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		<title> &#034;Langues r&#233;gionales : de l'enqu&#234;te de 1807 au Caf&#233; du Commerce philosophique&#034;, revue &#034;micRomania&#034; (Charleroi, BE) 74, septembre 2010.</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>
		<dc:subject>MicRomania</dc:subject>
		<dc:subject>Onfray</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; propos d'un article de Michel Onfray &lt;br class='autobr' /&gt; En 1806, dans le cadre de la Statistique g&#233;n&#233;rale de l'Empire, le Minist&#232;re fran&#231;ais de l'Int&#233;rieur initia une vaste enqu&#234;te sur les &#171; idiomes &#187; [1] d&#233;pourvus d'officialit&#233; parl&#233;s dans les d&#233;partements fran&#231;ais, enqu&#234;te qui d&#233;borda sur plusieurs cantons de la Conf&#233;d&#233;ration helv&#233;tique.&#8232;Men&#233;e de 1807 &#224; 1812, cette enqu&#234;te inachev&#233;e demandait aux pr&#233;fets une traduction litt&#233;rale de la parabole biblique de l'Enfant Prodigue dans le ou les &#171; langages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot612" rel="tag"&gt;MicRomania&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot613" rel="tag"&gt;Onfray&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos d'un article de Michel Onfray&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L150xH217/micromania-7ab5e.jpg?1792458966' width='150' height='217' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1806, dans le cadre de la Statistique g&#233;n&#233;rale de l'Empire, le Minist&#232;re fran&#231;ais de l'Int&#233;rieur initia une vaste enqu&#234;te sur les &#171; idiomes &#187; [1] d&#233;pourvus d'officialit&#233; parl&#233;s dans les d&#233;partements fran&#231;ais, enqu&#234;te qui d&#233;borda sur plusieurs cantons de la Conf&#233;d&#233;ration helv&#233;tique.&#8232;Men&#233;e de 1807 &#224; 1812, cette enqu&#234;te inachev&#233;e demandait aux pr&#233;fets une traduction litt&#233;rale de la parabole biblique de l'Enfant Prodigue dans le ou les &#171; langages populaires &#187; [1] du d&#233;partement, ainsi que tout renseignement sur ces parlers. Le Ministre souhaitait &#233;galement recevoir, s'il en existait, des textes, en vers ou en prose, utilisant ces idiomes. Dans leurs traductions de la parabole, les pr&#233;fets devaient faire conna&#238;tre avec soin les &#233;ventuelles nuances dialectales d'un m&#234;me idiome. Le Ministre d&#233;sirait enfin que soient pr&#233;cis&#233;es, si possible, les limites du territoire o&#249; chaque parler &#233;tait en usage.&#8232;&#192; la diff&#233;rence de la fameuse, mais seulement officieuse enqu&#234;te Gr&#233;goire, men&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1790 aupr&#232;s des clubs jacobins locaux, l'entreprise &#233;tait donc cette fois officielle, et imp&#233;rative.&#8232;&#192; la diff&#233;rence encore de l'enqu&#234;te Gr&#233;goire, dont la vis&#233;e l'an&#233;antissement des &#171; patois &#187;, vecteurs de l'obscurantisme, l'enqu&#234;te imp&#233;riale se voulait uniquement statistique, et sa demande ne portait pas explicitement une stigmatisation. Mais cet inventaire avant disparition participait cependant de la m&#234;me entreprise glottophagique, qui voulait assurer, &#224; terme, le monolinguisme fran&#231;ais dans l'&#201;tat fran&#231;ais.&#8232;Dans un ouvrage r&#233;cent, Visions de l'idiome natal [2], j'ai pr&#233;sent&#233; les commentaires dont accompagn&#232;rent leurs r&#233;ponses les pr&#233;fets, et les enqu&#234;teurs qu'ils avaient sollicit&#233;s (notables grands et petits, notaires, maires, eccl&#233;siastiques, enseignants&#8230;). Ma zone d'investigation concernait les idiomes romans que le Ministre ne savait ranger ni parmi les parlers d'O&#239;l, ni parmi les parlers italiques : soit le catalan, les parlers d'Oc, et, pour employer une d&#233;finition actuelle, les parlers francoproven&#231;aux.&#8232;Mais bien &#233;videmment, en d&#233;pouillant cet impressionnant dossier [3], j'ai lu aussi les commentaires concernant les idiomes populaires de tous les autres d&#233;partements.&#8232;Pour s'en tenir ici aux langues r&#233;gionales romanes, le constat g&#233;n&#233;ral est celui d'une perte de substance devant la pr&#233;gnance de la langue d'&#201;tat. Et tout particuli&#232;rement dans les d&#233;partements fran&#231;ais avant les conqu&#234;tes imp&#233;riales : la pratique encore g&#233;n&#233;rale de &#171; l'idiome natal &#187; s'accompagne, depuis les bouleversements r&#233;volutionnaires, d'une francisation rapide du parler populaire :&#8232;&#171; Personne sans doute ne contestera la n&#233;cessit&#233; de conna&#238;tre les diverses langues vulgaires des provinces de la France et d'en constater l'&#233;tat actuel. Le moment est peut-&#234;tre arriv&#233; qui compl&#232;tera leur alt&#233;ration et marquera leur d&#233;cadence &#187; [4].&#8232;&#192; partir de ce constat, les r&#233;ponses des enqu&#234;teurs s'inscrivent dans un &#233;cart&#232;lement.&#8232;Certaines de ces langues jouissent aupr&#232;s d'enqu&#234;teurs &#233;rudits, (et m&#234;me aux yeux de Coquebert de Montbret, initiateur et responsable de l'enqu&#234;te), d'une certaine reconnaissance en dignit&#233;. Elles ont en effet pu soutenir des entreprises litt&#233;raires (ainsi du catalan, du languedocien, du picard, du pi&#233;montais, du proven&#231;al), voire jouir, bien au-del&#224; du Moyen &#194;ge, d'une officialit&#233; dont le souvenir perdure (ainsi du catalan ou du b&#233;arnais). Pour autant, cette consid&#233;ration relative n'appara&#238;t en rien porteuse d'avenir aux enqu&#234;teurs.&#8232;&#171; Un habitant des d&#233;partemens [sic] m&#233;ridionaux de la France qui &#233;crira un ouvrage, m&#234;me une simple lettre, l'&#233;crira en fran&#231;ais, quoique le proven&#231;al ou le languedocien soit sa langue maternelle et une langue cultiv&#233;e &#187; [4].&#8232;R&#233;duites &#224; la seule oralit&#233;, ces langues entrent en fait dans la cat&#233;gorie ordinaire des &#171; patois &#187;, et sont donc, comme eux, vou&#233;es &#224; la disparition. Et c'est d'ailleurs, &#224; l'autre extr&#233;mit&#233; de l'&#233;cart&#232;lement, le point de vue de la plupart des sous-pr&#233;fets et pr&#233;fets, peu enclins &#224; la prise en compte en dignit&#233; de ces idiomes.&#8232;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, leur p&#233;joration de tout parler populaire se conforte de trois donn&#233;es.&#8232;La premi&#232;re donn&#233;e est celle de la corruption. Les patois d'O&#239;l, les parlers francoproven&#231;aux, les dialectes nord-occitans ne leur appraraissent que comme du mauvais fran&#231;ais, du fran&#231;ais corrompu. Constat certes brutal et m&#233;prisant, mais qui, aux yeux de l'administration, laisse envisager une francisation facile, non seulement dans le Bassin parisien et dans les zones septentrionales du Massif central, mais aussi dans les zones francophones de l'actuelle Belgique, de la Conf&#233;d&#233;ration helv&#233;tique, du Val d'Aoste, et m&#234;me du Pi&#233;mont (le pi&#233;montais n'&#233;tant qu'un vieux fran&#231;ais gangren&#233; d'italien !).&#8232;La seconde donn&#233;e, plus perverse, est celle du m&#233;lange, qui ne nie pas la sp&#233;cificit&#233; des patois au regard du fran&#231;ais, mais qui les discr&#233;dite en tant que Langues. Les patois sont n&#233;s d'un salmigondis de gaulois, de latin, et de tous les parlers des peuples qui ont anciennement occup&#233; leur territoire, des Germains aux Sarrasins, sans oublier, &#224; l'occasion, les plus r&#233;cents, Anglais ou Espagnols... Nous sommes donc ici dans le domaine de l'incoh&#233;rence, &#224; rebours de la solidit&#233; linguistique du fran&#231;ais.&#8232;La troisi&#232;me donn&#233;e est celle de l'&#233;clatement, qui d'une certaine fa&#231;on met &#224; bas la volont&#233; classificatrice du responsable de l'enqu&#234;te, Coquebert de Montbret. Coquebert souhaitait que les idiomes inventori&#233;s soient class&#233;s en grands ensembles linguistiques : lui m&#234;me regroupera nombre de parlers m&#233;ridionaux sous le terme de langue d'Oc, langue dont il s'efforcera de pr&#233;ciser les limites ; il s'interrogera sur la parent&#233; du picard et du wallon, des parlers du Forez avec ceux du Sud ou ceux de l'Est, etc.&#8232;Or, &#224; l'oppos&#233; de l'unit&#233; interne des grandes zones linguistiques et dialectales, l'antienne de la plupart des pr&#233;fets est celle de l'&#233;clatement. &#171; L'idiome natal &#187; ne saurait &#234;tre trait&#233; en Langue, car il varie de vall&#233;e &#224; vall&#233;e, de commune &#224; commune, voire de quartier &#224; quartier &#8230;&#8232;Cette variation d'accentuation et parfois de lexique, n'emp&#234;chait pas, on le sait, l'intercompr&#233;hension entre locuteurs du m&#234;me idiome, intercompr&#233;hension qui, chez nos anciens, participait d'une d&#233;lectation de la reconnaissance : &#171; je suis d'ici, et toi tu es de l&#224;&#8230; &#187;.&#8232;Et, sans pour autant nier la sp&#233;cificit&#233; de chaque idiome roman, il existe entre tous une &#171; sympathie &#187; fondamentale qui fait que les lecteurs de bonne volont&#233;, (ceux de MicRomania en ont sans doute fait l'exp&#233;rience), sont &#224; m&#234;me d'acc&#233;der &#224; la lecture d'autres idiomes, y compris les plus &#233;loign&#233;s g&#233;ographiquement, &#224; partir de la pratique du leur. Dans sa participation &#224; l'enqu&#234;te de 1807, Champollion-Figeac, pourtant sans illusions ni regrets sur l'avenir des parlers populaires, situait l'appr&#233;hension de ce continuum dans la nostalgie de la koin&#233; originelle, celle de la vieille langue romane n&#233;e du latin &#224; l'aube du Moyen &#194;ge, et ensuite &#233;clat&#233;e en d'innombrables parlers. Sismondi fera de m&#234;me. L'unit&#233; se fondait en quelque sorte sur la diversit&#233;.&#8232;Mais, chez nos enqu&#234;teurs imp&#233;rieux, ce constat d'une grande banalit&#233;, et d'une grande &#233;vidence, de la fragmentation dialectale, devient l'argument majeur pour ne pas reconna&#238;tre les idiomes en langues.&#8232;La linguistique a depuis longtemps fait justice de cette all&#233;gation. L'id&#233;e commence m&#234;me &#224; passer dans le domaine commun que tout parler est langue, et que toute langue (y compris le fran&#231;ais, du Qu&#233;bec au S&#233;n&#233;gal, de la Wallonie &#224; la Provence), quel que soit son degr&#233; de normalisation officielle et m&#233;diatique, participe peu ou prou, dans son oralit&#233;, de la vari&#233;t&#233; dialectale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, la partie est loin d'&#234;tre gagn&#233;e. R&#233;cemment encore, dans un article du Monde, &#171; Les deux bouts de la langue &#187;, [5], un repr&#233;sentant &#233;minent de l'intelligentsia fran&#231;aise, le philosophe Michel Onfray, renvoyait en d&#233;rision au &#171; politiquement correct &#187; cette vision scientifique et persistait dans le floril&#232;ge de l'&#233;clatement. Les langues r&#233;gionales n'existent pas : existent seulement des microdialectes, &#171; chacun correspondant &#224; une &#233;troite zone g&#233;ographique d&#233;termin&#233;e par le pas d'un homme avant l'invention du moteur &#187;. Notre philosophe en a d'ailleurs la preuve : &#171; j'eus des amis corses qui, le vin aidant, oubliaient un instant leur religion et leur cat&#233;chisme nationaliste pour avouer qu'un berger du cap corse ne parlait pas la m&#234;me langue que son compagnon du cap Pertusato ! &#187;. On appr&#233;ciera au passage la d&#233;licatesse du t&#233;moignage, selon lequel ces braves Corses ne retrouvent leur lucidit&#233; que pris de boisson&#8230; Il aurait pourtant suffi &#224; notre philosophe de lire les nombreuses &#233;tudes, et notamment celles du collaborateur de MicRomania, le professeur des universit&#233;s Jacques Fusina, pour r&#233;aliser que l'appr&#233;hension des vari&#233;t&#233;s dialectales de la langue corse n'a aucunement besoin de vin ros&#233;.&#8232;Ces philosophiques propos, dignes du Caf&#233; du Commerce, et tout &#224; fait ignorants des notions contemporaines de polynomie, de polys&#233;mie, etc, n'auraient pas d'importance s'ils ne r&#233;v&#233;laient un malaise tr&#232;s r&#233;pandu dans l'opinion au sujet des appartenances linguistiques. L'incapacit&#233; visc&#233;rale du monolingue, (&#233;duqu&#233; dans l'id&#233;ologie uniformatrice) &#224; admettre la double, ou triple comp&#233;tence linguistique de l'Autre, le porte &#224; des rejets sans &#233;tats d'&#226;me. Ainsi, dans un village proche de la ville o&#249; je demeure, ce sont des n&#233;o-proven&#231;aux qui agressent la municipalit&#233; &#224; cause d'une chronique en proven&#231;al dans le bulletin municipal, chronique qu'ils ne comprennent pas, qu'ils ne cherchent pas &#224; comprendre, et qui donc, selon eux, les exclut : vive le tout fran&#231;ais. (Cette attitude sectaire n'est pas, bien heureusement, le fait de tous les nouveaux r&#233;sidents !).&#8232;On con&#231;oit que le Philosophe ne pouvait s'en tenir &#224; cette intol&#233;rance sans principe. Au-del&#224; de son propos sur l'absence d'homog&#233;n&#233;it&#233; de la langue r&#233;gionale, c'est sur le plan de l'&#233;thique qu'il lui faut argumenter.&#8232;&#192; ce niveau, pour Gr&#233;goire et ses &#233;mules, les choses &#233;taient claires : &#171; l'idiome natal &#187; est vecteur de r&#233;gression et d'obscurantisme. Notre philosophe d&#233;place l'attaque et la situe sur le terrain oh combien actuel et br&#251;lant de la x&#233;nophobie.&#8232;C'est que, &#233;crit Michel Onfray, &#171; la langue r&#233;gionale exclut l'&#233;tranger, qui est pourtant sa parant&#232;le r&#233;publicaine. Elle fonctionne en cheval de troie de la x&#233;nophobie, autrement dit, puisqu'il faut pr&#233;ciser les choses, de la haine de l'&#233;tranger, de celui qui n'est pas &#171; n&#233; natif &#187;, comme on dit &#187;.&#8232;Sans aborder ici l'&#233;pineuse question de l'usage politique des langues, remarquons que le philosophe veut ignorer que toute langue, r&#233;gionale ou pas, et donc aussi la sienne, langue nationale s'il en est, peut &#233;galement fonctionner en exclusion de l'Autre. A contrario, il n'envisage pas le cas o&#249; des populations parlant pratiquement la m&#234;me langue, en sont arriv&#233;es &#224; des affrontements sanglants. Les Balkans contemporains en ont offert le terrible spectacle.&#8232;Enfin, le philosophe semble ne pas voir que, loin de proc&#233;der d'un statut m&#233;taphysique d'&#233;ternit&#233;, toute langue peut &#234;tre r&#233;gionale et minoritaire ici, nationale et h&#233;g&#233;monique l&#224;. O&#249; passe alors la fronti&#232;re de l'exclusion ou de la non-exclusion de l'Autre ? La langue fran&#231;aise est &#171; patois &#187; en Louisiane, langue d'une nation en cristallisation au Qu&#233;bec, (en d&#233;fensive permanente contre la langue anglaise), et langue nationale triomphante en France&#8230; Le catalan peut &#234;tre langue r&#233;gionale d'un c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re et langue officielle d'une communaut&#233; constitutionnelle de l'autre. L'occitan gascon peut &#234;tre langue r&#233;gionale en France et langue administrativement reconnue au Val d'Aran catalan. Etc.&#8232;Remarquons &#233;galement une certaine incons&#233;quence au regard de la vitalit&#233; actuelle des langues r&#233;gionales, question &#233;videmment majeure et complexe, que l'on peut aborder sous l'angle de l'h&#233;ritage comme sous l'angle de la revitalisation. Alors que la situation des langues r&#233;gionales de France et des &#233;tats voisins pr&#233;sente des diff&#233;rences consid&#233;rables, tant dans l'usage social r&#233;el que dans les tentatives de normalisation et les statuts officiels de reconnaissance, Michel Onfray r&#233;duit toutes ces langues &#224; des parlers moribonds, dont la r&#233;animation articielle ne serait que &#171; tanathophilique &#187; et d&#233;risoirement &#171; jacobine &#187; dans la normalisation artificielle. On peut se demander alors pourquoi alors s'acharner des agonisants : si leurs jours sont compt&#233;s, la symbolique de fermeture sur soi qui les accompagne dispara&#238;tra avec eux...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais sans entrer dans ces d&#233;tails, et en faisant l'impasse entre ses &#171; deux bouts de la langue &#187; sur la question des langues nationales, Michel Onfray pointe la perspective pacifique et r&#233;conciliatrice d'une langue commune :&#8232;&#171; &#192; l'autre bout de la langue de fermeture, locale, &#233;troite, x&#233;nophobe, il existe une langue d'ouverture &#187; : non pas l'anglais dollaris&#233;, qu'il rejette, mais l'esperanto.&#8232;Soyons clairs : en attente de l'av&#232;nement miraculeux de l'esperanto (que je ne pratique pas, mais que pratiquent nombre de d&#233;fenseurs des langues r&#233;gionales !), c'est en fait ici le monoliguisme fran&#231;ais dans l'espace francophone qui est point&#233; ici, et le monolinguisme de la langue d'&#201;tat en Espagne ou en Italie.&#8232;Sous le Premier Empire, Champollion-Figeac n'usait pas de contorsions moralisantes pour justifier l'imposition du fran&#231;ais. Hypertrophi&#233; par ses conqu&#234;tes, l'Empire de 1812 &#233;tendait ses d&#233;partements sur le territoire d'une partie ou de la totalit&#233; des actuels &#233;tats d'Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Monaco, Pays-Bas, Suisse&#8230;&#8232;Dans ces zones annex&#233;es, en sus naturellement du fran&#231;ais, dont l'officialit&#233; d&#233;bordait d&#233;j&#224; depuis longtemps, au Nord comme &#224; l'Est, les fronti&#232;res de la France d'Ancien R&#233;gime, le pouvoir imp&#233;rial &#233;tait confront&#233; &#224; des langues jusqu'alors officielles : allemand, castillan, italien, n&#233;erlandais&#8230; Si l'occupant fran&#231;ais se devait provisoirement de les utiliser, afin d'assurer une communication imm&#233;diate, &#224; tr&#232;s court terme leurs jours de leur officialit&#233; &#233;taient compt&#233;s. Dans sa r&#233;ponse au Ministre, dont il avait l'oreille, r&#233;ponse qui sera publi&#233;e imm&#233;diatement, l'&#233;rudit Champollion-Figeac l'annon&#231;ait sans ambages :&#8232;&#171; Dans les d&#233;partemens r&#233;unis, un d&#233;lai fatal fix&#233; par le gouvernement a &#233;tabli l'usage irr&#233;vocable de la langue fran&#231;aise dans les actes publics, et on &#233;crit tout en fran&#231;ais, quoiqu'on y parle vulgairement allemand, pi&#233;montais ou italien &#187; [op.cit].&#8232;La langue du pouvoir politique devait s'imposer, d'abord dans l'usage administratif, puis, &#224; terme, dans tous les usages, y compris l'oralit&#233; quotidienne. Ainsi le fran&#231;ais deviendrait-il la seule langue de l'Empire hypertrophi&#233;, et pourquoi pas, ult&#233;rieurement, la seule langue de l'Europe&#8230;&#8232;Si les langues nationales des &#233;tats conquis devaient ainsi dispara&#238;tre, on se doute que le destin des idiomes populaires ne pouvait &#234;tre que la mort. Encore que, cas d'esp&#232;ce, le conqu&#233;rant fran&#231;ais utilisera provisoirement le catalan contre le castillan pour essayer d'amadouer les Catalans du Sud.&#8232;L'enqu&#234;te imp&#233;riale fut interrompue en 1812, alors qu'avec les graves revers militaires, le pouvoir commen&#231;ait &#224; avoir d'autres soucis que la statistique et la vari&#233;t&#233; des idiomes...&#8232;Mais quelque deux cents ans apr&#232;s, on ne peut que le constater, persiste l'id&#233;ologie s&#233;culaire de l'unicit&#233; linguistique de la langue d'&#201;tat. Peut-&#234;tre aujourd'hui est-elle exacerb&#233;e dans l'intelligentsia fran&#231;aise, de fa&#231;on inconsciemment d&#233;fensive, par le sentiment qu'&#224; son tour le fran&#231;ais, &#224; l'&#233;chelle du monde, devient une langue r&#233;gionale.&#8232;Locuteur du fran&#231;ais, d&#233;fenseur du fran&#231;ais, dans lequel je parle, je r&#234;ve et j'&#233;cris tout comme je le fais dans mon proven&#231;al h&#233;rit&#233;, cette attitude agressive de crispation ne m'appara&#238;t pas la meilleure fa&#231;on de faire vivre et rayonner la langue de notre philosophe, pr&#233;sent&#233; dans son article comme &#171; philosophe fran&#231;ais &#187;. La cause du fran&#231;ais m&#233;rite sans doute mieux que la p&#233;joration injustifi&#233;e contre des d&#233;fenseurs des langues r&#233;gionales, qui dans leur grande majorit&#233; ne l'agressent en rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#171; Idiome &#187; est l'appellation officielle de ce que le Ministre d&#233;signe aussi comme &#171; langue vulgaire &#187; (au sens de communes) ou &#171; langage populaire &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Visions de l'idiome natal &#224; travers l'enqu&#234;te imp&#233;riale sur les patois (1807-1812) (langue d'Oc, francoproven&#231;al, catalan : France, Suisse, Italie)&lt;/i&gt;. &#201;ditions Trabucaire, Canet en Roussillon, 2010.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Les documents recueillis par le Ministre de l'Int&#233;rieur sont dispers&#233;s, notamment entre la Biblioth&#232;que Nationale et les Archives Nationales (Paris), la Biblioth&#232;que Municipale de Rouen, plusieurs archives d&#233;partementales fran&#231;aises et archives cantonales helv&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] J-J.Champollion-Figeac, &lt;i&gt;Nouvelles recherches sur les Patois ou Idiomes vulgaires de la France, et en particulier ceux du d&#233;partement de l'Is&#232;re...&lt;/i&gt;, Paris, Goujon, 1809.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques-Joseph Champollion-Figeac (1778-1867), (fr&#232;re du c&#233;l&#232;bre &#233;gyptologue) &#233;tait biblioth&#233;caire adjoint de la ville et professeur de litt&#233;rature grecque de la facult&#233; des Lettres de Grenoble.&lt;br class='autobr' /&gt; [5] Michel Onfray, &#171; Les deux bouts de la langue &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 juillet 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>J.-L M&#233;lenchon et la charte des langues europ&#233;ennes</title>
