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Gelu censuré en 1856

jeudi 23 octobre 2025, par René MERLE

Après l’achat massif par les autorités civiles et religieuses de la première édition, avant même qu’elle puisse être vraiment décidée, la seconde édition des Chansons provençales de Gelu, en 1856, a failli ne jamais paraître. Sur ordre du Procureur impérial, le Parquet en avait demandé la suspension. On exigeait de l’auteur la suppression de passages jugés subversifs de l’ "Avertissement", et notamment celui où Gelu se disait fier d’avoir chanté « la plainte du faible, de la victime, du pauvre enfin ; cette lamentation éternelle qui retentit sur la terre depuis que l’homme existe ». On demandait également la suppression de chansons jugées subversives : Pacienço, Lou Tramblamen, Lou Boues de Cugeo, Dogou, Marlusso et le terrible Veouzo-Megi, ce cri poignant contre la guerre de Crimée… On exigeait également des coupes dans des chansons jugées nuisibles aux bonnes mœurs : A la risquo, Martou, S’èri Tur.
Gelu se défendit comme un beau diable. En définitive, si les appels à la révolte sociale des six chansons nont pas été supprimés, ont été coupés dans les dernières chansons citées les passages « attentatoires aux bonnes mœurs », où les rudes prolétaires de Gelu expriment leurs violentes pulsions érotiques. La seconde édition parut donc avec des coupes marquées de pointillés.
Voici par exemple les passages censurés de "Marteou" :
Dans cette chanson d’octobre 1854, Marteou, le manœuvre puisatier, a « uno foutudo graci a cousta dei femelan ». Né dans la misère, enfant va-nu-pieds et trop tôt mis au dur travail, il est incapable de la moindre tendresse pour le genre féminin, qui le lui rend bien. Aussi rêve-t-il d’une terrible revanche érotique liée au grand « tramblamen » de la Révolution.
Je donne en italique les passages censurés ; la traduction, ultérieure, est celle de Gelu et n’a pas donc été censurée, au contraire des notes.

En fen vira ma carrèlo,
Quan dé coou mi sieou cresu
Qu’un jour pourrian dei pieouzèlo
Pastissa lei cuou-cousu !...

Sian esta
D’abeta
Dé dormi doou tem dei pâto !...
Aro qu’a mangeoun si grâto !...
Qué voulè ? sieou un capoun !
Foou l’amour à coou dé poun.

En faisant tourner ma poulie, / combien de fois me suis-je cru / qu’un jour nous pourrions des pucelles / chiffonner les culs-cousus !... / Nous avons été / des hébétés / de dormir au temps des claques !... / Maintenant, qui a démangeaison se gratte !... / Que voulez-vous ? Je suis un capon ! / Je fais l’amour à coups de poing.

Gelu écrit en note : « Capoun n’a point en provençal la même signification que son correspondant français capon. Un capoun est surtout un va-nu-pieds, un gueux, un misérable, plus encore au physique qu’au moral ».
Il note encore : « Lou ten dei pâto. Le temps des jouissances brutales. Le moment des révolutions, où les hommes de la trempe de notre puisatier donnent l’essor à tous les rêves imaginables de leur concupiscence forcenée ».
Autre note de Gelu :

Mai espouscara, la flamo,
Sounco von lou gro pelaou !
En chooupinan lei madamo,

Li mooustraren sé sian caou !

Ei menin

Dé satin 

L’escarteira lei membruro,

Oh ! dé Dicou ! qué jouissuro !...

Qué voulè ? sieou un capoun !
Foou l’amour à coou dé poun.
Mais elle jaillira, la flamme, / lorsqu’adviendra le grand pêle-mêle ! / En bousculant les Madames, / nous leur montrerons si nous sommes chauds ! / Aux nymphes-bijoux / toutes satinées, / leur écarter les membrures, / Dieu de Dieu ! Quelle volupté !... Que voulez-vous ? je suis un capon ! / Je fais l’amour à coups de poing.

Note de Gelu :

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