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Lettre à Jean-Pierre Cavaillé, sur l’occitanisme

samedi 30 janvier 2021, par René MERLE

30 janvier 2021, à Jean-Pierre Cavaillé, http://taban.canalblog.com

Bonjour,
Claude Sicre m’a contacté, et nous avons eu un échange intéressant. Ce qui me renvoie à la lecture que tu as faite de son dernier ouvrage, que je n’ai pas encore pu lire. C’est donc seulement sur des questions d’ordre général que pose ton article, et non pas sur le livre, que je te donne mon point de vue. Comme je le disais à Claude, c’est celui d’un fatigué de 85 ans, rangé des voitures, sans contact avec une quelconque organisation occitaniste, et sans appartenance à un parti hexagonal, et qui plus est avec de lourds problèmes de santé familiaux à assumer. C’est dire que je ne parle que par rapport à l’expérience que j’ai eue quand j’étais vraiment engagé dans un contexte social collectif, tant au plan occitaniste qu’au plan politique français.
Tu poses justement la question de la réduction du mot « Occitanie » à un ensemble régional officiel. Ce qui met en abyme le vieux fantasme d’une nation occitane identifiée par l’espace de sa langue, et le pouvoir réel d’une région administrative, en quelque sorte concrétisant « a minima » le vieux fantasme nationaliste. Un pouvoir qui peut "sauver" la langue... J’en tiens toujours, en ce qui concerne la langue et son éventuelle salvation, non pas à une salvation administrative, mais au possible support social qui viendrait remplacer l’ancien support social paysan, artisan et ouvrier, qui faisait vivre la langue sans la revendiquer, et encore moins la défendre. Les « néo-locuteurs » peuvent-ils constituer ce support ? L’occitanisme ayant depuis longtemps abandonné ses ambitions initiales pour se réduire à un mouvement universitaire et enseignant, ces « néo-locuteurs », jeunes ainsi formés, sont immergés dans un monde où la langue d’oc n’existe que virtuellement (internet, chats, lectures), mais où les tentatives « autoritaires » (municipalités, régions) d’affichage de la langue (panneaux, transports, etc) ne me semblent pas d’une efficacité évidente. Le problème, me semble-t-il, est que ces « néos » formés par la fac et quelque peu par les collèges et lycées, s’engouffrent dans les carrières "occitanes" que leur offrent les Régions et deviennent en quelque sorte les fonctionnaires d’une machine qui tourne à vide, faute d’embrayer sur un vrai support social. Je constate, et ne critique pas.
Dans les années 70, avec par exemple Neyton et son théâtre, nous avions essayé, et en partie réussi, de trouver un public vraiment populaire dans une problématique de prise en compte de la réalité linguistique (le francitan existait encore) et de lien avec la lutte des classes. Tu trouveras sur mon site Remembrança une lettre de Castan éclairante à ce sujet.
Mais ces temps sont révolus, car la situation linguistique est tout à fait différente aujourd’hui
Quoi qu’il en soit, puisque la langue d’oc existe pour ses amoureux, quel rôle peut-elle avoir dans cette dialectique Centre-Périphérie, Paris-Province, Culture mondialisée-Repli identitaire ? Il est évident que ceux qui écrivent, peignent, filment, montent sur scène un peu partout sans dépendre du microcosme culturel et étatique parisien, peuvent agir sans trop se soucier d’une langue qui n’est plus véhiculaire. Leur rapport immédiat est avec la langue maternelle, en l’occurrence le français.
J’ai partagé les engagements politiques de Castan, je ne l’ai pas entièrement suivi en ce qui concerne ses engagements occitanistes, car, depuis la déclaration de Nérac, il pensait et répétait qu’une langue peut vivre sans support social, si elle est celle d’une vraie Littérature. OK, nous avons une littérature, mais elle est enfermée dans le petit ghetto de ceux qui savent ou veulent la lire. Donc, on en reste à ce que j’ai souvent répété, transmettons-nous aux générations futures la langue cryogénisée comme un embryon, point barre ?
Bon, comme on dit, me siáu espurgat, et ne t’en dirai pas plus pour l’heure. Je continue à suivre ton site avec grand plaisir et intérêt.Une bonne année, et gare au virus !

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