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		<title>L'insurrection de 1851 et l'ethnotype proven&#231;al </title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>
		<dc:subject>Ethnotypes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On sait combien, d&#232;s le lendemain, les thurif&#233;raires de Louis Napol&#233;on ont justifi&#233; le coup d'Etat en d&#233;non&#231;ant, &#224; travers les suppos&#233;s crimes des insurg&#233;s, la jacquerie sanglante, libidineuse et partageuse, &#224; laquelle la France venait d'&#233;chapper. Quelques ouvrages et opuscules, publi&#233;s &#224; chaud (1852) capitalis&#232;rent alors les r&#233;cits qui emplissaient d&#232;s d&#233;cembre la presse aux ordres. Parmi eux, l'Histoire d'un coup d'&#201;tat [1], que commirent deux plumitifs conservateurs, Paul Belouino[2] et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot786" rel="tag"&gt;Ethnotypes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sait combien, d&#232;s le lendemain, les thurif&#233;raires de Louis Napol&#233;on ont justifi&#233; le coup d'Etat en d&#233;non&#231;ant, &#224; travers les suppos&#233;s crimes des insurg&#233;s, la jacquerie sanglante, libidineuse et partageuse, &#224; laquelle la France venait d'&#233;chapper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ouvrages et opuscules, publi&#233;s &#224; chaud (1852) capitalis&#232;rent alors les r&#233;cits qui emplissaient d&#232;s d&#233;cembre la presse aux ordres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi eux, l'Histoire d'un coup d'&#201;tat [1], que commirent deux plumitifs conservateurs, Paul Belouino[2] et Am&#233;d&#233;e de Cesena[3], est particuli&#232;rement int&#233;ressant par son tour de France de l'insurrection, tour de France qui fournira son cadre &#224; la riposte imm&#233;diate du d&#233;mocrate Victor Schoelcher[4], et, quelques ann&#233;es plus tard, &#224; celle du journaliste r&#233;publicain T&#233;not[5]. Au regard de la pr&#233;sentation de l'insurrection dans les autres r&#233;gions de France, les pages consacr&#233;es par nos deux conservateurs aux causes de l'insurrection dans le Sud Est se singularisent par l'irruption de l'ethnotypisme, ethnotypisme totalement absent dans leur survol des passions nivernaises, berrichonnes, jurassiennes, bourguignonnes ou aquitaines... Ainsi peut-on lire, &#224; propos de l'insurrection bas-alpine, ces quelques lignes qui valent pour toute la Provence, et au-del&#224; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le caract&#232;re proven&#231;al, qui est celui des habitants des Basses-Alpes, surtout dans les parties inf&#233;rieures du d&#233;partement, se pr&#234;tait merveilleusement &#224; recevoir les doctrines du socialisme. Les habitants de ce pays sont prompts &#224; agir et r&#233;fl&#233;chissent peu. Le jugement leur fait presque toujours d&#233;faut. Ils aiment la nouveaut&#233;, l'extraordinaire et vont tout d'un coup aux extr&#234;mes. Ils sont fougueux en tout et d&#233;testent ce qui est sage, mod&#233;r&#233;, r&#233;fl&#233;chi. Leur litt&#233;rature prouve ce que nous avan&#231;ons. Est-il rien d'audacieux, de satirique comme Barth&#233;l&#233;my et M&#233;ry[6] ? Peut-on trouver un &#233;crivain plus &#226;cre et plus emport&#233; dans sa franchise, souvent irr&#233;fl&#233;chie, que Rabbe[7] ? Est-il un historien qui soit plus prompt &#224; bl&#226;mer les opinions timides et plus rapide &#224; exag&#233;rer les th&#233;ories hasard&#233;es que Thiers [8] ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les habitants des campagnes avaient &#233;t&#233; affili&#233;s aux soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. On leur avait montr&#233; comme application imm&#233;diate de la doctrine socialiste, le partage des biens, la suppression de la bourgeoisie, choses qu'ils comprenaient tr&#232;s bien et qui all&#233;chaient leurs convoitises, leurs rancunes de fiert&#233; bless&#233;e ; puis la r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale, grand mot vide de sens, qu'ils faisaient semblant de comprendre et qui flattait leur vanit&#233; naturelle. Ce d&#233;partement, comme tous ceux du midi, principalement ceux du Var, de Vaucluse, de la Dr&#244;me, des Bouches-du-Rh&#244;ne, de l'H&#233;rault, etc., &#233;tait pr&#234;t &#224; se lever en masse au premier signal. Il est bien certain aujourd'hui, m&#234;me pour les optimistes d'avant le 2 d&#233;cembre, que, si ce coup providentiel et sauveur n'eut &#233;t&#233; frapp&#233; par Louis-Napol&#233;on, tout le midi de la France s'insurgeait, se levait sous l'&#233;tendard du socialisme rouge &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, sous la plume du physiologue des passions que voulait &#234;tre Belouino[9], r&#233;appara&#238;t, dans le droit fil de la th&#233;orie expliquant l'homme par son climat, l'ethnotype qui court depuis les Lumi&#232;res, celui du proven&#231;al farouche, excessif et emport&#233;, mais sans profondeur et facile &#224; entra&#238;ner. Exotisme int&#233;rieur, dont, dans une &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne, j'avais point&#233; la pr&#233;gnance au c&#339;ur de l'imaginaire fran&#231;ais[10].&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit facilement comment cette vision ethnotyp&#233;e convenue occulte les vraies raisons de la politisation et de la d&#233;termination des ruraux m&#233;ridionaux, politisation que les travaux de Maurice Agulhon relient clairement aux caract&#233;ristiques de la sociologie m&#233;ridionale[11]. Et combien elle d&#233;valorise la valeur de l'engagement des insurg&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la lecture des textes contemporains &#233;manant de l'autre bord montre que l'interrogation, toute sous-jacente qu'elle soit, interpelle aussi les commentateurs r&#233;publicains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi T&#233;not &#233;crit &#224; propos de l'insurrection dans les d&#233;partements proven&#231;aux[12] :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme &#224; B&#233;ziers, &#224; Montpellier, &#224; N&#238;mes, nous trouvons ici une population ardente, mobile et prompte &#224; tous les extr&#234;mes. Singuli&#232;rement soumise &#224; l'influence cl&#233;ricale, la Provence avait &#233;t&#233;, jusqu'en 1830, l'une des terres classiques du royalisme et de l'orthodoxie catholique. C'est dans la p&#233;riode parlementaire de 1830 &#224; 1848, que se fit, dans les villes et les bourgs de la Provence, ce travail intellectuel, sourd, inappr&#233;ciable, inconscient, mais profond, qui allait d&#233;terminer un si prodigieux revirement d'opinion. 1848 arriva, et, presque subitement, les trois quarts du peuple et de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent dans le parti d&#233;mocratique, avec toute la fougue et toute l'ardeur m&#233;ridionales. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le r&#244;le du militantisme et de l'osmose entre &#171; le peuple &#187; et les jeunes d&#233;mocrates d'origine bourgeoise est implicitement soulign&#233; dans ce basculement politique inattendu, le r&#244;le du caract&#232;re proven&#231;al, pour ne pas dire l&#224; aussi de l'ethnotype, est clairement mis en avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux, apr&#232;s ces citations que l'on pourrait multiplier (articles de presse, rapports de pr&#233;fets, etc.), la m&#233;fiance des Proven&#231;aux devant le portrait qui est fait d'eux. M&#233;fiance des conservateurs qui jouissent aussi d'un soutien politique populaire et qui n'entendent pas le voir ainsi d&#233;valoris&#233; : que l'on pense par exemple au fondateur du F&#233;librige Roumanille, ardent pourfendeur des Rouges dans ses pamphlets en parler populaire proven&#231;al. M&#233;fiance encore plus forte des d&#233;mocrates qui ne pouvaient consentir &#224; voir ainsi d&#233;valoris&#233;e la conscientisation populaire, la rencontre du peuple et de la R&#233;publique, l'esp&#233;rance inextinguible de &#171; la B&#242;na &#187;, la R&#233;publique de la Justice et de l'&#201;galit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux aussi quel r&#244;le ont pu jouer, dans les ann&#233;es 1860, les premi&#232;res publications &#171; proven&#231;ales &#187; d'Alphonse Daudet, alors secr&#233;taire du Duc de Morny, le demi- fr&#232;re de l'Empereur... La vision du proven&#231;al farouche s'efface derri&#232;re celle du rassurant proven&#231;al d&#233;bonnaire, puis, avec Tartarin, celle du proven&#231;al bouffon. Le film r&#233;cent (2006) de Christian Philibert m'a permis de pr&#233;ciser mon point de vue sur ce basculement d'image, qui est tout sauf innocent[13]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle, d&#233;cembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Histoire d'un coup d'&#201;tat (d&#233;cembre 1851) d'apr&#232;s les documents authentiques, les pi&#232;ces officielles et les renseignements intimes, par M.Paul Belouino, Pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une introduction et suivie d'une Conclusion sur les causes et les cons&#233;quences de cette r&#233;volution par M.Am&#233;d&#233;e de Cesena, Paris, Ludovic Brunet et Cie, 1852. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851, dont on ne dira jamais assez la richesse : &lt;a href=&#034;http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm&lt;/a&gt; &gt; bibliographie (histoire et t&#233;moignages imm&#233;diats - bonapartistes ou conservateurs). &lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Venu des terres &#171; blanches &#187; du Maine et Loire et fix&#233; &#224; Paris, le m&#233;decin Paul Belouino, qui se pique de litt&#233;rature, de philosophie et de physiologie, se fait remarquer sous la Seconde R&#233;publique par son engagement catholique. Cf. par exemple les dix volumes de son Dictionnaire g&#233;n&#233;ral et complet des pers&#233;cutions souffertes par l'&#201;glise catholique, initi&#233; en 1848, (dont un tome est publi&#233; en 1851, par l'&#233;v&#234;ch&#233; de Dol). &lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Depuis longtemps d&#233;j&#224; biographe polygraphe, le mondain Am&#233;d&#233;e de Cesena sera depuis Paris, au lendemain du coup d'&#201;tat un ferme soutien de Louis Napol&#233;on dans ce qui subsiste de presse. &lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Victor Schoelcher, Histoire des crimes du 2 d&#233;cembre, Bruxelles, 1852. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Eug&#232;ne T&#233;not, La province en d&#233;cembre 1851. &#201;tude historique sur le coup d'&#201;tat, Paris, chez les principaux libraires, 1865. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Les satires des versificateurs Auguste Barth&#233;l&#233;my et Joseph M&#233;ry, tous deux d'origine marseillaise, en firent des figures de l'opposition lib&#233;rale sous la Restauration, et de l'opposition d&#233;mocratique au d&#233;but de la Monarchie de Juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Alphonse Rabbe, d'origine marseillaise, avait suscit&#233; par son violent engagement lib&#233;ral la haine des partisans de la Restauration. &lt;br class='autobr' /&gt;
[8] l'opportuniste Adolphe Thiers &#233;tait &#233;galement d'origine marseillaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Paul Belouino, Des Passions dans leurs rapports avec la religion, la philosophie et la &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;decine l&#233;gale, Paris, Waille, 1844. &lt;br class='autobr' /&gt;
[10]Ren&#233; Merle, &#171; Aux origines de l'ethnotype m&#233;ridional (Provence - Languedoc) &#187;, Amiras. L'invention du Midi, Aix, Edisud, 1987. &lt;br class='autobr' /&gt;
[11]Cf. par exemple son ouvrage pionnier, Maurice Agulhon, La R&#233;publique au village, Paris, Plon, 1970. r&#233;&#233;dition avec une pr&#233;face, Seuil, 1979. &lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Eug&#232;ne T&#233;not, La province en d&#233;cembre 1851. &#201;tude historique sur le coup d'&#201;tat, Paris, chez les principaux libraires, 1865. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Ren&#233; Merle, &#171; Les avatars de l'image du Proven&#231;al - 2006 - &#192; propos du &#034;Complexe du santon&#034; &#187;, Linha Imagin&#242;t, n&#176;66, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2 de decembre 1851</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article375</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Insurrection</dc:subject>
		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lo coll&#232;ga que bailaja Aqu&#242; d'Aqu&#237; m'a telefonat esto matin per me demandar ce que pensavi dau 2 de decembre&#8230; Vaqu&#237; ce que li digu&#232;ri. &lt;br class='autobr' /&gt; A la fin de l'an 1848, un aventurier politic, Louis Napol&#233;on Bonaparte, es estat elegit president de la Republica, amb lo prestigi de son nom e l'adesion de l'immense monde rurau, que portava seis esperan&#231;as de dignitat e de progr&#232;s. Mais dins lei fachs, le President bailejava la Republica dau partit de l'Ordre, valent a dire la republica conservatri&#231;a, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Oc. &#201;v&#233;nements historiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot180" rel="tag"&gt;Insurrection&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lo coll&#232;ga que bailaja &lt;i&gt;Aqu&#242; d'Aqu&#237;&lt;/i&gt; m'a telefonat esto matin per me demandar ce que pensavi dau 2 de decembre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vaqu&#237; ce que li digu&#232;ri.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la fin de l'an 1848, un aventurier politic, Louis Napol&#233;on Bonaparte, es estat elegit president de la Republica, amb lo prestigi de son nom e l'adesion de l'immense monde rurau, que portava seis esperan&#231;as de dignitat e de progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dins lei fachs, le President bailejava la Republica dau partit de l'Ordre, valent a dire la republica conservatri&#231;a, la republica dei Gr&#242;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pauc a cha pauc, una grand part deis electors an dubert leis uelhs e an comen&#231;at de votar per lei democratas socialiste, lei roges, que son programa &#232;ra la fin de l'usura sus lei paisans e lei mestieraus, l'instructien generala a gratis e la democracia vertadiera.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lei roges esperavan leis eleccions de 1852, que se pensavan de ganhar. Le President voli&#225; pas de 1852, qu'avi&#225; pas lo drech de se representar. Fagu&#232;t son c&#242;p d'Estat lo 2 de decembre de 1851 per demorar en pla&#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es pas totei lei regiens roges qu'an coneissut l'insureccien contra lo c&#242;p d'Estat, es lei regiens monte s'&#232;re desenvelopat un malhum de societats secretas roges, alenc&#242;p fogaus de propaganda e organisacions de combat, se la drecha o lo president arrestavan lo processus democratica que menava eis eleciens de 52.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ansin s'enausseron en massa lei republicans roges dei Bassei Aups, de Var, de la part orientala de la Vauclusa, e d'un tr&#242;&#231; nord-est de Bocas dau R&#242;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
Insisti : lo proven&#231;au &#232;ra la lenga normal d'aquelei gens, sigu&#232;t la lenga normala de la propaganda orala dei roges (l'escrich &#232;ra lo domeni dau franc&#233;s). Le menaire de la colona deis insurgents var&#233;s, un jornaliste franci&#242;t, digu&#232;t mai tard : &#171; je ne pouvais vraiment commander ces hommes, car je ne parlais pas leur langue &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#242;va b&#232;la que si p&#242;t aparar la Republica dins la lenga dau terraire. E de segur, se totei lei Franc&#233;s que parlavan que lo franc&#233;s avi&#225;n fach coma leis insurgents gav&#242;ts, qu'arrest&#232;ron ai Mees l'armada dau c&#242;p d'Estat, Louis Napol&#233;on seri&#225; anat en preson, e non pas sus lo tr&#242;ne. Avis eis enemics dei lengas dichas regionalas...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'irruption tragi comique du proven&#231;al dans le r&#233;cit historique</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article379</link>
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		<dc:date>2025-10-23T13:59:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Blache</dc:subject>
		<dc:subject>1851</dc:subject>
		<dc:subject>Var</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;No&#235;l Blache, Histoire de l'insurrection du Var en d&#233;cembre 1851, Paris, Le Chevalier, 1869. (No&#235;l Blache, jeune Varois militant r&#233;publicain avanc&#233;, publia ce brul&#244;t qui fracassa la bonne conscience de l'Empire lib&#233;ral). &lt;br class='autobr' /&gt; D&#233;cembre 1851. Apr&#232;s la d&#233;faite des insurg&#233;s varois, les gendarmes May&#232;re et Waldenner sont somm&#233;s par un officier d'ex&#233;cuter deux insurg&#233;s captur&#233;s, un tisserand du Luc, Giraud, dit L'Esp&#233;rance, et Antoine Bon, dit Pato, de Vinon. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La matin&#233;e &#233;tait superbe. Aussi loin (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Oc. &#201;v&#233;nements historiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot126" rel="tag"&gt;Blache&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot383" rel="tag"&gt;Var&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;No&#235;l Blache, &lt;i&gt;Histoire de l'insurrection du Var en d&#233;cembre 1851&lt;/i&gt;, Paris, Le Chevalier, 1869. (No&#235;l Blache, jeune Varois militant r&#233;publicain avanc&#233;, publia ce brul&#244;t qui fracassa la bonne conscience de l'Empire lib&#233;ral).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_130 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L182xH274/blache-29724.png?1791752556' width='182' height='274' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1851. Apr&#232;s la d&#233;faite des insurg&#233;s varois, les gendarmes May&#232;re et Waldenner sont somm&#233;s par un officier d'ex&#233;cuter deux insurg&#233;s captur&#233;s, un tisserand du Luc, Giraud, dit L'Esp&#233;rance, et Antoine Bon, dit Pato, de Vinon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La matin&#233;e &#233;tait superbe. Aussi loin que le regard pouvait s'&#233;tendre, l'&#339;il embrassait ravi les horizons baign&#233;s dans des vapeurs bleu&#226;tres : les for&#234;ts de pins se balan&#231;aient doucement au souffle de la brise. Cette nature po&#233;tique et tourment&#233;e, tressaillait sous les baisers du soleil.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Enca un moumen, murmura Giraud ; leissa mi encaro regarda aqueou beo&#249; souleo&#249; ! &#187; (Encore un moment, murmura Giraud ; laissez-moi encore regarder ce beau soleil !)&lt;br class='autobr' /&gt;
Giraud tourna la t&#234;te vers son compagnon&#8230; Le gendarme l&#226;cha la d&#233;tente de son pistolet, et Giraud tomba ! Un nouveau coup de feu, tir&#233; en m&#234;me temps par Waldenner, couchait bient&#244;t &#224; ses c&#244;t&#233;s le pauvre Antoine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gendarmes remont&#232;rent &#224; cheval et ralli&#232;rent la colonne. Un quart d'heure apr&#232;s, les deux fusill&#233;s, sous l'impression vivifiante de l'air matinal, revenaient &#224; la vie. L'&#233;motion avait mal assur&#233; la main des gendarmes : Giraud et Antoine n'&#233;taient pas morts !&lt;br class='autobr' /&gt;
Entendant un l&#233;ger bruit &#224; ses c&#244;t&#233;s, Giraud, &#233;perdu, croyant sortir d'un r&#234;ve, balbutia cette demande, rest&#233;e c&#233;l&#232;bre dans le Var :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Si&#232;s mouar ; Toino ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Noun, &#232; tu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
(Es-tu mort, Antoine ? &#8211; Non, et toi ?) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de cet &#233;pisode, que d'aucuns, une fois de plus enferm&#233;s dans leur vision ethnotypale du M&#233;ridional, ont r&#233;duit &#224; la gal&#233;jade, appara&#238;t clairement la v&#233;rit&#233; du bilinguisme : ces milliers de paysans, d'artisans, d'ouvriers qui avaient form&#233;s la colonne insurrectionnelle pour d&#233;fendre la R&#233;publique avaient pour langue quotidienne le proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, le journaliste Duteil, fra&#238;chement arriv&#233; en Provence et auto proclam&#233; chef de l'insurrection, le reconnaissait dans ses m&#233;moires [1]. Il n'&#233;tait pas apte &#224; commander des hommes dont il ne connaissait pas la langue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En l'occurrence, les amateurs d'histoire pourront se reporter &#224; la pr&#233;face que j'ai donn&#233;e &#224; ces m&#233;moires : Voir le site de l'Association 1851&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proven&#231;al, langue d'un Peuple, arme du peuple ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Gelu</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &#034;Proven&#231;al, langue d'un Peuple, arme du peuple ?&#034;, Ostau dau Pa&#237;s Marselh&#233;s, 26 mai 2006. Canevas de la conf&#233;rence. &lt;br class='autobr' /&gt; Merci &#224; l'Ostau dau Pa&#237;s Marselh&#233;s pour cette invitation. Ce que vous faites dans la plus grande ville de Provence est porteur de jeunesse et d'avenir, et c'est un plaisir pour moi de le soutenir. En traitant ce soir de la situation de la langue occitane en Provence, je voudrais, en regardant d'o&#249; on vient, et ce sera mon propos (la situation de la fin du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique16" rel="directory"&gt;Oc. Destin de la langue&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot132" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &#034;Proven&#231;al, langue d'un Peuple, arme du peuple ?&#034;, Ostau dau Pa&#237;s Marselh&#233;s, 26 mai 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Canevas de la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Merci &#224; l'Ostau dau Pa&#237;s Marselh&#233;s pour cette invitation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que vous faites dans la plus grande ville de Provence est porteur de jeunesse et d'avenir, et c'est un plaisir pour moi de le soutenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
En traitant ce soir de la situation de la langue occitane en Provence, je voudrais, en regardant d'o&#249; on vient, et ce sera mon propos (la situation de la fin du Moyen &#194;ge jusqu'au d&#233;but du 20&#232;me si&#232;cle) essayer de mieux comprendre o&#249; on en est, et o&#249; on peut aller, et ce sera je pense l'objet de la discussion. &lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode consid&#233;r&#233;e est celle d'une relative normalit&#233; d'usage oral de la langue. La r&#233;f&#233;rence &#224; la publication n'est donc pas signe de vitalit&#233; ou de d&#233;clin de cet usage, elle est plut&#244;t signe de consid&#233;ration sociale. Mon propos proc&#232;de d'une longue exp&#233;rience d'enseignant, de militant culturel occitan, et d'historien, il n'est en rien donneur de le&#231;ons. Il s'agit d'un point de vue, ouvert &#224; la discussion que je souhaite ouverte &#224; tous, dans votre vari&#233;t&#233; d'engagements. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, la discussion a &#233;t&#233; longue, passionn&#233;e et fort int&#233;ressante, et a grandement port&#233; sur les probl&#232;mes du pr&#233;sent. Mais si je parle de langue, je ne le fais pas d'une fa&#231;on m&#233;taphysique. La langue est ins&#233;parable de ceux qui l'ont parl&#233;e, de ceux qui la parlent encore ou voudraient la retrouver. Elle serait sans eux Lettre morte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne ferai pas l'affront &#224; un public averti de m'&#233;tendre sur les origines de l'occitan de Provence. Une langue demeur&#233;e plus pr&#232;s de l'origine latine que dans des r&#233;gions plus septentrionales o&#249; les substrats et les invasions ont jou&#233; de fa&#231;on diff&#233;rente. (&#192; ce sujet, pour &#234;tre un peu provocateur, se glorifier de l'origine latine, c'est aussi accepter la victoire du conqu&#233;rant, du colonisateur, du &#8220;civilisateur&#8221;, sur nos Celto-Ligures d'antan... Gardar&#232;m lo celt&#242;-ligur ?) Une langue qui au Moyen-&#194;ge est celle de tous dans le comt&#233; de Provence ou dans les cit&#233;s-&#233;tats quasi autonomes comme Marseille. Une langue qui cesse d'&#234;tre celle du pouvoir, donc de l'administration, de la justice, apr&#232;s le rattachement au royaume de France, fin 15e, d&#233;but 16e si&#232;cle, puis, toujours sous la pression &#233;tatique, celle du notariat et de l'&#233;tat civil. Mais, dans le souvenir collectif, une langue qui demeure pour des g&#233;n&#233;rations encore celle d'un Peuple. &lt;br class='autobr' /&gt;
On sait comment, par opportunisme social, les &#8220;&#233;lites&#8221; se sont converties au fran&#231;ais, abandonnant l'occitan au &#8220;peuple&#8221; sociologique. Bien que, par int&#233;r&#234;t, et parfois par plaisir, ces &#8220;&#233;lites&#8221; n'en sont pas moins tenues de comprendre la langue du peuple&#8221;. Sur le long terme des 16e, 17e, 18e, 19e si&#232;cles, et m&#234;me en partie du 20&#232;me, donc bien longtemps apr&#232;s la scolarisation obligatoire des ann&#233;es 1880, l'occitan va demeurer la langue du plus grand nombre, et souvent la premi&#232;re, tant &#224; la campagne que, il faut y insister, dans les villes. Un regard sur ce pass&#233; n'est sans doute pas indiff&#233;rent &#224; ce qui se joue aujourd'hui dans la d&#233;fense et la reconqu&#234;te de cette langue. &lt;br class='autobr' /&gt; D'o&#249; la double interrogation qui structure mon expos&#233; de ce soir : A travers ces si&#232;cles o&#249; la mort programm&#233;e de l'occitan n'a cess&#233; d'&#234;tre annonc&#233;e (voir par exemple ce qu'en &#233;crit Gelu en 1840), en quoi cette langue a-t-elle &#233;t&#233;, aux deux sens du mot, langue d'un Peuple, et donc arme d'un Peuple (nation), langue du peuple, et donc arme du peuple (sociologique) ? Bien s&#251;r, on ne peut pas s&#233;parer les deux donn&#233;es, les deux questions. je vais donc les traiter de fa&#231;on entrem&#234;l&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; Langue d'un Peuple ? Si nous remontons au temps confus de l'autonomie relative, celui de la maison d'Anjou, dont le r&#232;gne pr&#233;figure le rattachement &#224; la France, &#224; l'&#233;vidence ce Peuple existe, il ne parle que proven&#231;al, mais il est d&#233;chir&#233; de conflits d'int&#233;r&#234;ts, de conflits de classe. L'exemple des Boniface de Castellane, chantres de l'ind&#233;pendance anti-Anjou, c'est-&#224;-dire anti fran&#231;aise, semblent bien d&#233;fendre avant tout leur ind&#233;pendance f&#233;odale, alors que les Communes proven&#231;ale, d'abord elles aussi plut&#244;t anti-Anjou, pr&#233;f&#232;reront s'appuyer sur le pouvoir comtal pour &#233;carter la pression f&#233;odale... &lt;br class='autobr' /&gt; Au 16e si&#232;cle, apr&#232;s la &#8220;r&#233;union&#8221; &#224; la France, et l'imposition d'un Parlement relais du pouvoir fran&#231;ais, les nobles proven&#231;aux continueront &#224; jouer leur jeu : les &#8220;nouveaux&#8221; dans le service du pouvoir royal, les &#8220;anciens&#8221;, plus r&#233;ticents, s'engouffreront dans la donne &#8220;religieuse&#8221; nationale et l'affreux conflit civil de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle : catholiques ou protestants. Dans ces conflits, le peuple est utilis&#233; ou victime. D'o&#249; les r&#233;actions d'autonomie communales, qui peuvent se porter vers la R&#233;publique des Etats Unis protestants, ou vers la Ligue anti-centraliste, mais qui ne se situent plus dans le repli sur une ind&#233;pendance proven&#231;ale. La r&#233;action ultime de la &#8220;R&#233;publique de Marseille&#8221; n'en est que plus originale et fascinante. Dans tout cela, la publication en proven&#231;al n'intervient pas, ou si peu. Il n'est pas, il ne peut &#234;tre Langue d'un Peuple luttant pour son ind&#233;pendance. La publication de Bellaud de la Bellaudi&#232;re par la R&#233;publique de Marseille n'en appara&#238;t que plus significative. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au 17&#232;me si&#232;cle, alors que, malgr&#233; les r&#233;voltes nobiliaires et communales, et les insurrections populaires, le pouvoir royal s'assied d&#233;finitivement : la domination du fran&#231;ais dans la publication est presque absolue. Le proven&#231;al est langue de l'oralit&#233;, il ne s'&#233;crit pas. Et de toute fa&#231;on le peuple ne sait pas lire. Sauf, exception de taille, la publication proven&#231;ale de l'&#233;glise, en communication efficace descendante. Et parfois, en &#233;cho au divertissement th&#233;&#226;tral, la publication th&#233;&#226;trale. Langue du peuple sociologique, qui ne saurait vraiment acc&#233;der au fran&#231;ais. Le fran&#231;ais est barri&#232;re de classe. Que le peuple reste &#224; sa place, donc dans sa langue. Dans une Provence apparemment pacifi&#233;e, les parlementaires deviennent &#8220;autonomistes&#8221; et le peuple comme les communes se tournent vers le Roi. Le 18&#232;me si&#232;cle confirme cette donne. &#192; la veille de la R&#233;volution, les privil&#233;gi&#233;s d&#233;fendent la Provence, leur Provence, en fran&#231;ais et le peuple gronde en proven&#231;al, alors que le proven&#231;al publi&#233; ne tient que les registres de la com&#233;die et des cantiques... &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution : le peuple proven&#231;al la fait en avril-mai 1789, en avance sur le mouvement national, et le pouvoir pour la premi&#232;re fois r&#233;v&#232;le la langue du peuple en officialit&#233;, dans une affiche appelant au calme. R&#233;v&#233;lation, mais en communication descendante qui se veut efficace. C'est ce qui se poursuivra dans la premi&#232;re phase de la R&#233;volution, du c&#244;t&#233; des r&#233;actionnaires comme du c&#244;t&#233; des tenants du nouveau r&#233;gime, mais sans jamais atteindre d&#233;sormais le statut de l'officialit&#233; (Cf. la traduction de la Constitution par Bouche). M&#234;me si l'impression r&#233;v&#232;le parfois, au creux de la publication fran&#231;aise, quelques remont&#233;es de la parole populaire en proven&#231;al, la citoyennet&#233; nouvelle appelle le fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'engagement r&#233;volutionnaire du peuple sociologique ne porte pas la langue du peuple en arme du peuple. Et encore moins bien s&#251;r comme langue d'un Peuple. Les vieilles franchises communales sont sacrifi&#233;es dans l'adh&#233;sion &#224; la Nation et l'ouverture &#224; la citoyennet&#233;. On sait comment leur nostalgie nourrira la pens&#233;e de Maurras. &lt;br class='autobr' /&gt; Paradoxalement ; et seulement en apparence, c'est dans la premi&#232;re moiti&#233; du 19e si&#232;cle que va m&#251;rir un retour au concept de langue d'un Peuple, alors m&#234;me que ce peuple commen&#231;ait &#224; abandonner sa langue. Les raisons de l'abandon sont multiples et complexes. Mais &#224; l'&#233;vidence s'y nouent - l'exigence du pouvoir, qui veut distiller son id&#233;ologie, et favoriser, &#224; la grande satisfaction de bien des bourgeois, l'insertion dans le march&#233; national, - la r&#233;signation du peuple, qui voit dans l'abandon du proven&#231;al l'int&#233;r&#234;t de ses enfants, devant lesquels s'ouvrent des possibilit&#233;s nouvelles d'acculturation et de promotion sociale, - la r&#233;solution des militants politiques, r&#233;publicains au premier chef, qui se veulent acteurs efficaces dans un cadre pleinement national. D'autant que ma&#238;triser la langue des &#8220;Moussus&#8221;, des Ma&#238;tres, est aussi une fa&#231;on de se faire respecter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La p&#233;riode qui pr&#233;c&#232;de la naissance du F&#233;librige, celle de la pr&#233;-Renaissance, phase de transition particuli&#232;rement significative, pr&#233;sente un paradoxe apparent : gr&#226;ce aux progr&#232;s d&#233;cisifs de l'alphab&#233;tisation (en fran&#231;ais) d&#233;veloppement, voire inflation de la publication et du lectorat en proven&#231;al, au moment o&#249; le d&#233;clin de la langue commence, mais o&#249; elle est encore parl&#233;e par le plus grand nombre. Et, pour la premi&#232;re fois, avec bien des &#8220;Troba&#239;res&#8221;, la publication en proven&#231;al n'est pas seulement &#8220;po&#233;tique&#8221; ou religieuse, elle touche &#224; la normalit&#233; de la vie, et souvent, dans l'engagement, au politique et au social. &lt;br class='autobr' /&gt; L'av&#232;nement brutal de l'Empire autoritaire (en 1851-1852) va mettre le hola. Et si les &#8220;po&#232;tes proven&#231;aux&#8221; se rassemblent en 1852 et 1853, si le F&#233;librige se cr&#233;e en 1854, ce sera plus dans la tentation de la &#8220;grande litt&#233;rature&#8221; que de l'intervention sociale ou politique. Ainsi s'installe une dichotomie dont on ne devait plus sortir pendant des g&#233;n&#233;rations : au fran&#231;ais, les choses s&#233;rieuses, au proven&#231;al la po&#233;sie... Et ce m&#234;me chez des lutteurs durement engag&#233;s (cf. les Communards Clovis Hugues et Lucien Geoffroy...), alors m&#234;me que l'id&#233;ologie f&#233;d&#233;raliste et socialiste internationaliste n'&#233;tait pas sans partisans populaires. On veut sauver par la Lettre, donc se mettre &#224; l'&#233;gal du fran&#231;ais, ce qui fut la langue d'un Peuple trahi par l'Histoire. C'est la grande, la superbe entreprise d'un Mistral. Mais le peuple est ailleurs, m&#234;me s'il salue le Ma&#238;tre avec respect et reconnaissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi se cr&#233;e la mythe d'une Nation proven&#231;ale non conflictuelle, unie dans sa langue et pour sa langue. Alors qu'au m&#234;me moment, unies dans la m&#234;me opposition &#224; l'&#233;tat espagnol archa&#239;que et oppresseur, dans le m&#234;me patriotisme linguistique catalan, la bourgeoisie et les travailleurs catalans s'affrontent durement, sans faux unanimisme : nation oui, mais vivante, c'est-&#224;-dire aussi conflictuelle...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques r&#233;flexions sur les proven&#231;alistes bas-alpins et 1851</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article367</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Honnorat</dc:subject>
		<dc:subject>Arbaud</dc:subject>
		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - Bulletin de l'Association 1851 pour la m&#233;moire des R&#233;sistances r&#233;publicaines, n&#176; 22 - Janvier 2003 &lt;br class='autobr' /&gt; Quelques r&#233;flexions sur les proven&#231;alistes bas-alpins et 1851 En parcourant le Sud-Est &#224; l'occasion de la comm&#233;moration de la R&#233;sistance de 1851, et souvent &#224; l'invitation d'associations occitanistes ou d'Escolo f&#233;libr&#233;ennes, j'ai pu v&#233;rifier, si besoin &#233;tait, (et besoin est, semble-t-il, pour beaucoup de bons esprits, pour lesquels la conscience nationale ne saurait se nourrir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Oc. Auteurs, &#233;rudits&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Honnorat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Arbaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - Bulletin de l'Association 1851 pour la m&#233;moire des R&#233;sistances r&#233;publicaines, n&#176; 22 - Janvier 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions sur les proven&#231;alistes bas-alpins et 1851&lt;br class='autobr' /&gt;
En parcourant le Sud-Est &#224; l'occasion de la comm&#233;moration de la R&#233;sistance de 1851, et souvent &#224; l'invitation d'associations occitanistes ou d'Escolo f&#233;libr&#233;ennes, j'ai pu v&#233;rifier, si besoin &#233;tait, (et besoin est, semble-t-il, pour beaucoup de bons esprits, pour lesquels la conscience nationale ne saurait se nourrir de conscience r&#233;gionale, et r&#233;ciproquement) combien &#233;tait fort et complexe le lien entre sentiment d'appartenance r&#233;gionale et conscience citoyenne r&#233;publicaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cartons la caricature d'analyse que certains historiens, et non des moindres, nous pr&#234;tent volontiers : une paysannerie m&#233;ridionale lev&#233;e en 1851 pour d&#233;fendre non pas la R&#233;publique d&#233;mocratique et sociale, mais pour s'opposer &#224; Paris et d&#233;fendre les sp&#233;cificit&#233;s occitanes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pointons seulement le sentiment l&#233;gitime de fiert&#233; qui anime ces &#8220;r&#233;gionalistes&#8221; impliqu&#233;s aujourd'hui dans la comm&#233;moration, alors que tant d'autres, qu'ils soient r&#233;gionalistes (souvent conservateurs, voire fascisants), ou qu'ils ne le soient pas, ne se sont gu&#232;re souci&#233;s de comm&#233;morer. Fiert&#233; qu'une des meilleures traditions r&#233;gionales soit la tradition d&#233;mocratique, fiert&#233; que cet engagement d&#233;mocratique ait pu s'exprimer en langue d'Oc comme en fran&#231;ais, reconnaissance &#224; l'&#233;gard de ces humbles, dont la plupart ne parlaient que &#8220;patois&#8221;, qui sont su se lever et se sacrifier pour la R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouve que deux &#233;rudits ont &#233;t&#233; (&#224; leur corps d&#233;fendant) grandement &#224; la source de cette conscience r&#233;gionaliste &#8220;progressiste&#8221;, telle que nous avons pu la vivre depuis le tournant de 1968.&lt;br class='autobr' /&gt;
Damase Arbaud, par sa collecte de chansons populaires, &#233;tait le garant d'un retour aux sources de l'authenticit&#233; populaire, d&#233;gag&#233;e des artifices folkloriques. Ses &lt;i&gt;Chants populaires de la Provence&lt;/i&gt;, publi&#233;s &#224; Aix en 1862 et 1864 avaient &#233;t&#233; reprint&#233;s en 1972 (Chantemerle, Nyons). Ils l'ont &#233;t&#233; &#224; nouveau en 2000.&lt;br class='autobr' /&gt;
Simon-Jude Honnorat &#233;tait par son &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue d'Oc ancienne et moderne&lt;/i&gt;, paru &#224; Digne en 1846-1847 (proven&#231;al-fran&#231;ais) et 1848 (fran&#231;ais-proven&#231;al) le fondement d'un retour en dignit&#233; &#224; la graphie classique de la langue d'Oc, d&#233;gag&#233;e des enfermements localistes et provinciaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux hommes qui, par l'opposition violente que leur &#339;uvre avait rencontr&#233;e en son temps du c&#244;t&#233; de l'officialit&#233; f&#233;libr&#233;enne, apparaissaient aux jeunes gens en col&#232;re des ann&#233;es 1970 comme des pr&#233;curseurs de la renaissance populaire et d&#233;mocratique qu'ils essayaient d'initier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouve que ces deux hommes &#233;taient des Bas-Alpins. Et qu'ils n'&#233;taient pas des &#233;piph&#233;nom&#232;nes dans les Basses-Alpes de leur temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, ce bout du monde isol&#233; et arri&#233;r&#233; que les autorit&#233;s et la presse nationale de la Monarchie de Juillet aimaient &#224; pr&#233;senter comme une &#8220;Alg&#233;rie de l'int&#233;rieur&#8221;, a &#233;t&#233; en fait, et justement sans doute &#224; cause de ces conditions socio-&#233;conomiques, un foyer tr&#232;s important d'&#233;rudition historique et linguistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'&#339;uvre linguistique de ces deux hommes est relativement bien connue dans les milieux qu'elle a sensibilis&#233;s dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, on ne peut en dire autant de leur biographie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Damase Arbaud (1814-1876) n'&#233;tait le plus souvent qu'un nom : sa biographie est absente ou dans le meilleur des cas &#224; peine esquiss&#233;e dans les reprints r&#233;cents, qui s'en sont tenus &#224; des indications sommaires : maire de Manosque, m&#233;decin estim&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Honnorat (1783-1852), n'ayant pas eu l'heur de pareilles r&#233;&#233;ditions, demeurait pour la tr&#232;s grande majorit&#233; de ses disciples, ou de ses adversaires, une r&#233;f&#233;rence priv&#233;e de sa dimension humaine. Rares &#233;taient ceux qui avaient eu la possibilit&#233; ou tout simplement l'envie de lire les rares &#233;tudes biographiques qui lui avaient &#233;t&#233; consacr&#233;es, fin XIXe et d&#233;but XXe, dans les Bulletins des soci&#233;t&#233;s savantes des Basses-Alpes et de l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, pour avoir contribu&#233; par ma th&#232;se* &#224; un approfondissement de la connaissance de sa biographie et de la maturation de l'&#339;uvre d'Honnorat, je suis pay&#233; pour savoir qu'aujourd'hui encore, beaucoup s'en tiennent &#224; la r&#233;p&#233;tition de ces &#233;tudes anciennes, sans chercher &#224; savoir ce que la recherche contemporaine peut apporter. Mais si je rappelle ici l'existence de ma th&#232;se, parfaitement ignor&#233;e par nombre de &#8220;sp&#233;cialistes&#8221;, ce n'est pas par gloriole d'auteur, mais parce qu'elle est n&#233;e d'une contradiction que je vivais dans ma pratique et ma conscience d'intervenant culturel, contradiction entre r&#233;f&#233;rences mythiques et histoire r&#233;elle, qui ne pouvait se d&#233;passer que par une reconsid&#233;ration du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans leur immense majorit&#233; en effet, les courants qui se sont r&#233;clam&#233;s de ces deux hommes, et j'en participais, s'inscrivaient dans ce que nous appellerons d'une fa&#231;on certes r&#233;ductrice et sch&#233;matique, le r&#233;gionalisme de gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, par une sorte d'ironie de l'Histoire, ce sont deux porte-drapeaux du conservatisme politique le plus affirm&#233; qui ont fourni mati&#232;re et r&#233;f&#233;rence aux jeunes gens qui, dans la foul&#233;e de 1968, pla&#231;aient dans leur engagement r&#233;gionaliste leurs esp&#233;rances de d&#233;mocratie sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Loin de moi l'id&#233;e de discr&#233;diter l'&#339;uvre de collectage d'Arbaud et l'&#339;uvre linguistique monumentale d'Honnorat par un opprobre jet&#233; sur leurs engagements politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon propos est seulement de tenter d'expliquer les liens qui ont pu exister entre ces engagements et ces &#339;uvres, et, partant, de mieux r&#233;fl&#233;chir &#224; ce dont ces &#339;uvres sont porteuses aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;decins tous deux, et donc, de par leur formation, hommes de culture, d'ouverture, d'&#233;changes &#233;pistolaires avec une foule de correspondants proches et lointains, Arbaud et Honnorat &#233;taient aussi, de par leur m&#233;tier, hommes de contacts, profond&#233;ment enracin&#233;s dans leur milieu local, en relation avec toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, et au premier chef avec le peuple. Un peuple dont Honnorat, fils de cultivateurs d'Allos, &#233;tait issu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Honnorat est demeur&#233; fid&#232;le toute sa vie aux principes qui ont berc&#233; son enfance. N&#233; avant la R&#233;volution, il demeurera toute sa vie un monarchiste in&#233;branlable, il saluera avec enthousiasme le retour des Bourbons, en sera r&#233;compens&#233; par la direction des Postes de Digne. Mais, refusant de pr&#234;ter le serment &#224; l'usurpateur Louis-Philippe en 1830, comme d'autres &#233;rudits bas-alpins (ainsi le magistrat De Laplane &#224; Sisteron, exhumateur de la graphie occitan classique lui aussi) et par l&#224; m&#234;me priv&#233; de son emploi, Honnorat s'enfermera dans un l&#233;gitimisme qui l'isole politiquement de la plupart des notables bas-alpins, dont l'orl&#233;anisme ne recouvre souvent qu'un f&#233;roce app&#233;tit de pouvoir, municipal ou d&#233;partemental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arbaud justement fait partie de ces notables. N&#233; en 1814, il n'aura pas d'&#233;tat d'&#226;me pour saluer le r&#233;gime de la Monarchie de Juillet dont il sera fid&#232;le serviteur : jeune maire (nomm&#233; par le pouvoir) de Manosque de 1843 &#224; 1848, conseiller g&#233;n&#233;ral sous le Second Empire d&#232;s 1852, il participera de cette id&#233;ologie modernisatrice qui traverse la France bourgeoise des ann&#233;es 1840. Ses r&#233;alisations &#224; Manosque en t&#233;moignent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait normal que la grande coupure de 1848-1851 soit v&#233;cue par Arbaud et par Honnorat comme une catastrophe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ils ne la vivent pas de la m&#234;me fa&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Honnorat vivait d&#233;j&#224; dans l'isolement et la d&#233;r&#233;liction la tutelle de la Monarchie de Juillet. Il ne peut que rejeter la R&#233;publique, et encore plus les courants r&#233;publicains les plus avanc&#233;s. C'est un homme seul : le l&#233;gitimisme n'a plus de support de presse ou d'organisation dans un d&#233;partement o&#249; son influence est tr&#232;s faible. Le r&#233;f&#233;rent l&#233;gitimiste d'Honnorat est la puissante Gazette du Midi qui lui arrive de Marseille. On retrouve en 1850 le vieil Honnorat, arrachant le soir dans les rues d&#233;sertes de Digne les affiches d&#233;mocrates, en compagnie de sa fille... Activisme d&#233;sesp&#233;r&#233; de cette fin de vie, dont rend compte de fa&#231;on cruelle le journal bas-alpin de la d&#233;mocratie socialiste document 1. Il est vrai que l'heure n'&#233;tait pas &#224; se faire des cadeaux, et que les dirigeants bas-alpins de la Montagne, Langomazino au premier chef, commenceront &#224; payer de leur libert&#233;, quelques semaines apr&#232;s, leur engagement politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arbaud, par contre, est profond&#233;ment impliqu&#233; dans le parti de l'Ordre. La R&#233;publique l'a chass&#233; de son poste de maire d&#232;s mars 1848, il voit Manosque aux mains des Rouges que soutiennent en sous-main des clans bourgeois traditionnellement oppos&#233;s au sien. C'est tout naturellement qu'il se range dans le camp des notables conservateurs, intervient activement dans leur presse dont il devient un des responsables et intervenants majeurs. Il suffit de lire le &lt;i&gt;Journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt; qui, apr&#232;s un extraordinaire travestissement opportuniste (il prend pour titre Le Socialiste !) deviendra bien vite &lt;i&gt;L'Ami de l'Ordre, journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt;, dont Arbaud est &#233;ditorialiste. La contribution de Colette Chauvin, publi&#233;e dans ce m&#234;me bulletin, en donne une pr&#233;sentation particuli&#232;rement parlante.&lt;br class='autobr' /&gt;
En quoi ces p&#233;rip&#233;ties politiques ont-elles pu jouer dans la vision que les deux hommes se font de la Provence, et de la Nation ? En quoi ont-elles pu intervenir dans leurs travaux &#233;rudits ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1848, tout est d&#233;j&#224; jou&#233; pour Honnorat. Son dictionnaire est annonc&#233; d&#232;s les ann&#233;es 1830, le prospectus en est publi&#233; en 1840. &#192; l'indiff&#233;rence des &#233;lites au plan national, correspondent, au plan d&#233;partemental, et ce d&#232;s la fin des ann&#233;es 1830, les railleries &#224; peine dissimul&#233;es des jeunes &#233;lites cultiv&#233;es, dans le premier &lt;i&gt;Journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt;, le journal du clan Fortoul. En dehors des acad&#233;miques Annales des Basses-Alpes, o&#249; il est tr&#232;s pr&#233;sent d&#232;s 1838, les seuls secteurs bas-alpins o&#249; l'&#339;uvre immense d'Honnorat ait un &#233;cho sous la Monarchie de Juillet sont d'une part ceux de la vraie &#233;rudition archivistique locale, ainsi &#224; Sisteron, et d'autre part celui de l'enseignement primaire, avec la belle tentative de son disciple l'instituteur L.Masse, &lt;i&gt;La Grammaire du Peuple, ou Grammaire Fran&#231;aise expliqu&#233;e au moyen du Proven&#231;al, Ouvrage avec lequel on peut, sans le secours d'un ma&#238;tre, r&#233;soudre toutes les difficult&#233;s de la Langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Digne, 1840.&lt;br class='autobr' /&gt;
Honnorat a publi&#233; la premi&#232;re partie de son &#8220;Grand &#338;uvre&#8221; en 1846, apr&#232;s trente ans de maturation et de tentatives infructueuses. L'&#233;cho a &#233;t&#233; faible et d&#233;courageant. La seconde partie est enfin publi&#233;e en 1848, et on se doute que les p&#233;rip&#233;ties politiques de cette ann&#233;e ne vont pas contribuer &#224; la faire conna&#238;tre. De ce point de vue, Honnorat est un homme bless&#233;. Il a trop longuement lutt&#233; pour parvenir &#224; &#233;diter son dictionnaire, pour que la d&#233;ception ne soit pas &#224; la mesure des esp&#233;rances.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'horizon culturel d'Honnorat, en mati&#232;re historique et linguistique, a m&#234;l&#233; trois composantes : les archives o&#249; il d&#233;couvre la vieille langue not&#233;e en dignit&#233; graphique et non en facilit&#233;s patoisantes, la langue qui fut la premi&#232;re de son enfance &#224; Allos (v&#233;ritable conservatoire de l'occitan), les informations sur les autres parlers d'Oc qu'il puise dans ses lectures ou sollicite de ses correspondants. Ainsi se nouent les deux fils qui peuvent alors sous-tendre une conscience proven&#231;aliste : d&#233;couvrir et comprendre un pass&#233; d'autonomie et de dignit&#233;, mettre en rapport positif l'existence de cette langue &#8220;abandonn&#233;e au peuple&#8221; et la n&#233;cessaire acquisition de la langue nationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si dans sa pratique de vie, et dans son engagement l&#233;gitimiste, Honnorat accepte cette insertion dans la nation fran&#231;aise, il la refuse de fa&#231;on v&#233;h&#233;mente dans son &#339;uvre, toute p&#233;trie de nostalgie d'un temps d'ind&#233;pendance. Un floril&#232;ge de ses interventions en atteste suffisamment. Paris, o&#249; il a v&#233;cu dans sa jeunesse &#233;tudiante, est &#224; la fois la Babylone o&#249; fermentent les funestes doctrines r&#233;volutionnaires et le si&#232;ge d'un pouvoir monstrueusement centralisateur et uniformisateur. Entre une Provence mythique et un appareil d'&#233;tat de plus en pr&#233;gnant et tentaculaire, la place du peuple, pourtant acteur de l'histoire, reste vide. Et c'est la langue (du peuple) qui prend cette place document 2.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d'ailleurs int&#233;ressant de mesurer les clivages au sein des d&#233;mocrates de 1848-1851 &#224; l'&#233;gard de cette langue. Si des leaders comme Ailhaud l'utilisent constamment dans la propagande orale, elle fera d&#233;faut &#224; certains lors de moments d&#233;cisifs document 3. Pour le dirigeant d&#233;mocrate-socialiste Langomazino, autodidacte et po&#232;te ouvrier, seule compte, en dignit&#233; et efficacit&#233; la ma&#238;trise de la langue nationale. Il renvoie aux poubelles de l'histoire et la langue d'Oc... Pour Langomazino, le vieux l&#233;gitimiste qui d&#233;chire les affiches d&#233;mocrates n'est qu'un compilateur de mauvais &#8220;patois&#8221; document 1... Mais &#224; la mort d'Honnorat, en 1852, l'&#233;rudit dignois n'a pas non plus vraiment, de ce point de vue, les honneurs du journal conservateur L'Ami de l'Ordre. Les quelques lignes qui lui sont consacr&#233;es ne mentionnent m&#234;me pas son dictionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1848, l'horizon culturel d'Arbaud est &#224; la fois proche et diff&#233;rent de celui d'Honnorat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la diff&#233;rence d'Honnorat, homme de la montagne &#8220;descendu&#8221; &#224; Digne, et tourn&#233; vers tous les horizons du Midi occitan, Arbaud est enracin&#233; dans Manosque dont il &#233;tudie l'histoire. Sa fonction de maire l'a mis &#233;videmment au contact des archives communales, et &#224; travers l'histoire du Manosque m&#233;di&#233;val, c'est &#233;videmment la langue d'Oc qu'il rencontre, une langue qu'il conna&#238;t d'autant mieux que sa fonction de m&#233;decin l'am&#232;ne &#224; l'utiliser au quotidien. Mais c'est aussi la graphie classique du proven&#231;al qu'il d&#233;couvre dans les archives, une graphie bien diff&#233;rente de celle que peuvent alors utiliser les &#233;crivants proven&#231;aux du Manosque pr&#233;sent, comme par exemple le tr&#232;s l&#233;gitimiste Avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'&#339;uvre historique manosquine de Arbaud est d&#233;j&#224; en partie r&#233;alis&#233;e en 1851, et s'il la poursuivra encore en 1852 en continuant la publication de ses &lt;i&gt;&#201;tudes sur Manosque m&#233;di&#233;vale&lt;/i&gt;, sa collecte proven&#231;ale est encore &#224; venir. On sait qu'elle sera suscit&#233;e par la demande de son ami Fortoul, devenu tr&#232;s r&#233;pressif ministre de Napol&#233;on III et initiateur d'une grande enqu&#234;te sur la culture populaire. Arbaud est correspondant du Minist&#232;re de l'Instruction publique pour les travaux historiques. Tout naturellement, il utilisera, pour noter les chansons collect&#233;es, des normes graphiques proches de celles pr&#233;conis&#233;es par Honnorat, normes dans lesquelles il retrouve celles de ses archives. Ce choix lui attirera les reproches des premiers f&#233;libres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'essentiel de l'&#339;uvre est bien &#233;videmment ailleurs que dans ces choix de langue et de graphie. Car ce n'est pas la langue qui est mise en avant dans le recueil d'Arbaud, mais le peuple. Il se trouve que le peuple ne parle pas encore suffisamment fran&#231;ais... Chansons populaires... Tel &#233;tait bien l'objet de l'enqu&#234;te Fortoul. Mais quel peuple ? Est-ce le peuple r&#233;el, celui dont les cahiers de chansons que les chercheurs peuvent retrouver montrent &#224; quel point, dans son oralit&#233; proven&#231;ale maintenue, il &#233;tait d&#233;j&#224; p&#233;n&#233;tr&#233; de culture fran&#231;aise ? Est-ce ce peuple r&#233;el, qui s'est lev&#233; massivement pour d&#233;fendre la R&#233;publique en 1851 ? Certes pas. Arbaud, dans son journal, ne manque jamais de rappeler &#224; quel point ce peuple est incapable de discernement et de vrai choix r&#233;fl&#233;chi. Aussi bien son journal de combat justifie-t-il sans &#233;tats d'&#226;me les pires aspects de la r&#233;pression document 4.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un exemple particuli&#232;rement significatif est celle de l'utilisation du proven&#231;al dans son journal, o&#249; la tr&#232;s rare expression proven&#231;ale, dans sa phase d'adh&#233;sion opportuniste au nouveau pouvoir r&#233;publicain, est celle d'un suppos&#233; &#8220;amoura&#239;re&#8221;, d'un r&#233;mouleur ridiculement candidat socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de Paris, mais servile devant le pouvoir, le notable consid&#232;re en d&#233;finitive que la d&#233;l&#233;gation de pouvoir faite aux notables, par le suffrage universel masculin d&#233;sormais r&#233;tabli int&#233;gralement par le Prince-Pr&#233;sident, doit porter aux affaires les seules &#233;lites bourgeoises &#224; m&#234;me de g&#233;rer communes et d&#233;partements, en bons repr&#233;sentants du pouvoir central. Ainsi se justifie en 1852, alors que des milliers de Proven&#231;aux sont encore entass&#233;s dans les ge&#244;les du pouvoir, la stup&#233;fiante revendication de dignit&#233; r&#233;gionale et locale, dans la reprise de la traditionnelle attaque contre Paris document 5, et l'occultation absolue d'une insurrection bas-alpine qu'il d&#233;nonce si violemment par ailleurs document 6 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; MERLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Documents&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Document 1&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant des Alpes&lt;/i&gt;, Digne, r&#233;dacteur en chef L.Langomazino, 27 avril 1850.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Le sieur Honorat, m&#233;decin c&#233;l&#232;bre dans notre d&#233;partement, pour avoir donn&#233; son nom &#224; une esp&#232;ce de papillon, sans doute nocturne ; pour avoir commis un incommensurable vocabulaire en fran&#231;ais de cuisine et patois de tous les pays ; plus c&#233;l&#232;bre encore par ses ant&#233;c&#233;dents tristement politiques, vient de faire son dernier exploit et de jeter son dernier &#233;clat, comme une lampe qui va s'&#233;teindre. R&#233;duit &#224; l'impuissance par une paralysie que l'on serait tent&#233;e de croire providentielle, en &#233;coutant les sinistres paroles de ce vieux lion sans griffes, mais stimul&#233; par l'air belliqueux d'une &#034; jeune et jolie &#034; personne dont l'&#226;me est aussi belle que les traits, par sa fille, nouvelle Charlotte Corday, &#224; qui il ne manque qu'un Marat ou un Ponsard, il a cru donner un coup mortel au socialisme, &#224; la R&#233;publique, dont l'existence trouble son sommeil, en d&#233;chirant de ses mains convulsives... une affiche de l'Ind&#233;pendant et en essayant d'en fouler de ses pieds, mal rassur&#233;s, les d&#233;bris &#233;pars.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aurions pu demander compte &#224; la justice, &#224; ce d&#233;fenseur de la propri&#233;t&#233;, du dommage caus&#233; par lui &#224; la n&#244;tre, mais nous n'avons pas voulu jeter du noir dans cette belle intelligence et nous priver ainsi, peut-&#234;tre, de quelque excellente tartine, comme on n'en trouve que dans &#034; L'Ami de l'Ordre &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel malheur que &#034;L'Ind&#233;pendant&#034; n'ait jamais &#224; faire qu'&#224; des enfants, &#224; des podagres, &#224; des castrats !&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document 2&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien isol&#233;e, mais fort originale et percutante appara&#238;t la position d'Honnorat, dont on peut reconna&#238;tre l'efficacit&#233; pol&#233;mique dans un article sign&#233; X , dans le ler num&#233;ro du tr&#232;s conservateur &lt;i&gt;Le Bas-Alpin&lt;/i&gt;, 11-11-1838 que nous avons pu retrouver. Il s'agit d'un commentaire sur le &lt;i&gt;Manuel du Proven&#231;al ou les Proven&#231;alismes corrig&#233;s, &#224; l'usage des habitants des D&#233;partements des Bouches-du-Rh&#244;ne, du Var, des Basses-Alpes, de Vaucluse et du Gard&lt;/i&gt;, par C.D.G., (De Gabrielli) Aix, Marseille, 1836.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Manuel du Proven&#231;al : Nous sommes proven&#231;aux ! voyez le grand malheur ! c'est &#224; cette circonstance fortuite de la naissance que nous sommes redevables d'avoir un beau ciel, des campagnes riantes, une imagination ardente, des passions vives, tout ce qui charme les sens, tout ce qui ravit l'esprit. Pl&#251;t &#224; Dieu que cet agrandissement par juxtaposition qui a fait qu'une province qui avait son individualit&#233;, est devenu simple &#233;l&#233;ment h&#233;t&#233;rog&#232;ne d'un tout auquel il est convenu de dire qu'on est fier d'appartenir, ne se f&#251;t pas op&#233;r&#233;, et nous, proven&#231;aux, nous pourrions impun&#233;ment aux avantages que nous poss&#233;dons, &#224; toutes les originalit&#233;s qui nous distinguent, joindre celle qui nous sied si bien entre nous, l'originalit&#233; du langage. Mais la partie attractive de la population dont nous sommes maintenant membres obscurs et honteux, n'entend pas plus raillerie sur ce point que sur beaucoup d'autres. Elle veut, et cela avec l'inflexible &#233;nergie que se permettent les tyrans heureux, que nous soyons v&#234;tus et coiff&#233;s comme elle ; que ses sentiments soient les n&#244;tres, que nous pensions, que nous parlions comme il lui pla&#238;t. Ce n'est pas qu'au fond je lui conteste le droit de diriger les faits externes et internes de chaque individu plac&#233; dans sa sph&#232;re d'action ; il est &#233;vident qu'elle en a le droit puisqu'elle le fait et que toute d&#233;rogation aux r&#232;gles qu'elle a &#233;tablies est une rebellion coupable qui m&#233;rite r&#233;pression. Moi donc, bon et pacifique citoyen, qui non seulement m'attache &#224; suivre religieusement la ligne qui fut trac&#233;e, mais qui m'afflige sinc&#232;rement de voir les autres s'en &#233;carter, je jette, et j'invite les gens sens&#233;s &#224; faire comme moi, dans ce fleuve de civilisations qui entra&#238;ne, bon gr&#233; mal gr&#233;, toutes les petites nationalit&#233;s qui se donnent les airs de vouloir vivre encore lorsque leur derni&#232;re heure a sonn&#233;, tout mon vieux bagage de province ; c'est dit, c'est d&#233;cid&#233;, il ne sortira plus de ma bouche un mot qui sente le terroir, je ne parlerai plus, je n'&#233;crirai plus sans avoir lu au pr&#233;alable, consult&#233; ma grammaire, mon dictionnaire, mes synonymes. Je veux qu'on dise de moi que je suis fran&#231;ais des pieds &#224; la t&#234;te, que je le suis par l'esprit, par la langue ; par la langue surtout, entendez-le bien, c'est l'essentiel ; il y va de mon avenir, de l'avenir du pays, et je ne plaisante pas, je vous prie de m'en croire, je l'ai dit au s&#233;rieux. Quels sont ceux qui se poussent, qui arrivent aux emplois, qui r&#232;glent les destin&#233;es du pays, qui font son bonheur ; ceux qui parlent le plus, ceux qui parlent le mieux. En m&#233;ditant sur cette corr&#233;lation intime qui existe entre le sort de soi et le sort des autres, au sujet de l'influence exerc&#233;e par le langage, je me sens saisi d'une sainte v&#233;n&#233;ration pour les grammairiens, pour les lexicographes, pour... Mais ne voil&#224;-t-il pas que je suis mis &#224; l'aise par M..., ma foi ce n'est point ma faute si je ne vous dis pas son nom. Il n'a mis sur le frontispice que ses trois initiales et je ne puis l'appeler que C.D.G. quel qu'il soit, je le prie de recevoir le tribut de ma juste gratitude, je suis enchant&#233; de son manuel du proven&#231;al : il a eu l'art de faire &#224; propos de notre idiome une excellente grammaire que les classiques les plus consomm&#233;s liront avec plaisir &#224; cause du tour nouveau et piquant qu'il a donn&#233; &#224; ses observations ; il a eu ensuite la patience d'enregistrer par ordre alphab&#233;tique toutes les locutions que nous devons &#224; notre &#233;ducation premi&#232;re et qui nous attirent les moqueries de nos intol&#233;rants compatriotes du nord. D'o&#249; il suit qu'on peut, en quelques jours et &#224; peu de frais, &#224; l'aide de son livre qui remplace avantageusement tous ceux qu'on aurait besoin de consulter, se nationaliser compl&#232;tement f&#251;t-on proven&#231;al comme l'&#233;taient il y a vingt ans les plus purs paysans de nos contr&#233;es&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte ignor&#233; d'Honnorat t&#233;moigne de l'extraordinaire retournement qui fait du petit paysan priv&#233; de fran&#231;ais et luttant seul pour l'acqu&#233;rir, &#224; partir du vocabulaire d'Achard, le proclamateur solitaire et amer d'une nation dont la langue est l'embl&#232;me et la chair &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Ren&#233; Merle, L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840, inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges, B&#233;ziers, C.I.D.O. 1990, 1030 p. Texte int&#233;gral et corrig&#233; de la th&#232;se soutenue en 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document 3&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une banalit&#233; aujourd'hui que de rappeler l'usage quasi g&#233;n&#233;ral du proven&#231;al dans la population varoise des ann&#233;es 1840-1850.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'en reste pas moins que l'historiographie contemporaine a pu, sinon ignorer ce fait majeur, &#224; tout le moins le sous-estimer, jusqu'&#224; ce que notre obstination (cf. en particulier les travaux de Philippe Gardy, Philippe Martel, Ren&#233; Merle) &#224; &#233;voquer ce fait finisse par faire mouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Particuli&#232;rement significative est, dans l'ensemble des travaux de recherche, l'absence de mention du t&#233;moignage de Duteil, ce journaliste r&#233;publicain venu de Marseille se mettre au service de l'insurrection varoise, et auquel on offre le g&#233;n&#233;ralat :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Je voulais bien faire mon devoir de citoyen et de soldat, &#233;crit Camille Duteil dans un opuscule justificatif publi&#233; &#224; chaud en Pi&#233;mont o&#249; il s'est r&#233;fugi&#233; &lt;i&gt;Trois jours de g&#233;n&#233;ralat ou un &#233;pisode de la guerre civile dans le Var&lt;/i&gt; d&#233;cembre 1851, Savone, F.Rossi, 1852), mais je ne me souciais pas d'&#234;tre chef dans le Var et voici pourquoi : d'abord je ne connaissais pas la langue proven&#231;ale, et il faut parler aux hommes leur langage maternel quand on veut &#234;tre bien compris&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Duteil accepte, et on conna&#238;t la suite, qui ne sera pas glorieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappeler l'oralit&#233; occitane des insurg&#233;s est donc rappeler une &#233;vidence, m&#234;me si cette &#233;vidence a pu &#234;tre grandement occult&#233;e par la suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait aussi, gr&#226;ce aux travaux d&#233;velopp&#233;s sur ce th&#232;me depuis une vingtaine d'ann&#233;es, combien l'ali&#233;nation linguistique laissait au fran&#231;ais tout, ou presque tout, le champ de l'&#233;criture et de la publication &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Ren&#233; Merle, &#8220; De Charles Dupont &#224; No&#235;l Blache, le r&#233;cit impossible du t&#233;moin&#8221;, Actes du colloque international R&#233;cit d'Occitanie, 20001, UMR &lt;br class='autobr' /&gt;
TELEMME, MMSH Aix en Provence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document 4&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur &lt;i&gt;L'Ami de l'Ordre, journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Passons sur les innombrables informations concernant les arrestations, les regroupements de prisonniers, les convois vers Marseille et Toulon, passons sur les nombreuses ventes de biens, manifestement en cons&#233;quence d'une r&#233;pression impitoyable. Signalons seulement cet abominable appel &#224; la r&#233;pression, en commentaire d'une d&#233;cision du ministre des travaux publics : les cantonniers seront dor&#233;navant nomm&#233;s par le pr&#233;fet. &#034; On applaudira vivement &#224; cette mesure qui donne &#224; l'administration les moyens de cong&#233;dier sans entraves les cantonniers qui en tr&#232;s grand nombre ont pris dans le d&#233;partement des Basses-Alpes une part active &#224; l'insurrection &#034; (15 janvier 1852). Et relevons ce terrible entrefilet dat&#233; du 26 f&#233;vrier 1852, chronique locale de Digne, que nous donnons en totalit&#233; : &#034; Dans l'apr&#232;s-midi du 24, un d&#233;tenu politique de la prison des passagers, s'&#233;tant approch&#233; de la fen&#234;tre qui donnait sur le cours et ayant r&#233;pondu par des propos et par des gestes insultants &#224; la sentinelle qui lui enjoignait de se retirer, a &#233;t&#233; travers&#233; par une balle qui l'a tu&#233; sur le coup. Cet homme est le nomm&#233; Nicolas Th&#233;odore, de Barcelonnette, plus connu sous le nom de Mi de Colette. Il &#233;tait un des plus compromis dans le mouvement insurrectionnel qui a &#233;clat&#233; dans cette ville, non pas tant au point de vue politique, que pour les actes odieux dont il s'&#233;tait personnellement rendu coupable. C'&#233;tait un de ceux que la Commission d&#233;partementale avait renvoy&#233;s devant les conseils de guerre pour tentative d'assassinat sur la personne de M. Marchal, garde g&#233;n&#233;ral des eux et for&#234;ts &#224; Barcelonnette. Il avait en outre prof&#233;r&#233; des menaces de mort contre un armurier qui avait port&#233; un fusil &#224; un gendarme, mis en joue le directeur de la poste aux lettres lors de l'envahissement de ses bureaux, enfonc&#233; la porte du receveur particulier et pill&#233; sa caisse. C'&#233;tait un enfant des hospices, toujours entra&#238;n&#233; par son caract&#232;re violent et qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; l'emprisonnement pour outrages commis envers un pr&#234;tre, dans l'enceinte de l'&#233;glise m&#234;me &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document 5&lt;br class='autobr' /&gt;
Damase Arbaud, Editorial, &lt;i&gt;L'Ami de l'Ordre, journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt;, 10 juin 1852.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Il est une r&#233;gion dont les habitants ont toutes les bouderies, tous les caprices d'un enfant ; tout le libertinage, tous les vices d'un vieillard ; sceptiques en religion, en philosophie, en morale, en politique, il n'y a rien qu'ils ne tournent en d&#233;rision, rien qu'ils ne livrent au ridicule ; orgueilleux et fats ils laissent dire, ils disent au besoin eux-m&#234;mes que leur pays est le centre du monde, le chef de l'univers, et, qui plus est, ils le croient ; pr&#233;somptueux et amoureux de leur individualit&#233;, chacun, m&#234;me le plus obscur, t&#226;che de souffler la lumi&#232;re des autres pour ne porter devant eux que son flambeau ; braves jusqu'&#224; la t&#233;m&#233;rit&#233; dans le succ&#232;s, ils se d&#233;couragent jusqu'&#224; la panique au premier choc malheureux ; passionn&#233;s par la nouvelle seule, les gouvernements qu'ils se donnent cessent bient&#244;t de leur convenir, non pas tant parce qu'ils sont mauvais que parce qu'ils durent trop. Ce pays est born&#233; au nord par la butte Montmartre, au levant, par Vincennes et Charenton, au midi, par Clamart et Montrouge, et au couchant, par le Bois de Boulogne. On le nomme Paris !...&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh bien ! C'est ce pays qui veut gouverner la France, que dis-je ? qui a la pr&#233;tention d'&#234;tre la France enti&#232;re et qui exige imp&#233;rieusement que chaque localit&#233;, modeste satellite, tourne gauchement autour de son soleil ; et parce que depuis soixante ans, gr&#226;ce &#224; quelques aventuriers audacieux, il a impos&#233; au pays tous les gouvernements qu'il a plu &#224; son caprice de cr&#233;er ; il se r&#233;volte &#224; l'id&#233;e que la majorit&#233; puisse jamais protester et refuser de se soumettre &#224; la volont&#233; omnipotente de sa minorit&#233; turbulente et frondeuse&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document 6&lt;br class='autobr' /&gt;
Damase Arbaud, &#034; Aux &#233;lecteurs &#034;, &lt;i&gt;L'Ami de l'Ordre, journal des Basses-Alpes&lt;/i&gt;, 26 f&#233;vrier 1852.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Quand, il y a dix semaines, l'insurrection d&#233;roulait ses phalanges audacieuses au milieu de nos populations constern&#233;es, quand le pillage et l'assassinat dont on nous avait si longtemps menac&#233;s, pouvaient d'un moment &#224; l'autre devenir une lamentable r&#233;alit&#233;, ou m&#234;me avant que tous ces dangers n'&#233;clatassent, si un homme &#233;tait venu, qui vous e&#251;t dit : cette sanglante conspiration que de mauvais g&#233;nies trament dans l'ombre, je la d&#233;jouerai par la promptitude de mon initiative ; ces soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes qui vous enserrent dans leurs r&#233;seaux et qui menacent de vous &#233;touffer, je les briserai par la vigueur de ma r&#233;pression ; ce socialisme d&#233;cevant qui trompe le peuple par le mirage de ses promesses fallacieuses, je le d&#233;concerterai par la sagesse de mes r&#233;solutions ; cette date sinistre de 1852 qui flamboie sur la soci&#233;t&#233; comme l'inscription miraculeuse sur les murs de Balthazar, je la ferai &#233;vanouir par le prestige de mon nom. [...] Or ceci n'est point une vaine hypoth&#232;se. Les lugubres journ&#233;es de d&#233;cembre ont d&#233;voil&#233; tous les p&#233;rils que couraient vos personnes, vos familles, vos biens ; elles ont d&#233;montr&#233; aux esprits les plus pr&#233;venus que sans la vigoureuse r&#233;solution du Prince Louis-Napol&#233;on, la soci&#233;t&#233; s'ab&#238;mait dans ce d&#233;go&#251;tant mardi-gras d&#233;magogique qu'avait proph&#233;tis&#233; Proudhon &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc, comme le danger demeure &#034; alors que la soci&#233;t&#233; craque encore de toutes parts &#034;, et pour conforter Louis-Napol&#233;on dans sa restauration de l'Ordre, &#034; l'ordre enfin qui est le vrai, le seul moyen d'arriver &#224; la libert&#233; &#034;, il convient de voter pour Fortun&#233; Fortoul (le fr&#232;re du ministre), avocat &#224; Digne, et d'en faire le repr&#233;sentant des Basses-Alpes au corps l&#233;gislatif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lo volame e lo mart&#232;u</title>
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		<dc:date>2025-10-23T08:45:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paja &#034;Mesclum&#034;, La Marseillaise, 7-12-1989
&lt;br class='autobr' /&gt;
Quora escan&#232;t la Republica son Prince President, lo 2 de decembre de 1851, qu'anavan ganhar leis elecions lei republicans vertadiers, s'enauss&#232;ron lei &#034;roges&#034; de Delfinat, Lengad&#242;c e Proven&#231;a, pa&#239;sans, mestieraus, obriers. Lo volame e lo mart&#232;u.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Dau t&#232;mps qu tremolava la b&#242;na borgesi&#225; miejornala, que mandar&#224; de flors a l'armada de Badinguet. Dau temps que lo paure Romanilhe escupissi&#225; sus lei &#034;partejaires&#034; dins son jornau d'Avinhon.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Gl&#242;ria an (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Langue d'Oc, Usage politique 19e si&#232;cle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paja &#034;Mesclum&#034;, &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, 7-12-1989&lt;br class='autobr' /&gt;
Quora escan&#232;t la Republica son Prince President, lo 2 de decembre de 1851, qu'anavan ganhar leis elecions lei republicans vertadiers, s'enauss&#232;ron lei &#034;roges&#034; de Delfinat, Lengad&#242;c e Proven&#231;a, pa&#239;sans, mestieraus, obriers. Lo volame e lo mart&#232;u.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dau t&#232;mps qu tremolava la b&#242;na borgesi&#225; miejornala, que mandar&#224; de flors a l'armada de Badinguet. Dau temps que lo paure Romanilhe escupissi&#225; sus lei &#034;partejaires&#034; dins son jornau d'Avinhon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gl&#242;ria an aquelei oblidats de l'ist&#242;ria oficiala, que si sacrifiqu&#232;ron per la B&#242;na,la Republica democratica e sociala. De sa mem&#242;ria regrelha n&#242;stre esp&#232;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renat Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Decembre de 1851, un p&#242;ple drech</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article509</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Mesclum&#034; La Marseillaise 5 d&#233;cembre 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; 2 de decembre de 1851, ambe son c&#242;p d'estat, lo president de la republica Lois Napoleon Bonaparte assegurava son destin personau tant coma aqueu de la borgesi&#225; d'afars que lo sosteni&#225;. Occupadas per l'armada, lei ciutats gr&#242;ssas de n&#242;stra region bolegueron pas gaire, o pas, e mai, coma Arle e Tolon, qu'aguesson votat per la democracia sociala. De tot biais, leis obriers de Marselha s'enausseron pas per una republica que leis avi&#225; escrachats en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Langue d'Oc, Usage politique 19e si&#232;cle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Mesclum&#034; &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt; 5 d&#233;cembre 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;2 de decembre de 1851, ambe son c&#242;p d'estat, lo president de la republica Lois Napoleon Bonaparte assegurava son destin personau tant coma aqueu de la borgesi&#225; d'afars que lo sosteni&#225;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Occupadas per l'armada, lei ciutats gr&#242;ssas de n&#242;stra region bolegueron pas gaire, o pas, e mai, coma Arle e Tolon, qu'aguesson votat per la democracia sociala. De tot biais, leis obriers de Marselha s'enausseron pas per una republica que leis avi&#225; escrachats en junh de 1848. Bolegueron pas gaire ni mai lei ricas terras blancas de 30, 13, 84, la Proven&#231;a grassa patriarcala.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai s'enausseron en massa paisans e mestieraus dei vil&#242;tas e dei campanhas d'Ardecha, deis Aups-bassas, de Droma, d'Erault, de Var, de l'est de Vauclusa ... apr&#232;s aguer installat de poders comunaus democratics, lei colonas, drapeu rotge en testa, camineron v&#232;rs lei sota-prefecturas e prefecturas. Aquelei de Var, Vauclusa, Droma, sigueron escrachadas. Aquela de 04 liber&#232;t Dinha, reposset l'armada ai Mees. Si disperseron ren que quand sauperon que Fran&#231;a bolegava pas, o plus. Avi&#225;n respectat &#8220;les personnes et les biens&#8221; : per lei grandmercejar, sigu&#232;ron fusilhats, desportats, exhilats per lo poder e son armada d'Africa, que s'era facha la man sus leis Argerians.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'aquesta insurreccion granda ne'n podem traire encuei encara d'unei le&#231;ons. L'insurreccion s'es facha monte s'eran enrasigadas d'organisacions f&#242;rtas, maudespiech de la repression &#8220;anti-rotge&#8221; de 1849-1851.&lt;br class='autobr' /&gt; Per s'enrasigar, la democracia-socialista a partit de la realitat dau pa&#239;s e de sei tradicions : &#8220;chambrettas&#8221; tradicionalas, cercles, etc, devengueron &#8220;societats popularas&#8221;, fogaus de propaganda e d'organisacion, Carnaval e Caramentrant devengu&#232;ron armas de derision contra lei notables e lo poder.&lt;br class='autobr' /&gt; Per s'enrasigar, la D.S a compr&#232;s que, se lo drech a l'instruccion implicava de mestrejar lo franc&#233;s, fali&#225; tanben levar au p&#242;ple la vergonha de sa lenga occitana, e faire tanben sa propaganda dins aquela lenga, (dau temps que Romanilha, aparaire de la lenga dau p&#242;ple escupissi&#225; sus lei Rotges, sus lo p&#242;ple que parlava ren qu'aquela lenga).&lt;br class='autobr' /&gt; La practica dau militant deu anticipar sus l'ideau frairenau : ansin lei trabalhadors participeron a bodre ai jornadas d'adjuda, monte veni&#225;n trabalhar lei bens dei coll&#232;gas malauts o emprisonats&lt;br class='autobr' /&gt; L'ideau deu totjorn aver de perspectivas concretas : l'esperan&#231;a de democracia-sociala a ganhat lei campanhas perd que li prepausava un orizont. La B&#242;na, la Republica dei pa&#239;sans, levari&#225; son poder ai notables, enebiri&#225; l'usura qu'escanava tant de trabalhadors, ajudari&#225; per lo credit lei pichons proprietaris e aquelei que voli&#225;n va devenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Onor donc ais insurgents de 1851, que son remembre enrasigar&#224; per cent ans n&#242;strei campanhas dins l'ideau de la democracia sociala, e vivificar&#224; lei luchas de la Resist&#233;ncia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renat MERLE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Decembre de 1851, cendres o recaliu ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aqu&#242; d'Aqui,62, decembre de 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Valon que per &#231;&#242; que li metem leis aniversaris, se per astre leis oblidam pas. Adonc, b&#242;n aniversari, an'aquelei que per malastre si rescontreron pas gaire : lei que de defendre la libertat sigueron badalhonats, lei que d'aparar sa lenga parleron dins lo vueje. Decembre de 1851, l'armada fusilha per lei c&#242;las deis Aups-bassas, de Var, ca&#231;a lei &#8220;rotges&#8221; au sud dei Aups-nautas, dins Ardecha, Droma, Erau, Gard, Vauclusa... Amolonats dins lei carc&#232;rs, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aqu&#242; d'Aqui&lt;/i&gt;,62, decembre de 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Valon que per &#231;&#242; que li metem leis aniversaris, se per astre leis oblidam pas. Adonc, b&#242;n aniversari, an'aquelei que per malastre si rescontreron pas gaire : lei que de defendre la libertat sigueron badalhonats, lei que d'aparar sa lenga parleron dins lo vueje.&lt;br class='autobr' /&gt;
Decembre de 1851, l'armada fusilha per lei c&#242;las deis Aups-bassas, de Var, ca&#231;a lei &#8220;rotges&#8221; au sud dei Aups-nautas, dins Ardecha, Droma, Erau, Gard, Vauclusa... Amolonats dins lei carc&#232;rs, de mili&#232;rs de paisans van descuerbir la mar, e l'Argieria. A l'espera de la B&#242;na, la Santa, la Republica dau p&#242;ple e non pas dei notables, s'eran auborats contra lo c&#242;p d'estat, qu'escanava l'esper.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'auboreron d'autant mai que, dei &#8220;chambretas&#8221; tradicionalas ai &#8220;societats popularas&#8221;, eron educats, organisats per la &#8220;Montanha&#8221; democrata-socialista, que la farigola n'era son simb&#232;u, la paura planta dei c&#242;las :&lt;br class='autobr' /&gt;
La farigola, meis amics / Vai embaumar n&#242;stre pa&#239;s ! / Plantem la farigola / Republicans, arrapar&#224; ! / Plantem la farigola, / E la Montanha florir&#224; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Contra l'armada, avi&#225;n que de fusilhs de cassa lei &#8220;colonas&#8221; de Var, Vauclusa, Droma, que camineron v&#232;rs lei prefecturas, darri&#232;r lo drapeu rotge. Avi&#225;n fa de mau en degun, respectat personas e proprietats, mai debesquilhat sei notables, proclamat lo poder popular. Sigu&#232;ron chaplats. La &#8220;colona&#8221; dei Aups-bassas, menada per Alhaud, de V&#242;lx, prengu&#232;t Dinha, primi&#232;ra prefectura &#8220;populara&#8221;, mai soleta. Leis insurgents tengueron ai M&#233;es contra l'armada, e s'escampilh&#232;ron que quora sacheron que Fran&#231;a bolegava pas, o pas plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vengu&#232;t la terror oficiala, que voli&#225; desrabar &#8220;lo perilh rotge&#8221; : per mai d'un s&#232;gle enrasigar&#224; la grand part dei campanhas n&#242;strei dins leis ideaus de la democracia sociala.&lt;br class='autobr' /&gt;
Insurreccion &#8220;occitana&#8221; ? Se si bolegueron pas totei lei despartaments &#8220;occitans&#8221;, e si bolegueron quauquei despartaments &#8220;franc&#233;s&#8221;, l'insurreccion es geograficament miejornala. Mai leis insurgents se bati&#225;n tant contra sei notables que contra lo poder centrau. Eron pas contra Paris, mai per la Republica. E la lenga d'&#242;c evidenta, quotidiana, era pas revendicada.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'aqueu temps, degun levava la primi&#232;ra pla&#231;a au franc&#233;s. Mai qunta pla&#231;a per l'occitan : va gardar o va perdre ? Onorat, sei disciples Masse, de Sisteron (&#8220;Grammaire du peuple&#8221;), o D.Arbaud, c&#242;nsol saberut de Manosca, v&#242;lon ajudar a parlar franc&#233;s sensa aver vergonha de sa lenga. Mai l'administracion e lei notables seguisson pas gaire, que se gar&#231;an de l'occitan tant coma de l'instruccion dau p&#242;ple. La &#8220;Montanha&#8221; revendica lo drech a l'instruccion, donc au franc&#233;s, e per una part de militants, lo &#8220;patois&#8221; p&#242;rta arrieracion. Ansin son jornau t'aganta Onorat (qu'estrassava lei afichas &#8220;rotges&#8221; a Dinha), e lei rotges de Man&#242;sca gar&#231;an Darbaud def&#242;ra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai, ambe lo sufragi universau noveu, fau tocar tot lo monde : d'unei comprenon que l'occitan p&#242;t servir. Dins la premsa democrata socialista, Dupont d'I&#232;ras, &#8220;Cascayoun&#8221;, fa dau proven&#231;au una aisina politica efica&#231;a. Maquan dona dins lo jornau conservator de Var de cronicas anti-rotges, que Romanilha repren dins son jornau d'Avinhon, e qu'alarga en brocaduras. Mai dins sei Mem&#242;ris Maquan s'afera davant la paraula deis insurgents que l'an pres coma ostatge. L'oneste &#242;me en c&#242; dei Barbars. L'insurreccion si proclama en franc&#233;s e si viu en occitan. Es d'autant mai desnonciada per lo poder, qu'a j&#224; presentat coma arrieracion l'investiment politic de la sociabilitat festiva tradicionala : carnaval, etc. La revolta deis umils, en dignitat ciutadana, es presentada en caricatura etnica, e la repression ansin justificada per lo pref&#232;cte de Dinha en mars 1852 : &#8220;Comme l'arabe, dont il a la ruse, la paresse, l'intelligence et la cr&#233;dulit&#233;, le Bas-Alpin ne c&#232;de qu'&#224; la force ...&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
1852, pagina virada, fau ben viure. Proven&#231;a &#8220;pacificada&#8221;, salut dei notables a l'Emp&#232;ri (en proven&#231;au de c&#242;ps que l'a). Arle, avost, primi&#232;r congr&#232;s dei po&#235;tas (Proven&#231;a, Delfinat, Lengad&#242;c), que ne'n s&#242;rton lo Romavatgi dei Trobaires de 1853, lo Felibritge de 1854.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sota lei garrolhas dau microc&#242;sme (Onorat - grafia classica, Romanilha - grafia &#8220;fonetica&#8221;), g&#232;s d'oposicion politica, que totei dos son publicament legitimistas, de &#8220;Blancs&#8221;, e que dins lei ten&#232;nts dei doas grafias l'a de &#8220;Rotges&#8221;, de &#8220;Blus&#8221;, de &#8220;Blancs&#8221; e de ren de tot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si saup cu l'era au Congr&#232;s, mais cu saup cu l'&#232;ra pas, exilhats, desportats : Dupont d'Ieras, Encontre de N&#238;mes, etc, e tant d'autrei, marcats coma republicans avan&#231;ats. Coma se lo retorn a &#8220;l'Ordre&#8221; calhava enfin en movement lo remolum bigarrat dei Trobaires. Un movement desaviat de la responsabilitat ciutadana, mai que dona en 1853 un manif&#232;st nacionalit&#224;ri f&#242;rt, puei espetat en 1854, vodat per ara a l'escritura e a l'amor dau pa&#239;s tradicionau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coma dins la Catalonha bessona, la lucha politica avi&#225; opausat lei Miejornaus. Lo movement culturau lei voli&#225; acampar. Cadun dins sa logica. La politica p&#242;t gaire estre unanimista, l'aparament de la lenga va deu estre. Coma vai que seguiran astre catalan e cabussada d'&#242;c ? Cu ten sa lenga ten la clau ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Lo renaissentisme catalan capitar&#224; dins un unanimisme real, que s'enrasiga dins una societat catalana conflictuala. Pren en c&#242;mpte dins lo consensus culturau la diversitat politica e sociala dei Catalans. La lenga es ben comun d'una nacion viva, es a dire divisada. En c&#242; n&#242;stre, lo renaissentisme denega la realitat dei conflictes entre Occitans. Au sufragi universau, n'autrei lei b&#242;ns Proven&#231;aus, votarem per l'&#242;li, e farem l'alh&#242;li, escriu lo M&#232;stre. L'unanimisme proclamat en def&#242;ra de la societat reala, lei sucrari&#225;s &#8220;poeticas&#8221;, lei armanacs bonias, e meme la capitada b&#232;la de Mir&#232;io, pesaran pas gaire davant lo franc&#233;s oficiau e nacionau L'union, mai o mens mitica, alentorn de la lenga, empech&#232;t pas de cercar autre part coma se desliurar dei cadenas, o coma lei mant&#233;ner. Ansin, trobarem pas dins lo primier Felibritge D.Arbaud ni mai leis trobaires revenguts d'exilh. En Catalonha, li seri&#225;n estats, sensa cadun renegar seis amiras.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es per aqu&#242; que, l'a 20 ans, lo remembre de 1851 p&#242;rtet per carri&#232;ras lo regrelh d'un occitanisme proven&#231;au qu'asseparava pas l'amor per sa lenga de l'amor dau p&#242;ple que la parlava, e de seis espers. Ansin Beltrame ambe son beu &#8220;C&#242;p d'estat de 51&#8221;. Puei la glorificacion dau passat devengu&#232;t que cobertura de l'impot&#233;ncia, e la farigola siguet plus qu'aquela de Ducros.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ara que tornan grelhar d'autrei espers, bessai que ei remembres de 1851 e 1852 lei vendran esclairar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renat MERLE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Provence 1851, langue du peuple, arme du peuple ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article115</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Dupont</dc:subject>
		<dc:subject>Roumanille</dc:subject>
		<dc:subject>Maquan</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sanat</dc:subject>
		<dc:subject>Provence</dc:subject>
		<dc:subject>Flora Tristan</dc:subject>
		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cadre de cette intervention est celui de nos d&#233;partements, Basses Alpes, Var, Vaucluse, qui voisinent dans ce pays de Pertuis, cadre qui pourrait s'&#233;largir aux proches Bouches-du-Rh&#244;ne si le temps n'&#233;tait pas compt&#233;. Le th&#232;me de cette intervention est une double interrogation. Langue du peuple ? Arme du peuple ? Dans les ann&#233;es 1840, la langue que parle au quotidien l'immense majorit&#233; de notre population n'est pas celle de l'administration, de la publication, de l'&#233;ducation, de l'arm&#233;e, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Maquan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;D&#233;sanat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Provence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot168" rel="tag"&gt;Flora Tristan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_61 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L100xH125/assoc51-0a06b.jpg?1791784749' width='100' height='125' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le cadre de cette intervention&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communication au colloque de l'Association 1851, La Tour d'Aigues, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est celui de nos d&#233;partements, Basses Alpes, Var, Vaucluse, qui voisinent dans ce pays de Pertuis, cadre qui pourrait s'&#233;largir aux proches Bouches-du-Rh&#244;ne si le temps n'&#233;tait pas compt&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de cette intervention est une double interrogation. Langue du peuple ? Arme du peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 1840, la langue que parle au quotidien l'immense majorit&#233; de notre population n'est pas celle de l'administration, de la publication, de l'&#233;ducation, de l'arm&#233;e, ce n'est pas la langue nationale, qui n'est plus cependant pour les jeunes une langue &#233;trang&#232;re, m&#234;me s'ils la pratiquent avec une impr&#233;gnation dialectale qui amuse les autres Fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle qu'en soit alors l'appellation : patois, idiome natal, proven&#231;al, langue d'Oc, il s'agit donc bien de langue du peuple, dans le paradoxe que notables, m&#233;decins, notaires, eccl&#233;siastiques et ma&#238;tres d'&#233;cole la parlent encore autant que les paysans. En fait, la d&#233;marcation ne passe pas entre ceux qui parlent proven&#231;al et ceux qui parlent fran&#231;ais, puisque presque tout le monde parle proven&#231;al. Elle passe entre ceux qui ont la ma&#238;trise du fran&#231;ais, et ceux qui ne l'ont pas encore, c'est-&#224;-dire le peuple, au sens sociologique. Dans ces conditions, ce peuple peut-il assumer avec fiert&#233; cette langue l&#233;gu&#233;e par les pesanteurs de l'histoire ? Il est permis d'en douter.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dit langue du peuple, je n'ai pas dit langue d'un Peuple. M&#234;me si elle est la langue d'un Midi que tout d&#233;signe comme diff&#233;rent au voyageur venu du Nord, m&#234;me si l'int&#233;r&#234;t pour les Troubadours civilisateurs a gagn&#233; les &#233;rudits, il est clair qu'aucun souffle nationalitaire n'agite nos populations. Et si un sentiment anti- centraliste les traverse, c'est dans le refus de l'imp&#244;t ou la revendication d'autonomie communale, aucunement dans l'affirmation d'une diff&#233;rence ethnico- linguistique &#224; la catalane. Fran&#231;ais se voulaient nos anciens, et le cadre d&#233;partemental est si enracin&#233; depuis 50 ans que l'insurrection se fit bas alpine, varoise, vauclusienne, et non proven&#231;ale ; les voisins des deux rives de la Durance et du Verdon ne march&#232;rent pas ensemble vers une capitale r&#233;gionale, chacun s'en fut vers sa pr&#233;fecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Telle est alors la situation linguistique, situation qui aujourd'hui n'aurait rien pour surprendre un Italien, par exemple, mais qui est impensable pour un Fran&#231;ais ferm&#233; au bilinguisme, si ce n'est celui, cher &#224; Monsieur All&#232;gre, le bilinguisme anglo-fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer le r&#244;le de la langue dans les luttes de 1849-1851, jetons un regard sur les derni&#232;res ann&#233;es 1840 : nous y rencontrons la plupart des protagonistes que nous retrouverons apr&#232;s 1848, et ce sont, soulignons-le, pour la plupart des hommes jeunes, n&#233;s autour de 1820.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'&#233;t&#233; 1844 Flora Tristan visite notre r&#233;gion. Ce n'est pas le peuple paysan que la missionnaire de l'Union Ouvri&#232;re &#233;vang&#233;lise, mais les prol&#233;taires des villes. Et ces ouvriers ne la comprennent pas, au double sens du mot : Flora reprochera aux portefaix de Marseille et d'Avignon leur ignorance du fran&#231;ais et leur corporatisme sans id&#233;al. Moralit&#233; : quand on se revendique de la cause du peuple, comment donc parler au peuple ? Et que peut donc comprendre ce peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Avignon, le journal l&#233;gitimiste, la blanche &lt;i&gt;Gazette de Vaucluse&lt;/i&gt;, a beau jeu d'opposer le bon sens populaire &#224; l'utopisme de Flora. Le journal est dirig&#233; par un avocat varois, Maquan, ami de la langue d'Oc, qui ouvre ses colonnes aux romantiques essais po&#233;tiques, fran&#231;ais et proven&#231;aux, de Roumanille : Roumanille est un besogneux fils du peuple, correcteur chez un imprimeur d'Avignon. Roumanille est aussi publi&#233; par un autre fils du peuple, le courtier tarasconnais D&#233;sanat dans son &lt;i&gt;Bouillabaisso&lt;/i&gt;, un hebdomadaire enti&#232;rement versifi&#233; en proven&#231;al. D&#233;sanat est bon vivant, et politiquement &#224; gauche. Roumanille participe de la pudibonderie cl&#233;ricale avignonnaise. Fils de la Vend&#233;e proven&#231;ale, il est visc&#233;ralement Blanc. Les seuls points qui rapprochent les deux hommes sont l'amour de la langue populaire, et l'hostilit&#233; au docteur Honnorat, de Digne, lui aussi l&#233;gitimiste affirm&#233;, qui dans son Dictionnaire de la langue d'Oc pr&#244;ne le retour &#224; la graphie classique, alors que nos Rhodaniens utilisent une graphie phon&#233;tique &#224; la fran&#231;aise, la seule que le peuple puisse lire pensent-ils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais laissons Avignon et suivons Flora.&lt;br class='autobr' /&gt;
Flora revit en d&#233;couvrant Toulon : non seulement les prol&#233;taires y comprennent son fran&#231;ais, mais ils s'enthousiasment pour ses id&#233;es. Parmi eux, un jeune forgeron de l'arsenal, Langomazino, est disciple du c&#233;l&#232;bre po&#232;te-ma&#231;on toulonnais Charles Poncy. Pour Langomazino comme pour Poncy, l'acc&#232;s &#224; l'&#233;criture fran&#231;aise brise l'enfermement sociologique du prol&#233;taire, qui en revendique d'autant mieux sa condition : &#034;po&#232;te ouvrier&#034;. Et cet acc&#232;s est une v&#233;ritable asc&#232;se, car, comme le crie alors Langomazino dans &#034;Ecrit sur une enclume&#034; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le travail est mon lot, je travaille sans cesse, Et le jour et la nuit la mis&#232;re me presse&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que, pour les riches, la culture fran&#231;aise est un donn&#233; facile, elle est pour le prol&#233;taire une conqu&#234;te qui renvoie aux amusettes inutiles l'&#233;criture proven&#231;ale d'un Roumanille et d'un D&#233;sanat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Charles Poncy se d&#233;fausse prudemment lors de la venue de Flora, mais son cadet Alexandre, ma&#231;on lui aussi et ardent d&#233;mocrate, est l&#224; pour l'accueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire a des d&#233;tours inattendus. Apr&#232;s la mort de Flora, en 1845, on ne s'&#233;tonnera pas que ce soit de la ville au prol&#233;tariat le plus conscientis&#233; et le plus francophone, Toulon, que vienne le plus beau salut m&#233;ridional &#224; la missionnaire &#233;mancipatrice. Ce po&#232;me est sign&#233; par Alexandre Poncy, mais il est en proven&#231;al ! C'est dans l'affectivit&#233; de l'idiome natal, et non dans le prestige de la langue nationale, qu'est salu&#233;e &#034;nouastro glouriouso m&#232;ro&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment Langomazino est licenci&#233; pour avoir particip&#233; activement &#224; la premi&#232;re grande gr&#232;ve de l'arsenal. Il trouve un emploi de m&#233;canicien &#224; Marseille, o&#249; il po&#233;tise en fran&#231;ais &#224; l'Ath&#233;n&#233;e ouvrier. Il y re&#231;oit Lamartine en 1847, et le cygne de Milly tente de se faire peuple, sans pouvoir masquer son d&#233;go&#251;t devant la pauvret&#233; des accueillants et le sordide du d&#233;cor. Ah que le peuple est beau quand on ne le c&#244;toie pas...&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors du passage de Lamartine &#224; Hy&#232;res, Charles Dupont, un employ&#233; de caisse d'&#233;pargne, modeste rimeur et d&#233;mocrate convaincu, tremble d'enthousiasme &#224; l'id&#233;e d'approcher le grand homme. Dupont &#233;crit en fran&#231;ais, mais il est lecteur du &lt;i&gt;Bouillabaisso&lt;/i&gt; de D&#233;sanat, il conna&#238;t la po&#233;sie proven&#231;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voici que survient la R&#233;publique. Voici qu'appara&#238;t le grand absent, l'immense peuple rural, ce peuple auquel le suffrage universel masculin donne pouvoir de d&#233;cision.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de la langue ne pouvait pas alors ne pas se poser. Comment gagner le peuple, comment lui parler ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parler au peuple dans sa langue : rien de plus facile pour la plupart des notables et des militants. Les t&#233;moignages abondent de cette pratique, tant du c&#244;t&#233; des conservateurs que du c&#244;t&#233; des d&#233;mocrates.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;crire pour le peuple dans sa langue est une autre affaire, particuli&#232;rement pour les r&#233;publicains avanc&#233;s : &#233;crire en proven&#231;al, c'est communiquer mais c'est aussi enfermer une cat&#233;gorie de citoyens dans un ghetto sociologique. Ne faut-il pas plut&#244;t, par la p&#233;dagogie de la lecture, amener le peuple au fran&#231;ais, puisque le fran&#231;ais est la garantie de l'acc&#232;s &#224; la loi et de l'&#233;galit&#233; devant la loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit monde des &#233;crivants d'oc vit passionn&#233;ment les d&#233;buts de la R&#233;publique : pour les Blancs comme Roumanille ou Honnorat, la R&#233;publique est une catastrophe, de laquelle sortira peut-&#234;tre un grand bien, le r&#233;tablissement de la monarchie l&#233;gitime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la plupart de ces &#233;crivants sont comme Desanat qui chante dans les banquets r&#233;publicains de Tarascon et de Vaucluse :&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;publiquo d&#233;moucratiquo !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T'aven, nous escapara pus,&lt;br class='autobr' /&gt;
De la ra&#231;o aristocratiquo&lt;br class='autobr' /&gt;
V&#233;n&#232;s destruire leis abus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prend cependant bien soin de pr&#233;ciser : &#034;Sian pas per lou soucialism&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Rava per un hom&#233; incoumpr&#232;s, S&#233; coumbattan lou royalism&#233; Raoubaran pas lou ben d&#233; res&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le camp r&#233;publicain ne fait gu&#232;re appel &#224; ces sp&#233;cialistes de la rime proven&#231;ale. Quand se cr&#233;e fin 1848 &#224; Marseille le journal de la d&#233;mocratie socialiste du Sud-Est, &lt;i&gt;La Voix du Peuple&lt;/i&gt;, il para&#238;t &#233;vident &#224; ses r&#233;dacteurs que la voix du peuple ne soit que fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est du c&#244;t&#233; du parti de l'Ordre que viendra l'utilisation politique de la langue du peuple, en 1849. Dans le Var le pr&#233;fet &#224; poigne Haussmann instrumentalise le journal blanc &lt;i&gt;Le Conciliateur du Var&lt;/i&gt; dirig&#233; par Maquan, &#224; nouveau Varois. Haussmann demande &#224; Maquan d'y tenir chronique proven&#231;ale, en dialogues cens&#233;s faire parler paysans et artisans. D&#233;nonciation incessante &#034;d'aquelei soussissialisto, d'aquelei galapian que bramoun coumo de Lucifer : vivo la farigoulo ! vivo la mocratiquo et la soucialo !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; ce qu'&#233;crit le distingu&#233; Maquan et que re&#231;oivent gratuitement les cercles et chambr&#233;es varoises. Maquan communique ses articles &#224; ses amis de Vaucluse, et Roumanille les reprend dans un journal qu'il vient de fonder &#224; Avignon, &lt;i&gt;La Commune&lt;/i&gt;. L'&#233;cho de ces chroniques incite Roumanille &#224; passer &#224; l'acte, et dans la foul&#233;e en 1849, il publie chez son patron une s&#233;rie de pamphlets anti-r&#233;publicains en proven&#231;al, qui ont un succ&#232;s consid&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La riposte vient du Var. Elle est le fait d'un homme seul, mais qui est devenu ce que l'on appellerait aujourd'hui une permanent de la D&#233;mocratie socialiste. Sous le pseudonyme de Cascayoun, Dupont de Hy&#232;res tient &#224; son tour chronique dans &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt;, sachant, dit-il, &#034;combien les paysans du Midi sont amateurs de choses &#233;crites dans leur langue maternelle&#034;. De fait, les rapports de police et de justice attestent de l'impact de Cascayoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les paysans &#233;taient persuad&#233;s que c'&#233;tait un des leurs, &#233;crit Dupont, et ils &#233;taient d'autant plus enthousiasm&#233;s de ces cascayounados&#034;. &#192; droite comme &#224; gauche, on le voit, c'est le paysan qui est cens&#233; s'adresser au peuple paysan dans un petit coin du journal fran&#231;ais. La diff&#233;rence de registre est &#233;clatante entre le fran&#231;ais de la politique officielle, et le proven&#231;al de la politique r&#233;v&#233;l&#233;e au paysan : parole de connivence, parole bonhomme, faussement famili&#232;re, affective, minorisante d'une certaine fa&#231;on. Dupont a beau &#233;crire en t&#234;te de son ouvrage de 1850, &lt;i&gt;Lettros de Micoulaou Cascayoun, peysan d'Hy&#232;ros&lt;/i&gt; : &#034;Lou peysan Cascayoun es que l'oumbro doou peysan Joigneaux&#034;, il se heurte &#224; l'impossibilit&#233; d'une communication en normalit&#233;. On fait parler dans sa langue famili&#232;re le suppos&#233; paysan, mais on cherchera en vain un &#233;ditorial en proven&#231;al sign&#233; par un dirigeant. Il n'en demeure pas moins que, malgr&#233; ses limites, Dupont r&#233;v&#233;lait la r&#233;alit&#233; de la diff&#233;rence populaire, et la respectait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; Dupont proven&#231;alise, voici un autre Varois, notre Langomazino, l&#226;ch&#233; dans ce d&#233;partement de bout du monde, cette &#034;Alg&#233;rie de l'int&#233;rieur&#034; que d&#233;crivent certains, les Basses Alpes, d&#233;partement dont la francisation est loin d'&#234;tre achev&#233;e : l'inspecteur d'Acad&#233;mie se plaint &#224; propos des &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole normale, que &#034;le fran&#231;ais est une langue &#233;trang&#232;re &#224; la plupart et qu'ils sont loin d'arriver &#224; le parler au bout de trois ans&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Diffuseur de &lt;i&gt;La Voix du Peuple&lt;/i&gt;, Langomazino cr&#233;e bient&#244;t un journal de la d&#233;mocratie bas alpine, &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt;. On ne trouvera pas d'occitan dans ce que nous connaissons de &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt;. C'est dans un fran&#231;ais d'une haute tenue que le po&#232;te ouvrier m&#232;ne son entreprise. Il r&#232;gle d'un article terrible son compte au vieux docteur Honnorat, qui arrachait les affiches d&#233;mocrates. &#034;Le sieur Honnorat, c&#233;l&#232;bre dans notre d&#233;partement pour avoir commis un incommensurable vocabulaire en fran&#231;ais de cuisine et en patois de tous les pays&#034;. On jette le b&#233;b&#233; avec l'eau sale, la langue du peuple avec l'adversaire politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne signifie pas un refus d'employer l'idiome dans la propagande orale. Aihaud, de Volx, est un redoutable orateur, et c'est en occitan comme en fran&#231;ais qu'il s'adresse aux Bas Alpins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans les luttes de 1849-1851 les engagements individuels des intervenants litt&#233;raires d'avant 1848 se sont confront&#233;s au r&#233;el et ont essay&#233; d'y &#234;tre op&#233;rants. Comment parler au peuple ? Comment &#233;crire pour le peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'en sera-t-il lorsque le peuple r&#233;el va entrer en sc&#232;ne, les armes &#224; la main, en d&#233;cembre 1851 ? La communication ne passe plus alors par la m&#233;diation du club ou du journal, elle doit &#234;tre imm&#233;diate, directe, efficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors que la n&#233;cessit&#233; de s'adresser au peuple dans sa langue appara&#238;t &#224; l'&#233;vidence. Certes, toutes les proclamations et affiches, superbes, sont en fran&#231;ais, langue de la R&#233;publique violent&#233;e. Mais lisons ce qu'&#233;crit quelques semaines apr&#232;s le coup d'Etat Camille Duteil. Ce Bordelais de Marseille est r&#233;dacteur en chef du grand journal d&#233;mocrate socialiste qui rayonne sur toute la Provence. Les chefs de l'insurrection varoise lui proposent le g&#233;n&#233;ralat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je voulais bien faire mon devoir de citoyen et de soldat, &#233;crit Duteil, mais je ne me souciais pas d'&#234;tre chef dans le Var et voici pourquoi : d'abord je ne connaissais pas la langue proven&#231;ale, et il faut parler aux hommes leur langage maternel quand on veut &#234;tre bien compris&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; Duteil accepte, et on conna&#238;t la suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
La colonne r&#233;publicaine emm&#232;ne avec elle des otages blancs, dont notre ami Maquan le journaliste. On ne s'&#233;tonnera pas de la description que fera Maquan des insurg&#233;s : &#034;Ce ramassis incoh&#233;rent d'ouvriers, de paysans en veste ou en blouse, de vagabonds d&#233;guenill&#233;s, coiff&#233;s de casquettes ou de vieux chapeaux de feutre d&#233;fonc&#233;s, arm&#233;s &#224; la h&#226;te de b&#226;tons, de pioches et de quelques mauvais fusils.... Toutes les exaltations se confondent dans cet enivrement insurrectionnel : les propos obsc&#232;nes et les chansons grivoises se m&#234;lent aux hurlements des chants r&#233;volutionnaires et aux cris de mort&#034;. Et lui, l'ami de la langue d'Oc, le futur f&#233;libre, de stigmatiser &#034;le rude et grossier patois proven&#231;al de la contr&#233;e&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisons encore ce propos relatif &#224; l'arriv&#233;e de la colonne r&#233;publicaine : &#034;C'&#233;tait solennel et terrible, c'&#233;tait ridicule et grotesque&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce dernier propos n'est pas de Maquan, il est de Duteil. Duteil qui &#233;crit aussi : &#034;J'avais horreur de mon arm&#233;e. Chef d'hommes brutaux, ignorants, verbeux et d'une outrecuidance d&#233;plorable, je voyais se dresser devant moi l'incendie, le pillage et le meurtre que je ne pourrais emp&#234;cher&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vision d'horreur qu'il corrige par d'autres d&#233;valorisations : les insurg&#233;s ne sont que des ruraux, habitu&#233;s &#224; bien vivre, croyant partir pour une ballade de deux jours, et demandant toujours &#224; boire et &#224; manger. Des bouffons. Ou alors de braves types, trop braves types :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Malgr&#233; tout leur orgueil m&#233;ridional ... sous une rude &#233;corce, l'&#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;reux dominait chez ces hommes au c&#339;ur franc, &#224; l'&#226;me candide&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et toujours le th&#232;me de l'&#233;loignement sociologique marqu&#233; par la parole patoise. Chez Maquan, la peur sociale, la peur tout court se r&#233;v&#232;le devant ce peuple en armes. Mais chez Duteil pointe l'effarement du petit bourgeois cultiv&#233; devant cette masse informe qui veut se donner l'illusion d'&#234;tre une arm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a convoqu&#233; le peuple au rendez-vous de l'histoire, et le peuple n'est pas exactement ce que l'on voulait qu'il f&#251;t. Comme l'&#233;crivait Malesherbes : &#034;Notre science &#233;tait dans les livres ; mais nous ne connaissions pas les hommes&#034;. Laissons les derniers rescap&#233;s de la colonne varoise marcher vers la fronti&#232;re pi&#233;montaise, par les cluses glaciales des Basses Alpes. Et puisqu'il faut jusqu'au bout filer la parabole de la langue du peuple, lisons encore Duteil qui nous conte sans rire que derri&#232;re lui, pour se donner courage, deux militants r&#233;publicains, dont &#233;videmment un ma&#238;tre d'&#233;cole, ne cessaient de se disputer sur l'accord du participe pass&#233; fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Communication au colloque de l'Association 1851, La Tour d'Aigues, 13-11-1999 1851, &lt;i&gt;Provence, une insurrection pour la r&#233;publique, Actes du Colloque&lt;/i&gt;, Association 1851, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Se remembrar de 1851</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article796</link>
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		<dc:date>2025-10-23T08:44:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Armana de Mesclum 1999 &lt;br class='autobr' /&gt; 2 de decembre de 1851, ambe son c&#242;p d'estat, lo president de la republica Lois Napoleon Bonaparte assegurava son destin personau tant coma aqu&#232;u de la borgesi&#225; d'afars que lo sosteni&#225;. Mai quora escanet la Republica son Prince President, lo 2 de decembre, qu'anavan ganhar lei elecions lei republicans vertadiers, s'enausseron lei &#8220;rotges&#8221; de Delfinat, Lengadoc e Proven&#231;a, paisans, mestieraus, obriers. Lo volame e lo mart&#232;u. Dau temps que tremolava la b&#242;na borgesia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Langue d'Oc, Usage politique 19e si&#232;cle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;1851&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Armana de Mesclum&lt;/i&gt; 1999&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;2 de decembre de 1851, ambe son c&#242;p d'estat, lo president de la republica Lois Napoleon Bonaparte assegurava son destin personau tant coma aqu&#232;u de la borgesi&#225; d'afars que lo sosteni&#225;. Mai quora escanet la Republica son Prince President, lo 2 de decembre, qu'anavan ganhar lei elecions lei republicans vertadiers, s'enausseron lei &#8220;rotges&#8221; de Delfinat, Lengadoc e Proven&#231;a, paisans, mestieraus, obriers. Lo volame e lo mart&#232;u. Dau temps que tremolava la b&#242;na borgesia miejornala, que mandar&#224; de flors a l'armada de Badinguet. Dau temps que lo paure Romanilhe escupissia sus lei &#8220;partejaires&#8221; dins son jornau d'Avinhon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Occupadas per l'armada, lei ciutats gr&#242;ssas de n&#242;stra region bolegueron pas gaire, o pas, e mai, coma Arle e Tolon, qu'aguesson votat per la democracia sociala. De tot biais, leis obriers de Marselha s'enausseron pas per una republica que leis avi&#225; escrachats en junh de 1848. Mai auri&#225;n quand meme poscut o faire, aguesson agut un pauc mai d'aud&#224;cia lei responsables republicans marsilh&#232;s. S'acamperon leis obriers e mestieraus, esperant un m&#242;t d'&#242;rdre que veungu&#232;t pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bolegueron pas gaire ni mai lei ricas terras blancas de 30, 13, 84, la Proven&#231;a grassa patriarcala. Encara que s'enausseron lei fogaus republicans &#034;rotges&#034; dau pa&#239;s d'Arle, de la mar de B&#232;rra, o dau pa&#239;s d'Aurenja. Es bessai pas inutile encuei de o tornar dire per Vitr&#242;las e Aurenja, m'avetz compr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai s'enausseron en massa paisans e mestieraus dei vil&#242;tas e dei campanhas d'Ardecha, deis Aups-bassas, de Droma, d'Erault, de Var, de l'est de Vauclusa. Apr&#232;s aguer installat de poders comunaus democratics, lei colonas, drapeu rotge en testa, camineron v&#232;rs lei sota-prefecturas e prefecturas. Lei colonas de Var, Vauclusa, Droma, sigueron escrachadas. Aquela de 04 liber&#232;t Dinha, reposset l'armada ai Mees. Si disperseron ren que quand sauperon que Fran&#231;a bolegava pas, o plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avi&#225;n respectat &#8220;les personnes et les biens&#8221; lei republicans : per lei grandmercejar, sigu&#232;ron fusilhats, desportats, exhilats per lo poder e son armada d'Africa, que s'era facha la man sus leis Argerians.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'aquesta insurreccion granda ne'n podem traire encuei encara d'unei le&#231;ons. L'insurreccion s'es facha monte s'eran enrasigadas d'organisacions f&#242;rtas, maudespiech de la repression &#8220;anti-rotge&#8221; de 1849-1851.&lt;br class='autobr' /&gt; Per s'enrasigar, la democracia-socialista a partit de la realitat dau pa&#239;s e de sei tradicions : &#8220;chambrettas&#8221; tradicionalas, cercles, etc, devengueron &#8220;societats popularas&#8221;, fogaus de propaganda e d'organisacion, Carnaval e Caramentrant devengu&#232;ron armas de derision contra lei notables e lo poder.&lt;br class='autobr' /&gt; Per s'enrasigar, a compr&#232;s la democracia socialista que, se lo drech a l'instruccion implicava de mestrejar lo franc&#233;s, fali&#225; tanben levar au p&#242;ple la vergonha de sa lenga occitana, e faire tanben sa propaganda dins aquela lenga, (dau temps que Romanilha, aparaire de la lenga dau p&#242;ple escupissi&#225; sus lei Rotges, sus lo p&#242;ple que parlava ren qu'aquela lenga).&lt;br class='autobr' /&gt; La practica dau militant deu anticipar sus l'ideau frairenau : ansin lei trabalhadors participeron a bodre ai jornadas d'adjuda, monte veni&#225;n trabalhar lei bens dei coll&#232;gas malauts o emprisonats&lt;br class='autobr' /&gt; L'ideau deu totjorn aver de perspectivas concretas : l'esperan&#231;a de democracia-sociala a ganhat lei campanhas perd que li prepausava un orizont. La B&#242;na, la Republica dei pa&#239;sans, levari&#225; son poder ai notables, enebiri&#225; l'usura qu'escanava tant de trabalhadors, ajudari&#225; per lo credit lei pichons proprietaris e aquelei que voli&#225;n va devenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Onor donc ais insurgents de 1851, que son remembre enrasigar&#224; per cent ans n&#242;strei campanhas dins l'ideau de la democracia sociala, e vivificar&#224; lei luchas de la Resist&#233;ncia. Gl&#242;ri an'aquelei oblidats de l'ist&#242;ri oficiala, que si sacrifiqueron per la B&#242;na, la Republica democratica e sociala. De sa mem&#242;ri regrelha n&#242;stre esp&#232;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renat MERLE&lt;br class='autobr' /&gt;
Una associacion v&#232;n d'espelir, qu'a comen&#231;at de publicar un butletin e organisa de resc&#242;ntres. Podetz ne'n devenir s&#242;ci : 1851-2001 - Association pour le 150e anniversaire de la r&#233;sistance au coup d'&#233;tat. Mairie - 04190 Les M&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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