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Presse varoise 1859-1910 - Un regard sur la première moitié du siècle

dimanche 4 octobre 2020, par René MERLE

René Merle, Les Varois, la presse varoise et le provençal, 1859-1910. S.E.H.T.D 1996, 416 p.

Un regard sur la première moitié du siècle

Les chiffres entre crochets [ ] renvoient aux textes, consultables dans l’ouvrage à la suite de chaque chapitre.

Avant 1789, on parle provençal dans toutes les couches de la société, mais maîtriser le français marque la supériorité sociale. Seule l’Eglise prêche et publie en provençal afin de mieux toucher le peuple. Hors du domaine religieux, la publication est pratiquement toute française. Avec la Révolution, le peuple se met au français de la politique citoyenne, de la loi, de la justice, de l’armée. Désormais, la francisation sera lente, mais irréversible. Faute d’école, on s’imprègnera de français par le théâtre, la chanson ...
Mais la langue quotidienne demeure le provençal. Les bourgeois le parlent, ne serait-ce que pour communiquer avec leurs clients, leurs employés, leurs fermiers. Les nouveaux venus l’apprennent. Cependant, dans la jeunesse des villes apparaît à l’égard du provençal la même désaffection qui frappe aujourd’hui l’accent méridional. On veut parler “comme il faut”. Le provençal est rongé par les francismes, et à terme menacé d’abandon.
Alors que la population vit passivement cette mutation, des lettrés réagissent en écrivant “l’idiome natal”. Le peuple, qui commence à savoir lire, leur fournira-t-il un public plus large que celui des amateurs lettrés ?
Dans cette “Pré-Renaissance” le Var a une place originale [1]. L’avocat brignolais Raynouard (1761) devenu auteur théâtral à succès à Paris, y découvre les textes médiévaux : à partir de 1816, ses publications rendent à la langue d’Oc sa dignité passée. Tous ne saluent pas l’enfant du pays quand il séjourne dans sa propriété de Garéoult. Girondin, député passé au soutien critique à l’Empire, chantre des liberté communales : de quoi effaroucher les notables légitimistes. Cependant Raynouard influence une première vague d’auteurs varois : nés avant le siècle, ils ont la même origine “villageoise”, mais bourgeoise, la même solide éducation, les mêmes études à Paris où Raynouard les patronne : le séjour parisien leur fait prendre conscience de leur provençalité tout en leur ouvrant de larges horizons. Ils publient pour l’essentiel entre 1815 et 1840.
Retenons trois noms : V.Q.Thouron (1794), fils d’un juge maire de Besse, élève à Paris de la prestigieuse Ecole Normale (1812-14), avocat puis avoué à Toulon. Le docteur D’Astros (1780), fils d’un notaire de Tourves et d’une mère née Portalis, famille de grands notables. Il est maire de Tourves avant de se fixer à à Aix. Le docteur E.Reymonenq (1791), fils de chirurgien, est maire de La Roquebrussanne, puis de Varages. Leur écriture provençale (fables, contes plaisants) ajoute un plaisir de naturel au “Bon Ton” de leur écriture française. Thouron, plus ambitieux, transpose Virgile et Horace dans sa campagne varoise, présente l’actualité (le radeau de la Méduse).
Excepté l’abbé M.Giraud, curé de Saint-Cyr, les lettrés varois ne se penchent guère sur les archives locales riches en provençal. Mais en lisant Raynouard, ils réalisent que le provençal médiéval s’orthographiait selon des normes cultivées. Ils diffusent donc la graphie de Raynouard et son disciple aixois Diouloufet. “Voulem partir à huech ouros”. En notant les " r " des infinitifs, les " t " des participes, les " s " du pluriel, les " m " de la 1ère personne du pluriel, qui ne sont pas prononcés, les lettres étymologiques qui ne s’entendent que dans les liaisons, ils traitent le provençal en langue, à l’égal du français. _ Cette graphie cultivée devient celle d’auteurs au statut social plus modeste, comme E.Garcin (1784), de Callian, instituteur très itinérant, polygraphe français et plaisant auteur provençal. Ce souci de dignité réunit des hommes que la politique sépare : Thouron est libéral, D’Astros et Garcin sont légitimistes comme Diouloufet. Par contre les hommes du peuple qui à leur exemple se risquent à l’écriture provençale “phonétisent” la norme française, dans laquelle ils ont appris à lire. _ En témoignent, autour de 1830, les textes des déclamaïres, comme le garde champêtre Fournier (1787) de Cuers, et la floraison toulonnaise de frustes publications théâtrales.
