La Seyne sur Mer

Accueil > Langue d’Oc, études. > Oc. Usage politique > 1907 et l’Assiette au beurre

1907 et l’Assiette au beurre

mardi 30 juin 2020, par René MERLE

Je viens d’évoquer en plusieurs articles l’énorme mouvement de protestation qui souleva le Languedoc viticole, et le Var, en 1907 [1]. Mouvement interclassiste où viticulteurs petits et grands, « rouges » et « blancs », se retrouvèrent unis contre la fraude et les importations à bas prix. Je m’y interrogeais sur la place réelle de la langue d’oc dans l’expression protestataire, bien faible à la vérité, au regard de son usage quotidien encore totalement véhiculaire.
Voici, a contrario, comment la protestation en langue d’oc a pu être présentée par la couverture du magazine satirique de sensibilité nettement socialisante ou anarchisante l’Assiette au beurre (8 juin 1907). Ce regard hostile et méprisant devant le mouvement des viticulteurs méridionaux et le "patois" n’est certes pas partagé par tous dans cette mouvance [2], mais il éclaire sur la position d’une frange importante de l’opinion nationale.

Légendée « Sainte Marianne, priez pour nous », la couverture représente une foule de Méridionaux en tenue bourgeoise, dont l’un est le prototype d’un Tartarin de légende quelque peu mâtiné de félibre (l’homme au chapeau noir et à la lavallière derrière la pancarte en « patois ») ; tous ont le nez rouge des avinés. Ni le drapeau rouge en arrière plan, ni la pancarte « Du pain ou des fusils » ne peuvent donner une dimension de juste protestation sociale à cette foule de moyens propriétaires en lutte pour une revendication purement catégorielle.

Le contenu du numéro est à l’avenant. Outre les nombreux dessins stigmatisant l’ivrognerie, présentée comme solution irresponsable à la revendication des viticulteurs, deux pages sont particulièrement significatives.

La première représente un édifice incendié par les protestataires. Il est ainsi légendé : « Comme l’a si bien dit « Le Figaro », la Révolte des honnêtes gens qui EXIGENT l’écoulement de leurs produits »


Le second, qui en est la continuation antithétique a pour légende : « … n’a rien de commun avec la révolte de la canaille qui MENDIE du travail et du pain ».

La messe est dite. Au mouvement égoïste et quelque peu lourd de séparatisme (cf. la pancarte en Oc) d’une paysannerie propriétaire, on oppose la juste lutte des prolétaires qui, du seul fait qu’elle met en cause l’ordre capitaliste, voit s’abattre sur lui la répression d’État.
Il faudra la lucidité d’un Jaurès et d’un Fortoul pour permettre aux socialistes, sur le plan national, de comprendre la complexité et les potentialités novatrices d’un mouvement que l’aile gauche guesdiste regardait avec la plus grande méfiance.

Notes

[1Cf. : 1907.

[2Cf. : Montéhus.

Répondre à cet article

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP