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		<title>Foyer d'&#233;criture toulonnais</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Foyer d'&#233;criture toulonnais ? Commen&#231;ons par deux entreprises que le grand port militaire engendre, &#224; la fin du l8e si&#232;cle, mais qu'il ne supporte pas. &lt;br class='autobr' /&gt; La premi&#232;re est la restitution par B&#233;renger, dans ses Soir&#233;es proven&#231;ales (Paris, 1786) d'un vrai paysage proven&#231;al, dans la convention de la sensibilit&#233; pr&#233;romantique. En 1785, de passage au pays de l'enfance, l'oratorien campe le contraste entre la solitude d&#233;sol&#233;e des hauteurs et le paysage humanis&#233; de la plaine, de la ville. Mais le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Oc. Foyers d'&#233;criture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;B&#233;renger&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Constans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Toulon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot169" rel="tag"&gt;Poncy (Alexandre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Foyer d'&#233;criture toulonnais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Merle, Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Commen&#231;ons par deux entreprises que le grand port militaire engendre, &#224; la fin du l8e si&#232;cle, mais qu'il ne supporte pas&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re est la restitution par B&#233;renger, dans ses &lt;i&gt;Soir&#233;es proven&#231;ales (Paris&lt;/i&gt;, 1786) d'un vrai paysage proven&#231;al, dans la convention de la sensibilit&#233; pr&#233;romantique. En 1785, de passage au pays de l'enfance, l'oratorien campe le contraste entre la solitude d&#233;sol&#233;e des hauteurs et le paysage humanis&#233; de la plaine, de la ville. Mais le pays n'est que le pays r&#234;v&#233; o&#249; l'on revient pour des &#233;t&#233;s ensoleill&#233;s. Et sans doute cette prise de distance a-t-elle rendu plus juste l'&#339;il du po&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde entreprise est celle de &#201;tienne P&#233;labon, dont le &lt;i&gt;Grouli&#233; Bel Esprit&lt;/i&gt;, jou&#233; &#224; Toulon en 1789, publi&#233; en 1790, aura un succ&#232;s important dans tout le sud-est et sera souvent r&#233;&#233;dit&#233;. Son r&#233;alisme familier refuse le partage des langues, mis en place par le th&#233;&#226;tre du si&#232;cle, comme sa transgression. Le monolinguisme proven&#231;al, vraisemblance de l'oralit&#233; quotidienne, reprise sans faux pittoresque, &#233;vacue ainsi le malaise linguistique. Mais la pi&#232;ce s'inscrit dans l'imitation du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais, dont Pelabon utilise les normes. Cependant, le prosa&#239;sme familier du &lt;i&gt;Grouli&#233;&lt;/i&gt; &#233;quilibre les registres du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais, qui fait pleurer, vibrer, trembler le spectateur toulonnais, il &#233;vacuera les tensions de la p&#233;riode de la R&#233;volution et de l'Empire. En contrepoint des fantastiques mutations du temps, des engagements passionnels, des larmes, du sang et des fortunes nouvelles, l'idiome, et c'est ce qui fonde son succ&#232;s sur le canevas us&#233; du mariage contrari&#233;, s'en tient au modeste destin de chacun : plaire, aimer, vieillir... Cette apparente normalit&#233; de l'idiome dans la diff&#233;rence linguistique, s&#233;duit, mais ne fait pas &#233;cole, m&#234;me si on l'imite, &#224; l'occasion, jusqu'&#224; Grenoble. D'ailleurs sa ville natale n'imprimera Pelabon qu'une fois, apr&#232;s sa mort, sous l'Empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;r&#234;t (occult&#233;) pour le parler natal est r&#233;el &#224; Toulon o&#249; des copistes obstin&#233;s engrangent de v&#233;ritables sommes manuscrites. Ainsi l'h&#233;ro&#239;-comique &lt;i&gt;Eigouti&#233;&lt;/i&gt; de Favel, &lt;i&gt;l'Hom&#232;re de Provence&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seul l'aval de la capitale autorise, fugitivement, la fiert&#233; dialectale &#224; se d&#233;couvrir. Ainsi, en 1805, la reprise d'une publication parisienne (un texte de Fabre d'Olivet attribu&#233; &#224; Clotilde) cr&#232;ve d'un enthousiasme patriotique d'oc le silence du &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; (officiel) du Var.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'apport de Toulon se manifestera de fa&#231;on originale et r&#233;it&#233;r&#233;e, en distanciation positive par rapport &#224; la renaissance proven&#231;ale d'apr&#232;s l8l4. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune Thouron, normalien &#224; Paris de la premi&#232;re promotion (et condisciple de A.Thierry), avait salu&#233; le retour des Bourbons d'une pastorale ambigu&#235;, imit&#233;e de Virgile : un jeune paysan varois d&#233;couvre la France et la francitude, en allant d&#233;fendre la Patrie et l'Empire, contre les cosaques. Singuli&#232;re fa&#231;on, bien en accord avec l'attachement du port &#224; l'Empire, de saluer le Roi ! Thouron, devenu avocat &#224; Toulon, et d&#233;fenseur des &lt;i&gt;carbonari&lt;/i&gt;, y publie en 1824 un recueil proven&#231;al inattendu : le r&#233;cit &#224; la mode du naufrage de la M&#233;duse c&#244;toie le r&#233;alisme d'une expression paysanne restitu&#233;e dans l'amusement, le tout en graphie classicisante &#224; la Diouloufet-Raynouard, (Thouron connaissait l'acad&#233;micien depuis son s&#233;jour parisien). Et quand l'Ecole, foyer de lib&#233;ralisme, est ferm&#233;e par le pouvoir, Thouron n'oublie pas de mentionner sous le titre de sa publication l'honneur d'en &#234;tre ancien &#233;l&#232;ve. Ainsi, Thouron d&#233;gage la po&#233;sie proven&#231;ale de la tutelle, politique et stylistique, de l'&lt;i&gt;ultra-troubadour&lt;/i&gt; Diouloufet.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ville n'est pas pour autant foyer de po&#233;sie proven&#231;ale. Le libraire lib&#233;ral Bellue &#233;crit : &#034;&lt;i&gt;Nous voyons sortir d'une guinguette nomm&#233;e les Marronniers une foule d'ouvriers faisant la conduite &#224; l'un de leurs compagnons du Devoir qui allait chercher fortune en lointain pays. Il &#233;tait &#233;chevel&#233; et dans une explosion de sensibilit&#233;, il chantait d'un ton lamentable les regrets de la s&#233;paration. Je citerais volontiers le couplet si je n'&#233;tais convaincu que la po&#233;sie du sol des Troubadours n'est plus en possession de charmer l'oreille des amateurs d'une suave po&#233;sie, et de ceux qui ne veulent plus reconna&#238;tre la langue romane dans l'idiome proven&#231;al&lt;/i&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Seconde originalit&#233;, d&#232;s 1830, les lib&#233;raux de Toulon transgressent le dogme lib&#233;ral-marseillais du patois facteur d'arri&#233;ration. L'usage public du proven&#231;al, en particulier dans un th&#233;&#226;tre de combat politique, est tr&#232;s original dans la Provence d'alors. Mais, incapables de donner &#224; leur intuition cr&#233;atrice un statut th&#233;orique, ces lib&#233;raux vont renvoyer &#224; l'entreprise litt&#233;raire un proven&#231;al par eux seuls r&#233;habilit&#233;. (Au m&#234;me moment, le maire lib&#233;ral de La Ciotat, soutenu par ses amis marseillais, condamne non seulement l'usage du proven&#231;al par l'&#233;v&#234;que de Mazenod, mais le proven&#231;al lui-m&#234;me). C'est le moment o&#249; le jeune Jean Aicard, fils d'artisans locaux, revient de Paris o&#249; il &#233;tudie le droit et milite dans les rangs r&#233;publicains et saint-simoniens, pour des vacances actives. Il donne notamment des cours de litt&#233;rature romano-proven&#231;ale, inspir&#233;s de ceux de Fauriel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la reconnaissance de l'idiome est surtout, ici aussi, celle de la connivence famili&#232;re : th&#233;&#226;tre local bilingue, qui atteste de la victoire du fran&#231;ais, textes en proven&#231;al &#224; partir de 1840 dans la presse de Toulon : l'exemple du &lt;i&gt;Toulonnais&lt;/i&gt;, qui s'ouvre &#224; l'idiome par la pi&#232;ce sur le &#171; passa-res &#187;, (le cri signalant les jets d'immondices par les fen&#234;tres), est significatif. Les temps sont &#224; la reconnaissance de la po&#233;sie ouvri&#232;re d'expression fran&#231;aise, avec la mise en avant par l'intelligentsia lib&#233;rale locale du po&#232;te-ma&#231;on, Charles Poncy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toulon va &#234;tre alors, &#224; nouveau, lieu singulier d'expression proven&#231;ale : en 1845, ann&#233;e de la premi&#232;re grande gr&#232;ve de l'arsenal, Alexandre Poncy, fr&#232;re cadet de Charles, publie en proven&#231;al. Li&#233; aux militants de l'arsenal, aux hommes des nouveaux m&#233;tiers du fer et de la vapeur, (indiff&#233;rents, sinon hostiles &#224; l'expression dialectale), il milite (&#224; la diff&#233;rence de son fr&#232;re) dans les rangs de la d&#233;mocratie avanc&#233;e. Il est de ceux qui accueillent Flora Tristan, &#233;vang&#233;lisatrice socialiste, en 1844 : on sait quelle barri&#232;re a pu repr&#233;senter pour Flora Tristan la pr&#233;gnance du &#034;patois&#034; et la persistance de mentalit&#233;s pr&#233;industrielles dans ses rencontres avec les travailleurs d'Avignon et de Marseille. Ceux de Toulon, au contraire, l'enchantent. Alexandre capitalise alors en un petit volume ses quelques pi&#232;ces proven&#231;ales &#233;parpill&#233;es. Curieuse intervention, qui se situe dans l'ombre du fr&#232;re dont Alexandre reprend les th&#232;mes en proven&#231;al (faute de pouvoir le faire en fran&#231;ais ?). Mais au-del&#224; de la francitude de style et d'inspiration qui sous tend son expression proven&#231;ale, le prol&#233;taire r&#233;volutionnaire chante &#224; la fois Flora Tristan, initiatrice des temps nouveaux, et la Provence mythique du Roi Ren&#233;. Il accepte avec regret la mort du patois, mais rejoint les th&#232;mes de renaissantisme exalt&#233; que le vieux l&#233;gitimiste Garcin propose au m&#234;me moment depuis Toulon. On comprend qu'Alexandre Poncy aura du mal &#224; persister dans cette entreprise &#233;cartel&#233;e, qu'il qualifiera plus tard de folie. Son exemple t&#233;moigne de la complexit&#233; de la sensibilit&#233; proven&#231;aliste. On peut le conforter de l'intervention du Toulonnais de Paris, Jean Aicard, qui &#233;crit au Bouil-Abaisso une longue lettre versifi&#233;e inspir&#233;e de la Bourrido dei Dieoux, de Germain : la premi&#232;re mise en sc&#232;ne du midi ensoleill&#233; et d&#233;risoire de Cigaliers de Paris &#233;mane donc d'un d&#233;mocrate avanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En contrepoint, l'affirmation po&#233;tique bilingue, mais de plus en plus fran&#231;aise, du jeune ouvrier-voilier de l'arsenal, Louis Pelabon, t&#233;moigne de la francisation culturelle et id&#233;ologique du plus grand nombre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution de 1848 relance les tentatives d'expression politique. Certes, les Toulonnais de Paris de la mouvance saint-simonienne, avec Louis Jourdan, avaient utilis&#233; le proven&#231;al dans leur descente sur Toulon, lors de l'&#233;lection de 1847, mais en demeurant dans un registre humoristico-politique. Diff&#233;rente est l'utilisation du proven&#231;al par le journal de la d&#233;mocratie socialiste varoise, en 1849-l850, avant que la r&#233;pression ne le brise. Le clerc de notaire hy&#233;rois Dupont, sous le pseudonyme de Cascayoun, d&#233;veloppe une entreprise r&#233;guli&#232;re et s&#233;rieuse de politisation, th&#233;orique et pratique, des masses populaires varoises.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression violente qui suit l'insurrection de 1851 contre le coup d'&#233;tat, &#233;touffe cette entreprise originale. L'expression proven&#231;ale, pour un temps, reste suspendue &#224; la plume de la po&#233;tesse L&#233;onide Constans, avant que le F&#233;librige ne regroupe les amateurs, autour d'un Thouron n&#233;anmoins fid&#232;le &#224; la graphie classique. L'&#233;chec de sa po&#233;sie fran&#231;aise pousse alors Charles Poncy vers cet engouement nouveau. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'originalit&#233; cr&#233;atrice du grand port, dans la rencontre d'une intelligentsia lib&#233;rale et d'une masse ouvri&#232;re relativement conscientis&#233;e, devait faire place &#224; une int&#233;gration aux th&#232;mes du renaissantisme organis&#233;, dans la dichotomie facile d'une Provence occidentale f&#233;minine, douce, po&#233;tique, et d'une Provence orientale rude et m&#226;le, telle que la pr&#233;sentera Louis Jourdan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/IMG/jpg/mort_qui.jpg' width=&#034;182&#034; height=&#034;277&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, (Sud-Est fran&#231;ais de langue d'Oc, zone francoproven&#231;ale de France et de Suisse)&lt;/i&gt;, MARPOC, 1991&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;crivains toulonnais d'expression proven&#231;ale. De la Pr&#233;-R&#233;volution au coup d'&#201;tat de 1851. Bulletin des Amis du Vieux Toulon, 1986</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>B&#233;renger</dc:subject>
		<dc:subject>Pelabon (&#201;tienne)</dc:subject>
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		<dc:subject>Mathieu (Benoni)</dc:subject>
		<dc:subject>Verniet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, un travail universitaire de recherche sur l'&#233;crit proven&#231;al, de la R&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique, m'a permis de mieux mesurer l'originalit&#233; d'un foyer toulonnais de cr&#233;ation proven&#231;ale, novateur &#224; bien des &#233;gards dans la n&#233;buleuse des tentatives d'&#233;criture en langue d'oc. &lt;br class='autobr' /&gt; Certes la situation de ceux qui choisissent, pour leur seul plaisir personnel ou pour l'aventure de la publication, l'&#233;criture dans &#8220;l'idiome natal&#8221;, ob&#233;it aux m&#234;mes blocages et aux m&#234;mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique13" rel="directory"&gt;Oc. Foyers d'&#233;criture&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot6" rel="tag"&gt;B&#233;renger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Pelabon (&#201;tienne)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot16" rel="tag"&gt;Pelabon (Louis)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;Thouron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Favel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot23" rel="tag"&gt;Constans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Diouloufet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Raynouard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot91" rel="tag"&gt;Jourdan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Garcin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Gourrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot117" rel="tag"&gt;Marin (Scipion)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot118" rel="tag"&gt;Layet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Mathieu (Benoni)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot120" rel="tag"&gt;Verniet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis plusieurs ann&#233;es, un travail universitaire de recherche sur l'&#233;crit proven&#231;al, de la R&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique, m'a permis de mieux mesurer l'originalit&#233; d'un foyer toulonnais de cr&#233;ation proven&#231;ale, novateur &#224; bien des &#233;gards dans la n&#233;buleuse des tentatives d'&#233;criture en langue d'oc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certes la situation de ceux qui choisissent, pour leur seul plaisir personnel ou pour l'aventure de la publication, l'&#233;criture dans &#8220;l'idiome natal&#8221;, ob&#233;it aux m&#234;mes blocages et aux m&#234;mes compenstions que leurs homologues de Marseille, d'Aix, d'Avignon ou de Digne : l'obstacle ne tient pas, comme aujourd'hui, &#224; une r&#233;duction d'usage, voire &#224; une quasi-disparition de la langue d'oc. Tous les observateurs le constatent : dans la premi&#232;re moiti&#233; du 19e si&#232;cle, non seulement le peuple parle quotidiennement, et exclusivement, proven&#231;al, mais les bourgeois, les notables, les nobles m&#234;me pratiquent couramment le parler populaire, ne serait-ce que dans les relations ordinaires, professionnelles ou domestiques, avec les paysans, les artisans, les domestiques, etc... Certes, Toulon est une ville ouverte, ville de brassage ancestral de population : le port, l'arsenal, la flotte, le bagne am&#232;nent et fixent une quantit&#233; de n&#233;o-Toulonnais, ext&#233;rieurs &#224; la r&#233;gion et ignorant la langue d'oc. Ils l'apprennent tout naturellement : l'usage g&#233;n&#233;ral du proven&#231;al est un facteur d'int&#233;gration. Ainsi la famille de Favel, dont l'&#233;norme somme manuscrite nous est mieux accessible apr&#232;s la pr&#233;sentation qu'en a faite M.Gensollen, est originaire de Tarare, dans le Lyonnais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Tararo es ma patrio, villo doou lioun&#233;s, / Aqui l'a&#239; vis lou jour per la pr&#233;mi&#233;ro f&#233;s&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1841, l'archiviste de la ville, H.Vienne, pr&#233;sente ainsi les bourgeois toulonnais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Leur bonheur est de poss&#233;der une bastide o&#249; ils passent les jours de f&#234;te &#224; manger et &#224; dormir entre leurs repas ; ils y admettent rarement les r&#233;gnicoles, qu'ils ne consid&#232;rent point encore comme des compatriotes et qu'ils d&#233;signent toujours par le surnom de Franciaux&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue de cette intimit&#233; est le proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour autant, la langue commune n'acc&#232;de gu&#232;re &#224; l'&#233;crit : c'est en fran&#231;ais que l'on apprend &#224; lire et &#224; &#233;crire, si on a la possibilit&#233; de le faire, au coll&#232;ge des Oratoriens pour les enfants de la bonne soci&#233;t&#233;, dans les &#233;coles religieuses populaires pour les autres. C'est en fran&#231;ais que l'on peut d&#233;couvrir les grandes id&#233;es de la R&#233;volution, les nouvelles de l'Empire, les ouvrages litt&#233;raires qui peuvent faire r&#234;ver les jeunes autodidactes de la g&#233;n&#233;ration romantique. &#201;crire en proven&#231;al surprend, choque m&#234;me : il n'est pas convenable d'utiliser &#224; l'&#233;crit la langue commune, et le plus grand nombre a beaucoup de mal &#224; lire les mots les plus quotidiens, d&#232;s qu'ils sont habill&#233;s des lettres r&#233;serv&#233;es au fran&#231;ais. Certes, depuis la fin du 18e si&#232;cle, dans les milieux cultiv&#233;s, on a commenc&#233; &#224; entendre parler des Troubadours, de la langue d'Oc ou langue romane, dont le proven&#231;al est la continuation. Mais cela n'est gu&#232;re suffisant pour enlever le poids des pr&#233;jug&#233;s qui p&#232;sent sur &#8220;l'idiome natal&#8221;. On peut en juger par ce qu'&#233;crit le libraire Bellue, singulier personnage, soldat de l'Empire fix&#233; &#224; Toulon, initiateur des id&#233;es lib&#233;rales avec d'autres petits notables : il pr&#233;sente le d&#233;part d'un compagnon pour son Tour de France, que ses camarades accompagnent &#224; la sortie de la ville, encore ceintur&#233;e de remparts :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Nous voyons sortir d'une guinguette nomm&#233;e les Marroniers une foule d'ouvriers faisant la conduite &#224; l'un de leurs compagnons du Devoir qui allait chercher fortune en lointain pays. Il &#233;tait &#233;chevel&#233; et dans une explosion de sensibilit&#233;, il chantait d'un ton lamentable les regrets de la s&#233;paration. Je citerai volontiers le couplet si je n'&#233;tais convaincu que la po&#233;sie du sol des Troubadours n'est plus en possession de charmer l'oreille des amateurs d'une suave po&#233;sie, et de ceux qui ne veulent plus reconna&#238;tre la langue romane dans l'idiome proven&#231;al&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux pourquoi les &#233;crivains proven&#231;aux d'alors sont si rares et pourquoi ils n'&#233;prouvent pas le besoin d'accompagner leurs textes d'une traduction qui serait bien inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre propos dans ce court article n'est pas de pr&#233;senter par le menu tous ceux qui ont tent&#233; l'aventure de l'&#233;criture proven&#231;ale dans la r&#233;gion toulonnaise. Nous renvoyons &#224; l'ouvrage exhaustif que nous en avons dress&#233; dans une publication r&#233;cente, o&#249; le lecteur amateur de textes proven&#231;aux trouvera de nombreux extraits de leurs &#339;uvres, pr&#233;sent&#233;s dans leur graphie originale, avec un accompagnement critique et historique susceptible de l'&#233;clairer.(Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise&lt;/i&gt;, GRAHIC, 1986).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous bornerons &#224; mettre en valeur, rapidement, six &#233;tapes successives de l'originalit&#233; du foyer toulonnais de cr&#233;ation proven&#231;ale, qui ouvraient &#224; l'&#233;crit dialectal des voies novatrices, avant que le rassemblement des &#233;crivains autour des F&#233;libres, apr&#232;s 1854, ne privil&#233;gie certains de ces choix et en &#233;carte d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - La tentative de Berenger : en 1785, dans une &#233;ditions de ses &lt;i&gt;Po&#233;sies&lt;/i&gt;&#8221;imprim&#233;e &#224; Londres, et en 1786 encore dans ses &lt;i&gt;Soir&#233;es proven&#231;ales&lt;/i&gt; imprim&#233;es &#224; Paris, et dont le retentissement fut national, le Toulonnais Berenger glisse une longue &#233;l&#233;gie en proven&#231;al, &#8220;Elegio coumpousado sus la mountagno de Coudoun en Prouven&#231;o&#8221;. C'est sans doute la premi&#232;re fois qu'un homme de lettres professionnel utilise le dialecte &#224; la fois dans le registre traditionnel de la chanson amoureuse et dans celui, plus novateur, d'une sensibilit&#233; pr&#233;-romantique adapt&#233;e &#224; nos paysages. Berenger joue du contraste entre la solitude d&#233;sol&#233;e des montagnes qui dominent Toulon et le superbe paysage humanis&#233; de la campagne et du port. Il recherche, dans l'utilisation sans faux pittoresque de la langue commune, une sorte de contrepoids au &#8220;bon ton&#8221; compass&#233; du fran&#231;ais officiel qu'il a pour charge d'enseigner : &#233;lev&#233; par ses oncles oratoriens &#224; Toulon, Berenger &#233;tait devenu professeur de rh&#233;torique, et oratorien lui-m&#234;me, &#224; Orl&#233;ans. Il est donc de ceux qui, plus d'un demi-si&#232;cle avant le F&#233;librige, soutiennent par l'exemple que la langue &#8220;laiss&#233;e au peuple&#8221;, comme il l'&#233;crit, peut occuper tous les registres, et pas seulement les registres &#8220;bas&#8221; de la plaisanterie, de la trivialit&#233;, ou de la romance amoureuse. Mais il est sans doute significatif que ce soit un Toulonnais de l'ext&#233;rieur qui tente l'entreprise : sur place, le poids de la p&#233;joration du proven&#231;al est trop fort. Pour Berenger, comme bient&#244;t pour tant de M&#233;ridionaux qui iront chercher carri&#232;re ailleurs, le proven&#231;al fait partie de cette nostalgie du pays r&#234;v&#233;, o&#249; l'on ne revient qu'&#224; l'occasion de vacances ensoleill&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Peu de temps apr&#232;s, dans un registre tout &#224; fait diff&#233;rent, Toulon est le lieu d'une tentative d'expression proven&#231;ale qui connut un &#233;cho extraordinaire. &#201;tienne Pelabon, machiniste au Th&#233;&#226;tre de la ville, a 44 ans en 1789. Il a d&#233;j&#224; &#233;crit de petites pi&#232;ces, des chansons, en proven&#231;al. Mais le r&#233;pertoire du th&#233;&#226;tre est pour l'essentiel un r&#233;pertoire fran&#231;ais dont le public toulonnais est grand amateur. &#192; l'occasion, on joue aussi des pi&#232;ces marseillaises de cette fin de si&#232;cle, o&#249; les r&#244;les linguistiques sont distribu&#233;s selon les situations sociales : le petit peuple parle proven&#231;al, et s'essaie &#224; &#233;corcher le fran&#231;ais que parlent les notables. L'originalit&#233; de Pelabon, qui fait repr&#233;senter en cette premi&#232;re ann&#233;e de la R&#233;volution &lt;i&gt;Lou Grouli&#233; Bel-Esprit&lt;/i&gt;, com&#233;die en deux actes et en vers proven&#231;aux, ne tient certes pas au sujet : un p&#232;re qui veut marier sa fille contre son gr&#233;, un petit artisan auquel sa promotion (syndic de la corporation) tourne la t&#234;te, deux amoureux jeunes et sympathiques, une servant r&#233;aliste et d&#233;lur&#233;e, etc... Depuis Moli&#232;re, le th&#233;&#226;tre fran&#231;ais ne cesse de proposer ce canevas familier. Mais Pelabon choisit de repr&#233;senter en normalit&#233;, c'est-&#224;-dire en proven&#231;al, sans intervention du fran&#231;ais (hormis quatre vers z&#233;zay&#233;s en mauvais fran&#231;ais par les beaux messieurs &#224; Suzeto), la vie de la rue toulonnaise. Besagne, entre le Cours et les Remparts, lui fournit mati&#232;re &#224; un r&#233;alisme de bon aloi, sans faux pittoresque proven&#231;alisant. Le ressort du comique n'est plus, comme dans les pi&#232;ces marseillaises, le contraste entre l'expression fran&#231;aise des uns et l'expression patoisante, plus ou moins p&#233;jor&#233;e, des autres. Le proven&#231;al, justifi&#233; par la r&#233;alit&#233; de l'oralit&#233;, reprend toute la place qu'il a dans la vie. Sans doute faut-il trouver ici la raison principale du succ&#232;s de la pi&#232;ce, dont les &#233;ditions ne vont pas cesser pendant la p&#233;riode de la R&#233;volution et de l'Empire. Elle est jou&#233;e partout dans le Sud-Est, et j'ai m&#234;me eu la surprise d'en d&#233;couvrir une traduction dans le parler de Grenoble !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'on ne cherche pas dans &lt;i&gt;Lou Grouli&#233;&lt;/i&gt; le moindre fr&#233;missement r&#233;volutionnaire. Pelabon n'a absolument pas anticip&#233; sur l'&#233;v&#233;nement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous le retrouverons bient&#244;t, dans les premiers affrontements civils qui d&#233;chirent Toulon, du c&#244;t&#233; des mod&#233;r&#233;s : d'ailleurs, en 1790, sa seconde pi&#232;ce, &lt;i&gt;La R&#233;union Patriotique ou Minerve &#224; Toulon&lt;/i&gt; (dont avec A.Tramoni et M.Vovelle nous avons donn&#233; une &#233;dition critique), repr&#233;sente une sorte de reniement linguistique : n'y parlent proven&#231;al que deux paysans na&#239;fs descendus du Broussan, &#224; qui les agitateurs r&#233;volutionnaires ont fait croire qu'il y avait danger aristocratique &#224; Toulon ! Pelabon reviendra au proven&#231;al en 1792 avec &lt;i&gt;Mathiou et Anno&lt;/i&gt;, dont le texte a &#233;t&#233; perdu. En 1878, Peise relevait encore &#224; Toulon le durable &#233;cho de cette pastorale amoureuse. En 1793, Pelabon a quitt&#233; Toulon pour Marseille... Ses quatre ann&#233;es de cr&#233;ation proven&#231;ale publique &#224; Toulon avaient, de fa&#231;on &#233;clatante, pos&#233; le probl&#232;me de la possibilit&#233; d'un th&#233;&#226;tre proven&#231;al rencontrant un public v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Pass&#233; le long silence de l'Empire, la Restauration s'accompagne, particuli&#232;rement &#224; Aix autour de l'ultra-royaliste exalt&#233; Diouloufet, d'une abondante publication d'&#233;crits proven&#231;aux saluant le nouveau r&#233;gime. Parmi eux, une pastorale d'hommage &#224; Louis XVIII et sign&#233;e du jeune Thouron, fils d'un juge de paix de Besse : &#224; peine revenu de Paris o&#249; il avait fait ses &#233;tudes dans la prestigieuse &#233;cole normale cr&#233;&#233;e en ce d&#233;but de si&#232;cle, le voil&#224; avocat, puis avou&#233; &#224; Toulon. Le salut &#224; Louis XVIII de Thouron ne doit pas tromper : c'est un lib&#233;ral, qui d&#233;fend en 1822 les carbonari compromis dans le complot de Toulon. Et peu apr&#232;s la fermeture de l'&#233;cole normale, foyer de lib&#233;ralisme, par le pouvoir, il signe ostensiblement &#8220;ancien elevo de l'escolo nourmalo&#8221; son second ouvrages proven&#231;al. Sujet provoquant &#233;galement que ce &lt;i&gt;Naufrage de la M&#233;duse&lt;/i&gt;. &#192; sa fa&#231;on, le jeune avou&#233; toulonnais, p&#233;tri de culture classique et de parole populaire, r&#233;concilie le r&#233;alisme de l'expression paysanne, le bucolisme virgilien et l'&#233;vasion romantique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre aspect int&#233;ressant, et novateur, de Thouron : autant il est en d&#233;saccord politique avec l'ultra Diouloufet, autant il se pose en disciple inattendu dans l'application de la graphie classique r&#233;nov&#233;e, que Raynouard a d&#233;couverte en lisant les Troubadours : le Brignolais, secr&#233;taire perp&#233;tuel de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise, l'a pratiquement impos&#233;e &#224; Diouloufet. &#192; sa suite, Thouron publie ses &#233;crits dans une graphie &#8220;occitane&#8221; : pluriels, infinitifs, participes not&#233;s par des lettres non prononc&#233;es, premi&#232;re personne du pluriel des verbes en &#8220;m&#8221; : &#8220;parlem&#8221;, etc... Il s'y tiendra, m&#234;me apr&#232;s son adh&#233;sion au F&#233;librige, tout en adoptant pour les publications patronn&#233;es par l'association la graphie de Mistral. Il faut d'ailleurs noter que ses &#339;uvres prim&#233;es par les F&#233;libres apr&#232;s 1854 sont des &#339;uvres de jeunesse sorties des tiroirs de Thouron. Une lettre de Mistral que nous publions dans notre ouvrage est tout &#224; fait significative des probl&#232;mes qu'a pu poser cette r&#233;apparition tardive de textes des ann&#233;es 1820.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - La R&#233;volution de 1830 va permettre au courant politique lib&#233;ral de s'exprimer au grand jour : une nouvelle g&#233;n&#233;ration d'auteurs proven&#231;aux appara&#238;t &#224; Toulon, avec laquelle Thouron prend ses distances. Il a accueilli avec une ironie sympathique son ami Augustin Thierry, gravement malade, qui vient se reposer &#224; Carqueiranne : c'est en proven&#231;al qu'il lui t&#233;moigne son admiration pour la nouvelle lecture de l'histoire de France, donc du Midi, qu'il a propos&#233;e. Mais Thouron ne poursuit pas son entreprise et s'en tient dor&#233;navant &#224; un usage d&#233;bonnaire et familier du proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant des auteurs plus jeunes r&#233;prennent aux pol&#233;mistes l&#233;gitimistes de &lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, publi&#233;e &#224; Marseille, l'arme occasionnelle du parler populaire. Ainsi Gourrier, employ&#233; de la nouvelle municipalit&#233;, r&#233;pond en proven&#231;al dans le journal lib&#233;ral toulonnais &lt;i&gt;L'Aviso&lt;/i&gt;, aux vers proven&#231;aux ironiques de ses ennemis politiques. Rien de bien original &#224; premi&#232;re vue : mais il convient pour appr&#233;cier la tentative de mesurer &#224; quel point le milieu politique lib&#233;ral bourgeois, au tournant des ann&#233;es 1829-1831, pose l'amalgame : patois = r&#233;action, fran&#231;ais = progr&#232;s, pour mieux saisir l'originalit&#233; de ce foyer toulonnais qui n'a comme pendant que quelques tentatives dans la r&#233;gion de Tarascon - Beaucaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gourrier va m&#234;me jusqu'&#224; faire repr&#233;senter une pi&#232;ce politique toute en proven&#231;al, &lt;i&gt;La Patrio avant tout, memo avant la Mestresso&lt;/i&gt;, o&#249; il exalte les id&#233;es lib&#233;rales et d&#233;nonce l'agitation des carlistes, les partisans du r&#233;gime renvers&#233;. Certes, ces couplets frisent souvent le ridicule dans leur enthousiasme quelque peu fabriqu&#233;. Il n'en reste pas moins que le dramaturge amateur essayait de r&#233;soudre, dans la pratique, le probl&#232;me qu'un autre Toulonnais, journaliste &#224; Paris, posait avec brutalit&#233; dans une petite brochure aujourd'hui bien oubli&#233;e : &lt;i&gt;Lettre Aux Proven&#231;aux sur leurs projets de s&#233;paration et de R&#233;publique proven&#231;ale&lt;/i&gt; (Paris, 1831) : Scipion Marin qui, tout jeune, en 1819, s'&#233;tait fait conna&#238;tre par une tentative de long po&#232;me h&#233;ro&#239;que, La Massiliade, montre aux lib&#233;raux avanc&#233;s qu'ils ne pourront vraiment gagner le peuple qu'en respectant tant sa langue que ses croyances, sa fa&#231;on de voir le monde, si diff&#233;rente de celles de l'intellectuel &#233;duqu&#233;, rationaliste ; il convient donc de cr&#233;er, si cela est encore possible, un v&#233;ritable corps de missionnaires la&#239;ques sachant s'exprimer en proven&#231;al, qui s'immergeront dans la masse populaire. Mais le Toulonnais de Paris arrive presque apr&#232;s la bataille : le nouveau r&#233;gime s'est r&#233;sign&#233; &#224; se heurter &#224; l'opposition d'une grande partie des couches populaires. L'essentiel est d'avoir gagn&#233; la confiance de la bourgeoisie, grande et petite. Les ardents lib&#233;raux des ann&#233;es 1830 doivent, pass&#233;s les premiers tumultes, se r&#233;signer au mod&#233;rantisme bourgeois. Les tentatives d'utilisation politique de la langue populaire tombent d'elles-m&#234;mes. Le peuple n'est plus &#224; gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la conscience de l'originalit&#233; profonde du peuple m&#233;ridional, fortement exprim&#233;e dans la diff&#233;rence linguistique, demeure : &#224; la Soci&#233;t&#233; acad&#233;mique de Toulon, que les lib&#233;raux ont investie apr&#232;s 1830, le m&#233;decin Layet est le chef de file d'une tendance affirm&#233;e : l'idiome natal, comme l'avait montr&#233; Berenger cinquante ans auparavant, peut couvrir bien des registres. Pourquoi ne servirait-il pas &#224; illustrer la r&#233;alit&#233; populaire, dont l'exotisme commence &#224; fasciner l'intelligentsia romantique parisienne. Certains textes de Layet, en attente de chef-d'&#339;uvre proven&#231;al p&#233;tri de r&#233;alit&#233; populaire d&#233;gag&#233;e de toute politique, annoncent l'entreprise de Mistral et Mir&#232;io, une g&#233;n&#233;ration plus tard. Mais ce ne sont pas les maigres entreprises de quelques po&#232;tes amateurs de la Soci&#233;t&#233; acad&#233;mique qui satisfairont aux v&#339;ux de Layet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 - Cependant, la d&#233;cennie 1830-1840 voit, parall&#232;lement &#224; ce bouillonnement proven&#231;aliste politico-litt&#233;raire, des entreprises d'un genre bien diff&#233;rent fleurir &#224; Toulon. Avant comme apr&#232;s la grande crise du chol&#233;ra de 1835-1836, des amateurs, reprenant les sch&#233;mas quelque peu us&#233;s dor&#233;navant de P&#233;labon ou du c&#233;l&#232;bre abb&#233; Thobert, auteur du XVIIIe si&#232;cle, donnent des pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre tout en proven&#231;al dont la seule originalit&#233;, avec le recul, est de nous fournir de bons documents sur la r&#233;alit&#233; toulonnaise d'alors et sur la r&#233;alit&#233; linguistique : ainsi de la pi&#232;ce de Benoni Mathieu, Patroun Praire, qui nous pr&#233;sente le monde des p&#234;cheurs, la rade. Ainsi de la bien maladroite mais bien int&#233;ressante pi&#232;ce de Gastinel Lou courdie maou countent, qui se situe dans une petite corderie de La Seyne. Ainsi des premi&#232;res pi&#232;ces du jeune Louis Pelabon, petit-fils d'&#201;tienne : le jeune ouvrier voilier de l'arsenal met sa plume au service de soci&#233;t&#233;s d'amateurs, dans l'imitation maladroite de l'a&#239;eul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une autre pi&#232;ce, repr&#233;sent&#233;e avec le soutien de toute l'intelligentsia toulonnaise d'alors, la liste des souscripteurs nous le montre, souligne &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t et la vanit&#233; des tentatives de ce type. Th&#233;&#226;tre dans le th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Lou Th&#233;&#226;tr&#233; de B&#233;zagno, vo l'assemblado deis Amatours&lt;/i&gt;, d'A.Verniet, met en sc&#232;ne une de ces nombreuses soci&#233;t&#233;s d'amateurs essayant de monter un drame en fran&#231;ais, mais ne s'exprimant naturellement qu'en proven&#231;al dans les p&#233;rip&#233;ties tragi-comiques des r&#233;p&#233;titions. On ne saurait mieux montrer la persistance de l'usage quotidien du proven&#231;al et la victoire culturelle d&#233;finitive du fran&#231;ais. Car ces amateurs sont des jeunes gens du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 - En 1840, l'ann&#233;e m&#234;me o&#249; la pi&#232;ce de Verniet est repr&#233;sent&#233;e (on l'a confondue avec une &#339;uvre de titre identique, mais de registre fort diff&#233;rent, la premi&#232;re entreprise de la Sinse, dans les ann&#233;es 1870), le m&#233;decin Layet pr&#233;sente &#224; la Soci&#233;t&#233; acad&#233;mique un jeune prodige, Charles Poncy, dont les vers fran&#231;ais vont tout &#224; fait dans le sens de cette int&#233;gration culturelle, d&#233;sormais irr&#233;sistible, du peuple &#224; l'expression fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie toulonnaise comme la masse ouvri&#232;re se rejoignent pour c&#233;l&#233;brer le po&#232;te ouvrier : bons sentiments, r&#233;signation moralisante, sous le patronage de G.Sand, fleurissent ainsi un peu partout en France dans la g&#233;n&#233;ration naissante des &#8220;po&#232;tes-ouvriers&#8221;. Toulon aura dor&#233;navant le sien, et des plus notoires. Sa gloire est telle qu'elle entra&#238;ne le passage au fran&#231;ais de Louis Pelabon, qui t&#226;tait de la po&#233;sie dialectale dans la presse proven&#231;aliste naissante, &lt;i&gt;Lou Bouillabaisso&lt;/i&gt; du Marseillais Desanat par exemple : il signe d&#233;sormais &#8220;ouvrier-voilier&#8221; une po&#233;sie bien insipide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 - Mais la derni&#232;re originalit&#233; du foyer toulonnais de cr&#233;ation est alors de voir na&#238;tre un premier essai d'utilisation autonome, v&#233;ritablement ouvri&#232;re, de la langue du peuple : le jeune fr&#232;re de Poncy, Alexandre, ma&#231;on comme lui, militant actif du premier cercle politique ouvrier de Toulon, accueille Flora Tristan lors de son voyage d'&#233;vang&#233;lisation politique en 1844, juste avant la premi&#232;re grande gr&#232;ve de l'Arsenal, et lui consacre une po&#233;sie proven&#231;ale apr&#232;s sa mort. mais Poncy cadet est aussi, tout autant que le vieux royaliste Garcin, dont nous avons publi&#233; quelques pages tout &#224; fait inconnues et significatives de &lt;i&gt;La Roubinsouno prouven&#231;alo&lt;/i&gt;, chantre de la Provence &#233;ternelle et du Roi Ren&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution de 1848 donnera &#224; ces tentatives d'expression novatrices un &#233;lan nouveau. Certes, les Toulonnais de Paris, dans la mouvance saint-simonienne, notamment avec Louis Jourdan, n'avaient pas h&#233;sit&#233; &#224; utiliser le proven&#231;al dans leurs descenes occasionnelles sur Toulon : ainsi de la pol&#233;mique d&#233;clench&#233;e par Jourdan lors de l'&#233;lection de 1847. Mais on restait ici dans le registre humoristic-politique. Tout autre est l'utilisation syst&#233;matique du proven&#231;al dans le journal de la d&#233;mocratie socialiste varoise en 1849 : avant que la r&#233;pression ne le brise, le clerc de notaire hy&#233;rois Dupont, sous le pseudonyme de cascayoun, s'y livre &#224; une entreprise r&#233;guli&#232;re et s&#233;rieuse de politisation, th&#233;orique et pratique, des masses r&#233;publicaines varoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression violente qui suit le coup d'&#233;tat de 1851 &#233;touffera pour longtemps cette entreprise originale. L'expression proven&#231;ale, pour un temps, reste suspendue &#224; la plume de la po&#233;tesse L&#233;onide Constans, de la Valette, avant que la cr&#233;ation du F&#233;librige, en 1854, ne vienne regrouper les amateurs dispers&#233;s, rejoints par un Charles Poncy que l'&#233;chec de sa po&#233;sie fran&#231;aise pousse alors vers un engouement nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci est une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons insist&#233; ici que sur les traits originauax de la cr&#233;ation toulonnaise. (Il va de soi que bien d'autres aspects de cette cr&#233;ation peuvent se retrouver ailleurs. Ainsi du genre h&#233;ro&#239;-comique illustr&#233; par Favel, dans le droit fil des parodies savoureuses des si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents). Cette originalit&#233; toulonnaise, au regard des tendances souvent diff&#233;rentes affirm&#233;es ailleurs, ne sont pas sans rapport avec l'originalit&#233; m&#234;me du grand port, la pr&#233;sence d'une intelligentsia lib&#233;rale et d'une masse ouvri&#232;re, un brassage de population affirm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs que nous avons pr&#233;sent&#233;s sont certes, selon l'expression de Philippe Gardy, bien plus des &#8220;&#233;crivants&#8221; que des &#233;crivains. Nous ne pr&#233;tendons pas exhumer des chefs d'&#339;uvre inconnus, encore moins affirmer l'existence d'une litt&#233;rature varoise dont le cadre m&#234;me nous appara&#238;t bien artificiel : ainsi un grand cr&#233;ateur comme le Tourvain d'Astros ne peut se comprendre que dans son rapport au foyer de cr&#233;ation aixois. Nous avons simplement voulu souligner un aspect m&#233;connu de l'histoire de notre ville et des localit&#233;s proches, en souhaitant que les textes pr&#233;sent&#233;s dans notre ouvrage puissent procurer du plaisir aux amateurs de langue d'oc et de l'int&#233;r&#234;t aux amateurs d'histoire locale, et d'Histoire tout simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise 3. La Restauration</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise, de la pr&#233;-R&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique, GRAICHS, 1986, 222 p. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite de : Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise 2. R&#233;volution, Empire &lt;br class='autobr' /&gt; 3 - La Restauration (1814-1830) &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le silence de l'Empire, la Restauration est marqu&#233;e dans toute la Provence par une vigoureuse reprise de l'&#233;crit proven&#231;al, dont nous avons pr&#233;sent&#233; quelques aspects dans Amiras / Les Fous de la Langue, 1986, et d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique32" rel="directory"&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise, de la pr&#233;-r&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot17" rel="tag"&gt;Thouron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot18" rel="tag"&gt;Favel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Mistral&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Raynouard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Toulon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot355" rel="tag"&gt;Denis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot357" rel="tag"&gt;Letuaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot358" rel="tag"&gt;Bellue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot359" rel="tag"&gt;Ollioules&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot360" rel="tag"&gt;Terrin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot361" rel="tag"&gt;Molinary&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot362" rel="tag"&gt;Molinari&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise, de la pr&#233;-R&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique&lt;/i&gt;, GRAICHS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe de recherche action sur l'identit&#233; des habitants de la Seyne sur mer&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, 1986, 222 p.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite de : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article277' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise 2. R&#233;volution, Empire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - La Restauration (1814-1830)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L186xH270/inventaire_toulon-3-95f27.jpg?1792571954' width='186' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le silence de l'Empire, la Restauration est marqu&#233;e dans toute la Provence par une vigoureuse reprise de l'&#233;crit proven&#231;al, dont nous avons pr&#233;sent&#233; quelques aspects dans &lt;i&gt;Amiras / Les Fous de la Langue&lt;/i&gt;, 1986, et d'autres publications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le foyer toulonnais offre, &#224; l'&#233;gard des foyers marseillais, vauclusiens et aixois, des aspects tr&#232;s originaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Le retour des Bourbons&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que nombre de Proven&#231;aux ont salu&#233; dans le retour des&lt;br class='autobr' /&gt;