Débute ainsi L.Pelabon (1814), sous l’égide du grand-père Etienne, auteur du célèbre Groulié Bel-Esprit. Son enfance marquée par la pauvreté, son travail à la voilerie de l’arsenal n’en font pas un révolté. Il est bon représentant d’un petit peuple pieux et conformiste. Ses pièces, situées dans un terroir de convention, brodent sur des thèmes archi-connus et ne visent qu’à amuser. Cette scène provençale est suffisamment vivante pour que les libéraux toulonnais suscitent aux début des années 1830 une expérience originale de théâtre politique. Pour la génération qui arrive à l’âge d’homme dans les années 1840, francisation et intégration à la culture nationale vont de pair. Ses modèles sont Lamartine et Béranger. Que représente pour elle l’écriture du provençal ? Fruste divertissement populaire ? Supplément d’âme de lettrés quelque peu hors-jeu ? Lamartine (salué avec enthousiasme quand il visite le Var) suscite bien des vocations de poésie romantique française. Ainsi à Hyères Dupont (1816), employé chez un notaire, puis à la caisse d’épargne. La poétesse Léonide Constans (1818), de Brignoles, prolonge de provençal ses vers français. Le romantisme, ici aussi, suscite le phénomène rédempteur des “poètes ouvriers”.
La poésie du maçon toulonnais Charles Poncy (1821), révélé en 1840 par les bourgeois de l’Académie, et lancé par George Sand, est toute française. Son succès a un effet d’entrainement sur l’expression provençale. L.Pelabon, baptisé “poète-voilier”, donne une poésie bilingue pieuse, conformiste, larmoyante.
Plus inattendue, l’expression provençale pointe dans le milieu ouvrier démocrate : en 1844, après les travailleurs d’Avignon et de Marseille qui l’ont déçue, la “missionnaire” socialiste Flora Tristan se réjouit de rencontrer à Toulon des prolétaires conscients, et capables de comprendre son français. Or l’un d’eux, le maçon Alexandre Poncy (1820), frère de Charles, la saluera en provençal. Cette “poésie ouvrière” se borne à calquer une maladroite expression française, mais contribue à faire admettre l’écriture provençale.
Au même moment, face au larmoiement romantique, des fils de la petite bourgeoisie compensent leur éducation française de joyeux provençal populaire. Le précoce M.Bourrelly (1820), de Pourcieux, publie à Marseille (où il est commis en nouveauté) des pièces d’un réalisme original et fort. À la récréation ses condisciples du lycée de Toulon demandaient à F.Peise (1820) de réciter les plaisanteries provençales consacrées : E.Pelabon, l’abbé Thobert, Chailan. On retrouve Peise, employé des contributions, parmi les collaborateurs divertissants du Bouil-Abaisso : le premier hebdomadaire tout en langue d’oc, diffusé dans les années 1840 en Provence et Languedoc, fait se rencontrer les auteurs varois déjà connus, en accueille d’autres, comme Suou (1785), de Villecroze.
Marseille révèle aussi des Varois expatriés : F.Arnaud (1811), de Sanary, ouvrier vermicellier, P.Garcin (1817), de Rougiers, employé de bureau, qui participent à l’originale expérience de l’Athénée ouvrier. Bref, de quoi décomplexer qui au pays a envie d’écrire : en 1847 le maraîcher toulonnais P.Rimbaud (1807) imprime sans complexe ses réflexions sur l’agriculture. L’écriture provençale devient suffisamment efficace pour que lors de la législative partielle de 1847, à Toulon, le journaliste L.Jourdan (1810) mette son plaisant provençal au service d’une inattendue candidature saint-simonienne. Notons dans ce foyer toulonnais saint-simonien et fourriériste des noms que nous retrouverons : la famille Blache, l’avoué A.Mouttet (1814), le clerc de notaire B.Pietra (1828), l’étudiant C.Sénès (1827).
