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Montalbán, écrire en castillan, écrire en catalan…

jeudi 23 octobre 2025, par René MERLE

J’ai toujours été grand lecteur, et admirateur, de Montalbán. Et, naturellement, je me suis interrogé sur son bilinguism, car ce romancier qui n’a jamais cessé d’affirmer sa volonté d’être catalan avait fait le choix résolu d’écrire en castillan.

Pour autant, Montalbán tint longtemps, en catalan, une chronique d’actualité essentiellement politique, dans le grand quotidien catalaniste Avui, et son dernier article, consacré aux élections prochaines, parut le jour même de sa mort, le 19 octobre 2003.
En 1997 déjà, une sélection de ses articles en catalan était parue dans le recueil Elogis desmesurats, (Empúries, Barcelone).
Dans sa préface, Montalbán explique que, d’une certaine façon, on peut dire que l’écrivain, dans ses diverses implications d’écriture, n’est sans doute jamais tout à fait la même personne. Et d’ajouter que ce n’est donc pas la même personne qui a écrit chacun de ses romans, dont il donne la liste.
Mais s’git là d’une écriture en castillan. Quid alors du Montalbán qui se risque à tenir chronique en catalan ? Il s’en explique ainsi :
« El personatge que ha escrit els elogis s’assembla molt a l’autor de les obres que he citat, però hi ha factors diferencials que n’han influït la configuració. El personatge sabia que en aquest cas es dirigia a un receptor exclusivament català, que els rebria en català, per això en certa manera calia pensar-los en la llengua del receptor i tenir en compte els seus reflexos condicionats per totes les dialèctiques interminables de la catalanitat, que es resumeixen en dues : la interrelació amb l’espanyolisme i amb ella mateixa. »
Écrire en catalan était donc cette fois s’adresser à un récepteur exclusivement catalan, et le personnage qui écrit doit alors d’une certaine façon penser dans la langue du récepteur, et tenir compte de tous ses réflexes conditionnés des interminables dialectiques de la catalanité, qui se résume en deux : l’interrelation avec l’espagnolisme et l’interrelation avec elle-même…
Mais ces précautions et précisions ne sont-elles pas effacées par cette incise de la bio donnée par le journal lors du décès de l’écrivain : « Montalbán escrivia des de casa i en castellà, i a la redacció li traduïen els textos » ?
C’était donc la rédaction d’Avui qui traduisait en catalan les chroniques que Montalbán lui adressait en castillan.
Soyons clair. Montalbán était bilingue. Son père, galicien, était un immigré de l’intérieur. Sa mère, fille elle aussi d’immigrés, était une enfant de Barcelone. Montalbán, fils d’un couple bilingue, avait grandi au cœur d’un quartier populaire où se mêlaient prolétaires de langue quotidienne catalane, et prolétaires de langue castillane, où les deux langues cohabitaient sous la botte franquiste, la catalane frappée au cœur par la répression du pouvoir, ce qui ne manqua pas de lui attirer toute la sympathie du jeune Montalbán. Sa vie durant, Montalbán témoignera de sa fierté d’être catalan, sans pour autant s’enfermer dans le nationalisme. Défenseur jusqu’à la mort de Franco d’une langue et d’une culture opprimées, le marxiste qu’il était ne cacha pas ensuite sa prise de distance avec un certain nationalisme qui réduisait à peu ses idéaux de démocratie sociale. Il le dit (à la radio comme à la télé), il l’écrivit, en catalan comme en castillan. Il s’expliqua aussi très clairement sur son choix d’écriture poétique, puis romanesque en castillan, dans un cadre barcelonais et catalan qui marque cete écriture de toute son empreinte. Chaque écrivain crée son usage et sa richesse de langue, dans une adéquation à la façon dont les mots lui viennent sur le papier ou sur l’écran. Et pour Montalbán, dont par ailleurs l’oralité catalane était évidente, c’était l’espagnol qui imposait sa vérité.
Je renvoie à l’excellent article de Josep V. Saval (University of Edinburgh), « La particular relació de Manuel Vasquéz Montalbán amb la Catalanitat », Journal of Catalan studies, 2006, consultable sur le Web :
Saval