Bourbons bien plus le retour de la paix, la fin de la conscription meurtri&#232;re, les perspectives d'un renouveau du commerce &#233;touff&#233; par le blocus continental, la suppression des &#8220; droits r&#233;unis &#8221;, que le retour &#224; un ancien r&#233;gime dont leurs p&#232;res les avaient d&#233;barrass&#233;s. Il reste que le &#8220; Midi blanc &#8221; chante souvent sa joie en dialecte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toulon est plus r&#233;serv&#233;. Trois t&#233;moignages nous permettent de mieux cerner son salut ambigu, o&#249; l'&#233;crit proven&#231;al, timidement, fait ses premi&#232;res armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Letuaire d'abord. Dans ses &lt;i&gt;Souvenirs&lt;/i&gt;, (publi&#233;s partiellement en 1910 par L. Henseling ; le manuscrit est au mus&#233;e du Vieux Toulon), le grand artiste toulonnais est t&#233;moin oculaire, et m&#233;prisant, des festivit&#233;s royalistes. N&#233; en 1798 dans une famille modeste attach&#233;e au souvenir de la R&#233;volution, d&#233;vou&#233;e &#224; l'Empire, le jeune dessinateur vit de la vente de ses premi&#232;res oeuvres avant d'entrer, en 1823, au coll&#232;ge de Toulon comme professeur de dessin. Loin de voir dans les chants proven&#231;aux &#8220; spontan&#233;s &#8221; des Toulonnais l'expression sinc&#232;re de l'opinion publique, il les pr&#233;sente comme mis en sc&#232;ne par la fraction conservatrice de la bonne soci&#233;t&#233;. De petits groupes de royalistes, notables et fonctionnaires de la marine, chantent : &#8220; Leis carigna&#239;res r&#233;vendran, / Le&#239;s fillos si maridaran, / Le&#239;s maris li faran creida / All&#233;luia ! Alle&#233;luia ! &#8221;. (Il s'agit d'une chanson, assez r&#233;pandue alors, &#233;crite par Diouloufet, sous-biblioth&#233;caire de la M&#233;janes d'Aix, et ardent propagandiste ultra-royaliste en proven&#231;al. Comme souvent, les soi-disant compositions &#8220; populaires &#8221; sont le fait de lettr&#233;s.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Letuaire ajoute, &#224; propos des vers de l'ancien &#233;migr&#233; : &#8220; Comme on le voit par ce petit &#233;chantillon, c'&#233;tait assez niais, c'&#233;tait stupide. On chantait aussi &#224; cette &#233;poque d'autres morceaux de m&#234;me valeur et qui &#233;manaient de Marseille ou d'Avignon, contr&#233;es qui &#233;taient royalistes... A propos de l'Aigle, on entendait &#8220; Paouro gallino ! n'en faras plus g&#233;s d'uous ! / Le&#239; royalistos T'an cordura loo cuou ! &#8221; C'&#233;tait chose tr&#232;s propre, et nos belles dames ne d&#233;daignaient pas de se m&#234;ler &#224; de tels refrains. Je parle de celles qui se disaient royalistes. Tout cela &#233;gayait la masse du peuple et c'&#233;tait &#224; qui apporterait son contingent... Un autre &#233;tait : &#8220; Em&#233; d'uous faren d'ooumelettos / Fariroun rira fara riretto / Fari roun rira &#8221;, venait ensuite le fameux refrain : &#8220; eh tra la ra ra, eh tra la ra ra, eh tra la ra ra ra ra ra &#8221; (Ms. Vieux Toulon).&lt;br class='autobr' /&gt;
(Bel exemple de continuit&#233; dans la mutation politique, les r&#233;publicains de 1870 chanteront &#224; la chute de Napoleon III : &#8220; Adiou paure Aiglo, faras plus jamai d'uous. La Republiquo t'a cordura lou cuou ! &#8221;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proven&#231;al, langue des &#233;motions populaires, ne passe pas le cap de l'&#233;crit. A lire Favel, dont nous pr&#233;sentons plus loin le Grand &#338;uvre, tout Toulon est royaliste en 1816 pour accueillir la princesse de Naples, qui arrive en France pour &#233;pouser le fils du Roi, le Due de Berry. Il est vrai que l'ancien ma&#238;tre de dessin des Gardes de la Marine, (Toulon, 1750-1830 selon les recherches de MM. Gensollen/ Zatzepine), manifeste souvent, dans son long manuscrit in&#233;dit, ses opinions l&#233;gitimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La princesso de Naple, qu'es fillo deau Regen&lt;br class='autobr' /&gt;
Espouso un fiou de Fran&#231;o, prince que li counven,&lt;br class='autobr' /&gt;
Es lou duc de Berri, prince dei plus aimable,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et rampli de vertu, lou pareou es sourtable,&lt;br class='autobr' /&gt;
Es lou propre nebou de Louis dex hue&lt;br class='autobr' /&gt;
Que despuei quauquei temps, es rintra din sei dret,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ven de chez l'estrangi&#233;, mounte avi&#233; un azillo&lt;br class='autobr' /&gt;
Apres lei grand malheur de sa tristo famillo&lt;br class='autobr' /&gt;
E aro si marido, per fa de Regitoun&lt;br class='autobr' /&gt;
E pousquet repara la perto dei Bourboun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aquo si deou leou faire, la Princesso de Naple&lt;br class='autobr' /&gt;
Es deia a Marsillo, mounte la grand spectacle&lt;br class='autobr' /&gt;
Car li dounoun de festo, de toutei lei saloun&lt;br class='autobr' /&gt;
Per li prouva sa joio, lou pople a l'unissoun &lt;br class='autobr' /&gt;
Couroun, cridoun, si poussoun, affin de la mies veire &lt;br class='autobr' /&gt;
E si fa un charoa, que vous pourrias pas creire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis qu'a la recebre, soun toutei affera, &lt;br class='autobr' /&gt;
You aquello nouvello, la veau leou troumpeta &lt;br class='autobr' /&gt;
Per que sachoun per tout, uno tallo allian&#231;o &lt;br class='autobr' /&gt;
Que sara ben segur, lou bounhur de la Fran&#231;o.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Chant XXI, tome 8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le salut aux Bourbons sans doute le plus int&#233;ressant est sans doute celui que publie alors le jeune Thouron. Thouron, Vietor Quinctius, n&#233; en 1794, est le fils du juge de paix de Besse, qui sera son premier pr&#233;cepteur, (l'instruction publique est d&#233;faillante). Un passage au coll&#232;ge de Toulon, puis au r&#233;put&#233; coll&#232;ge de Lenche &#224; Marseille, o&#249; il est remarqu&#233; par Amp&#232;re, en tourn&#233;e d'inspection : on le choisit pour la premi&#232;re promotion de l'Ecole Normale de Paris, que l'Empereur veut p&#233;pini&#232;re de ses &#233;lites : de 1812 &#224; 1814, Thouron y c&#244;toie de futurs grands intellectuels, Augustin Thierry par exemple, dont il demeurera l'ami. Il prolonge son s&#233;jour parisien d'&#233;tudes de droit, puis, malgr&#233; les perspectives qui s'offrent dans la capitale, il &#8220;redescend &#8221; &#224; Toulon, o&#249; il est avocat en 1821.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_434 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/IMG/png/thouron_conscrit.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L500xH990/thouron_conscrit-b7b9c.png?1792571954' width='500' height='990' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou Counscri de 1815, Eglogo prouven&#231;alo, A l'ooucasien doou retour doou Rei Louis XVIII, per V. Thouron&lt;/i&gt;, est publi&#233; &#224; Paris, chez Setier, tr&#232;s probablement pendant le s&#233;jour parisien de l'auteur. Nous ne connaissons de cette pi&#232;ce qu'un exemplaire &#224; la Biblioth&#232;que Nationale, un &#224; celle de Montpellier. Les rares commentateurs de Thouron ne la signalent pas. Le fonds toulonnais ne la poss&#232;de pas, alors que son &#233;dition de 1824, quelque peu modifi&#233;e (voir plus loin) est abondante sur la place de Toulon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre et Noure dialoguent.&lt;br class='autobr' /&gt;
P - Estendu coumo sies souto d'aquellei touscos, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que pantailles de beou en ti couchan lei mouschos ?&lt;br class='autobr' /&gt; Juegui que quand fourri&#233; vira quaouque moutoun &lt;br class='autobr' /&gt;
Ti sierves de toun frascou et noun pas doou bastoun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai doou temps que de l'oumbro escoutes lei cigaro,&lt;br class='autobr' /&gt; As pas poou que l'av&#233; ti lasse quaouquo taro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. - Boun jour ti si&#233; donna, Pierre, n'ai pas lou temps &lt;br class='autobr' /&gt;
De garda moun av&#233;, quand siou tant maou counten ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Despiei dons vo tres jours siou plus bouon &#224; ren faire ;&lt;br class='autobr' /&gt; M'es arriva un malheur, ti countarai l'affaire : &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai tu, digo-mi un paon, Pierre, coumo ti va ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dins aquestou pays couro sies arriva ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Oouriou jamai cresu qu'a la fin de l'annado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ti veiriou, coumo sies, de retour de l'armado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toco aqui moun ami, asseto-ti eme iou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ti faou moun coumpliment de ti trouva enca viou. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord que s'es sachu qu'aviam la pax signado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mi siou douta que leou, veiriou toun arrivado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Conto-mi coumo foou, tout ceque s'es passa,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand aouras fini mi veiras Coumen&#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Nai dich une bono part enco de Mariano, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai per va tout counta mi fourrie doui semano. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fouguet de Draguignan que toutei parteriam ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu soou quand de pays naoutr&#233; traversariam ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceque changeo d'abord soun lei couisfo dei fremo ; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'y a de ville que soun longue coumo. caremo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lei noums m'an escapat, m'en souven plus d'un mot. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dins aquellei pays soun toutei franciot, &lt;br class='autobr' /&gt;
Lei bourgeois, lei paysans, l'enfant coumo leu pero, &lt;br class='autobr' /&gt;
Parloun toutei frances coumo moussu leu mero, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et leu darnier varlet, v'aougi m&#234;me assura, &lt;br class='autobr' /&gt;
Parlari&#233; mies frances que moussu lou cura. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eriam de Prouven&#231;aou ooumen une dougeno, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et per noun faire entendre aviam ben proun de peno. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai tout aco d'aqui n'en serie ren agu, &lt;br class='autobr' /&gt;
Se si battre tant leou n'aguesso pas fougu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand vigueri lei Russe et tout leu noumbre qu'eroun &lt;br class='autobr' /&gt;
Va ti cacharai pas, lei tripos mi bouilleroun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai quand fouguet tira tireri coumo foou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et renque d'avant ieu n'en toumbet tres oou soou. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nouostro cavalarie lei mettet en derouto. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai paou de temps apr&#232;s fouguet changea de route. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et toutei lei sourda que l'eriam pas resta, &lt;br class='autobr' /&gt;
Doou cousta de Paris noun feroun remounta. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si ves ren de plus beou que ceque li vegueri&lt;br class='autobr' /&gt;
leu m'eri figura, (leu bel animaou qu'eri &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#224; Paris moun pays semblavo oournen ooutan, &lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo un pichoun cadeou ressemblo &#224; n un gros eau, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai ooutan qu'un nougui&#233; surpasse lei ginesto,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ooutan sur moun pays Paris levo sa teste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N - Puisqu'er&#233;, &#224; Paris et qu'aro sies eici,&lt;br class='autobr' /&gt;
As doun vis nouostr&#233; rei e nouostrei prince ooussi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. - Ah ! segur leis ai vis et despiei ma neissen&#231;o, &lt;br class='autobr' /&gt;
Cresi pas d'ave agu tant de rejouissen&#231;o. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lou Rei quand noun veguet tant de jouine counscri,&lt;br class='autobr' /&gt;
Noun diguet : &#8220; Retournez dedans votre pai, &lt;br class='autobr' /&gt;
Sabi vouostrei rnalhurs et counouissi vos peines ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Anas, courue faias cultiver vos domaines, &lt;br class='autobr' /&gt;
Anas, mei bouis enfans, reprenez vos travaux, &lt;br class='autobr' /&gt;
La pax vous fara ave de plus nombreux troupeaux. &#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jugeo un paou que plesir fet aquello santan&#231;o ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Oooublidarai jamai sei trais ni sa prestan&#231;o &lt;br class='autobr' /&gt;
Vo de moun souvenir sei traits s'effa&#231;aran &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand un ai voulara, vo lei gaou pissaran.&lt;br class='autobr' /&gt; D'abord qu'aguet fini soungeri &#224; Mariano, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'anavi embrassa dins douos-vo-tres semano. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ai visto enca ooujourd'huei et si maridaren, &lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo pouodes pensar, lou plus leou que pourren.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N - Tanmies, Pierre, tanmies, sies hurous &#224; l'armado,&lt;br class='autobr' /&gt;
Etva sies enca eici puisqu&#233; l'as retrouvado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai sies pas leu soulet que siegues amoureux. &lt;br class='autobr' /&gt;
leu va sien coumo tu senso estre tan huroux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mi souveni que quand Margarido m'eimavo, &lt;br class='autobr' /&gt;
Toujour din soun jardin sa maire noun trouvavo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un beou jour mi dounet un coou de coudoun vert, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et s'ane escoundre apr&#232;s darnier d'un arnavert. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai pousqueri la veire, et ben que s'escoundesse, &lt;br class='autobr' /&gt;
Desiravo pas men que moun hueil la veguesso. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mi parlavo a l'oeureillo en mi fen lei heuils dou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et mi disi&#233; souven que m'eimarie toujou. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pertout mount'eri iou, desiravo de l'estre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et moun chin la seguie coumo seguie soun mestre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aqueou beou temps es plus la vegueri avanthier, &lt;br class='autobr' /&gt;
Assetado eme Jean souto d'un Oourevier &lt;br class='autobr' /&gt;
lou va l'ai reproucha coumo va pouodes creire,&lt;br class='autobr' /&gt;
Despiei aqueou moument ello mi voou plus veire, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand li vaou parlar mi respouonde toujou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que mi voou pa espousa perceque siou jalon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Despiei que m'aime plus mei agnelets p&#226;tissoun, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mei fedos an plus de lach, mei cabros s'emnaigrissoun, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ion, taou que mi v&#233;es, si mi ravis soun couor, &lt;br class='autobr' /&gt;
Per fini moun malhur, mi resto que la mouer. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. - Noure, siegues counten, vaou dire a Margarido &lt;br class='autobr' /&gt;
De cessar per toujour de faire la marrido. &lt;br class='autobr' /&gt;
Agues counfian&#231;o en iou et ti chagrines pas, &lt;br class='autobr' /&gt;
L'y parlarai per tu, ly vaou d'aquestou pas : &lt;br class='autobr' /&gt;
Ello t'eimo bessai, mai que tu l'as eimado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et de faire la pax segur sera charmado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deman vo apr&#232;s deman la ti farai veni ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors v'embrassares et tout sera fini. &lt;br class='autobr' /&gt;
Farem lou m&#234;me jour nouostre double mariage &lt;br class='autobr' /&gt;
Et toutei dons oou coou intraren en meinage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mangearem se va vouos lei nouo&#231;o oou m&#234;me oustaou &lt;br class='autobr' /&gt;
Et lou veire &#224; la men per doubla nouostro gaou &lt;br class='autobr' /&gt;
Celebrarem ensem dins dins la m&#234;mo journado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Lou retour d'un bouon Rei, et ma propro arrivado. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai, Noure, s'anuechan, vai counta tei moutoun, &lt;br class='autobr' /&gt;
Despiei que siou eici s'es fach soureou tremoun ; &lt;br class='autobr' /&gt;