1848, la République, le suffrage universel : les politiques doivent gagner le peuple paysan. Pourquoi pas dans sa langue ? A la communication orale en provençal (que le clergé avait toujours pratiquée) s’ajoute, fait doublement nouveau, une propagande politique imprimée, et en prose.
L’avocat Maquan (1814), de Brignoles, tient chronique provençale anti-rouge dans le Conciliateur que le préfet Haussmann envoie aux chambrées. Jourdan n’est plus là pour répondre : il collabore au Siècle de Paris. Mais Cascayoun (Dupont, d’Hyères) réplique dans Le Démocrate du Var. Ses articles provençaux ont un grand écho dans les campagnes varoises. Malgré la répression (le portefaix à blé toulonnais Daumas est condamné à 10 ans de forteresse en 1850) les démocrates socialistes s’implantent et entraînent dans l’insurrection contre le coup d’état de décembre 1851 un grand nombre de communes varoises. Maquan, otage des insurgés, décrira avec horreur cette plèbe patoisante. Dupont, condamné à 5 ans de déportation, a pu s’exiler à Nice.
Après le coup d’état, l’écriture du provençal se recentre sur la littérature. Des auteurs varois participent à Aix en 1853 au congrès des poètes provençaux (présidé par D’Astros) [2]. D’autres restent sur la réserve. A.Poncy dédicace ainsi à son fils son ouvrage de 1845 : “Je prie mon fils de considérer ce livre comme une folie de son père. Toulon le 18 janvier 1855”. Pour autant les démocrates demeurent intéressés par l’écriture provençale. Poncy est témoin de la déclaration de naissance de la fille de C.Dauphin (1850) et du fils de B.Pietra (1853). Or Dauphin publie à Toulon deux beaux poèmes provençaux mélancoliques (simplicité de la vie villageoise traversée de drames, passions fondamentales, humanisme) : Paul, dédié à Mouttet le démocrate, Mariéto, à Jourdan, initiateur de la propagande démocratique en provençal [3]. Références discrètement politiques, en ces temps d’étouffement. Dauphin est mentionné dans quelques anthologies, sans autre précision que sa mort en Egypte, en 1888, comme directeur des écoles gouvernementales. De là à imaginer un enseignant, un petit notable ... La préparation de ce livre me fait découvrir un personnage assez différent. Le voici donnant avec Pietra une pièce L’ouvrier-poète, “dédiée aux ouvriers”, à la veille de la Révolution de 1848. Et, l’état-civil en atteste lors de son mariage en 1848, Dauphin (1820), fils d’un potier de Lorgues, est cordonnier à Toulon. Le milieu des cordonniers est très ouvert aux idées démocratiques. Le congrès provençaliste de 1853 n’a guère attiré ces démocrates. Mais Pelabon, adulateur du nouveau régime, est aussi absent. Le “poète-voilier” n’a pas bénéficié de la vogue des poètes-ouvriers français. Frustré de reconnaissance, c’est en français qu’il écrit sous l’Empire : sa poésie adulatrice lui vaut indemnités officielles et médailles. Mais Toulon le reçoit plus en mouche du coche qu’en créateur.
En 1854 Roumanille et le jeune Mistral se séparent des “troubaires” qui ont organisé les congrès, et créent le félibrige. Ils craignent la promiscuité avec des médiocres, refusent la graphie “savante” adoptée pour le congrès de 1853. Leurs ambitions sont grandes : redonner au peuple la fierté de sa langue, fonder une vraie littérature. Déconcertés par la scission et la graphie des félibres, les Varois se replient sur leurs terres. Ils sont absents pendant plusieurs années de l’Armana Prouvençau, l’almanach des félibres, et boudent les initiatives marseillaises de rassemblement [4]. Seul Reymonenq est présent dans l’Almanach de la Provence lancé en 1856 par le marseillais Gueidon, qui mêle poésie française et provençale. Mais la pièce plaisante et anonyme, “Lou libré senso égaou”, qui ouvre en 1856 la partie provençale est l’œuvre d’un notable brignolais, Maître, sur lequel nous reviendrons.
