La Seyne sur Mer

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Écrire dans sa langue naturelle ?

vendredi 10 juillet 2020, par René MERLE

Avec une citation de Mistral [1], je reviens sur le choix de langue posé dans l’article Écrire en provençal ou écrire sur la Provence (en français) ? Paul Arène

En conclusion de son magnifique avant-propos aux »,Œuvres complètes de Victor Gelu [2]Mistral écrit de la langue provençale :

« Es en se servènt d’elo que Gelu a crea, e qu’a pouscu crea obro virilo e pouderouso… e, iéu m’alassarai jamai de lou redire, pousquèsse-ti acò estre mai uno leiçoun per li fiéu de Prouvènço que, barbelant de glòri, se desounglon à prene pèr estrumen de pouësio uno parladuro autro qu’aquelo que s’es facho pèr nous-àutri Prouvençau !
F. Mistral.
Maiano, 19 de febrié de 1886 »

Mistral écrivait cela à la fin d’une période où, malgré les progrès de la francisation, le provençal était encore langue naturelle du plus grand nombre.
Ce qui, signe des temps déjà, ne l’empêche pas de donner côte à côte la traduction française (comme d’ailleurs le faisait Gelu) :

« C’est en se servant d’elle que Gelu a créé et qu’il a pu créer une œuvre virile et puissante… et, je ne me lasserai jamais de le redire : puisse-t-il, son exemple, être une leçon de plus pour les fils de Provence qui, convoiteux de gloire, usent leurs ongles à prendre pour instrument de poésie une langue autre que celle qui, pour nous Provençaux, est la seule naturelle ».

Que dirions-nous aujourd’hui, nous, voulant faire vivre par l’écriture cette langue qui fut celle de tous, avons pour langue naturelle le français, et avons récupéré le provençal par la mémoire familiale, ou, le plus souvent, par l’apprentissage passionné ?

Notes

[1Mistral, « Avant-Propos ,.

[2Marseille, Paris, Charpentier, 1886

1 Message

  • Que dirions-nous aujourd’hui ? Le 15 juillet à 17:18, par Jean-Yves Royer

    Que dirions-nous aujourd’hui ?

    Certainement pas ce qu’écrivait Mistral en français, quand il parlait de ceux qui « usent leurs ongles à prendre pour instrument de poésie une langue autre que celle qui, pour nous Provençaux, est la seule naturelle. »

    Mais nous pourrions fort bien reprendre ses propos en provençal, qui expriment tout autre chose : « uno parladuro autro qu’aquelo que s’es facho pèr nous-àutri Prouvençau ! ». Soit : « un autre langage que celui qui s’est fait pour nous autres Provençaux ! »

    En effet, dans son dictionnaire Mistral traduit ainsi le mot « PARLADURO » : « Manière de parler, langage, dialecte, langue. » Où le sens de langue n’est donné qu’en quatrième position, et n’est donc certainement pas celui auquel on pense en premier lorsqu’on entend ce mot en provençal, où pour parler de langue on emploiera spontanément le mot « lenga » (écrit « lengo » si l’on veut.)

    Par ailleurs « s’es facho » peut se traduire aussi par « a été faite », et on se rappellera que l’occitan « per » correspond également au français « par ». Ma grand-mère, qui parlait pourtant un français fort acceptable, employait néanmoins souvent l’un pour l’autre.

    Autrement dit le sens de cet énoncé, quand on l’entend en provençal, nous dit tout à la fois que ce langage a été fait pour nous, et qu’il s’est fait par nous. Et cela, nous pouvons toujours le dire aujourd’hui.

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