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Presse varoise 1859-1919 : 1865-1867

jeudi 8 octobre 2020, par René MERLE

René Merle, Les Varois, la presse varoise et le provençal, 1859-1910. S.E.H.T.D 1996, 416 p.

1865-1870 : L’Empire lâche du lest. Une presse plus libre, un suffrage universel plus efficace modifient la nature et l’impact du texte provençal : servir la langue du côté des renaissantistes provençaux, mais aussi, du côté de l’opposition, s’en servir pour mieux toucher le peuple.

Les chiffres entre crochets [ ] renvoient aux textes, consultables dans Presse varoise - textes 1865-1870

1865

Servir la langue ? Dans son philanthropique Propagateur le Dr.Rossi présente sans illusions “Mlle Léonide Constans, de Brignoles” : “Voici des poésies en langue provençale. En langue provençale ! mais cet idiome est oublié, il s’efface tous les jours ! vieilleries inutiles que tout cela ! Tant pis pour les ingrats”. Et Rossi de rappeler la gloire passée de langue d’oc.
L’écrit provençal est-il voué à l’indifférence du plus grand nombre ? au salut désabusé de quelques lettrés ? Peut-il gagner une reconnaissance dans les publications littéraires françaises comme le marseillais Almanach de Provence ? Doit-il se faire une place à part, avec l’Armana des félibres, mais au risque du ghetto ? En 65 l’Armana est ouvert à des Varois fort divers : Chauvier a la joie d’y être accueilli pour la première fois, Garnier y chante Signes, Thouron a l’audace d’y critiquer l’expédition du Mexique, et Jourdan, du journal d’opposition Le Siècle, y salue les félibres [1].
Draguignan et Toulon ne réagissent pas de la même façon devant le provençalisme.