S'einanarem ensem, passem d'aquestou caire ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si direm en camin tout ce qu'avem &#224; faire. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou Counscri&lt;/i&gt; a toutes les maladresses du morceau d'&#233;cole, de la pi&#232;ce de jeunesse. Les deux th&#232;mes (l'imitation de Virgile, l'&#233;cho des &#233;v&#233;nements de l'ann&#233;e 1815) s'y juxtaposent plut&#244;t qu'ils ne s'y rencontrent, et le r&#233;cit de Pierre ne semble gu&#232;re soulever la r&#233;flexion ou l'int&#233;r&#234;t de Noure. Aussi les commentateurs ont pr&#233;f&#233;r&#233; oublier le salut aux Bourbons, consid&#233;r&#233; comme politesse de circonstance, pour mettre en avant l'imitation de Virgile : dans sa th&#232;se ma&#238;tresse de 1917, &lt;i&gt;La Renaissance proven&#231;ale&lt;/i&gt;, Ripert y verra la voie trac&#233;e &#224; la &#8220; vraie &#8221; po&#233;sie proven&#231;ale qui unit, dans l'&#233;vocation d'un m&#234;me paysage, d'un m&#234;me monde rural, l'h&#233;ritage gr&#233;co-romain et la noblesse d'une langue paysanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les bergers de Thouron sont vraiment ceux de Besse : &#8220; Ils ne sont point form&#233;s sur le brillant mod&#232;le / De ces pasteurs galans qu'a chant&#233;s Fontenelle &#8221;, dit-il en exergue, citant Voltaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, au-del&#224; du plaisir d'&#233;cole qu'est la traduction de Virgile, dans sa propre langue devenue exotique &#224; Paris, &lt;i&gt;Lou Counscri&lt;/i&gt; dit le plaisir-nostalgie du jeune &#233;tudiant : la mont&#233;e initiatique du conscrit, qui a son &#226;ge ou peu s'en faut, r&#233;v&#232;le un fran&#231;ais qui n'est plus seulement la langue acquise des notables, mais la langue commune &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations et &#224; toutes les classes. R&#233;v&#233;lation v&#233;cue qui est sans doute accompagn&#233;e de sa &#8220; proven&#231;alit&#233; &#8221; pour le jeune &#8220; exil&#233; &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la mise en place, dans le d&#233;/paysement, d'une diff&#233;rence ethnique (au premier chef linguistique) dont on n'a pas conscience au pays, ne signifie en rien une distance prise avec le patriotisme fran&#231;ais. Au contraire. Le salut au Roi, &#233;trange salut en v&#233;rit&#233; si on le compare au ton g&#233;n&#233;ral des pi&#232;ces d'&#233;poque, est en quelque sorte un salut &#224; la France que le conscrit d&#233;couvre en la d&#233;fendant. Le concrit de 1815 est celui des Cent Jours, il combat pour Napol&#233;on revenu de 1'lle d'Elbe, contre les Bourbons r&#233;fugi&#233;s &#224; Gand apr&#232;s avoir r&#233;gn&#233; une ann&#233;e sur la France. Son drapeau est le drapeau tricolore, celui de la R&#233;volution, et non le drapeau blanc. Il affronte les Russes, symboles de la tyrannie absolutiste, et se r&#233;jouit de leurs premi&#232;res d&#233;faites. On se demande d'ailleurs par quel tour de passepasse le conscrit se retrouve &#224; Paris saluant un Roi dont il ne disait rien quand il combattait ses amis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce salut aux Bourbons ne renie donc rien du proche pass&#233; imp&#233;rial. On comparera par exemple aux pi&#232;ces de Diouloufet, le po&#232;te ultra d'Aix, qui applaudit les troupes &#233;trang&#232;res et insulte l'Empereur, sur les airs traditionnels des no&#235;ls proven&#231;aux. Seule la spontan&#233;it&#233; na&#239;ve des deux jeunes paysans permet de faire passer ce traitement de l'&#233;v&#233;nement &#224; un moment o&#249; les ultra-royalistes tiennent le haut du pav&#233;. La sensibilit&#233; du jeune &#233;tudiant parisien n'est donc gu&#232;re en conformit&#233; avec la vision que l'on peut avoir de la Provence d'alors. Saris doute rejoint-elle celle d'une partie de l'intelligentsia toulonnaise, bonapartiste et lib&#233;rale. Et peut-&#234;tre, confus&#233;ment, d'un senti paysan qui, pour applaudir &#224; la paix, ne reniait pas tout de l'Empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces quelques pages faussement na&#239;ves esquissent &#224; diff&#233;rents &#233;gards une probl&#233;matique de l'&#233;crit proven&#231;al dans la dialectique Paris-province, France-Provence. Par exemple, la r&#233;cup&#233;ration de l'oralit&#233; populaire (dans la graphie comme dans le ton : cigaro pour cigalo, etc.) s'accompagne d'un traitement graphique inattendu. Thouron adopte d&#233;j&#224; quelques-unes des solutions que Raynouard r&#233;v&#232;le en 1816 en commen&#231;ant ses publications de textes occitans du moyen-&#226;ge : sans ma&#238;triser encore totalement l'entreprise, Thouron note les s des pluriels, les r des infinitifs, les t des participes, etc., qui ne sont pas prononc&#233;s. Et sans crainte de d&#233;sar&#231;onner ses &#233;ventuels lecteurs toulonnais, il r&#233;tablit le m de la premi&#232;re personne des pluriels : &#8220; parleur &#8221;. La conscience de dignit&#233; graphique n'est pas autochtone, m&#234;me si elle vient de m&#233;ridionaux comme Raynouard et Thouron. Elle &#8220; descend &#8221; de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux hommes se connaissaient. Le Brignolais Raynouard, ancien avocat, d&#233;put&#233; du Var, auteur th&#233;&#226;tral connu, &#233;tait secr&#233;taire perp&#233;tuel de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise et recevait volontiers &#224; Paris ses jeunes compatriotes. Je rel&#232;ve dans la correspondance de Thouron (Bibl. Toulon) cette lettre de Raynouard &#224; Thouron, apr&#232;s son retour &#224; Toulon : &#8220; Voire &#233;loignement / ... / n'affaiblira jamais les sentiments dont j'ai eu l'occasion de vous donner des preuves &#8221;, (28 d&#233;cembre 1820).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. L'entreprise litt&#233;raire : Favel.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication de Thouron pointait la possibilit&#233; inattendue d'une litt&#233;rature. Aucune pi&#232;ce de ce registre n'&#233;tait parue en Provence depuis bien avant la R&#233;volution. Et en 1819 une r&#233;&#233;dition marseillaise (Masvert) des &lt;i&gt;Soir&#233;es Proven&#231;ales&lt;/i&gt; du vieux Berenger, inspecteur d'acad&#233;mie &#224; Lyon, est tir&#233;e &#224; 4.000 exemplaires, chiffre consid&#233;rable pour l'&#233;poque. &#8220; On imprime dans ce moment, &#224; Marseille, une nouvelle &#233;dition des Soir&#233;es Proven&#231;ales, ouvrage de M. Berenger, le doyen de nos Troubadours ; les lettres qui composent ce recueil datent des ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent la R&#233;volution. Elles se rapportent, par cons&#233;quent, &#224; une &#233;poque encore paisible, o&#249; l'apparition d'un ouvrage de litt&#233;rature &#233;tait un &#233;v&#233;nement de quelque importance &#8221; &#233;crit m&#233;lancoliquement la tr&#232;s sage &lt;i&gt;Ruche Proven&#231;ale&lt;/i&gt;. Il est vrai que si le parfum &#8220; retro &#8221; de l'ouvrage flatte le patriotisme proven&#231;al d'un vaste publie, ce publie n'est certainement pas jeune. Il n'en reste pas moins que la pi&#232;ce proven&#231;ale de 1786 propose en 1819 &#224; un publie d'une importance jamais &#233;gal&#233;e un registre po&#233;tique original. Curieusement, cette po&#233;sie de l'exil et du souvenir, o&#249; le paysage prend le pas sur le sentiment appara&#238;t tout &#224; fait au go&#251;t du romantisme naissant : elle renvoie. plus que les innombrables imitations de Lamartine qui fleurissent apr&#232;s les &lt;i&gt;M&#233;ditations po&#233;tiques&lt;/i&gt; de 1820, &#224; un sentiment bp&#233;cifique de la nature que les peintres toulonnais exprimeront fortement dans les ann&#233;es &#224; venir. Mais Berenger comme Thouron sont alors en porte &#224; faux : Diouloufet, le po&#232;te ultra, publie en 1819 un long po&#232;me didactique, &lt;i&gt;Leis Magnans&lt;/i&gt;, o&#249; il glorifie la Provence &#233;ternelle, le Roi Ren&#233; et les Troubadours, tout en mettant efficacement au service de son patriotisme proven&#231;al &#8220; l'&#233;nergie et la na&#239;vet&#233; de l'idiome natal &#8221;. Le propos des Toulonnais est autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, il y a ceux pour lesquels la langue d'Oc n'est qu'une commensale famili&#232;re, mais importante. Ecrire en proven&#231;al ne peut d&#233;boucher sur la publication, et ne peut que s'inscrire dans une marge sans perspectives.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, l'entreprise de Favel est &#233;clairante : la Biblioth&#232;que municipale de Toulon conserve deux manuscrits de &lt;i&gt;L'Eigouti&#233;&lt;/i&gt;, provenant des papiers de Thouron. Le premier, sans doute de la main de l'auteur, s'intitule majestueusement &lt;i&gt;L'Eigouti&#233;, vo la Toulounado, Po&#235;mo Prouven&#231;eau en XXV chant, per A&#176; Fl. l'homero de Prouven&#231;o&lt;/i&gt;. (Ms. 115).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa graphie, tr&#232;s localiste et archa&#239;que, essaie de noter au plus pr&#232;s la prononciation toulonnaise, en ignorant les normes &#233;rudites du dictionnaire d'Achard. Un second manuscrit, d'une &#233;criture diff&#233;rente, aligne cette graphie sur les normes communes en ce d&#233;but de si&#232;cle et &#233;mousse quelque peu la truculence du texte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Connu des &#233;rudits toulonnais, mais in&#233;dit jusqu'&#224; sa pr&#233;sentation en graphie mistralienne par M. Gensollen (&lt;i&gt;Bulletin de l'Association Varoise des Enseignants de Proven&#231;al&lt;/i&gt;, 1980 sq.), &lt;i&gt;L'Eigouti&#233;&lt;/i&gt; t&#233;moigne d'une passion proven&#231;aliste d&#233;voreuse de temps, axe d'une vie. Cette parodie burlesque et mythologique, dans le registre familier aux deux si&#232;cles pr&#233;c&#233;dents, montre que le proven&#231;al pouvait repr&#233;senter pour un amateur inconnu un moyen privil&#233;gi&#233; de divertissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Favel, ma&#238;tre de dessin des Gardes de la Marine, serait n&#233; en 1750 et mort vers 1830 (cf. A.V.E.P., op. cit&#233;). C'est un homme du XVIII' : la geste de l'Eygouti&#233;, dieu du cours d'eau intermittent de l'Est de Toulon, ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec De la Gatini&#232;re, le Commandant du bagne qui ose barrer son lit, l'intervention des Dieux, etc., pour n'avoir pas la saveur des parodies marseillaises du XVIlle si&#232;cle, ou de celle du Ni&#231;ois Rancher en 1823, se laissent cependant lire avec plaisir. En vieil &#233;colier fac&#233;tieux, Favel transgresse sans risques l'exercice et la langue des &#233;coles. Son entreprise ne vaut qu'en contrepoint du fran&#231;ais, comme l'Eigouti&#233;, dieu du fleuve &#233;pisodique, ne vaut qu'en contrepoint des vraies divinit&#233;s. Pointe extr&#234;me du localisme dans une forme culturellement consacr&#233;e. Par sa langue, dont il note fid&#232;lement les articulations locales et les francismes, par son indiff&#233;rence graphique aux normes &#233;rudites, &#8220; l'Homero de Prouven&#231;o &#8221; refl&#232;te sans doute une r&#233;alit&#233; culturelle locale plus qu'il n'implique un souci renaissantiste. Sa formation, ses go&#251;ts, ses id&#233;es et ses opinions datent d'avant 1789. Sans doute, en plus de l'&#233;normit&#233; du volume &#224; imprimer, et de son co&#251;t, faut-il voir l&#224; une des raisons de la non-publication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bel exemple d'int&#233;gration culturelle au proven&#231;al : l'auteur explique que son p&#232;re est venu s'&#233;tablir &#224; Toulon depuis Tarare, dans le Lyonnais, dont il &#233;tait originaire. Favel est donc un Proven&#231;al de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, ce qui ne l'emp&#234;che pas de r&#233;diger 25 chants dans &#8220; l'idiome natal &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons cette pr&#233;sentation du fleuve au chant premier (ler manuscrit)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Em&#233; que majesta dever la mar s'avan&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmounto puei lei bord toumbo em&#233; arrougan&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Din lei ben d'alentour, souven li la de meau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma&#239; cou n'espragno ren aquo l'es tout egeau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rollo soun aigo espesso roujo plenno de terro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et semblo qu'a Neptuno eou va pourta la guerro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toumbo puei en cascado, em&#233; un teau fracas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand trobo uno resclauvo vo quauquei gros roucas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que n'en sias affraya, tant soun bruei es terrible,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aiguo escurno reboundo es quauquaren d'horrible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En roullan en coulan tantot rapidamen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cournmo lou vol de l'aiglo et tante lantamen&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parcoure peau a peau soun immanso carriero&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Senso perdre soun noum coummo fan lei ribiero&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on peau l'apella fleuvo et va merito ben&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu va disputari&#233; seri&#233; qu'un ignouren&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intro puei din la mar per sa largo embouchuro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surmounto lei obtacle qu'auposo la naturo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lei tas d'auguo lei peiro Ren lou peau arresta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que trobo aqui, es ben leou escarta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mello soun aigo dou&#231;o em&#233; l'aigo sarado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lou ves rouseja la mita de la Rado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui ce ques l'hiver lou famous Eigouti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai l'estiou deven sec coummo un beniti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ques chez un libertin en modo de parado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lei sourco dispareissoun et soun ben leau secado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Resto de tout aquo que quauquei lagaro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mounte apenno purias vous bagna lou faro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceque la de plus meau es que l'aigo croupide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentre puei la poueisoun tant l'audour n'es marrido&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joueines li a n'aquo d'ai de meou de chiveaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutei lei caurignado que ben meau a prepeau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li van jieta dedin tout d'abord que soun mouarto&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puei la pestilenci, mai enfin l'on supouarto&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqueou desagramen en favour dei beauta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vous auffro sei bord, n'en sias tout enchanta&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui presquo pertout sur l'uno et l'autro ribo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veas que d'oumbrage fres quand lou printem arribo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De flour de tout espe&#231;o et de touto coulour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'enpressoun d'espelir din aqueou beau sejour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aquito larjeras, aquito la ginesto&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'anoun&#231;o que de Diou, ben leau sera la festo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nerto lou roumias jusquo lou grato queou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aquo es flouri et vert coummo si dueou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lou roussigneau que ven din aquellei bouscage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire ent&#232;ndre sa vouax, et soun pouli ramage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho qu'aquo es charmant et quincito a reva&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanben lou philosofo aimo, a li s'esgara&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rumino reflechis, v&#233;s dun Diou la puissan&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admiro seis ouvrages et gardo lou silan&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puei un libre a la man couchia sur lou gazoun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estudi&#233; la naturo, et formo sa raisoun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui rapidamen segu lou temps si passo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ben souven la nue lou trobo enca en pla&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin qu es sensible, et a en paou d&#233; goust&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li si deou agrada, surtout lei amourous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantita de filletto, &#233;m&#233; sei calignaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Senvan a la brassetto et si languissoun gaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car parloun de l'amour, aquo n'ennuyo pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lei veas de dous en dous, marchoun a pichoun pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivoun lou bord de l'aigo, reserquoun lei oumbrage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quauqu'asillo soumbr&#233; d'aqueou pouli ribage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque n'an trouba un, li s'enfournoun adin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aquo lou plus souven, es tout coummo un janbin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mount&#233; prenoun lou pei la fillo es pescado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand sonjo puei ei suito, es aqui estounado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An ben coummo lei mousquo, prennoun em&#233; lou meau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai mi regardo pas, et tiren lou rideau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anfin per reveni l'endret es tant proupici&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per gousta de l'amour lei plus charmant delice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es tant pouli l'estiou, inspiro tant de goust&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'an toujour nouma carti&#233; dei amourous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Diou que d'avanturo ses passa sur lei ribo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aqueou fleuvo charmant et chaquo jour n'arribo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anen siou mai aqui pouadi pas mi tenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De revilla lou gat quand es ben endourmi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissen esta aquo, quiten la medisen&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es un mari deffau que l'on a en Prouven&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De medire de tout d'aima a critiqua&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;You que va trobi meau vouali pas v'imita&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin n'en parlen plus, car se fouli&#233; tout dire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si troubari&#233; de ceauvo, que serien anca pire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feau laissa en cadun, passa sei fantasi&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout ei amourous, parlen de l'Eigouti&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaqueun seau des lontems ce que n'en dis la fablo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique foua&#231;o va troboun, de ceauvo pas croyable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es pourtant ben verai, chaque fleuvo a soun diou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'Eigouti&#233; n'es un, es you que va vous diou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ai vis et l'ai parla, encin jes de doutan&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A manca de fa perdre un beau port a la Fran&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se n&#233;s manqua de ren, es aqui lou sujet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que raconti en vers, et que n'en fa l'objet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es fiou de Jupiter, l'aguet d'uno fumello&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que troubet a soun gra, car ero foua&#231;o bello&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esten devengu grand, soun paire allors diguet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heben que n'en faren, d'aquestou bouriquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li feau donna un fleuvo, si na un en Prouven&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ques justamen vaean, li feau pas de sien&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car couaro tout au mai cinq vo sieix mes de l'an&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es ben ceque li feau, es foua&#231;o fenean&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimo pas si gena, aqui l'a ren a faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de presta soun oumbro en foua&#231;o calignaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que van dessur sei bord aqui de dous en dous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per gousta de l'amour, lei plaisirs lei plus doux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lou mandet dounc aqui et a soun arribado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lei pastre d'alentour li jugeroun l'aubado&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fouguet ben talo festo, l'on si rejouissi&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vean un diou enfin reigna sur l'Eigouti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fiou de Jupiter nes pas uno piouffo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqueou ero un luroun, bouta n'ero pas couffo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabi&#233; si regala, soun posto l'agradet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en fouguet ben counten, et vous dirai perqu&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Din lou li&#233; d'aqueou fleuvo, l'aigo es foua&#231;o bello&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et per aquo li ven quantita de fumello&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout de bugadieiro, per lava sei paquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la enpeau d'aigo, sount aqui de piquet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'en veas a tout moument, arriba quauquei bando&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De poulido de laido, de pichouno de grando&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De jouino et de vieillo, ]ou Diou de l'Eigouti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jugeas en peau si charmo car es un garouni&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que quand ves de fumello, lou diable lou pastisso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho a coummo soun paire, es rampli de mali&#231;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leu veas din lei cani&#233;, aqui agroumati&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mounte s'enfourno leau lorsque lei ves venir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aqui espiencho tout remarquo sei alluro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabes lei bugadiero qu&#233; es de poutreluro&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand gaire de pudour, es pas soun grand defeau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tanben lou beau qu'arriboun, per li leva lou ceau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fan leau fouaro joubetto, sei pousso allors fan fiero&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si retroussoun lei raubo dessus dei jaratieros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Senso pas j&#233;s de crento, lei souli&#233; et lei bas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dedin un vira d'uei tout aquo es abas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restoun amita nuso, an pas mai de vergougno&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moustran presquo tout, qu'un cadet de Gascougno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coumen&#231;oun de lava, fan juga Ion basseau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sei lenguo entant deaumen van coumo un batareau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui deau tier deau car, fan un amplo critiquo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sur cadun exer&#231;oun sa linguo satiriquo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouastre vaurien fini, pas men pren soun caf&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En proumenan sei juei sur de talei objet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coummo a la visto basso si mett&#233; de lunetto&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per mies lei distinga et surtout lei filletto&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perd&#233; puei la pasien&#231;o, souart&#233; aqui de soun treau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'en ven lei acousta, li fa coummo lei geau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Questarpoun de la pato et que tirasoun l'alo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Li fan de temps en temps d'aquelei garo garo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que lou levoun de miro, quand veau s'emancipa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sab&#233;s lei bugadiero, qu&#233; bretounejoun pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saboun dire soun mot quan trau Ion lei carcaigno&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que lei coustigas, aquo mai lei encagno&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An pas mai de respec deau diou de l'Eigouti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce ero l'enfan, de quauquei gargouti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aregardas enpeau veau faire l'agr&#233;able&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es lai coummo peca et si cr&#233;s ben aimable&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alevas vous d'aqui que sias un gros taseou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E puei souven Ion couchoun, a grand ceau de basseau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai fa tant viro tant, que trobo d'inoucento&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sur sertainei cauvo, soun pas gaire savento&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aimoun foua&#231;o a juga, eou es foua&#231;o badin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Senso que sen avisoun, lei enfourno au jambin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He puei ai ai ai ai, sei meaire fan tapage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai qu'avan&#231;oun pas ren, si grousis Ion corsage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aqui coummo sen pren aqueou bou de jarroun&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per fourja chaquo annados quauquei Eigoutieroun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chant VII (graphie du manuscrit n' 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gorges d'Ollioules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A&#239; dit &#224; l'aoutr&#233; chant qu'enfilavian la routo &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#233;s entr&#233; douas mountagno. Endret fouasso &#224; la sousto &lt;br class='autobr' /&gt;
Soouvag&#233;, soulitari, escarpa, souroumbrous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu&#233; li passas franc, l'on duou si cr&#233;ir&#233; hurous &lt;br class='autobr' /&gt;
Car souven l&#233;i couquin, l'arrestoun l&#233;i voituro &lt;br class='autobr' /&gt;
Ensin en li passan, l'on courr&#233; l'avanturo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es l&#233;i vaou d'Ooulioulo d&#233; qu&#233; vouali parla &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu&#233; soun pamen curiou. Li passo leu vala, &lt;br class='autobr' /&gt;
Voben per mi&#233;s parla, la poulido ribi&#233;ro &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu&#233; app&#233;loun la R&#233;po, qu&#233; &#233;s ben singuli&#233;ro &lt;br class='autobr' /&gt;
Car tantot la v&#233;as s&#233;quo et lou moumen d'apr&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;as qu'es touto pl&#233;no, tan n'en fa de progr&#232;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et coualo per torrent, &#233;m&#233; un bru hourribl&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu&#233; l'&#233;cho d'alentour, rend&#233; enca plus terribl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Anfin tout l'es eurieu din aqu&#233;ou lu&#233; d&#233;ser &lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;as N&#233;bro qu'&#233;s adaou tout &#224; fait din l&#233;is air &lt;br class='autobr' /&gt;
Quilla su d'un roucas, oou daou d'uno mountagno &lt;br class='autobr' /&gt;
Et qu&#233; per l'arriba, vous manquo pas de lagno. &lt;br class='autobr' /&gt;
Es un endret famous, antiqu&#233; et singuli&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'a juga un grand rol&#233;, doou tem d&#233;i signouri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/IMG/png/thouron_naufrage.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L500xH946/thouron_naufrage-1962f.png?1792571955' width='500' height='946' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. 1824, Thouron, Lou Naufrag&#233; de la Meduso.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1824 est publi&#233; &#224; Toulon, chez l'&#233;diteur lib&#233;ral Aurel, un opuscule de 31 pages, &lt;i&gt;Lou Naufrag&#233; de la Meduso, arriba dins l'annado 1816 ; Pichoun Po&#232;mo en vers prouven&#231;aux, segui d'uno Pastouralo et d'un Dialogo ; de la couinpousitien de Mu V.T..., Ancien Elevo de l'Escolo Nourmalo&lt;/i&gt;. C'est le premier ouvrage en proven&#231;al publi&#233; &#224; Toulon depuis le &lt;i&gt;Grouli&#233;&lt;/i&gt; en 1810, un petit &#233;v&#233;nement donc. D'autant que l'anonymat est transparent : l'auteur est un avou&#233; de 31 ans, Victor Thouron, un des 60 avocats, avou&#233;s, notaires, de la ville. Son fr&#232;re est notaire (le fils qui lui na&#238;tra en 1820 sera un des chefs du lib&#233;ralisme toulonnais dans les ann&#233;es 40).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est frappant de voir combien la pieuse c&#233;cit&#233; renaissantiste a pu occulter les contradictions d'un intellectuel des ann&#233;es 20, si tant est qu'elle ait pu les soup&#231;onner. Les rares saluts &#224; Thouron n'ont jamais &#233;t&#233; que saluts au bon artisan de la langue, au bon mainteneur, &#224; l'&#233;rudit consciencieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant &lt;i&gt;Lou Naufrag&#233; de la Meduso&lt;/i&gt; t&#233;moigne d'une contradiction stimulante : Contradiction politique, culturelle et sociologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thouron est de sensibilit&#233; lib&#233;rale en pleine &#233;poque de r&#233;pression ultra. L'assassinat de l'h&#233;ritier du tr&#244;ne, le Due de Berry, a d&#233;clench&#233; les fureurs de la droite. On traque les &#8220; Charbonniers &#8221;, les conspirateurs r&#233;publicains. En 1822, Thouron a &#233;t&#233; un des d&#233;fenseurs des militaires regroup&#233;s par Armand Vall&#233;, qui avaient fait serment &#8220; de conqu&#233;rir et de maintenir la libert&#233; &#8221;. Vall&#233; sera ex&#233;cut&#233;, mais Thouron a pu sauver la t&#234;te de ses amis.&lt;br class='autobr' /&gt;
La presse de Marseille publie alors des po&#233;sies en proven&#231;al de l'ultra-royaliste Diouloufet et de ses &#233;mules, cris de haine anti-lib&#233;ral et appels au meurtre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'usage publie du proven&#231;al est marqu&#233; &#224; droite tant par ces &#233;crits que par les pr&#233;dications de l'exalt&#233; fondateur des Missionnaires de Provence, de Mazenod. Aussi les bourgeois marseillais lib&#233;raux qui tentent de fonder l'Ath&#233;n&#233;e, foyer de diffusion culturelle et politique, ne peuvent que regretter l'ignorance dans laquelle l'usage exclusif du proven&#231;al maintient une bonne partie des Proven&#231;aux. Euxm&#234;mes ne revendiquent aucunement leur &#8220; proven&#231;alit&#233; &#8221; : &#8220; Soit influence d'un idiome rude et d'un accent auquel les oreilles du Nord ne s'accoutument point, soit effet d'autres habitudes locales, une teinte marqu&#233;e nous distingue des habitans des autres grandes villes de France, et cette teinte, il faut l'avouer, ne saurait &#234;tre regard&#233;e comme une pr&#233;rogative digne d'envie. Il est &#224; d&#233;sirer qu'elle s'efface promptement, que nous nous mettions au niveau de nos compatriotes &#8221; lit-on en 1822 dans le prospectus de lancement de l'Ath&#233;n&#233;e, diffus&#233; dans les milieux lib&#233;raux bourgeois de toute la Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'attitude de Thouron est donc doublement en porte &#224; faux d'une part, en sous-titre d'un ouvrage aparemment tout &#224; fait &#8220; apolitique &#8221;, il mentionne sa qualit&#233; d'ancien &#233;l&#232;ve de l'Ecole Normale prestigieuse. Sans doute, il peut ainsi &#233;craser ceux qui suspecteraient son niveau de culture en le voyant &#233;crire en &#8220; patois &#8221;. Mais sans doute aussi Thouron marque-t-il aussi sa d&#233;sapprobation du gouvernement qui vient de fermer l'Ecole, foyer de lib&#233;ralisme, et pers&#233;cute ses anciens condisciples, comme l'historien Augustin Thierry. Thouron se situe donc, discr&#232;tement, en ces temps de censure. Qui plus est, le naufrage de la M&#233;duse, par l'&#233;cho que lui fit la jeune intelligentsia romantique, le succ&#232;s de scandale du tableau de G&#233;ricault, &#233;tait devenu un lieu commun de la sensibilit&#233; lib&#233;rale, au point que la librairie parisienne qui relayait les publications lib&#233;rales marseillaises s'appelait ainsi. (Le naufrage du navire, aupr&#232;s des c&#244;tes d'Afrique, avait entra&#238;n&#233; des sc&#232;nes de cannibalisme chez les survivants.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est en proven&#231;al que Thouron choisit de traiter de la M&#233;duse, &#224; laquelle l'&#233;diteur Curel venait de payer son tribut en fran&#231;ais ; en proven&#231;al qu'il mentionne son pass&#233; de normalien. Thouron choisit donc de ne pas suivre ses amis marseillais. Utiliser la langue du peuple au moment o&#249; les lib&#233;raux n'y voient qu'un obstacle &#224; son instruction n'est pas un acte indiff&#233;rent. Et l'&#339;uvre de Thouron appara&#238;t, &#224; cet &#233;gard, comme la partie &#233;merg&#233;e d'un iceberg mal connu, plut&#244;t que comme une exception ponctuelle. Toute g&#233;n&#233;ralisation du type : lib&#233;raux anti-patois, conservateurs pro-patois, ou inversement, lib&#233;raux romantiques fascin&#233;s par la langue du peuple, conservateurs &#8220; classiques &#8221; pro-fran&#231;ais ne peut que gagner &#224; ces &#233;tudes de d&#233;tail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La minceur &#233;vidente des quelques pages de Thouron ne doit pas masquer la nouveaut&#233; de l'entreprise - ouverture sur le grand large, l'actualit&#233; provocante, la d&#233;mesure, dans &lt;i&gt;Lou Naufrag&#233;&lt;/i&gt;, r&#233;alisme trivial, quasi professionnel, du langage et de la mentaiit&#233; du paysan dans le &lt;i&gt;Dialogo&lt;/i&gt;. Ripert et ses &#233;pigones ont surtout &#233;t&#233; sensibles au &#8220; g&#233;nie &#8221; virgilien de la &lt;i&gt;Pastouralo&lt;/i&gt; (qui reprend avec quelques corrections significatives l'&lt;i&gt;Eglog&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;dente) - Thouron se garde de s'y cantonner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel publie pouvait-il esp&#233;rer ? Pour qui &#233;crire, et pourquoi ? Pour l'Aixois Diouloufet, le proven&#231;al, loin d'&#234;tre signe d'arri&#233;ration sociale et politique, est signe d'identit&#233; imaginaire : la Provence id&#233;ale, (celle du Roi Ren&#233;, de l'extr&#234;me fin de l'ind&#233;pendance angevine du XV' si&#232;cle, beaucoup plus que celle des Comtes m&#233;di&#233;vaux), la langue des Troubadours. Arguments auxquels les lib&#233;raux bourgeois, prosa&#239;quement install&#233;s dans leur culte du capitalisme naissant et du progr&#232;s, &#233;taient pour la plupart indiff&#233;rents, sinon hostiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Thouron place son premier chant sous l'&#233;gide de la Muse des Troubadours, qu'il con&#231;oit, comme la quasi-totalit&#233; des lettr&#233;s de Berenger &#224; Diouloufet, comme muse champ&#234;tre et amoureuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Muso qu'&#224; tems passa, dins ta vervo tragico, &lt;br class='autobr' /&gt;
As celebra d'un Grec, la coulero hero&#239;co, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et tu qu&#233; deis Troyens canter&#233;s leis coumbats, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ai pas beoun de vaoutr&#233;-et vous demandi pas : &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;voutien d'En&#233;e es pas toujours sincero, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et laissi mount&#233; soun leis messongeos d'Homero. &lt;br class='autobr' /&gt;
Es de tu qu'ai besoun, muso deis troubadours, &lt;br class='autobr' /&gt;
Presto-mi toun lengagi-et veni-&#224; moun secours ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Per aro, leisso-estar la danso-et la musetto &lt;br class='autobr' /&gt;
Et la gayo cansoun de la pastoureletto, &lt;br class='autobr' /&gt;
Moun sujet sera trist&#233;-et per quaouqueis moumens, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ooublido lou village-et leis amusamens, &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis sense ren changea de la v&#233;rita puro, &lt;br class='autobr' /&gt;
Deis paureis naufrageas digo noun l'avanturo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bessa&#239; que pourras pas, dins ce que vas counta, &lt;br class='autobr' /&gt;
Fair&#233; brilla ta graci et ta simplicita, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai la muso Franceso ero ta s&#339;ur cadetto, &lt;br class='autobr' /&gt;
Courage. Fa&#239; coumo-ello et preni la troumpetto. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'ira pas plus loin. Il ne faut pas chercher chez lui, comme chez Diouloufet, la r&#233;p&#233;tition incantatoire des th&#232;mes renaissantistes sur la Langue. Il se contente de prouver le mouvement en marchant c'est-&#224;-dire que, plut&#244;t que ressasser ses lamentations sur la mort de la langue et la disparition de la Provence mythique, il &#233;voque la Provence r&#233;elle et les Proven&#231;aux r&#233;els qu'il conna&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, et ce n'est pas la moindre originalit&#233; de Thouron, il persiste dans l'affirmation de sa graphie &#8220; classique &#8221; dont nous avons vu les premi&#232;res manifestations sans son salut aux Bourbons. Elle est ici fi&#232;rement utilis&#233;e, sans autres explications que son &#233;vidence culturelle pour le latiniste qu'est Thouron (voir plus loin).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrire la langue du peuple dans la graphie des &#233;rudits &#233;tait une gageure. Mais Thouron, honn&#234;tement, ne parle pas au nom du peuple : tout au plus met-il en sc&#232;ne ce peuple d&#233;positaire de la langue. Et, dans la distance sociologique du dialogue (paysan-avocat), c'est en avocat que parle Thouron, non en messie renaissantiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme souvent, le peuple qui parle proven&#231;al est chez Thouron repr&#233;sent&#233; par le marin ou par le paysan. Le monde ouvrier de l'arsenal et des premiers chantiers n'appara&#238;t pas. Il est vrai que sa proven&#231;alit&#233; n'est pas &#233;vidente. Le libraire lib&#233;ral Bellue (un Haut Alpin, fix&#233; &#224; Toulon apr&#232;s sa d&#233;mobilisation en 1815) &#233;crit dans son portrait de Toulon, en 1828, (L'Errnite toulonnais) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Le vieux quartier pr&#233;sente l'aspect d'une colonie form&#233;e par des peuples &#233;trangers, dont le langage est un m&#233;lange impur de plusieurs idiomes. Ainsi le g&#233;nois, l'italien, le corse, le pi&#233;montais, le vrai proven&#231;al, confondus ensemble, ont concouru &#224; former un patois inintelligible qui d&#233;fie les investigations des premiers philologues. &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre les ouvriers et la bourgeoisie, il y a ceux que Bellue nomme le Peuple : artisans, petits commer&#231;ants, ... &#8220; Cette classe quoique distincte de la bourgeoisie, n'est ni grossi&#232;re, ni barbare. Si elle conserve l'habitude du langage proven&#231;al, elle con&#231;oit et r&#233;pond au besoin en fran&#231;ais, de sa fa&#231;on il est vrai, mais n&#233;anmoins intelligible au Parisien de bonne foi. &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la &#8220; classe &#233;lev&#233;e &#8221;, il la voit &#8220; polie par une &#233;ducation fran&#231;aise &#8221;, elle &#8220; se rattache au type du caract&#232;re national &#8221;. Un autre observateur, Vienne, archiviste de la Ville, montre cependant &#224; quel point elle reste proven&#231;alis&#233;e. &#8220; Les Toulonnais de vieille roche ont de la vivacit&#233;, de la bravoure, de l'esprit naturel, comme les autres Proven&#231;aux... Leur bonheur est de poss&#233;der une bastide oit ils passent les jours de f&#234;te &#224; manger et &#224; dormir entre leurs repas : ils y admettent rarement les r&#233;gnicoles, qu'ils ne consid&#232;rent point encore comme des compatriotes et qu'ils d&#233;signent toujours par le surnom de franciaux. Les plus relev&#233;s d'entre eux occupent les places de judicature, sont notaires, avocats, avou&#233;s, exercent la m&#233;decine et la chirurgie, deux ou trois peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme n&#233;gociants, le surplus se livre au commerce de d&#233;tail, les autres sont des artisans parmi lesquels il en est qui se distinguent. &#8221; (&lt;i&gt;Promenades dans Toulon&lt;/i&gt;, 1841).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est devant cette &#8220; classe &#233;lev&#233;e &#8221; que Thouron prend le risque de l'&#233;dition &#224; compte d'auteur. Or, pour les plus jeunes de cette bourgeoisie, grande et petite, (qui continue &#224; parler la langue d'Oc, famili&#232;rement), pour les plus sensibles aux sir&#232;nes de la francisation, il devient de plus en plus difficile de ne pas consid&#233;rer l'idiome natal avec le m&#234;me m&#233;pris amus&#233;, avec la m&#234;me sup&#233;riorit&#233; culturelle qui les s&#233;pare du peuple. La vulgarisation grandissante des th&#232;mes &#233;ru. dits sur l'antiquit&#233; de la langue des Troubadours et sa fonction civilisatrice n'y changent rien. Il est bien difficile de reconna&#238;tre la langue des troubadours dans le parler laiss&#233; au peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, le lib&#233;ral Bellue &#233;crit, dans son &lt;i&gt;Ermite toulonnais&lt;/i&gt; (1828), en pr&#233;sentant le spectacle alors banal d'un Compagnon partant accomplir son Tour de France :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Nous voyons sortir d'une guinguette nomm&#233;e les Marroniers, une foule d'ouvriers faisant la conduite &#224; l'un de leurs compagnons du Devoir qui allait chercher fortune en lointain pays. Il &#233;tait &#233;chevel&#233; et dans une explosion de sensibilit&#233;, il chantait d'un ton lamentable les regrets de la s&#233;paration. Je citerais volontiers le couplet si je n'&#233;tais convaincu que la po&#233;sie du sol des Troubadours n'est plus en possession de charmer l'oreille des amateurs d'une suave po&#233;sie, et de ceux qui ne veulent plus reconna&#238;tre la langue romane dans l'idiome proven&#231;al. &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble alors que pour les lib&#233;raux bourgeois la cause du proven&#231;al soit entendue : les premiers journaux lib&#233;raux de Marseille, cr&#233;&#233;s &#224; partir de 1825-26 avec la fin de la censure, r&#233;clament en fait sa disparition rapide. L'avocat de Vall&#233; ne peut que leur sembler s'&#233;garer en faisant &#339;uvre de po&#232;te dialectal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l&#224; encore, en ce domaine, le foyer toulonnais va faire preuve de singularit&#233; et ouvrira des pistes nouvelles &#224; l'&#233;criture proven&#231;ale, au c&#339;ur m&#234;me de sa n&#233;gation. La triple publication de Thouron en est bon exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou Naufrag&#233; de la Meduso&lt;/i&gt; : le premier chant commence par l'invocation &#224; la Muse des Troubadours (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assagi de cantar leis malhurs d'oou naufrag&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Que fet d'uno fregato avarir l'equipag&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand sur lou banc d'Arguin turtet em&#233; fracas &lt;br class='autobr' /&gt;
