, sont généralement brèves ».
Le préfet range donc implicitement le parler franc-comtois dans les parlers d’Oïl (« vieux français »), tout en indiquant la parenté avec le parler de Neuchâtel, classé lui dans la famille des parlers du Sud… Tout au plus indique-t-il une différence Est-Ouest (montagne – plaine), alors que les dialectologues à venir insisteront sur une différence Nord-Sud (parlers d’Oïl, parlers francoprovençaux). On conçoit la prudence ultérieure avec laquelle Coquebert traitera de ces parlers et de leurs limites…
Les traductions et renseignements [67] qu’il reçoit de deux arrondissements du département du Haut-Rhin (Delémont et Porrentruy) [68], ne pourront que prolonger cette perplexité.
Daubers, sous-préfet de l’arrondissement de Porrentruy (à l’Ouest), tout en indiquant que « la patois varie d’un canton à l’autre, il n’est pas entièrement le même dans le pays de Montbéliard et dans le pays de Porrentruy », situe clairement la ressemblance de l’idiome natal avec celui de la Franche-Comté voisine.
Holtz, sous-préfet de l’arrondissement de Delémont (à l’Est) présente une situation autrement plus complexe.
« On parle dans la vallée de Delémont un patois qui a beaucoup de ressemblance avec celui de la Franche Comté. Les villages du canton de Bienne sur la frontière du canton de Berne parlent un allemand semblable à celui des paysans bernois [69]. Les autres ont un patois qui a un certain rapport avec celui du pays de Neuchâtel et de la Chaux de Fond. Le patois des cantons de Courtelary et de Moutier [70] tient un milieu entre ceux des cantons de Bienne et de Delémont. C’est en général un composé de mots celtes, latins, et allemands parmi lesquels le français domine ».
Bel exemple d’une zone de transition entre patois bien caractérisés comme parlers d’Oïl au Nord et patois proches des parlers romands au Sud.
Le Ministre a donc pu recevoir des réponses de presque tous les départements de ce versant Est du vaste ensemble de parlers définis par la négative, (ils ne sont pas de langue d’Oïl), et réunis, à travers leurs différences légères ou profondes, par un air de famille.
Voyons maintenant ce qu’il en est du versant Ouest.
[1] Nommer l’idiome
[2] Description abrégée du Département du Var, par le citoyen Fauchet, Préfet, Paris, an IX, (1801). Ce texte est repris sans changements dans Statistique générale de la France,…Département du Var. M.Fauchet, Préfet. Paris, Testu, 1805.
[3] Le texte est publié dans C[oquebert] de M[ombret fils], (abbé Jean de la Bourderie), Mélange sur les langues, dialectes et patois, Paris, 1831.
[4] Statistique du Département des Bouches-du-Rhône, par Joseph-Etienne Michel, (d’Eyguières), administrateur de ce département pendant les années 1790, 1791 et 1792, membre de la société académique des sciences de Paris, Paris, Valade, an XI, 1802.
[5] Le Vaucluse est formé d’une partie de l’ancienne Provence, d’Avignon, du Comtat, et de l’ancienne principauté d’Orange.
[6] Les considérations qui suivent sur les Alpes-Maritimes sont à mettre en rapport avec ce qui est dit infra du département, ch.IX.
[7] Bibliothèque Nationale, NAF 5910 – B.M Rouen, ms 433/1
[8] Ces « Terres neuves de Provence » seront appelées à partir de 1526 Comté de Nice.
[9] Cf. notamment Courrière, Henri, « L’intégration politique et culturelle du Comté de Nice à la France de 1792 à 1814. Éléments pour l’étude de l’identité niçoise », Pays Vésubien, 4-2003.
[10] Millin, Voyage dans les départemens du Midi, Paris, 4 tomes, 1807-1811.
[11] Magasin Encyclopédique, T.III, juin 1811.
[12] Le texte est dans René Merle, « Regards sur la langue de Nice au début du XIX° siècle », Lou Sourgentin, 72, 1986, pp.55-60.
[13] A.D Alpes-Maritimes, T 41 – B.M Rouen, ms 183
[14] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[15] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[16] AD Alpes de Haute Provence, 6 M 342
[17] AD Alpes de Haute Provence, 6 M 342. Cf. supra ce texte, ch. III.
[18] Archives Nationales, F 17, 1209
[19] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[20] Répondant à l’enquête de Grégoire en 1792, le patriote chanoine de Die, Colaud de la Salcette, député de la Drôme et bientôt Conventionnel, écrivait déjà : « Le patois, dans presque tout le département, a peu de différences ; le seul district de Nions et le Buis ont plus de ressemblances avec le provençal ».
[21] Le maire de Romans publiera cette contribution à l’enquête dans Dochier, Mémoires sur la ville de Romans, Valence, Jacques Montel, 1812.
[22] Le lorrain Delacroix [1785], secrétaire de préfecture à Nyons puis à Valence, fera son miel de ces observations pour une première publication en 1817.
[23] Annuaire du département des Hautes-Alpes pour 1806, Gap, Allier.
[24] Millin, Voyage dans les Départemens du Midi, Paris, 1808
[25] Cf. supra, ch.II.
