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Roumanille et les enterrements civils

jeudi 23 octobre 2025, par René MERLE

En 1872, Joseph Roumanille (1818-1891) est « capoulié » (responsable en chef) du Félibrige, organisation proclamée apolitique. À son grand dam, la République a été proclamée et, même si la répression de la Commune l’a rassuré, en bon royaliste, il ne cache pas son hostilité aux temps nouveaux. Une de ses cibles favorites sont les enterrements civils que multiplient les militants de la Libre Pensée. Il les surnomme délicatement entarro-chin (enterre chiens), et leur consacre un pamphlet en prose provençale dialoguée, qui n’a rien à envier aux assauts antidémocrates qu’il menait en provençal sous la Seconde République : J.Roumanille, Lis Entarro-Chin, galejado boulegarello (Emé traducioun franceso vis-à-vis), Avignoun, J.Roumanille libraire-editour, 1872.
L’ouvrage est introduit par cette tout aussi délicate missive de Léopold de Gaillard, avocat et journaliste catholique à Lyon, proche de Montalembert et de Falloux ; de Gaillard avait déjà salué les pamphlets provençaux de Roumanille en 1849-1851...

Aix-les-Bains
Mon cher ami,
Je vous attendais sur cette question des entarro-chin. Vous venez d’en prendre possession en maître, et avec tous les braves gens de Vaucluse, je vous applaudis. Vos verges populaires de 1848 sont retrouvées : servez-vous-en.
De toutes les monstruosités inventées par les démocrates qui se moquent du peuple, celle des enterrements solidaires est à coup sûr la plus digne de châtiment et de mépris. Arracher à la mort la consolation des dernières espérance, c’est placer l’homme entre le désespoir et l’abrutissement. Si la Religion n’a plus rien à dire sur les tombes, si les enterrements ne relèvent plus que du service de la voirie, qu’on fasse passer le tombereau aux ordures devant la maison mortuaire, et que tout soit dit.
Ah ! les malheureux ! il faut bien qu’ils n’aient jamais pleuré personne, ou que la haine de Dieu ait dévoré en eux tout autre sentiment !... Supprimez la mort, grand hommes que vous êtes, ou laissez-la à l’Auteur de la vie que nous adorons, et qui vous attend !
A vous de tout cœur.
Léopold de Gaillard.

Ces quelques mots d’introduction résument la philosophie (?) de l’ouvrage :

Après l’apologie d’un violent pamphlet anti républicain et clérical en provençal (preuve que tous les provençalistes n’étaient pas conservateurs) ;
voici ce qu’en écrivait l’Armana prouvençau pèr l’an de Diéu 1873, adouba e publica de la man di Felibre, (on n’est jamais si bien servi que par soi-même, on le voit, l’Armana était aussi publié « en Avignoun, enco de Roumanille, Libraire-Editour) :