E.Garcin meurt en 1859, légitimiste comme Roumanille mais à l’écart du félibrige dont il refusait la graphie. Le respectable Thouron s’en tient à son public toulonnais. Il aime réciter en société ses vers déjà anciens, y compris à l’Académie, qui les imprime en 1856-57. C’est Maquan, depuis longtemps lié à Roumanille, qui est le contact félibréen de la presse dracénoise. Ce provençal que défendent les renaissantistes est menacé de l’intérieur. En 1853, Laugier (1803), compagnon menuisier devenu maître d’école à Marseille, situe à La Roquebrussanne, son pays natal, sa défense d’un provençal toujours vivant, mais qui se francise par imitation sociale [5].
En octobre 1856 A.Toucas dépose un manuscrit, Etude sur la langue provençale, ses progrès, sa décadence, à la société académique de Toulon. Cette compilation offre peu d’intérêt. Mais il est remarquable qu’un homme comme Toucas soit amené à pareille étude : secrétaire de commissaire de vaisseau, puis commerçant, maire de Solliès-Toucas, “agronome”, Toucas n’a pas le profil classique de l’érudit. Son regard est sans doute celui de bien des notables varois.
“La langue provençale tombe à son tour dans la corruption et dans l’oubli, malgré les efforts de ses admirateurs. Dans ces derniers temps, elle n’a plus eu pour interprètes que quelques savants privilégiés (1), modernes Troubadours qui, de loin en loin, et comme les derniers rayons d’une flamme qui s’éteint, ont fait revivre ses harmonieuses et pittoresques beautés dans toute la pureté de ses règles ; ou bien des poètes ambulants, Troubadours plus modestes, mais souvent spirituels (2), débitant dans les carrefours, à l’exemple du vieil Homère, de piquantes rimes provençales, nouveaux sirventes et tençons qui font trépigner de joie les nombreux et rustiques auditeurs. Au milieu de ces groupes bruyants, il n’est pas rare de voir des provençaux érudits qui, ne pouvant oublier leur pays ni le langage du berceau, se plaisent à entendre ces réminiscences de leur jeune âge, et ils se prennent à répéter naïvement, à propos de leur vieux langage maternel, ce que le fabuliste disait de l’apologue : Si Peau d’Ane m’était conté, / J’y prendrais un plaisir extrême. (1) Raynouard, Diouloufet, Fortuné Chailan, Pierre Bellot, déjà cités ; - Gros, Garcin, le Comité provençal d’Aix. (2) On peut citer en ce moment, dans l’arrondissement de Toulon, Clément Fournier, de Cuers, et Hilarion Vincent, de Solliès-Toucas. Ils se distinguent par une verve et un entrain remarquables. Mais un vrai Troubadour, pareil à ceux d’autrefois, c’est M.Victor Thouron, président de la Société des sciences, belles-lettres et arts de Toulon. Ses poésies provençales sont empreintes du génie primitif de notre vieux et harmonieux langage”.
Toucas en reste donc sur un plan général au “Comité provençal d’Aix” (les organisateurs du Congrès de 1853, dont les félibres se sont séparés). Sur un plan local il constate la cohabitation d’un courant cultivé et d’un courant populaire. Courant populaire ? Chronique cuersoise pour Fournier (1787), grosses plaisanteries pour Vincent et autres rimeurs, ces déclamaires ont leur public dans le terroir comme à la ville : à Toulon le portefaix en blé Grimaud commente l’actualité. Les imprimeurs de Toulon, de Draguignan, et même à l’occasion le bigot imprimeur de Brignoles publient chansons et déclamations, le plus souvent marseillaises. Sans doute sont-elles jugées convenir à un peuple bonhomme mais fruste, et sont-elles de bon rapport. Faut-il classer dans ce courant populaire les auteurs éduqués qui, à Toulon, pratiquent le vers familier en direction du peuple : pièces plaisantes de Dauphin ou de l’abbé Richard, (curé de Saint-Pierre, au cœur de la ville) ?