[26] Le préfet Ladoucette, dans ses publications ultérieures, en attestera à partir du passage à Gap de conscrits de la Corrèze.
[27] Cf infra, Champollion et l’Isère.
[28] Dénomination de l’ancienne province impériale romaine, entre Cenis et Viso, ayant pour capitale Suse. Du nom du roi ligure allié de Rome : Cottius Marcus Julius.
[29] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[30] La traduction de Meana figure dans un autre dossier de Bibliothèque Nationale, NAF 5912, ’ pièces d’origine douteuse ’.
[31] Champollion-Figeac, op.cit.
[32] Bibliothèque Nationale, NAF 5912
[33] Sur ce département, cf. infra ch.IX.
[34] B.M.Rouen, ms 183. Recherches sur les Patois et principalement sur ceux du département de l’Isère, par J.J.Champollion Figeac, secrétaire de l’Académie de Grenoble, bibliothécaire adjoint de la même ville.
[35] Mais, comme son nom veut l’indiquer, il est originaire de Figeac (Lot).
[36] Il sera publié pratiquement en l’état en 1809. Cf. infra ch.XIV.
[37] Cf. infra : XI.
[38] Bien que plus tard Champollion baptisera et délimitera ces dialectes, dans une liste des parlers de la langue d’Oc : « Le dauphinois, monotone et traînant comme le lyonnais, dont il participe ainsi que du savoisien et du provençal dans l’Isère. Le lyonnais, parlé dans trois départemens, le Rhône, l’Ain et partie de Saône-et-Loire ».
[39] Cf. supra, note 35.
[40] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[41] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[42] Cf. infra, ch.VI.
[43] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[44] Le préfet du Cantal avait effectivement écrit au Ministre (B.M.Rouen, ms 433/2) en prolongeant une ligne séparant parlers du Nord et du Sud du Cantal : « on pense que la ligne à reprendre entre la Voulte et Pauliaguet doit passer au sud de la montagne de Fix et au nord d’Yssingeaux, Tronques, le département de l’Ardèche à Tournon, traverse là le Rhône, entre dans le département de la Drôme par Romans. Il est presque certain que les dialectes usités dans les cantons septentrionaux de la Haute Loire, tels que Brioude, La Chaise Dieu, Craponne, Monistrol, St Didier, sont bien différents de ceux en usage à Saugnes et Monestier ».
[45] B.M.Rouen, ms 433/2
[46] Cf. infra : XII.
[47] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[48] Cf. infra : VII.
[49] B.M. Rouen, ms 433/2
[50] Id.
[51] Archives Nationales, F 17, 1209
[52] Statistique générale de la France, Département du Mont-Blanc, M.de Verneilh, préfet. Paris, Testu, 1807.
[53] Bibliothèque Nationale, NAF 5911
[54] Sur la publication dialectale à Genève, cf. René Merle, Une Naissance suspendue. L’écriture des “patois” : Genève, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pré-Révolution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991.
[55] Cette traduction en « mélange » de patois ne satisfera pas des érudits genevois, ce qui explique que le recueil de F.J.Stalder, Die landessprachen der Schweiz, Aarau, Sauerländer, 1819, la remplace par une version du professeur Pictet, « en langage Genevois des environs de la ville ». Authenticité linguistique du terroir par rapport à la ville francisée… C’est cette version que Coquebert publie dans son recueil de 1831, op.cit.
[56] Bibliothèque Nationale, NAF 5910
[57] Sur le département de la Doire, cf. infra ch. VII et ch.IX.
[58] Sur l’ensemble de l’écriture en « patois » de Suisse romande, cf. R.Merle, Une Naissance suspendue. L’écriture des “patois” : Genève, Fribourg, Pays-de-Vaud, Savoie, de la pré-Révolution au Romantisme, Marseille, 1991.
[59] Après l’avoir obtenue en 1806 par un échange avec le Roi de Prusse, Napoléon la remet au Maréchal Berthier.
[60] B.M.Rouen, ms 183, “langages de la Suisse”. Il s’agit d’un rapport au Ministre des relations extérieures (lequel transmet à Coquebert) sur la présence du français en Suisse.
[61] Le cas du Valais est un peu particulier. Cf. B.M Rouen, ms 191, « Notice sur le patois du Valais ».
[62] Cf. supra, II.
[63] Bibliothèque cantonale Fribourg, 535,3.
[64] B.M.Rouen, ms 183, “langages de la Suisse”
[65] Bibliothèque Nationale NAF 5910
[66] Bibliothèque Nationale, N.A.F 5910
[67] B.M Rouen, ms 489, « Patois suisses ».
[68] Il s’agit de territoires de l’ancien évêché de Bâle (Saint Empire romain germanique), érigés par la France révolutionnaire en République de Rauracie avec l’ex-principauté de Montbéliard, république, transformée en département français du Mont-Terrible, lequel est rattaché au département du Haut-Rhin en 1800. Les deux arrondissements seront réunis à la Confédération Helvétique en 1815 (canton de Berne).
[69] Les évêques de Bâle administraient leurs possessions en allemand.
[70] En 1975, alors que Delémont et Porrentruy constituaient le nouveau canton du Jura, francophone, cette zone du Sud choisit de demeurer intégrée au canton de Berne.