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		<dc:date>2025-10-23T14:21:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;lenchon</dc:subject>
		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

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&lt;p&gt;11 Septembre 2013 - Le Parlement europ&#233;en a adopt&#233;, &#224; une tr&#232;s large majorit&#233;, un rapport sur les langues europ&#233;ennes menac&#233;es de disparition, et la diversit&#233; linguistique au sein de l'Union europ&#233;enne. Charte langues &lt;br class='autobr' /&gt; Il s'agissait en fait de pr&#233;coniser la ratification et l'application de la Charte des langues europ&#233;ennes. Alors que les d&#233;put&#233;s du Front de Gauche ont vot&#233; pour, Jean-Luc M&#233;lenchon, &#233;galement &#233;lu du Front de Gauche, en son &#226;me et conscience a vot&#233; contre ce rapport. Grand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;Identit&#233;. G&#233;n&#233;ralit&#233;s&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;M&#233;lenchon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;11 Septembre 2013 - Le Parlement europ&#233;en a adopt&#233;, &#224; une tr&#232;s large majorit&#233;, un rapport sur les langues europ&#233;ennes menac&#233;es de disparition, et la diversit&#233; linguistique au sein de l'Union europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+REPORT+A7-2013-0239+0+DOC+XML+V0//FR&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Charte langues&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agissait en fait de pr&#233;coniser la ratification et l'application de la Charte des langues europ&#233;ennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que les d&#233;put&#233;s du Front de Gauche ont vot&#233; pour, Jean-Luc M&#233;lenchon, &#233;galement &#233;lu du Front de Gauche, en son &#226;me et conscience a vot&#233; contre ce rapport.&lt;br class='autobr' /&gt;
Grand branlebas dans Landerneau (si j'ose dire, car les propos de Jean-Luc M&#233;lenchon sur la langue bretonne - les langues bretonnes, disait-il - , notamment en mai 2008, avaient fait quelques remous dans les cercles bretonnants).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; J.L.M&#233;lenchon aussit&#244;t pr&#233;sent&#233; sur cent sites, blogs et autres tweets comme l'ennemi des langues r&#233;gionales, cependant que sur autant de sites, blogs, et tweets, il est f&#233;licit&#233; pour son vote, au nom de l'unit&#233; de la R&#233;publique et du salut de la langue nationale...&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si la ligne g&#233;n&#233;rale est bonne, je n'ai jamais cach&#233; le peu d'empathie que j'ai pour certaines positions personnelles de J.L.M&#233;lenchon (pour lequel j'ai appel&#233; &#224; voter), mais, en ce qui me concerne, je souhaite raison garder &#224; propos de celle-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord en &#233;vitant les caricatures ou les mensonges par omission.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;lenchon n'a jamais dit qu'il &#233;tait contre les langues r&#233;gionales ; il est hostile &#224; la signature de la charte, ce qui n'est pas la m&#234;me chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mieux d'ailleurs est de se reporter &#224; ce qu'il disait au S&#233;nat lors de sa fameuse intervention &#224; propos des langues r&#233;gionales, le 13 mai 2008.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. sur son blog : &lt;a href=&#034;http://www.jean-luc-melenchon.fr/2008/05/21/butor-et-demi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;M&#233;lenchon Langues&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand J.L.M&#233;lenchon &#233;crivait &#224; propos du d&#233;p&#233;rissement des langues r&#233;gionales, &#034;si le nombre de locuteurs diminue et si leur &#226;ge moyen s'&#233;l&#232;ve, il faut en chercher la cause ailleurs que du c&#244;t&#233; de la R&#233;publique et de la loi&#034;, je ne peux qu'&#234;tre d'accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces langues ne sont pas directement en perte d'usage &#224; cause de la loi, mais &#224; cause de leur antique p&#233;joration sociologique et de leur exclusion du champ de la survie, de la valorisation et de la promotion sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien a priori n'emp&#234;che de parler proven&#231;al, mais je n'entends pratiquement jamais de proven&#231;al autour du moi, hormis le proven&#231;al des quelques aficionados, dont je suis. Ce qui n'emp&#234;che pas bien de ces aficionados d'imaginer qu'un jour la langue de Mistral retentira &#224; nouveau sur les march&#233;s de Provence, si la fameuse Charte est sign&#233;e... En tout cas, pour l'heure, question langues minoritaires, c'est plut&#244;t de l'arabe et du berb&#232;re que j'entends sur le march&#233; qui fut cher &#224; Gilbert B&#233;caud, et &#034;l'accent&#034; ne s'y prom&#232;ne plus vraiment, car lui aussi est frapp&#233; de la m&#234;me p&#233;joration qui jadis signa la mort du proven&#231;al... Personne n'a interdit l'accent dit m&#233;ridional, mais en tout cas, ici, il dispara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je donne ci-dessous une carte qui peut impressionner un &#233;tranger : &#034;que de langues et de dialectes en France ! Quelle vari&#233;t&#233; !&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L218xH232/langues_de_france-c2073.png?1791717018' width='218' height='232' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En effet. Mais il s'agit d'une carte statique, une carte de dialectologues traquant les isoglosses et &#233;pinglant les parlers ruraux comme des papillons de collection, une carte qui ne refl&#232;te pas la r&#233;alit&#233; vivante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait, au cas par cas, voir quel parler n'est plus que souvenir, quel parler ne survit que par la publication confidentielle, quel parler n'est plus que celui des anciens et des nostalgiques, quel parler a encore de vrais, jeunes et nombreux locuteurs quotidiens, quel parler b&#233;n&#233;ficie d'&#234;tre &#224; cheval sur une fronti&#232;re au-del&#224; de laquelle il devient langue officielle, etc... Traiter des langues de France en soi, m&#233;taphysiquement, n'a aucun sens, si on ne nourrit pas la d&#233;finition d'analyses concr&#232;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci dit, pour qui se d&#233;sole de voir d&#233;p&#233;rir ces parlers d'antan, comment relier les efforts pour les maintenir en vie aux dispositions de la Charte europ&#233;enne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons encore sur l'intervention au S&#233;nat de J.L.M&#233;lenchon en 2008 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Mais l'homme qui s'exprime en cet instant, fier d'&#234;tre jacobin, ne parlant que la langue fran&#231;aise pour s'adresser &#224; vous ou bien l'espagnol, langue de ses grands-parents, et qui, s'il devait apprendre une autre langue, choisirait l'arabe, langue minoritaire la plus parl&#233;e dans la r&#233;gion d'&#206;le-de-France dont il est l'&#233;lu, ne vient pas devant vous pour discuter de la question de savoir si l'on est pour ou contre les langues r&#233;gionales &#8211; ce qui est absurde &#8211; ou, pire encore, si l'on est pour ou contre la diversit&#233; culturelle : il s'agit de savoir si le cadre l&#233;gal existant est adapt&#233;, car il en existe d&#233;j&#224; un, ou si la France a besoin de ratifier la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires pour faire progresser la diffusion de celles-ci. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La question est parfaitement l&#233;gitime. En ce qui me concerne, j'ai plusieurs fois fait part de mes r&#233;flexions en ce sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y reviens pas, sinon pour dire mon scepticisme devant la Charte, devant ce seul recours &#224; l'affichage officiel et &#224; l'enseignement en &#034;langue r&#233;gionale&#034;, d'autant que ce recours, aussi sympathique qu'il puisse &#234;tre &#224; beaucoup, ne proc&#232;de pas, loin de l&#224;, d'une exigence populaire majoritaire, comme elle l'est en Catalogne Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le propos n'est pas de faire la fine bouche ou de tout rejeter. Si l'on est attach&#233; aux langues r&#233;gionales, il faut bien tenter des essais de gu&#233;rison, m&#234;me sans s'illusionner sur l'issue de la r&#233;animation. Elle est possible, mais combien difficile...&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, je consid&#232;re comme tr&#232;s positive la position nuanc&#233;e et r&#233;aliste du R&#233;seau Langues et Cultures de France, (tr&#232;s li&#233; au Front de Gauche), qui, apr&#232;s s'&#234;tre &#233;tonn&#233; que Jean-Luc M&#233;lenchon prenne une position contraire &#224; celle de l'organisation qu'il repr&#233;sente, lui rappelle le texte du Front de Gauche que le candidat Jean-Luc M&#233;lenchon disait avoir assum&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le Front de gauche dans sa volont&#233; de refonder une Europe au service des peuples, int&#232;grera les langues et cultures de France comme moyen d'ouverture sur nos voisin europ&#233;ens en proposant de r&#233;viser tant la Constitution que la Charte europ&#233;enne des langues, pour en permettre la signature&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. la lettre ouverte &#224; J.L.M&#233;lenchon du R&#233;seau :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://languesculturefrance.free.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lettre ouverte&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit bien d'&#339;uvrer pour la r&#233;vision de la Charte, et non son acceptation en l'&#233;tat. Voil&#224;, et j'en suis bien d'accord, l'issue positive &#224; ce d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Nation fran&#231;aise et le destin des langues r&#233;gionales</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article97</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:52:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R.Merle, &#034;La Nation fran&#231;aise et le destin des langues r&#233;gionales&#034;. Conf&#233;rence - d&#233;bat - Carrefour la&#239;que d'Aubenas - 29 avril 2004 &lt;br class='autobr' /&gt; Mesdames, Messieurs, chers amis, le th&#232;me de ce soir n'est pas a priori de ceux qui peuvent mobiliser les foules. D'autant plus merci &#224; vous d'&#234;tre venus si nombreux, malgr&#233; ce temps de chien. Le destin des langues r&#233;gionales ? Dans l'exp&#233;rience quotidienne de chacun, la question n'appara&#238;t-elle pas r&#233;gl&#233;e par la pr&#233;sence absolue du fran&#231;ais, langue (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Oc. Destin de la langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R.Merle, &#034;La Nation fran&#231;aise et le destin des langues r&#233;gionales&#034;. Conf&#233;rence - d&#233;bat - Carrefour la&#239;que d'Aubenas - 29 avril 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs, chers amis, le th&#232;me de ce soir n'est pas a priori de ceux qui peuvent mobiliser les foules. D'autant plus merci &#224; vous d'&#234;tre venus si nombreux, malgr&#233; ce temps de chien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le destin des langues r&#233;gionales ? Dans l'exp&#233;rience quotidienne de chacun, la question n'appara&#238;t-elle pas r&#233;gl&#233;e par la pr&#233;sence absolue du fran&#231;ais, langue nationale, langue vivante, langue des jeunes, langue unique qui ne laisse aucun interstice &#224; toute autre forme d'expression, sinon &#224; un anglo-am&#233;ricain envahissant... Pour ne parler que de notre Midi, et je vous prie de recevoir la remarque sans la moindre connotation raciste ou x&#233;nophobe, un touriste promenant dans les rues d'Aubenas, de Toulouse, de Marseille ou de Bordeaux, a plus de chances d'entendre de l'arabe, du kabyle, du flamand ou de l'anglais que de l'occitan. Qu'ils soient de ceux qui consid&#232;rent comme normale une chanson am&#233;ricaine &#224; la radio, mais comme malvenue une chanson en langue d'oc, ou qu'ils soient de ceux qui vous parlent avec plaisir, ou avec &#233;motion, du patois de leurs grands-parents, nos compatriotes, &#224; tout la moins la plupart d'entre eux, ne voient aucun avenir aux langues r&#233;gionales, tout simplement parce qu'ils ne leur voient aucun pr&#233;sent. D&#233;j&#224; scell&#233;, le destin des langues r&#233;gionales est derri&#232;re nous, il est celui de l'embaumement dans les dictionnaires, de la survie artificielle dans de petits c&#233;nacles ghetto&#239;s&#233;s, il est celui de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si cette vision &#233;tait la mienne, vous vous doutez que je ne serai pas ici pour le seul plaisir morose de sonner le glas sur des parlers d&#233;funts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je suis venu &#233;changer avec vous sur ce destin des langues nationales, c'est d'abord parce que cette question a &#233;t&#233; une des cl&#233;s de la formation et de l'affirmation de la nation fran&#231;aise. Parce que aujourd'hui cette question est un sympt&#244;me occult&#233;, mais un sympt&#244;me majeur, des mutations que conna&#238;t notre nation, un sympt&#244;me des virtualit&#233;s positives comme des menaces qui se dessinent dans cette &#233;tape nouvelle de construction de l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je remercie donc le Carrefour la&#239;que de m'avoir invit&#233; &#224; traiter un sujet si riche d'int&#233;r&#234;t. Mais en m&#234;me temps je maudis un peu le Carrefour de me confier la patate chaude, tant ce sujet complexe peut susciter des jugements a priori, tant il peut porter des engagements passionnels, tant il peut nourrit agressions et pol&#233;miques. Agressions externes, se justifiant de l'arri&#233;ration, de l'inutilit&#233; des langues r&#233;gionales, de la menace qu'elles feraient peser sur l'unit&#233; nationale. Pol&#233;miques internes au petit monde des associations de d&#233;fense de ces langues, &#224; propos de d&#233;finitions de parlers, de d&#233;limitations de zones linguistiques, de choix graphiques, etc. La proche Provence en est un bel exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Agressions et pol&#233;miques qui, avant d'aller plus loin, me font d&#233;j&#224; r&#233;pondre &#224; la question basique : &#8220;De quel lieu parlez-vous ? Qu'est-ce qui vous autorise &#224; parler de ce sujet ? De quel c&#244;t&#233; vous rangez-vous ? &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfant et adolescent, j'ai re&#231;u dans l'oreille, sinon dans la bouche, en m&#234;me temps que le fran&#231;ais, et l'italien d'une de mes grands-m&#232;res, la langue commune de mes grands-parents y compris de la grand-m&#232;re italienne, ce populaire proven&#231;al maritime de Marseille ou de Toulon... Mes parents ne me l'ont jamais parl&#233;e. Je l'ai r&#233;cup&#233;r&#233;e plus tard, et j'en suis devenu locuteur et lecteur dans une d&#233;marche personnelle de fid&#233;lit&#233; et de plaisir. Je l'ai &#233;crit, pour la publication et pour le th&#233;&#226;tre. Je l'ai enseign&#233;, au lyc&#233;e et dans des cours publics. Mais ce choix de langue n'a &#233;t&#233; en rien exclusif de celui du fran&#231;ais, vous vous en doutez. Ma production romanesque en t&#233;moigne dans le registre du plaisir personnel. Mais il est vrai que cette production est sous-tendue par une r&#233;flexion sur le destin de ces langues et leur rapport au fran&#231;ais, y compris dans cet ouvrage, Gentil n'a qu'un &#339;il, que je pr&#233;sente ce soir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Citoyen et militant, je me suis interrog&#233; dans l'apr&#232;s-1968, au moment de la grande pouss&#233; du r&#233;gionalisme culturel, voire politique, sur le rapport de ce r&#233;gionalisme &#224; la conscience nationale. L'ouvrage Culture occitane, per avan&#231;ar, est n&#233; de cela en 1977 aux &#201;ditions sociales. J'ai continu&#233; &#224; d&#233;velopper cette r&#233;flexion dans la presse, et en particulier dans une collaboration r&#233;guli&#232;re au quotidien La Marseillaise, ainsi que dans diverses associations culturelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Historien des usages linguistiques, j'ai longtemps travaill&#233; sur le biliguisme dans le grand Sud-Est fran&#231;ais et en Suisse, sur l'&#233;criture de la langue d'Oc et des parlers francoproven&#231;aux. De ce travail sont n&#233;es de nombreuses publications, dont une th&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; les titres qui me permettent d'aborder le th&#232;me de ce soir dans une relative connaissance de cause. Vous le voyez, tout en &#233;tant li&#233;s &#224; un approfondissement de connaissances objectives, ces titres m'impliquent profond&#233;ment, au plus vif de mon v&#233;cu, de mes engagements, de mes convictions.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire que mon propos n'a rien d'une v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, il demeure subjectif et n'a pas d'autre but que de nourrir l'&#233;change et le d&#233;bat, &#224; condition que le d&#233;bat demeure celui de gens de bonne volont&#233; et de tol&#233;rance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, je voudrais en introduction rappeler trois donn&#233;es majeures.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re donn&#233;e met l'accent sur une contradiction de taille :&lt;br class='autobr' /&gt; d'un c&#244;t&#233;, vous avez un &#233;tat fran&#231;ais qui depuis des si&#232;cles de royaut&#233;, et encore plus depuis l'empire, a &#233;t&#233; un &#233;tat extr&#232;mement centralis&#233;, qui a tenu en bride tout pouvoir local ou r&#233;gional, un &#233;tat qui s'est identifi&#233; &#224; un monolinguisme total et qui a lanc&#233; de par le monde le concept &#224; la fois linguistique et id&#233;ologique de francophonie.&lt;br class='autobr' /&gt; mais aussi, si vous savez &#233;couter, sous le fran&#231;ais triomphant de cet &#233;tat, vous entendrez comme un murmure, un bruissement qui parfois s'&#233;teint, un bruissement qui parfois devient cri, celui des dizaines et des dizaines d'idiomes, de patois, de dialectes, d'idiomes, de langues, appelez-les comme vous voudrez, qui furent parl&#233;es en France. L'abb&#233; Gr&#233;goire le d&#233;plorait aux d&#233;buts de la premi&#232;re R&#233;publique : la majorit&#233; des Fran&#231;ais ne parlaient pas fran&#231;ais, et le comprenaient qu'&#224; peine, ou pas du tout... Bien des linguistes l'ont &#233;crit : la France est de tous les &#233;tats europ&#233;ens un de ceux qui pr&#233;sentent, ou qui ont pr&#233;sent&#233;, la plus grande vari&#233;t&#233; linguistique. Et je me limite au cadre m&#233;tropolitain, sans aborder le riche domaine des d&#233;partements et territoires d'outre-mer...&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde donn&#233;e rel&#232;ve d'une mise en perspective historique : ces parlers si nombreux proc&#232;dent en effet d'origines fort diverses. Des langages parl&#233;s avant la conqu&#234;te romaine ne subsiste que le basque, lambeau myst&#233;rieux du n&#233;olithique. Le celte que parlaient les Gaulois est mort avec la conqu&#234;te romaine, mais les migrations bretonnes l'ont en quelque sorte r&#233;anim&#233; en Armorique dans les premiers si&#232;cles de notre &#232;re. Le flamand de l'extr&#234;me Nord, le francique de Lorraine, l'alsacien t&#233;moignent des grandes invasions germaniques &#224; la fin de l'empire romain. Mais sur la plus grande partie du territoire actuel de la France, c'est du latin des conqu&#233;rants romains que sont issus les parlers romans. Alors que l'&#233;glise, les notaires, l'enseignement, allaient pendant des si&#232;cles perp&#233;tuer le latin classique &#233;crit, c'est donc sur le cadavre du latin parl&#233; que sont n&#233;s ces parlers romans, parlers romans que les linguistes regroupent en trois grands ensembles :&lt;br class='autobr' /&gt; Le premier ensemble, qui est sans doute rest&#233; dans l'accent et le lexique le plus proche de la latinit&#233;, celui de l'ensemble d'Oc. constitu&#233; de grandes zones dialectales (languedocien, proven&#231;al, vivaro-alpin, limousin, auvergnat, gascon, etc). Ces zones pr&#233;sentent des variantes plus ou moins sensibles dans la prononciation, dans le lexique, mais ces variantes n'emp&#234;chent pas l'intercompr&#233;hension. Les soldats des grandes guerres, et en particulier ceux des tranch&#233;es de 14, en ont souvent fait l'exp&#233;rience. Le catalan est un rameau de la langue d'Oc m&#233;di&#233;vale qui s'en est d&#233;tach&#233; pour vivre de sa propre vie.&lt;br class='autobr' /&gt; Le second ensemble est celui des parlers dits improprement francoproven&#231;aux dans le Lyonnais, le Nord de l'Ard&#232;che et du Dauphin&#233;, le Forez, la Savoie. Ces parlers, encore familiers &#224; l'oreille d'un M&#233;ridional, t&#233;moignent d'un &#233;tat relique de ce qui allait devenir plus au nord la langue d'O&#239;l.&lt;br class='autobr' /&gt; Troisi&#232;me ensemble enfin, celui des parlers d'O&#239;l, lui aussi partag&#233;e en grandes zones dialectales (gallo, picard, wallon, normand, champenois, bourguignon, lorrain etc). C'est dans cet ensemble que s'est tr&#232;s t&#244;t affirm&#233; en langue nationale le parler de l'Ile de France, parler de la Cour et du Roi, autrement dit le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notons-le bien, la formation de ces trois ensembles, et, &#224; l'int&#233;rieur de ces ensembles, la formation des zones infra-dialectales, ne doit gu&#232;re &#224; ces fronti&#232;res que l'on dit naturelles. Ainsi parle-t-on le m&#234;me francoproven&#231;al et le m&#234;me occitan des deux c&#244;t&#233;s des Alpes, et le m&#234;me catalan des deux c&#244;t&#233;s des Pyr&#233;n&#233;es. &#192; partir de la d&#233;composition du latin dans le grand chaos du premier Moyen &#194;ge, une historiographie linguistique m&#233;ticuleuse peut reconstituer les cristallisations linguistiques, autour des pouvoirs f&#233;odaux, des pouvoirs eccl&#233;siastiques, le long des grands axes et des grands centres de circulation marchande ou religieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ces trois ensembles, ajoutons le corse qui appartient &#224; la grande famille des parlers italiques, eux aussi issus du latin, comme, faut-il le rappeler, sont ailleurs n&#233;s du latin les parlers espagnols, portugais, rh&#233;to-romanches ou roumains...&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce bref rappel historique, nous pouvons d&#233;j&#224; tirer quelques constatations. Les langues sont mortelles. D'aucunes meurent en se transformant, en donnant naissance &#224; de nombreux enfants : ce fut la cas du latin. D'autres meurent lentement, mais s&#251;rement d'&#234;tre submerg&#233;es par un imp&#233;rialisme vainqueur. Ce fut le cas du gaulois, qui, d'abord abandonn&#233; par les classes dominantes, mit quatre si&#232;cles &#224; s'&#233;teindre sous la domination romaine. Peut-&#234;tre en ira-il de m&#234;me du fran&#231;ais face &#224; la pr&#233;gnance de l'anglo-am&#233;ricain.&lt;br class='autobr' /&gt; Troisi&#232;me donn&#233;e : quelle que soit leur origine, n&#233;olithique, celtique, latine, germanique, ces parlers ont connu des fortunes diverses, dont t&#233;moigne la grande vari&#233;t&#233; de leurs appellations :&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi du mot &#8220;parler&#8221;, qui prend tout son sens dans l'absence d'&#233;criture. Nos grands-parents parlaient un &#8220;patois&#8221; (je mets des guillemets) qu'ils ne savaient comment &#233;crire, sinon, &#224; leur fa&#231;on, phon&#233;tiquement. Aujourd'hui, les Fran&#231;ais, depuis l'&#233;cole, consid&#232;rent avec respect, et parfois avec terreur, l'orthographe du fran&#231;ais, dont la cons&#233;cration &#233;crite fait exploser l'audience des dict&#233;es de Pivot et la vente des dictionnaires. Ces m&#234;mes Fran&#231;ais auraient beaucoup de mal &#224; imaginer qu'aux Etats-Unis, dans des localit&#233;s rurales de Louisiane, les anciens parlent encore un fran&#231;ais ancestral qu'ils n'ont jamais &#233;crit, et pour cause : &#224; la diff&#233;rence du Qu&#233;bec, ce fran&#231;ais transmis par la famille n'avait jamais &#233;t&#233; enseign&#233; officiellement. Ce fran&#231;ais n'&#233;tait que sons, et parfois ceux qui se risquaient &#224; l'&#233;crire utilisaient une graphie anglo-saxonne... Aujourd'hui, malgr&#233; les efforts des associations francophones, ce fran&#231;ais qu'un patois abandonn&#233; par les jeunes... Les vieux parlent fran&#231;ais, les jeunes r&#233;pondent en anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par deux fois je viens de prononcer ce mot de &#8220;patois&#8221;, ce mot si p&#233;joratif, si d&#233;valorisant invent&#233; en France par la sup&#233;riorit&#233; francophone pour d&#233;signer tout ce qui n'&#233;tait pas fran&#231;ais. Un mot que Mistral et ses disciples ont lutt&#233; pour remplacer par celui de langue d'Oc. Le mot &#8220;Patois&#8221; d&#233;valorise, le mot &#8220;Langue&#8221; revalorise... Or ce mot &#8220;Patois&#8221;, si p&#233;joratif pour un amoureux de la langue d'oc, sera revendiqu&#233; avec fiert&#233; dans ces cercles &#8220;patois&#8221; qui fleurissent en zone francoproven&#231;ale de votre r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes. Un &#8220;patois&#8221; qui a un caract&#232;re semi-officiel en Suisse, o&#249; le pouvoir finance le glossaire des patois de la Suisse Romande, et en Val d'Aoste italien, o&#249; la r&#233;gion autonome l'a institutionnalis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons encore, par exemple, le mot &#8220;r&#233;gional&#8221;. Les langues r&#233;gionales... D&#233;finition bien courte. Ainsi le catalan en France est une langue r&#233;gionale, en Espagne et &#224; Andorre il est langue nationale. Ainsi le flamand de France est consid&#233;r&#233; comme un parler r&#233;gional en d&#233;su&#233;tude, mais il est une langue nationale en Belgique et aux Pays-Bas... Ainsi le gascon est il en France un dialecte r&#233;gional de la langue d'Oc, mais en Val d'Aran espagnol il a statut de langue officielle...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vous dire &#224; quel point il convient d'&#234;tre prudent et mesur&#233; dans le choix des appellations de ce que, faute de mieux, nous appelons dans le titre de la conf&#233;rence &#8220;langues r&#233;gionales&#8221;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces trois consid&#233;rations initiales propos&#233;es, voyons maintenant, dans un balayage historique &#8220;fondamental&#8221; (je mets des guillemets) le rapport de ces langues &#224; la notion de Nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nos voisins allemands, par exemple, est allemand, ou peut &#234;tre allemand, tout locuteur de l'allemand. La n&#233;buleuse errante des tribus germaniques s'&#233;tait d'abord identifi&#233;e &#224; une langue. Et, dans le fouillis des micro-&#233;tats allemands m&#233;di&#233;vaux, la notion de nation allemande nait au XVIe si&#232;cle autour de l'assomption par le Livre sacr&#233; de la langue commune. La traduction de la Bible en allemand fonde l'Allemagne moderne dans sa langue. Et c'est h&#233;las de cette langue que Hitler justifiait son annexion de l'Autriche, de l'Alsace-Lorraine, ses ambitions sur la Suisse... Et r&#233;cemment, c'est parce qu'ils parlaient allemand que les germanophones de l'ex-URSS, jusqu'au Kazakhstan, ont &#233;t&#233; re&#231;us et naturalis&#233;s d'office dans la grande Allemagne reconstitu&#233;e apr&#232;s 1989...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; la diff&#233;rence de la nation allemande, la nation fran&#231;aise ne s'est pas en rien constitu&#233;e &#224; partir d'un donn&#233; ethnique et linguistique pr&#233;sum&#233; homog&#232;ne. Pendant des si&#232;cles, la France s'est form&#233;e au hasard des strat&#233;gies de conqu&#234;tes, de mariages, d'h&#233;ritages, par le fer et par le feu le plus souvent. Faut-il rappeler l'impitoyable croisade contre les Albigeois et la conqu&#234;te du Sud ? Faut-il rappeler que dans la guerre dite de cent ans, les Aquitains &#233;taient dans le camp anglais ? Pour des populations si diverses ethniquement et linguistiquement, la nation fran&#231;aise s'est forg&#233;e dans le rapport complexe &#224; un pouvoir royal centralis&#233;, autoritaire, mais qui en m&#234;me temps all&#233;geait le poids &#233;crasant des f&#233;odalit&#233;s locales. La nation fran&#231;aise s'est cristallis&#233;e dans l'adh&#233;sion populaire &#224; l'&#233;tat nouveau n&#233; de la grande secousse r&#233;volutionnaire. Elle est vraiment n&#233;e de 1789, quand le sujet est devenu un citoyen... C'est dire que le sentiment national fran&#231;ais a de loin pr&#233;c&#233;d&#233; la pratique du fran&#231;ais. Ils ne parlaient gu&#232;re fran&#231;ais ces Marseillais, ces Proven&#231;aux qui en 1792 travers&#232;rent la France &#224; pieds pour aller jusqu'aux Tuileries renverser la royaut&#233;, eux qui port&#232;rent ce br&#251;lot plus tard devenu hymne national et pour cela depuis nomm&#233; &#8220;La Marseillaise&#8221;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour m'en tenir &#224; un exemple qui m'est cher, puisque je pr&#233;side l'association 1851, les simples gens de Dr&#244;me, d'Ard&#232;che, du Var et des Basses Alpes qui se lev&#232;rent en d&#233;cembre 1851 contre le coup d'&#201;tat, ne parlaient gu&#232;re fran&#231;ais... Au point que le g&#233;n&#233;ral proclam&#233; de la puissante insurrection varoise, Camille Duteil, &#233;crira plus tard : &#8220;Je voulais bien faire mon devoir de citoyen et de soldat, mais je ne me souciais pas d'&#234;tre chef dans le Var et voici pourquoi : d'abord je ne connaissais pas la langue proven&#231;ale, et il faut parler aux hommes leur langage maternel quand on veut &#234;tre bien compris&#8221;. La conscience citoyenne &#233;tait dans le c&#339;ur et dans l'esprit des insurg&#233;s de 1851, m&#234;me si la langue d'oc &#233;tait plus dans leur bouche que le fran&#231;ais...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en 1851, deux g&#233;n&#233;rations apr&#232;s la grande R&#233;volution, allait se concr&#233;tiser d&#233;finitivement un processus &#224; l'&#339;uvre essentiellement depuis la Premi&#232;re R&#233;publique de 1792, un processus qui rend chaque fran&#231;ais comptable de sa connaissance de la langue nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, ne nous y trompons pas, avant 1789 la politique royale n'a jamais &#233;t&#233; une politique linguistique r&#233;pressive imposant l'usage du fran&#231;ais au d&#233;triment des autres parlers. Mais alors, me direz-vous, quid de l'ordonnance de Villers-Coterets qui d&#232;s 1539 en exigeait que les actes officiels, notariaux, et l'&#233;tat-civil ne soient plus r&#233;dig&#233;s en latin, mais en fran&#231;ais ? Il s'agissait &#233;videmment d'une d&#233;cision majeure dans la mise &#224; distance de l'&#201;glise, et dans le contr&#244;le des classes poss&#233;dantes par le pouvoir royal. Mais cette d&#233;cision n'impliquait pas directement la francisation des masses populaires, masses paysannes au premier chef. Pas plus qu'elle n'impliquait l'abandon des parlers r&#233;gionaux par les classes dominantes, nobles et bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour aller vite, on peut dire que jusqu'en 1789, il convient pour le pouvoir que le peuple reste &#224; sa place, donc qu'il reste dans sa langue, c'est-&#224;-dire loin de la lecture, loin des Lumi&#232;res, loin des id&#233;es nouvelles si dangereuse. Pour parler au peuple dans sa langue et ne lui dire que ce qui convient, le pouvoir dispose suffisamment d'interm&#233;diaires : seigneurs, notables de villages, eccl&#233;siastiques, d'autant que l'&#201;glise a fait des parlers r&#233;gionaux un moyen de communication efficace avec le peuple, les femmes en particulier, et qu'elle est pratiquement la seule &#224; imprimer des textes s&#233;rieux en langue r&#233;gionale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La barri&#232;re de classe est alors une barri&#232;re linguistique, mais elle ne se situe pas entre le fran&#231;ais et ce qu'on appelait alors l'idiome natal, &#8220;la lenga dau bres&#8221;. Puisque tout un chacun, y compris nobles et riches, continue &#224; parler l'idiome r&#233;gional, la barri&#232;re est entre ceux qui ont eu acc&#232;s au fran&#231;ais, par l'instruction, par la famille, par le rang social, et ceux qui ne parlent que l'idiome r&#233;gional. C'est dire que l'aspiration au fran&#231;ais en milieu populaire, quand elle existe, proc&#232;de essentiellement du d&#233;sir d'acc&#233;der &#224; la langue du prestige social, &#224; la langue des &#8220;Moussus&#8221;. D'o&#249; ce th&#232;me r&#233;current du &#8220;rast&#232;u&#8221; dans les farces populaires, qui voient le parvenu revenu de la ville dans sa campagne natale, et affectant de ne parler que fran&#231;ais, jusqu'&#224; ce qu'il marche sur un rateau, qu'il se le prenne en pleine poire et qu'il se mette &#224; hurler : &#8220;puta de rast&#232;u !&#8221;...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;pisode r&#233;volutionnaire est l'&#233;pisode majeur. Les Fran&#231;ais &#233;tant dor&#233;navant citoyens, il convient de faire parler pour les citoyens la loi que votent des d&#233;put&#233;s instruits. Il convient que les citoyens connaissent et comprennent la Loi. Pour cela, m&#234;me si dans un premier temps, on traduit la loi en proven&#231;al ou en breton, la perspective, que l'on veut la plus rapproch&#233;e possible, est que le peuple acc&#232;de au fran&#231;ais. C'est tout le sens de la brutale entreprise de l'abb&#233; Gr&#233;goire, par ailleurs parfait homme des Lumi&#232;res et &#233;mancipateur des Juifs. Mort aux patois, en lesquels il ne voit que langue de l'arri&#233;ration et de la r&#233;action.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait quel r&#244;le le creuset politique des clubs r&#233;volutionnaires, puis celui de l'arm&#233;e r&#233;publicaine et napol&#233;onienne, joueront dans l'acculturation fran&#231;aise. La mise en place d'une vraie scolarisation, projet&#233;e par les Montagnards, mais arr&#234;t&#233;e par l'&#233;limination de Robespierre, ne commencera &#224; se faire que dans les ann&#233;es 1830, sous la monarchie de Juillet. C'est alors que l'acc&#232;s &#224; la lecture commencera &#224; se r&#233;pandre dans la jeunesse populaire des villes et des champs, doubl&#233;e d'un d&#233;sir irr&#233;pressible de modernit&#233; et de justice, que les lettres fran&#231;aises du temps peuvent nourrir. On ne comprendrait pas sans cela l'immense retentissement populaire de l'&#339;uvre d'un Victor Hugo, par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paradoxalement, mais paradoxalement en apparence seulement, c'est alors que se r&#233;pand massivement le fran&#231;ais &#224; travers ce processus d'acculturation, que va na&#238;tre une tentative d'&#233;criture en dignit&#233; dans les langues r&#233;gionales, et ce en particulier dans le Midi. On ne peut gu&#232;re &#233;crire sans la perspective d'&#234;tre lu, et voil&#224; que dor&#233;navant s'ouvre &#224; l'&#233;crivant en langue r&#233;gionale la possibilit&#233; de toucher un public populaire qui dor&#233;navant peu ou prou se d&#233;gage de l'analphab&#233;tisme. Plus que jamais vont alors fleurir les pi&#232;ces plaisantes ou satiriques, comme c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas dans l'&#233;criture embryonnaire pr&#233;c&#233;dente. Je me suis par exemple consacr&#233; &#224; r&#233;&#233;diter des pi&#232;ces en francoproven&#231;al du po&#232;te-ouvrier de Rive-de-Gier, Roquille, que je pr&#233;sente dans Gentil n'a qu'on &#339;il, un Roquille qui stigmatise l'horrible r&#233;pression contre les canuts lyonnais en 1834, ou salue la premi&#232;re gr&#232;ve des mineurs de Rive-de-Gier, en 1840.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quand les auteurs veulent acc&#233;der v&#233;ritablement &#224; une reconnaissance en dignit&#233;, &#224; l'instar de leurs homologues fran&#231;ais, quand ils veulent d&#233;gager le parler natal de son statut p&#233;jor&#233;, pour lui donner le statut de vrai langue litt&#233;raire, c'est parfois sur un nationalisme verbal qu'ils s'appuient. Ainsi r&#233;appara&#238;t dans les lettres d'Oc le fant&#244;me de la nation perdue, ou de la nation imaginaire, celui d'un ensemble d'Oc vaincu par la supr&#233;matie fran&#231;aise. Rien de tel en zone francoproven&#231;ale o&#249; l'horizon de l'&#233;crivain patoisant demeure celui du canton, sans que le mot &#8220;patois&#8221;, nous l'avons vu, lui apparaisse p&#233;joratif...&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Midi ou en Bretagne, l'&#233;vacuation vers un nationalisme verbal proclam&#233; entre initi&#233;s, dans le rappel d'une conqu&#234;te vieille de plusieurs si&#232;cles, ne pouvait gu&#232;re toucher la masse populaire, encore d&#233;tentrice de l'&#233;paisseur et de l'authenticit&#233; de l'idiome natal.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est en plein paradoxe : c'est l'&#233;paisseur, l'apparente solidit&#233; de cette pratique populaire du breton ou de l'occitan qui fondent un certain optimiste chez les renaissantistes : bien s&#251;r, on se lamente sur le d&#233;clin de l'idiome natal, mais le r&#233;servoir de locuteur est tel que personne encore n'ose imaginer une disparition de l'occitan ou du breton. En fait, d'une certaine fa&#231;on, on pense que la langue est immortelle, et que la litt&#233;rature assure sa survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est ne pas voir que ce r&#233;servoir immense de locuteurs n'est pas pour autant un r&#233;servoir de lecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette optique, on peut relire l'entreprise mistralienne : le peuple ne lit gu&#232;re Mistral, ou pas du tout. Mais l'entreprise mistralienne r&#233;ussit dans la mesure o&#249; elle donne &#224; la langue un statut, voire, &#224; travers &#224; son hymne, &#8220;Coupo santo&#8221;, un statut prestigieux, quasi sacr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais au del&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entreprise mistralienne, en d&#233;pit qu'elle en ait, n'a pas pu enrayer le processus de d&#233;p&#233;rissement d'usage de la langue d'Oc. Qui plus est, elle n'a pas pu en situer les raisons profondes, elle n'a pas su analyser compl&#232;tement les raisons de l'auto-reniement linguistique de la masse populaire. D'une certaine fa&#231;on, la langue d'Oc est morte en pleine sant&#233;, quand une g&#233;n&#233;ration qui la pratiquait quotidiennement a cess&#233; de la transmettre &#224; ses enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les renaissantistes d'Oc, comme ceux de Bretagne et d'ailleurs, ont point&#233; la r&#233;pression linguistique men&#233;e par l'&#233;cole la&#239;que et obligatoire que la IIIe R&#233;publique met en place &#224; partir de 1880. Certes. Mais ils n'ont pas &#233;t&#233; &#224; m&#234;me d'analyser le processus qui prenait en tenaille la masse populaire, et qui l'a amen&#233; &#224; a choisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
En imposant l'&#233;cole la&#239;que au peuple, la R&#233;publique satisfaisait la vieille revendication des d&#233;mocrates rouges : que les enfants du peuple acc&#232;dent au minimum de savoirs fondamentaux qui leur permettront de faire leur chemin, de trouver socialement leur place, dans un monde nouveau, et qui en m&#234;me temps les lib&#233;rerait de la chape des oppressions conservatrices et cl&#233;ricales, ouvrirait leurs esprits aux espaces de la culture et &#224; la compr&#233;hension de la Loi. Mais en faisant la chasse aux patois, l'&#233;cole de la R&#233;publique, dans un m&#234;me temps, d&#233;valorisait aux yeux des enfants le parler de leurs parents, et par l&#224;-m&#234;me d&#233;valorisait leurs parents dans leur &#234;tre intime. Ainsi la masse populaire, et au premier chef l'immense paysannerie encore se trouvait-elle en m&#234;me temps promue et d&#233;valoris&#233;e dans la France nouvelle. L'histoire n'a sans doute pas suffisamment relev&#233; cette d&#233;valorisation qui d'une certaine fa&#231;on, dans l'imaginaire ou la strat&#233;gie des &#233;lites r&#233;publicaines, pointe un p&#233;ril social, celui de l'autonomie des masses populaires. Le p&#233;ril n'&#233;tait pas celui d'un nationalisme occitan ou breton, nationalisme &#224; l'&#233;vidence fant&#244;me, mais un p&#233;ril social. Int&#233;grer les masses populaires &#224; la R&#233;publique signifiait aussi les int&#233;grer &#224; une id&#233;ologie communautaire dont la morale &#233;tait celle de l'unit&#233; nationale et non celle de la lutte des classes, les int&#233;grer &#224; une id&#233;ologie communautaire nationaliste et colonialiste, qui faisait par exemple de tous les petits Fran&#231;ais des descendants des Gaulois, y compris &#224; l'occasion les petits Africains...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette donne fondamentale, les d&#233;fenseurs des parlers r&#233;gionaux n'ont pu qu'opposer des notions &#233;thiques : fid&#233;lit&#233; au premier chef... Maintenance... Nos F&#233;libres ne se disent-ils pas mainteneurs ? Et cette maintenance, tant bien que mal, se justifiait de la persistance d'un socle social d'usage de la langue d'Oc, dans les campagnes. On sait l'usage que le Maurrassisme et le P&#233;tainisme ont pu faire de cette donn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce recours &#224; la fid&#233;lit&#233; d'usage s'est effondr&#233; entre les ann&#233;es 1930 et les ann&#233;es 1950 avec la quasi-liquidation du support social des langues r&#233;gionales : c'est la fin du monde rural traditionnel, comme du monde de la mine ou de la p&#234;che... Et c'est la fin d'un usage social encore r&#233;el des langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est justement au moment o&#249; s'effondrait ce dernier support social que l'int&#233;r&#234;t pour les parlers r&#233;gionaux est revenu en force, y compris dans des zones insoup&#231;onn&#233;es : par exemple, qui sait qu'un des grands succ&#232;s de librairie de ces derni&#232;res ann&#233;es est un manuel d'apprentissage du picard, vendu &#224; des dizaines de milliers d'exemplaires ?&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si d'aucuns ont voulu le justifier d'un autonomisme, voire d'un nationalisme, les raisons de ce ph&#233;nom&#232;ne sont certainement autres, pour la plupart des langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, il a pu exister un mouvement s&#233;paratiste alsacien, dans les ann&#233;es 1920-1930, avec des appuis communistes inattendus, il a pu exister un nationalisme breton d&#233;voy&#233; honteusement dans la collaboration. Mais dans leur immense majorit&#233;, les d&#233;fenseurs du breton ou de l'occitan n'ont pas r&#234;v&#233; et ne r&#234;vent pas d'un s&#233;paratisme. Et quand il existe, comme en Corse ou au Pays Basque, le mouvement nationaliste n'est certainement pas majoritaire. La situation fran&#231;aise est profond&#233;ment diff&#233;rente de celle de nombre de pays voisins, je pense &#224; l'Italie, &#224; l'Espagne, &#224; la Belgique, &#224; la Suisse, &#224; la Grande-Bretagne, o&#249; ces probl&#232;mes linguistiques se posent de fa&#231;on tr&#232;s importante, mais tr&#232;s diff&#233;rente de la n&#244;tre. Nous pourrons en discuter tout &#224; l'heure, si vous le souhaitez &#224; propos de la construction europ&#233;enne ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais focalisons pour l'heure sur la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 1960-1970, les d&#233;fenseurs de l'occitan ou du breton ont mis en avant le th&#232;me socio-&#233;conomique du pays qui meurt, et li&#233; un avenir possible de la langue &#224; des luttes contre la mort &#233;conomique, contre la militarisation (&#8220;Gardarem lo Larzac&#8221;), contre la touristification st&#233;rile, etc. Cette vague aujourd'hui presque &#233;teinte de la revendication linguistique a eu un certain nombre de cons&#233;quences importantes.&lt;br class='autobr' /&gt; Premi&#232;re cons&#233;quence : elle a gagn&#233; une part de la jeunesse, tr&#232;s minoritaire certes, mais tr&#232;s r&#233;elle, part qui a fourni depuis nombre d'enseignants, de cr&#233;ateurs, de musiciens, etc. qui ont contribu&#233; &#224; redignifier le statut des langues r&#233;gionales. L'immense succ&#232;s des initiatives celtiques en t&#233;moigne.&lt;br class='autobr' /&gt; Deuxi&#232;me cons&#233;quence : dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les contraintes de masse semblent se d&#233;gager des contraintes de classes, au profit d'une dominance des comportements de &#8220;fran&#231;ais moyen&#8221;, induits par la consommation, les m&#233;dias, etc, la notion d'&#233;panouissement individuel prend une place de plus en plus importante. Et dans cette dimension h&#233;donique, le retour aux &#8220;racines&#8221; perdues peut prendre une place inattendue, et ce tout particuli&#232;rement dans les couches sociales dites moyennes. Je n'en veux pour preuve que la passion g&#233;n&#233;alogique, celle pour les cartes postales anciennes, etc etc. Loin de moi l'id&#233;e de ramener l'int&#233;r&#234;t pour les langues r&#233;gionales &#224; une manie collectionneuse. Mais manifestement, pour beaucoup, un retour &#224; ces langues est une des cases, du plaisir et de l'&#233;panouissement collectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Unecase le plus souvent non exclusive d'autres go&#251;ts, d'autres int&#233;r&#234;ts. La question n'est pas de l'utilit&#233; des langues r&#233;gionales. &#192; quoi servent-elles ? &#192; rien bien s&#251;r. Mais elles existent, et j'ai plaisir &#224; les fr&#233;quenter... D'autant que pour l'heure &#224; tout le moins, leur fr&#233;quentation m'offre une possibilit&#233; d'&#233;chapper &#224; la connerie marchande et uniformisatrice dominante. Mais cette &#233;vasion n'implique en rien une pratique sociale : celui qui s'est mis, ou remis &#224; l'occitan ou au breton le parlera-t-il &#224; ses enfants ? chez les commer&#231;ants ? Comment reconna&#238;tra-t-il les locuteurs &#233;ventuels ? Faudra-t-il arborer un insigne &#8220;je parle...&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt; Troisi&#232;me cons&#233;quence, directement li&#233;e &#224; la pr&#233;c&#233;dente : ce besoin individuel de retrouvailles peut-il vraiment se r&#233;aliser sans socialisation ? Quels supports sociaux peuvent dor&#233;navant soutenir ces choix individuels, dont la multiplicit&#233; tisse un r&#233;seau non n&#233;gligeable et grandement sous-estim&#233; ? Ce r&#233;seau d'int&#233;r&#234;t et de plaisir personnel pose directement au collectif un probl&#232;me de d&#233;mocratie : quels moyens d'enseignement, quelles possibilit&#233;s m&#233;diatiques la collectivit&#233; locale, r&#233;gionale, nationale, offre ou peut offrir &#224; ces langues ? Quels rapports entre la demande et l'officialit&#233; ? etc etc. Tous th&#232;mes dont nous pourrons discuter tout &#224; l'heure si vous le souhaitez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste une derni&#232;re cons&#233;quence, qui n'est pas la moins importante : le r&#244;le que peut jouer ce retour d'int&#233;r&#234;t dans la phase actuelle de mutation politique et europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;vidence, l'int&#233;r&#234;t r&#233;cemment proclam&#233; par certains pour la d&#233;centralisation et les langues r&#233;gionales a un lien tr&#232;s fort avec la d&#233;valorisation de ce qu'on appelle maintenant souvent avec condescendance l'&#233;tat-nation. Il existe dans la construction europ&#233;enne un courant &#8220;lib&#233;ral&#8221; tr&#232;s fort qui souhaite mettre en place une Europe des r&#233;gions, la mieux &#224; m&#234;me selon lui d'&#233;viter la perp&#233;tuation de la protection sociale existant dans certains &#233;tats, comme la France, et d'&#233;viter donc la naissance d'une v&#233;ritable Europe sociale, sans laquelle la communaut&#233; ne serait qu'un vaste march&#233; o&#249; r&#232;gnerait la loi du plus fort. Cette Europe des r&#233;gions peut s'appuyer sur des donn&#233;es ethno-culturelles, comme en Catalogne, sur des donn&#233;es d'&#233;go&#239;sme &#233;conomique couvertes de diff&#233;rence ethnique, comme en Italie du Nord ou en Slov&#233;nie. Mais elle peut tout simplement se justifier de pr&#233;gnance &#233;conomique, comme en Rh&#244;ne-Alpes ou en &#206;le de France...&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, les d&#233;fenseurs actuels des langues r&#233;gionales auraient sans doute grand int&#233;r&#234;t &#224; clarifier leurs positions sur cette question, et &#224; ne pas subordonner leurs l&#233;gitimes revendications culturelles &#224; une entreprise de d&#233;mant&#232;lement social et national.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Reconnaissance des langues de France ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article156</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:51:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Souvenir d'un coup de sang. Le 8 juillet 2008, j'&#233;cris ce billet apr&#232;s le refus de la reconnaissance constitutionnelle des langues r&#233;gionales. &lt;br class='autobr' /&gt; &#034; Le &#171; talk orange &#187; du Figaro, le &#171; desk &#187; du Monde, sans compter les innombrables newsletters journalistiques me l'ont confirm&#233; par une pouss&#233;e d'urticaire de monolingues acad&#233;miciens et sp&#233;cialistes surfant de l'Huma au Figaro , la langue fran&#231;aise est menac&#233;e, constitutionnellement menac&#233;e. Locuteur de deux d&#233;bris du latin (fran&#231;ais et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Oc. Destin de la langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Souvenir d'un coup de sang. Le 8 juillet 2008, j'&#233;cris ce billet apr&#232;s le refus de la reconnaissance constitutionnelle des langues r&#233;gionales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034; Le &#171; talk orange &#187; du Figaro, le &#171; desk &#187; du Monde, sans compter les innombrables newsletters journalistiques me l'ont confirm&#233; par une pouss&#233;e d'urticaire de monolingues acad&#233;miciens et sp&#233;cialistes surfant de l'Huma au Figaro , la langue fran&#231;aise est menac&#233;e, constitutionnellement menac&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Locuteur de deux d&#233;bris du latin (fran&#231;ais et occitan), je ne pouvais qu'&#234;tre interpell&#233;, comme on dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, il va falloir faire quelque chose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux que conseiller aux hyper-nationalistes fran&#231;ais de lire &#224; haute voix (et sans accent r&#233;gional s.v.p.), et de savourer le c&#233;l&#232;bre propos de Rivarol (1783) sur &#171; l'universalit&#233; de la langue fran&#231;aise &#187;, qui, &#224; l'instar jadis du latin, voit les hommes, &#171; d'un bout de la terre &#224; l'autre, se former en r&#233;publique sous la domination d'une m&#234;me langue &#187;, le fran&#231;ais bien s&#251;r. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec naturellement, en accompagnement off (comme on dit en bon fran&#231;ais) le fameux &#171; Veillons au salut de l'Empire &#187; (1791) officialis&#233; par les Napol&#233;ons : &#171; Du salut de notre patrie / D&#233;pend celui de l'univers &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tr&#234;ve d'ironie. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; qui m'imaginerait rang&#233; parmi les tenants exacerb&#233;s de &#171; l'anti-jacobinisme &#187; et les contempteurs de l'&#201;tat-Nation, je confirme et signe ce que j'&#233;crivais dans Vend&#233;miaire, en 2005, pour d&#233;fendre le dit &#201;tat-Nation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'adresse ici particuli&#232;rement aux s&#233;nateurs communistes qui l&#233;gitimement ont voulu d&#233;fendre et promouvoir la langue nationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pointez le risque d'&#233;clatement communautaire de l'&#201;tat-Nation, sur la base de la diff&#233;rence linguistique et bient&#244;t ethnique. Mais cette interrogation, nourrie d'un ancestral et visc&#233;ral refus de la diff&#233;rence, ne vous emp&#234;che-t-elle pas de voir o&#249; est la vraie menace braqu&#233;e sur notre unit&#233; et notre ind&#233;pendance nationales ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous ne pouvez ignorer qu'au-del&#224; du projet de suppression des d&#233;partements, le plan majeur pour promouvoir l'Europe des r&#233;gions, destructrice de l'&#201;tat-Nation et donc de nos acquis d&#233;mocratiques et sociaux, est la fusion technocratique des r&#233;gions actuelles en macro-r&#233;gions, o&#249; les tenants d'une quelconque ethnicit&#233; auraient bien du mal &#224; retrouver leurs petits. Le but que vous d&#233;noncez, faire &#233;clater l'&#201;tat-Nation &#224; partir des particularismes linguistiques et ethniques, passera par un tout autre chemin, dont la puissante r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes (plurilinguistique), par exemple, est la pr&#233;figuration. Une Europe o&#249; les grands Barons r&#233;gionaux, parfaitement indiff&#233;rents aux questions linguistiques, seront les relais actifs de la terrible r&#233;gression que l'on nous pr&#233;pare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui de toute fa&#231;on souhaite ardemment le refus global du projet constitutionnel &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>&#034;La R&#233;publique menac&#233;e par les langues de France ?&#034;</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article376</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:50:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'Humanit&#233;, 13-1-2012 La R&#233;publique menac&#233;e par les langues de France ? Avec OLIVIER AMIEL, docteur en droit, d&#233;l&#233;gu&#233; du Mouvement r&#233;publicain et citoyen (MRC) charg&#233; de la culture. DOMINIQUE BUCCHINI, pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e de Corse (PCF et Front de gauche). REN&#233; MERLE, historien, auteur. &lt;br class='autobr' /&gt; Rappel des faits Le corse, l'occitan, le basque, le breton, le catalan, l'alsacien et autres langues r&#233;gionales ou minoritaires parl&#233;es sur le territoire national sont aujourd'hui reconnues comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Oc. Destin de la langue&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, 13-1-2012&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;publique menac&#233;e par les langues de France ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec OLIVIER AMIEL, docteur en droit, d&#233;l&#233;gu&#233; du Mouvement r&#233;publicain et citoyen (MRC) charg&#233; de la culture. DOMINIQUE BUCCHINI, pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e de Corse (PCF et Front de gauche). REN&#233; MERLE, historien, auteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappel des faits Le corse, l'occitan, le basque, le breton, le catalan, l'alsacien et autres langues r&#233;gionales ou minoritaires parl&#233;es sur le territoire national sont aujourd'hui reconnues comme appartenant au patrimoine culturel de la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il encore que les conditions soient r&#233;unies et les moyens accord&#233;s pour assurer leur apprentissage et leur promotion. La pluralit&#233; culturelle et le plurilinguisme sont des enjeux qui prennent pleinement place dans le d&#233;bat de la pr&#233;sidentielle. Rejetant tout repli identitaire, la valorisation des autres langues de France s'inscrit dans une ouverture aux autres et au monde. Elles ne menacent pas, comme certains s'en inqui&#232;tent, l'unit&#233; de la R&#233;publique ou le devenir de la langue fran&#231;aise. &#171; Les cultures et les langues sont &#233;gales entre elles, comme les citoyens d'une m&#234;me R&#233;publique &#187;, &#233;crivait F&#233;lix Castan. &#201;crivain occitan et th&#233;oricien de la d&#233;centralisation culturelle, il n'a eu de cesse de militer pour une &#171; nation une politiquement et culturellement plurielle &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce XXIe si&#232;cle, est-ce utile, selon vous, de promouvoir les autres langues de France, r&#233;gionales ou minoritaires ? Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Dominique Bucchini. La scolarisation de masse s'est op&#233;r&#233;e, &#224; partir du XIXe&#8239;si&#232;cle, dans un objectif d'uniformisation sur la base de la langue fran&#231;aise mais au d&#233;triment des autres langues existantes, d&#233;valoris&#233;es sous le nom de &#171; dialectes &#187; ou de &#171; patois &#187;. L'apprentissage du fran&#231;ais, grande langue de communication, a permis une &#171; promotion &#187; sociale. Mais si l'on consid&#232;re que la langue constitue le lien le plus fort reliant les hommes dans la &#171; cit&#233; &#187;, on mesure combien l'exclusion de ces langues pourtant largement utilis&#233;es dans l'espace fran&#231;ais a pu &#234;tre un facteur d&#233;structurant pour les formations socio-historiques concern&#233;es comme pour les individus eux-m&#234;mes. Le socio-linguiste Jean-Baptiste Marcellesi a &#233;crit, il y a trente ans, que &#171; dans le territoire le plus diversifi&#233; en Europe du point de vue linguistique, une langue commune a pu &#234;tre diffus&#233;e au point de masquer l'existence d'autres syst&#232;mes qu'elle semblait avoir recouvert &#187;. Parler une langue constitutive de sa personnalit&#233;, de son identit&#233;, c'est un droit individuel fondamental et cela implique &#233;videmment son usage non seulement dans la sph&#232;re priv&#233;e mais aussi dans l'espace public. La premi&#232;re utilit&#233; de la promotion de ces langues &#171; minoritaires &#187; est donc de r&#233;tablir dans leur droit des locuteurs actifs ou aspirant &#224; se r&#233;approprier cette part de leur patrimoine personnel et collectif afin de participer &#224; l'effort de promotion de la diversit&#233; culturelle. Les langues de France sont aujourd'hui reconnues, constitutionnellement, comme un patrimoine. La promotion de ce patrimoine linguistique doit comporter un volet consacr&#233; &#224; l'enseignement, sachant que la connaissance de deux langues facilite l'accession au plurilinguisme, un atout pr&#233;cieux pour les jeunes g&#233;n&#233;rations.
&lt;br /&gt;&#8212; Olivier Amiel. Nos langues r&#233;gionales sont une richesse &#224; pr&#233;server et m&#234;me &#224; cultiver, mais dans un strict respect de l'unit&#233; r&#233;publicaine, car des intentions pernicieuses peuvent se parer des meilleures intentions les concernant.
&lt;br /&gt;&#8212; Ren&#233; Merle. C'est en tant qu'&#171; auteur et historien &#187; que l'Humanit&#233; m'a demand&#233; mon point de vue. Clin d'&#339;il sans doute sur ce Culture occitane, per avan&#231;ar (&#201;ditions sociales) publi&#233; en 1977. Les ann&#233;es ont pass&#233; mais, avec mon exp&#233;rience de chercheur et de citoyen, je maintiens l'essentiel de ce que j'avan&#231;ais alors. Cette question complexe est &#224; la fois une affaire de plaisir personnel, qui touche nombre de Fran&#231;ais au plus profond de leur affectivit&#233;, et un probl&#232;me de d&#233;mocratie : si demande sociale il y a, comment l'appr&#233;cier, comment y r&#233;pondre ? Plaisir personnel ? J'ai le sentiment, en pratiquant une &#171; langue morte pas tant morte &#187;, d'honorer mes grands-parents et le peuple qui la parlaient, et d'&#233;panouir une partie de ma personnalit&#233;. Pourquoi mesurer cela &#224; l'aune de l'utilit&#233; ? Mais au-del&#224; de cet horizon personnel, quel sens donner &#224; une pratique qui veut s'inscrire dans un horizon collectif ? Certes, en ces temps de crise, nombre de Fran&#231;ais ont des pr&#233;occupations plus imm&#233;diates. Mais n'en a-t-il pas &#233;t&#233; de m&#234;me sur le long terme de l'affirmation de l'&#201;tat-nation ? L'unit&#233; administrative, la centralisation politique, bases de la constitution d'un march&#233; national, impliquaient l'imposition d'une langue, celle de l'&#201;tat, et la p&#233;joration des autres. C'est pour assurer un avenir &#224; leurs enfants dans cette nouvelle soci&#233;t&#233; que des millions de Fran&#231;ais, dans la douleur, la r&#233;signation ou l'indiff&#233;rence, ont cess&#233; de transmettre un &#171; idiome natal &#187; bien vivant. D'autant que le dernier avatar, conquis de haute lutte, de cet &#201;tat-nation, &#233;tait la IIIe&#8239;R&#233;publique qui, vaille que vaille, ouvrait de vrais horizons d'&#233;ducation et de promotion sociale. L'exemple catalan est &#233;clairant. Dans une Catalogne d&#233;chir&#233;e par les conflits de classes, mais unie face &#224; un r&#233;gime espagnol archa&#239;que, puis dictatorial, les Catalans d'Espagne ont fait de la d&#233;fense interclassiste de leur culture une arme efficace, bient&#244;t porteuse d'un sentiment national. De l'autre c&#244;t&#233; des Pyr&#233;n&#233;es, en d&#233;pit des efforts des &#171; mainteneurs &#187;, le catalan a connu le sort des &#171; patois &#187;, parce que la population, profond&#233;ment attach&#233;e &#224; l'id&#233;al r&#233;publicain (elle le montra en 1851), avait int&#233;rioris&#233; la hi&#233;rarchisation des langues impos&#233;e par la R&#233;publique, porteuse de progr&#232;s. Or, depuis une bonne quarantaine d'ann&#233;es, dans la rencontre de ces plaisirs individuels, on constate un int&#233;r&#234;t collectif nouveau pour ces langues que l'on croyait perdues. Des int&#233;r&#234;ts plut&#244;t : car l'&#233;cheveau est &#224; d&#233;m&#234;ler des r&#233;surgences des maintenances pass&#233;istes, des revendications localistes en fermeture aux autres, et d'une r&#233;appropriation g&#233;n&#233;reuse, o&#249; le respect retrouv&#233; de soi va de pair avec l'esp&#233;rance d&#233;mocratique. Int&#233;r&#234;t majoritaire ? Certes pas dans l'affirmation &#171; militante &#187;, mais certes oui dans le retournement de l'opinion vis-&#224;-vis des &#171; patois &#187; : de la mise &#224; distance &#224; l'int&#233;r&#234;t sympathique. Retournement qui ne va pas sans entra&#238;ner crispations et oppositions, et cela dans toutes les formations politiques, le r&#233;cent vote des s&#233;nateurs communistes en t&#233;moigne.
&lt;br /&gt;&#8212; Pour certains, l'apprentissage de ces langues mettrait en cause l'&#233;galit&#233; et les principes r&#233;publicains. La langue commune qu'est le fran&#231;ais serait affaiblie, par exemple par rapport &#224; l'anglais ? Qu'en dites-vous ?
&lt;br /&gt;&#8212; Olivier Amiel. Ce n'est pas l'apprentissage des langues r&#233;gionales qui est dangereux, c'est la volont&#233; de &#171; co-officialiser &#187; ces langues avec la langue nationale qui est le fran&#231;ais. C'est dans ce sens que le Conseil constitutionnel a d'ailleurs autoris&#233;, en 2002, de nouvelles modalit&#233;s de l'enseignement de la langue corse sous r&#233;serve qu'il soit facultatif pour les &#233;l&#232;ves et les enseignants. Concernant le risque d'imp&#233;rialisme de la langue anglaise, il faut reconna&#238;tre que le fran&#231;ais n'a pas pu devenir la langue du syst&#232;me de communication globale, mais il demeure ce que Marc Fumaroli appelle &#171; la langue du banquet des esprits &#187;, une langue pratiqu&#233;e dans des cercles influents du monde entier. &#192; ce titre, il serait temps que nos dirigeants politiques utilisent davantage et mieux le formidable outil qu'est la francophonie (220&#8239;millions de locuteurs).
&lt;br /&gt;&#8212; Ren&#233; Merle. La France est un curieux pays, o&#249; dans certains milieux &#171; cultiv&#233;s &#187; il convient presque de s'excuser de ne pas &#234;tre monolingue franco-fran&#231;ais. Les m&#234;mes milieux o&#249; tout est fait pour que, &#171; r&#233;alisme &#187; et mim&#233;tisme faisant loi, les chers enfants deviennent des bilingues anglo-am&#233;ricain/fran&#231;ais. Plus s&#233;rieux est l'argument qui renvoie le d&#233;fenseur d'une langue minoritaire vers sa libert&#233; : &#171; Mais qui vous emp&#234;che de la parler ? Nous ne sommes pas en Turquie&#8230; &#187; Certes. Je peux aimer faire du sport, et qui donc pourrait m'en emp&#234;cher ? Mais je pr&#233;f&#232;re faire du sport en disposant de stades, de salles appropri&#233;es, de collectifs de jeux, d'&#233;changes&#8230; N'en va-t-il pas de m&#234;me en mati&#232;re culturelle, et donc en mati&#232;re de langues minoritaires ? C'est &#224; cette demande, me semble-t-il, que devraient s'int&#233;resser les collectivit&#233;s publiques &#224; tous les niveaux, du local au national.
&lt;br /&gt;&#8212; Dominique Bucchini. L'exception culturelle que la France revendique ne peut &#233;videmment pas &#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; la seule langue dominante. L'apprentissage des langues r&#233;gionales, dans l'optique d'une soci&#233;t&#233; plurilingue, ne menace ni l'unit&#233; de la R&#233;publique ni l'avenir de la langue fran&#231;aise. La R&#233;publique peut assurer l'&#233;galit&#233; dans le respect des diff&#233;rences. La promotion des langues r&#233;gionales ne vise pas &#224; fragmenter la France en communaut&#233;s s&#233;par&#233;es. Il n'y a pas non plus de contradiction de principe entre langue r&#233;gionale et langue fran&#231;aise. La demande linguistique r&#233;gionale est associ&#233;e &#224; la ma&#238;trise d'une langue de communication de plus large rayonnement. Bien ancr&#233; sur le territoire, c'est dans les instances internationales, les relations &#233;conomiques, scientifiques, culturelles que le fran&#231;ais perd de l'influence. En Corse, d&#232;s 1985, dans la perspective d'une &#171; politique d&#233;mocratique de la langue &#187;, nous popularisions la revendication de la co-officialit&#233; du corse et du fran&#231;ais. D'une certaine mani&#232;re, dans les faits &#8211;&#8239;l'&#233;tat civil, la toponymie, les m&#233;dias, la publication d'actes des collectivit&#233;s, le domaine scolaire&#8239;&#8211;, ce processus est en marche. Il est n&#233;cessaire d'intervenir pour donner au corse sa pleine vitalit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, de sorte que la population en ait une perception positive, y voit une langue utile pour le futur.
&lt;br /&gt;&#8212; &#202;tes-vous favorable &#224; la ratification par la France de la charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales et minoritaires ? Souhaitez-vous qu'une loi garantisse un statut et la promotion sur le plan culturel et m&#233;diatique de ces autres langues de France ?
&lt;br /&gt;&#8212; Ren&#233; Merle. Cela implique-t-il la ratification d'une charte, le vote d'une loi ? En tant qu'&#171; auteur et historien &#187;, il ne m'appartient pas d'en juger. En tant que citoyen, je ne peux que souhaiter que toutes les cartes soient mises sur la table, et qu'&#224; une vraie information succ&#232;de un d&#233;bat d&#233;mocratique &#233;vitant les caricatures. Ce serait aussi l'occasion de clarifier l'entreprise d'&#233;clatement de l'&#201;tat-nation, base actuelle de la d&#233;fense de nos acquis sociaux, au profit d'une Europe &#171; lib&#233;rale &#187; des r&#233;gions. Le principal danger, en l'occurrence, ne me para&#238;t pas &#234;tre celui de l'affirmation de riches et &#233;go&#239;stes r&#233;gions &#171; ethniques &#187;, comme l'Europe en conna&#238;t aujourd'hui, mais bien celui de la f&#233;odalisation de grandes r&#233;gions &#233;conomiques, sur l'axe Barcelone-Francfort, ou sur l'axe Barcelone-Milan&#8230; La question linguistique a bien peu &#224; y voir&#8230;
&lt;br /&gt;&#8212; Olivier Amiel. Non, je ne suis pas favorable &#224; la ratification de la charte europ&#233;enne. Il s'agirait d'un tr&#232;s mauvais choix pour la France. Comme l'a rappel&#233; Jean-Pierre Chev&#232;nement cela nous obligerait &#224; &#171; co-officialiser &#187; plus de 70&#8239;idiomes sur notre territoire avec des mesures tr&#232;s coercitives ! Il y a derri&#232;re cette revendication une volont&#233; de fragmenter la R&#233;publique et la nation fran&#231;aise. Or, il est &#233;tonnant de voir des partis de gauche pr&#244;ner cette ratification (elle est notamment pr&#233;vue dans l'accord entre le PS et Europe &#201;cologie-les Verts), car cette division nationale serait &#224; l'avantage des march&#233;s financiers toujours d&#233;sireux de diminuer la puissance des &#201;tats. Quant &#224; la garantie du statut des autres langues, c'est d&#233;j&#224; fait depuis 2008 avec l'affirmation dans l'article&#8239;75-1 de la Constitution que &#171; les langues r&#233;gionales appartiennent au patrimoine de la France &#187; : v&#233;ritable truisme puisqu'il s'agit d'une &#233;vidence admise par tous et qui, paradoxalement, consacre fort heureusement le verrou constitutionnel de l'alin&#233;a premier de l'article&#8239;2 : &#171; La langue de la R&#233;publique est le fran&#231;ais &#187;, garantie d'une &#171; langue commune comprise par tous. &#187;
&lt;br /&gt;&#8212; Dominique Bucchini. Une politique ambitieuse de promotion linguistique me semblerait grandement facilit&#233;e par la ratification de la charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales ou minoritaires. En Corse, la volont&#233; politique est quasi unanime pour revitaliser la langue. S'agissant du statut de co-officialit&#233;, le consensus n'est pas g&#233;n&#233;ral mais assez large toutefois, comme en t&#233;moigne la confortable majorit&#233; de l'Assembl&#233;e de Corse ayant vot&#233; une motion en ce sens, en juillet dernier. Un tel statut, permettant l'usage du corse dans l'espace public &#8211;&#8239;services administratifs, organes d&#233;lib&#233;rants&#8239;&#8211;, serait le cadre juridique d'une politique de bilinguisme. Sa mise en &#339;uvre n&#233;cessite non seulement une d&#233;cision l&#233;gislative mais &#233;galement une modification de la Constitution. Cela donnerait aux langues de France un statut permettant leur &#233;panouissement. Une telle loi pourrait embrasser l'ensemble des usages publics, de l'enseignement &#224; la vie administrative, de la vie culturelle aux m&#233;dias. Attention cependant &#224; ne pas proc&#233;der de fa&#231;on technocratique ou autoritaire mais, au contraire, en fonction de chaque situation concern&#233;e et en respectant, avant tout, l'avis et la volont&#233; de chaque population dans sa diversit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretiens crois&#233;s r&#233;alis&#233;s par Alain Raynal&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Langues r&#233;gionales achtung, anti France, Kollaboration</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article811</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:50:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voici une billet consacr&#233; &#224; la pol&#233;mique sur les langues r&#233;gionales et la Charte europ&#233;enne des dites langues, pol&#233;mique relanc&#233;e par une flop&#233;e d'articles venimeux dont les fleurons r&#233;cents n'ont pas honor&#233; par exemple Marianne et Mediapart, ces deux grandes consciences de la &#034;gauche&#034;. J'avoue avoir h&#233;sit&#233; &#224; me lancer dans pareille entreprise. Et ce pour au moins trois raisons. La premi&#232;re est que personne ne m'y attend. Je ne parle pas au nom d'une association, d'un groupe de pression, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici une billet consacr&#233; &#224; la pol&#233;mique sur les langues r&#233;gionales et la Charte europ&#233;enne des dites langues, pol&#233;mique relanc&#233;e par une flop&#233;e d'articles venimeux dont les fleurons r&#233;cents n'ont pas honor&#233; par exemple Marianne et Mediapart, ces deux grandes consciences de la &#034;gauche&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue avoir h&#233;sit&#233; &#224; me lancer dans pareille entreprise. Et ce pour au moins trois raisons.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re est que personne ne m'y attend. Je ne parle pas au nom d'une association, d'un groupe de pression, d'un lobby...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde est, sur ce sujet, il y a plus d'insultes &#224; recevoir que de compliments...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me tient au niveau des arguments utilis&#233;s par les ennemis d'une vraie reconnaissance des langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car en effet, j'ai retrouv&#233; dans leurs assauts des arguments si connus, des arguments si &#233;cul&#233;s que je me demande s'il vaut la peine de les affronter. Et pourtant, les revoici sortis de frais en ce d&#233;but 2013...&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par les plus stupides. Ainsi de l'argument qui se veut patriotique, destin&#233; &#224; pousser dans leurs retranchements, s'ils en ont, les innocents balbutiant ces parlers &#034;artificiellement normalis&#233;s&#034; que sont les langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
De quoi s'agit-il ? Mais de la Kollaboration bien s&#251;r ! Sans &#233;voquer les SS bretons, que l'on nous ressort p&#233;riodiquement, tenons-nous en &#224; quelques v&#233;rit&#233;s, qui concernent la seule langue r&#233;gionale - ou inter-r&#233;gionale - que je connaisse (sous sa forme proven&#231;ale maritime), la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, en effet, P&#233;tain avait plac&#233; son &#201;tat fran&#231;ais sous l'&#233;gide de Mistral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, en effet, son fid&#232;le Charles Maurras &#233;tait f&#233;libre, parlait le proven&#231;al, et le d&#233;fendait bec et ongle...&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, dans leur bonheur de voir l'&#201;tat fran&#231;ais faire une place &#224; l'&#233;cole &#224; la langue d'Oc, le F&#233;librige comme la Soci&#233;t&#233; d'&#201;tudes occitanes ont &#233;t&#233; des nids d'ardents p&#233;tainistes, au moins jusqu'en 1943...&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, oui bien s&#251;r, le pape de l'occitanisme d'avant-guerre, le p&#232;re de la c&#233;l&#232;bre graphie dite occitane, le Languedocien Louis Alibert, sombra dans la collaboration la plus abjecte et la plus militante...&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajouterai m&#234;me, pour enrichir ce dossier, que je croyais &#224; des gal&#233;jades quand des paysans du Haut-Var me disaient avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;s par des SS qui parlaient proven&#231;al, jusqu'&#224; ce que mon ami l'historien Jean-Marie Guillon m'explique qu'en effet les nazis avaient recrut&#233; des proven&#231;alophones pour &#234;tre mieux en prise sur le pays, et &#233;ventuellement, en civil, pour inflitrer les maquis proven&#231;aux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un premier mouvement, je me suis dit : &#034;d&#233;cemment, tu ne peux pas continuer &#224; parler et &#224; &#233;crire une langue &#224; ce point compromise. Lobotomise toi. Oublie cet occitan d&#233;bris du latin... Ne parle et n'&#233;cris que le fran&#231;ais, ta langue nationale, et si possible, bon Dieu, essaie de la parler sans accent !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce moment que mon Jiminy Cricket m'a souffl&#233; &#224; l'oreille : &#034;Certes, mais d&#233;cemment, tu ne peux pas non plus continuer &#224; parler cet autre d&#233;bris du latin qu'utilisaient P&#233;tain, Laval, et tous les porteurs de francisque de Vichy, comme notre grand ex-Pr&#233;sident... Tu ne peux pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; parler la langue qu'employait la L&#233;gion des Volontaires fran&#231;ais contre le bolch&#233;visme, qui combattirent sur le front russe. Non, tu ne peux pas. La langue fran&#231;aise s'est &#224; jamais d&#233;shonor&#233;e dans la Kollaboration. Il te faut trouver autre langue&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Argument imparable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me reste donc &#224; trouver, et &#224; apprendre, une langue qui n'ait pas &#233;t&#233; compromise dans la Kollaboration.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pas de probl&#232;mes, l'anglais est tout d&#233;sign&#233;, me dites-vous...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh non, les nazis ont occup&#233; les &#238;les anglo-normandes et y ont trouv&#233; des collabos anglophones... Ne parlons m&#234;me pas de l'italien et de l'espagnol... Peut-&#234;tre dois-je r&#233;viser mes rudiments de tahitien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, faute de mieux, je continuerai un peu en fran&#231;ais, en m'en excusant, mais je passe le message, post mortem, &#224; ceux qui, Maurras ou pas Maurras, avaient cru bon sur mon littoral varois titrer en proven&#231;al embl&#233;matique du Peuple leur journal de r&#233;sistants communistes, en 1942 : Lou Travailladou*, le Travailleur !&lt;br class='autobr' /&gt;
* Amics puristas de la grafia, que voletz que vos digui ? Aquelei dau jornalet, qu'&#232;ron per se'n anar dins la c&#242;la per lo promier &#034;maquis&#034; dau Var, lo &#034;maquis&#034; FTP dei Mauras, se dobtavan pas qu'auri&#225; faugut marcar, en b&#242;na grafia classica : &#034;Lo Travalhador&#034;. Arremarcatz que, l'aguesson fach, me demandi cu leis auri&#225; compr&#232;s alora...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentaire re&#231;u le 27 avril 2013 de Louis V.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un souvenir : quand nous avons jou&#233; dans Maurin des Maures, d'Andr&#233; Neyton, avec Jeanne, la bande son &#233;tait pr&#233; enregistr&#233;e, en particulier par des Collobri&#233;rois qui parlaient le proven&#231;al, mais qui ne connaissaient pas la graphie &#034;occitane&#034; (et gu&#232;re mieux la mistralienne)Et donc, qui butaient souvent.. Entendre &#034;dans les drallas et les bomass&#034; (les dralhas et les baumas) ou bien &#034;que colon...Un colon ? colonel ? ah cou...n ! &#231;a s'&#233;crit comme &#231;a ? &#034; (colhon) c'&#233;tait pas triste. Bon, entre parenth&#232;se, j'aurais pas fait beaucoup mieux !!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; propos des langues r&#233;gionales et particuli&#232;rement de l'occitan, chroniques (2013)</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article111</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:50:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;I - LANGUES REGIONALES (1) - ACHTUNG ! ANTI-FRANCE - KOLLABORATION (Samedi 27 avril 2013) ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lecteurs de ce blog ont pu s'en rendre compte : j'aime bien les s&#233;ries de chroniques (&#034;n&#233;o-babouvistes&#034;, &#034;blanquistes&#034;, livres miens publi&#233;s, etc. etc.). Voici donc une petite s&#233;rie, dont le rythme sera irr&#233;gulier, consacr&#233;e &#224; la pol&#233;mique sur les langues r&#233;gionales et la Charte europ&#233;enne des dites langues, pol&#233;mique relanc&#233;e par une flop&#233;e d'articles venimeux dont les fleurons r&#233;cents n'ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Oc. Destin de la langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;I - LANGUES REGIONALES (1) - ACHTUNG ! ANTI-FRANCE - KOLLABORATION (Samedi 27 avril 2013) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs de ce blog ont pu s'en rendre compte : j'aime bien les s&#233;ries de chroniques (&#034;n&#233;o-babouvistes&#034;, &#034;blanquistes&#034;, livres miens publi&#233;s, etc. etc.). Voici donc une petite s&#233;rie, dont le rythme sera irr&#233;gulier, consacr&#233;e &#224; la pol&#233;mique sur les langues r&#233;gionales et la Charte europ&#233;enne des dites langues, pol&#233;mique relanc&#233;e par une flop&#233;e d'articles venimeux dont les fleurons r&#233;cents n'ont pas honor&#233; par exemple &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, ces deux grandes consciences de la &#034;gauche&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avoue avoir h&#233;sit&#233; &#224; me lancer dans pareille entreprise. Et ce pour au moins trois raisons.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re est que personne ne m'y attend. Je ne parle pas au nom d'une association, d'un groupe de pression, d'un lobby...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La seconde est, sur ce sujet, il y a plus d'insultes &#224; recevoir que de compliments...
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La troisi&#232;me tient au niveau des arguments utilis&#233;s par les ennemis d'une vraie reconnaissance des langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car en effet, j'ai retrouv&#233; dans leurs assauts des arguments si connus, des arguments si &#233;cul&#233;s que je me demande s'il vaut la peine de les affronter. Et pourtant, les revoici sortis de frais en ce d&#233;but 2013...&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par les plus stupides. Ainsi de l'argument qui se veut patriotique, destin&#233; &#224; pousser dans leurs retranchements, s'ils en ont, les innocents balbutiant ces parlers &#034;artificiellement normalis&#233;s&#034; que sont les langues r&#233;gionales.&lt;br class='autobr' /&gt;
De quoi s'agit-il ? Mais de la Kollaboration bien s&#251;r ! Sans &#233;voquer les SS bretons, que l'on nous ressort p&#233;riodiquement, tenons-nous en &#224; quelques v&#233;rit&#233;s, qui concernent la seule langue r&#233;gionale - ou inter-r&#233;gionale - que je connaisse (sous sa forme proven&#231;ale maritime), la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, en effet, P&#233;tain avait plac&#233; son &#201;tat fran&#231;ais sous l'&#233;gide de Mistral. &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, en effet, son fid&#232;le Charles Maurras &#233;tait f&#233;libre, parlait le proven&#231;al, et le d&#233;fendait bec et ongle...&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, dans leur bonheur de voir l'&#201;tat fran&#231;ais faire une place &#224; l'&#233;cole &#224; la langue d'Oc, le F&#233;librige comme la Soci&#233;t&#233; d'&#201;tudes occitanes ont &#233;t&#233; des nids d'ardents p&#233;tainistes, au moins jusqu'en 1943...&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, oui bien s&#251;r, le pape de l'occitanisme d'avant-guerre, le p&#232;re de la c&#233;l&#232;bre graphie dite occitane, le Languedocien Louis Alibert, sombra dans la collaboration la plus abjecte et la plus militante...&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ajouterai m&#234;me, pour enrichir ce dossier, que je croyais &#224; des gal&#233;jades quand des paysans du Haut-Var me disaient avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233;s par des SS qui parlaient proven&#231;al, jusqu'&#224; ce que mon ami l'historien Jean-Marie Guillon m'explique qu'en effet les nazis avaient recrut&#233; des proven&#231;alophones pour &#234;tre mieux en prise sur le pays, et &#233;ventuellement, en civil, pour inflitrer les maquis proven&#231;aux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un premier mouvement, je me suis dit : &#034;d&#233;cemment, tu ne peux pas continuer &#224; parler et &#224; &#233;crire une langue &#224; ce point compromise. Lobotomise toi. Oublie cet occitan d&#233;bris du latin... Ne parle et n'&#233;cris que le fran&#231;ais, ta langue nationale, et si possible, bon Dieu, essaie de la parler sans accent !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; ce moment que mon Jiminy Cricket m'a souffl&#233; &#224; l'oreille : &#034;Certes, mais d&#233;cemment, tu ne peux pas non plus continuer &#224; parler cet autre d&#233;bris du latin qu'utilisaient P&#233;tain, Laval, et tous les porteurs de francisque de Vichy, comme notre grand ex-Pr&#233;sident... Tu ne peux pas parler la langue qu'employait la L&#233;gion des Volontaires fran&#231;ais contre le bolch&#233;visme, qui combattirent sur le front russe. Non, tu ne peux pas. La langue fran&#231;aise s'est &#224; jamais d&#233;shonor&#233;e dans la Kollaboration. Il te faut trouver autre langue&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Argument imparable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me reste donc &#224; trouver, et &#224; apprendre, une langue qui n'ait pas &#233;t&#233; compromise dans la Kollaboration.
&lt;br /&gt;&#8212; Pas de probl&#232;mes, l'anglais est tout d&#233;sign&#233;, me dites-vous...
&lt;br /&gt;&#8212; Eh non, les nazis ont occup&#233; les &#238;les anglo-normandes et y ont trouv&#233; des collabos anglophones... Ne parlons m&#234;me pas de l'italien et de l'espagnol... Peut-&#234;tre dois-je r&#233;viser mes rudiments de tahitien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, faute de mieux, je continuerai un peu en fran&#231;ais, en m'en excusant, mais je passe le message, post mortem, &#224; ceux qui, Maurras ou pas Maurras, avaient cru bon sur mon littoral varois titrer en proven&#231;al embl&#233;matique du Peuple leur journal de r&#233;sistants : &lt;i&gt;Lou Travailladou&lt;/i&gt;, le Travailleur ! [ &lt;i&gt;Lou Travailladou, organe du littoral du P.C.F, Var&lt;/i&gt;, Mars 1942 ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II - LANGUES R&#201;GIONALES - OCCITAN, &#201;TAT R&#201;EL DE LA LANGUE ? (Lundi 29 avril 2013-&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je traitais il y a peu, et sur le mode de l'ironie plut&#244;t am&#232;re, de l'utilisation de certains rappels historiques en ce qui concerne la langue d'Oc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Passons maintenant, et sur un autre ton, aux choses s&#233;rieuses, et &#224; des arguments qui valent vraiment la peine d'&#234;tre discut&#233;s. Non qu'il faille rendre des comptes &#224; ces censeurs, mais pour &#233;clairer au mieux la lanterne de lecteurs de ce blog, peu inform&#233;s en la mati&#232;re, mais int&#233;ress&#233;s. Les occitanistes m'excuseront de reprendre ces &#233;vidences qu'ils connaissent depuis longtemps. Et ils ne m'en voudront pas de ne pas entonner les couplets habituels sur notre belle langue, patin coufin... Comme toute langue, elle peut tout charrier, le beau et le laid, le vil et le noble, le banal et l'exaltant, le conservatisme (ah, Prouven&#231;au e Catouli !) et la d&#233;mocratie... On s'en tiendra seulement ici, comme disait le vieux Karl, une analyse concr&#232;te de la situation concr&#232;te. Ren qu'aqu&#242; (?) &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article r&#233;cent de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt; (16 mars 2013)*, en r&#233;glant son compte &#224; la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales, en journaliste bien inform&#233;, &#201;ric Conan r&#232;gle le leur aux langues r&#233;gionales elles-m&#234;mes : ces &#034;langues r&#233;gionales - qui, pour beaucoup, sont des dialectes locaux unifi&#233;s ou recr&#233;&#233;s artificiellement et gu&#232;re plus parl&#233;s &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ric Conan a certes la comp&#233;tence universelle pour traiter de la situation dans son ensemble, mais, encore une fois, je pr&#233;cise que je n'interviens ici qu'&#224; propos de la seule langue r&#233;gionale - ou inter-r&#233;gionale - que je pratique (sous sa forme proven&#231;ale maritime), la langue d'Oc. Et peut-&#234;tre aussi &#224; propos du francoproven&#231;al ou arpitan, dont il est amplement trait&#233; dans ce blog. Je n'ai aucune comp&#233;tence pour parler d'autres langues r&#233;gionales de France (alsacien, basque, breton, catalan, corse, flamand, francique, gallo, langue de bois &#233;lys&#233;enne, mon&#233;gasque, parisien t&#233;l&#233;visuel, picard, poitevin, etc., sans parler des langues des D.O.M - T.O.M...). Je m'en tiens donc &#224; ce en quoi j'ai quelque comp&#233;tence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dans &#034;le Midi&#034;, au moins jusqu'&#224; la guerre de 1914, et parfois au-del&#224;, la langue d'Oc, aimablement baptis&#233;e &#034;patois&#034;, ait &#233;t&#233; la langue du plus grand nombre est une &#233;vidence que pourtant l'histoire officielle du XXe si&#232;cle a trop souvent occult&#233;e. J'ai eu le plaisir de m'inscrire parmi ceux qui ont fait r&#233;-&#233;merger cette v&#233;rit&#233; dont l'ignorance n'&#233;tait pas innocente... Pas innocente, car il aurait alors fallu expliquer les raisons de la brutale agonie, en une ou deux g&#233;n&#233;rations, d'une langue qui mourut en pleine sant&#233; : un paysan occitanophone des ann&#233;es 1890 employait avec pertinence une concordance des temps, un pass&#233; simple, des subjonctifs dont le d&#233;daigneux journaliste monolingue fran&#231;ais d'aujourd'hui n'a sans doute plus l'usage, voire la connaissance...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la page est tourn&#233;e... Que de nos jours la langue d'Oc ne soit gu&#232;re plus parl&#233;e est une &#233;vidence. Pour autant, elle l'est toujours, soit par des locuteurs &#034;naturels&#034; qui en ont h&#233;rit&#233;, un million ou deux peut-&#234;tre de l'Atlantique aux Alpes, des Pyr&#233;n&#233;es &#224; l'Auvergne et au Limousin, soit par des n&#233;o-pratiquants, qui, volontairement et sans contrainte, l'ont retrouv&#233;e ou l'ont apprise, soit quelques centaines de milliers. Pour les premiers, la langue est un h&#233;ritage re&#231;u par pesanteur sociologique (dans l'indiff&#233;rence, ou au contraire dans le plaisir de la connivence du &#034;petit pays&#034;) ; pour les seconds, cat&#233;gorie adultes, elle r&#233;pond clairement &#224; un d&#233;sir et &#224; un plaisir. Au nom de quoi pourrait-on, ou voudrait-on les en priver ? On peut ajouter &#224; ces chiffres le nombre de personnes, relativement &#226;g&#233;es, qui, bien des sondages en attestent, ne parlent pas cette langue mais qui disent la comprendre, plus ou moins, et en conna&#238;tre des expressions qu'ils emploient &#224; l'occasion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces chiffres de locuteurs peuvent sembler d&#233;risoires au regard du nombre actuel d'habitants des r&#233;gions fran&#231;aises, italiennes (Vall&#233;es pi&#233;montaises) et espagnoles (Val d'Aran), o&#249; jadis la langue d'Oc fut langue de tous. D'autant que ces r&#233;gions, en ce qui concerne la France, sont des r&#233;gions de forte immigration, tant africaine que fran&#231;aise ou europ&#233;enne (h&#233;liotropes ces deux derni&#232;res). Et que ces &#233;migrants n'ont a priori que faire de la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'emp&#234;che. Ces chiffres ne sont pas n&#233;gligeables. De toute fa&#231;on, &#201;ric Conan conviendra avec moi, je l'esp&#232;re, que ce n'est pas au nombre de pratiquants ou d'adeptes que l'on doit juger de la qualit&#233; et de la pertinence d'une langue. Sinon qu'en serait-il chez nous de l'oralit&#233; (je dis bien l'oralit&#233;) du latin, par exemple...&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pourrais ajouter que cette langue d'Oc est chant&#233;e en concerts et dans des f&#234;tes, parfois pr&#233;sente &#224; la radio et sur FR3, qu'elle conna&#238;t la r&#233;&#233;dition (troubadours) et, m&#234;me confidentielle le plus souvent, l'&#233;dition. M&#234;me remarque que pr&#233;c&#233;demment : aussi limit&#233;es que soient ces pratiques, elles existent. Et il ne viendrait &#224; personne, &#224; tout le moins je l'esp&#232;re, d'envoyer au diable les publications de po&#233;sie fran&#231;aise sous pr&#233;texte de leurs bien maigres tirages et de leur peu de lecteurs...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, un fois constat&#233;e l'existence r&#233;elle du ou des parlers d'Oc, venons-en &#224; l'essentiel, c'est-&#224;-dire &#224; l'artificialit&#233; pr&#233;sum&#233;e de leur appliquer cette notion de Langue. Sans autre pr&#233;cision sur celle/s des langues r&#233;gionales qu'il excepte de son jugement, &#201;ric Conan pense qu'il s'agit en fait et seulement de &#034;dialectes locaux unifi&#233;s ou recr&#233;&#233;s artificiellement &#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne l'existence de dialectes locaux, il a parfaitement raison. Dans la r&#233;alit&#233; de l'oralit&#233; occitane, quand elle perdure (que ce soit dans une pratique encore vivante, ou dans le souvenir des parents ou grands parents), la langue d'Oc n'existe que dans et par la vari&#233;t&#233; de ces dialectes et micro-parlers que les linguistes connaissent bien et ont depuis longtemps d&#233;finis. C'est ce que f&#233;libres et/ou occitanistes ont toujours affirm&#233;, Fr&#233;d&#233;ric Mistral au premier chef. Et faut-il encore pr&#233;ciser qu'en linguistique le mot &#034;dialecte&#034; n'est en rien p&#233;joratif ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La langue d'Oc a &#233;t&#233; et demeure dans la situation qui fut celle de la langue d'O&#239;l avant la victoire d'un de ses dialectes (le francien des Rois, bient&#244;t devenu fran&#231;ais) sur tous les autres, entre lesquels existait un intercompr&#233;hension plus ou moins ais&#233;e. Et il n'est pas indiff&#233;rent de rappeler que cette victoire du francien a &#233;t&#233; celle d'un pouvoir politique. Or, depuis le moyen-&#226;ge o&#249; existaient des &#233;tats ind&#233;pendants de langue d'Oc, et o&#249; s'&#233;crivait une koin&#232; litt&#233;raire et administrative d'Oc commune &#224; tous ces &#233;tats, la langue d'Oc n'a jamais plus &#233;t&#233; celle d'un pouvoir politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vari&#233;t&#233; dialectale n'emp&#234;che pas l'intercompr&#233;hension, et ce fut un fait d'exp&#233;rience pour tant de M&#233;ridionaux dans les tranch&#233;es de 1914-1918, par exemple. Comme c'est un fait d'exp&#233;rience &#233;vidente pour des francophones populaires du Nord et du Sud de la France, du Qu&#233;bec, de Louisiane ou de C&#244;te d'Ivoire, qu'au-del&#224; des diff&#233;rences d'accents (et parfois quelles diff&#233;rences !), voire de lexique ou de syntaxe, ils se comprennent et parlent en d&#233;finitive la m&#234;me langue, le fran&#231;ais, que la t&#233;l&#233; leur renvoie sous sa forme standard et d&#233;finitivement &#034;convenable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, langue d'Oc il y a, et ce n'est pas d'hier que l'appellation existe ! Je me permets, en ce qui me concerne, de renvoyer &#224; un livre r&#233;cent [ Ren&#233; Merle - Visions de l'idiome natal. Enqu&#234;te de 1807 - XIII ] et &#224; l'article [ Occitan, Francoproven&#231;al, nommer la langue ? ].&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, laissons tomber cet pseudo-argument (qui se veut majeur !) de l'inexistence d'une Langue, du seul fait qu'elle n'existe que dans la vari&#233;t&#233; dialectale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup plus int&#233;ressant est l'argument de l'unification de ces dialectes, et par l&#224; de leur cr&#233;ation ou r&#233;cr&#233;ation en Langue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Unification par la graphie d'abord. Toutes les langues en sont pass&#233; par l&#224;, et le fran&#231;ais au premier chef. Imagine-t-on le fran&#231;ais, orthographi&#233; seulement &#034;phon&#233;tiquement&#034;, dans le kal&#233;idoscope des diff&#233;rentes prononciations locales et r&#233;gionales, ou des prononciations &#034;sociologiques&#034; ? J'ai toujours eu d'ailleurs un malin plaisir &#224; d&#233;chiffer le fran&#231;ais not&#233; par un acadien selon les normes de la prononciation angloam&#233;ricaine... La langue d'oc n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; ces tentatives d'unification graphique, plus ou moins en conformit&#233; avec les prononciations r&#233;gionales. Ainsi Mistral et ses amis f&#233;libres ont dot&#233; le proven&#231;al d'une graphie dite mistralienne, comme d'autres le firent en Gascogne, en Languedoc, etc., en s'effor&#231;ant de demeurer au plus pr&#232;s d'une prononciation &#034;moyenne&#034;. Ces graphies ne pouvaient que s'aligner sur la graphie du fran&#231;ais, car il s'agissait alors de proposer un moyen de lire, voire d'&#233;crire, leur parler naturel (le parler de tous, ou presque, je le r&#233;p&#232;te), &#224; des gens qui avaient &#233;t&#233; ou qui allaient &#234;tre accultur&#233;s en fran&#231;ais. Dans ces conditions, l'unification relative par la graphie n'emp&#234;chait pas ces oralisants, pour lesquels la langue d'oc &#233;tait la langue naturelle et quotidienne, de lire et d'articuler un texte occitan en lui restituant toutes ses nuances de prononciation locale ou r&#233;gionale, nuances que ce choix graphique &#224; la fran&#231;aise ne pouvait pas toujours prendre en compte. De la m&#234;me fa&#231;on qu'aujourd'hui un lecteur fran&#231;ais, confront&#233; &#224; une graphie fran&#231;aise qui note encore &#034;phon&#233;tiquement&#034; des &#233;tats de pronconciation tout &#224; fait r&#233;volus, restituera sans probl&#232;mes &#224; ce fran&#231;ais ses sonorit&#233;s actuelles, et bien souvent encore ses sonorit&#233;s r&#233;gionales, sans s'embarrasser des &#034;s&#034; des pluriels, des &#034;t&#034; des participes, des &#034;r&#034; des infinitifs, des finales en &#034;ent&#034; de la conjugaison, etc. Par contre, imaginons ce que peut &#234;tre le fran&#231;ais lu par quelqu'un qui voudrait le prononcer tel qu'il est &#233;crit... (on se souvient peut-&#234;tre de la fameuse dict&#233;e de Topaze **. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout ceci est relatif &#224; hier. La vraie question aujourd'hui est celle du but v&#233;ritable de l'unification graphique r&#233;gionale ou pan-r&#233;gionale alors que le fran&#231;ais est devenu la langue de tous, et que, dans ses vari&#233;t&#233;s dialectales, l'occitan n'est plus que la langue d'une minorit&#233;. &#192; ce propos, c'est bien le mot de &#034;recr&#233;&#233;&#034; employ&#233; par &#201;ric Conan qu'il faut prendre en compte et discuter. J'y reviendrai bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III - LANGUES REGIONALES - OCCITAN : UNIFICATION, RE/CREATION ? (Jeudi 2 mai 2013)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'enjeu v&#233;ritable n'est en r&#233;alit&#233; pas tant de sauver ou de d&#233;fendre la dignit&#233; de langues r&#233;gionales - qui, pour beaucoup, sont des dialectes locaux unifi&#233;s ou recr&#233;&#233;s artificiellement et gu&#232;re plus parl&#233;s&#034; &#233;crivait savamment &#201;ric Conan dans Marianne (cf. r&#233;f. dans l'article pr&#233;c&#233;dent).&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenons donc sur ces deux adjectifs, &#034;unifi&#233;s&#034;, &#034;recr&#233;&#233;s artificiellement&#034; et, tout en laissant le journaliste &#224; ses approximations et &#224; ses fantasmes, essayons de voir &#224; quoi nos adjectifs peuvent correspondre en ce qui concerne aujourd'hui la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture m&#233;di&#233;vale (litt&#233;raire et administrative) une fois tarie, nous avons vu que le passage &#224; l'&#233;criture en occitan &#034;moderne&#034;, poursuivi tant bien que mal depuis le XVIe si&#232;cle, n'avait pu se faire qu'en utilisant les normes de notation du fran&#231;ais, dans lequel, si j'excepte le latin, de plus en plus les locuteurs de la langue d'Oc apprenaient &#224; lire, jusqu'&#224; ce que l'&#233;cole obligatoire, fin XIXe, leur apporte, et leur impose, la ma&#238;trise du fran&#231;ais. La graphie m&#233;di&#233;vale, administrative et litt&#233;raire donc, qui s'&#233;tait r&#233;pandue de la Gascogne aux vall&#233;es les plus apparemment perdues des Alpes, depuis les Pyr&#233;n&#233;es jusqu'aux marges du Limousin et de l'Auvergne, &#233;tait pratiquement oubli&#233;e, sinon, depuis Raynouard au d&#233;but XIXe, de quelques &#233;rudits f&#233;rus d'archives administratives, qui d'ailleurs ne l'employaient pas lorsqu'il leur arrivait d'&#233;crire en langue d'oc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Initi&#233;e &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, l'entreprise qui se voulait de retour &#224; cette graphie connut son aboutissement dans les ann&#233;es 1930, avec la petite mais active chapelle de la Soci&#233;t&#233; d'&#201;tudes occitanes autour de Louis Alibert, que fascinait l'exemple de la renaissance catalane. Revenir aux normes de la graphie classique &#233;tait &#224; la fois le moyen de restituer, &#224; l'&#233;crit, une unit&#233; perdue dans l'&#233;clatement dialectal, et, dans la tradition f&#233;libr&#233;enne, celui de r&#233;tablir dans le giron occitan la langue catalane soutenue d&#233;sormais par une autonomie politique. C'&#233;tait aussi la rupture avec toute graphie qui, &#224; l'image de l'espagnole, de l'italienne ou de l'allemande, donnait &#224; lire directement et exactement ce qu'il fallait prononcer. Bref, une graphie appr&#233;hendable &#224; premi&#232;re vue plus par des &#034;&#233;duqu&#233;s&#034; que par des &#034;primaires&#034;, selon la terminologie de l'&#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la tragique fin de l'autonomie catalane et de la R&#233;publique espagnole, puis apr&#232;s la condamnation d'Alibert pour collaboration aggrav&#233;e, cette graphie fut reprise apr&#232;s 1945 par la jeune Institut d'&#201;tudes Occitanes, mais sa diffusion demeura relativement confidentielle jusqu'&#224; la grande secousse de 1968. Elle connut un &#233;lan impressionnant dans les ann&#233;es 1970, avec l'essor d'un jeune occitanisme contestataire au plan politique et social. &#192; la grande joie des pr&#233;curseurs, c'est la graphie classique modernis&#233;e qu'utilisent alors la nouvelle chanson, la nouvelle po&#233;sie, le nouveau th&#233;&#226;tre, les nouveaux mouvements culturels et politiques occitans de ces ann&#233;es-l&#224;. Essor d'autant plus spectaculaire qu'il n'&#233;tait port&#233; par aucune autorit&#233; politique, par aucune contrainte administrative, et ne tenait qu'&#224; l'adh&#233;sion volontaire et militante de jeunes adultes touch&#233;s par la gr&#226;ce graphique nationalitaire. Je peux en t&#233;moigner, j'en fus. Et ce dans une distorsion impressionnante avec le support sociologique populaire dont cette entreprise occitaniste &#233;tait en qu&#234;te. Le retour embl&#233;matique &#224; la dialectique &#034;o/&#242;&#034;, aux signes m&#233;di&#233;vaux &#034;nh, lh&#034;, etc, s'il convenait &#224; une couche multiforme d'enseignants, d'&#233;tudiants, d'animateurs culturels, etc., ne pouvait a priori que d&#233;concerter un lectorat populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons que, faute d'une tradition forte d'&#233;criture m&#233;di&#233;vale, le &#034;revival&#034; du francoproven&#231;al (arpitan) ne conna&#238;t pas ce recours &#224; des choix anciens, et s'en tient, au plan local comme au plan r&#233;gional, &#224; noter la langue au plus pr&#232;s de sa prononciation, en utilisant les normes fran&#231;aises. [ Francoproven&#231;al - articles : classement th&#233;matique. ]&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis d&#233;j&#224; longuement expliqu&#233; sur tout cela dans mes publications et sur ce blog. [Langue d'oc : graphies - classement chronologique ] Revenons-y cependant rapidement, en essayant de mesurer, avec le recul du temps, ce que recouvrait, et ce que porte encore, pareille entreprise graphique occitaniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; nos deux adjectifs, &#034;unifi&#233;&#034; et &#034;recr&#233;&#233;&#034;, on peut dire que cette r&#233;forme graphique alibertine fut une fus&#233;e &#224; deux &#233;tages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; UNIFICATION ? Incontestablement, l'usage de cette graphie a contribu&#233; &#224; unifier la langue dans la mesure o&#249; elle imposait une codification graphique unique pour noter (en les respectant) les diverses r&#233;alisations dialectales. Codification que tout locuteur r&#233;el de la langue d'Oc, - et ils &#233;taient encore fort nombreux dans ces ann&#233;es 1930 -, pouvait assez facilement d&#233;coder. Puisque les buts proclam&#233;s &#233;taient la circulation culturelle sur l'ensemble du territoire de la langue d'Oc et son ouverture sur l'espace catalan, on peut dire que le premier but a &#233;t&#233; atteint dans les quarante derni&#232;res ann&#233;es, et que le second s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un songe vain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, c'est surtout dans le monde virtuel de l'&#233;crit que vit la communaut&#233; culturelle occitane, pour laquelle le Web est un vecteur majeur d'&#233;change et de d&#233;veloppement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, le retour &#224; une graphie m&#233;di&#233;vale normalis&#233;e a donc &#233;t&#233; une r&#233;ussite &#233;vidente de la conscientisation et de l'affirmation culturelle d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, on ne peut pas parler de reconqu&#234;te en milieu populaire, car, tant que cette graphie ne sera pas expliqu&#233;e et diffus&#233;e par une autorit&#233;, par un pouvoir r&#233;el (et ce n'est pas demain la veille), elle demeurera difficilement compr&#233;hensible (c'est un euph&#233;misme), et d&#233;concertante, pour qui n'a pas eu l'occasion de l'apprendre. D'o&#249; l'esp&#233;rance majeure que placent les occitanistes dans l'enseignement (public et/ou en &#034;calendretas&#034;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#233;crire est une chose, et parler une autre. Un exemple, peut-&#234;tre le plus significatif, de cette dichotomie, est la c&#233;r&#233;monie de la Dict&#233;e, qui chaque ann&#233;e r&#233;unit un peu partout en &#034;Occitanie&#034; les amis de la graphie : r&#233;v&#233;rence quasi-nationale &#224; cette r&#233;alisation symbolique de l'unit&#233; de la langue. Mais cette journ&#233;e de l'&#201;crit ne s'est jamais (pour le moment &#224; tout le moins) doubl&#233;e d'une journ&#233;e de la PAROLE, et, par force, nombreux encore sont ceux qui dor&#233;navant savent &#233;crire l'occitan sans pour autant avoir l'occasion, ou la volont&#233;, de le parler... L'occitan ainsi port&#233; vers la r&#233;alisation graphique devient ainsi une sorte de Latin pour les nouveaux clercs de sa renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; RE/CR&#201;ATION ? Dans une certaine mesure, oui. En effet, nous l'avons vu, la r&#233;forme alibertine des ann&#233;es 1930 intervenait dans une &#034;Occitanie&#034; o&#249; la lanque parl&#233;e par la masse consid&#233;rable des occitanophones naturels demeurait la pierre de touche de l'efficience graphique. Or aujourd'hui ces occitanophones naturels n'existent pratiquement plus, et bient&#244;t n'existera plus la g&#233;n&#233;ration qui, sans pratiquer la langue d'Oc, l'avait encore dans l'oreille pour l'avoir entendue en famille et dans son milieu sociologique naturel (c'est la mienne...) Cette double disparition, qui est un cauchemar pour les occitanistes en qu&#234;te de Peuple, est une sorte de b&#233;n&#233;diction (je sais, j'exag&#232;re, je suis cruel, mais c'est ainsi) pour les diffuseurs de la novlangue : cette double disparition g&#233;n&#233;rationnelle fera tomber l'encombrante r&#233;f&#233;rence &#224; l'infinie variation dialectale, h&#233;rit&#233;e par pesanteur g&#233;ographique et sociologique. L'objectif &#233;tant de r&#233;injecter l'occitan dans une jeunesse dont la langue maternelle est le fran&#231;ais, c'est par l'enseignement que se diffusera une langue unique, dont la graphie unique d&#233;terminera la prononciation unique, et dont la purification lexicale (chasse aux n&#233;ologismes douteux et aux francismes) assi&#233;ra l'unit&#233; sur l'ensemble du territoire. Ainsi, paradoxalement sans vrai support social, sans autre pouvoir que le &#034;pouvoir&#034; associatif autoproclam&#233; et le pouvoir universitaire, la langue occitane retrouverait une unit&#233; norm&#233;e que le catalan n'a pu acqu&#233;rir que dans un puissant consensus interclassiste, puis dans une reconnaissance officielle, et le fran&#231;ais dans la r&#233;alit&#233; d'un pouvoir politique contraignant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, suivant une formule, quelque peu devenue culte, de l'universaire occitaniste Patrick Sauzet, la graphie est plus que la graphie. Il s'agit bien ici de retrouver ou de recr&#233;er une patrie commune, en gestation historique depuis des si&#232;cles. L'histoire nous dira ce qu'il en adviendra en cas de r&#233;ussite : av&#232;nement d'une communaut&#233; culturelle transcendant les fronti&#232;res r&#233;gionales, et/ou av&#232;nement d'une communaut&#233; nationalitaire au sens politique du terme ? Nous abordons ici un probl&#232;me largement &#233;voqu&#233; dans les d&#233;bats autour de la Charte europ&#233;enne des langues minoritaires, et nous y reviendrons bient&#244;t.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034;...des dialectes locaux unifi&#233;s ou recr&#233;&#233;s artificiellement et gu&#232;re plus parl&#233;s&#034; &#233;crivait le journaliste de Marianne. Alors, me direz-vous, apr&#232;s avoir tourn&#233; et retourn&#233; les deux adjectifs, pas de commentaires nouveaux sur &#034;gu&#232;re plus parl&#233;s&#034; ? (hormis ce qui en est rapidement dit dans les deux billets pr&#233;c&#233;dents). &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; coup s&#251;r, notre journaliste peut patrouiller sur les march&#233;s de Provence, zigzaguer entre les piscines du Lub&#233;ron et les fermettes britanniques du P&#233;rigord, il peut arpenter la place de la Com&#233;die &#224; Montpellier, celle du Capitole &#224; Toulouse, et celle de Jaude &#224; Clermont-Ferrand, il peut monter et descendre la Canebi&#232;re, il peut lever le nez dans la vieille ville de Limoges, il peut faire le tour des remparts de Brian&#231;on, il peut longer les quais de Bordeaux, il lui faudra vraiment tendre l'oreille pour rep&#233;rer un mot d'occitan (j'en excepte le m&#233;tro de Toulouse et ses annonces surprenantes...). Alors ? Langue morte ? Je reprends ici une expression que j'ai souvent employ&#233;e : &#034;Lenga m&#242;rta pas tant m&#242;rta&#034;. D'abord parce que les locuteurs naturels la parlent bien au chaud de leur connivence, et il faudrait pour cela que notre journaliste aille avec eux au caf&#233;, au jeu de boules ou &#224; la chasse... Mais alors tout le monde se mettrait &#224; parler fran&#231;ais devant lui. Ensuite parce que ceux qui ont appris ou r&#233;appris cette langue ne se risquent pas &#224; aborder un inconnu en occitan, et ne la parlent qu'&#224; ceux qu'ils connaissent. &#192; se dire qu'il faudrait arborer un pin's, un badge, que sais-je, signalant que l'on parle oc... Maintenant, pour quoi dire, c'est une autre affaire...&lt;br class='autobr' /&gt;
Une remarque encore : s'il crapahute un peu dans les vall&#233;es occitanes du Pi&#233;mont, &#224; coup s&#251;r il entendra cette langue ailleurs enfouie, mais, allez, soyons m&#233;chant, le bilingue fran&#231;ais standard (fran&#231;ais norm&#233; + mini-anglais international) risque fort de se dire que c'est de l'italien... Bref, appliquer &#224; l'occitan ce &#034;gu&#232;re plus parl&#233;&#034; peut &#234;tre un constat de fin de course pour qui a le nez sur la vitre, et ne rendre aucunement compte d'une r&#233;alit&#233; tout &#224; fait autre complexe pour qui veut bien consid&#233;rer la situation dans sa complexit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV - LANGUES REGIONALES (4) - OCCITAN : DANGER POUR L'UNITE NATIONALE ET LA LANGUE FRAN&#199;AISE ? (Vendredi 3 mai 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le billet pr&#233;c&#233;dent, j'ai &#233;crit le mot qui f&#226;che : &#034;nationalitaire&#034;. Le mot qui fait hurler sur les sites que je re&#231;ois, en rafales, des franges communistes contestaires, des la&#239;ques de combat, des Jacobins assum&#233;s (oh, que je n'aime pas l'usage de ce mot : &#034;jacobin&#034;, d&#233;tourn&#233; de son sens historique)... On peut sans doute entendre les m&#234;mes hurlements sur bien des sites de droite, mais je n'y suis pas abonn&#233;. &#034;Il n'existe pas de peuple corse ou de peuple breton&#034;, me dit-on, &#034;il n'existe qu'un peuple fran&#231;ais&#034;... Avec, en prime, la question des langues &#224; cheval sur les fronti&#232;res, puisqu'en Espagne nationalistes catalans et nationalistes basques consid&#232;rent comme in&#233;luctable &#224; terme le rattachement de la Catalogne de France et du pays basque de France &#224; leurs deux entit&#233;s nationales en formation. Naturellement, je n'ai aucune qualification pour parler au nom des Bretons, Catalans, Corses, etc., qu'ils se consid&#232;rent ou non comme formant un Peuple. Je rappelle que je n'interviens ici, et &#224; titre personnel, qu'&#224; propos de la situation &#034;occitane&#034;, situation me semble-t-il assez diff&#233;rente de celle des autres langues r&#233;gionales de France, justement parce que le mot &#034;occitan&#034; veut englober des r&#233;alit&#233;s r&#233;gionales diverses et bien caract&#233;ris&#233;es. C'est un terme trans-r&#233;gional.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun conna&#238;t la rh&#233;torique nationalitaire allemande : &#034;ein Volk, ein Reich&#034;, et, ajoutait Hitler, &#034;ein F&#252;hrer&#034;... Mais dans cette optique, pour qu'il y ait &#034;ein Volk&#034;, un Peuple, il faut qu'il y ait &#034;eine Sprache&#034;, une langue. Tous ceux qui parlent allemand doivent rejoindre le giron de l'&#201;tat allemand... On imagine ce que cela donnerait appliqu&#233; &#224; tous ceux qui parlent anglais, ou tous ceux qui parlent fran&#231;ais. Mais passons.&lt;br class='autobr' /&gt;
La trilogie &#034;une langue, un peuple, un &#201;tat&#034; a dans l'histoire de France &#233;t&#233; retourn&#233;e dans la trilogie : &#034;Un &#201;tat, un peuple, une langue&#034;. Mort aux patois. Que tous parlent fran&#231;ais, et ne parlent que fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inversement, parmi les d&#233;fenseurs de la langue d'Oc, a toujours exist&#233; une vision &#224; l'allemande : &#034;une Langue, donc un Peuple&#034;... Et pour ce Peuple, quelle structure politique ? Un &#201;tat ? Bref, et c'est la grande inqui&#233;tude des adversaires des langues r&#233;gionales, et en particulier de cet occitan &#233;rig&#233; en langue au dessus des diff&#233;rences provinciales et dialectales : menace, m&#234;me virtuelle, de s&#233;paratisme ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;crit cent fois sur ce blog, et ailleurs, qu'en ce qui concerne le &#034;Peuple d'Oc&#034;, c'est-`&#224;-dire l'ensemble des populations ayant, ou ayant eu pour parler quotidien une des vari&#233;t&#233;s de la langue d'Oc, si le sentiment d'une diff&#233;rence ethnotypale a toujours &#233;t&#233; plus ou moins pr&#233;sent, la tentation nationalitaire n'a jamais exist&#233;. Les populations &#034;m&#233;ridionales&#034; (m&#234;me celles que la force la plus brutale avait annex&#233; &#224; la France) ont trouv&#233; leur compte dans le cadre de l'&#201;tat fran&#231;ais, alors que les Catalans, bourgeois, paysans ou prol&#233;taires, par ailleurs oppos&#233;s, ne trouvaient pas leur compte dans le cadre de l'&#201;tat espagnol. Ainsi fut sign&#233;e, aux temps o&#249; Mistral s'enthousiasmait pour une fraternit&#233; f&#233;libr&#233;enne proven&#231;alo-catalane, l'impossibilit&#233; d'un mouvement nationalitaire politique d'Oc et l'essor d'un v&#233;ritable mouvement nationalitaire politique catalan. Il ne restait plus &#224; Mistral qu'&#224; c&#233;l&#233;brer son r&#234;ve perdu par des vers d&#233;sesp&#233;r&#233;s (cf. la Coumtesso).&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il fallait d'ailleurs faire la contre-&#233;preuve de cette pleine adh&#233;sion &#224; la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise, il suffirait de voir quel fut l'engagement r&#233;solu dans la Nation r&#233;volutionnaire et r&#233;publicaine d'une grande partie des populations occitanes, et, m&#234;me lorsque une partie de ces populations se dress&#232;rent contre la R&#233;publique, ce fut toujours dans le cadre d'une France qu'ils pr&#233;f&#233;raient royaliste (cf. la Vend&#233;e proven&#231;ale ou loz&#233;rienne par exemple). Le cas des C&#233;venols est &#233;galement signifcatifs : les enfants de ceux qui combattirent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment l'arm&#233;e fran&#231;aise pour le respect de leur foi protestante se rang&#232;rent d&#233;finitivement du c&#244;t&#233; de la R&#233;publique &#233;mancipatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ceux qui &#233;voquent la menace d'une bipartition de la France, telle qu'elle aurait pu advenir presque &#224; la fin des guerres de religion, il convient plut&#244;t de signaler les revendications provincialistes, crispations micro-nationalitaires rancies, qui &#233;manent de courants traditionnalistes, de Nice &#224; la Gascogne, de la Provence &#224; l'Auvergne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais alors, par quel bout aborder la r&#233;alit&#233; &#034;vraie&#034;, et les finalit&#233;s possibles, de cette entreprise occitaniste ? Les proclamations nationalitaires p&#233;tries d'anti-colonialisme formel et de tiers-mondisme ont eu quelque succ&#232;s dans la toute petite bourgeoisie intellectuelle des ann&#233;es 1970. Le soufflet est vite retomb&#233;. D'autant que le slogan bien connu &#034;Volem viure al pais&#034; (Nous voulons vivre au pays) a &#233;t&#233; remplac&#233; de facto, dans le d&#233;ferlement des N&#233;os, par &#034;Nous voulons vivre dans ton pays&#034; (ceci dit sans la moindre x&#233;nophobie).&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;lix Castan, toute sa vie durant, s'est efforc&#233; de t&#233;moigner, par l'&#233;crit et en actes, pour le ferment que repr&#233;sentait d'apr&#232;s lui l'existence d'une tradition et d'une cr&#233;ation culturelles occitanes, dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la culture nationale dont elles participent, et non pas contre elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en approuvant ses analyses, j'ai toujours &#233;mis des r&#233;serves sur l'impasse qu'il faisait du support social r&#233;el de cette culture. En disciple cr&#233;ateur e Castan, Claude Sicre a propos&#233; sur ce th&#232;me des avanc&#233;es d&#233;finitives, me semble-t-il, et il a fait de bons disciples en mati&#232;re de cr&#233;ation. Je ne peux que renvoyer &#224; ses &#233;crits et &#224; ses exp&#233;riences...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V - LANGUES REGIONALES (5) - L'OCCITAN ET LA CHARTE (Samedi 4 mai 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre articles pr&#233;c&#233;dents dressaient en quelque sorte un &#233;tat des lieux, avec en filigrane, nous l'avons vu, la question de l'Europe, cette Europe que bien des r&#233;gionalistes souhaitent voir &#233;voluer vers une autorit&#233; publique supranationale coiffant une soci&#233;t&#233; multicommunautaire, multilingue, multiculturelle et multiethnique. De quoi inqui&#233;ter les partisans de l'&#201;tat-nation, parmi lesquels je me range, non que je l'imagine m&#233;taphysiquement &#233;ternel - rien n'est &#233;ternel - mais parce que, et je m'en suis souvent expliqu&#233; sur ce blog, je pense qu'il est pour l'heure le socle de la d&#233;fense des droits acquis et de leur g&#233;n&#233;ralisation... &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-dessus est venue se rebrancher la querelle de la Charte. Querelle d&#233;j&#224; bien ancienne. Il m'est arriv&#233; de m'y m&#234;ler... en 1999 ! &lt;br class='autobr' /&gt;
J'extrais ce passage de l'article de L.Pons, ode &#224; la d&#233;fense de notre langue, le fran&#231;ais :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La d&#233;fense de notre langue est une composante essentielle du combat que l'on doit mener pour pr&#233;server notre mod&#232;le social, notre sp&#233;cificit&#233;, en un mot notre R&#233;publique sociale. Des nuages lourds s'amoncellent, ils ont pour nom : la d&#233;centralisation acte III, les euro-r&#233;gions, la charte des langues r&#233;gionales, la r&#233;forme territoriale, le r&#233;f&#233;rendum pr&#233;vu en Alsace pour un rapprochement avec les landers allemands, la mort programm&#233;e de nos services publics dont la fonction est d'assurer la continuit&#233; territoriale donc l'&#233;galit&#233; r&#233;publicaine, la disparition des 36 000 communes et des d&#233;partements au profit de huit r&#233;gions qui auront seulement des comptes &#224; rendre &#224; des officines europ&#233;ennes non &#233;lues, disparition de l'&#233;ducation nationale, et pour finir la disparition de la langue fran&#231;aise.&#034;Mille fois d'accord avec lui sur la n&#233;faste invasion de l'anglais capitaliste, que je confonds pas avec la langue de centaines de millions de Terriens, mille fois d'accord sur la strat&#233;gie de l'Europe des r&#233;gions, le d&#233;coupage de l'unit&#233; nationale, etc. Et mille fois d'accord encore sur la d&#233;fense de la langue fran&#231;aise. Mais quid de la ratification de la Charte europ&#233;enne ? et j'ai par ailleurs plac&#233; plusieurs articles pour m'opposer &#224; la signature de la charte europ&#233;enne des langues minoritaires et r&#233;gionales [opposition qui n'est en rien un rejet des dites langues].&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant d'en traiter, je dois dire que ce qui est en filigrane de tous ces billets, c'est le m&#233;pris, pour ne pas dire la haine &#224; l'&#233;gard des langues r&#233;gionales, une haine que veut &#224; peine couvrir une argumentation rationnelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au point que je me suis surpris &#224; r&#233;pondre &#224; propos de ce type d'articles : &#034;Si je les suis, il va falloir que je me fasse lobotomiser pour oublier une des deux langues qui me sont naturelles ; ainsi je ne parlerai plus proven&#231;al. Et je vais courir chez l'orthophoniste pour essayer de gommer cet accent qui rappelle f&#226;cheusement le dit proven&#231;al, et parler enfin un bel et bon fran&#231;ais. Tant pis, il faut savoir faire des sacrifices pour la Cause de l'identit&#233; nationale. Si tant est qu'identit&#233; signifie &#034;tous identiques&#034;&#8230;Brr, &#231;a serait bien triste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, je crois que dans le combat l&#233;gitime pour la langue fran&#231;aise, il faut tenir compte qu'il y a des Fran&#231;ais, des citoyens, qui parlent et &#233;crivent NOTRE fran&#231;ais, et qui ont aussi d'autres richesses, sans pour autant vouloir faire p&#233;ter la R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais, je sais, il me r&#233;pondra : mais personne ne t'emp&#234;che de parler ton putain de proven&#231;al. Certes, personne. Mais il y a dans cette fa&#231;on hautaine et m&#233;prisante de consid&#233;rer les langues r&#233;gionales, a priori ennemies du fran&#231;ais, un rien qui me r&#233;vulse&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais faisons tomber notre hypertension et revenons au d&#233;bat sur la Charte.&lt;br class='autobr' /&gt;
La signature de la Charte faisait partie des promesses de campagne de Fran&#231;ois Hollande, et r&#233;cemment encore la Ministre de la Culture envisageait de concr&#233;tiser la promesse. &#192; la grande joie &#233;videmment de dix et cent sites occitanistes, relay&#233;s par les sites de la gauche et de l'extr&#234;me gauche &#233;cologiste, moderniste et anti-jacobine*, comme de plusieurs sites se r&#233;clamant du parti communiste. Mais &#224; la grande col&#232;re des sites que j'&#233;voquais plus haut, dont l'angle d'attaque &#233;tait double : la Charte risque de faire p&#233;ter l'unit&#233; nationale, la Charte risque de porter atteinte &#224; notre langue nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;p&#232;te, une fois de plus, que je n'envisage cette question que sous l'angle de la situation occitane, situation me semble-t-il assez diff&#233;rente de celle des autres langues r&#233;gionales de France, justement parce que le mot &#034;occitan&#034; veut englober des r&#233;alit&#233;s r&#233;gionales diverses et bien caract&#233;ris&#233;es. Et, &#224; propos de cette situation &#034;occitane&#034;, je ne me prononce qu'&#224; titre strictement individuel, en sachant bien d'une part que personne ne m'attend sur le sujet, et d'autre part que, la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise &#233;tant ce qu'elle est, ce sont les points de vue associatifs, lourds de sens ou vides de sens, qui comptent, s'ils savent devenir des hobbies efficaces).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument de l'atteinte &#224; l'unit&#233; nationale est fort pertinent : la strat&#233;gie europ&#233;enne actuelle est de faire &#233;clater les &#201;tats-nations au profit de macro-r&#233;gions f&#233;odales, imm&#233;diatement inscrites dans la strat&#233;gie n&#233;o-lib&#233;rale. Par contre, la strat&#233;gie de la Charte est d'institutionnaliser des communaut&#233;s linguistiques ethniques r&#233;ellement existant, comme en conna&#238;t par exemple l'Europe de l'Est. Or l'espace linguistique et culturel d'Oc, tel que nous l'avons d&#233;fini, d'une part ne correspond en rien &#224; une communaut&#233; homog&#232;ne, et d'autre part ne correspond pas &#224; une de ces macro-r&#233;gions que voudrait instituer Bruxelles. Ce n'est pas sur une base ethno-linguistique qu'elles risquent de se constituer, mais sur une logique g&#233;ographique et &#233;conomique. Je ne veux pas dire par l&#224; qu'il faut se pr&#233;cipiter pour signer la Charte, et j'ai exprim&#233; toutes mes r&#233;serves, voire mon hostilit&#233;. cf. :Reste l'argument de l'atteinte &#224; la langue fran&#231;aise, vieil argument : il suffit de relire les textes publi&#233;s par les adversaires de la loi Deixonne (je vous recommande ceux de Georges Duhamel), loi qui donnait une modeste place &#224; l'occitan dans l'&#233;ducation nationale. Il faudrait &#234;tre parano&#239;aque pour imaginer que, dans l'&#233;tat actuel des choses, une reconnaissance officielle de l'occitan suffirait &#224; an&#233;antir l'usage de la langue fran&#231;aise chez des millions de Fran&#231;ais qui pensent et parlent en fran&#231;ais. Par contre, et le probl&#232;me est r&#233;el, &#224; terme une situation de bilinguisme officiel risque de ne pas &#234;tre tenable, dans un sens ou dans l'autre. Dans la R&#233;publique d'Irlande, par exemple, l'officialisation du ga&#233;lique n'a pas emp&#234;ch&#233; son d&#233;clin et sa presque disparition dans l'oralit&#233; : il ne vit que de la transfusion administrative ; la langue du colonisateur, l'anglais l'a depuis longtemps remplac&#233;. Dans la Generalitat de Catalogne, au contraire, tout se passe comme si, &#224; terme l'on devait passer d'une situation de bilinguisme officiel et de bilinguisme r&#233;el espagnol - catalan, &#224; une situation de monolinguisme, catalan. L'avenir tranchera. &lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, on conviendra que ce n'est pas le probl&#232;me en France, o&#249; la question pos&#233;e est toute simple : veut-on, ou ne veut-on pas, maintenir et d&#233;velopper l'usage de la langue d'Oc ?&lt;br class='autobr' /&gt;
De toute fa&#231;on, la volte-fce du gouvernement a chang&#233; la donne. Car voil&#224; que notre Pr&#233;sident fait machine arri&#232;re, et qu'il n'est plus question de ratifier la Charte europ&#233;enne des langues r&#233;gionales et minoritaires ! &#201;motion chez la plupart des occitanistes, sauf chez ceux qui, en toute lucidit&#233;, pensaient que dans l'&#233;tat actuel des choses, ce sont d'autres revendications concr&#232;tes qu'il faut faire avancer.Et cette r&#233;cente volte-face du gouvernement qui, oubliant la promesse du candidat Hollande, a d&#233;cid&#233; in fin&#233; de ne pas signer la Charte, permet de poser le probl&#232;me autrement que celui de la reconnaissance, ou non, d'une communaut&#233; occitane. Il s'agit bien d&#233;sormais de savoir quelle reconnaissance officielle, c'est-&#224;-dire par le canal de la LOI FRAN&#199;AISE, l'enseignement et la diffusion m&#233;diatique (radio, t&#233;l&#233;) peut avoir la langue occitane.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'article r&#233;cent de Marianne (16 mars 2013) d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, le journaliste &#201;ric Conan avan&#231;ait une d&#233;monstration qui ne manque pas d'int&#233;r&#234;t : pour faire oublier ses choix sociaux-lib&#233;raux et son abandon des promesses &#233;lectorales, nous dit &#201;ric Conan, Fran&#231;ois Hollande a dress&#233; un rideau de fum&#233;e avec ses &#034;r&#233;formes soci&#233;tales&#034;, dont le fameux &#034;Mariage pour tous&#034; est le plus beau fleuron. Histoire de faire oublier l'abandon de ses promesses de campagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est cependant un abandon de promesse positif, continue &#201;ric Conan, c'est celui de ne pas signer la Charte euurop&#233;enne des langues r&#233;gionales et minoritaires, une charte dont &#201;ric Conan r&#233;duit les dispositions &#224; la possibilit&#233; d'utiliser la langue r&#233;gionale dans des actes administratifs ou para-officiels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi cet abandon permet-il &#224; &#201;ric Conan de donner le coup de pied de l'&#226;ne ? Je cite : &#034;L'enjeu v&#233;ritable n'est en r&#233;alit&#233; pas tant de sauver ou de d&#233;fendre la dignit&#233; de langues r&#233;gionales - qui, pour beaucoup, sont des dialectes locaux unifi&#233;s ou recr&#233;&#233;s artificiellement et gu&#232;re plus parl&#233;s - que de garantir nombre d'emplois publics &#224; leurs rares locuteurs et ainsi de cr&#233;er pour nombre d'enrag&#233;s anti-fran&#231;ais des rentes de fonctionnaires pay&#233;s par l'&#201;tat jacobin... Le gouvernement Ayrault, pourtant &#224; la recherche de cr&#233;ations d'emplois, a visiblement estim&#233; que ceux-l&#224; ne seraient gu&#232;re productifs et que leur co&#251;t financier n'&#233;tait pas opportun en ces temps de rigueur...&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que la d&#233;fense et valorisation de l'occitan entra&#238;ne, et peut entra&#238;ner encore la cr&#233;ation de quelques centaines d'emplois est une &#233;vidence. De m&#234;me que chez nos voisins, le nouveau statut des langues d'Italie a permis la cr&#233;ation de centaines d'emplois aupr&#232;s des collectivit&#233;s locales et r&#233;gionales. Que ces cr&#233;ations d'emploi profitent occasionnellement &#224; des adversaires d&#233;clar&#233;s, et d&#233;clamatoires, de l'&#233;tat &#034;jacobin&#034; est &#233;galement une &#233;vidence. Et ajoutons pour la bonne bouche, et plus prosa&#239;quement, qu'il y a un risque de voir na&#238;tre une couche de sp&#233;cialistes plus ou moins d&#233;connect&#233;s du terrain. Mais je ne vois pas en quoi cette nouvelle &#034;pi&#233;taille&#034; serait m&#233;prisable, et plus m&#233;prisable que la pi&#233;taille des animateurs culturels de tous poils, qui vivent, tant bien que mal, de la culture fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons d'ailleurs que, dans l'&#233;tat actuel des conditions de l'enseignement de l'occitan dans le secondaire, le risque, d&#233;j&#224; observ&#233;, est plut&#244;t de voir de nouveaux titulaires du CAPES en occitan fuir bien vite vers des fonctions administratives de principal de coll&#232;ge... &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comment qualifier la haine &#224; fleur de peau qui s'exprime ici, comme dans les autres articles que j'ai &#233;voqu&#233;s ? Ainsi, tous les amateurs d'occitan, tous les &#034;sp&#233;cialistes&#034; de langue d'oc seraient des &#034;enrag&#233;s&#034; anti-fran&#231;ais ? Les voil&#224; d&#233;nonc&#233;s &#224; la vindicte publique, occitaniste - pas fran&#231;ais... La boucle est boucl&#233;e et l'on en revient &#224; ce que j'&#233;crivais dans mon premier article...&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'en tiendrai l&#224; sur ce sujet. En signalant &#224; Marianne, toujours &#224; la recherche du soutien des lecteurs, et &#224; l'Humanit&#233;, dont je viens de recevoir, avec d'&#233;minentes personnalit&#233;s dont les adresses de destinataires ne sont pas occult&#233;es, appel &#224; souscription salvatrice, que de pareilles publications m'inciteraient tout simplement &#224; ne plus les acheter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jaur&#232;s candidat et la langue du pays, 1885</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article173</link>
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		<dc:date>2025-10-23T08:42:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Langues de France</dc:subject>
		<dc:subject>Jaur&#232;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On a &#233;crit un peu tout et le reste sur l'occitanisme de Jaur&#232;s. Ce qui est certain, c'est que sa culture classique et bourgeoise ne l'emp&#234;chait pas de comprendre et de parler la langue du pays. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour autant, on ne peut dire qu'il en ait fait un usage &#233;crit pour th&#233;oriser sur la situation linguistique fran&#231;aise. Par contre, on peut relever pr&#233;cocement un usage de &#171; communication efficace &#187;, ou pr&#233;sum&#233;e efficace, dans sa campagne &#233;lectorale de 1885 : il n'a alors que 26 ans quand il (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Langue d'Oc, Usage politique 19e si&#232;cle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Langues de France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot202" rel="tag"&gt;Jaur&#232;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On a &#233;crit un peu tout et le reste sur l'occitanisme de Jaur&#232;s. Ce qui est certain, c'est que sa culture classique et bourgeoise ne l'emp&#234;chait pas de comprendre et de parler la langue du pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour autant, on ne peut dire qu'il en ait fait un usage &#233;crit pour th&#233;oriser sur la situation linguistique fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, on peut relever pr&#233;cocement un usage de &#171; communication efficace &#187;, ou pr&#233;sum&#233;e efficace, dans sa campagne &#233;lectorale de 1885 : il n'a alors que 26 ans quand il deviendra un jeune d&#233;put&#233; du Tarn, &#171; r&#233;publicain opportuniste &#187; mod&#233;r&#233; disciple de Jules Ferry.&lt;br class='autobr' /&gt;
La prose occitane, sans doute r&#233;dig&#233;e par un activiste de sa campagne &#233;lectorale, mais n&#233;cessairement revue par le candidat, n'a pas d'autre but que de toucher et rassurer les paysans de la r&#233;gion de Carmaux, effarouch&#233;s par les &#233;clats rouges des radicaux et des socialistes de la cit&#233; mini&#232;re voisine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. cet extrait de Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Culture occitane, per avan&#231;ai&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, 1977 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pamphlet de Guillaoum&#233;s de Raynouados, as electurs d&#233; la Coumuno d&#233; Sainto Gemmo [Sainte Gemme, au nord-est imm&#233;diat de Carmaux]&lt;br class='autobr' /&gt;
(communiqu&#233; par J.P.Roquefeuil)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mr. Jaur&#232;s es prou coun&#233;gut dins lou pais, malgr&#233; que n'axo qu&#233; 26 ans, es un ouratour distinguat, tout lou mound&#233; n&#233; parlo d&#233; las counf&#233;ren&#231;os qu'a faxos [en fran&#231;ais &#233;videmment]. Es un homm&#233; qu&#233; pot rendre bel cop de serbicis&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le style imite lourdement celui de la bonne soci&#233;t&#233;, par souci de respectabilit&#233; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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