Ces publications n’impliquent pas une normalité de l’écriture provençale. Publier en provençal, a fortiori signer de son nom, n’est pas évident. Cette entreprise est à l’intersection de données contradictoires : usage majoritaire de la langue, et donc certitude d’être compris du plus grand nombre, statut bas de la langue par rapport au français, et donc péjoration, effet de surprise ou d’ironie entraîné par l’utilisation consciente de ce choix d’écriture.
Un exemple : La Roquebrussanne, entre Toulon et Brignoles, quelques notables, des artisans, des paysans ... qui ici ne parle pas provençal ? Laugier adolescent y a composé des chansons provençales qui se chantent encore, il vient d’y situer son ouvrage sur la francisation. Reymonenq, qui en fut maire, y a composé ses fables. Ces expatriés n’ont pas honte de publier sous leur nom dans la langue du pays. Mais l’érudit R.Reboul, enfant du pays, montrera incidemment la complexité de la situation sur place. Il présente sa famille, “dévouée à la démocratie”, son grand père le menuisier Beguin (1792), menuisier, et maire au début du Second Empire : “Il nous avait toujours caché la paternité de cette pièce plaisante qu’il avait placardée sur les murs du chemin des Vergers ; sorte d’arrêté municipal poétique à l’adresse des amoureux du clair de lune, leur prescrivant de cesser les dépôts d’allemands dans le chemin qui conduisait au jardin de l’auteur” [6]. Plaisir d’écriture, transgression de la norme officielle, et anonymat plus ou moins transparent ...
Ne confondons donc pas usage quotidien, encore ordinaire, du provençal et statut social de son écriture. La persistance de cet usage oral fait que l’église suit le mouvement, sans précipitation. Pour être bien compris des plus humbles, bien des prêtres prêchent encore en provençal, Thouron s’en félicite en saluant (1856) le nouvel évêque Jordany, provençal lui aussi. La prédication française des Maristes est une nouveauté. Mais le statut “bas” de l’idiome natal explique que l’église n’imprime plus de provençal [7].
Au provençal aussi la connivence calendale. A Toulon, la tradition des crêches parlantes, bilingues, avec leurs “fantoches” montés sur rails, est maintenue par l’ouvrier de l’arsenal Raybaud (depuis 1852 place Saint Pierre, quartier bourgeois, public paisible, décor de P.Letuaire) et par les frères Pomet, (depuis 1855 rue Pomme de Pin à Besagne, quartier populaire, jeune public turbulent, livret de Pelabon). On se reportera au texte [57] (1864) qui fait revivre une représentation. Une incidente révélatrice, l’apparition du provençal dans Le Toulonnais. “Nous n’acceptons habituellement les vers qu’à regret”. Le journal est ordinairement fermé à la poésie française et a fortiori provençale. Comme dans tout journal du temps, c’est dans le seul créneau de la versification que pourrait apparaître le provençal, à doses homéopathiques. Or, rompant ce silence, le journal donne en long feuilleton une chanson provençale (13-11-58) : “Nous sommes, grâce à Dieu, en pleine période de paix européenne”. Il n’en demeure pas moins que “la France est une protestation incessante et armée contre toutes les iniquités de l’Angleterre. C’est comme traduction de ce sentiment instinctivement si vrai et si enraciné que nous publions, d’après un journal de Marseille, une chanson provençale, composée en l’honneur du Bailli de Suffren, le héros des guerres maritimes de l’Inde : - Lou Baïle Suffren, que su mar coumando / Au port de Touloun a douna signau./ Partèn de Touloun cinq cent Prouvençau ...” Suit, accompagnés d’une traduction , la fameuse chanson de Mirèio. “Il est impossible, comme le verront ceux qui entendent le provençal, de rendre la vigueur du style si coloré”, etc. Du passage de Mistral à Marseille Le Toulonnais n’a pas retenu le nom de cet inconnu, ni celui de Mirèio mais bien la rencontre magique de la parole populaire et du génie poétique. Retenons, comme suspendue à la veille de notre étude, cette curieuse et anonyme apparition de Mistral.

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