Toulon Depuis la fin du Moucheron en janvier, la presse oublie le provençal. Les esprits sont ailleurs. La politique absorbe les amis de Gelu : leur liste d’opposition remporte les municipales. Sont élus Allegre, Margollé, Rimbaud le jardinier rimeur. E.Ollivier devient conseiller général de Toulon ouest. Gelu, revenu en février, presse ses amis d’écrire sur lui dans la presse de Toulon. Le Toulonnais (6 et 10-6-65) publie enfin sur lui une longue étude marseillaise. L’éloge s’assortit de prudence : “Notre chansonnier sait fort bien que le provençal est mort, et il n’a point eu la prétention de le ressusciter au moyen de quelques flonflons. Mais il croit que l’écrivain n’est pas pendable pour avoir composé de nos jours un livre patois, si ce livre est bon, s’il nous intéresse”. D’abondantes citations permettent enfin aux bourgeois toulonnais de lire du provençal. Toulon, de plus en plus libéral, aime-t-il les Félibres ? Gelu écrit d’une étude de Mouttet : “Les Felibres y sont assez durement traités... Peut-être eût-il mieux valu passer complètement sous silence cette confrérie de rimeurs sacristains”. Mais l’Armana des Félibres, jusque là fort sage, ose publier la pastorale de Thouron contre la guerre du Mexique. Thouron est félibre, mais à sa façon. Dans sa polémique avec l’Armana sur l’orthographe provençale, D.Arbaud s’appuie sur l’édition “officielle” que Thouron lui envoie : “L’honorable M.Thouron, à qui ses hautes études à l’école normale ont rendu toutes ces questions familières et que j’accepterai volontiers pour arbitre, l’honorable M.Thouron se laisse patiemment écourter dans vos almanachs, mais quand il imprime lui même ses scènes provençales si pleines de naturel et de vérité, bien vite il revient aux saines doctrines” [2]. Thouron en effet reste chez lui fidèle à l’orthographe de Raynouard. Mais il ne contrarier pas ces jeunes félibres dont l’Armana et les concours lui assurent une nouvelle reconnaissance. On joue toujours “La Targo” aux fêtes du 15 août, où C.Poncy, “fils de ses œuvres”, reçoit la légion d’honneur. Mais une terrible épidémie de choléra va paralyser la ville, éloignant les esprits des préoccupations littéraires. Et c’est dans la presse de Draguignan que Thouron se fera publier.
Draguignan. Chauvier est toujours très présent dans le très officiel Var, qui le présente comme félibre, mais sans donner au mot son sens littéraire et nationalitaire : Chauvier exprime la simplicité joyeuse des villages, leur fidélité à l’empereur : “Notre ami le Felibre de Bargemon a voulu célébrer à sa manière la fête nationale du 15 août. Il a choisi ce solennel anniversaire pour rendre un populaire hommage à ces hommes délégués de l’Etat qu’il appelle dans son langage naïf et pittoresque : Capourié dei despartamen. Le barde provençal n’oublie pas dans ses strophes patriotiques l’auguste Chef de l’Etat. C’est ainsi que l’ouvrier poète crayonne en passant un portrait de celui que les masses aiment et vénèrent de plus en plus. Ne voient-elles pas dans chaque jour de son règne l’application et le développement démocratique des principes de la Révolution Française ?” [3]. L’éloge de la Révolution proposé à des propriétaires rassis ! Il faut que la montée de l’opposition inquiète. Mais, après avoir salué empereur et préfets, le félibre Chauvier, indifférent aux immortels principes de 89, salue le maire de Bargemon, un grand notable (24-9-65). Dans ce canton où le souvenir de la République est enraciné, “les masses” reconnaîtront-elles ce félibre adulateur ? Et comment le prudent Chauvier reçoit-il l’accueil fait par l’Armana félibréen au texte de Thouron contre l’expédition du Mexique ? Rival du Var, “L’Echo du Var s’occupe de littérature, de commerce et surtout d’agriculture. Il est rédigé dans de très bonnes idées économiques et ne manque pas d’un certaine action qui s’exerce dans le sens du gouvernement” [4]. Information agricole des notables mais aussi fierté provincialiste, et donc provençale. Retombées linguistiques : le provençal est présent avec des citations de l’almanach de Gueidon et de l’Armana, avec Chauvier, avec des anonymes, dont “Le Félibre rigolo” (Mireur ?) Thouron [5]. Des correspondants rhodaniens du “félibre de Bargemon” donnent sens au mot “félibre” : pour R.Marcellin (7-5-65), “La Missioun dou Felibre” est d’écrire en provençal, “canta Dieu, l’amour, la liberta”, et la Pologne. Définition que Mistral ramène à une stricte vision : être félibre c’est écrire en pur provençal. L’Echo félicite Chauvier d’avoir préféré pour honorer “le Prince de la poésie provençale” “la langue douce et harmonieuse” des bords du Rhône au rude idiome du Var [6]. L’Echo fait donc connaître le Félibrige et lui ouvre un public neuf.
1866

Le Propagateur situe pour ses notables le statut du bilinguisme. Léonide Constans, “mariée à 18 ans, mais bientôt veuve, consacre, selon ses expressions, le reste de ses jours à servir Dieu et à cultiver les muses”, elle donne des vers moralisants, provençaux (“Le Gibous” : une fille refuse l’amour d’un bossu) et surtout français. Amédée Martin, ancien magistrat, donne des strophes provençales et françaises. Il “est de ceux qui gémissent de voir s’affaiblir de jour en jour la culture du provençal dans sa propre patrie”. Il y trouve “des expressions dont le charme, l’énergie et le pittoresque ne se retrouvent plus. Malheureusement, la langue française menace de tout envahir, puisqu’elle est devenue l’invariable interprète des sciences, de l’industrie et de la politique. Dès lors, comment sacrifier aux besoins du jour ? Aussi, " le Propagateur " se voit-il contraint de n’accorder à cette langue qu’un espace proportionné au nombre de ses fidèles amis, devenus aussi rares que les nageurs du poète. Mais M.Martin est trop éminemment doué pour ne pas chercher à satisfaire autrement que dans l’ancienne langue des troubadours, les nobles tendances de son esprit”.
Les lecteurs du Propagateur partagent-ils ce point de vue ? Garel, curé de Six-Fours, (un fidèle de la revue), l’intériorise. Il publie en 1866 un savant ouvrage sur sa commune. Qui se doute, à cette lecture, que Garrel est auteur de nombreuses pièces provençales [7] ?
Par contre le directeur de l’école normale approuve cette condamnation. Il écrit de ses élèves : “Habitués dans leur pays à parler à peu près exclusivement le patois, ils [les normaliens] introduisent dans leur langage parlé ou écrit des expressions propres au provençal et qui pour eux n’ont rien de bizarre ni d’incorrect” [8].
Quelle est la position de la presse ?
À Draguignan, Le Var repris par Ch.Latil demeure organe officiel : 200 des 500 exemplaires sont distribués aux fonctionnaires et maires.
Mais le préfet lui même n’en surestime pas l’influence : Latil “donne au gouvernement le concours le plus absolu. [...] Ce journal continue de servir sans réserve la politique du gouvernement et de l’Empereur ... En ce qui regarde les nouvelles locales et du département, sa situation au chef-lieu lui donne des facilités d’information et le fait aisément considérer comme l’organe de l’administration. Le peu de ressources qu’offre Draguignan, le nombre restreint des abonnés du Var ont empêché jusqu’à ce jour ce journal d’avoir une rédaction particulière et sérieuse. Le Var publie cependant des communications intéressantes, touchant l’histoire générale, l’histoire locale, l’économie politique, l’archéologie, etc. mais c’est à de trop rares intervalles pour que cela ait un grand effet. Aussi le Var n’étend-il pas son action utile au delà de l’arrondissement de Draguignan” [4].
Chauvier, toujours très présent, n’est plus seul : Vidal, d’Aix, salue le tambourinaire dracénois Buisson. Chauvier ne signe plus “ouvrier-cloutier” : la clouterie périclitant, il se fait épicier, et le préfet le nomme secrétaire de mairie. Toujours joyeux, mais inquiet : “Nous devenons de jour en jour si oublieux de notre belle langue maternelle, que nous croyons utile d’apprendre à bien des gens qui pourraient l’ignorer, qu’on entend par catoun une réunion de petites fleurs naissantes, ordinairement latugineuses, comme la peau d’un petit chat” (25-2-66).
Un anonyme (Dol ?) présente prudemment les débats provençalistes : Féraud, “éditeur infatigable du Rabaiaire, du Cassaire, de l’Abilho, du magnifique poème de notre compatriote Trussy, Margarido” a publié en 65 Lei Talounados de Barjomau (Peise),“pièces étincelantes de verve et de gaieté, et assaisonnées de tout ce que le sel provençal a de plus piquant”, écrites “en vrai et pur provençal”. “Adversaire courtois, mais mordant, de l’école d’Avignon, qui a, tout en prétendant faire revivre la langue de nos pères, inventé l’orthographe euphonique ou naturelle, et qui consiste, à écrire les mots comme on les prononce, il [Peise] a bien souvent sous une forme plaisante, mais qui n’en était pas moins profonde, défendu avec énergie ce qui reste de notre nationalité. Cependant, laissons aux vrais Provençaux le soin de trancher cette brûlante question que des flots d’encre n’ont pas encore pu éclaircir”. L’article est accompagné d’une pièce de Peise. On comparera ce compliment à l’ironie de Mistral [9].
Si Le Var reste distant, L’Echo du Var est acquis aux félibres. “L’Armana Prouvençaù n’est pas ce qu’un vain peuple pense, un vulgaire almanach. [...] C’est un écrit, un joyau poétique et pourtant amusant. Oui, nos modernes troubadours ont trouvé le secret de moraliser en riant et d’attendrir sans emphase, de rimer sans ennui et de faire de la prose sans sècheresse. Voilà treize ans que le Cascarelet nous ébaudit sans fatigue et que Mistral nous enthousiasme sans effort” (16-12-66), écrit R. de Miravals (Maquan, secrétaire du préfet Haussmann à Paris). Mais s’il cite (en français) La Comtesse, de Mistral, “admirable personnification de la Provence”, il ne voit dans cette violence anti-française qu’appel à “éventrer le grand couvent, traduction libre, l’Académie française” ! .
Pour autant le provençal de L’Echo n’est pas mistralien : Sénès y donne ses scènes toulonnaises sous le titre de “Mœurs de Provence”. Chauvier amuse le lecteur : “Le dénombrement de la population est terminé. En attendant de connaître les résultats officiels de ce travail statistique, en voici un - non officiel - dont nous fait part M.Chauvier, poète provençal et secrétaire de la mairie à Bargemon” (le félibre a attrapé des puces en recensant) [10] !

Brignoles En ignorant le provençal, Le Journal de Brignoles ne reflète pas la réalité du pays. Je repère à Montpellier un manuscrit daté de 1866, signé “Amable Richier, âgé de 17 ans”. Richier, apprenti forgeron à Barjols, célèbre le renouveau de la fête locale, et discrètement évoque 1851. Il attaque le rimeur Joye, moraliste et clérical, qui “plen de croyo” mène la fête. Au fait des débats graphiques (“J’ai suivi dans cette chanson l’orthographe des félibres”), Richier reproche à Joye ses francismes (comme “fontaino”) et son style. Bref, Joye écrit comme un paysan ! L’autodidacte Richier ne situe le syle “populaire” que dans la médiocrité [11]. Deux auteurs déjà pour la petite cité, sans compter le négociant Bougrain, on mesure la réalité de cette écriture “au ras du sol”.
Toulon Le silence de la presse contraste avec une poussée de publications provençales. Réapparaît Grimaud le “versificatour”. “Louis Grimaud, le sexagénaire portefaix à blé toulonnais, ne chante que le présent ; il s’inspire de l’actualité et rien que de l’actualité. Louis Grimaud est le versificateur par excellence, il parle en vers comme M.Jourdain parlait en prose, tout naturellement ; chez lui, la rime arrive riche, abondante et à sa place. Il vous dira bonjour en vers ; bon appétit en vers ; merci en vers. Chargé d’un lourd sac de blé qu’il porte du quai à l’ex rue Bourbon, il commencera ou finira un poème que, la journée finie, il ira débiter aux dilettantis du Pont du Las ou de Besagne. Et les indigènes de ces deux quartiers l’apprécient ; c’est juste, morbleu ! Nous l’apprécions aussi, car il fait ses vers sans prétention et les débite de même ; en les faisant, il obéit à un besoin naturel et non à une suggestion d’amour propre ; il ne marche sur les traces de personne, il ouvre lui-même une route que d’autres suivront peut-être après lui ; et s’il fait imprimer ses vers, c’est qu’ils se vendent. Lorsque les vents contraires ou une crise quelconque, arrêtent les arrivages de blé, il accorde sa lyre, il chante, fait gémir les presses d’une imprimerie et les gros sous de pleuvoir dans sa bonne et loyale main qui écrit tant bien que mal ce que sa bonhommie pense franchement”, (Dominique, Le Carillon, 30-6-72). Absentes des bibliographies provençales, ces pièces maladroites ont pourtant un public ! Douze pages, trois éditions pour ses vers sur le choléra [12] ! Grimaud publie à tout propos, même une commande de chemises [13] ! le “coumpousitour” Grimaud déclame au Pont-du-Las et à Toulon, il visite les localités proches, obtient des municipalités autorisation de vendre ses vers, à la criée, dans les cafés, en s’engageant à ne pas traiter de politique [14]. Son plus grand succès est à La Seyne [15]. L’air du temps change-t-il pour que le “déclamaire” Grimaud réapparaisse ? (Il n’est pas isolé : sa pièce sur le choléra évoque un confrère de La Verdière). Cette versification au jour le jour gratifie les modestes rimeurs, distrait le peuple et fait sourire les lettrés. Au-delà, des signes montrent une société plus ouverte : le provençal sert la “réclame” [16], un élu seynois est salué d’une brochure provençale, texte insignifiant, présentation soignée [17]. Au risque de décevoir Bleynie, Pietra, poète français, risque quelques vers provençaux dans l’Almanach de Gueidon [18], où Pelabon ajoute du provençal à son salut au pouvoir [19], et où Thouron donne un texte fort traversé du souvenir de 1852 : répression, égoïsme des nantis [20]. Mais l’écriture ne cache pas le déclin social du provençal. Pour cause de travaux dans l’immeuble, la crêche Pomet a fermé en 1865 ; seule subsiste la crêche Raibaud, qui fermera en 1870, quand l’immeuble sera rénové. Haut lieu de la pastorale, le théâtre de la Fontaine est démoli. La liberté accordée en 1864 n’entraîne pas ici l’essor du théâtre provençal, alors qu’à Marseille Peise prépare un vaudeville provençal qui tiendra en 67 l’affiche du Gymnase pendant des semaines.
1867

Le Journal de Brignoles ne publie que des vers français.
Entre Draguignan et Toulon les données semblent inversées.
À Draguignan, deux attitudes :
Le Var, hier enthousiaste, boude le provençal. L’Echo du Var accueille toujours La Sinse et sa mise en spectacle du peuple toulonnais. C’est aussi une façon de faire ressortir la francitude des bourgeois. En témoigne, en pâle reflet, un “reportage” sur les redoutables revendeuses de Toulon dans Le Propagateur [21], qui salue aussi la poétesse félibre Antoinette Rivière, de Beaucaire. Deux visions antinomiques de la parole féminine en provençal.
Par contre Le Toulonnais découvre le félibrige avec l’intervention de V.Thouron, elle même permise par l’évolution du journal vers l’opposition : le propriétaire Aurel est mort en 1866, son gendre Eloy lui succède et accueille le groupe Suchet-Thouron neveu.
Dans une élogieuse présentation de Calendau (2-2-67) Thouron insiste sur le statut de la langue. “Sera-t-il accueilli avec la faveur que doit faire présager le succès brillant de " Mirèio " ? Nous n’en doutons pas, malgré certains dédains systématiques et irréfléchis que rencontre notre langue provençale même parmi les habitants du Midi ; parmi ceux surtout qui ne connaissent que très imparfaitement la langue provençale et n’ont lu d’autres vers que ceux que l’on colporte dans les carrefours ; je veux parler de ces vers qui sont pleins de grossières équivoques et qui n’ont que la saleté pour divertir le peuple ignorant”. Thouron vise-t-il les “déclamaires” locaux ? Une rare faiblesse d’expression, mais pas de “saleté” chez Grimaud qui s’essaie au ton noble et rivalise de flagornerie et d’emphase [22] avec Pelabon. Pas de “saleté” dans le salut que le vieux Fournier, porte-parole de Cuers, adresse à la Vierge qui a sauvé la cité du choléra [23]. Thouron pense plutôt aux pièces marseillaises si répandues.
Par contre poursuit-il, Mistral, qui domine parfaitement le français, écrit un provençal “noble et harmonieux” digne de ses glorieux prédécesseurs. Comment donc “proscrire de notre sol une langue harmonieuse et riche [...] et qui non seulement ne veut pas mourir, mais qui est rajeunie par les œuvres de nos troubadours modernes ? Ne la laissons pas dégénérer dans la trivialité et dans les formes vulgaires et grossières, conservons-lui les expressions pittoresques qui lui donnent tant d’attraits, rendons-lui ses titres de noblesse, elle donnera alors, dans des œuvres durables, telles que les poèmes de Mistral, la mesure de sa puissance et de sa valeur”.
Au banquet offert à 27 poètes provençaux et catalans par le prince félibre Bonaparte Wyse, Thouron lit des vers français et provençaux que Le Toulonnais publie [24]. Parmi les convives, le joyeux félibre A.Michel, ami avec Peise et Bourrelly auquel il dédie une pièce (sérieuse) dans l’Armana.
Certes le félibrige est salué dans l’Armana par Jourdan, tuteur parisien des libéraux varois, et par le Lucquois de Paris Geoffroy, démocrate avancé [25]. Mais il est clair que l’ouverture libérale toulonnaise tient au seul V.Thouron. L’indifférence de la “société civile” éduquée n’est pas bousculée. Pas de Toulonnais dans l’almanach félibréen, quelques vers pompeux dans l’almanach de Gueidon [26]. Noble s’est fâché avec Suchet pour des raisons professionnelles, mais flirte avec la gauche, il lance L’Arapède, successeur du Moucheron : rien de provençal, sinon le titre et des pseudonymes [27].
La municipalité est clivée entre les modérés du maire Audemar et les radicaux. Crise : les hôtes de Gelu sont partagés, sont élus Margollé sur la liste du maire, Blache, Rimbaud sur la liste radicale. Avec le jeune O.Tardy, rentré de Paris, Le Toulonnais se marque à gauche : pacifiste, démocrate, ouvert à l’Internationale. Sa jeune phalange, acquise au triomphe du français, encourage le jeune poète J.Aicard.

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