Accueil > Langue d’Oc, études : auteurs, destin de la langue, événements historiques, (…) > Oc. Auteurs, érudits > Emmanuel Aguillon, poésies

Emmanuel Aguillon, poésies

jeudi 23 octobre 2025, par René MERLE

J’ai déjà évoqué sur ce site l’importance qu’avait eu pour moi la rencontre avec Emmanuel Aguillon :
Emmanuel Aguillon, archéopoterie et épigraphie provençale
J’y reviens après la lecture de son ouvrage qui vient de paraître : Emmanuel Aguillon, Per jors Per mes E per ans… Poésies Provençales & Traductions Françaises, Editions de Cormétis, 2023.

Une spontanéité très élaborée qui, comme celle de son patient travail de potier, procède du rapport profond à la quotidienneté des choses de la nature proche et de la vie, et donc de la mort aussi, qu’il faut admettre mais nier.
On trouvera in fine une réflexion sur la phonétique et sur la graphie provençale choisie, héritière directe de celle des archives du XVème siècle qui entérine les changements de prononciation de la langue, mais hérite toujours de solutions médiévales.

La fuelho
Regardo lo molon de baus
la niuo que la pòusso a facho
aqui si dreissavo un hostau
es uno rueino que s’afracho.

Como aquèu que tot devessavo
a tombat lo nas lo premier
dins li riu que lo tems si cavo
e l’envanc dau coar lo perdet.

D’òmes n’en troubaren pas foeço
per un de just quant n’a de faus ?
lo solèu de miejor s’amoesso
de la man tombo lo fanau

La fuelho que vuelh si destaco
de son pecoí iher tenié
sus los òu fa ren qu’uno taco
La vido retòrno fumier

Emmanuel donne une traduction française, pour éclairer les lecteurs qui ne seraient pas totalement maîtres de leur provençal.

Regarde ce monceau de pierres
Et ce nuage de poussière
Ici était une maison
C’est une ruine qui s’écroule

Et celui qui renversait tout
Est tombé le nez le premier
Dans le ruisseau que le temps creuse
Il a perdu tout enthousiasme

Des hommes on en trouve si peu
Et pour un juste, tant de faux !
Le soleil de midi s’éteint
De la main tombe la lanterne

La feuille qui là se détache
Hier encore s’accrochait
Au sol elle n’est qu’une tache
Ouis la vie redevient fumier

Je reviendrai sur d’autres poèmes… Il y en a tant.

4ème de couverture
« —Pourquoi tu écris en provençal ? Écris plutôt en français !
(C’est mon père qui me disait ça).
— Il faudrait peut-être, mais ça ne me vient pas !
Ça me viendra plus tard…
Aujourd’hui, je pourrais lui répondre :
— Est-ce qu’il y a moins de mots à notre disposition pour nous qui ne l’avons jamais vraiment utilisé dans la vie courante ? Sans doute ! Mais ce ne sont pas les mêmes…
Le provençal pour moi, c’est une langue de la matière du réel. Une langue des origines. Les mots sont comme la pierre, comme… l’airain ! Un poème en provençal c’est une sculpture, une musique.
Et même quand on revient au français, il reste encore de cette solidité et de cette harmonie… »

Messages

  • C’est bien joli, je commande… Curieuse de lire ses réflexions sur la graphie, celle qu’il utilise semble un compromis entre la graphie étymologique dite "occitane" et la graphie phonétique félibréenne adoptée par Mistral.

    • Il ne s’agit pas d’une graphie bâtarde ou mélangée, mais de la graphie que j’ai trouvée telle quelle dans les archives du village au début du XVIe ! J’en ai d’ailleurs mis un texte en exemple à la fin de mon petit recueil de poésies dont la photocopie de l’original ! On peut donc vérifier ! Je me justifie ! :)

      Amicalement !

      PS je me suis amusé à enregistrer deux fables de ce recueil sur Youtube j’ai en projet d’en faire d’autres...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.