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Philippe Martel, Les Félibres et leur temps

jeudi 23 octobre 2025, par René MERLE

Philippe Martel, Les Félibres et leur temps. Renaissance d’oc et opinion (1850-1914), Presses Universitaires de Bordeaux, 2010.

Philippe Martel, professeur à l’université de Montpellier, propose ici la quintessence d’une thèse d’état fondamentale, déjà ancienne, mais le livre vient à son heure, au moment où un public plus large que celui des passionnés commence à s’interroger sur l’origine, la nature, les ambitions et les impasses du mouvement « renaissantiste » de langue d’Oc. Ce public y trouvera matière à ses questions dans un ouvrage dégagé de tout sectarisme, de tout esprit de chapelle, un ouvrage dont l’érudition n’est jamais pesante, et qui, et c’est tant mieux, ne dédaigne pas l’humour.
Philippe Martel a donc focalisé sur cette longue seconde moitié du XIXe siècle, qui vit le Félibrige naître aux bords du Rhône, puis s’affirmer sur l’ensemble des pays d’Oc, dans une ambition qui se voulait avant tout linguistique et culturelle. Mais, par la force des choses, à travers le Second Empire et la Troisième République, cette ambition ne pouvait éviter de se situer par rapport à la réalité française tout entière : réalité culturelle, politique, sociale...
Cette ambition, aussi prudente qu’elle ait pu être dans ses tâtonnements, mais aussi parfois impatiente dans ses jeunes outrances, ne pouvait manquer de rencontrer l’indifférence, quand ce n’était pas l’hostilité déclarée, des décideurs d’un pays hyper-centralisé comme la France. Cette ambition, et sans doute ce fut son drame, ne rencontra pas vraiment non plus l’aval d’un Peuple au nom duquel elle voulait s’affirmer.
R.M

Présentation de l’éditeur : En quoi l’épisode provincial des félibres peut-il concerner l’histoire de la France contemporaine ? Pourtant ces intellectuels du Midi qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, entreprennent de refaire de la langue d’oc la grande langue de création littéraire qu’elle avait été au temps des Troubadours, ont bel et bien eu un impact sur la société de leur lieu et de leur temps.
Tour à tour célébrés, attaqués ou moqués, ils ont suscité réactions et débats dans l’opinion - celle de leurs provinces, bien sûr, mais aussi celle de Paris, qui prime dans le système culturel français. Le projet félibréen dépasse l’aventure littéraire pour investir le champ politique, et historique. Frédéric Mistral et ses amis posent le problème de la reconnaissance d’une diversité linguistique dans une France ayant pour dogme l’indivisibilité.
Par leurs revendications pour l’occitan, mais aussi pour la décentralisation voire le fédéralisme, ils soulignent que c’est l’image même que la France se fait de sa propre identité qui est en jeu. Cet ouvrage propose, en examinant l’entreprise des félibres et ses résultats, de questionner l’influence de ces derniers dans une perspective historique originale.