La Seyne sur Mer

Accueil > À propos du catalanisme > Catalan - occitan

Catalan - occitan

vendredi 21 août 2020, par René MERLE

Encore un mot sur un sujet qui ne risque pas de passionner les foules, mais qui m’interroge sur la formation de l’unité française.
Paradoxalement, les contempteurs de l’État-Nation glottophage, (en l’occurrence, pour les occitanistes de France, l’État français "jacobin"), ne tiennent pas compte du rôle que, bien malgré lui certes, cet État a pu jouer dans l’élaboration du concept de langue occitane.
D’une part, les défenseurs des parlers locaux et régionaux ont reçu de lui, même inconsciemment, le concept d’une langue unique, normée, bientôt standardisée. Il y a le français pour tous les Français. Il y aura donc l’occitan, dont la graphie unique instaurera une para-officialité, pour tous les Occitans.
D’autre part, en regroupant dans le territoire national français les différents dialectes de la langue d’Oc, cet État permet d’affirmer leur unité en langue : il me paraît évident que si Napoléon avait réussi son opération d’annexion de la Catalogne, qu’il découpa en départements "français" en 1812, le catalan serait aujourd’hui considéré sans états d’âmes par les occitanistes comme un des dialectes de la langue d’Oc, parlée sur tout le versant Sud de la France. Inversement, un parler fort différent à bien des égards des autres dialectes d’oc, le gascon, serait considéré comme une langue à part si d’aventure le Roi de Navarre, ou encore "Our Gracious Queen", avaient régné sur l’Aquitaine...
Enfin, et c’est enfoncer une porte ouverte, mais enfonçons la à nouveau, le catalan n’aurait certainement pas réussi en "Langue" sans le soutien de la bourgeoisie barcelonaise, pour laquelle, après bien des hésitations, il était devenu emblématique de sa lutte contre un pouvoir central archaïque, devenu un frein à l’expansion économique de la "Generalitat" catalane. Il n’aurait pas non plus réussi sans l’aval des couches populaires, qui d’un usage traditionnel "par pesanteur sociologique", en ont fait également, après bien des hésitations encore, une arme en dignité dans leur lutte pour le progrès social et la démocratie.
Il me paraît aller de soi que la défaite de la langue d’Oc se lit en filigrane, et a contrario, de la situation catalane : des bourgeoisies provinciales françaises qui plaçaient leurs ambitions dans une réussite inscrite dans le cadre "hexagonal", des couches populaires qui trouvaient leur compte dans les conquêtes démocratiques, scolaires, sociales, de la Troisième République, et sacrifiaient sur l’autel de la Patrie tricolore la langue maternelle, "la lenga dau breç".
Un dessin publié dans le journal catalaniste Avui serait proprement incompréhensible à des Français de toutes régions, tant l’aspiration à l’autonomie politique "régionale" fondée sur l’identité linguistique n’a jamais été pour eux une "vraie" revendication : Aznar, déguisé en Franco, proclame : "Si je reviens au pouvoir, l’unique autonomie sera celle de l’Espagne une, grande et libre !"

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP