La Seyne sur Mer

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Poésie valdôtaine

vendredi 21 août 2020, par René MERLE

"Tu as placé sur ton blog pleins d’articles relatifs au francoprovençal (arpitan), me disent quelques amis, mais on aimerait bien l’entendre aussi, cette langue, et pas seulement la lire..."

Qu’à cela ne tienne. Voici trois poèmes dans le parler du Val d’Aoste (région autonome d’Italie).
Poésie Valdôtaine : J.B.Cerlogne, Eugenia Martinet, Pierre Vietti. Poesia association"Lyre de paille"

Poèmes lus par Marilena Aguzzini, et traduits en français. Réalisation Lea Ciari, association Lyre de Paille.
Le premier est signé Pierre Vietti [1924-1998], figure marquante de la vie culturelle valdotaine. Je garde un souvenir ému de la façon dont, quelques années avant sa mort, il m’avait piloté lors d’un Concours Cerlogne (fête scolaire des "patois" - le mot n’est pas ici péjoratif -) dans une localité proche d’Aoste. (J’y avais été invité par le centre d’études francoprovençales René Willien de Saint-Nicolas, dont il était un des responsables).
Le second est de l’abbé Cerlogne [1826-1910], initiateur de l’écriture en patois du Val d’Aoste, dont il a déjà été question sur ce blog.
Le troisième, écrit au soir de la vie, est de la noble et originale figure de la littérature valdotaine contemporaine Eugénie Martinet [1896-1983], profondément démocrate et humaniste, y compris aux pires périodes, Eugénie Martinet sur laquelle il faudra revenir dans ce blog. Voici le texte francoprovençal lu ci-dessus, accompagné en surimpression par sa traduction française :
« Gramacì
Ah, gramacì, la via,
t’é étaie sempla é ardia
é sta mateun dze vouì me reverrié
pe tìaveitzé.
La quenta de no dove
l’a meinà l’altra ? Trove
te que te m’a tzecca trop épouériaie
pe rendre saie
ma fantasì de tëta ?
A carmé la tempëta
te m’a eidzaie chovèn sensa malece
douça nereusse. »
Pour les Valdotains attachés à leur patois, langue longtemps véhiculaire, celui-ci se range du côté du français, qui fut longtemps langue administrative et culturelle, et que les vieilles familles valdotaines, comme celle d’Eugénie Martinet, continuaient à employer au quotidien. La résistance à la répression fasciste et son unification linguistique forcée avait encore accru ce double attachement linguistique.
Pour autant, aujourd’hui, le sort difficile du francoprovençal de la proche Savoie, comme celui de la Suisse romande proche aussi, tranche avec la relative santé du patois valdotain. Relative, car si la protection administrative de la région autonome est un atout précieux, avec le déclin du socle sociologique rural du patois, l’influence de la télévision et de l’école italienne, les brassages de population, la recherche de l’utilité immédiate, etc., le patois recule, malgré le volontarisme tenace de ses défenseurs.
L’ambiguïté du terme "francoprovençal" peut faire penser les gens mal informés à un mélange de français et de provençal. Il n’en est rien. Il s’agit bien d’un rameau linguistique autonome et original poussé sur la souche latine. Chère à Gaston Tuaillon, la définition du francoprovençal comme "protofrançais" le e effectivement quelque peu, mais de loin, sur le versant de la langue d’oïl, et il ne saurait être question de "l’annexer" à la langue d’Oc. Il n’en reste pas moins qu’à l’oreille, ce parler du Val d’Aoste sonne avec une étrange familiarité à nos oreilles occitanes.

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