<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Remembran&#231;a</title>
	<link>https://renemerle.com/remembranca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?id_mot=2&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>L'enqu&#234;te sur la publication en langue d'Oc et en francoproven&#231;al (fin XVIII&#176;, XIX&#176; si&#232;cles) : motivations, approches m&#233;thodologiques.</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article68</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article68</guid>
		<dc:date>2025-10-26T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Motivations</dc:subject>
		<dc:subject>Neuch&#226;tel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Colloque international de sociolinguistique historique du domaine gallo-roman : Enjeux et m&#233;thodologies d'un champ disciplinaire &#233;mergeant, 8-9 juin 2007, Universit&#233; de Neuch&#226;tel, Suisse. Actes publi&#233;s en 2009, Berne. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour qui ne l'aurait pas lu, cette intervention qui pr&#233;cise bien le cadre de mon travail : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Votre invitation m'a permis en quelque sorte de cristalliser, je ne dirai pas mon testament de chercheur, puisque l'entreprise continue , mais une revisite de cette recherche, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Motivations de ma recherche en domaine occitan et francoproven&#231;al&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot103" rel="tag"&gt;Motivations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot414" rel="tag"&gt;Neuch&#226;tel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Colloque international de sociolinguistique historique du domaine gallo-roman :&lt;br class='autobr' /&gt;
Enjeux et m&#233;thodologies d'un champ disciplinaire &#233;mergeant, 8-9 juin 2007, Universit&#233; de Neuch&#226;tel, Suisse. Actes publi&#233;s en 2009, Berne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour qui ne l'aurait pas lu, cette intervention qui pr&#233;cise bien le cadre de mon travail&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Votre invitation m'a permis en quelque sorte de cristalliser, je ne dirai pas mon testament de chercheur, puisque l'entreprise continue , mais une revisite de cette recherche, en ce moment de la vie o&#249;, le temps du d&#233;part en retraite (1996) largement d&#233;pass&#233;, l'on peut se retourner et tenter de faire le point. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je serais heureux que ce bilan de la recherche d'un historien, son origine, ses motivations, sa m&#233;thodologie, la grille des d&#233;frichements ult&#233;rieurs que cette recherche a suscit&#233;e, puisse int&#233;resser les sociolinguistes que vous &#234;tes, m&#234;me, et peut-&#234;tre surtout, s'ils n'y retrouvent pas toujours la conceptualisation et les cadres op&#233;rants qui leur sont familiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche est en fait n&#233;e d'une frustration.&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'aurait &#233;tonn&#233; si l'on m'avait dit, &#224; la fin des ann&#233;es 1960, que, dans ma double formation, le certifi&#233; de lettres et l'agr&#233;g&#233; d'histoire que j'&#233;tais allait s'investir, sur le long terme des quarante ann&#233;es &#224; venir, dans l'histoire des pratiques linguistiques dans la France du Sud-Est et en Suisse romande, en leur consacrant de tr&#232;s nombreux articles, plusieurs ouvrages et une th&#232;se. C'est dire que cet engagement, auquel rien ne me pr&#233;parait, est n&#233;e de la circonstance et de l'inattendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne dira jamais assez combien la secousse des &#233;v&#233;nements de 1968, en France, a stimul&#233;, voire renouvel&#233;, par l'irruption d'une po&#233;sie et d'une chanson &#171; engag&#233;es &#187; l'int&#233;r&#234;t pour les cultures dites r&#233;gionales, et particuli&#232;rement pour la culture occitane, en liant ce qui apparaissait souvent comme un pass&#233;isme quelque peu poussi&#233;reux, la d&#233;fense de la langue d'Oc, &#224; un engagement contestataire et juv&#233;nile pleinement moderne, (on ne disait pas encore post-moderne). &lt;br class='autobr' /&gt;
Contestation qui, au-del&#224; de la revendication hautement formul&#233;e de &#171; r&#233;paration historique &#187;, voulait souvent faire de la &#171; Langue du peuple &#187;, une &#171; arme du peuple &#187; dans une qu&#234;te d'identit&#233; et de dignit&#233; &#224; la fois contestataire et nationalitaire (MARTEL 2003).&lt;br class='autobr' /&gt;
Interpell&#233; par cette nouvelle donne, le jeune trentenaire que j'&#233;tais, jusqu'alors monolingue fran&#231;ais dans le champ de l'hexagone et plut&#244;t indiff&#233;rent aux entreprises f&#233;libr&#233;ennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en 1854, le F&#233;librige, d'abord proven&#231;al, puis &#233;tendu &#224; l'ensemble de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'a pas eu de peine &#224; apprendre, ou plut&#244;t &#224; retrouver la langue d'Oc (en l'occurrence sa vari&#233;t&#233; proven&#231;ale maritime, diff&#233;rente &#224; plusieurs &#233;gards du proven&#231;al rhodanien sacralis&#233; par le Mistralisme), langue de mes grands parents et des anciens de mon environnement, langue dont les sons &#233;taient inscrits dans les vibrations de mes cordes vocales, et dont le lexique demeurait partiellement pr&#233;sent dans mon fran&#231;ais quotidien, ce &#171; francitan &#187; qui faisait alors l'objet de nombreuses &#233;tudes et portait bien des esp&#233;rances de r&#233;cup&#233;ration de la langue d'Oc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Esp&#233;rances aujourd'hui d&#233;menties par la r&#233;gression de l'accent m&#233;ridional et la quasi-disparition du lexique d'origine occitane dans la plupart des r&#233;gions urbanis&#233;es et touch&#233;es par les brassages de population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, comme sous peine d'&#234;tre Lettre morte, une langue ne vit vraiment que dans la bouche de ceux qui la parlent, la d&#233;marche de retrouver la langue d'Oc par la lecture, par la fr&#233;quentation d'un cours public et la pratique d'ouvrages didactiques, m'est aussit&#244;t apparue ins&#233;parable du contact avec les (ultimes ?) locuteurs naturels de cette langue. Locuteurs chez lesquels je ne trouvais pas seulement une source d'information linguistique, mais qui m'apparaissaient riches de toute une exp&#233;rience humaine dont, en tant qu'historien, en tant que citoyen, j'&#233;tais demandeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces retrouvailles avec l'oralit&#233; populaire en proven&#231;al m'ont d'abord conduit, en dehors d'abord de tout cadre universitaire, &#224; des enqu&#234;tes et des collectages de t&#233;moignages, essentiellement avec des personnes n&#233;es &#224; la fin du XIX&#176; si&#232;cle et au d&#233;but du XX&#176;, enqu&#234;te bient&#244;t &#233;largie &#224; une grande partie de l'ensemble linguistique occitan. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un bilan de cette collecte, centr&#233;e sur l'engagement social, politique et culturel de ces t&#233;moins dans l'histoire contemporaine fran&#231;aise depuis le d&#233;but du si&#232;cle, fut publi&#233; de fa&#231;on militante en 1977 (MERLE 1977). L'ouvrage fut, &#224; ma grande surprise, un v&#233;ritable succ&#232;s de librairie, qui m'amena &#224; r&#233;pondre &#224; des invitations d'intervention dans un grand nombre de localit&#233;s du Sud. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il m'attira aussi un certain nombre de critiques &#233;manant d'intervenants depuis longtemps actifs dans le champ de la culture d'Oc, intervenants dont je d&#233;couvrais l'&#339;uvre et l'importance par la m&#234;me occasion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces critiques se focalisaient autour de deux th&#232;mes majeurs, par ailleurs antinomiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour d'aucuns, en privil&#233;giant le t&#233;moignage oral, la parole, &#171; l'ethnotexte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le professeur Jean-Claude Bouvier et son &#233;quipe (Universit&#233; de Provence) ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; je n&#233;gligeais le vecteur essentiel de la culture d'Oc : la Lettre dignifiante et salvatrice. Une entreprise de d&#233;fense de la langue d'Oc ne saurait &#234;tre que d&#233;fense et promotion de la litt&#233;rature d'Oc, pass&#233;e et pr&#233;sente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reproche d'autant plus vif que nombre de mes intervenants liaient, &#224; juste titre me semble-t-il, le d&#233;clin de la langue et de la culture d'Oc au laminage du socle sociologique traditionnel de la langue d'Oc : la paysannerie et le petit peuple des foyers industriels traditionnels. Ce faisant, implicitement ou explicitement, ils posaient le constat de d&#233;clin linguistique dans une protestation et soutenaient un avenir possible de la langue par des revendications d'ordre &#233;conomique ou social : &#171; Volem viure al pa&#239;s &#187;, (&#171; Nous voulons vivre au pays &#187;). Au contraire, pour ces critiques, la culture d'Oc ne se l&#233;gitimait que de la langue et pour la langue, ind&#233;pendamment du nombre de ses locuteurs, de la langue maintenue dans la perp&#233;tuation des &#233;ternelles valeurs troubadouresques. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres enfin me reprochaient d'avoir privil&#233;gi&#233; le t&#233;moignage d'acteurs fortement engag&#233;s dans la vie politique et sociale fran&#231;aise, acteurs dont l'expression &#233;tait occitane mais l'horizon &#233;tait pleinement national &#8211; fran&#231;ais. En inscrivant cette parole recueillie dans le champ d'engagements uniquement &#171; hexagonaux &#187;, je tenais &#224; distance, quand je ne la combattais pas, la dimension pr&#233;sum&#233;e &#171; nationalitaire &#187; de l'entreprise occitaniste du pr&#233;sent. Ce faisant, je t&#233;moignais bien de l'existence de ce qui fut la langue du peuple, mais je trahissais la caract&#233;ristique principale de la Renaissance occitane des ann&#233;es post-68, celle du r&#233;veil d'un Peuple qui prenait conscience de son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais d'autant plus sensible &#224; ces critiques qu'elles n'&#233;manaient pas de dialectologues, dont certains (une minorit&#233; sans doute), indiff&#233;rents de fait au destin du parler qu'ils &#233;tudient, &#233;pinglent les mots tombant dans l'oubli comme des papillons sur leurs bouchons. Ces critiques &#233;manaient de personnes dont l'axe de vie avait &#233;t&#233;, profond&#233;ment, affectivement, et le plus souvent sans profils de carri&#232;re, la d&#233;fense et l'illustration de cette langue d'Oc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en respectant la seconde cat&#233;gorie de critiques, je ne pouvais prendre en compte leur argumentation, tant la r&#233;alit&#233; m'apparaissait en distorsion avec leur projet nationalitaire d'un Peuple d'Oc. Autant ce que je savais, ce que j'&#233;tudiais, de l'histoire de nos r&#233;gions proven&#231;ales et languedociennes depuis la Grande R&#233;volution me montrait des sp&#233;cificit&#233;s &#233;videntes de mentalit&#233;s et de comportements, autant ces sp&#233;cificit&#233;s s'inscrivaient pleinement dans l'histoire nationale fran&#231;aise. Les M&#233;ridionaux n'avaient jamais &#233;t&#233; habit&#233;s d'une conscience identitaire les poussant &#224; la s&#233;paration d'avec la France. Et il ne me semblait pas en aller diff&#233;remment au pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, le reproche d'&#234;tre indiff&#233;rent &#224; la cr&#233;ation litt&#233;raire, d'ignorer la r&#233;alit&#233; pass&#233;e et pr&#233;sente des Lettres d'Oc, me touchait d'autant plus que j'&#233;tais moi-m&#234;me, &#224; mes heures, po&#232;te et prosateur en langue d'Oc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'a sembl&#233; alors que je devais investiguer s&#233;rieusement ce qui avait pu &#234;tre publi&#233; en langue d'Oc, et tout particuli&#232;rement dans la r&#233;gion o&#249; j'habitais et o&#249; j'enseignais, la Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait d&#233;j&#224;, m&#234;me si mon ouvrage de 1977 se fondait essentiellement, on l'a vu, de retrouvailles d'oralit&#233;, ma pratique vivante de la langue (enqu&#234;te linguistique, contacts personnels, et bient&#244;t entreprise th&#233;&#226;trale (MERLE 1976)) ne pouvaient que se compl&#233;ter d'une rencontre avec l'&#233;crit en langue d'Oc. D'autant que, dans ce climat de &#171; revival &#187; occitan, j'avais accept&#233; d'assumer des cours de proven&#231;al dans l'enseignement public (lyc&#233;e : pr&#233;paration au baccalaur&#233;at), et de donner des cours publics pour adultes dans le cadre d'activit&#233;s associatives. Si la prise de parole dominait dans le cours public, et si toute libert&#233; m'y &#233;tait &#233;videmment donn&#233;e pour une &#233;ventuelle approche des textes, le texte litt&#233;raire en langue d'Oc tenait une place importante dans l'enseignement scolaire, au programme fix&#233; par l'Administration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or en Provence, o&#249; je vivais et travaillais, les associations de Maintenance de la langue, monde, oh combien jusqu'alors inconnu pour moi, avaient le monopole de l'enseignement. Ces associations de Maintenance, jalousement d&#233;tentrices de la m&#233;moire de l'&#233;crit proven&#231;al, et de sa vie au pr&#233;sent. &#233;taient alors pour l'essentiel unies dans le culte d'une gloire litt&#233;raire mistralienne sur laquelle se fondait leur l&#233;gitimation de la Langue. Le programme propos&#233; par elles &#224; l'Administration rectorale, et avalis&#233; par celle-ci, n'admettait que l'&#233;tude de quelques textes sacr&#233;s de l'&#233;cole mistralienne. Elles s'estimaient donc &#224; m&#234;me de d&#233;cr&#233;ter quels auteurs avaient droit &#224; l'enseignement, &#224; l'exclusion de tous autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans mettre le moins du monde en cause l'int&#233;r&#234;t de ces textes, je savais bien qu'ils &#233;taient loin de repr&#233;senter la totalit&#233; de la cr&#233;ation d'Oc. Une cr&#233;ation que ces associations, quand elles voulaient bien y pr&#234;ter attention, pr&#233;sentaient sans trop s'y arr&#234;ter de fa&#231;on t&#233;l&#233;ologique. Leur vision de la cr&#233;ation d'Oc revisitait le pass&#233; : apr&#232;s l'effacement de la culture troubadouresque (consacr&#233; &#224; partir du XIVe si&#232;cle), &#224; dater du XVIe si&#232;cle, toute l'&#233;criture d'Oc, annon&#231;ait et pr&#233;parait la &#171; Renaissance &#187; mistralienne. Ainsi, la somme des textes publi&#233;s avant les d&#233;buts du F&#233;librige (1854), quand elle n'&#233;tait pas ignor&#233;e, &#233;tait le plus souvent organis&#233;e comme une marche devant aboutir au point om&#233;ga salvateur, au seuil qualitatif de la Renaissance mistralienne. Et dire &#171; Renaissance &#187; impliquait &#233;videmment et exclusivement de &#171; Renaissance &#187; litt&#233;raire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette vision t&#233;l&#233;ologique ne pouvait gu&#232;re convenir &#224; l'historien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui plus est, alors que la graphie de la langue d'Oc n'avait jamais &#233;t&#233; fix&#233;e par aucun pouvoir officiel, ces associations consid&#233;raient que leurs choix graphiques &#233;taient les seuls valables, et interdisaient d'enseignement d'autres choix, pass&#233;s ou contemporains. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce double ostracisme dans le choix des auteurs et celui de la graphie, ostracisme relay&#233; par les autorit&#233;s rectorales, aboutit rapidement &#224; la fin de ma participation &#224; l'enseignement officiel du proven&#231;al en lyc&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de cette double d&#233;ception, au plan de la d&#233;ontologie historique et au plan p&#233;dagogique, qu'est n&#233;e ma d&#233;cision d'engager une recherche sur la totalit&#233; de l'&#233;crit proven&#231;al, &#233;crit que, &#224; l'instar des susdites associations, j'imaginais a priori comme uniquement &#171; litt&#233;raire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'alors, comme pour nombre de jeunes M&#233;ridionaux de ma g&#233;n&#233;ration, je n'avais approch&#233; les lettres d'Oc que par une connaissance assez superficielle des Troubadours et de l'&#339;uvre mistralienne, et par une premi&#232;re et tr&#232;s int&#233;ressante approche de la cr&#233;ation contemporaine pr&#233;fac&#233;e par Aragon (LAFONT 1962). &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces premi&#232;res ann&#233;es 1970, la parution d'&#339;uvres majeures, et notamment celles de Robert Lafont, permettait dor&#233;navant un acc&#232;s commode &#224; des pans entiers de la litt&#233;rature d'Oc (LAFONT 1970) que le programme officiel ignorait. J'en faisais ample p&#226;ture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, en ce qui concernait plus particuli&#232;rement les &#233;crits proven&#231;aux du XIXe si&#232;cle, je ne disposais comme recherche approfondie d'ensemble que de la tr&#232;s int&#233;ressante, mais d&#233;j&#224; bien ancienne th&#232;se d'&#201;mile Ripert (RIPERT 1918). Les interventions f&#233;condes de Claude Barsotti (BARSOTTI 1975), puis de Philippe Gardy (GARDY 1978), m'indiquaient bient&#244;t quelle mine restait &#224; explorer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon champ d'essai a alors &#233;t&#233; l'inventaire et la mise en perspective historique de cet inventaire du texte en proven&#231;al dans une zone r&#233;duite, celle de la r&#233;gion toulonnaise o&#249; je demeure. Zone qui a priori, au vu des rares anthologies officielles de la maintenance, semblait &#234;tre celle d'un blanc d'&#233;criture dans la p&#233;riode que j'avais choisi d'&#233;tudier, de la pr&#233;-R&#233;volution &#224; la Seconde R&#233;publique. Mais l'int&#233;r&#234;t, pass&#233; et pr&#233;sent, de quelques &#233;rudits locaux, notamment de l'A.V.E.P, m'indiquait d&#233;j&#224; que ce blanc &#233;tait tout relatif .&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, tr&#232;s rapidement, ce que j'avais pu penser &#234;tre un blanc d'&#233;criture se r&#233;v&#233;lait comme une sorte de r&#233;duction, voire d'occultation d'&#233;criture par l'officialit&#233; de la Maintenance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re plong&#233;e archivistique fut une vraie d&#233;couverte : d&#233;couverte, au-del&#224; de quelques noms d&#233;j&#224; connus, d'un univers foisonnant de publications, litt&#233;raires ou non litt&#233;raires, qu'il importait, sans se borner &#224; une description purement linguistique, de situer dans leur contexte, de remettre en perspective historique. Elle me confirmait dans le sentiment que l'hagiographie mistralienne avait amen&#233; beaucoup de bons esprits &#224; n&#233;gliger, voire ignorer, quantit&#233; de textes attestant d'un usage non litt&#233;raire de la langue, textes d'intervention politique, sociale, religieuse, etc, qui certes n'&#233;taient le plus souvent pas des chefs d'&#339;uvre de litt&#233;rature, mais portaient t&#233;moignage, et t&#233;moignage pr&#233;cieux, sur notre histoire nationale, et sur celle du bilinguisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'appliquais donc &#224; pr&#233;senter l'essentiel de cette recherche en appliquant des principes simples : pr&#233;senter (en fran&#231;ais) les textes dans leur contexte biographique et historique, donner de larges extraits en respectant la graphie des auteurs (qui ne pouvait &#234;tre, et pour cause, la graphie f&#233;libr&#233;enne fix&#233;e apr&#232;s 1854), ne pas traduire mais aider &#224; la compr&#233;hension du texte par des notes et un lexique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La publication suivit quelques ann&#233;es plus tard (MERLE 1986d) .&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#233;j&#224; la richesse du mat&#233;riel d&#233;couvert et inventori&#233; dans l'aire toulonnaise m'avait incit&#233; &#224; &#233;largir cette recherche sur l'ensemble de la zone des parlers proven&#231;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi est n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1980 une entreprise d'investigation dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges, entreprise dont il n'est pas question dans le cadre de cette intervention de d&#233;velopper amplement les r&#233;sultats, mais seulement de pr&#233;senter rapidement les principes m&#233;thodologiques qui ont pu la guider, &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convenait d'abord de poser &#224; mon travail des limites chronologiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai choisi d'entreprendre un double travail d'inventaire et de r&#233;flexion sur la publication en langue d'Oc, en amont et en aval de la naissance du F&#233;librige. Choix qui me permettait de mesurer la modification de la donne introduite par la mise en place d'un mouvement renaissantiste organis&#233; dans l'intervention publique en langue d'Oc dans les registres sociaux, politiques, religieux, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
En amont, ce travail s'ouvrait avec les pr&#233;mices de la grande secousse r&#233;volutionnaire, matrice de la francisation. En aval, il s'arr&#234;tait &#224; cette fin du XIX&#176; si&#232;cle, qui, avec la scolarisation obligatoire, et bient&#244;t le brassage de la guerre, fut la seconde et d&#233;finitive matrice de la francisation et marqua le d&#233;clin irr&#233;m&#233;diable de l'usage social de la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
En inventoriant la somme de ce qui avait pu &#234;tre publi&#233;, dans la totalit&#233; des registres d'&#233;criture et d'intervention (&#171; litt&#233;raires &#187;, politiques, religieuses, satiriques, etc...), mon propos &#233;tait de reconqu&#233;rir la v&#233;rit&#233; de l'&#233;crit en occitan en dehors de toute fascination associative. &#192; travers le prisme de l'&#233;crit, il convenait de situer la vie de la langue dans son contexte social de diglossie, de pr&#233;ciser les strat&#233;gies d'utilisation de ces publications dans une mise en perspective historique d&#233;gag&#233;e de toute hagiographie. Il convenait surtout de s'interroger, au-del&#224; du public r&#233;duit, voire confidentiel, des publications litt&#233;raires &#171; renaissantistes &#187;, sur les retomb&#233;es que pouvaient avoir eu sur un public plus vaste les autres types d'intervention (feuilles volantes ou brochures monolingues, billets encart&#233;s dans la presse fran&#231;aise, etc).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si cette proposition de travail n'a pas trouv&#233; d'&#233;chos aupr&#232;s des secteurs concern&#233;s des facult&#233;s d'Aix en Provence et de Nice, j'ai trouv&#233; imm&#233;diatement accueil et appui aupr&#232;s des chercheurs de l'&#233;cole sociolinguistique en domaine occitan de l'Universit&#233; de Montpellier, et particuli&#232;rement aupr&#232;s de Philippe Gardy. Appui fructueux qui me mettait en contact avec d'autres chercheurs travaillant dans la m&#234;me direction, et tout particuli&#232;rement Philippe Martel. La revue de sociolinguistique Lengas, publi&#233;e par l'Universit&#233; sous la direction de Philippe Gardy, allait imm&#233;diatement publier les premiers r&#233;sultats de ma recherche (MERLE 1985a) (MERLE 1985b).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette recherche a &#233;t&#233; soutenue, d&#232;s le d&#233;but, par plusieurs axes m&#233;thodologiques :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il convenait d'abord de situer la recherche dans une aire fonctionnelle au plan relationnel, g&#233;ographique, &#233;conomique, g&#233;opolitique, et donc ne pas s'enfermer a priori dans une aire dialectale strictement proven&#231;ale. Le cadre choisi a &#233;t&#233; celui du Sud-Est fran&#231;ais, dans la dialectique et la compl&#233;mentarit&#233; socio-&#233;conomiques ancestrales de la Basse Provence et des hautes terres de Provence et Dauphin&#233;, et dans l'&#233;change tout aussi ancestral, structur&#233; par l'axe rhodanien, entre Languedoc oriental et Provence. C'est dire que dans mon inventaire principal, je devais travailler sur des textes que les linguistes d&#233;finissent comme proven&#231;aux, vivaro-alpins, languedociens, (voire francoproven&#231;aux sur les marges nord de cette zone).
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il convenait &#233;galement de ne d&#233;gager aucune conclusion avant d'avoir r&#233;alis&#233; l'inventaire le plus complet possible de tout ce qui avait &#233;t&#233; publi&#233; dans la p&#233;riode consid&#233;r&#233;e, pi&#232;ces de tous ordres (non seulement litt&#233;raires r&#233;p&#233;tons-le, mais encore politiques, religieuses, satiriques...), pi&#232;ces dont les inventaires d&#233;j&#224; consultables laissaient pressentir l'importance num&#233;rique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inventaire s'appuyait en effet en ce qui concerne les textes en langue d'Oc sur quelques solides biographies &#233;rudites totalisantes qui, &#224; l'exception de celle propos&#233;e en 1877 par Robert Reboul (REBOUL 1877), privil&#233;giaient le domaine litt&#233;raire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il restait &#224; prolonger ces inventaires par l'investigation de sources jusqu'alors peu ou pas explor&#233;es : l'immense source du d&#233;p&#244;t l&#233;gal, celles encore des r&#233;f&#233;rences propos&#233;es par le bureau de la censure, les fichiers des biblioth&#232;ques municipales, ceux des d&#233;p&#244;ts d'archives d&#233;partementales et nationales, et le continent de la presse en fran&#231;ais, si souvent accueillante au billet en &#171; patois &#187;. D&#233;marche qui s'apparente &#224; celle du collectionneur comme &#224; celle de l'enqu&#234;teur (et il n'est sans doute pas indiff&#233;rent &#224; l'affaire que je sois par ailleurs auteur de romans policiers).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans pr&#233;tendre &#224; l'exhaustivit&#233;, le r&#233;sultat de l'inventaire a montr&#233; combien la r&#233;alit&#233; de la publication dialectale d&#233;passait, et de loin, ce que l'on pouvait alors imaginer. Il t&#233;moignait aussi de l'organisation de cette &#233;criture en foyers de publication, li&#233;s aux possibilit&#233;s locales d'impression et &#224; l'existence d'une presse dans le meilleur des cas d&#233;partementales. Et ce constat posait la question des degr&#233;s de communication entre ces foyers, de leur rapport &#224; une conscience culturelle d'Oc qui les englobait (on &#233;crit dans sa ville, et souvent pour sa ville, mais on se sait proven&#231;al ou languedocien, et bien souvent on se r&#233;clame de l'existence d'une langue commune &#224; tout le Midi). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convenait aussi, dans une d&#233;marche comparative, de ne jamais s&#233;parer cette publication dialectale de ce qui pouvait se publier en fran&#231;ais au m&#234;me moment, de mesurer les ph&#233;nom&#232;nes de mim&#233;tisme, d'osmose, ou de prises de distance, d'autant que la totalit&#233; des intervenants dialectaux ma&#238;trisaient parfaitement le fran&#231;ais et avaient souvent t&#226;t&#233; de l'intervention publique dans cette langue. Une comparaison particuli&#232;rement fructueuse sera celle de la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale en fran&#231;ais et de la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale en langue d'Oc (MERLE 1990c).&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin il convenait de comparer constamment les r&#233;sultats obtenus en domaine d'Oc avec la r&#233;alit&#233; de la publication en domaine francoproven&#231;al, r&#233;alit&#233; connue ou r&#233;alit&#233; elle aussi encore grandement &#224; d&#233;fricher. En ce qui concerne le francoproven&#231;al, je disposais de bibliographies locales et r&#233;gionales (dauphinoises, for&#233;ziennes, lyonnaises en particulier), et de l'indispensable somme propos&#233;e par le Glossaire des patois de la Suisse Romande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un premier bilan de cette comparaison de la publication en zone de parlers occitans et en zone de parlers francoproven&#231;aux a fourni la mati&#232;re &#224; un ouvrage publi&#233; en 1990, investigant et comparant l'ensemble des foyers d'&#233;criture, occitans et francoproven&#231;aux (MERLE 1990d). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agissait pas bien s&#251;r, rassurez-vous, d'une quelconque annexion des parlers francoproven&#231;aux &#224; l'ensemble occitan, mais d'envisager ce qui avait pu advenir au plan de la publication dans des foyers d'&#233;criture francoproven&#231;ale clairement locaux ou r&#233;gionaux, sans v&#233;ritable conscience &#171; nationalitaire &#187; d'ensemble, en rapport &#224; la zone &#224; forte conscience &#171; nationalitaire &#187; de Provence et de Languedoc. Je ne rencontrais &#233;videmment pas en zone francoproven&#231;ale une motivation &#171; nationalitaire &#187; &#224; l'occitane (souvenir plus ou moins magnifi&#233; d'un pass&#233; de grande culture, sentiment port&#233; par l'&#233;rudition et par l'empirisme des rencontres d'une intercompr&#233;hension entre parlers d'Oc, et donc d'un ensemble &#171; national &#187; d'Oc. La chronologie des pouss&#233;es d'&#233;criture francoproven&#231;ales, leur th&#233;matiques, &#233;taient-elles en coh&#233;rence ou en distorsion avec ce que je pouvais constater en zone d'Oc ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ceci m'apparaissait d'autant plus int&#233;ressant que ces zones fran&#231;aises de parlers francoproven&#231;aux (principalement grande r&#233;gion lyonnaise, r&#233;gion grenobloise, Forez) d'une part se situaient dans le prolongement direct de l'axe rhodanien que je viens d'&#233;voquer, et d'autres part vivaient les m&#234;mes p&#233;rip&#233;ties politiques, d&#233;pendaient du m&#234;me pouvoir central, le premier point fort de cette d&#233;marche comparative &#233;tant &#233;videmment la p&#233;riode de la R&#233;volution (MERLE 1988) (MERLE 1989a) (MERLE 1990a). &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout &#224; fait passionnante &#233;galement fut la comparaison de la publication dialectale des auteurs populaires, un peu vite baptis&#233;s &#171; po&#232;tes ouvriers &#187; au tournant des ann&#233;es 1840, dans la zone marseillaise (MERLE 1987a) et dans la zone lyonnaise (MERLE 1989b), o&#249; j'ai eu le plaisir d'exhumer l'&#339;uvre importante mais bien oubli&#233;e de Roquille, d&#233;nonciateur de la r&#233;pression de l'insurrection des Canuts et chantre de la premi&#232;re gr&#232;ve des mineurs de Rive de Gier (MERLE 1989c).&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre int&#233;r&#234;t de cette &#233;tude comparative avec les textes de la zone des parlers francoproven&#231;aux : elle permettait la comparaison entre la nature de l'&#233;criture dialectale (occitane et francoproven&#231;ale) dans l'&#233;tat fran&#231;ais, et dans des &#233;tats francophones voisins : R&#233;publique de Gen&#232;ve, Conf&#233;d&#233;ration helv&#233;tique, partie savoyarde du Royaume sarde. La publication dans ces zones de parlers francoproven&#231;aux a fait l'objet d'interventions en Suisse (Conf&#233;rences, RTSR) (MERLE 1992a) et donn&#233; mati&#232;re &#224; un ouvrage de restitution et de mise en perspective historique des textes dialectaux de Suisse Romande en amont et en aval de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire (MERLE 1991).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;marche comparative entre foyers occitans et francoproven&#231;aux a &#233;t&#233; &#233;galement tr&#232;s stimulante dans l'&#233;tude des regards port&#233;s sur &#171; l'idiome natal &#187; par l'inventaire officiel des patois men&#233; sous l'Empire, long travail initi&#233; pr&#233;cocement qui a donn&#233; r&#233;cemment lieu &#224; plusieurs articles (MERLE 1986b) (MERLE 2006a) et se concr&#233;tisera par une publication prochaine (MERLE 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de cette recherche, consacr&#233;e &#224; la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant la naissance du F&#233;librige, p&#233;riode d&#232;s le d&#233;but dont je mesurais l'importance (MERLE 1986a), devait aboutir &#224; la soutenance (1987) et &#224; la publication (1990) d'une th&#232;se consacr&#233;e &#224; l'inventaire comment&#233; du texte proven&#231;al entre 1775 et 1840 (MERLE 1990b) : Ce premier inventaire commen&#231;ait en amont de la grande R&#233;volution, autour d'une pouss&#233;e de publication marquant les ann&#233;es 1770 et s'arr&#234;tait (provisoirement) au d&#233;but des ann&#233;es 1840, marqu&#233;es par le d&#233;but du premier &#171; revival &#187; collectif de publication occitane, autour de l'hebdomadaire marseillais Lou Bouillabaisso, la publication du grand dictionnaire d'Honnorat, les r&#233;v&#233;lations de Gelu et de Benedit, etc. (MERLE 1986c).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il convenait pour cette p&#233;riode de bien distinguer ce qui proc&#233;dait uniquement du divertissement, voire de la tentation litt&#233;raire, et ce qui proc&#233;dait, y compris dans des registres apparemment jusqu'alors vou&#233;s au divertissement (chansons, pi&#232;ces &#224; d&#233;clamer, etc.) de la communication efficace en mati&#232;re politique, religieuse, etc., en direction d'une population encore majoritairement analphab&#232;te, dans laquelle la compr&#233;hension du fran&#231;ais &#233;tait encore fort limit&#233;e, et donc a fortiori la pratique orale du fran&#231;ais : situation mouvante qui voit le fran&#231;ais gagner sans cesse, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, sans pour autant que &#171; l'idiome natal &#187; cesse d'&#234;tre majoritairement parl&#233; au quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne l'&#233;crit de divertissement, dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant ou suivant imm&#233;diatement la R&#233;volution, l'&#233;crit dialectal ne pouvait &#233;maner que de lettr&#233;s, sensibles aux vertus expressives de &#171; l'idiome natal &#187; face au fran&#231;ais du Bon Ton qu'ils pratiquaient par ailleurs excellemment. C'est dire que cet &#233;crit dialectal de divertissement ne pouvait toucher directement, parmi ceux qui ont eu acc&#232;s &#224; l'alphab&#233;tisation (en fran&#231;ais), que ceux qui savent appr&#233;cier la saveur de l'idiome. Au-del&#224; de ces registres connus d'&#233;criture, dont il a &#233;t&#233; relativement facile d'inventorier les occurrences, il a &#233;t&#233; aussi possible de retrouver, par le travail d'archives, des strates beaucoup plus frustes et populaires de chansons et de modestes productions th&#233;&#226;trales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s 1830, sous la Monarchie de Juillet, il convenait de pointer une inflexion notable de cette &#171; saveur &#187; linguistique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;paisseur dialectale populaire demeure, mais avec l'acculturation (notamment le d&#233;veloppement de la scolarit&#233; &#224; partir des premi&#232;res ann&#233;es 1830), progressent grandement la compr&#233;hension et la lecture du fran&#231;ais, voire sa pratique orale quotidienne. L'alphab&#233;tisation (en fran&#231;ais) autorise ainsi le passage &#224; l'&#233;criture dialectale d'intervenants issus de milieux petits-bourgeois et de milieux populaires, et leur permet une rencontre avec un public, populaire lui aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte en langue d'Oc ressemble alors de plus en plus &#224; du fran&#231;ais traduit ; signe, paradoxalement, qu'il est de plus en plus le fait d' &#171; &#233;crivants &#187; d'origine modeste, qui avec les progr&#232;s de l'alphab&#233;tisation se sont r&#233;v&#233;l&#233;s auteurs, dans l'admiration et l'imitation du mod&#232;le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus complexe &#233;tait la question de la communication efficace en dialecte. &lt;br class='autobr' /&gt;
En amont et en aval imm&#233;diat de la grande R&#233;volution, l'oralit&#233; dialectale, r&#233;p&#233;tons-le, est encore g&#233;n&#233;rale. La diff&#233;renciation se fait entre ceux qui, tout en parlant la langue d'Oc, ont acc&#232;s au fran&#231;ais et ceux qui sont cantonn&#233;s dans le monolinguisme dialectal. Dans ces conditions, la communication efficace descendante est grandement attest&#233;e dans l'oralit&#233; par le r&#244;le des interm&#233;diaires linguistiques, pr&#234;tres, notaires, r&#233;gents, etc. qui traduisent en dialecte au bon peuple un fran&#231;ais qu'il comprendrait mal, ou pas. Mais la question se posait des strat&#233;gies de communication efficace dans la publication dialectale : &#233;tait-il possible d'en rep&#233;rer ? Dans quelle mesure ces textes se diff&#233;renciaient-ils de l'ordinaire intercession orale des petits notables ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il convenait d&#233;j&#224; de mettre en avant les entreprises de communication efficace men&#233;es par l'&#201;glise, en parcourant le vaste champ de la publication religieuse en langue d'Oc (essentiellement cantiques et cat&#233;chismes), publication dont les bibliographies attestent du flux continu sur tout le XVIIIe si&#232;cle comme dans la p&#233;riode post-r&#233;volutionnaire (MERLE 1993) (MERLE 1995). J'ai &#233;galement consacr&#233; une &#233;tude pouss&#233;e de la publication religieuse autour de l'&#233;v&#233;nement inattendu, mais vite pris en compte, de l'&#233;v&#233;nement de La Salette, o&#249; la Dame aurait parl&#233; &#171; patois &#187; aux deux jeunes bergers dauphinois (MERLE 1992b).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il &#233;tait particuli&#232;rement n&#233;cessaire et int&#233;ressant de s'interroger sur l'utilisation du dialecte dans les paroxysmes des crises politiques, en compl&#233;ment de l'usage dominant du fran&#231;ais, langue de l'officialit&#233; et de la politique : crise majeure de la R&#233;volution fran&#231;aise (1789-1799), crise de la chute de l'Empire et du retour des Bourbons, crise de 1830 et de l'instauration de la Monarchie de Juillet. L&#224; encore, l'inventaire a permis des d&#233;couvertes plus que bienvenues.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la p&#233;riode r&#233;volutionnaire (1789-1799), on peut faire clairement la diff&#233;rence entre les textes de communication r&#233;ellement efficace n&#233;s de l'urgence (ainsi cette affiche officielle appelant en proven&#231;al les Proven&#231;aux au calme au printemps 1789, que nous avons eu le plaisir d'exhumer) et les textes de c&#233;l&#233;bration de la victoire populaire o&#249;, au-del&#224; de la n&#233;cessaire communication efficace, l'usage du parler populaire pose le Peuple en dignit&#233; (ainsi de cette Verita desplegado, que nous avons eu &#233;galement le grand plaisir d'exhumer (REMUZAT 1988) et qui depuis a fait l'objet d'un court m&#233;trage diffus&#233; par FR3).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce travail sur le texte r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; d'autant plus stimulant qu'il s'inscrivait dans une d&#233;marche commune &#224; nombre de chercheurs s&#233;rieux, d&#233;marche qui devait aboutir &#224; la publication d'un fort ouvrage collectif (MERLE 1989a).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait d'autant plus n&#233;cessaire que, pouss&#233;s par la circonstance, nombre d'associatifs qui ne s'&#233;taient jusqu'alors jamais souci&#233; de ces textes non litt&#233;raires, se sont pr&#233;cipit&#233;s pour les reproduire de fa&#231;on quasi photocopi&#233;e, dans l'ignorance du contexte et parfois dans le malentendu historique : ainsi de la traduction en proven&#231;al de la constitution de 1791, pr&#233;sent&#233;e comme une importante d&#233;cision officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de la francisation sans cesse en progr&#232;s, la pierre de touche de la r&#233;alit&#233; ou du fantasme d'une communication politique efficace par l'&#233;crit dialectal a &#233;t&#233; la p&#233;riode de la Seconde R&#233;publique. En effet, en instaurant le suffrage universel (masculin), la R&#233;publique mettait les divers courants politiques devant la n&#233;cessit&#233; de convaincre la masse populaire. Il a &#233;t&#233; passionnant d'&#233;tudier les diverses strat&#233;gies alors mises en place en ce qui concerne la publication politique dans &#171; l'idiome natal &#187; (MERLE 1999), strat&#233;gies brutalement balay&#233;es par le coup d'&#201;tat de d&#233;cembre 1851.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail sur l'&#233;criture dialectale sur le long terme de la p&#233;riode 1770 &#8211; 1840 a &#233;t&#233; ins&#233;parable du regard que, &#224; travers cette &#233;criture, les M&#233;ridionaux peuvent porter sur eux-m&#234;mes en reflet le plus souvent du regard port&#233; sur eux par l'imaginaire fran&#231;ais (MERLE 1987b) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le rythme des publications, ce travail m'a permis de mettre en &#233;vidence la pr&#233;sence renouvel&#233;e plusieurs fois d'un cycle ternaire : apathie de la publication dialectale, relance de l'&#233;criture dialectale par l'&#233;v&#233;nement politique (1789, retour des Bourbons en 1814-1815, R&#233;volution de Juillet&#8230;), glissement de l'&#233;criture politique &#224; l'&#233;criture de plaisir et de cr&#233;ation, &#233;chec de cette entreprise et retour &#224; la d&#233;r&#233;liction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce cycle plusieurs fois renouvel&#233; se rompt vers la fin des ann&#233;es 1830, avec l'explosion des textes dialectaux et le rythme r&#233;gulier de leurs publications. J'ai d&#233;j&#224; soulign&#233; la part des laboratoires urbains, notamment celui de la r&#233;gion marseillaise, voire de la r&#233;gion lyonnaise, o&#249; s'affirment de fortes individualit&#233;s populaires qui trouvent un vrai public. Ces &#233;claireurs n'&#233;taient en rien les annonciateurs d'une &#171; renaissance &#187; d'une langue &#224; laquelle ils ne voyaient pas d'avenir. Avec eux, le d&#233;bat sur le sens et l'avenir d'une &#233;criture en dignit&#233; dans &#171; l'idiome natal &#187; commence &#224; toucher l'opinion, particuli&#232;rement par leurs interventions dans la presse en fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans la comparaison avec le foyer d'&#233;criture fribourgeoise, et particuli&#232;rement dans celle de la Gruy&#232;re, qu'il m'a &#233;t&#233; permis de rencontrer alors pr&#233;cocement la probl&#233;matique renaissantiste, comme celle qui la combattait : en ce d&#233;but des ann&#233;es 1840, en quelques mois, dans un d&#233;bat passionnant, la presse de Fribourg donne un v&#233;ritable condens&#233; des d&#233;bats que conna&#238;tra le Sud-Est de la France dans les ann&#233;es 1850-1860 sur la possibilit&#233; et l'int&#233;r&#234;t d'une &#233;criture du dialecte (MERLE 1991).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es 1850-1860 marqueront le d&#233;but d'une p&#233;riode o&#249; s'affirmera dans l'&#233;criture litt&#233;raire, notamment avec le F&#233;librige, la volont&#233; de dignifier en Langue &#171; l'idiome natal &#187;, alors que l'oralit&#233; bilingue fran&#231;ais-dialecte devient tr&#232;s majoritaire dans une population d&#233;sormais grandement alphab&#233;tis&#233;e, et donc lectrice de textes fran&#231;ais. Mais cette population sera-t-elle aussi lectrice des textes sacr&#233;s de la Renaissance, dont le Mir&#232;io de Mistral ouvre la liste en 1859 ? Sera-t-elle seulement au fait de l'entreprise f&#233;libr&#233;enne ? C'est vers la presse que je me suis tourn&#233; pour avoir des &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de la fin des ann&#233;es 1860 (Empire lib&#233;ral), puis sous la Seconde R&#233;publique, avec le d&#233;veloppement de l'alphab&#233;tisation, la libert&#233; de la presse, les modifications techniques et la baisse de son prix, le journal n'est plus un petit luxe r&#233;serv&#233; aux privil&#233;gi&#233;s et aux lettr&#233;s, mais un &#233;l&#233;ment important de la vie quotidienne. Il convenait de v&#233;rifier la place qu'y ont tenue les interventions en dialecte (sans traductions la plupart du temps), d'appr&#233;cier dans quelle mesure les normes graphiques et linguistiques de la Renaissance f&#233;libr&#233;enne y &#233;taient utilis&#233;es. Inventaire qui ne pouvait s'appuyer sur aucun d&#233;pouillement ant&#233;rieur et qui, au plan de l'ensemble des d&#233;partements de langue d'Oc, d&#233;passait &#233;videmment les forces d'un seul chercheur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis donc born&#233;, si l'on peut dire, &#224; inventorier de la fa&#231;on la plus compl&#232;te possible la presse d'un d&#233;partement t&#233;moin, du Second Empire &#224; la veille de la guerre de 1914 : le Var, d&#233;partement &#224; la fois rural et urbanis&#233;, aux forts engagements politiques antagonistes (MERLE 1996). L'&#233;tude met en valeur la place majeure des interventions politiques. Il ne s'agit plus alors vraiment de communication efficace, mais de coups de griffes caustiques ou de renforts affectifs &#224; des engagements qui se disent en fran&#231;ais. Rares par contre sont les interventions dans &#171; l'idiome natal &#187; en ce qui concerne les luttes sociales (MERLE 2006b), y compris la r&#233;volte viticole de 1907 dans laquelle beaucoup d'occitanistes ont pu lire a posteriori un mouvement &#171; nationalitaire &#187; (MERLE 1997b). Cette enqu&#234;te met aussi en &#233;vidence &#224; la fois la r&#233;alit&#233; reconnue du renaissantisme f&#233;libr&#233;en, et le peu de rapports qu'il entretient avec ces intervenants dialectales, qui dans leur grande majorit&#233; tiennent &#224; distance les normes mistraliennes (MERLE 1997a)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc, rapidement, et par l&#224; sch&#233;matiquement pr&#233;sent&#233;s, les principes m&#233;thodologiques qui ont guid&#233; cette recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si initialement elle a pu &#234;tre suscit&#233;e par l'agacement (le mot est faible) devant le boisseau mis par une partie de la Maintenance sur tout ce qui n'&#233;tait pas directement &#171; mistralien &#187;, cette recherche a &#233;t&#233; men&#233;e dans la conviction que, loin de desservir la cause de la d&#233;fense de la langue et de la culture d'Oc, elle en &#233;tait partie prenante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le recul, je mesure d'ailleurs combien la d&#233;marche a contribu&#233; &#224; d&#233;tendre la crispation d'une grande partie des associations de maintenance dont je parlais, et de nouer avec elles des contacts positifs sur la base de la meilleure connaissance, voire de la d&#233;couverte de ce riche corpus d'&#233;criture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me reste &#224; souhaiter que de jeunes chercheurs continuent le travail entrepris, si les structures universitaires et celles de la recherche leur en donnent la pleine possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;f&#233;rences bibliographiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BARSOTTI, Claude, (1975) Antologia deis escrivans sociaus proven&#231;aus (1875 a 1914), Montpellier : Centre d'&#201;tudes Occitanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GARDY, Philippe, (1978), Langue et soci&#233;t&#233; en Provence au d&#233;but du 19e si&#232;cle : le th&#233;&#226;tre Carvin, Paris : PUF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAFONT, Andr&#233;e Paule, ARAGON [pr&#233;face d'], (1962), Anthologie de la po&#233;sie occitane, 1900-1960. Paris : &#201;diteurs fran&#231;ais r&#233;unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LAFONT, Robert, (1970) Renaissance du Sud, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARTEL, Philippe, (2003) &#171; R&#233;volutionnaire ou nationaliste ? La po&#233;sie occitane apr&#232;s 1968 &#187;, Terrain, revue d'ethnologie de l'Europe, 4, 2003, 91-102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MERLE, Ren&#233; (1976), Poupre et Compagnie, Compagnie Andr&#233; Neyton, Toulon : &#233;ditions Centre Dramatique Occitan. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1977), Culture occitane, per avan&#231;ar, Paris : Editions sociales. &lt;br class='autobr' /&gt; MERLE, Ren&#233;, (1985a), &#8220;Consulat-Empire, un laboratoire de l'ali&#233;nation occitane&#8221;, Actes du colloque de Montpellier (8-10 nov. 1984). La question linguistique au Sud au moment de la R&#233;volution fran&#231;aise, Lengas revue de sociolinguistique, 18, 1985, T.II, 333-407.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1985b), &#8220;Usage politique du proven&#231;al, 1814-1840&#8221;, Actes du colloque de Montpellier (8-10 nov. 1984). La question linguistique au Sud au moment de la R&#233;volution fran&#231;aise, Lengas revue de sociolinguistique, 18, 1985, T.II, 423-454.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1986a), &#8220;Pr&#233;f&#233;librige : lou fu&#233; e&#239;s estoupes ?&#8221;, Les fous de la langue, Amiras, Aix : &#201;disud, 6-36. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1986b), &#8220;1807, la fabrication de la diff&#233;rence ?&#8221;, Lengas revue de sociolinguistique, 20, 71-86.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1986c), &#171; Victor Gelu et les po&#232;tes proven&#231;aux vers 1840. Le statut du r&#233;alisme &#187;, Actes du colloque Victor Gelu, Aix : Universit&#233; de Provence, 323-340.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE Ren&#233;, (1986d), Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise, N&#238;mes : G.R.A.I.C.H.S..&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1987a), &#8220;Gelu et les canuts&#8221;, Lengas revue de sociolinguistique, n&#176;22, 239-255.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1987b), &#8220;Langue d'oc et parole populaire : la mise en place des ethnotypes&#8221;, L'invention du Midi, Amiras, Aix : &#201;disud, 27-48.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1988), &#8220;Citoyennet&#233; et idiome natal, la dialectique identitaire pendant la R&#233;volution. Textes dialectaux du sud-est occitan et de la zone francoproven&#231;ale&#8221;, in, R&#233;gion, Nation, Europe, unit&#233; et diversit&#233; des processus sociaux et culturels de la R&#233;volution fran&#231;aise, Actes du colloque de Besan&#231;on, (25-27 nov. 1987), Besan&#231;on : Universit&#233; de Franche-Comt&#233; , 675-686.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1989a), &#171; Le texte occitan et francoproven&#231;al du Grand Sud-Est &#187;, in A.I.E.O, Le texte occitan de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, 247-365.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1989b), &#171; Langue du peuple, arme du peuple ? L'&#233;criture dialectale for&#233;zienne et lyonnaise de la R&#233;volution &#224; la monarchie de Juillet &#187;, G.Roquille, Breyou et so disciplo, Toulon : S.E.H.T.D, 11-30. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1989c), Luttes ouvri&#232;res et dialecte, Guillaume Roquille, Rive-de-Gier, 1840, Toulon : S.E.H.T.D.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1990a), &#171; L'utilisation de l'occitan et du francoproven&#231;al dans les textes de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, ressemblances et diff&#233;rences &#187;, in Actes du Colloque Marianne de Puylaurens (1989), La R&#233;volution v&#233;cue par la province - Mentalit&#233;s et expressions populaires en Occitanie. Actes du colloque de Puylaurens, B&#233;ziers, 175-184.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1990b), L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840. Inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges, B&#233;ziers : C.I.D.O. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233; (1990c), &#8220;Fonction sociale du th&#233;&#226;tre fran&#231;ais et du th&#233;&#226;tre dialectal dans le Sud-Est de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; 1840&#8221;, Provence historique, n&#176;160, 157-172. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1990d), Une mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, N&#238;mes : M.A.R.P.OC. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1991), Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;, Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, Toulon : S.E.H.T.D (en collaboration avec le Glossaire des patois de la Suisse Romande). &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1992a), &#171; Les publications &#034;patoises&#034; dans les R&#233;volutions de Gen&#232;ve : une originalit&#233; historique au temps des Lumi&#232;res &#187;, in Bulletin de la Soci&#233;t&#233; d'Histoire et d'Arch&#233;ologie de Gen&#232;ve, 33-52. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233; (1992b), &#8220;1846, L'apparition de La Salette et le &#034;patois&#034;&#8221;, Lengas revue de sociolinguistique, n&#176;31, 69-105.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1993), &#8220;Langue ou parole ? L'Eglise de Provence et &#034;l'idiome natal&#8221; : du Concordat &#224; la fin de la Monarchie de Juillet. H&#233;ritages du XVIIIe si&#232;cle et novations&#8221;, Provence Historique, n&#176;171, 77-85.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1995) &#8220;Du cat&#233;chisme en proven&#231;al, 1825-1851&#8221;, in Les parlers de la foi. Religion et langues r&#233;gionales, P.U.Rennes, 135-140.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1996), Les Varois, la presse varois et le proven&#231;al, 1859-1910, Toulon : S.E.H.T.D. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (1997a), &#171; Renaissantisme proven&#231;aliste et politique (1855-1914), l'exemple du Var &#187;, in Universit&#233; de Provence, M&#233;langes Michel Vovelle, Soci&#233;t&#233;s, Mentalit&#233;s, Cultures, France (XVe-XXe si&#232;cles), 353-357.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233; (1997b), &#171; Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var : conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc &#187;, Provence Historique, n&#176;188, 317-338. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233; (1999), &#8220;Quelques remarques sur l'usage de la langue d'Oc dans la propagande &#233;lectorale d&#233;mocrate socialiste&#8221;, De la R&#233;volution au coup d'Etat (1848-1851), les r&#233;percussions des &#233;v&#233;nements parisiens entre Alpes et Pyr&#233;n&#233;es, Actes du colloque des 18 et 19 septembre 1998, Universit&#233; Paul-Val&#233;ry - Montpellier III, 167-176.&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (2006a), &#171; Autour de l'enqu&#234;te sur les patois de 1807. Conscience de langue : vers l'&#233;clatement ou vers l'unit&#233;, l'exemple de la Bresse &#187;, Lengas revue de sociolinguistique, n&#176;60, 243-254. &lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (2006b), &#171; Langues (fran&#231;ais, italien, proven&#231;al) et niveaux de langues dans les deux conflits du travail aux Forges et Chantiers de La Seyne-sur-Mer (Var), 1897 et 1898&#034;, Universit&#233; de Provence, Promemo, n&#176;4, 3-10&lt;br class='autobr' /&gt;
MERLE, Ren&#233;, (2008), Visions de &#171; l'idiome natal &#187; (langue d'Oc, catalan, francoproven&#231;al) &#224; travers l'enqu&#234;te imp&#233;riale sur les patois (1807-1812), Perpignan : Trabucaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
REBOUL, Robert, (1877), Bibliographie des ouvrages &#233;crits en patois du Midi de la France et des travaux sur la langue romano-proven&#231;ale, Paris, Techener.&lt;br class='autobr' /&gt;
(REMUZAT), La Verita desplegado, 1789-1790, &#233;dition critique (1988) : (BERTRAND R&#233;gis, GARDY, Philippe, MERLE, Ren&#233;), Toulon : Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes historiques du texte dialectal, 51 p.&lt;br class='autobr' /&gt;
RIPERT, &#201;mile, (1918), La Renaissance proven&#231;ale (1800-1860), Paris, Aix : Champion. &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233; en 1854, le F&#233;librige, d'abord proven&#231;al, puis &#233;tendu &#224; l'ensemble de la langue d'Oc, a longtemps &#233;t&#233; la principale association de maintenance de la langue et de la culture d'Oc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le professeur Jean-Claude Bouvier et son &#233;quipe (Universit&#233; de Provence) ont alors grandement contribu&#233; &#224; la pratique de la collecte d'ethnotextes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>CATALANISME &#8211; OCCITANISME : AUGUST RAFANELL</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article744</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article744</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:54:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Catalan</dc:subject>
		<dc:subject>Rafanell</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;August Rafanell, La il.lusi&#243; occitana, La llengua dels Catalans entre Espanya i Fran&#231;a, Barcelona, Quaderns Crema, Assaig, 2006. 2 volumes, 1544 pages. August Rafanell (Barcelone, 1963) est professeur d'histoire de la langue catalane &#224; l'universit&#233; de Girona (Catalogne), docteur en philologie catalane de l'Universit&#233; Autonome de Barcelone. Avant la parution de cette &#339;uvre monumentale, August Rafanell &#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; comme un important sp&#233;cialiste de l'histoire culturelle et linguistique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique20" rel="directory"&gt;&#192; propos du catalanisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Catalan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot655" rel="tag"&gt;Rafanell&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L150xH231/rafanell-acadf.jpg?1791748482' width='150' height='231' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;August Rafanell, &lt;i&gt;La il.lusi&#243; occitana, La llengua dels Catalans entre Espanya i Fran&#231;a&lt;/i&gt;, Barcelona, Quaderns Crema, Assaig, 2006. 2 volumes, 1544 pages.&lt;br class='autobr' /&gt;
August Rafanell (Barcelone, 1963) est professeur d'histoire de la langue catalane &#224; l'universit&#233; de Girona (Catalogne), docteur en philologie catalane de l'Universit&#233; Autonome de Barcelone.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la parution de cette &#339;uvre monumentale, August Rafanell &#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; comme un important sp&#233;cialiste de l'histoire culturelle et linguistique de la Catalogne moderne. Il avait notamment publi&#233; Un nom per a la llengua (1991), La llengua silenciada (1999), El catal&#224; modern (2000) et, en collaboration, El futur de la llengua catalana (1990).&lt;br class='autobr' /&gt;
Son dernier ouvrage n'est malheureusement pas (encore ?) traduit ni fran&#231;ais, ni en occitan. Mais un lecteur occitanophone pourra facilement s'y plonger, sans avoir peur des 1542 pages : cette magistrale entreprise de mise en perspective historique et chronologique se lit all&#232;grement, et Rafanell la saupoudre d'humour discret. Y sont chronologiquement et minutieusement &#233;tudi&#233;s, dans leur contexte culturel, social et politique, les points de vue sur les rapports catalano-occitans qui, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, ont cristallis&#233; les successives repr&#233;sentations de la &#171; langue catalane &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
August Rafanell laisse s'exprimer ces protagonistes, sans parti pris ni interventionnisme : son point de vue est celui de l'observateur objectif, et c'est un des grands m&#233;rites de cet ouvrage.&lt;br class='autobr' /&gt;
In fine, on peut lire &#224; la page 1543 ( ! ) : &#171; aquesta edici&#243; primera&#8230; s'ha acabat d'imprimir a Capellades el mes de desembre de l'any 2006, cent anys despr&#233;s del primer congr&#233;s internacional de la llengua catalana &#187;. Et ce rappel n'est pas simple coquetterie. Car, sur le long terme de l'histoire de la langue des Catalans, que Rafanell suit depuis le moyen-&#226;ge, en focalisant sur les si&#232;cles XIX et XX, la date de 1906 marque un terme, celui de la fin des h&#233;sitations des Renaissantistes (vraiment &#224; l'&#339;uvre depuis les ann&#233;es 1850), et un commencement : la proclamation d&#233;finitive du catalan en Langue, par une intelligentsia intimement li&#233;e dor&#233;navant aux &#233;l&#233;ments les plus lucides de la grande bourgeoisie barcelonaise. Date charni&#232;re qui justifie pleinement le titre de l'ouvrage, &#171; il.lusi&#243; &#187;, mot &#224; proprement parler intraduisible en fran&#231;ais sans en trahir le double sens catalan ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Illusion &#187; certes, mais aussi &#171; d&#233;sir &#187;, &#171; enthousiasme &#187;, &#171; estramb&#242;rd &#187; dirait-on en occitan, comme dans la chanson de la Coupo Santo&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, et Rafanell le pointe tr&#232;s fermement et tr&#232;s finement, l'entreprise de 1906 est suspendue entre r&#233;alisme et volontarisme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'en &#233;tait-il alors de l'autre c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re &#233;tatique, non seulement en &#171; Catalogne Nord &#187;, mais encore et surtout au-del&#224;, dans l'immense espace &#233;clat&#233; de la langue occitane ? Depuis longtemps philologues et linguistes avaient soulign&#233; la parent&#233; &#233;troite du catalan avec l'occitan, jusqu'&#224; avancer l'hypoth&#232;se d'une unit&#233; initiale, au temps des gloires troubadouresques. Pour Mistral et les premiers F&#233;libres proven&#231;aux, le catalan &#233;tait re&#231;u comme un des grands dialectes de cette langue d'oc dont ils tentaient depuis 1854 de relever la gloire pass&#233;e&#8230; Si du c&#244;t&#233; catalan, l'affirmation de cette fraternit&#233; linguistique ne laissait pas indiff&#233;rents quelques intellectuels, et non des moindres, du c&#244;t&#233; occitan sa proclamation se renfor&#231;a, apr&#232;s 1906, dans la fascination de la r&#233;ussite catalane : normalisation et standardisation de la langue par Pompeu Fabra et l'Institut d'Estudis Catalans, affirmation de son usage social et conqu&#234;te de l'usage public dans le contexte politique et social de la Mancomunitat (1914-1923) puis de l'autonomie politique au sein de la R&#233;publique espagnole (1931-1939). Cette r&#233;ussite engendra du c&#244;t&#233; occitan, en mim&#233;tisme volontariste &#233;mouvant, mais presque d&#233;risoire tant les conditions socio-politiques &#233;taient diff&#233;rentes de celles de la Catalogne, une entreprise a priori sans le moindre support social : cr&#233;ation d'une Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes occitanes qui s'inspirait de la quasi officialit&#233; de l'Institut d'Estudis catalan, proclamation d'une r&#233;forme graphique de la langue occitane inspir&#233;e de celle des catalans, et destin&#233;e &#224; permettre imm&#233;diatement l'intercompr&#233;hension &#233;crite entre les dialectes occitans et le catalan (au risque de d&#233;concerter la majorit&#233; des occitanophones d'alors), et, naturellement si j'ose dire, proclamation incessante de l'appartenance du catalan &#224; l'ensemble d'oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le charme sera rompu &#224; Barcelone par la D&#233;claration de 1934, &#171; Desviacions en els conceptes de Llenga i de P&#224;tria &#187;, sign&#233;e par la majorit&#233; des intellectuels catalanistes &#034;de poids&#034;. Cette admonestation &#233;tait un fusil &#224; deux coups : il convenait de ne pas r&#233;duire la Patrie catalane &#224; la seule Generalitat de Catalunya, mais bien d'y inclure tous les Pays de langue catalane, Valence au premier chef ; il convenait surtout de ne pas noyer la langue catalane dans un ensemble linguistique occitan : catalan et occitan ont &#233;t&#233; et sont toujours deux langues distinctes. On comprend que dans le contexte plus que troubl&#233; de l'Espagne d'alors, ces responsables catalanistes, d&#233;sireux d'assurer leurs fragiles conqu&#234;tes culturelles et surtout institutionnelles, n'avaient aucune envie de se voir accrocher l'accusation de regarder au-del&#224; de la &#034;Catalogne Nord&#034;, et de doubler leur s&#233;paratisme suppos&#233; par l'adh&#233;sion &#224; une patrie plus que transfrontali&#232;re...&lt;br class='autobr' /&gt;
Laissant la poign&#233;e d'occitanistes catalanophiles &#224; leurs illusions perdues, les intellectuels catalans allaient bient&#244;t se retrouver devant un autre choix, bien plus cons&#233;quent : la R&#233;publique avec les &#034;Rouges&#034;, ou le fascisme phalangiste avec Franco... On conna&#238;t la suite. Il restait alors &#224; August Rafanell &#224; suivre la fin de &#034;l'il.lusi&#243;&#034; d'un c&#244;t&#233; sous la botte franquiste, de l'autre sous le maurrassisme p&#233;tainiste. Quitte &#224; passer la plume, in fine, &#224; Robert Lafont qui, dans son &#034;&#201;pilogue&#034;, fait douloureusement son deuil de &#034;la grande id&#233;e&#034;, celle de l'unit&#233; catalano-occitane...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accueil de toute la presse, de langue catalane ou de langue castillane, &#224; l'ouvrage d'August Rafanell, a &#233;t&#233;, et &#224; juste titre me semble-t-il, extr&#234;mement positif. Tous les critiques ont insist&#233; sur la somme irrempla&#231;able de travail et de documentation de ce qui correspondrait chez nous &#224; une th&#232;se de doctorat d'&#233;tat ancien r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une note discordante cependant. Et c'est d'elle justement que je voudrais partir pour montrer, a contrario, toute la richesse et toute la valeur du travail de Rafanell.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut lire en bandeau sous le titre du site alternatif El Talp [1] : &#171; Per la independ&#232;ncia i els socialisme dels Pa&#239;sos Catalans &#187;. Nacionalisme donc, &#171; esquerrisme &#187; socialiste. Et c'est sur ce site que l'on rencontre une condamnation d&#233;finitive de l'ouvrage de Rafanell par Pol Sureda, que l'on retrouve &#224; l'&#339;uvre sur le site de &#034;l'Universitat comunista dels Pa&#239;sos Catalans&#034;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que reproche donc Pol Sureda &#224; August Rafanell ? N&#233;gligeons des lectures bien trop rapides (c'est un euph&#233;misme), comme celle qui pr&#234;te &#224; Rafanell une certaine mansu&#233;tude &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime de Vichy. N&#233;gligeons le reproche qui lui est fait de laisser penser que que l'occitanisme ait &#233;t&#233; le centre d'int&#233;r&#234;t obsessionnel des Catalans : Rafanell a cibl&#233; tr&#232;s clairement son objet, &#224; savoir les intellectuels qui d'un c&#244;t&#233; et de l'autre de la fronti&#232;re d'&#201;tat ont r&#233;fl&#233;chi sur les relations catalano-occitanes : il n'a jamais pr&#233;tendu faire l'histoire culturelle totale de ces deux versants... Mais allons &#224; l'essentiel. Pol Sureda reproche &#224; August Rafanell non seulement de laisser penser qu'effectivement le catalan pourait &#234;tre une des formes d'une super langue occitane, mais, et c'est bien l'essentiel, de traiter la question dans un relativisme et un confusionnisme empreints d'ironie sup&#233;rieure, alors que les certitudes s'imposeraient : la premi&#232;re &#233;tant l'existence scientifiquement &#233;tablie (et non arbitrairement proclam&#233;e) d'une r&#233;alit&#233; fondamentale et intouchable : la Langue catalane, fondement de la Nation, c'est &#224; dire l'ensemble des pays qui parlent catalan. Curieuse situation, o&#249; l'on voit un marxiste proclam&#233; tenant d'une v&#233;rit&#233; m&#233;taphysique de la langue, alors que celui qu'il condamne fait justement, avec prudence et finesse, &#034;l'analyse concr&#232;te d'une situation concr&#232;te&#034;, comme aurait dit le Vieux Karl. Tout en accusant Rafanell de noyer le catalan dans l'occitan, Sureda pointe bien le refus par Rafanell de l'&#233;quation facile une langue = une nation. Car, dans cette optique, la Catalogne ferait partie de la nation occitane en g&#233;sine ou en r&#233;silience. Or, pour Rafanell, et Sureda le constate avec grande simplification et indignation, la Langue en soi n'existe pas : les cartes &#233;tablies par les linguistes ne sauraient porter Langue sans l'aval de ceux qui parlent, aval spontan&#233; ou aval impos&#233;. Au-dessus de la multitude des parlers, les Langues sont inventions des pouvoirs en qu&#234;te d'identit&#233;. Ainsi de la bourgeoisie catalane et du nationalisme bourgeois au tournant des si&#232;cles XIX et XX. Ainsi, en calque quelque peu pr&#233;somptueux, de la proclamation occitaniste d'une suppos&#233;e unit&#233; des pays occitans. L&#224; encore, il me semble que l'analyse historique s&#233;rieuse et dialectique est du c&#244;t&#233; de Rafanell.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sureda reproche &#233;galement &#224; Rafanell de faire primer l'appartenance &#224; deux ensembles &#233;tatiques glottophagiques, Espagne et France, sur la conscience minoritaire catalane et occitane. En dehors de ces deux r&#233;alit&#233;s &#233;tatiques, tout serait relatif, tout serait &#034;il.lusi&#243;&#034;. L&#224; encore, il me semble que le bon sens et la qualit&#233; de l'observateur sont du c&#244;t&#233; de Rafanell : je ne me permettrai pas de juger de ce qu'il en est du c&#244;t&#233; espagnol, mais il est &#233;vident, du c&#244;t&#233; o&#249; je vis, que le sentiment d'appartenance essentiel, qu'il soit patriotisme raisonn&#233; ou nationalisme dangereux, est celui d'une appartenance fran&#231;aise bien avant, si tant est qu'elle existe, celui d'une appartenance occitane.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;finitive, alors que Pol Sureda accuse Rafanell de nier la r&#233;alit&#233; de la Catalogne comme nation bas&#233;e sur une communaut&#233; de langue, et tout bonnement de d&#233;mobiliser le nationalisme catalan, l'ouvrage d'August Rafanelle me para&#238;t une contribution extr&#234;mement importante &#224; la connaissance, non seulement des interf&#233;rences de deux cultures &#034;minoritaires&#034; voisines, mais de la fonction de &#034;fabrication&#034; des langues dans la pouss&#233;e des nationalismes des si&#232;cles XIX et XX. Ce qui ne signifie en rien que l'on se situe dans une tour d'ivoire, et que l'on n'est pas participant conscient d'un processus positif d'affirmation nationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un prochain article, je donnerai mon point de vue d'occitanisme &#034;hexagonal&#034; sur cette question complexe, vue depuis la Provence o&#249; je vis.&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] El talp : la taupe, la vieille taupe qui creuse qu'&#233;voqua Marx, apr&#232;s Shakespeare. &lt;a href=&#034;http://www.racocatala.cat/eltap&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.racocatala.cat/eltap&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...)</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article312</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article312</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:36:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Francitan</dc:subject>
		<dc:subject>Trilinguisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lengas, revue de sociolinguistique, n&#176;23, 1988 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je renvoie &#224; la revue, pp.114-126, pour la consultation de l'important dossier de textes originaux illustrant cet article. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui use du double langage, par d&#233;finition, biaise. Qu'en est-il de celui qui croit en disposer de trois ? C'est, naturellement, du M&#233;ridional qu'il s'agit, mais sans doute n'est-il pas le seul, quand, en cette fin du XVIIIe si&#232;cle, entre fran&#231;ais et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;Plurilinguisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;Francitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot334" rel="tag"&gt;Trilinguisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lengas, revue de sociolinguistique&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, n&#176;23, 1988&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je renvoie &#224; la revue, pp.114-126, pour la consultation de l'important dossier de textes originaux illustrant cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui use du double langage, par d&#233;finition, biaise. Qu'en est-il de celui qui croit en disposer de trois ? C'est, naturellement, du M&#233;ridional qu'il s'agit, mais sans doute n'est-il pas le seul, quand, en cette fin du XVIIIe si&#232;cle, entre fran&#231;ais et occitan, un outil linguistique, d&#233;j&#224; fort ancien (cf. Philippe Gardy, &lt;i&gt;L'&#233;criture occitane aux XVIIe, XVIIe, et XVIIIe si&#232;cles. Origine et d&#233;veloppement d'un Th&#233;&#226;tre occitan &#224; Aix-en-Provence (1580-1730)&lt;/i&gt;, B&#233;ziers, C.I.D.O, 1986.), s'affirme en partenaire indispensable, et bient&#244;t plus qu'encombrant : le &#8220;francitan&#8221;. On peut en juger par cet extrait d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre marseillaise, car toujours, &#224; sa fa&#231;on bien s&#251;r, le th&#233;&#226;tre dit la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en mai 1790 : les patriotes marseillais, pour &#233;carter le p&#233;ril aristocrate, viennent de prendre les forts qui dominent la ville, les femmes ont promen&#233; les entrailles du Major de Bausset, criant : &lt;i&gt;' Cu vou de frechalha ? '&lt;/i&gt;. Le th&#233;&#226;tre populaire de la ville c&#233;l&#232;bre l'&#233;v&#232;nement, par un &lt;i&gt;A-Propos patriotique&lt;/i&gt; donn&#233; &#224; la fin de la Com&#233;die-F&#233;&#233;rie &lt;i&gt;Urbelise &amp; Lanval&lt;/i&gt;. Bonnet-Bonneville, acteur et directeur de ce th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s, et auteur connu de pi&#232;ces dialectales, signe le texte et joue le Marseillais. Le Marseillais salue la libert&#233; dans une longue tirade excellemment fran&#231;aise. &lt;i&gt;' Qui dit Fran&#231;ais, dit homme franc,/ Qui dit Marseillais tout autant,/ (Pour ne pas dire davantage.) / Nous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;devons donc nous garantir / Du joug qui nous courbait la t&#234;te. / Et nos efforts vont engloutir / Cette formidable retraite / Que Mazarin forma pour nous assujettir, / Et dont nous faisons place nette '&lt;/i&gt;, etc. Justification, en fran&#231;ais, de la prise des forts, dans l'assomption r&#233;volutionnaire de l'autonomisme ancien. Or, apr&#232;s cette longue tirade, voici le retour de l'ethnotype : &lt;i&gt;' Et bien loin de mourir pour notre libert&#233;, / Vivons par elle au sein de l'abondance. / Que le bon Marseillais reprenne sa gait&#233;, / Ses travaux, ses m&#339;urs, son g&#233;nie... '&lt;/i&gt;. Rupture : &lt;i&gt;' Le Marseillais prenant le ton gai &amp; le langage patois : Mais, c'est ass&#233;s pr&#233;dicater, / Asturo z&#233; m'en vas santer. Allons, Messiurs d&#233; la muzique, / Zou&#233;s-moi certain air de lanterne mazique... ' &lt;/i&gt;. Rupture &#224; nouveau. La chanson qu'entonne le Marseillais, sur l'air de &lt;i&gt;Diga Joaneta&lt;/i&gt;, est en bon proven&#231;al : &lt;i&gt;' Vivo Marsillo. Lou Rey, la Nacien ! / Lariretto, / Oh qu&#233; pl&#233;si ! / Qu&#233; m&#233;r&#233;villo ! Sian vengut &#224; bout / De la Revoulucien. '&lt;/i&gt; (au sens, plus que mod&#233;r&#233;, de : ' la R&#233;volution est d&#233;sormais achev&#233;e ').&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple de triple langage est peut-&#234;tre plus parlant que bien d'autres. Sans doute est-il aussi plus pi&#233;g&#233;, d'&#234;tre directement impliqu&#233; dans une utilisation ' politique ', en situation de crise. Le francitan est, entre deux donnes linguistiques, chim&#232;re fondatrice : le fran&#231;ais, inutilisable en l'&#233;tat par l'homme du peuple, est &#233;vacu&#233; vers les registres du symbolique ; l'occitan, hyper-authentique, se situe dans ceux de l'imaginaire compensateur. Le statut du peuple, intervenant dans la R&#233;volution, mais en force d'appui non autonome, est implicitement d&#233;fini par cet entre-deux minorisant et ' savoureux '.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons ici, dans le cadre d'une recherche plus g&#233;n&#233;rale (cf. Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;L'&#233;criture du proven&#231;al, de 1775 &#224; 1840 : Inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges&lt;/i&gt;, Th&#232;se, Universit&#233; de Montpellier, 1987. Imprim&#233;e : 1990), une probl&#233;matique des productions d'identit&#233; par la mise en sc&#232;ne de ce triple langage, et tout particuli&#232;rement de ce fran&#231;ais gasconis&#233;, proven&#231;alis&#233;, que Bonnet-Bonneville pose comme pour colmater la fissure entre l'usage noble du fran&#231;ais politique, et l'exultation festive de l'occitan. Langue de l'esprit, langue du c&#339;ur, selon la classique distinction reprise par Tr&#233;lis devant les acad&#233;miciens du Gard, en 1807. Notre propos n'est pas ici l'enqu&#234;te historique exhaustive sur l'&#233;tat des langues et la substitution linguistique, mais le d&#233;pouillement des textes utilisant ou mettant en cause les premiers &#233;tats modernes de ce que nous appelons aujourd'hui, plus par bravade que par commodit&#233;, le francitan. Notre point de d&#233;part est le grand tournant des mentalit&#233;s, et des comportements, autour de 1770 ; notre point, provisoire, d'arriv&#233;e, les ann&#233;es 1840 : elles sont en effet, pour la culture d'oc, ann&#233;es charni&#232;res, dans la flamb&#233;e de publications comme dans les premiers regroupements renaissantistes. Notre cadre est celui du grand Sud-Est, zone coh&#233;rente de convergences et d'&#233;changes, et zone de modernit&#233;. &#192; ce titre, elle fournit d'ailleurs l'essentiel des ouvrages de correction du langage publi&#233;s sur ce long terme, en ce qui concerne l'aire de la Langue romance, langue des Troubadours. Mais il convient de souligner, pour ne pas instaurer une fausse dichotomie oc - o&#239;l en ce domaine, que les entreprises de correction du langage, comme la mise en sc&#232;ne d'un parler de contamination linguistique, ne sont pas sp&#233;cifiques alors aux r&#233;gions m&#233;ridionales : elles jouent aussi par rapport au bas langage fran&#231;ais, par rapport aux dialectes d'o&#239;l et particuli&#232;rement dans la zone d'&#233;paisseur dialectale des fronti&#232;res orientales, des Alpes &#224; la Lorraine (o&#239;l, franco-proven&#231;al, oc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - LES DONNEES INITIALES : CORRECTION DU LANGAGE ET EXHIBITION DE L'INCORRECTION LANGAGIERE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est banal de constater, dans la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, l'existence d'un usage m&#233;ridional du fran&#231;ais, mauvaises expressions, tours vicieux, phrases singuli&#232;res, re&#231;u en d&#233;faut de langage et de prononciation en regard de la norme. &lt;i&gt;' Mais pourquoi tombe-t-on dans des Gasconismes ? La raison n'est pas difficile &#224; trouver. Tout gasconisme vient du patois, ou langage du pays '&lt;/i&gt;, &#233;crit le professeur parisien Desgrouais, initiateur de l'entreprise de correction du langage avec ses &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;, publi&#233;s &#224; Toulouse en 1766 (r&#233;&#233;dit&#233;s en 1768). Le th&#232;me court jusqu'aux ann&#233;es 1840 : De Gabrielli comme Honnorat le font leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; du langage de la bonne soci&#233;t&#233; m&#233;ridionale, ce sont les &#233;lites &#233;clair&#233;es que les &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; interpellent, et non un peuple abandonn&#233; au naturel de l'idiome natal. Ce langage est la ran&#231;on de l'acculturation dor&#233;navant r&#233;alis&#233;e de tous ceux qui ne sont pas du peuple. Le fran&#231;ais acquis s'est superpos&#233; &#224; l'idiome natal, qui demeure cependant d'un usage g&#233;n&#233;ral, mais tr&#232;s cod&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tissu d'&#233;criture dans l'idiome, qui s'affirme dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle et s'accompagne d'une entreprise lexicographique, est celui d'une marge ludique ou malheureuse. Il pose l'idiome en outil compensatoire de cette d&#233;possession assum&#233;e. Il n'est le fait que de quelques-uns pour lesquels l'usage de ce francitan n'aurait aucun sens. Seul le recours &#224; la parole populaire authentique permet de cautionner la tentative d'&#233;criture de la marge personnelle, le plus souvent demeurant manuscrite. Et quand cette &#233;criture est mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, elle n'a pas non plus besoin du ressort du francitan. Se perp&#233;tuent, en insistance esth&#233;tisante sur le monolinguisme, des formes archa&#239;ques de la repr&#233;sentation linguistique, mise en sc&#232;ne dans les ann&#233;es 1730 et r&#233;&#233;dit&#233;s &#224; Marseille dans les ann&#233;es 1770-80, comme le &lt;i&gt;Mariagi de Margarido, Coumedio en un Acte. Per Defun Mossu R. Nouvello editien&lt;/i&gt; (1781) : l'occitan y est langue de tous, bourgeois, domestiques, paysans. S'affirment surtout des repr&#233;sentations rassurantes du partage des langues. Partage sociologique, comme dans &lt;i&gt;Le Fortun&#233; Marseillois&lt;/i&gt; (1775), en 1735 : les bourgeois parlent fran&#231;ais, les paysans proven&#231;al, et tous se comprennent. Partage ethnotypal, comme dans &lt;i&gt;La F&#234;te du Jour, Divertissement &#224; l'occasion du Portrait du Roy&lt;/i&gt;, jou&#233;e &#224; Marseille en 1756, o&#249; la c&#233;l&#233;bration fran&#231;aise du pouvoir passe au proven&#231;al dans l'exultation festive de la folie : apr&#232;s la c&#233;l&#233;bration du Roi, par la Ville, en fran&#231;ais, appara&#238;t &lt;i&gt;la Folie, travestie en Paysanne Marseilloise, escort&#233;e de tambourins et fl&#251;tes&lt;/i&gt; : elle trouve que cet habit lui &lt;i&gt;donne un air de libert&#233;,/ D'aisance &amp; de l&#233;g&#232;ret&#233;...&lt;/i&gt;. La pi&#232;ce se termine par un all&#232;gre vaudeville en proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, chacune des langues a sa place fix&#233;e, et y demeure. Double repr&#233;sentation d'un double clivage : celui des classes, o&#249; l'occitan est signifiant de la n&#233;cessaire hi&#233;rarchisation sociale (que le peuple reste &#224; sa place, donc dans sa langue), celui de la personnalit&#233; du m&#233;ridional &#233;duqu&#233;, o&#249; l'occitan remonte dans la connivence famili&#232;re ou la manifestation de l'&#233;motion. Dans les deux cas, l'intervention du francitan n'aurait aucun sens, sinon celui, majeur, de rompre cette fixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses changent dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle. La mise en &#233;vidence du fran&#231;ais r&#233;gional se fait dans une double perspective :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mise en &#233;vidence d'une contamination inconsciente du fran&#231;ais des classes &#233;duqu&#233;es, par la r&#233;manence de l'occitan d'enfance et l'absence g&#233;n&#233;rale de mise en cause (le cette contamination, non ressentie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mise en &#233;vidence, par le th&#233;&#226;tre essentiellement, d'un &#233;tat nouveau de l'oralit&#233; populaire : le peuple d&#233;sire le fran&#231;ais, sans pouvoir encore le ma&#238;triser compl&#232;tement (et il s'excuse de sa mauvaise performance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;, en 1766, est donc coup d'envoi de la premi&#232;re mise en &#233;vidence. Est-elle signifiante d'un int&#233;r&#234;t r&#233;el de la soci&#233;t&#233; civile ? On peut en douter, bien que l'ouvrage ait eu un certain succ&#232;s. L'entreprise trouble une normalit&#233; d'usage. Re&#231;ue comme un d&#233;ni de francitude, ass&#233;n&#233; de l'ext&#233;rieur, elle d&#233;range. Elle d&#233;finit, au corps d&#233;fendant des M&#233;ridionaux, une identit&#233; m&#233;ridionale dont ils ne sont pas porteurs, dessine en creux l'espace d'une langue dont ils ne savent que faire. Aussi l'entreprise du &#8220;franciot&#8221; Desgrouais reste-t-elle isol&#233;e. L'abb&#233; F&#233;raud la reprend quelque peu dans son grand &lt;i&gt;Dictionnaire critique de la Langue Fran&#231;aise&lt;/i&gt; (6), publi&#233; &#224; Marseille en 1787-1788. F&#233;raud &#233;crit dans sa pr&#233;face : &lt;i&gt;' Quant aux Gasconismes, aux Proven&#231;alismes, aux Normanismes, et a&#251;tres locutions et mani&#232;res de parler vicieuses, qui sont particuli&#232;res aux dif&#233;rentes Provinces, il entrait dans notre plan de les relever ; et nous en avons fait cona&#238;tre le plus qu'il nous a &#233;t&#233; possible '&lt;/i&gt;. F&#233;raud, comme Desgrouais, part de son exp&#233;rience d'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; vrai dire, les pr&#233;occupations du Marseillais F&#233;raud sont autres : perp&#233;tuant la folle pr&#233;somption de Rambaud (cf. &lt;a href=&#034;http://www.rene-merle.com/spip_redirect.php3?id_article=153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;- Ren&#233; Merle : Sur l'alphabet d'Honorat Rambaud, ma&#238;tre d'&#233;cole &#224; Marseille&lt;/a&gt;), il proclame la norme de la vraie prononciation fran&#231;aise, qu'il sait ne pas avoir, mais dont il est s&#251;r, et envisage une simplification de l'orthographe en fonction de cet usage normatif. Le &#8220;franciot&#8221; Desgrouais s'adressait aux M&#233;ridionaux, le Marseillais F&#233;raud s'adresse &#224; tous les Fran&#231;ais. Les grammairiens m&#233;ridionaux, Domergue au premier chef, partent d'une francitude, consid&#233;r&#233;e comme inh&#233;rente &#224; la nature m&#233;ridionale, pour l&#233;gif&#233;rer sur la langue fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la seule intervention efficace en mati&#232;re de fran&#231;ais r&#233;gional des &#233;lites est, tr&#232;s li&#233;e &#224; la pouss&#233;e d'&#233;criture dialectale des ann&#233;es 1780, l'entreprise lexicographique des M&#233;ridionaux : Achard (&lt;i&gt;Dictionnaire de la Provence &amp; du Comt&#233;-Venaissin&lt;/i&gt;, 1785. &lt;i&gt;T. 1 (Vocabulaire Fran&#231;ois-Proven&#231;al) ; T. Il (Vocabulaire Proven&#231;al-Fran&#231;ois&lt;/i&gt;) et Sauvages (&lt;i&gt;Dictionnaire Languedocien-Fran&#231;ais&lt;/i&gt; 1756, 1785), dans leurs publications simultan&#233;es, posent la n&#233;cessit&#233; d'une claire s&#233;paration des deux langues. Mais cette volont&#233; de correction du langage n'est pas dirig&#233;e contre l'occitan. Au contraire : le dictionnaire, dont le but essentiel est une ma&#238;trise du fran&#231;ais, est aussi monument patriotique &#233;rig&#233; &#224; la langue domin&#233;e. D'ailleurs, il convient de le souligner, en pendant sym&#233;trique de la d&#233;nonciation de la contamination du fran&#231;ais par l'occitan, commence &#224; se manifester la d&#233;nonciation de la contamination de l'idiome natal par le fran&#231;ais. Le paradoxe veut que, pour ces couches bourgeoises convaincues d'avoir eu acc&#232;s v&#233;ritable &#224; la francitude, l'usage quotidien soit d&#233;j&#224; celui de ce proven&#231;al de classe moyenne, tr&#232;s fortement francis&#233; : la substitution de langue s'op&#232;re d'abord, au sein m&#234;me de l'occitan, par sa francisation volontaire. Ainsi la langue la plus parl&#233;e semble &#234;tre ce &#8220;proven&#231;ais&#8221;, (puisque francitan il y a) : la valorisation du locuteur se fait par l'int&#233;gration &#224; la pr&#233;gnance de l'idiome natal, du plus grand nombre de traits emprunt&#233;s au fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e de publications des ann&#233;es 1780 est aussi celle de la publication th&#233;&#226;trale, reflet d'une pratique v&#233;ritablement socialis&#233;e : le th&#233;&#226;tre marseillais bilingue a droit de cit&#233;. Or, ph&#233;nom&#232;ne nouveau (qui s'accompagne certes en compensation rassurante de l'exhumation des donn&#233;es anciennes), ce th&#233;&#226;tre met en &#233;vidence, non pas la contamination patoise du langage des classes &#233;duqu&#233;es, mais la conqu&#234;te par le peuple du langage embl&#233;matique des classes dominantes. Cette mise en sc&#232;ne du francitan est encore minoritaire, la coexistence / opposition traditionnelle des langues domine. Mais, significativement, ce francitan appara&#238;t au c&#339;ur de la ' r&#233;serve linguistique ' d&#233;finie par Achard (paysans du &#8220;terradou&#8221; et gens de mer), dans la parole de la jeunesse masculine. Loin de connoter des personnages ambigus ou antipathiques, il est le langage de personnages porteurs de valeurs positives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en juger par la comparaison de trois entreprises &#224; peu pr&#232;s contemporaines, mais fort dissemblables dans leurs vis&#233;es : le th&#233;&#226;tre de l'abb&#233; Thobert, la pi&#232;ce du chevalier de Mayer, les intervention de Bonnet-Bonneville et Blanc-Gilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pi&#232;ces de l'abb&#233; Thobert mort en 1777, sont repr&#233;sent&#233;es en priv&#233;, dans l'intimit&#233; festive des structures d'enseignement de la bonne soci&#233;t&#233; : elles ne sont pas publi&#233;es avant l'Empire, mais font partie de l'imaginaire collectif proven&#231;al de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle. &#192; travers elles, le fils de bonne famille bourgeoise, grande ou petite, observe un rite caricatural, mais initiatoire (que les structures de sociabilit&#233; bourgeoises perp&#233;tuent la vie durant). La jeunesse proven&#231;ale est absente des pi&#232;ces de Thobert, les jeunes &#233;l&#232;ves jouent, et par l&#224;-m&#234;me exorcisent, deux fantoches familiers : le vieux bourgeois ridicule, l'homme du peuple, &#226;g&#233; lui aussi. Le francitan du premier est jou&#233; au niveau de la prononciation, de l'accent : &lt;i&gt;' Laissez, laissez parler les hommes de z&#233;nie ! ... Ze ne veux plus plaider, ze m'envai, ze m'emporte ! ... '&lt;/i&gt; (sans doute est-ce la prononciation encore de bien des parents). Pour l'homme du peuple, ce compatriote pass&#233; du c&#244;t&#233; du fran&#231;ais repr&#233;sente l'alt&#233;rit&#233; sociologique et linguistique : &lt;i&gt;' Eh ben ! de que s'agis, moussu lou francio '&lt;/i&gt; ! Cet homme du peuple parle proven&#231;al - s'il doit passer au fran&#231;ais, en situation d'officialit&#233; judiciaire par exemple, son francitan est vraiment le vieux francitan depuis longtemps mis en sc&#232;ne : ainsi, sous l'Empire, l'ex-secr&#233;taire de la Mairie d'Aix, Rey, cite encore dans son dictionnaire proven&#231;al demeur&#233; manuscrit la chanson francitane donn&#233;e par l'aixois Pitton, en premier exemple du genre, au 17e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thobert fait ainsi parler un de ses personnages : &lt;i&gt;' Moussi&#233;, qui fa le trou il faut qu'il le p&#233;dasse ! '&lt;/i&gt; La p&#226;te linguistique est profond&#233;ment diff&#233;rente de celle du fran&#231;ais norm&#233;. Ainsi, l'intimit&#233; du th&#233;&#226;tre de Thobert, &#224; travers ses personnages embl&#233;matiques, permet &#224; la jeunesse accultur&#233;e, et ce sera le cas encore de ceux n&#233;s avec l'Empire, comme Mery, Gelu, Benedit, etc., d'assumer, dans l'aval de la repr&#233;sentation familiale de fin d'ann&#233;e, devant les parents, le n&#233;cessaire reniement de l'idiome natal. Tout autre est la fonction du th&#233;&#226;tre de la sc&#232;ne publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1775, dans son &lt;i&gt;Retour doou Martegaou, Paroudio bouffouno en tres actes, Mesclado d'arietos su d'ers encians&lt;/i&gt; publi&#233; &#224; Marseille, le jeune chevalier de Mayer pose le probl&#232;me de la l&#233;gitimation / non-l&#233;gitimation du passage du peuple &#224; la langue dominante : la pi&#232;ce se gausse d'un fils de paysan des Martigues qui, apr&#232;s un s&#233;jour parisien, se refuse &#224; parler le patois de sa famille, celui de sa promise. En filigrane, Mayer donne &#224; lire deux donn&#233;es contradictoires. Il ne reproche pas aux n&#233;gociants, aux bourgeois, aux soldats, tous Proven&#231;aux de souche, de ne parler que fran&#231;ais. C'est bien du reniement d'un langage socialement situ&#233;, celui des paysans, qu'il s'agit. Que le peuple reste &#224; sa place, dans sa langue. Mais, en m&#234;me temps, comme dans les reprises contemporaines du th&#232;me connu du &#8220;rasteou&#8221;, l'abandon par Janet de la langue paternelle est m&#233;taphore du n&#233;cessaire reniement de l'idiome, et Janet devient, au second degr&#233;, boue &#233;missaire d'une faute collective. D'ailleurs, le passage au fran&#231;ais de Janet est presque parfait : seule surtout une insistance sur la prononciation des &#8220;e&#8221; en &#8220;&#233;&#8221;, du &#8220;x&#8221; en &#8220;s&#8221;, suffit &#224; le maintenir aux portes du paradis linguistique d&#233;sir&#233;. Les notables proven&#231;aux s'expriment, eux, purement. La l&#233;g&#232;re d&#233;viance de l'accent, d&#233;j&#224; moderne, a une double fonction : d'une part, elle indique que le probl&#232;me du francitan est un faux probl&#232;me, et que le fran&#231;ais est un bien tout &#224; fait ma&#238;trisable par le peuple ; mais d'autre part, elle dit que, m&#234;me imperceptible, la tache de la diff&#233;rence signalera toujours l'hybris mim&#233;tique du M&#233;ridional, quoi qu'il fasse. Redoutable probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les c&#233;l&#233;brations festives des ann&#233;es 1780, o&#249; Marseille exalte les victoires maritimes et l'essor commercial, l'apparition du francitan proc&#232;de d'une autre logique. Un baladin opportuniste comme Bonnet-Bonneville le comprend vite. Sa premi&#232;re intervention marseillaise, &lt;i&gt;Ce que esperavian pas, ou Jean-Pierre vengu de Brest. Interm&#232;de proven&#231;al Termin&#233; par le Train de Saint Gini&#233;s&lt;/i&gt; (1781) est enti&#232;rement dialectale. La seconde, &lt;i&gt;Jean-Pierre venu de Mahon, ou le Train du Pharo, Divertissement Fran&#231;ais &amp; Proven&#231;al&lt;/i&gt;, s'ouvre au francitan en 1782. L&#224; encore, dans la repr&#233;sentation de la Ville, n&#233;gociants et bourgeois re&#231;oivent l'autospectacle d'une francitude m&#233;taphysique. Blanc-Gilly, qui double Bonnet-Bonneville avec grand succ&#232;s dans ce type d'entreprise, avec &lt;i&gt;La Bienfaisance de Louis XVI, vo Leis Festos de la Pax, Drame lyrique en deux actes et en vers, Mel&#233; de Fran&#231;ais &amp; de Proven&#231;al, Compos&#233; &#224; l'occasion de la Paix glorieuse de 1783, Par un Marseillais&lt;/i&gt;, est lui-m&#234;me n&#233;gociant. La francisation des &#233;lites est redoubl&#233;e d'une francisation ethnique, symbolis&#233;e par le futur mariage de Babet, la jeune servante proven&#231;ale, et de Joseph, le Parisien. Elle participe de l'adh&#233;sion enthousiaste &#224; la France royale victorieuse. Dans ce contexte, le peuple est d'ores et d&#233;j&#224; cliv&#233;. La d&#233;l&#233;gation de parole proven&#231;ale est assur&#233;e, publiquement, par la r&#233;serve linguistique des p&#234;cheurs du vieux quartier, les revendeuses, les paysans du terroir. Mais la fougue ethnotypale des jeunes matelots, dans laquelle tout le public peut reconna&#238;tre les vertus de la race, si elle aboutit logiquement &#224; l'exultation en proven&#231;al, s'inscrit dans l'int&#233;gration nouvelle du francitan. Certes, elle proc&#232;de de la classique substitution de langage, propre &#224; l'expatri&#233;, au soldat. Mais on peut y lire, de fa&#231;on valorisante (et quelles que soient les &#233;videntes lectures savoureuses, elles-m&#234;mes signes d'une distanciation rendue possible par la francisation du publie), le d&#233;sir d'int&#233;gration &#224; une communaut&#233; nationale grosse de changements prodigieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons aussi combien ce jeu sur le francitan pose habilement, par un apparent retour au naturel phon&#233;tique de l'orthographe, le redoutable probl&#232;me des orthographes du fran&#231;ais comme de l'occitan (l 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - FRAN&#199;AIS NATIONAL ET FRANCITAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution, au sens large les vingt-cinq ann&#233;es qui m&#232;nent au provisoire retour des Bourbons, a &#233;t&#233;, on le sait, mutation ou trauma linguistique. Les divers courants renaissantistes ont rev&#233;cu, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, en r&#233;pression linguistique, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224;, en amont comme en aval de l'attaque montagnarde contre les patois, cons&#233;quence presque in&#233;vitable de la situation historique, et surtout assomption du d&#233;sir d'acc&#233;der enfin &#224; la langue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; la place du francitan dans ce passage massif &#224; l'oralit&#233; comme &#224; l'&#233;criture du fran&#231;ais ? Nous n'en savons pas grand-chose, et cette absence m&#234;me montre qu'il n'y avait gu&#232;re place, dans sa mise en &#233;vidence consciente, pour un &#233;tat hybride de langue. Les quelques traces pertinentes sont vraiment involontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des indices les plus parlants est sans doute l'absence, presque compl&#232;te, d'un usage des registres ' poissards ', ou ' paysans ', dans l'usage du fran&#231;ais r&#233;volutionnaire, ou contre-r&#233;volutionnaire, en zone m&#233;ridionale. Alors que la pr&#233;sence de ces &#233;tats de langue est fr&#233;quente dans les textes &#233;manant de r&#233;gions non occitanes. Et, paradoxalement, le statut justement non patoisant de l'idiome natal, ' national ' fait qu'il appara&#238;t difficile d'avoir recours &#224; lui pour suppl&#233;er &#224; cette d&#233;faillance explicable : le peuple parle, pour l'heure, bien plus l'idiome que le francitan. Une des raisons de l'absence relative de l'usage &#233;crit de l'occitan dans la zone &#233;tudi&#233;e tient sans doute &#224; sa pr&#233;gnance, encore sensible, au regard du fran&#231;ais populaire qui na&#238;t &#224; peine. Pourquoi ne pas avoir recours &#224; l'idiome pour repr&#233;senter le peuple au lieu et place des usages bas du fran&#231;ais d'o&#239;l ? Tout simplement sans doute parce que l'idiome, tout abandonn&#233; au peuple qu'il soit, est encore le langage de tous, et qu'il fracasse, de ce fait, une conception strictement sociologique de la diff&#233;rence linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons proposer, en contre-&#233;preuve, l'exemple lyonnais : on sait que la r&#233;duction d'usage de l'idiome a &#233;t&#233; &#224; Lyon bien plus rapide qu'&#224; Marseille. Or, pass&#233; Thermidor, on peut constater la simultan&#233;it&#233; de publications dans l'idiome et de publications en fran&#231;ais r&#233;gional, en langage canut. L'idiome a un usage politique, qui n'est pas d&#233;l&#233;gation de parole populaire : il exprime ind&#233;pendamment de son usage r&#233;el, une unanimit&#233; suppos&#233;e du corps social. Le langage canut renvoie, dans une connivence amus&#233;e et clairement m&#233;prisante, le bas peuple &#224; la seule place qui lui convienne, travailler et se distraire, sans se m&#234;ler des affaires du temps. Les montagnards lyonnais, que suivaient les canuts, ne s'&#233;taient souci&#233;s ni d'une utilisation de l'idiome, ni de celle du langage canut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu constater &#233;galement l'artificialit&#233; de l'utilisation du fran&#231;ais populaire m&#233;ridional par &lt;i&gt;Le P&#232;re Duchesne&lt;/i&gt; : la greffe n'a pas pris, et pour cause. Les montagnards m&#233;ridionaux, dans le droit-fil de l'exp&#233;rience jacobine marseillaise, ne peuvent tenir que pour l'une ou l'autre des langues, mais pas pour un &#233;tat hybride qui n'aurait aucune signification symbolique sur le plan de la repr&#233;sentation du Peuple / Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, l'usage du francitan n'est pas totalement absent, ni innocent. Il appara&#238;t dans les c&#233;l&#233;brations f&#233;d&#233;ratives de 1790, avant de dispara&#238;tre pour longtemps. Les f&#234;tes de la F&#233;d&#233;ration du printemps 1790, plac&#233;es sous l'&#233;gide des municipalit&#233;s bourgeoises, consacrent en fait la victoire du fran&#231;ais politique : il demeure trace de trois spectacles bilingues. &#192; Avignon, on perp&#233;tue le partage traditionnel, o&#249; l'usage du proven&#231;al, en d&#233;l&#233;gation de parole populaire, connote l'innocence native et l'acceptation politique corr&#233;lative de ces citoyens dor&#233;navant officiellement proclam&#233;s passifs. &#192; Toulon avec sa &lt;i&gt;Minerve&lt;/i&gt;, dans un reniement stup&#233;fiant, l'auteur du &lt;i&gt;Grouli&#233; Bel Esprit&lt;/i&gt; (pi&#232;ce tout en proven&#231;al dont le succ&#232;s s'affirme) pr&#233;sente le francitan archa&#239;que de paysans na&#239;fs, proie facile pour les agitateurs d&#233;mocrates. Le discours fran&#231;ais bien senti d'un militaire les &#233;claire et les ram&#232;ne dans le droit chemin de l'exultation proven&#231;ale, en faveur du Roi, de la Loi et de la Nation. Leur francitan n'a servi qu'&#224; souligner les limites de leur capacit&#233; de compr&#233;hension politique et les dangers de leur &#233;ventuelle intervention en ce domaine. Par contre, &#224; Marseille, Bonnet-Bonneville, le directeur du Th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s, toujours opportuniste anticipateur, passe du registre trilingue que nous pr&#233;sentions au d&#233;but de cette &#233;tude, &#224; un usage du francitan tout &#224; fait comparable &#224; celui du fran&#231;ais populaire d'o&#239;l, lui aussi pr&#233;sent dans sa c&#233;l&#233;bration marseillaise. Le francitan du Patron Mistral est discours politique : il se substitue &#224; une intervention autonome des masses, qui n'aurait &#233;t&#233; vraisemblable qu'en proven&#231;al, et proclame &#224; la fois la francitude acquise, la diff&#233;rence sociologique, et l'acceptation de la direction bourgeoise de la R&#233;volution. Le fran&#231;ais du citoyen actif est confort&#233; par le francitan du citoyen passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on remarquera que d&#232;s 1791 cet usage du francitan dispara&#238;t : &lt;i&gt;' Sian vengu a bout de la Revoulutien '&lt;/i&gt;, chantait le jeune matelot marseillais en saluant la victoire bourgeoise initiale. Or, la R&#233;volution continue bel et bien, et l'intervention de plus en plus forte des masses populaires fait que leur repr&#233;sentation en dignit&#233;, comme en efficacit&#233;, n'usera que du proven&#231;al, et surtout du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mieux comprendre, en contrepoint, le succ&#232;s d'un th&#233;&#226;tre de d&#233;foulement, enti&#232;rement apolitique, et enti&#232;rement en proven&#231;al : th&#233;&#226;tre dont la perp&#233;tuation sous l'Empire est d&#233;j&#224; travers&#233;e des signes de son impossibilit&#233;. Plus que le francitan du soldat de l'Empire, les d&#233;clarations d'amour, fran&#231;aises, que le marchand de vins du vieux quartier de Marseille adresse &#224; sa voisine Mme Bontour, la veuve franciote qu'il veut &#233;pouser, pointent, dans la m&#233;taphore involontaire ( ?), l'auto-reniement linguistique in&#233;vitable des Marseillais. Par amour pour la France, et sans autre question. Ce jeu sur le francitan d'adh&#233;sion &#224; la France nouvelle est &#224; usage interne : il n'interpelle, et ne fait rire que les Proven&#231;aux. On jugera de la repr&#233;sentation des Marseillais sur la sc&#232;ne fran&#231;aise par le tr&#232;s contemporain Patron Jean, qui triomphe &#224; Paris d'abord, puis &#224; Marseille, dans un patois bien fran&#231;ais. La mode n'est pas encore vraiment &#224; l'ethnotype int&#233;rieur r&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette massive occupation de la sc&#232;ne langagi&#232;re, et pas seulement de celle de l'&#233;criture, par le fran&#231;ais national, &#224; partir des d&#233;buts de la R&#233;volution, a &#233;t&#233;, semble-t-il, plus qu'improvis&#233;e dans l'urgence des &#233;v&#233;nements. On mesurera la demande au fait que Marseille, sans autre explication, est la premi&#232;re ville du Midi &#224; r&#233;&#233;diter, en 1792, les &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; de Desgrouais. Mais en fait, il faut attendre, paradoxalement &#224; premi&#232;re vue, la p&#233;riode du Directoire et du Consulat (autrement plus indiff&#233;rentes &#224; l'&#233;gard de l'idiome que la R&#233;publique montagnarde du rapport Gr&#233;goire) pour commencer &#224; voir publier des ouvrages de correction du langage. &#192; la correction des &lt;i&gt;Lyonnoisismes, ou Recueil d'expressions vicieuses employ&#233;es m&#234;me quelquefois par nos meilleurs &#233;crivains&lt;/i&gt;, lanc&#233;e &#224; Lyon en 1792, reprise en 1797, par l'instituteur Mollard, collaborateur de Domergue (r&#233;&#233;dit&#233; et augment&#233;, sous des titres divers, en 1797, 1803, 1810, 1813), r&#233;pond l'entreprise m&#233;ridionale du vieil enseignant, eccl&#233;siastique, Vila, &#224; Montpellier : &lt;i&gt;Nouveaux Gasconismes corrig&#233;s, ou tableau des principales expressions et constructions vicieuses usit&#233;es dans la partie m&#233;ridionale de la France&lt;/i&gt; (1802). Le poids du patois sur le fran&#231;ais r&#233;gional est v&#233;cu en tache. Le patois autochtone n'est pas chez lui, car, de toute &#233;vidence, c'est le fran&#231;ais qui est, par d&#233;finition, la langue des M&#233;ridionaux, m&#234;me s'ils l'ignorent encore. L'ex-d&#233;put&#233; du clerg&#233; proven&#231;al Rolland, professeur &#224; l'&#233;cole centrale de Gap, le dit en 1796 et le r&#233;p&#232;te avec plus de force encore en 1807. Pouss&#233; par son pr&#233;fet, il donne en 1810 une entreprise de correction du langage destin&#233;e aux deux d&#233;partements alpins de langue d'oc, &lt;i&gt;Dictionnaire des expressions &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vicieuses et des fautes de prononciation les plus communes dans les Hautes et les Basses-Alpes, accompagn&#233;es de leurs corrections&lt;/i&gt;, &#224; laquelle &lt;i&gt;Le Moniteur&lt;/i&gt; propose une vis&#233;e bien plus large. Mais, m&#234;me s'il capitalise les entreprises de ce type, qui ne sont pas propres &#224; l'espace roman (Rolland s'inspire de Vila de Montpellier, et du &lt;i&gt;Dictionnaire des expressions vicieuses usit&#233;es dans un grand nombre de d&#233;partements et surtout de la ci-devant Lorraine&lt;/i&gt;, par M. Michel, de Nancy ), l'Empire n'a pas, manifestement, de politique coordonn&#233;e d'extirpation des patois et de correction du langage. Les initiatives qui vont en ce sens proc&#232;dent de la rencontre du z&#232;le de quelques administrateurs d&#233;partementaux et de l'activisme de quelques enseignants m&#233;ridionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les vingt-cinq ann&#233;es de mise en place du fran&#231;ais national, pour &#234;tre fondamentales, ne se traduisent pas dans l'&#233;criture de l'occitan ou sur l'occitan, comme dans celle du fran&#231;ais, par une mise en avant particuli&#232;re des formes hybrides, sinon dans la r&#233;surrection ponctuelle des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - SAUVONS LE FRAN&#199;AIS DE NOS ENFANTS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le retour des Bourbons commence dans le Sud-Est une p&#233;riode d'affirmation de l'&#233;criture dialectale, dont il ne nous appartient pas ici de d&#233;m&#234;ler les complexes motivations compensatoires. Loin d'&#234;tre re&#231;ue en affirmation de reconqu&#234;te, cette abondance nouvelle d'&#233;criture ne laisse pas de traduire un d&#233;sarroi devant la dominance nouvelle du fran&#231;ais, y compris dans les domaines de la connivence famili&#232;re et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre marseillais ne s'y trompe pas : en 1809, &lt;i&gt;Meste Barna&lt;/i&gt; le marchand de vin des Grands Carmes, abandonnait quelque peu son proven&#231;al pour les beaux yeux d'une franciote. En 1816, Carvin publie une seconde pi&#232;ce : le h&#233;ros burlesque, le corsaire &lt;i&gt;Jean de Cassis&lt;/i&gt;, passe au francitan pour les beaux yeux d'une compatriote ! Et significativement, la pi&#232;ce est donn&#233;e sur la grand sc&#232;ne de Marseille dans le cycle de Carnaval : &lt;i&gt;Jean d&#233; Cassis oou Martegue, Imitation burlesque de Jean de Paris par C... Ain&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fixe de la bourgeoisie &#233;duqu&#233;e, en mati&#232;re langagi&#232;re, va &#234;tre dor&#233;navant de pr&#233;server le fran&#231;ais acquis, ch&#232;rement acquis en raison de la d&#233;faillance de l'Etat en mati&#232;re d'&#233;ducation, d'isoler ce bastion avanc&#233; de la francisation de l'oc&#233;an de la parole populaire proven&#231;ale. Plus mesur&#233;e dans les milieux conservateurs paternalistes, comme ceux de la &lt;i&gt;Statistique des Bouches-du-Rh&#244;ne&lt;/i&gt;, odieuse dans son m&#233;pris sociologique chez la jeunesse lib&#233;rale bourgeoise, cette charge contre les proven&#231;alisrnes, malgr&#233; quelques tentatives, n'ose pas encore s'en prendre vraiment &#224; l'accent m&#233;ridional, trop g&#233;n&#233;ral et trop enracin&#233;. C'est de la correction syntaxique et lexicale de la langue qu'il s'agit. Aussi voit-on refleurir l'entreprise des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; sur le lieu d'avanc&#233;e de la francisation, Marseille. Le bachelier Reynier, port&#233; par la jeune presse lib&#233;rale, les fl&#233;trit en tache au plus fort de la grande crispation anti-patois des ann&#233;es 1829-1830, marqu&#233;es par un appel de l'acad&#233;mie d'Aix (qui s'honore pourtant d'accueillir D'Astros et Diouloufet) &#224; l'&#233;radication organis&#233;e, et r&#233;tribu&#233;e, du proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la mise en sc&#232;ne publique du francitan, dans la presse lib&#233;rale, est celle d'une m&#233;diocre bourgeoisie conservatrice, d'un ' peuple ' abus&#233;, ignorant, les lib&#233;raux revendiquant quant &#224; eux le monopole de la culture, du progr&#232;s scientifique, &#233;conomique, politique, fond&#233; sur leurs aspirations &#224; l'autonomie municipale. Leur francitude proclam&#233;e est d'autant plus grande qu'elle est travers&#233;e d'ins&#233;curit&#233; linguistique (qui permettra les mutations ult&#233;rieures et le passage &#224; l'&#233;criture proven&#231;ale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, sur le terrain de l'acculturation populaire, au niveau &#233;l&#233;mentaire de ces instituteurs bien peu consid&#233;r&#233;s, le propos n'est pas la chasse aux proven&#231;alismes, mais l'acquisition du fran&#231;ais. Aussi, d&#232;s la premi&#232;re pouss&#233;e d'&#233;criture proven&#231;ale, dans les premi&#232;res ann&#233;es 1820, voit-on appara&#238;tre quelques outils d'acculturation &#233;manant d'enseignants, en prise directe sur la r&#233;alit&#233; mouvante de la francisation. L'instituteur autodidacte Garcin publie &#224; Marseille (1823) &lt;i&gt;Le Nouveau Dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais&lt;/i&gt;, un remake d'Achard, dont significativement il abandonne la dignit&#233; orthographique au profit de normes phon&#233;tiques. Avec son &lt;i&gt;Nouveau syst&#232;me de lecture&lt;/i&gt;, Apt, 1825, le modeste ma&#238;tre d'&#233;cole Castor ins&#232;re le proven&#231;al dans ses publications p&#233;dagogiques, en outil d'acculturation fran&#231;aise. En 1826, l'entreprise plus complexe de Chabaud, &#224; Marseille, l&#233;gitimiste lui aussi, pose clairement la langue d'oc en langue commune et langue respectable, &#224; l'&#233;gard du fran&#231;ais : &lt;i&gt;Grammaire fran&#231;aise expliqu&#233;e au moyen de la langue proven&#231;ale, ou nouvelle m&#233;thode avec laquelle un Proven&#231;al qui sait lire peut, sans ma&#238;tre, apprendre en peu de temps &#224; parler et &#224; &#233;crire correctement le Fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Le n&#233;cessaire passage du peuple m&#233;ridional, nationalitairement d&#233;fini par sa langue, au fran&#231;ais national, se fera &#224; partir du proven&#231;al, et non contre lui (dans un premier temps du moins). Entreprise souvent r&#233;p&#233;t&#233;e par la suite, avec sans doute moins de consid&#233;ration pour l'idiome natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi aboutissent, dans la dignit&#233; plus ou moins sacrificielle de la langue, les projets de ces modestes, alors que les grandes promesses des intellectuels renaissantistes (dictionnaire de Diouloufet, grammaire d'Aubanel de N&#238;mes, etc.) ne voient pas le jour. Seul Honnorat, qui lance publiquement en 1822 son projet de &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, dans la perspective du passage au fran&#231;ais et de la claire s&#233;paration des langues, tiendra bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effort consid&#233;rable de la p&#233;riode de la Restauration, &#233;cartel&#233; entre la consid&#233;ration et le m&#233;pris, pour l'idiome natal mais toujours orient&#233; vers l'acquisition d'un fran&#231;ais correct, se capitalisera vraiment apr&#232;s 1830, avec deux ouvrages majeurs. Le premier est celui du magistrat aixois De Gabrielli, &lt;i&gt;Manuel du &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Proven&#231;al ou les proven&#231;alismes corrig&#233;s &#224; l'usage des habitans des d&#233;partemens des Bouches-du-Rh&#244;ne, du Var, des Basses-Alpes, de Vaucluse et du Gard&lt;/i&gt;, qui reprend et amplifie la tentative de Reynier en 1829 (36). Puissamment soutenu par les pouvoirs publics et par la presse, il t&#233;moigne de la pression massive, dans la petite et moyenne bourgeoisie, pour le passage d&#233;cisif au fran&#231;ais. La seconde, en 1840, est la &lt;i&gt;Grammaire&lt;/i&gt; du disciple d'Honnorat, l'instituteur Bas-Alpin Masse, (qui reprend la tentative de Chabaud), respectueux de l'idiome, et qui s'arr&#234;te dans la significative indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reflet d&#233;form&#233; de ce mouvement, le th&#233;&#226;tre proven&#231;al des ann&#233;es 1830 pr&#233;sente le personnage du Parisien, le fils de famille reniant son parler natal : par exemple, du Marseillais Pierre Bellot, en 1832, &lt;i&gt;Moussu Canulo vo lou Fiou ingra, Com&#233;die en trois Actes et en vers Proven&#231;aux et Fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Mais bient&#244;t ce stade est d&#233;pass&#233;. Pass&#233; 1835, alors que les jeunes lib&#233;raux d'antan, pourfendeurs du patois, se laissent porter par l'engouement inattendu de la vague d'&#233;criture dialectale et s'y font conna&#238;tre, les vieilles gloires de l'&#233;criture proven&#231;ale, Bellot, Desanat, chacun &#224; leur fa&#231;on, ne peuvent que constater la pr&#233;gnance d&#233;sormais &#233;vidente du fran&#231;ais dans la jeunesse, y compris la jeunesse populaire. En proposant &#224; Bellot de cr&#233;er un journal proven&#231;al, en 1839, Desanat lui &#233;crit : &lt;i&gt;D'aillur s&#233; lou franc&#233;s envahi presque tout, / Lou piquan prouven&#231;aou veuy s&#233; legis partout&lt;/i&gt;, montrant bien l'inversion d'usage. En 1840, dans &lt;i&gt;Les deux Magots, ou le bal de Carnaval, folie en un acte, Marseille, Gilette, 1840&lt;/i&gt;, Bellot et Vizentini font parler la jeunesse populaire marseillaise, non en francitan, mais dans le langage suppos&#233; des rapins et habitu&#233;s de la boh&#232;me parisienne. Le proven&#231;al est laiss&#233; &#224; la vieille &#8220;repetiero&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gelu, Benedit, connaissent alors une c&#233;l&#233;brit&#233; marseillaise pour mettre en sc&#232;ne le parler des plus humbles, des d&#233;class&#233;s. Mais n'est-ce pas un symbole que l'un et l'autre, dans leurs explications fran&#231;aises, nous pr&#233;sentent des nervis chantant en fran&#231;ais, mena&#231;ant les passants de leur cri de ralliement : &lt;i&gt;' Que la volont&#233; de Dieu soit faite '&lt;/i&gt; ? N'est-il pas significatif que Gelu soit grand admirateur de Gabrielli ? L'exultation proven&#231;ale occasionnelle n'est que contrepoint savoureux de l'expression fran&#231;aise, &#233;crite, et de plus en plus orale. D'ailleurs, les deux principaux d&#233;bats, dans l'&#233;criture proven&#231;ale, sont celui des registres (le proven&#231;al &#233;tant renvoy&#233; &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la marge ' populaire '), et celui des francismes. Le francitan, dont les corrections du langage traquent les expressions vicieuses, devient en fait, v&#233;ritablement, la langue effectivement parl&#233;e par la jeune g&#233;n&#233;ration, conjointement avec l'idiome natal. Mais cette normalit&#233; grandissante fait que, justement, il ne peut encore &#234;tre instrument de d&#233;lectation dans l'&#233;criture. Le sera-t-il jamais vraiment ? Bient&#244;t, et tout particuli&#232;rement sous le Second Empire avec les nombreuses productions marseillaises et celles du Toulonnais Senes, dit la Sinse, le francitan appara&#238;tra en &#233;l&#233;ment efficace de la mise en sc&#232;ne de la parole populaire. A Lyon, le langage canut, fran&#231;ais populaire pris en d&#233;rision, submerge les traces d'&#233;criture dialectale : signe d'identit&#233; sociologique en regard devant une soci&#233;t&#233; francis&#233;e. Il sera, encore moins que l'idiome, arme du peuple. Cependant que, au contraire, la langue d'oc, quelle que soit pour longtemps encore sa vitalit&#233; rurale et urbaine, appara&#238;t de plus en plus en signe identitaire, de m&#234;me que le francoproven&#231;al de Grenoble et de Saint-Etienne en reprise d'&#233;criture. Signe que le ' conflit ' linguistique passe bien entre l'idiome natal et le fran&#231;ais (le francitan &#233;tant clairement rang&#233; du c&#244;t&#233; du fran&#231;ais). Une &#233;tude assez fine montre d'ailleurs que ce francitan mis en place dans la premi&#232;re moiti&#233; du lge si&#232;cle ne proc&#232;de pas tant de l'hybridation lexicale que de l'adoption tr&#232;s importante de la syntaxe occitane populaire dont t&#233;moignent bien des textes. Qui a entrepris la traduction litt&#233;rale de textes ' populaires ' de la fin du XVIII si&#232;cle - d&#233;but XIXe si&#232;cle, s'est trouv&#233; confront&#233; &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Il reste que, pour les M&#233;ridionaux, et pour un si&#232;cle au moins, cette curieuse forme de fran&#231;ais repr&#233;sentera v&#233;ritablement le fran&#231;ais, et pas le moins du monde un transfert identitaire. Il semble que les espoirs mis par certains, actuellement, sur la nostalgie du francitan devraient se mesurer &#224; l'aune de sa pr&#233;histoire, dont nous avons essay&#233;, &#224; partir de l'usage scriptural, de d&#233;coder quelques donn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proven&#231;al ? Occitan ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article334</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article334</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:30:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Raynouard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e par un lecteur de ce blog (2014), de la &#034;juste&#034; d&#233;signation de ce parler, lambeau (le fran&#231;ais en est un autre) de l'implosion du latin populaire en multiples idiomes &#034;romans&#034;. Question qui peut appara&#238;tre totalement hors jeu, au regard de la situation politique, &#233;conomique et sociale que nous connaissons, et qui risque sans doute de nous renvoyer dans le pr&#233; carr&#233; d'une poign&#233;e d'aficionados, souvent d&#233;chir&#233;s... par des questions d'appellations justement. Mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Raynouard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e par un lecteur de ce blog (2014), de la &#034;juste&#034; d&#233;signation de ce parler, lambeau (le fran&#231;ais en est un autre) de l'implosion du latin populaire en multiples idiomes &#034;romans&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Question qui peut appara&#238;tre totalement hors jeu, au regard de la situation politique, &#233;conomique et sociale que nous connaissons, et qui risque sans doute de nous renvoyer dans le pr&#233; carr&#233; d'une poign&#233;e d'aficionados, souvent d&#233;chir&#233;s... par des questions d'appellations justement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais question aussi, qui, indirectement, nous renvoie &#224; la formation de l'unit&#233; fran&#231;aise, et &#224; son avenir dans la construction europ&#233;enne...&lt;br class='autobr' /&gt;
Question en tout cas, qui m'a depuis longtemps int&#233;ress&#233;, et &#224; laquelle je r&#233;ponds volontiers... sans vraiment apporter de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ni linguiste, ni dialectologue, je n'ai, pour tenter de r&#233;pondre, pas d'autre comp&#233;tence que celle de l'historien, et plus particuli&#232;rement de l'historien des usages linguistiques dans la Provence devenue fran&#231;aise (&#224; partir du XVI&#176; si&#232;cle).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas d'autre pratique en la mati&#232;re que celle d'un locuteur et &#034;&#233;crivant&#034; occasionnel d'un parler, moins h&#233;rit&#233; que retrouv&#233; ; pas d'autre engagement que celui d'un participant actif, ou distant, &#224; la sauvegarde... mais que faut-il &#233;crire ? du proven&#231;al ? de la langue d'oc ? de la langue occitane ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Partons donc de la d&#233;finition la plus ordinaire, la plus spontan&#233;e, pour les locuteurs &#034;naturels&#034; rencontr&#233;s l&#224; o&#249; je vis, dans la r&#233;gion cocassement nomm&#233;e PACA. Par &#034;naturels&#034;, j'entends ceux (il en demeure) qui ont h&#233;rit&#233; de leur famille, de leur entourage, une ma&#238;trise, ou une connaissance passive de l'idiome : &#034;proven&#231;al&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Proven&#231;al&#034; : on peut suivre en diachronie la dilatation et la contraction du sens du mot. Si du Moyen-&#194;ge au XVI&#176; si&#232;cle encore (les deux Nostredame), sont d&#233;sign&#233;s comme &#034;proven&#231;aux&#034; (en tandem avec &#034;limousins&#034;), les troubadours &#233;pars sur le Midi de ce qui deviendra la France, une franche contraction appara&#238;t de fait avec la diffusion de l'imprimerie. Les (rares) pi&#232;ces dans l'idiome destin&#233;es aux lecteurs du Comt&#233; de provence sont en &#034;langage proven&#231;al&#034;, telles ces Chansons novelles en lengaige provensal, dites du Carrateyron, publi&#233;es dans les ann&#233;es 1530. D&#233;signation en &#233;vidence d'usage, mais aussi rappel patriotique dans un &#201;tat, fra&#238;chement uni &#224; la France &#034;comme un principal &#224; un principal&#034;... En 1595, dans Marseille pratiquement r&#233;publique ind&#233;pendante, sont publi&#233;es les Obros et rimos prouven&#231;alos, de Loys de la Bellaudiero, Gentilhomme Prouvenssau... On peut &#233;grener ensuite, sur le long terme des XVII&#176; et XVIII&#176; si&#232;cles, la liste des textes, s&#233;rieux ou plaisants, profanes et surtout religieux, imprim&#233;s dans l'idiome natal, on peut aligner les d&#233;finitions des quelques dictionnaires qui lui sont consacr&#233;s, c'est toujours le mot &#034;proven&#231;al&#034; que l'on rencontre. &#034;Proven&#231;al&#034;, le langage d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
communaut&#233; fa&#231;onn&#233;e par l'histoire et la g&#233;ographie, dans la solidarit&#233; parfois conflictuelle de la &#034;Baissa&#034; et de la montagne, communaut&#233; qui fut d'Empire et pour laquelle le Rh&#244;ne est encore fronti&#232;re avec le Royaume...&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, avec le retour d'int&#233;r&#234;t pour la cr&#233;ation troubadouresque, des lettr&#233;s, des &#233;rudits interrogent le rapport de ce &#034;proven&#231;al&#034; &#224; des parlers plus ou moins proches, plus ou moins lointains : le languedocien en particulier. La vieille appellation de langue d'Oc (honor&#233;e par Dante) r&#233;appara&#238;t. La &#034;langue proven&#231;ale&#034; est la langue du pays, mais elle est un rameau de &#034;la langue d'Oc&#034;. En t&#233;moignent bien des r&#233;ponses proven&#231;ales &#224; l'enqu&#234;te Gr&#233;goire, et plus clairement encore &#224; l'enqu&#234;te officielle sur les patois de 1807 - 1812, enqu&#234;te &#224; laquelle j'ai r&#233;cemment consacr&#233; un ouvrage :Visions de l'idiome natal...&lt;br class='autobr' /&gt;
La circulation populaire (compagnons, colporteurs, commer&#231;ants, soldats, migrants de tout poil, etc.) atteste de l'intercompr&#233;hension entre Proven&#231;aux et locuteurs des autres parlers d'Oc. Pour autant, l'appellation de &#034;proven&#231;al&#034; demeure ordinaire : en cette mati&#232;re, chacun sait, ou devrait savoir, que c'est de la perception des diff&#233;rences linguistiques, m&#234;mes les plus menues, que na&#238;t le populaire plaisir de langue. Affirmer son &#034;proven&#231;al&#034; ne nie en rien l'intercompr&#233;hension, mais &#224; la limite la renforce : &#034;tu n'as pas le m&#234;me accent, nous n'employons pas parfois les m&#234;mes mots, tu es un Autre, mais je te comprends&#034;. Pour un peuple grandement analphab&#232;te, il s'agit ici, remarquons-le bien, d'une pratique orale de la langue, et non pas de son &#233;criture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, apr&#232;s la grande mutation de la R&#233;volution et de l'Empire, les progr&#232;s d&#233;cisifs de l'alphab&#233;tisation, gagnent au fran&#231;ais &#233;crit, puis oral, la jeunesse populaire des villes, puis des campagnes, paradoxalement une large diffusion &#233;crite de l'idiome deviendra possible : elle pouvait trouver ses lecteurs, et ses &#034;&#233;crivants&#034;. La question de l'appellation de la langue utilis&#233;e se posera alors bien plus largement, d'autant que l'apparition (modeste) d'une presse dans l'idiome permettait des &#233;changes avec le Languedoc et le Dauphin&#233; voisins. Ainsi l'hebdomadaire marseillais Lou Bouil-Abaisso, journaou populari en vers prouven&#231;aous (1841-1846) affiche sur sa fin : &#034;en vers proven&#231;aux, languedociens et comtadins&#034;. Le grand dictionnaire d'Honnorat (1846-1848) s'intitule plus largement Dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais, ou Dictionnaire de la langue d'Oc ancienne et moderne, suivi d'un Vocabulaire franco-proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspir&#233;e par Raynouard, et son Lexique roman ou dictionnaire de la langue des troubadours, l'entreprise de regroupement des &#034;po&#232;tes proven&#231;aux&#034; (congr&#232;s d'Arles en 1852, congr&#232;s d'Aix en 1853) crut trouver la solution en parlant de &#034;langue romano-proven&#231;ale&#034;, couvrant tout ou partie de l'espace m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la cr&#233;ation du F&#233;librige par Roumanille et Mistral, en 1854, signa la fin de cette entreprise de regroupement, en se repliant d'abord sur l'espace strictement proven&#231;al, avec son Armana prouven&#231;au. Repliement qui, une fois assur&#233;es l'existence du F&#233;librige, et son organisation sur tout l'ensemble linguistique d'Oc, sera suivi &#224; nouveau par une phase de dilatation de la d&#233;finition, consacr&#233;e par le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;grand dictionnaire de Mistral (1878-1886) : Lou Tresor d&#243;u Felibrige, ou dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais embrassant les divers dialectes de la langue d'Oc moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mistraliens exalt&#233;s voulurent appliquer l'appellation de &#034;proven&#231;al&#034; aux divers dialectes d'Oc, ainsi Jules Ronjat qui commence en 1930 &#224; publier&lt;br class='autobr' /&gt;
sa Grammaire istorique(sic) des parlers proven&#231;aux modernes : pour lui, &#034;la langue d'Oc n'est qu'un surnom&#034;, &#034;occitanique ou occitanien est une adaptation assez barbare&#034; de cette expression mal venue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces maximalistes sont tr&#232;s minoritaires, et un consensus s'&#233;tablit sur la reconnaissance et le respect des divers parlers, auvergnat, dauphinois, gascon, languedocien, limousin, etc., et naturellement proven&#231;al, regroup&#233;s sous l'appellation commune de langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut dire que, depuis la cons&#233;cration et la sacralisation de Mistral, c'est le mot &#034;proven&#231;al&#034; qui sera le seul vraiment usit&#233; en Provence dans l'ensemble de la population, en association avec &#034;langue d'Oc&#034; pour les tenants cultiv&#233;s d'une vision plus large. Les quelques adeptes proven&#231;aux de la Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes occitanes, (cr&#233;&#233;e entre les deux guerres), partisans de l'appellation de &#034;langue occitane&#034;, n'auront pratiquement pas d'&#233;cho populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en ira autrement apr&#232;s la seconde guerre mondiale, et tout particuli&#232;rement apr&#232;s la grande secousse de 1968. Nombre de jeunes gens, &#233;tudiants, enseignants, intermittents du spectacle, n&#233;o-ruraux, de sensibilit&#233; de gauche et d'extr&#234;me gauche, neo-proudhoniens, libertaires, adopteront les th&#232;ses de Robert Lafont et de l'Institut d'Estudis Occitans, et combattront une maintenance mistralienne jug&#233;e pass&#233;iste, conservatrice, voire maurrassienne. &#192; la cl&#233;, l'usage du mot &#034;occitan&#034;, joint &#224; l'adoption d'une graphie inspir&#233;e des graphies classique et catalane, devant permettre l'intercompr&#233;hension &#233;crite imm&#233;diate entre parlers. La norme nouvelle forgerait la Nation, nation fant&#244;me certes, mais Nation quand m&#234;me... Paradoxalement, cette prise de distance cat&#233;gorique avec le mistralisme faisait sienne les vers c&#233;l&#232;bres de Mistral :&lt;br class='autobr' /&gt;
Car de mourre-bourdoun qu'un pople toumbe esclau&lt;br class='autobr' /&gt;
Se ten la lengo ten la clau&lt;br class='autobr' /&gt;
Que di cadeno lou deli&#233;ro&lt;br class='autobr' /&gt;
(Car face contre terre qu'un peuple tombe esclave, s'il tient la langue, il tient la cl&#233; qui le d&#233;livre des cha&#238;nes) (traduction de Mistral).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quelles cha&#238;nes ? Celles de la colonisation int&#233;rieure, celles du centralisme, etc., r&#233;pondait l'occitanisme majoritaire d'alors. Nous &#233;tions bien peu en son sein &#224; rappeler qu'en fait, d'une certaine fa&#231;on, l'unit&#233; proclam&#233;e de la langue d'Oc proc&#233;dait en quelque sorte de l'unit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action proven&#231;aliste &#224; cette pouss&#233;e occitane sera imm&#233;diate. Pas question de toucher &#224; l'h&#233;ritage de Mistral, pas question de politiser la d&#233;fense d'une langue... On trouvera sur ce blog un reflet des affrontements de ces ann&#233;es 1970...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci para&#238;t bien loin aujourd'hui, d'autant que ces querelles sont pass&#233;es compl&#232;tement au dessus de la t&#234;te des habitants de la Provence, Proven&#231;aux dits &#034;de souche&#034; (!) et n&#233;o-Proven&#231;aux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en reste-t-il ? Une sensibilisation relative de l'opinion &#224; l'existence du proven&#231;al, marqu&#233;e par exemple par l'apposition de nombreuses plaques &#224; l'entr&#233;e des localit&#233;s, ou dans quelques rues, le plus souvent en graphie mistralienne... Une diffusion de la notion de &#034;langue occitane&#034; et d'Occitanie qui a d&#233;pass&#233; le cadre des initi&#233;s. Une &#233;mission hebdomadaire de t&#233;l&#233;vision... Des chroniques dans les journaux... Des publications... Un enseignement facultatif dans certaines &#233;coles primaires et dans des &#233;tablissements du secondaire... Des cr&#233;ations th&#233;&#226;trales, musicales, litt&#233;raires... Etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bilan n'est pas n&#233;gligeable. Il est autant le bien de mistraliens que d'occitanistes de bonne volont&#233;, qui se retrouvent dans la notion de &#034;proven&#231;al&#034;, rameau de la langue d'Oc, &#224; maintenir dans ses sp&#233;cificit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demeurent quelques irr&#233;ductibles guerriers. Ceux qui d&#233;noncent l'invasion occitane de la patrie proven&#231;ale, et font du triangle sacr&#233; Arles-Avignon-les Alpilles la forteresse de leur r&#233;sistance. Ceux qui en retour refusent pour le proven&#231;al d'autre d&#233;finition que celle de &#034;langue occitane&#034;. Querelles lassantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, aussi &#233;loign&#233;es que puissent para&#238;tre ces deux positions extr&#234;mes, elles proc&#232;dent d'une m&#234;me logique, qui est le double fantasmatique de la francitude &#233;ternelle : une langue, une norme, un peuple... La fixation obsessionnelle de certains sur le mot &#034;occitan&#034;, qui n'est en aucune fa&#231;on (pour l'heure ?) en usage populaire g&#233;n&#233;ralis&#233; en Provence, porte implicitement l'id&#233;e d'une nation occitane. La fixation obsessionnelle de certains sur le mot &#034;proven&#231;al&#034; porte implicitement l'id&#233;e d'une nation proven&#231;ale. Qui tient la langue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les uns et les autres pr&#233;tendent parler au nom d'un Peuple, sans consid&#233;rer qu'a pratiquement disparu ce peuple qui, jusqu'aux ann&#233;es 1930, fut le support sociologique de la langue : le peuple de la campagne et des petites villes. Ils n&#233;gligent surtout la fait qu'un quelconque nationalisme, qu'il soit proven&#231;al ou occitan, ne correspond &#224; aucune aspiration populaire (&#224; la diff&#233;rence des affirmations identitaires urbaines, comme &#224; Marseille ou Nice par exemple).&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, pour revenir &#224; la question initiale, je ne pense pas qu'il y ait une &#034;juste&#034; appellation. Personnellement, je dis que je parle &#034;proven&#231;al&#034;, et que ce proven&#231;al est un rameau de la famille d'Oc. Pour le reste, je ne pense pas que ce soient des associations qui puissent imposer une appellation d'usage, et qu'il faut en la mati&#232;re observer, et respecter, l'usage du plus grand nombre (qui ne correspond pas toujours &#224; la d&#233;finition des linguistes et des dialectologues).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proven&#231;al et/ou occitan ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article547</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article547</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:29:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cf. sur le blog de Jean-Pierre Cavaill&#233;. &#171; Calife &#224; la place du calife ? &#187; Taban Mon commentaire : &#171; Pour avoir subi l'ostracisme de certains proven&#231;alistes dans les ann&#233;es 1970, quand le rectorat de Nice nous interdisait d'utiliser la graphie occitane et nous limitait &#224; l'&#233;tude de quelques textes sacr&#233;s, pour avoir particip&#233; &#224; la bataille pour la libert&#233; de choix des enseignants de proven&#231;al, bataille men&#233;e avec succ&#232;s contre l'administration et le lobby d&#233;nonciateur de ces proven&#231;alistes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cf. sur le blog de Jean-Pierre Cavaill&#233;. &#171; Calife &#224; la place du calife ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://taban.canalblog.com/archives/2017/01/06/34774362.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Taban&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon commentaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour avoir subi l'ostracisme de certains proven&#231;alistes dans les ann&#233;es 1970, quand le rectorat de Nice nous interdisait d'utiliser la graphie occitane et nous limitait &#224; l'&#233;tude de quelques textes sacr&#233;s, pour avoir particip&#233; &#224; la bataille pour la libert&#233; de choix des enseignants de proven&#231;al, bataille men&#233;e avec succ&#232;s contre l'administration et le lobby d&#233;nonciateur de ces proven&#231;alistes, pour constater aujourd'hui que la r&#233;gion dite PACA offre sur un plat d'argent (c'est le mot), le monopole de la reconnaissance officielle &#224; une association qui se veut mistralienne et pr&#233;tend contr&#244;ler et purifier la langue, bref, pour avoir esquint&#233; mon psycho coma avec ces gens l&#224;, je n'ai m&#234;me pas envie de discuter les th&#232;ses cent fois r&#233;p&#233;t&#233;es depuis plus de trente ans par Philippe Blanchet. (sur tout cela voir mon blog &lt;a href=&#034;http://archivoc.canalblog.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archivoc.canalblog.com/&lt;/a&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais par contre faire deux remarques.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est relative aux proven&#231;alistes. J'ai les meilleurs rapports du monde avec beaucoup d'entre eux, et je viens de saluer, en graphie mistralienne et en bon occitan proven&#231;al maritime, une figure majeure de leur groupe, Roger Gensollen (voir mon blog). C'est dans la pratique de la langue, et aussi dans la mise en perspective historique (cf. sur mon autre blog tout ce qui a trait par exemple &#224; l'insurrection proven&#231;ale de 1851) que les liens se sont nou&#233;s, sur le terrain.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde est relative au sentiment d'innombrables personnes que j'ai pu rencontrer en Provence au travers de mes activit&#233;s historiques et politiques, donc en dehors du milieu occitaniste ou proven&#231;aliste. Si le mot &#034;occitan&#034; a une v&#233;ritable r&#233;sonance chez des enseignants, des &#233;tudiants, voire des professions lib&#233;rales, je n'ai pu que constater que, dans les couches populaires, on dit : &#034;je parle le proven&#231;al&#034;, &#034;je comprends le proven&#231;al mais je ne le parle pas&#034;... [Montanaro ajoutait : &#034;je le parle tr&#232;s bien mais je ne le comprends pas&#034;]...&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire violence en plaquant abruptement sur ce sentiment la proclamation de l'occitanit&#233; n'est gu&#232;re productif, voire est m&#234;me contre productif. L'histoire nous apprend, et m&#234;me l'histoire contemporaine (voir l'ex-Yougoslavie) que la sensibilit&#233; populaire peut parfaitement recevoir en Langue ce que les linguistes d&#233;finissent comme dialecte d'une Langue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proven&#231;al est dans ce cas. Pour autant, je n'abonde en rien dans l'optique de M. Blanchet qui, depuis sa chaire lointaine, proclame la solitude du proven&#231;al. C'est son affaire. Mais le probl&#232;me, h&#233;las, risque fort d'&#234;tre r&#233;solu &#224; court terme, quand plus personne ne pourra dire : &#034;je parle naturellement le proven&#231;al, parce qu'il est la langue de ma famille, de mon quartier, de mon village, de ma cit&#233;, de mon atelier&#034;. Il y aura encore longtemps des c&#233;nacles d'affid&#233;s &#224; la conception occitane, ou &#224; la conception proven&#231;aliste restrictive, fonctionnant dans et par des rhizomes sur le net, les uns et les autres persuad&#233;s que l'intervention du pouvoir politique sauvera la mise &#224; la langue. Mais quid du support social, sans lequel toute langue ne peut &#234;tre que langue morte ? &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Appellation de la langue ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article141</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article141</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:20:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre &#224; la F.E.L.C.O. : F&#233;d&#233;ration des enseignants de langue et de culture d'Oc (2010) &lt;br class='autobr' /&gt; Pensionn&#233; (comme on dit) depuis maintenant 14 ans, je suis cependant toujours avec grand int&#233;r&#234;t l'action p&#233;dagogique de la F.E.L.C.O. Je me permets donc de vous faire parvenir cette lettre que je r&#233;dige en fran&#231;ais, car je souhaite la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui ne partagent pas mes choix graphiques dans l'&#233;criture de notre langue, et la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui souvent me posent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique49" rel="directory"&gt;Identit&#233; occitane ? &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lettre &#224; la F.E.L.C.O. : F&#233;d&#233;ration des enseignants de langue et de culture d'Oc (2010)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pensionn&#233; (comme on dit) depuis maintenant 14 ans, je suis cependant toujours avec grand int&#233;r&#234;t l'action p&#233;dagogique de la F.E.L.C.O.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me permets donc de vous faire parvenir cette lettre que je r&#233;dige en fran&#231;ais, car je souhaite la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui ne partagent pas mes choix graphiques dans l'&#233;criture de notre langue, et la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui souvent me posent des questions &#224; propos d'une situation proven&#231;ale qu'ils ne comprennent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'ai commenc&#233; &#224; enseigner notre langue en lyc&#233;e, dans les ann&#233;es 70 du si&#232;cle pass&#233;, l'appellation officielle que lui donnait le Rectorat &#233;tait celle de &#171; proven&#231;al &#187;. Cette appellation ne me g&#234;nait en rien : elle correspondait au senti populaire le plus r&#233;pandu, et &#224; une tradition historique ancestrale. Dans les cours publics qu'il m'a &#233;t&#233; alors &#233;galement possible d'assurer, je ne pouvais que le constater. C'est &#224; partir de l'appellation de &#171; proven&#231;al &#187;, et &#224; partir de la r&#233;alit&#233; du proven&#231;al maritime de ma ville et de ma r&#233;gion, que je devais travailler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme, et je n'&#233;tais pas le seul, j'initiais les &#233;l&#232;ves aux diff&#233;rentes graphies du proven&#231;al, y compris bien s&#251;r la graphie classique, comme je m'effor&#231;ais de leur faire conna&#238;tre la parent&#233; avec les autres grands dialectes de ce que Mistral nomme dans le titre de son Tr&#233;sor d&#243;u Felibrige &#171; la langue d'Oc moderne &#187;, comme par ailleurs je militais activement &#224; l'Institut d'Estudis Occitans, je fus somm&#233; par l'administration, qu'un groupe actif de proven&#231;alistes avait alert&#233;e, de m'en tenir &#224; l'enseignement du proven&#231;al, dans ses formes mistraliennes et &#224; partir d'un choix de textes imp&#233;ratifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous passe les d&#233;tails de ces ann&#233;es p&#233;nibles : le conflit se d&#233;nouera progressivement, et heureusement, &#224; partir de 1981.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233; parce que nous avions fait appel &#224; la conscience d&#233;mocratique : dans quelle autre mati&#232;re aurait-on admis que l'administration, et une association, r&#233;gentent le contenu d'un enseignement linguistique, historique et litt&#233;raire ? D'un autre c&#244;t&#233;, parce que, dans les contacts personnels &#233;tablis sans sectarisme, nombre de ceux qui, de bonne foi, pensaient qu'en enseignant la graphie classique nous remplacions le proven&#231;al par un dialecte artificiel, ou par le languedocien, avaient pu constater que nous parlions, et d&#233;fendions, le m&#234;me proven&#231;al qu'eux. Seule une minorit&#233; aveugl&#233;e ou haineuse, v&#233;ritable lobby de l'anti-occitanisme, continue &#224; d&#233;noncer &#171; l'invasion languedocienne &#187; ou &#224; sa gausser finement, comme tel universitaire, des &#171; oxytons &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de l'appellation de &#171; proven&#231;al &#187;, l'appellation de &#171; langue d'Oc &#187; est alors devenue consensuelle. Elle n'est en rien r&#233;ductrice. Elle t&#233;moigne de l'appartenance du proven&#231;al &#224; un vaste ensemble de parlers d'Oc. C'est l'appellation que le Pr&#233;sident de notre R&#233;gion P.A.C.A a utilis&#233;e dans son salut aux Estivadas de Rodez. Elle laisse toute libert&#233; aux locuteurs et aux enseignants dans leurs choix graphiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne g&#234;ne en rien le militant culturel occitaniste que j'ai &#233;t&#233;, ( mon site peut en t&#233;moigner). Je n'ai jamais eu honte de me proclamer occitaniste. Et j'ai toujours fond&#233; mon occitanisme sur la conviction d'une profonde unit&#233; entre les diff&#233;rents parlers de la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, cette appellation de &#171; langue d'Oc &#187; n'appara&#238;t pas satisfaisante &#224; un groupe d'occitanistes de Provence : dans le meilleur des cas (selon eux), ils voudraient la remplacer par l'appellation de &#171; langue occitane &#187;, ou d' &#171; occitan &#187;. &#192; la rigueur, ils accepteraient du bout des l&#232;vres un compromis : &#171; occitan &#8211; langue d'Oc &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La querelle serait &#224; la limite comique si elle ne r&#233;v&#233;lait la distorsion entre ce groupe de passionn&#233;s, enclos dans leurs convictions et leurs rancunes, et la r&#233;alit&#233; de la conscience linguistique en Provence. Proclamer le mot &#171; occitan &#187;, vouloir l'imposer au nom de je ne sais quelle l&#233;gitimit&#233; historique, ne peut en d&#233;finitive que desservir la cause qu'ils croient faire avancer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me permets cette intervention que parce que, &#224; 74 ans bien sonn&#233;s, je demeure attach&#233; &#224; l'avenir de cette langue que j'ai toujours essay&#233; de d&#233;fendre et d'illustrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne doute pas que la F.E.L.C.O en sera d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenir de mon dernier passage &#224; Toulouse, 24 novembre 2010</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article532</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article532</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:20:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Toulouse</dc:subject>
		<dc:subject>Cardoze</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Toulouse centre, 9 h. du matin. Les noms des rues sont indiqu&#233;s en occitan. Les rues sont pleines d'&#233;tudiants qui s'efforcent de parler &#171; pointu &#187; comme dans &#171; Plus belle la vie &#187; (o&#249; il n'y a que Roland, v&#233;t&#233;ran du th&#233;&#226;tre d'Oc, pour sauver &#171; l'accent &#187;). &lt;br class='autobr' /&gt; Rue du Taur, pardon, Carriera del Taur, j'accroche une jolie enseigne : &#171; Librairie occitane &#187;. J'entre. Je m'enquiers : &#171; Parlatz occitan ? &#187;. - &#171; Malheureusement, je ne le parle pas, mais je le comprends tr&#232;s bien &#187;. Je n'ai pas os&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique49" rel="directory"&gt;Identit&#233; occitane ? &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot603" rel="tag"&gt;Toulouse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot604" rel="tag"&gt;Cardoze&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Toulouse centre, 9 h. du matin. Les noms des rues sont indiqu&#233;s en occitan. Les rues sont pleines d'&#233;tudiants qui s'efforcent de parler &#171; pointu &#187; comme dans &#171; Plus belle la vie &#187; (o&#249; il n'y a que Roland, v&#233;t&#233;ran du th&#233;&#226;tre d'Oc, pour sauver &#171; l'accent &#187;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rue du Taur, pardon, Carriera del Taur, j'accroche une jolie enseigne : &#171; Librairie occitane &#187;. J'entre. Je m'enquiers : &#171; Parlatz occitan ? &#187;. - &#171; Malheureusement, je ne le parle pas, mais je le comprends tr&#232;s bien &#187;. Je n'ai pas os&#233; sortir la plaisanterie traditionnelle : &#171; Je le parle tr&#232;s bien, mais je ne le comprends pas&#8230; &#187;. J'ai achet&#233; deux petits bouquins de toponymie occitane, aux &#233;ditions Sud-Ouest, histoire de me replonger dans le substrat celtique et le latin populaire&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faisait beau. J'avais encore un peu de temps avant le rendez-vous, et donc je m'en suis all&#233; p&#233;dibus. Du coup, je n'ai pas pris le m&#233;tro et j'ai manqu&#233; ces fameuses annonces en occitan qui sont tomb&#233;es sans pr&#233;paration sur la t&#234;te des monolingues et ont donc soulev&#233; quelque allergie. Mais je sais que mes coll&#232;gues occitanistes se consolent : &#224; peu de kms au Sud, &#224; vol d'oiseau, la Generalitat de Catalogne vient de reconna&#238;tre en troisi&#232;me langue officielle, apr&#232;s le catalan et le castillan, l'occitan du Val d'Aran. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'arrive au lieu du rendez-vous, en bordure Sud du centre historique : All&#233;es Jules Guesde, un nom qui ne peut que me faire plaisir (encore que Guy Mollet, l'homme des pouvoirs sp&#233;ciaux pour &#171; les &#233;v&#233;nements d'Alg&#233;rie &#187; se disait lui aussi guesdiste&#8230;). J'attendais Michel Cardoze pour aller enregistrer une semaine d'&#233;missions pr&#233;vues d&#233;but d&#233;cembre, pour l'anniversaire de l'insurrection r&#233;publicaine contre le coup d'&#201;tat de Louis-Napol&#233;on. Je m'&#233;tais mis o&#249; il fallait, sous l'entr&#233;e en briques rouges du Mus&#233;um. Je levai par hasard la t&#234;te, et je lus sur une plaque de marbre : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Anciens jardins de Montolieu. Durant le si&#232;ge de Toulouse au cours de la croisade contre les Albigeois, Simon de Montfort trouva ici la mort en 1218. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pierre vint tout droit l&#224; o&#249; il fallait &lt;br class='autobr' /&gt;
Venc tot dreit la peira lai on era mestiers &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'en revenais pas. C'&#233;tait donc ici que le Monstre &#233;tait tr&#233;pass&#233;. Et c'est de l'autre c&#244;t&#233; des All&#233;es, sur lesquelles coulait un flot ininterrompu de voitures et de camions, que la brave Toulousaine avait jet&#233; la pierre ! Mais de quel immeuble de bureaux ou de m&#233;decins, je ne le savais pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur ce, Michel Cardoze arrivait. Et le taxi nous emporta vers son &#233;mission, dans le grand Sud nouveau, par des n&#339;uds d'&#233;changeurs, des immeubles r&#233;sidentiels et des quartiers de bureaux, estampill&#233;s verdure &#233;cologique, et des chantiers, des chantiers, jusqu'&#224; Sud Radio o&#249; nous traiterons de l'insurrection r&#233;publicaine de 1851&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. Les amis toulousains m'excuseront de ne pas leur avoir fait signe ce jour-l&#224;. Je n'ai fait que frire. Toulon-Toulouse-Toulon&#8230; Ce sera pour une autre fois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur les l&#233;gitimations de l'&#233;criture de l'idiome natal de la Pr&#233;-r&#233;volution aux ann&#233;es 1850 - Essai de comparaison entre des zones voisines d'&#233;criture occitane, francoproven&#231;ale, gallo-italique.</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article648</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article648</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:13:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Gallo italique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Langues, dialectes et &#233;criture, Actes du colloque de Nanterre 16,17 et 18 avril 1992 - I.E.O - I.P.I.E - Universit&#233; Paris X. 1993. &lt;br class='autobr' /&gt; J'aborde ici quelques l&#233;gitimations de l'&#233;criture de l'idiome natal, par rapport &#224; son outil, l'idiome, par rapport &#224; la communaut&#233; qui le parle, et ce dans la maturation d&#233;mocratique, nationalitaire, romantique, de la pr&#233;-R&#233;volution &#224; la secousse de 1848. Son cadre (1) : au carrefour de l'occitan, du francoproven&#231;al, des parlers gallo-italiques : Le grand (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Oc. Graphies. Questions de langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot626" rel="tag"&gt;Gallo italique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Langues, dialectes et &#233;criture, Actes du colloque de Nanterre 16,17 et 18 avril 1992 - I.E.O - I.P.I.E - Universit&#233; Paris X. 1993.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aborde ici quelques l&#233;gitimations de l'&#233;criture de l'idiome natal, par rapport &#224; son outil, l'idiome, par rapport &#224; la communaut&#233; qui le parle, et ce dans la maturation d&#233;mocratique, nationalitaire, romantique, de la pr&#233;-R&#233;volution &#224; la secousse de 1848.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son cadre (1) : au carrefour de l'occitan, du francoproven&#231;al, des parlers gallo-italiques :&lt;br class='autobr' /&gt; Le grand Sud-Est fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt; Des &#233;tats voisins : Savoie-Pi&#233;mont, Gen&#232;ve, cantons suisses, Lombardie autrichienne, o&#249; la dominance politique et culturelle du fran&#231;ais n'est pas le fait de l'&#201;tat fran&#231;ais, bien que la France occupe ces pays de 1792 &#224; 1814. En Pi&#233;mont, la dominance du fran&#231;ais officiel est doubl&#233;e par celle de l'italien. En Lombardie, la pr&#233;gnance du fran&#231;ais est culturelle, celle de l'italien porte une autre logique nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; du sch&#233;matisme inh&#233;rent &#224; ce type d'intervention, mon propos n'a aucune pr&#233;tention &#224; l'&#233;puisement des significations, d'autant qu'il en refuse toute lecture univoque.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seule exhaustivit&#233; dont je m'autorise, celle de l'inventaire :&lt;br class='autobr' /&gt; inventaire des textes de la zone occitane entrepris dans ma th&#232;se (2),&lt;br class='autobr' /&gt; inventaire des textes suisses, approfondi dans un ouvrage r&#233;cent (3).&lt;br class='autobr' /&gt;
Inventaire ? Besogne t&#226;cheronne sans doute pour qui a priori d&#233;gage de la masse des &#233;crivants des p&#233;pites de cr&#233;ation, les organise en syst&#232;me chronologiquement coh&#233;rent, litt&#233;rairement sp&#233;cifique, y reconna&#238;t les valeurs propres d'une culture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 1770 donc, au-del&#224; des diff&#233;rences, l'&#233;criture dans l'idiome s'inscrit dans un &#233;cheveau commun d'&#233;cart&#232;lements :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Premier &#233;cart&#232;lement :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominance presque absolue des langues officielles dans le champ de l'&#233;criture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dominance ou persistance de l'oralit&#233; dialectale dans l'usage domestique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conscience de l'in&#233;vitable remplacement d'un syst&#232;me linguistique par un autre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Second &#233;cart&#232;lement :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'int&#233;r&#234;t pour la &#8220;po&#233;sie primitive&#8221; m&#251;rit alors la repr&#233;sentation des idiomes comme matrices de la nation ethnique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, dans les zones que nous consid&#233;rons, l'empirisme de l'intercompr&#233;hension a bien s&#251;r pr&#233;c&#233;d&#233; les affirmations de la linguistique : l'unit&#233; de la langue d'oc est admise, celle du francoproven&#231;al implicite, celle des dialectes gallo-italiques esquiss&#233;e. Mais aucun esprit national n'engendre un Ossian occitanique, francoproven&#231;al ou gallo-italique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture dans l'idome participe de la petite patrie, &#224; laquelle l'esprit de l'&#201;tat-Nation moderne est &#233;tranger : microcosme communal, entit&#233; plus vaste quand le permettent la permanence de donn&#233;es communes, voire de structures politiques. L'espace ouvert par l'intercompr&#233;hension (occitan, francoproven&#231;al, gallo-italique) n'est pas occup&#233; par l'auteur dialectal, qui se doit d'ob&#233;ir &#224; ce code de reconnaissance absolue : l'identification de la langue aux locuteurs de sa petite communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, est inop&#233;rante dans le pr&#233;sent la r&#233;f&#233;rence &#224; une entit&#233; francoproven&#231;ale, gallo-italique, et m&#234;me occitane. La vraie r&#233;f&#233;rence est partout celle de la tradition d'&#233;criture locale ou provinciale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La l&#233;gitimation n'appara&#238;t que dans le mythe de la langue fondatrice, romance ou celte. Deux cas limites, marqu&#233;s par la pr&#233;sence majeure ou l'absence absolue d'une cr&#233;ation ant&#233;rieure :&lt;br class='autobr' /&gt; en pays d'oc, filiation proclam&#233;e (mais ambigu&#235;) avec les Troubadours.&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; Fribourg, sans aucune tradition d'&#233;criture, le vertige du surgissement absolu s'autorise chez Python d'une origine glorieuse latine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'une lettre naisse ainsi du n&#233;ant montre que l'&#233;criture de l'idiome proc&#232;de de la nouvelle donne europ&#233;enne, et pas seulement d'un h&#233;ritage.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Troisi&#232;me &#233;cart&#232;lement :&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature dans l'idome ne se d&#233;finit-elle que par son rapport &#224; la litt&#233;rature en Langue (fran&#231;ais des Lumi&#232;res, italien de la Crusca) ? Ecrire dans deux langues, l'une form&#233;e par l'art, l'autre par la nature, est-ce participer de deux syst&#232;mes irr&#233;ductibles l'un &#224; l'autre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture peut n'assumer que les registres &#8220;bas&#8221; ou familiers d&#233;volus &#224; l'idiome : d&#233;rision, transgression carnavalesque, chronique individuelle ou collective, litt&#233;rature municipale, etc. L'&#233;tude des foyers d'&#233;criture montre la r&#233;gression, la disparition ou la mutation des textes dans ces registres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les tenants d'une litt&#233;rature-reflet empruntent &#224; la litt&#233;rature en langue dominante ses registres mineurs : &#233;pigrammes, fable, ode anacr&#233;ontique. Ceci va de la lourdeur insupportable &#224; une &#233;l&#233;gante joie de vivre n&#233;o-classique, mais reste sans perspectives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du rouergat Peyrot au fribourgeois Python, l'affirmation d'une po&#233;sie virgilienne dans l'idiome est reprise formelle d'une mode fran&#231;aise en d&#233;clin, mais pose l'ad&#233;quation de l'idiome &#224; la noble simplicit&#233; de la vie rurale. L'&#233;chec est &#224; la cl&#233;, mais aussi l'intuition d'une autre voie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voie de salut ? On tire parti de ce que, par rapport au Bon ton de la langue dominante, beaucoup reconnaissent &#224; l'idiome : expressivit&#233; et vigueur linguistique naturelles, &#8220;&#233;nergie et na&#239;vet&#233;&#8221;, all&#233;gresse dialectale sans lesquelles les vrais amateurs ne sauraient saluer un texte dans l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette voie peut &#234;tre enfermement dans le ghetto de l'oralit&#233; locale. Mais, m&#234;me occult&#233;e, elle peut ouvrir sur des v&#233;rit&#233;s &#233;chappant aux langues officielles. Alors que la po&#233;sie fran&#231;aise s'enferme dans un formalisme st&#233;rile, l'abb&#233; Fabre joue sur l'ad&#233;quation de l'idiome aux r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes, &#224; la verve collective, pour d&#233;mystifier l'id&#233;al abstrait des Lumi&#232;res et r&#233;habiliter le v&#233;cu dans ses contradictions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution :&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution est p&#233;riode test pour l'&#233;criture dans la langue du peuple : en situation de rupture historique, et au sens freudien, &#231;a parle ou &#231;a ne parle pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En son d&#233;but la R&#233;volution, genevoise, puis fran&#231;aise, d&#233;centre l'&#233;criture des idiomes de la tension langues dominantes - langues domin&#233;es. Appara&#238;t une &#233;criture de la communication efficace avec le peuple, ou de la repr&#233;sentation de ce peuple. Mais la logique de la R&#233;volution bloque aussit&#244;t cette d&#233;marche, car le fran&#231;ais, langue d'&#233;tat et de culture, devient langue citoyenne, y compris pour les contre-r&#233;volutionnaires, qui n'utiliseront pas les donn&#233;es ethniques et linguistiques de la petite patrie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, en Pi&#233;mont en Lombardie, l'entreprise de communication efficace en dialecte perdure, d'abord jacobine, puis contre-r&#233;volutionnaire, et ce souvent chez les m&#234;mes auteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette entreprise d&#233;bouche sur une cr&#233;ation litt&#233;raire pour la g&#233;n&#233;ration de ceux qui, n&#233;s dans les ann&#233;es 1770, ont 20, 30 ans au moment de la secousse. Il est int&#233;ressant de comparer les p&#233;riodes cr&#233;atrices de Calvo le Pi&#233;montais n&#233; en 1773 (1804), de Porta le Milanais n&#233; en 1775 (1821), &#224; celles de deux cr&#233;ateurs occitans importants, Diouloufet l'aixois, Fabre d'Olivet le languedocien, qui sont leurs exacts contemporains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Calvo et Porta, d'abord pro-jacobins, puis hostiles &#224; la France, ces ann&#233;es sont celles d'une ad&#233;quation forte entre le cr&#233;ateur, son choix de langue, et sa communaut&#233; qui, dans cette phase historique, ne se reconna&#238;t pas plus dans la nation (Italie) que dans l'Empire (France), et donc ne se reconna&#238;t pas dans les langues nationales, italien des temps anciens et de l'h&#233;g&#233;monie litt&#233;raire ampoul&#233;e, fran&#231;ais de la tyrannie politique, de l'imposition d'une culture la&#239;que, abstraite. L'absence d'officialit&#233; des dialectes fait leur force.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces communaut&#233;s, soud&#233;es par le sentiment ethnique et la tradition, sont mises en sc&#232;ne par un personnage embl&#233;matique, (Gianduia &#224; Turin, Meneghin &#224; Milan), repr&#233;sentant non seulement l'homme du peuple mais bient&#244;t, dans l'effacement de tout &#233;l&#233;ment de diff&#233;renciation sociale, l'esprit de toute la communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; des contradictions f&#233;condes pour les cr&#233;ateurs :&lt;br class='autobr' /&gt; Premi&#232;re contradiction :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment assumer la repr&#233;sentation de la collectivit&#233;, et la prise de distance de la cr&#233;ation individuelle vis-&#224;-vis de l'unanimisme ? Comment assumer la solidarit&#233; ethnique et les antagonismes qui partagent la communaut&#233; ? Porta tire sa force de cette contradiction. L'adh&#233;sion milanaise &#224; sa po&#233;sie est imm&#233;diate, du moment qu'elle ne participe pas du statut de litt&#233;rature &#224; l'italienne, d&#233;corative et ampoul&#233;e. Porta parle au nom de tous en parlant en son nom, puisque sa langue proc&#232;de de la sagesse citadine collective, de son bon sens d&#233;bonnaire et ironique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or Porta pr&#233;sente une soci&#233;t&#233; vivante : conscient de la dignit&#233; expressive du dialecte, il l'utilise contre les grands, contre le clerg&#233;, et met &#224; mal ainsi le mythe consensuel de Meneghin le repr&#233;sentant du Milanais.&lt;br class='autobr' /&gt; Seconde contradiction :&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez ces hommes de progr&#232;s qui ont choisi l'expression dialectale, sont d'abord venues d'en haut et de l'ext&#233;rieur les Lumi&#232;res jacobines, l'&#233;lan imprim&#233; pour changer la soci&#233;t&#233;. Le dialecte repr&#233;sente l'osmose du peuple et des &#233;lites &#233;clair&#233;es. Puis vient du sol natal une r&#233;cup&#233;ration offensive des valeurs pr&#233;-r&#233;volutionnaires. Le dialecte est repr&#233;sentation nostalgique des traditions, de la religion, de la famille, du roi, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment fonder sa puissance cr&#233;atrice sur le repliement communautaire, tout en ne se coupant pas des grands courants nationaux et europ&#233;ens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, en Pi&#233;mont, dans la phase anti-jacobine, l'&#233;criture dialectale revient aux mod&#232;les formels traditionnels, d'o&#249; son efficace, mais aussi son inaptitude &#224; s'ouvrir au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1816 (deux ans apr&#232;s la Restauration !) conna&#238;t une intense restitution patrimoniale, et un grand d&#233;bat : ceux qui souhaitent que l'Italie s'&#233;gale aux grandes nations europ&#233;ennes, jugent romantisme et dialectes inaptes &#224; la civilisation. R&#233;ponse de Porta : le milanais peut &#234;tre outil d'une civilisation autonome et vivante. L'&#233;chec est &#224; la cl&#233; dans l'affirmation de la conscience nationale unitaire. D&#232;s le retour de l'ancien R&#233;gime en Pi&#233;mont et Lombardie &#034; &#231;a &#034; ne parle plus. Les hommages au monarque, la r&#233;appropriation de contenus du 18e situent la r&#233;gression d'une po&#233;sie dialectale ramen&#233;e au moyen d'expression d'une communaut&#233; qui n'est plus en mesure de se situer dans un rapport actif ni avec la langue nationale ni avec le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du c&#244;t&#233; fran&#231;ais, dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, par quelles m&#233;diations des cr&#233;ations litt&#233;raires vont-elles s'autoriser de la langue et du peuple qui la porte ? On peut, pour aller vite, prendre deux exemples extr&#234;mes, l'un au d&#233;but de la secousse, l'autre &#224; sa fin :&lt;br class='autobr' /&gt; Lors de la R&#233;volution fribourgeoise des ann&#233;es 1780, l'&#339;uvre de Python, apparemment d&#233;fauss&#233;e de la politique, s'autorise en fait de la maturation anti-oligarchique pour affirmer une ambition litt&#233;raire fribourgeoise, &#224; la fois contre l'aristocratie germanisante et l'abstraction de la culture fran&#231;aise. L'aspiration au changement s'identifie avec l'affirmation de la sp&#233;cificit&#233; nationale r&#233;elle. En France, pendant dix ans de R&#233;volution, la cr&#233;ation occitane s'est tarie dans le Sud-Est. Elle ne r&#233;appara&#238;t sous le Consulat qu'en Languedoc oriental et seulement dans les registres mineurs de la fable, de la pi&#232;ce plaisante ou anacr&#233;ontique. Alors depuis Paris, le languedocien Fabre d'Olivet doit avoir recours au subterfuge troubadouresque pour proposer une Lettre nouvelle : nouvelle dans la v&#233;rit&#233; des sens, la dignit&#233; artistique du choix de langue, la noblesse dans le rapport cr&#233;ature / cr&#233;ateur qui transcende la philosophie des Lumi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici l'acceptation de la logique nationale fran&#231;aise se sous-tend d'une autre conception de la nation, dans sa dualit&#233; culturelle, conception que la culture fran&#231;aise ne voudra pas assumer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s 1815 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la chute de Napol&#233;on, dans un espace politique nouveau, la pouss&#233;e d'&#233;criture dialectale est renvoy&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt; soit &#224; un espace g&#233;ographique fantasm&#233; : la petite Patrie,&lt;br class='autobr' /&gt; soit &#224; une fonction sociale et litt&#233;raire autre, o&#249; dans un humanitarisme confus, l'objet imm&#233;diat de cette &#233;criture est le peuple, souvent re&#231;u comme id&#233;al &#233;thique.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France et en Savoie, une &#233;closion dialectale initiale se justifie de la r&#233;alit&#233; politique, et, comme en Italie du Nord, de la reprise des valeurs traditionnelles et ethniques. &#192; la diff&#233;rence que ces valeurs n'avaient pas fonctionn&#233; dans la p&#233;riode R&#233;volution-Empire. Les contre-r&#233;volutionnaires qui avaient, non sans concessions opportunistes, engrang&#233; leur hargne sous l'Empire (Diouloufet &#224; Aix, Menilgrand &#224; Grenoble, Gazel en Savoie) encensent un nouveau r&#233;gime qui n'aura pour eux en retour qu'un salut condescendant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diouloufet, le dernier de la g&#233;n&#233;ration des ann&#233;es 1770, va alors pr&#234;cher aussi dans le vide. L'enfermement dans l'espace g&#233;ographique fantasm&#233; est parfaitement caract&#233;ris&#233; par l'entreprise de ce contemporain de Porta, Calvo, Fabre d'Olivet. Repliement sur la Provence id&#233;ale, go&#251;t h&#233;sodien, l&#233;gende de terroir famili&#232;re et noble, r&#233;gression vers les temps d'antique bonhommie. Bien s&#251;r on &#233;vacue injustice, mis&#232;re, ali&#233;nation, ignorance, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais entre populaire et arcadique, cette &#233;criture peut &#234;tre juste dans son observation amoureuse, qui participe de l'exp&#233;rience humaine et non de la seule rh&#233;torique. Elle se sous-tend d'une langue qui se veut classique, digne, harmonieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette entreprise aura une retomb&#233;e majeure en sautant une g&#233;n&#233;ration : Mistral l'irriguera d'un lyrisme sp&#233;cifique dans l'assomption de la dimension &#233;pique. Il lui fallait le cadre de la petite patrie, le lien s&#233;culaire des traditions, des m&#339;urs, du folklore : c'est le cas en Provence, pas en Languedoc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La carri&#232;re est maintenant ouverte &#224; la g&#233;n&#233;ration n&#233;e avec le si&#232;cle et qui arrive &#224; maturit&#233; vers 1840. Ce sont des hommes de progr&#232;s pour beaucoup, d'origine plus populaire, mais qui ma&#238;trisent le fran&#231;ais et la culture dominante. Leur int&#233;r&#234;t pour la culture minoritaire n'est pas antagoniste de l'id&#233;al d&#233;mocratique de l'&#201;tat-Nation, en France comme en Italie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le relais d'une jeunesse lib&#233;rale et romantique peut vivifier l'enracinement &#224; la Diouloufet : &#224; cet &#233;gard, le laboratoire fribourgeois de 1840 est &#233;clairant. Bornet anticipe Mistral dans la glorification d'un peuple simple, d&#233;positaire de la langue et des vertus ancestrales, corollaire des engagements lib&#233;raux et europ&#233;ens. Il prouve qu'un cr&#233;ateur peut participer de la culture en &#233;volution, et d'une culture traditionnelle restitu&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour cette g&#233;n&#233;ration n&#233;e avec le si&#232;cle, les chemins &#224; explorer dans l'&#233;cart&#232;lement toujours sont pour l'heure diff&#233;rents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ecart&#232;lement entre municipalisme et rassemblement d'abord.&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature municipale, qui meurt en domaine francoproven&#231;al, reprend de Marseille &#224; Nice, et de Nice en Pi&#233;mont (Pansoya).&lt;br class='autobr' /&gt;
Litt&#233;rature &#233;troite, fonctionnellement documentaire et chroniqueuse, plaisante, anti-progressiste souvent : l'&#233;loge de sa propre ville appartient de droit &#224; la po&#233;sie dialectale, mais n'en propose pas une image moderne et citoyenne. &#201;criture beaucoup plus efficace en tout cas que la reprise des th&#232;mes du 18e comme on le fait en Languedoc. Mais cette po&#233;sie municipale devient anachronique dans des &#233;tats en voie d'unification culturelle et linguistique. On accepte la d&#233;possession de sa propre ethnie en compensant par la c&#233;l&#233;bration des petites valeurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi bien des auteurs pr&#244;nent alors la vertu salvatrice du rassemblement : &#8220;Parnas&#8221; et almanachs pi&#233;montais, Bouquet prouven&#231;ou, Bouil-abaisso, recueils suisses.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, la conscience se r&#233;pand d'un espace nouveau, &#224; la fois litt&#233;raire, politique, social, pour la cr&#233;ation dans l'idiome, qui tend &#224; rassembler en &#8220;Renaissantisme&#8221; nationalitaire le mouvement brownien de ces monades &#233;parpill&#233;es. La conscience se r&#233;pand de l'existence d'un vaste public virtuel, entre les incultes inaccessibles et les &#233;lites ali&#233;n&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
De Milan &#224; Marseille cette nouvelle donne pointe un &#233;cart&#232;lement traditionnel, mais revivifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cart&#232;lement entre l'ambition de tenir les registres (registres mineurs ?) de l'&#233;criture dominante, et la tentation de dire l'indicible, dans la v&#233;rit&#233; intraduisible de l'idiome. Les disciples pi&#233;montais (Brofferio 1802-1860) ou proven&#231;aux de Beranger donnent la version dialectale des engagements lib&#233;raux nationaux. Mais il va de soi que dans sa forme, son ton, etc, ce type d'&#233;criture refuse la possibilit&#233; d'exprimer les exigences et les probl&#232;mes d'une culture et d'une soci&#233;t&#233; minoritaire par rapport &#224; la nation et &#224; l'Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre branche de l'&#233;cart&#232;lement, dont Gelu est le meilleur exemple, pose de fa&#231;on tonique le rapport de l'&#233;criture &#224; l'idiome et &#224; la collectivit&#233; parlante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marseille inverse les donn&#233;es milanaises : &#224; Milan, l'&#233;criture dialectale va vers la repr&#233;sentation de la communaut&#233; dans le personnage embl&#233;matique, exprimant la sagesse collective et l'esprit de la langue. A Lyon, la mise en sc&#232;ne de Guignol est &#224; mi-chemin, et se d&#233;fausse de l'idiome pour tenir un langage &#8220;canut&#8221; qui est d&#233;j&#224;, au-del&#224; de la reconnaissance collective, celui de l'&#233;tranget&#233; int&#233;rieure. Marseille d&#233;centre cette image ethnique dans la repr&#233;sentation d'un paysan du terroir (r&#233;alit&#233; patriarcale ou d&#233;rision sociologique), ou dans celle du d&#233;class&#233; urbain. La ville lit sa v&#233;rit&#233; occult&#233;e dans l'exclusion.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vertu r&#233;aliste du romantisme de Gelu n'est pas pass&#233;e dans des mod&#232;les fran&#231;ais, elle na&#238;t de la situation du cr&#233;ateur par rapport &#224; la culture dominante. C'est &#224; la fois un r&#233;alisme qui semble inh&#233;rent au dialecte, et l'inaptitude au r&#233;alisme, car son monde est d&#233;j&#224; celui de l'enfance, du pass&#233;. Il faut pour en savourer les vertus le confronter aux autres r&#233;alisations, dont certaines tr&#232;s originales (je pense &#224; Bourrelly) du r&#233;alisme marseillais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#233;galement consid&#233;rer l'entreprise de Roquille : il est significatif de la culture nationale et &#8220;r&#233;gionale&#8221; que soit &#224; ce point occult&#233;e l'&#233;criture francoproven&#231;ale du pauvre lampiste : insurrection des Canuts, 1&#232;re gr&#232;ve des mineurs de la Loire, voil&#224; des th&#232;mes qui sont furieusement d&#233;pass&#233;s, n'est-ce pas... (4).&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au plus lui reconna&#238;tra-t-on la vertu de l'intraduisible. Le magistrat Onofrio, qui approuvait la condamnation de Roquille pour immoralit&#233; socio-politique, n'en savourait-il pas la vigueur dialectale ? De m&#234;me, le &#8220;vrai&#8221; public de Gelu n'a-t-il pas &#233;t&#233; ces notables marseillais conservateurs qui tenteront de le tirer des griffes de la justice en 1855 ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la force de ces auteurs, ins&#233;parable de cette sp&#233;cificit&#233; de l'expression dialectale &#8220;intraduisible&#8221;, n'est en rien enfermement localiste ou r&#233;gional. Le r&#233;cent colloque Gelu a montr&#233; que nombre de bons esprits s'obstinent dans la lecture v&#233;riste ou dans la grille carnavalesque. Alors que la conscience qu'a Gelu de son g&#233;nie solitaire, de la v&#233;rit&#233; sociale et litt&#233;raire dont il est porteur, tient &#224; l'ad&#233;quation de sa langue, de sa solidit&#233; grammaticale et lexicale, avec une profonde v&#233;rit&#233; des temps, d&#233;chiffr&#233;e &#224; travers son exp&#233;rience marseillaise. Gelu ne pouvait &#234;tre renaissantiste parce que, au-del&#224; de la pulsion de mort qui sous-tend son &#339;uvre, sa conception de la nation ne le permettait pas. Il est plac&#233; devant un impossible objectif, et ne peut que se gausser des volontarismes &#8220;espompits&#8221; de la renaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gelu adh&#232;re &#224; la nation fran&#231;aise, son choix de langue ignore tout r&#233;flexe nationaliste, mais tire sa force de sa situation d'alt&#233;rit&#233; culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La situation de la langue et de l'&#233;crivant d'oc permet une r&#233;ussite impossible dans la langue dominante, mais signe en m&#234;me temps sa non-reconnaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la premi&#232;re rupture avec la diglossie, la seconde &#233;tant le passage &#224; la lyrique moderne et ses probl&#232;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;mes qui peuvent appara&#238;tre r&#233;solus en Italie, avec le passage d'une litt&#233;rature dialectale &#224; une litt&#233;rature en dialecte reconnue, floraison lyrique dans le rapport au petit pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;mes r&#233;solus pour les francoproven&#231;aux, par extinction d'&#233;criture, sauf Eug&#233;nie Martinet, mais elle &#233;tait citoyenne italienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;mes non r&#233;solus pour les occitans toujours &#233;cartel&#233;s entre motivation personnelle et d&#233;fense et illustration d'une culture. &#192; cet &#233;gard, les quelques r&#233;flexions qui pr&#233;c&#232;dent n'auront peut-&#234;tre pas &#233;t&#233; inutiles, si elles d&#233;faussent l'attention de la n&#233;cessaire fascination catalane pour renvoyer &#224; des r&#233;alit&#233;s dont nous sommes &#224; bien des &#233;gards plus proches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;br class='autobr' /&gt;
(1)- Ren&#233; Merle, Une mort qui n'en finit pas, l'&#233;criture de l'idiome natal, des Lumi&#232;res &#224; la naissance du Felibrige, (sud-est fran&#231;ais et Italie de langue d'oc, zone franco-proven&#231;ale de France et de Suisse). N&#238;mes, M.A.R.P.O.C, 1990.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle, 1990 : &#034;Une Mort qui n'en finit pas, l'&#233;criture de l'idiome natal&#034; (un ouvrage sur l'&#233;criture de l'occitan et du francoproven&#231;al # 1750-1850 ) - Avant-propos. Sommaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) - Ren&#233; Merle, L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840, inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges, B&#233;ziers, C.I.D.O. 1990, 1030 p. Texte int&#233;gral et corrig&#233; de la th&#232;se soutenue en 1987.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - Th&#232;se : &#034;L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840&#034;, rapport du jury, presse&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Ren&#233; Merle, Une Naissance suspendue. L'&#233;criture des &#8220;patois&#8221; : Gen&#232;ve, Fribourg, Pays-de-Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, (en collaboration avec le Glossaire des patois de la Suisse romande), Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes historiques du texte dialectal, 1991, 112 p.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - &#034;Une naissance suspendue&#034;, L'&#233;criture des Patois (francoproven&#231;al) - Suisse romande. Fin XVIIIe, d&#233;but XIXe. Introduction. Sommaire et r&#233;f&#233;rences articles publi&#233;s
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - Patois (francoproven&#231;al) - Gen&#232;ve, fin XVIIIe, d&#233;but XIXe. Les publications &#8220;patoises&#8221; dans les r&#233;volutions de Gen&#232;ve : une originalit&#233; historique au temps des Lumi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) F.Rude, R.Merle,G.Roquille, Breyou et so disciplo, Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes historiques du texte dialectal, 1989. R.Merle, Luttes ouvri&#232;res et dialecte. Guillaume Roquille, Rive-de-Gier, 1840. Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes historiques du texte dialectal, 1989.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - &#192; propos de Guillaume Roquille (Rive-de-Gier, Lyon) (&#233;criture du francoproven&#231;al)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - Francoproven&#231;al et luttes sociales : Roquille, Rive-de-Gier 1840
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ren&#233; Merle - L'&#233;criture en francoproven&#231;al : Forez et Lyonnais, de la R&#233;volution &#224; la Monarchie de Juillet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Agr&#233;gation</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article749</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article749</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>agr&#233;gation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'ai appris avec plaisir la cr&#233;ation in extremis par le pr&#233;c&#233;dent gouvernement d'une agr&#233;gation des langues de France : Comme annonc&#233; par le Premier ministre en juillet 2016, le gouvernement a d&#233;cid&#233; la cr&#233;ation d'une agr&#233;gation des &#171; langues de France &#187;, qui poursuit la reconnaissance des langues r&#233;gionales impuls&#233;e par la loi de refondation de l'&#233;cole de juillet 2013. L'arr&#234;t&#233; paru ce jeudi 23 mars, fixe les sections et les modalit&#233;s d'organisation des concours de cette nouvelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Oc. Graphies. Questions de langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot824" rel="tag"&gt;agr&#233;gation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai appris avec plaisir la cr&#233;ation in extremis par le pr&#233;c&#233;dent gouvernement d'une agr&#233;gation des langues de France :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme annonc&#233; par le Premier ministre en juillet 2016, le gouvernement a d&#233;cid&#233; la cr&#233;ation d'une agr&#233;gation des &#171; langues de France &#187;, qui poursuit la reconnaissance des langues r&#233;gionales impuls&#233;e par la loi de refondation de l'&#233;cole de juillet 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arr&#234;t&#233; paru ce jeudi 23 mars, fixe les sections et les modalit&#233;s d'organisation des concours de cette nouvelle agr&#233;gation. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le concours est propos&#233; dans plusieurs options constitu&#233;es par chacune des langues r&#233;gionales offertes &#224; recrutement par la voie du CAPES, &#224; savoir le basque, le breton, le catalan, le corse, le cr&#233;ole, l'occitan-langue d'oc, et le tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les premiers concours d'agr&#233;gation auront lieu d&#232;s la rentr&#233;e 2018 et proposeront les options suivantes : le breton, le corse et l'occitan. La seconde session se tiendra l'ann&#233;e suivante pour les options des langues basque et catalane. Les sessions suivantes concerneront aussi le cr&#233;ole et le tahitien.&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation de cette agr&#233;gation constitue une avanc&#233;e majeure dans la reconnaissance des langues r&#233;gionales, telle que voulue par la loi de refondation de l'&#233;cole. La ministre de l'&#201;ducation nationale, de l'Enseignement sup&#233;rieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, souhaite ainsi soutenir le devenir et le d&#233;veloppement des langues et cultures r&#233;gionales fran&#231;aises, en garantissant l'excellence de l'enseignement de ces langues&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc, en ce qui concerne l'occitan &#8211; langue d'oc (prudente d&#233;nomination, qui ne satisfera pas tout le monde), la concr&#233;tisation de la lutte tenace men&#233;e notamment par la FELCO (F&#233;d&#233;ration des enseignants de langue et de culture d'oc).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comment ne pas s'interroger sur l'&#233;cart&#232;lement entre la formation universitaire, plus que n&#233;cessaire pour la pr&#233;sence de la langue dans l'enseignement public, et l'&#233;tat r&#233;el de la pratique de cette langue dans une soci&#233;t&#233; qui l'a broy&#233;e et qui maintenant ignore jusqu'aux derni&#232;res traces. Je demeure persuad&#233; qu'il est imp&#233;ratif de d&#233;couvrir, encourager, voire f&#233;d&#233;rer les initiatives &#171; de base &#187; qui vont du cercle de &#171; patoisants &#187; aux initiatives occitanistes locales (cours publics). Mais ceci est une autre affaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Una vide&#242; que m'agrada</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article885</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article885</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:08:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Nissart</dc:subject>
		<dc:subject>Biarn&#233;s</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'ai trobada sus la paja Facebook de Maria-Joana Verny&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Oc. Graphies. Questions de langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot810" rel="tag"&gt;Nissart&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot811" rel="tag"&gt;Biarn&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'ai trobada sus la paja Facebook de Maria-Joana Verny&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/GPaZb-MzzpQ&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