La sablo amoulounado-oou dessus deis roucas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dira&#239; coumo si fet, que maugra la famino, &lt;br class='autobr' /&gt;
Maugra loti marrit tems et la guerro intestino, &lt;br class='autobr' /&gt;
Sus d'un pichoun radeou et doou mitan deis flots, &lt;br class='autobr' /&gt;
Si sauvet quaouqueis chefs et quaouqueis matalots. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rescap&#233;, Jean Laviletto, de la Valette, assiste aux noces de son &#8220; nebou german &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; A la fin d'oou repas quand touto Passemblado&lt;br class='autobr' /&gt;
Em&#233; leis bouans fricos si fouguet regalado, &lt;br class='autobr' /&gt;
En enhaussant la vouas, la novi diguet, chut ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Puis si viran vers cou : &#8220; moun ouncle-avem sachut, &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant qu'apprenguessiam vouestro hurouso arrivado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que quand l'avi&#233; vingt jours qu'avias quitta la rado, &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aguet de grands malhurs, vous que li sias esta &lt;br class='autobr' /&gt;
Noun far&#232;s lou plesir de va noun racounta. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lavilleto commence donc son r&#233;cit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Fouguet de l'&#238;lo d'Aix, lou premier de juillet, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que per lou S&#233;n&#233;gal, la Meduso partet ; &lt;br class='autobr' /&gt;
/ ... / &lt;br class='autobr' /&gt;
Lou lendeman matin passeriam lou troupiqu&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Doou tems que lou veisseou doou ca&#239;r&#232; doou pourent &lt;br class='autobr' /&gt;
Vougavo, - et fendi&#233; l'aigo-em&#233; la v&#232;lo-oou vent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Em&#233; ceremouni&#233; quand fouguet oou passag&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Doou baptemo de mar, celebreriam l'usag&#233; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors prevesiam pas nouastr&#233; marrit destin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Resteriam sur lou pouant : la clarta deis estelos &lt;br class='autobr' /&gt;
Veni&#233; si reflechir dins la blancour deis v&#232;los :&lt;br class='autobr' /&gt;
Vegueriam en passant leis rocs de Saharas, &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'an lou ped dins la mar et la testo-eis niouras. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lendeman agueriam un funest&#233; pr&#233;sag&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'aigo n'aduguet d'herbo et de coouquilhag&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un de nouestreis ar&#234;ts, prenguet fouesso peissoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout aquo fet pensar qu'eriam sus d'un bas foun &lt;br class='autobr' /&gt;
Va digueriam au chef et va li feriam veir&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Counouissi&#233; pas la mar et va vouguet pas creir&#233;. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fr&#233;gate touche un haut-fond et doit jeter l'ancre alors que la temp&#234;te se l&#232;ve. Deux jours apr&#232;s, le bateau coule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Mais un deis ooufficiers d'une-humour rejou&#239;do, &lt;br class='autobr' /&gt;
Noun diguet : 'es questien de counservar la vido, &lt;br class='autobr' /&gt;
Courag&#233; meis amis, et d&#233;is mats doou veisseou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Empleguen nouestreis bras &#224; counstruir&#233;-un radeou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Per afin d'evitar la mouar et la famino, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mettrem Icis prouv&#238;siens sur d'aquelo machino, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand sur lou radeou, si serem embarqua, &lt;br class='autobr' /&gt;
Em&#233; nouestreis canots, si farem remouqua. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gagnarem lou d&#233;sert de la couesto v&#233;sino ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Oourem nouestreis fusious, et vieourem de rapino, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et jusqu&#224; qu'un veisseou noun vengu&#233; delivra, &lt;br class='autobr' /&gt;
Per pas mourir de fam, cadun s'ajudara.' &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les 400 naufrag&#233;s, 150 montent sur le radeau, les autres sur les canots. Mais le radeau s'enfonce, et les provisions sont noy&#233;es. Lavilette fait une pause &#224; ce moment, et Thouron ajoute cette touche virgilienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Et la novi ajustet - es doux sur lou rivag&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
D'entendre sur la mar de luench brama l'ourag&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et de veir&#233; un dangier que noun mena&#231;o pas ... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chant second, la noce apprend comment les canots, au cri de &#8220; vivo lou Rei &#8221;, se mettent &#224; tirer le radeau. Mais les rameurs se d&#233;couragent vite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Per fin de si sauva noun resto-qu'uno cauvo&lt;br class='autobr' /&gt; Foou leissar lou radeou, lou foou abandounar &lt;br class='autobr' /&gt;
Autrament tout peris car pouden plus anar. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tachem de si sauvar, puis sauvarem leis aoutr&#233;s. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupants du radeau sont d&#233;sesp&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Despuis qu&#233; deis canots attendiam lou retour &lt;br class='autobr' /&gt;
La nuech d&#233;j&#224; douos f&#232;s avi&#233; succeda oou jour, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'aoubo-avi&#233; tr&#232;s f&#232;s chassa la nueeh obscuro, &lt;br class='autobr' /&gt;
Despuis que souffrissiam faouto de nourrituro. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aviam encaro-en tout douos barriquos de vin &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'eroun d&#233;j&#224; demie&#239;o et tendien sur sa fin, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et per n'en proulounga ma&#239; de tems la durado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Buviarn plus qu&#232; dous coou dins touto la journado. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours tr&#232;s virgilien, Lavileto poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ah ! que luench de la mar, d'un el&#233;ment troumpur, &lt;br class='autobr' /&gt;
Hurous es lou paysan que counou&#239; soun bouanhur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Doou tems qu'em&#233; seis bras la terro es boulegado &lt;br class='autobr' /&gt;
Trempo de sa suzour lou magaou et leissado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Suffr&#233; dins seis travails et doou frech et doou caou, &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai trovo-oou mens de pen quand retourno-&#224; l'houstaou ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais naoutr&#233; n'aviam g&#232;s ; lei galetos mousidos, &lt;br class='autobr' /&gt;
En trempant dins la mar seroun touteis pourridos ; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'aigo n'avi&#233; foundu la farino qu'aviam, &lt;br class='autobr' /&gt;
Li trempaviarn leis dets et puis leis su&#231;aviam. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les naufrag&#233;s doivent boire de l'eau sal&#233;e, et ils commencent &#224; mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Mai fouguet ti dounar la mar per sepulturo &lt;br class='autobr' /&gt;
Et t'ai vis eis peissouns servir de nourrituro. &lt;br class='autobr' /&gt;
Taro fouguet ta mouar, taou fouguet toun toumbeou ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Leis phocos, leis requins &#224; l'entour doou radeou, &lt;br class='autobr' /&gt;
A la filo-un de l'aoutr&#233;-et la bouco affamado &lt;br class='autobr' /&gt;
En noun counsid&#233;ran fasien sa proumenado. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au chant trois, Lavileto raconte la r&#233;volte des soldats qui s'attaquent aux chefs, veulent prendre possession du radeau et des vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Per si battr&#233;-agu&#233;riam plus g&#232;s de repugnan&#231;o, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et lou sabr&#233; &#224; la man per enfoun&#231;ar seis rang &lt;br class='autobr' /&gt;
Touteis en m&#234;me tems marcheriam en avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un piquo descoundoun, l'aoutr&#233;-en si batten crido, &lt;br class='autobr' /&gt;
Touteis dounoun la mouart per defendr&#233; sa vido, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dins quauqueis moumens, doou sang que si verset, &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'entour doou radeou la mar si rougisset. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit arr&#234;te le combat, qui reprend le lendemain. Les soldats sont vaincus. Mais tous les vivres ont &#233;t&#233; perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; ... nouestr&#232; sort noun fasi&#232; tremoura, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ben que siguesso-affroux lou vouriarn far dura :&lt;br class='autobr' /&gt;
Prengueriam un mouyen que pourrias pas coumprendr&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Fremissi-en va disert, fremirez de v'entendre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Deis darnier qu'eroun mouar leis membres d&#233;chira, &lt;br class='autobr' /&gt;
Per sarvir d'aliment fougueroun pr&#233;para, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et per touto cuissoun lou souleou que brulavo &lt;br class='autobr' /&gt;
Sequet quauqueis moument, lou sang que degouttavo ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Grand Diou ! que sias esta temouin de tant d'hourrours, &lt;br class='autobr' /&gt;
Pardonnas ce qu'ai fa per allounga meis jours, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et se coumo leis aoutr&#232;-et d'uno bouco avido &lt;br class='autobr' /&gt;
En mangean leis christians counserveri la vido. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;lire s'empare de la trentaine de survivants, Les plus valides d&#233;cident de jeter &#224; l'eau les plus atteints. Apr&#232;s avoir aper&#231;u un navire qui ne les voit pas, les quinze rescap&#233;s sont enfin sauv&#233;s par un brick fran&#231;ais. Lavileto ach&#232;ve son r&#233;cit par cette remarque inattendue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Souvent leu mariag&#233;-es une mar changeante &lt;br class='autobr' /&gt;
Vaoutr&#232;-eima vous toujours d'uno-amiti&#233; counstanto, &lt;br class='autobr' /&gt;
Deis marins quand p&#233;ri, plagn&#232;s leu trist&#233; sort, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand v'enbarcar&#232;s, s'ourt&#233;s jamais d'oou port. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thouron redonne ensuite &lt;i&gt;Lou Counscrit de 1815&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'Eglogo prouven&#231;alo&lt;/i&gt; est devenue &lt;i&gt;Pastouralo prouven&#231;alo&lt;/i&gt;. L'orthographe &#8220; classique &#8221; s'est pr&#233;cis&#233;e, quelques retouches montrent un souci de plus grande puret&#233; linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pi&#232;ce, &lt;i&gt;Lou Pleidegeaire et I'Avoucat, Dialogo prouven&#231;au&lt;/i&gt;, est un reflet direct de l'exp&#233;rience professionnelle de Thouron : le plaideur, un paysan du terroir d'Hy&#232;res, veut engager un avocat prudent &#224; attaquer une vente apr&#232;s h&#233;ritage. Le r&#233;alisme brutal et amus&#233; dans la restitution du discours paysan, sa matoiserie na&#238;ve, sa rapacit&#233; fondamentale, sont &#224; mille lieues de la ruralit&#233; pastorale et aseptis&#233;e dans laquelle s'engagent alors les &#8220; Muses proven&#231;ales &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lou Pleidegeaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! Moussu l'Avoucat vous souhetam leu bouon jour&lt;br class='autobr' /&gt;
Siam vengu quauqueis fes, mai li sias pas toujour&lt;br class='autobr' /&gt;
Veniam un paou sach&#233; mount&#233; siam de l'affair&#232;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Avoucat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouestro-affair&#232; es ancienno, et m'en en souven gair&#232;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vai agu vis, pourtan vouestr&#232; nourn mi ven pas, &lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo vous dien ? Sias pas, doou quartier doou Brula ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Siou Pierre Martinenq, natif de Couloubri&#232;ro &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#232;s moun pays natal, et resti oou terroir d'Hy&#232;ro. &lt;br class='autobr' /&gt;
La dous mes enviroun, leu coumpair&#233; Mathieu &lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'an respropria, v'a pas parla de yeou ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A - Si poou ; mai despuis lors m'a passa tant d'affair&#232;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que coumo va v'ai di m'en souven plus gair&#232;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oou men rappella mi de ce que s'agissi&#234;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Lou coumpaire Mathieu, vous fet veire un papi&#232; &lt;br class='autobr' /&gt;
Que parlavo d'oou dot de nouestro paouro m&#232;ro &lt;br class='autobr' /&gt;
Noun leisset en mouren, yeou, ma sor&#232; et moun fr&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo pagaviam pa, nouestr&#232; ben s'es vendu, &lt;br class='autobr' /&gt;
Demanderiam leu dot, mais n'avera ren agu &lt;br class='autobr' /&gt;
Et cependant, si soou, tant de deout&#233; que l'agu&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que que restesso ren, foou que leu dot si pagu&#232;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Dot de fremo poou pa si perdr&#233;, que n'en dias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A - N'en a que leis perdes, d'aoutre si perdoun pas,&lt;br class='autobr' /&gt;
Va selon ; despuis couro-es mouarto vouestro m&#232;ro,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et quand vouri&#233; lou ben qu'au vendu-&#224; vouestr&#232; p&#232;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P- Si vende cinq cent francs ; eroun sept cr&#233;anci&#232;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que n'an pas touca-un soou, la bouo saru li si&#232;&lt;br class='autobr' /&gt;
S'avien agu patien&#231;o encaro, &#224; la bouono-houro&lt;br class='autobr' /&gt;
Car leis vouriam pagar, mai sabiam pa troou couro&lt;br class='autobr' /&gt;
An vougu far de fr&#232;s, mais qu'&#232;s que la rendu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Naoutr&#233; siam arrougna, elleis an ren agu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moun p&#232;ro &#224; seis affair&#233; &#224; m&#233;s tant de desordr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'a pa-agu d'argen per pagar leis fr&#232;s d'ordr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maugra-aquo foura ben que noun dounoun lou dot,&lt;br class='autobr' /&gt;
Noun dien de va leissar, mai serem pas tant sot,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fem pas de nouestreis dr&#232;s tant leou lou sacrifici,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'oouriam d'&#233;j&#224;-agu se n'aviem fa justici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nouestr&#233;-avoucat qu'aviani que n'ero un paou suspect&lt;br class='autobr' /&gt;
Noun vendet coumo un pouar, (parlant senso respect.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin que vous dirai ? Noun gitet de l'escaro,&lt;br class='autobr' /&gt;
V'avem cresu toujours et va cresem encaro.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'a fach un tour aqui que s'en lausarem pa,&lt;br class='autobr' /&gt;
Foou t-il lou vous noumar ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A - Nani va vouori pa,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et qu'inter&#233;s l'avi&#232; ? exepta de leis veir&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
De pareilleis actiens, l'on deou jamais leis creir&#232;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Per revenir, (pardoun se de vouestr&#233; pr&#233;paou&lt;br class='autobr' /&gt;
Moussu, v'ai derangea, escouta mi-enca-un paou.)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avoucat, quand fouri&#233;, countestet pas la vento,&lt;br class='autobr' /&gt;
Oou proucurour d'oou Rey, pourteriam nouestro pleinto.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aneriam d'aqueou pa veir&#232; lou pr&#233;siden,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai que n'es r&#233;sulta-et que l'an fa ? Pa ren.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aro venem &#224; vous &#233;m&#233; touto counfian&#231;o&lt;br class='autobr' /&gt;
Per vous pregar, Moussu, de faire leis avan&#231;o&lt;br class='autobr' /&gt;
N'an assura que vous n'en veir&#232;s leou la fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Siam, coumo va ves&#232;s, de paoureis ourphelin,&lt;br class='autobr' /&gt;
Car moun fr&#232;ro es pipiou, et s&#233; naoutr&#233; siam mag&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'a pa gair&#233; de tems que n'an di qu'aviam l'ag&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Douneo, per reveni, Moussu, vous direm doun&lt;br class='autobr' /&gt;
Que s'attaqua la vento oour&#232;s un bouan renoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Manda li de papi&#232;, cregn&#232;s pas la despenso,&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand serem &#224; la fin, oour&#232;s la recoumpenso&lt;br class='autobr' /&gt;
Per aquestou moument, vaduam pa g&#232;s d'argen,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai f&#232;s noun nouestr&#233; dr&#233;, bouta seres eounten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A - Serai counten ! mai se gagnavias pa l'affair&#232;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maugra ma volounta se li poudiou ren fair&#232;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Alor garo de yeou, dirias en cent endr&#232; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'avoucat qu'aviam pr&#233;s n'a pas fa nouestr&#233; dr&#232;. &lt;br class='autobr' /&gt;
N'a gita de l'escaro, enfin, de meis despenso, &lt;br class='autobr' /&gt;
De marrideis resoun serien la recoumpenso, &lt;br class='autobr' /&gt;
Creirias que v'an vendu, vo d'oou men va dirias. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aqui, per mi pagar, coumo mi tratarias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Ah ! Moussu, se gagnam, serein troou resounabl&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Per v'anar mesprisar, n'en seriam pa capabl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Se vourias leis papi&#232;s tamben s'arrangeariam, &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivrias lou prouc&#232;s et puis partageariain &lt;br class='autobr' /&gt;
Vo ben, fem mies, donnas cent francs de nouestro affair&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis vous pagares sur lou ben de moun pair&#232;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Voourein d'oubligatien ; &#224; prendre vo leissa &lt;br class='autobr' /&gt;
Lou prouc&#232;s voou aquo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A - Vous sias maou adreissa, &lt;br class='autobr' /&gt;
Croumpi pa leis prouc&#232;s et si deou jamai fair&#232; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aquelleis que va fan (se soun d'hom&#233; d'affair&#232;), &lt;br class='autobr' /&gt;
Touteis, &#224; moun avis, soun dupo vo fripoun.&lt;br class='autobr' /&gt; Foou que siegui ni l'un ni l'aoutr&#233;, &#233;m&#233; resoun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eimariou enca mi&#232;s de n'en courr&#233; la chan&#231;o &lt;br class='autobr' /&gt;
Et de vouestr&#233; prouc&#232;s vous fair&#232; leis avan&#231;o, &lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo va faou souven per defendr&#233; leis gens &lt;br class='autobr' /&gt;
Que soun de bouano f&#232;s et que n'an pas d'argent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai si poou g&#233;s aver d'espouar dins vouestro affair&#232;, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'un aoutr&#233; &#224; pa fa, yeou va pouodi pas fair&#232;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Mai oou men counvendres, qu'aqueou qu'a nouestr&#233; ben. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faou que lou noun remette et perde soun argen. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vento, que l'an fach, foou que si&#232;gue-attaquado&lt;br class='autobr' /&gt;
Pa pu leou va sera, que l'oouran anulado, &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'o qu'aguem lou dot, vo qu'aguem nouestr&#233; ben. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un pipiou toujours piouto et toujours pioutarem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A -Vai dej&#224; di douos f&#232;s que si poudi&#233; ren fair&#232; &lt;br class='autobr' /&gt;
Contro-aqueou qu'&#224; croumpa lou ben de vouestr&#233; pair&#232;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et qu'es de tems perdu, la peno que pren&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P - Permi leis avoucats veou que vous sousten&#233;s, &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puisqu'aquo-&#232;s ensin, n'anarem veir&#233;-un aoutr&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#224; pas passa-avoucat, mais n'en soou mai que v'aoutr&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ven nour&#233; s'en anem : bon jour Moussu, sourten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; part, &#224; Nour&#232;) : Se l'aviam talonna, seriou esta counten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thouron capitalisait ses textes, que nous voyons ressortir parfois des dizaines d'ann&#233;es apr&#232;s. Ainsi de ceux qu'il fait publier en 1845&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &lt;i&gt;Lou Bouil-Abaisso&lt;/i&gt;. Ainsi, en 1862, Thouron a rejoint le F&#233;librige qui commence &#224; s'organiser. Il laisse Mistral corriger ses textes en graphie f&#233;libr&#233;enne, mais continue &#224; publier &#224; Toulon dans sa graphie &#8220; classique &#8221;. A l'occasion des jeux floraux f&#233;libr&#233;ens d'Apt, en 1862, il ressort sa pi&#232;ce &lt;i&gt;Lou pleidegeaire et l'Avoucat&lt;/i&gt;, sans mentionner qu'elle avait &#233;t&#233;. &#233;dit&#233;e en 1824 et 1839. Voici la lettre que Mistral lui adresse alors (manuscrits de V. Thouron, Bibl. Municipale de Toulon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Monsieur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jury, nomm&#233; pour juger les pi&#232;ces de po&#233;sies envoy&#233;es &#224; la Commission des Jeux Floraux de Ste Anne d'Apt, s'&#233;tant r&#233;uni &#224; Arles, hier dimanche, a proc&#233;d&#233; au d&#233;pouillement des envois po&#233;tiques, sans, toutefois, d&#233;cacheter les signatures, pour garantir de notre impartialit&#233; nous avons r&#233;serv&#233; cette derni&#232;re op&#233;ration &#224; M. le Maire d'Apt.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des sujets propos&#233;s &#233;tait celui-ci : Episode de m&#339;urs proven&#231;ales (genre comique). La Fleur de grenadier a &#233;t&#233; adjug&#233;e &#224; une com&#233;die en trois actes et en vers. Mais un autre concurrent, celui qui a pris pour &#233;pigraphe vitam quo faciunt beatiorem, etc., a conquis &#233;galement tous les suffrages, et nous avons &#233;crit &#224; M. le Maire d'Apt pour lui demander un prix suppl&#233;mentaire, qui, je n'en doute pas, nous sera accord&#233;. Comme la com&#233;die sus-dite est trop longue pour &#234;tre lue &#224; la s&#233;ance solennelle du 15 septembre, nous avons d&#233;cid&#233; que le dialogue du pleidejaire et l'avoucat serait lu au publie, et nous sommes convaincus que ce sera le grand succ&#232;s de notre f&#234;te. Mais voici ce qui arrive. Revenu chez moi, j'ai trouv&#233; dans un petit recueil publi&#233; en 1839 &#224; Avignon sous le titre de la muse m&#233;ridionale un dialogue en vers proven&#231;aux qui est &#233;videmment le prototype de celui que nous voulons couronner. Un grand nombre de vers sont identiques dans les deux pi&#232;ces. Fort embarrass&#233;, j'ai pris sur moi de d&#233;cacheter la signature de l'envoi en question, afin de pouvoir demander un &#233;claircissement &#224; l'auteur. Or cet auteur, vous savez qui c'est, cher confr&#232;re. J'ai &#233;t&#233; grandement heureux, en lisant votre nom, de penser que nous couronnerons en vous un des meilleurs amis de notre ch&#232;re langue proven&#231;ale, et l'un de ses po&#232;tes les plus spirituels, les plus naturels et les plus honorables. Je puis donc vous parler maintenant &#224; c&#339;ur ouvert. Je comprends parfaitement comment la chose a d&#251; se faire. Vous avez refait, refondu et compl&#233;t&#233; votre pi&#232;ce primitive, car je ne doute pas que le dialogue anonyme publi&#233; &#224; Avignon en 1839 ne soit de vous. C'est clair comme le soleil. Seulement comme on pourrait nous faire l'observation que je m'&#233;tais faite &#224; moim&#234;me, j'ai besoin que vous me donniez l&#224;-dessus deux mots d'explication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre chose. Votre dialogue exquis sera publi&#233; avec les envois des autres vainqueurs dans un recueil imprim&#233; &#224; Apt, aux frais de la ville. Il va donc &#234;tre offert en mod&#232;le &#224; nos jeunes auteurs. Or vous savez comme nous le malheureux penchant des rimailleurs modernes, je veux dire la manie de franciser. Comme il y a dans votre sc&#232;ne comique quelques termes franchimands (tels que terroir, p&#232;re, m&#232;re) qui, employ&#233;s par un ma&#238;tre tel que vous, pourraient &#234;tre d'un f&#226;cheux exemple, nous vous demandons l'autorisation de les proven&#231;aliser &#224; l'impression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous prie de garder le silence sur ces diverses communications jusqu'au jour de la distribution des fleurs (15 septembre). Nous nous sommes fait une loi de tenir le secret. Aurons-nous le plaisir de vous voir &#224; Apt, et de vous exprimer de vive voix notre sinc&#232;re admiration et notre profonde sympathie ? Dans tous les cas, soyez rassur&#233; sur le d&#233;bit de vos vers. Ils seront his par un jeune avocat de Marseille, votre ami et confr&#232;re Ludovic Legr&#233;, qui, &#224; Arles. nous les d&#233;clama &#224; ravir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je saisis cette occasion pour vous remercier de l'envoi des belles strophes d'Augustin Thierrv et des comptes-rendus de votre acad&#233;mie toulonnaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voste amistous counfraire, e b&#232;n count&#232;nt de l'&#232;stre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Mistral&lt;br class='autobr' /&gt;
Maillane (Bouches du Rh&#244;ne) 18 ao&#251;t 1862. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4. Le blocage culturel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On jugera, par ces quelques passages d'archives ollioulaises, &#224; quelle distance le lettr&#233; proven&#231;aliste, lib&#233;ral qui plus est, comme Thouron, peut se trouver de l'utilisation prosa&#239;que de l'idiome :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 28 janvier 1824, le Juge de Paix du Canton d'Ollioules &#233;crit au Procureur du Roi de l'arrondissement de Toulon :1 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; Monsieur, j'ai l'honneur de vous transmettre des &#233;crits en forme de chanson adress&#233;e sous l'anonyme &#224; des particuliers de cette commune, ces rapsodies quoique d'une signification vague, paraissent n&#233;anmoins attentatoires aux m&#339;urs et &#224; la Religion, capables d'alt&#233;rer la tranquilit&#233; et la bonne harmonie dont jouissent les habitans (graphie de l'&#233;poque) ; veuillez bien, apr&#232;s avoir pris connaissance, me pr&#233;ciser les mesures &#224; prendre pour y mettre un terme en meme temps que je prends celles d'en d&#233;couvrir les auteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant que vous voudrez bien y donner un moment de vos occupations, ne vous laissant pas ignorer que le vicaire, seul pr&#234;tre &#224; Ollioules, dans ce moment, &#224; qui ces &#233;crits sont parvenus, malgr&#233; tous les soins pour les retirer de la circulation, en est vivement affect&#233;. Daignez agr&#233;er l'hommage du respect et de la soumission avec lesquels j'ai celui d'&#234;tre, Monsieur le Procureur du Roi, votre tr&#232;s humble serviteur. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lou Loup Blanc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouinesso per vous amusa / une cansoun ses coumpousa / jusqu'&#224; Marseille ses sachu (bis) / qu oorioure Foyi&#233; pareissu / un loup blanc que vanan canta / se voares ben nous escouta. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Cacoye si trouv&#233; / un loup blanc qu'un enfant tugue / quoique tremouresse de poou (bis) / lajust&#233; lou coou coume foou /Aguessias vis din lou pays / tout lou mounde sigue ravi. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant apr&#232;s ses enana / per v&#233;ire de si fa soouva / heroux d'av&#233; soouva sa peou (bis) / n'en fara faire un beou tableou / car jamai miracle tant grand / qu'un enfant ague tua un loup blanc. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord que l'enfant va noum&#233; / lou paire etm&#233; lou chivau lan&#233; / lan&#233; seca per lou moustrat (bis) / premierament ei majistrat / per av&#233; lei quarante franc / que dounoun quant tuas un loup blanc. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai lou loup es esta blessa / &amp; segu&#233; li danna penssa / un pe&#239;san que la mes de ploun (bis) / avan lou coou de soun pichoun. / Es vengu reclama sa part / es juste que nague lou car. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lou pa&#239;re doou jouine gar&#231;oun / reprengue vite la resoun / laves tira lou premier coou (bis) / oori&#233;s afair&#233; eme en foou / Se sias eici per reclama / siou decida de pleidejar. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cagagno su lapr&#233;s dina / ane soumoundre &#224; mouninas / la grasse peou d'aqueou loup blanc / li digue ne vourent des franc / se mi cresias la prendria leou / ses jamai vis tant bello peou. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se la vour&#233;s pas acheta / a l'empayas siou desida / toutei lei pastre et lei bouchi&#233; / sugu lou veiran voulentier / et trouvaren mai de proufit / en lou proumenant per pays. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journalier que d'aqueou cousta / chaque jour anas travailla / vous pastre quaves de troupeou (bis) / agues plus poou per leis agneous / quand mem&#233;s noorias ges de can / sugus que nan tua lou loup blanc. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avan que si&#233; lou bout de l'an / lei gazeto n'en parlaran / veir&#233;s partout de bulletin (bis) / jamai loup a fa tant de trin (bis) / mai segu&#233; la ben estounan / est que lou loup blan eroun can.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responso &#224; la cansoun doou lou blan, sur lou m&#234;me air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu que vouas fa&#239;re d&#233; cansoun / &#233; qu'as pan soou din lou boussoun / as ma&#239; de croio qu&#233; d&#233; sen / fas pi&#233;ta quand vouas fa d&#233; ven / coumo tant d'autr&#233;is habitan / a ountan d'espri qu'un lou blan. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;puisqu'aime&#233;s tant n'en coumpousa / d'aoutr&#233; suj&#233; vaou t'indica / aqu&#233;ou qu&#233; troump&#233;to tant ben / aqu&#233;ou qu&#233; danse en dian amen / aqu&#233;ou qu&#233; davan lou trin / semblo qu&#233; cride &#224; l'assassin. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;canto mi aqu&#233;l&#233;i borjus / qu&#233; tou l'an couchoun lou marlus / cante aqu&#233;lei moussu f&#233;nian / qu&#233; passoun sa vido en mandian, / &#233; dount l'espri et lou talen / si borne &#224; amoussa lou calen. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;canto mi aqu&#233;lei richar / qu&#233; s&#233;sgorgearien per un liar / aqu&#233;lei qu&#233; la b&#233;che en man / valoun pas s'appela pa&#239;san, / d'aquo s&#233; pouas mi ren canta, / cante aoumen tooun coual&#233; troussa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fio tarado, bastardoun, / vous para tous d&#233; la cansoun / s&#233;siss&#233;z &#233;m'admiratien / aqu&#233;ou suj&#233; d&#233; distractien ; / voudrias qu&#233; din lou cours d&#233; l'an / si tu&#233;gu&#233;sso fouasso lou blan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#233;gardas lou beou boucan que ly a per ave tua un can. / Taou canto qu'aouri&#233; agu poou / c&#233;pendan l'ai douna lou coou ;/ qu&#233; si&#233;gu&#233; un can, que si&#233;gu&#233; un lou, / &#233;ro uno besti coumo vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah taisa vou digu&#233;s plus ren / sias qu&#233; d&#233; tra&#239;t&#233;, d'ignouren / coumo habitas souto lei vaou, / vias lou soul&#233;ou qu&#233;'per un traou / tou&#233;i l&#233;i p&#233;is d&#233; l'anviroun / v'an mes Lan&#231;a&#239;r&#233; per faou noum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Av&#233;s pas crento d&#233; parla / vou poued&#233;s pas soubran cura /aqu&#233;ou qu'avias vous a laissa, / plusieurs aoutr&#233; an refusa / vou faou pas ma&#239; qu'un cap&#233;lan / qu&#233; proum&#233;n&#233; &#233;m&#233; le&#239; pacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;martr&#233;, sibla&#239;r&#233;, uniss&#233;z vou / per canta la cansoun d'oou luou, / la r&#233;pe &#233;m&#233; tou&#233;i s&#233;i grapaou / n'en retentiss&#233; pa pu maou ; / b&#233;nhurous lou can d'estre mouar / avan d'entendr&#233; tant d&#233; pouar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;brama d&#233; vouastr&#233;i vi&#233;is oustaou / brama su Pi&#233;ro d&#233;i badaou, / brama &#233;i cantoun garni d&#233; puou / mount&#233; si t&#233;noun le&#239; counsuou en braman / quan d&#233;vendrez a&#239; / venez chez &#239;&#233;ou, v&#233;nbastara&#239;. /&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(La lettre porte en intitul&#233; &#8220; &#224; remettre &#224; Madlle D&#233;laou, bouch&#232;re, et en son absence &#224; Madlle Gay, au Saint-Esprit. Adresse &#224; Monsieur M&#233;ri, ma&#238;tre cordonnier, rue de la bourgade &#224; Ollioules, Var). Ces documents, conserv&#233;s aux archives municipales de Toulon, montrent comment, dans de sombres p&#233;rip&#233;ties locales o&#249; s'affrontent indirectement les factions politiques, le proven&#231;al intervient en langue de connivence5 d'affrontement entre &#8220; compatriotes &#8221;, le fran&#231;ais &#233;tant r&#233;serv&#233; au vrai d&#233;bat d'id&#233;es. L'administration semble d'autant plus affect&#233;e des propos sybillins du &#8220; corbeau &#8221; ollioulais qu'ils proc&#232;dent de l'&#233;trange familiarit&#233; de l'idiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au registre de la chanson satirique improvis&#233;e s'oppose, tout aussi &#233;touffant &#224; sa mani&#232;re, le proven&#231;al des sermons du pr&#234;tre ollioulais. Sermons de l'abb&#233; Delestrade, recteur d'Ollioules (Bibl. Mun. Marseille, ras. 1910) : Dans un de ses longs, tr&#232;s longs sermons proven&#231;aux, l'abb&#233; &#233;voque devant les p&#234;cheurs, les &#8220; peccadoux &#8221; ollioulais, le jugement dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Elleis m&#234;mes esten jugea reignara un silenssi terribl&#232;, un trainblament generau, un fremissamen universel sesira touteis leis assistans, et se levara sur son trone, la terrour din la vouas, lou fu&#232; din leis huils, la foudro &#224; la man et parlara per la derniere fes. oujourdhuy que nous parle em&#233; doussour lescoutan pas : mas alors que parlara din sa furour, l&#233;scoutaren et ques que dira... prounoussara contro leis peccadoux un arrest irrevoucable que l'infer executara tout de suito, retira vous de davant iou maudits, amis brula dins un fuec eternel, ques esta prepara per lou demoun et per leis anges... au fuech anas din lou fuech fremos sensuellos et delicatos, din lou fu&#233; hommes de plaisir, din lou fuech oubri&#233;s d'initiqua, abouminables peccadoux, anas brula din toutei lei siecles, vou duvi ren, vous rejetti per toujours. &#8221; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A longueur de pages, le pr&#234;tre ass&#232;ne les m&#234;mes menaces, les m&#234;mes visions apocalyptiques, au service d'une morale contraignante. La parole proven&#231;ale, not&#233;e par le pr&#234;tre dans le d&#233;sordre de ses deux normes, fran&#231;aise et phon&#233;tique, une fois de plus vise avant tout le publie vuln&#233;rable des femmes et des jeunes filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux dans ces conditions l'audace relative et le blocage culturel d'un Thouron. Son insistance graphique, dans le choix d'une orthographe classique, le range du c&#244;t&#233; de Raynouard. Un Raynouard qui lui &#233;crit le 18 mars 1826 : &#8220; Monsieur et Cher Compatriote, j'ai lu avec int&#233;r&#234;t vos vers proven&#231;aux. Que Th&#233;mis ne vous fasse pas oublier les Muses &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conscience de m&#233;ridionalit&#233; de Thouron est donc bien loin de ce prosa&#239;sme &#233;touffant dans lequel petit appara&#238;tre, au ras du sol, une parole proven&#231;ale et un &#233;crit proven&#231;al : Ollioules est bon exemple. Thouron essaie effectivement de r&#233;concilier sa culture classique et sa connaissance r&#233;elle du peuple. Il puise dans les travaux de Raynouard sa conscience discr&#232;te d'une dignit&#233; de Langue, qui fut jadis langue de grande culture, et dont l'orthographe &#233;tymologique est le signe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il puise aussi dans les travaux de A. Thierry, son ancien condisciple d'Ecole Normale, une conscience m&#233;ridionale plus &#8220; nationalitaire &#8221;. Dans ses feuilletons publi&#233;s &#224; partir de 1820, et dans ses Lettres sur l'Histoire de France, Thierry, pour la premi&#232;re fois, pr&#233;sentait les terres m&#233;ridionales comme celles d'une nation jadis conquise par les Francs, puis par les Fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Thierry, &#233;puis&#233;, gravement malade, vient se reposer &#224; Carqueiranne, Thouron est l'indispensable organisateur. Son amiti&#233; efficace pour le grand savant ne se d&#233;mentira jamais. Il lui adresse alors une plaisante &#233;p&#238;tre, o&#249; il &#233;voque leurs anciens souvenirs d'internat &#224; Paris, les pions, la mauvaise nourriture, etc. Mais les quelques vers du d&#233;but, dans une bonhomie souriante et d&#233;dramatisante, donnent au choix d'&#233;criture proven&#231;ale de Thouron toute sa dimension &#8220; nationalitaire &#8221; rentr&#233;e : du temps o&#249; nous n'&#233;tions pas encore conquis &#8221; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Epitro &#224; Moussu Thierry, Ooutour deis Lettros su l'Histoiro de Fran&#231;o et d'aoutreis ouvrag&#233;s, qu'&#233;ro vengu oou casteou de Carqueirano per restablir sa santa. Mai 1830.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fuilletan dins leis chrounicos &lt;br class='autobr' /&gt;
En ligen leis viels escrivan,&lt;br class='autobr' /&gt;
Avez destria, rendu publicos, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ben d&#233; cavos qu'ignouravian. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sias jouin&#233; d'ag&#233;, vieil d&#233; scien&#231;o, &lt;br class='autobr' /&gt;
Sabez lou grec et lou latin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Per av&#233; ma&#239; de counnouissen&#231;o, &lt;br class='autobr' /&gt;
Foudri&#233; ben si l&#233;va matin ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtan mi siou mes &#224; la testo &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233; vous prendr&#233; enchui en d&#233;faou &lt;br class='autobr' /&gt;
Et vous vaou parla prouven&#231;aou. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mi direz qu'ai d&#233; lems d&#233; resto, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#239; d&#233;vinas ce qu'ei&#231;o dis &lt;br class='autobr' /&gt;
Dins la lenguo qu&#233; si parlavo, &lt;br class='autobr' /&gt;
D'oou tems qu'eriam panca counquis.&lt;br class='autobr' /&gt; Se li coumprenez ren, tampis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bouta, li perdr&#232;s pas grand cavo. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'oouri&#233; pensa li agu seize ans, &lt;br class='autobr' /&gt;
(Car la caouvo es e&#239;tado drolo) &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'oouri&#233; di, quan si trouvavian &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutei dous &#224; la m&#233;me escolo, &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'avar&#233; Moussu Sarman &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous fasi&#233; mangea d&#233; m&#233;l&#233;to &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'&#233;roun facho &#233;m&#233; d'uous couadi... &#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Graphie de l'&#233;dition de 1872.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5. Les jeunes lib&#233;raux d'avant 1830 et le proven&#231;al.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de &lt;i&gt;L'Observateur de Toulon et du Var&lt;/i&gt;, qui ne vit que quelques mois en 1825-1826, puis celle de &lt;i&gt;L'Aviso de la M&#233;diterran&#233;e&lt;/i&gt;, en 1828, dont la carri&#232;re sera plus durable, montrent la jeune vigueur du lib&#233;ralisme bourgeois &#224; Toulon. Malheureusement, il subsiste tr&#232;s peu de num&#233;ros, et il est impossible de proc&#233;der &#224; un d&#233;pouillement v&#233;ritable des th&#232;mes trait&#233;s, comme &#224; Marseille, par exemple. Nous avons montr&#233; combien la presse lib&#233;rale marseillaise est hostile au proven&#231;al dans lequel elle voit un facteur d'arri&#233;ration politique et &#233;conomique (cf. &lt;i&gt;Lengas&lt;/i&gt;, 1985, Usage politique du proven&#231;al). Sans doute en allait-il de m&#234;me &#224; Toulon. Nous en avons en tout cas l'exemple avec l'&#233;ph&#233;m&#232;re entreprise du Hy&#233;rois Alphonse Denis (familier des journaux lib&#233;raux de Marseille, Avignon, Aix). Son journal, &lt;i&gt;Les Archives dit Var, journal philosophique, scientifique et litt&#233;raire, de la France m&#233;ridionale&lt;/i&gt;, est publi&#233; &#224; Toulon du 25 f&#233;vrier au 1' septembre 1829.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alphonse Denis, parisien, n&#233; en 1794, a dix-neuf ans quand, sorti de Saint-Cyr, il combat &#224; Montereau l'arm&#233;e des Alli&#233;s, qui ram&#232;ne les Bourbons, il re&#231;oit la Croix. Il doit quitter l'arm&#233;e &#224; la Restauration, tente une carri&#232;re d'homme de lettres &#224; Paris : on joue &#224; l'Od&#233;on, 22 fois, sa com&#233;die &lt;i&gt;L'Ami du Mari, ou la Bague&lt;/i&gt;, en 1822. Puis le voil&#224; &#224; Hy&#232;res, propri&#233;taire, physiocrate, et toujours amoureux des Lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les jeunes lib&#233;raux &#233;taient partisans de la d&#233;centralisation, du pouvoir municipal, dans la mesure o&#249; ils y voyaient un moyen de propager plus vite la francisation et le progr&#232;s. Denis le proclame d&#232;s le premier num&#233;ro de son journal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; L'unique moyen de gouverner le peuple en France, aujourd'hui qu'il est affranchi, c'est de l'&#233;clairer... Tous nos efforts vont tendre d&#233;sormais &#224; faire de cette partie de la nation fran&#231;aise, si intelligente, si prompte, si caract&#233;ris&#233;e sous le double rapport de l'activit&#233; et de l'imagination, mais en g&#233;n&#233;ral si peu instruite et si peu r&#233;fl&#233;chie, une masse pensante, en &#233;tat de lutter avec la France septentrionale dans la carri&#232;re des sciences, des arts et de l'indus. trie... Eh quoi ! les Proven&#231;aux, les Languedociens, les habitans du Comtat, ceux des Basses et des Hautes-Alpes, voudront demeurer stationnaires au milieu du mouvement g&#233;n&#233;ral des esprits ? Ils resteront froids aux r&#233;cits historiques puis&#233;s dans leurs nobles et antiques annales ? Ils ne chercheront point &#224; voir clair dans leurs int&#233;r&#234;ts commerciaux, ils repousseront des avis salutaires qui leur feront conna&#238;tre quelles ressources ils peuvent tirer de leur sol, de leur position g&#233;ographique, des richesses min&#233;ralogiques renferm&#233;es au sein de la terre qui leur appartient ? Eh quoi ! Ils pr&#233;f&#233;reront des d&#233;s ou des cartes &#224; des lectures int&#233;ressantes ou &#224; des discussions favorables au d&#233;veloppement de leurs facult&#233;s intellectuelles ? En v&#233;rit&#233; nous ne saurions le croire ; et quand nous examinons attentivement les ouvrages scientifiques et litt&#233;raires publi&#233;s dans les principales villes du Midi depuis 15 ans, nous nous obstinons &#224; penser que certains, &#224; l'humeur noire, font le mal plus s&#233;rieux qu'il n'est r&#233;ellement. A.D. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Archives du Var&lt;/i&gt;, de fa&#231;on presque caricaturale, pr&#233;sentent les revendications des jeunes lib&#233;raux : large autonomie communale, d&#233;centralisation culturelle dans la cr&#233;ation fran&#231;aise ; il ne s'agit pas de s'opposer &#224; Paris et &#224; la langue fran&#231;aise, mais tout au contraire de faire par l&#224; p&#233;n&#233;trer plus vite, par des foyers d'initiatives locaux puisque le pouvoir royal est d&#233;faillant, une langue et une culture dont seule la capitale peut vraiment jouir. Le Midi, obscurantiste et archa&#239;que parce qu'ignorant, basculera alors dans le lib&#233;ralisme politique et le d&#233;veloppement capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette jeune bourgeoisie est donc &#224; sa fa&#231;on patriote - elle ne r&#234;ve pas, &#224; tout le moins publiquement, de &#8220; monter&#8221; &#224; Paris, mais bien de promouvoir le &#8220; pays &#8221;. Son patriotisme r&#233;gional se nourrit d'une vision nouvelle de l'histoire m&#233;ridionale. Ainsi l'&lt;i&gt;Histoire du droit municipal en France&lt;/i&gt;, de Raynouard (1829), fait saluer le Brignolais de Paris, non comme le vulgarisateur de la lyrique occitane m&#233;di&#233;vale, qui int&#233;resse &#224; vrai dire bien peu Denis, mais comme le d&#233;fenseur des franchises municipales et des libert&#233;s constitutionnelles. De m&#234;me, on trouve dans les &lt;i&gt;Archives du Var&lt;/i&gt; du 6 mars 1829 un hommage appuy&#233; &#224; A. Thierry, un des ma&#238;tres de la nouvelle Histoire. (Thierry se reposait alors &#224; Carqueiranne) : son ouvrage annonc&#233;, &lt;i&gt;L'Histoire de la Gaule sous l'administration romaine&lt;/i&gt; int&#233;resse surtout les hommes de la France m&#233;ridionale, plus anciennement civilis&#233;s que ceux du Nord ; c'est presque un devoir pour les personnes qui recherchent des documents sur l'ancienne histoire de Provence de lire et d'&#233;tudier un livre plein d'une &#233;rudition consciencieuse et trac&#233; sur des bases nouvelles &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis, qui se d&#233;finit comme romantique, &#233;crit dans son journal le 12 ao&#251;t 1829 : &#8220; La litt&#233;rature romantique, qui n'est pas toujours le roman proprement dit, n'est donc autre chose que l'histoire r&#233;elle des sentimens de l'&#226;me tels qu'ils se d&#233;veloppent ou pourraient se d&#233;velopper dans les circonstances possibles et impossibles de la vie. Ses accessoires et ses moyens sont les m&#339;urs, les usages, les modes, les coutumes des peuples... &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, dans l'entreprise de d&#233;centralisation culturelle envisag&#233;e par les jeunes lib&#233;raux, Denis est un des premiers &#224; jeter un regard d'esth&#232;te sur le pass&#233;, proven&#231;al. On peut en juger par sa communication de 1829 &#224; l'Acad&#233;mie de Marseille, &#224; laquelle les journaux lib&#233;raux de Provence font grand &#233;cho : &#034;Essais sur les ressources qu'offrent les annales historiques de la Provence au po&#232;te, au peintre et au romancier&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; S'il est vrai, comme l'ont voulu prouver quelques auteurs, que les sensations et que les sentiments ou les affections de l'&#226;me soient plus prononc&#233;s chez les peuples qui habitent le Midi, que chez ceux qui demeurent vers le Nord, si les yeux de l'imagination y portent davantage l'empreinte des passions &#233;nergiques ou m&#234;me exag&#233;r&#233;es ; si, &#233;tranger &#224; tous les calculs de formes ou de convenances litt&#233;raires, l'esprit s'y livre &#224; des &#233;carts piquants et inattendus, certes, voil&#224; de puissants motifs pour que l'histoire d'une nation qui aura v&#233;cu sous de telles influences pr&#233;sente des pages rappelant de nobles actions, de tableaux rehauss&#233;s de brillants coloris, des sc&#232;nes de la vie priv&#233;e pleines de verve et d'originalit&#233;... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rappel&#233; le rude et sanglant moyen &#226;ge du Nord, il ajoute : &#8220; Il n'en est pas de m&#234;me dans la topographie historique de la Provence : ici le peuple marchait le premier en t&#234;te de la civilisation europ&#233;enne ; les arts, doux fruits des inspirations d'un beau ciel, florissaient prot&#233;g&#233;s par les princes et le go&#251;t g&#233;n&#233;ral. Le sol &#233;tait cultiv&#233; et productif, les fleurs, les arbrisseaux odorif&#233;rants croissaient sur cette terre comme par magie ; une mer semblable le plus souvent &#224; un beau et immense lac, semblait avoir &#233;t&#233; plac&#233;e l&#224; comme &#224; dessein pour embellir le fond d'un d&#233;licieux paysage ; si donc le mauvais g&#233;nie des si&#232;cles barbares agitait quelquefois sa torche au milieu de ces contr&#233;es favoris&#233;es, au moins n'est-il pas vrai que se pr&#233;sentait alors une opposition frappante entre les faits et les lieux. Si nous ne devons pas taire les &#233;garements du fanatisme, les coups de poignard port&#233;s et re&#231;us, malgr&#233; la foi des trait&#233;s ; si nous ne pr&#233;tendons pas cacher d'am&#232;res humiliations, des fl&#233;aux hideux et d&#233;vorants, nous dirons qu'aid&#233;e par sa bonne nature, l'humanit&#233; finissait toujours par r&#233;clamer ses droits au sein d'une soci&#233;t&#233; vraiment polic&#233;e eu &#233;gard au reste de l'Europe. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis voit le moyen-&#226;ge occitan &#224; travers le d&#233;cor paradisiaque de la campagne de l'Est toulonnais. Il puise dans les vieilles chroniques : &lt;i&gt;L'Abbaye de Saint Pierre d'Almanarre, nouvelle historique traduite du proven&#231;al&lt;/i&gt;, en 1828, &lt;i&gt;Chroniques et traditions proven&#231;ales&lt;/i&gt; ensuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;tour par le pittoresque du moyen-&#226;ge proven&#231;al &#233;lude le probl&#232;me de la langue demeur&#233;e celle du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut juger de l'estime dans laquelle Denis tient l'entreprise d'&#233;crit proven&#231;al par la critique assassine qu'il donne de la publication du Marseillais Bellot, en 1829. Bellot, bon exemple de ces po&#232;tes bilingues port&#233;s au devant de la sc&#232;ne par leur seule po&#233;sie proven&#231;ale, et bon exemple aussi de ces po&#232;tes &#8220; amateurs &#8221; (il &#233;tait modeste fabricant&#8221;marchand drapier), avait r&#233;ussi &#224; rompre, dans la connivence marseillaise, la s&#233;v&#233;rit&#233; anti-proven&#231;ale des journaux lib&#233;raux marseillais, &lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt; au premier chef. Mais leur indulgence ne tenait qu'au chatouillement dialectal, quelles que soient par ailleurs leurs condamnations de l'arri&#233;ration de &#8220; l'idiome natal &#8221;. On jugera de la diff&#233;rence avec la condamnation des lib&#233;raux toulonnais, qui, sous la plume de Denis, renvoient Bellot &#224; son n&#233;ant po&#233;tique fran&#231;ais, sans m&#234;me lui faire l'honneur de mentionner sa po&#233;sie proven&#231;ale : &#8220; Mes Momens perdus : En recevant de Marseille le recueil de po&#233;sies imprim&#233;es sous ce titre, nous avons d'abord h&#233;sit&#233; &#224; rendre compte d'un ouvrage dont l'auteur nous paraissait avoir les plus justes droits &#224; mourir paisible et inaper&#231;u, sans les presses de M. Achard &#8221;. Le journal critique ensuite le style l&#226;che, incorrect, l'abus de la mythologie facile : &#8220; Quand tout est mauvais, absolument mauvais, et que le bl&#226;me ne peut &#234;tre temp&#233;r&#233; par aucun &#233;loge m&#233;rit&#233;, la critique devient sans int&#233;r&#234;t pour le publie. Nous nous bornons seulement &#224; affirmer qu'apr&#232;s les moments perdus de M. Bellot, il n'en est point qui m&#233;ritent mieux ce nom, que ceux employ&#233;s &#224; lire cet ouvrage. L'auteur s'est sans doute cru dans ce beau si&#232;cle o&#249; une charade ins&#233;r&#233;e dans Le Mercure donnait une place non contest&#233;e parmi les gens de lettres &#8221;. (Archives du Var, 1- juillet 1829, n' 10.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en ce tournant de 1829-1830, au fort de l'offensive anti-patois de la jeune presse lib&#233;rale, des voix contestent cette apparente unanimit&#233;. Le Toulonnais Terrin publie, en 1830, dans la Revue de Provence de ses amis marseillais, lib&#233;rale, moderniste, antiproven&#231;aliste, un long texte sur la langue d'Oc. Le ma&#238;tre de pension de Solli&#232;s-Pout, fils de famille &#233;cart&#233; de l'enseignement religieux pour maladie nerveuse, sympathisant saint-simonien, salue de fa&#231;on inattendue la gloire pass&#233;e de la langue d'Oc (sans pouvoir lui ouvrir de perspective).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'Origine, des Progr&#232;s et de l'Influence de la Langue proven&#231;ale - J.C. Terrin&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220; Ainsi le grec et le latin, le fran&#231;ais, l'italien et l'anglais sont enseign&#233;s et connus chez tous les peuples qui sont au niveau des connaissances modernes, parce que ces langues ont une litt&#233;rature, parce qu'elles ont &#233;lev&#233; &#224; l'&#233;loquence et &#224; la po&#233;sie des monumens pr&#233;cieux. Ces m&#234;mes peuples d&#233;daignent, au contraire, les idiomes qui n'ont rien produit, ou dont les essais informes ne peuvent servir de mod&#232;les : parmi ces idiomes d&#233;daign&#233;s, il en est un cependant qui m&#233;rite l'attention des hommes de lettres, et surtout la n&#244;tre : c'est la langue que parlaient nos a&#239;eux, et que nous parlons encore quelquefois nous-m&#234;mes ; c'est cette langue romane, ancien idiome des proven&#231;aux, si c&#233;l&#232;bre en Europe, dans le moyen-&#226;ge, et dont les d&#233;pouilles ont enrichi l'italien, le fran&#231;ais, l'espagnol et l'anglais... &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gauchit les th&#232;mes de Raynouard et Diouloufet sur l'origine, l'&#233;volution, les influences de la langue d'Oc : &#8220; Quoique le proven&#231;al soit retomb&#233; dans l'oubli, il n'en conserve pas moins des droits &#224; la reconnaissance de l'Europe ; et son influence n'en est pas moins une tr&#232;s grande &#233;poque dans l'histoire de l'esprit humain. Etouff&#233;s par l'ignorance et la barbarie, dans le Xe si&#232;cle, les esprits paraissaient morts ; la po&#233;sie proven&#231;ale les ranima, elle dissipa ce fatal engourdissement dans lequel des calamit&#233;s sans nombre et un d&#233;luge de brigands sortis du nord avaient plong&#233; tout le Midi ; elle communica enfin le premier mouvement au g&#233;nie des arts et de la civilisation ; et tel est l'encha&#238;nement des choses humaines, qu'&#224; ce premier mouvement on peut attribuer raisonnablement l'essor immense que prit l'Europe dans le quinzi&#232;me si&#232;cle... &#8221; &#8220; Est-on bien certain, conclut-il, que ces avantages n'eussent pas &#233;t&#233; perdus, ou du moins ajourn&#233;s pendant de longues ann&#233;es encore, si les productions de la langue proven&#231;ale n'avaient pas &#233;veill&#233; l'Europe ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Terrin jette son pav&#233; dans la mare lib&#233;rale impavide. L'argumentation de Terrin n'est pas repouss&#233;e, elle n'est pas examin&#233;e . Fait nouveau, et qui p&#232;sera, elle faisait co&#239;ncider la d&#233;fense du proven&#231;al et l'id&#233;e de Progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq ans apr&#232;s, Terrin publie une &lt;i&gt;Histoire de Provence &#224; l'usage des &#233;coles&lt;/i&gt;, dont l'avant-propos indique - &#8220; La division de la France en d&#233;partements a fini par faire perdre &#224; nos anciennes provinces leur existence individuelle, pour les fondre toutes enti&#232;res dans cette admirable unit&#233; fran&#231;aise qui fait notre force, et que l'Europe nous envie &#8221;. A son tour, Terrin, dont les le&#231;ons auront contribu&#233; &#224; donner l'amour du proven&#231;al &#224; bien des adolescents (comme Senes dit La Sinse), bute sur l'impasse de tous les renaissantistes - comment assurer un avenir au proven&#231;al quand l'unit&#233; fran&#231;aise impose l'unit&#233; de langue ? Thouron se d&#233;faussait du probl&#232;me par un humour bon enfant, dans son &#233;p&#238;tre adress&#233;e &#224; son ami et ancien condisciple d'Ecole Normale, Augustin Thierry, lors de sa venue &#224; Carqueiranne en 1830. (Ep&#238;tre en proven&#231;al. cela s'entend.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Va&#239; cercar Molinari&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de la presse lib&#233;rale des ann&#233;es 1820 nous a permis, peut-&#234;tre, de comprendre l'origine de l'expression qui &#233;tait encore si fr&#233;quente sur le littoral il y a peu. Que d'explications avons-nous entendues, toutes plus probl&#233;matiques les unes que les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute, la bonne explication est-elle dans ces quelques lignes du &lt;i&gt;Messager de Marseille&lt;/i&gt; du 15 septembre 1826. On mesure alors combien l'expression, devenue proverbiale, a perdur&#233; bien apr&#232;s que son explication premi&#232;re ait &#233;t&#233; oubli&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220; L'Echo du Soir annonce qu'un monsieur de Rocheplatte doit venir &#224; Marseille pour donner un coup d'&#233;paule &#224; la fr&#233;gate &#233;gyptienne : cette fr&#233;gate dans sa position n'a pas besoin d'un ing&#233;nieur. La personne qui lui donnera r&#233;ellement le coup d'&#233;paule pour la mettre &#224; la mer, est le sieur Molinary, ancien ma&#238;tre d'&#233;quipage, domicili&#233; &#224; la Ciotat, tr&#232;s expert dans l'art de relever les b&#226;timents naufrag&#233;s, et dont chacun sur toute la c&#244;te sait appr&#233;cier le talent, aussi y a-t-on recours. &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SUITE : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article272' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise 4. La mutation des ann&#233;es 1830&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Groupe de recherche action sur l'identit&#233; des habitants de la Seyne sur mer&lt;/p&gt;
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