La Seyne sur Mer

Accueil > Langue d’Oc, études : auteurs, destin de la langue, événements historiques, (...) > Oc. Destin de la langue > À propos d’un séminaire de la faculté de Montpellier

À propos d’un séminaire de la faculté de Montpellier

jeudi 18 février 2021, par René MERLE

Je viens de recevoir l’information suivante à propos d’un séminaire dont voici le résumé de l’intervention :

"Nommer la langue d’oc : tendances unificatrices et séparatrices en domaine occitan
Hervé LIEUTARD, Université Paul-Valéry Montpellier 3

Dans l’histoire millénaire de la langue d’oc, la généralisation du glossonyme "occitan" pour désigner l’ensemble des variétés de cette langue est relativement récent et doit son succès au mouvement occitaniste qui a largement diffusé et popularisé cette dénomination au cours du XXème siècle, tout en promouvant un système graphique unitaire et englobant qui permet à la fois d’intégrer et de réduire à l’écrit une partie de la variation dialectale orale. Toutefois, la question complexe de la dénomination de la langue occitane se pose aujourd’hui encore de façon particulièrement exemplaire en Provence où l’usage de "provençal" — et accessoirement de "langue d’oc" — reste encore majoritaire. Après un bref aperçu historique des conditions qui ont conduit à freiner la progression de l’usage du glossonyme "occitan" dans cette région, nous nous attacherons plus spécifiquement à définir les diverses représentations linguistiques qu’implique l’usage de la dénomination "provençal". Dans ce même espace provençal, une attention particulière sera également portée aux usages de niçard/nissart, utilisés pour désigner la variété occitane provençale propre à Nice."

Voici ma réponse :

" Chers Amis, un simple mot.
Je ne pense pas avoir démérité de la provençalité en intitulant mon ouvrage de 1977, Culture occitane per avançar, qui a rencontré un écho national, et en y plaçant force témoignages de locuteurs provençaux.
Je ne crois pas avoir démérité de l’occitanisme en intitulant ma thèse (directeur de thèse Robert Lafont), Inventaire de l’écrit provençal….
Si on ne prend pas ce dualisme sémantique de façon dialectique, il me semble que l’on ne pourra avancer.
Le problème n’est pas qu’une parole sacrée, fut-elle tombée d’une prestigieuse université, vienne intimer les locuteurs du provençal de n’utiliser le mot « occitan ». L’effet peut même être grandement contre productif.
Je suis d’ailleurs le premier à utiliser au quotidien et à l’aise avec moi-même le mot « provençal », et à bien spécifier « langue d’oc » quand je veux éclairer mes interlocuteurs ou lecteurs sur l’appartenance à un ensemble linguistique.
Quand en 1976 avec le Centre dramatique de Toulon (Neyton) nous avons créé et joué avec grand succès Popre et Cie, nous ne sommes pas partis de définitions linguistiques (occitan, francitan), mais de l’état des langues en rapport avec l’évolution de notre société et le rôle politiquement (au sens large) subversif que le parler populaire, français, francitan, provençal, pouvait jouer.
Le mot « occitan » a conquis chez nous une mince couche de locuteurs, sociologiquement facilement indentifiables. Il n’a pas conquis l’inconscient collectif, et, dans ce qui reste d’intérêt pour une langue en perdition, il n’a pas vraiment conquis ses défenseurs. Le problème n’est pas d’arborer une étiquette linguistique « nationale », il est de trouver le contact avec ce qui sociologiquement peut encore être le support de la langue.
Si le provençal et le niçart arrivent vraiment à survivre, au-delà d’un ghetto d’initiés, je ne doute pas que grandiront l’intérêt et le respect pour le mot « occitan », et peut-être son adoption.
Regardez ce qui s’est passé dans l’espace linguistique catalan, où la normalisation barcelonaise s’inscrit dans un jeu dialectique avec la conscience du pays de Valence et celle des Baléares… "

| | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP