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		<title>Benedetto - Castan</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Benedetto &#8211; Castan, quelques cl&#233;s de lecture &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Acte I - Il &#233;tait une fois, dans les ann&#233;es 1950, sur le versant Sud de la nation fran&#231;aise, un peuple de paysans, d'artisans, d'ouvriers dont la langue de l'entre soi, la langue du quotidien, dans son accent comme dans son lexique, &#233;tait p&#233;trie de &#171; patois &#187;, tant qu'elle ne demeurait pas encore ce &#171; patois &#187; imm&#233;morial. Mais ce peuple (qui ne s'aimait pas dans ce qu'il &#233;tait), abandonnait sans remords ce parler. Pourquoi ? Pour se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &#171; Benedetto &#8211; Castan, quelques cl&#233;s de lecture &#187;&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;face &#224; Jean-Paul Damaggio, Benedetto, Off, Marthaler, In, &#201;ditions de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Acte I - Il &#233;tait une fois, dans les ann&#233;es 1950, sur le versant Sud de la nation fran&#231;aise, un peuple de paysans, d'artisans, d'ouvriers dont la langue de l'entre soi, la langue du quotidien, dans son accent comme dans son lexique, &#233;tait p&#233;trie de &#171; patois &#187;, tant qu'elle ne demeurait pas encore ce &#171; patois &#187; imm&#233;morial. Mais ce peuple (qui ne s'aimait pas dans ce qu'il &#233;tait), abandonnait sans remords ce parler. Pourquoi ? Pour se revaloriser, pour faire comme tout le monde, pour assurer l'avenir des enfants, et j'en passe. Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas conna&#238;tre, puisque la guerre s'achevait &#224; peine, et que les enfants s'appelaient encore Paulette et Marcel, et non pas Kevin ou Jennifer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois un jeune instituteur communiste du Tarn-et-Garonne qui, au lendemain de cette guerre de 39-45 qu'il avait faite en patriote dans sa phase finale, tenta, avec d'autres amoureux de l'&#233;criture en langue d'Oc (une poign&#233;e, c'est-&#224;-dire tous) l'aventure collective d'une revue en occitan qui se voulait fondatrice d'une langue : sans litt&#233;rature, pas de langue d'Oc, mais seulement un magma de patois, pensait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois un peuple qui ne lisait pas cette revue, d'abord parce qu'il ne savait pas qu'elle existait, et parce que, s'il lisait, de toute fa&#231;on il lisait en fran&#231;ais. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas d'&#233;couter avec plaisir les histoires que la radio r&#233;gionale donnait &#224; l'occasion. Sans plus. Des histoires qui ne faisaient pas sourire nos tenants de la Lettre salvatrice, regroup&#233;s dans un Institut d'&#233;tudes dont les ambitions d&#233;passaient de loin, h&#233;las, les possibilit&#233;s du b&#233;n&#233;volat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois un Parti Communiste dont le dernier des soucis &#233;tait alors la d&#233;fense et l'illustration de la langue d'Oc. Non qu'il y fut hostile. Mais pire, &#224; l'image du peuple dont il se r&#233;clamait, il y &#233;tait indiff&#233;rent. Il avait bien d'autres chats &#224; fouetter en ces temps de guerre froide d&#233;butante, o&#249; l'on basculait de la reconstruction unitaire du pays &#224; l'&#233;clatement antagoniste des forces de Gauche. Je vous laisse imaginer dans quelle situation se trouvait alors notre Homme de Montauban par rapport &#224; ses camarades de Parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, me direz-vous, du jeune instituteur montalbanais ou du grand Parti dont il se r&#233;clamait, lequel avait raison ? Et de m&#234;me, sur un autre plan, de l'oralit&#233; de la radio, ou de l'&#233;crit de la revue, qui avait raison ? Questions auxquelles on peut se permettre de ne pas r&#233;pondre, tant elles ne peuvent cerner la complexit&#233; de la vie et des engagements (complexit&#233; que d'aucuns, qui ne s'embarrassent pas de subtilit&#233;s, qualifient tout bonnement de &#171; dialectique &#187;, mais, comme chacun sait, la dialectique a bon dos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte II. Il &#233;tait une fois, dans les ann&#233;es 1960, un d&#233;sormais moins jeune instituteur communiste qui se retrouva bien seul. Non pas qu'il ait quitt&#233; le Parti Communiste (il lui demeurera fid&#232;le jusqu'&#224; sa mort). Mais il advint alors que ses compagnons d'Institut se f&#226;ch&#232;rent avec lui et le mirent en quelque sorte en quarantaine. C'&#233;tait une &#233;poque curieuse o&#249;, sous l'apparente qui&#233;tude consum&#233;riste et la juv&#233;nile mode y&#233;-y&#233;, quelque chose bouillonnait qui annon&#231;ait une grande secousse&#8230; Ses compagnons de route avaient d&#233;cid&#233; que la Litt&#233;rature d'Oc, aussi n&#233;cessaire soit-elle, ne saurait jamais d&#233;sali&#233;ner ce peuple qui n'en finissait pas d'oublier sa langue. Aussi fallait-il aller vers lui, et le convaincre, malgr&#233; son incr&#233;dulit&#233;, qu'il &#233;tait colonis&#233;. Colonis&#233; de l'int&#233;rieur. &#171; &#210;me d'&#210;c, as drech a la paraula. Parla ! &#187; En pure perte : &#171; Mai que v&#242;s que te digui ? &#187; r&#233;pondait l'&#233;cho populaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors notre moins jeune instituteur se retira sous sa tente, car il ne voulait pas cautionner ces errements qu'il jugeait mortels pour la cause qu'il d&#233;fendait. L'Occitanie dont il r&#234;vait ne pouvait &#234;tre que culturelle, elle n'avait pas &#224; se justifier d'arguments &#233;conomiques et politiques. Il avait plant&#233; ses deux tentes &#224; Montauban et au Larzac, et c'est l&#224; qu'il d&#233;cida de mettre en &#339;uvre la grande entreprise anticentraliste dont il r&#234;vait : enraciner la cr&#233;ation occitane dans chaque cit&#233; du Midi, en faire des capitales culturelles, et, par l&#224;, non pas nier la Nation France, mais la d&#233;sali&#233;ner et l'enrichir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte III. Il &#233;tait une fois, dans ces m&#234;mes ann&#233;es 60 d'avant 1968, un jeune instituteur fou de th&#233;&#226;tre qui habitait une cit&#233; habit&#233;e par le th&#233;&#226;tre une fois l'an. Il avait vite saut&#233; le pas pour devenir acteur, auteur, et r&#233;veilleur de consciences. Agit prop, aux marges de la Gauche institutionnelle, qui commen&#231;a par d&#233;noncer la sauvagerie des imp&#233;rialistes am&#233;ricains au Viet Nam. Napalm&#8230; De son accent proven&#231;al, ce jeune fou de th&#233;&#226;tre ne savait que faire dans un premier temps, et il d&#233;cida de le garder, ce qui ne se faisait pas &#224; l'&#233;poque. Et de son fran&#231;ais populaire plein de mots qui n'&#233;taient pas du bon fran&#231;ais, il ne savait non plus que faire, jusqu'&#224; ce qu'un coll&#232;gue lui r&#233;v&#232;le qu'ils &#233;taient proven&#231;aux, et que derri&#232;re eux se cachait une langue, qui fut la langue du peuple. Pas celle d'un Peuple levant le drapeau de son ind&#233;pendance. Non, simplement celle du peuple, le peuple des petits, de ceux qui subissent l'histoire plus qu'ils ne la font. Et alors, quand la grande secousse de 1968 vint secouer les remparts d'Avignon, notre jeune th&#233;&#226;treux se mit &#224; &#233;crire et &#224; jouer des pi&#232;ces fran&#231;aises o&#249; cette langue perdue venait au secours des revendications et des protestations les plus contemporaines. Il se trouve que l'Homme de Th&#233;&#226;tre vint les jouer &#224; Montauban, avec la complicit&#233; de l'Homme de Montauban dont il venait de faire la connaissance, et dont il partageait l'engagement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant que notre Homme de Montauban demeurait un culturaliste attard&#233; aux yeux de nombre d'auteurs occitanistes (de plus en plus universitaires) qui continuaient &#224; lever l'&#233;tendard de la r&#233;volte nationale, avec le renfort efficace de chanteurs (de plus en plus instituteurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte IV. Il advint alors, dans les premi&#232;res ann&#233;es 1970, que l'Homme de l'&#201;crit qui campait sous sa tente &#224; Montauban, et l'Homme de l'Oral d'Avignon se rencontr&#232;rent sur la r&#233;alisation d'une pi&#232;ce qui ne pouvait se jouer que dans un lieu, la place de Montauban, et sur un th&#232;me qui voulait renvoyer aux citoyens de la ville la vertu de leur pass&#233; et l'ouverture sur l'avenir. Une pi&#232;ce qui concr&#233;tisait le d&#233;sir de d&#233;centralisation culturelle en autonomie et en dignit&#233; de l'Homme de Montauban, mais qui le d&#233;faussait en toute conscience de sa pr&#233;dilection litt&#233;raire au profit de l'unicit&#233;, la fugacit&#233;, l'oralit&#233; de la cr&#233;ation th&#233;&#226;trale. C'est la dialectique, diront encore une fois ceux qui n'ont pas envie de r&#233;fl&#233;chir un peu plus loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pi&#232;ce fit appel &#224; des com&#233;diens b&#233;n&#233;voles du cru, et parmi eux un jeune instituteur (d&#233;cid&#233;ment, il y a beaucoup d'instituteurs dans cette histoire), instituteur alors communiste qui plus est (d&#233;cid&#233;ment il y a beaucoup de communistes, avec ou sans carte, dans cette m&#234;me histoire. On ne peut pas dire pourtant que l'on y retrouva vraiment le Parti Communiste en tant que tel&#8230; Mais ceci est une autre histoire, &#224; laquelle je fus intimement m&#234;l&#233; et que je conterai peut-&#234;tre une autre fois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de cette rencontre aux facettes multiples (le th&#233;&#226;tre, l'enracinement actif, la politique, la th&#233;orisation du rapport &#224; la Nation France et &#224; la culture d'Oc), naquit chez ce jeune instituteur une passion jamais d&#233;mentie pour ces m&#234;mes facettes. Comment s'&#233;tonner qu'aujourd'hui, il nous propose avec cet ouvrage cet entrelacement de r&#233;flexions, de souvenirs, de critiques, entrelacement bien ancien donc, mais dont la cristallisation fut la mort brutale de l'Homme de Th&#233;&#226;tre, en sa bonne ville d'Avignon, dans l'&#233;t&#233; 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acte V. Mais la dialectique d&#233;j&#224; deux fois nomm&#233;e jouera encore un de ses tours dans les ann&#233;es 1980. Car d'Uzeste &#224; Marseille, de Toulouse &#224; Nice, des musiciens, des chanteurs, sans le moindre d&#233;sir de re/cr&#233;er une Nation mythique, se mirent &#224; populariser le nom de l'Homme de Montauban, dans la pens&#233;e duquel ils trouvaient la cl&#233; de leurs entreprises spontan&#233;es, o&#249; s'entrela&#231;aient le fran&#231;ais et la langue d'Oc. Paradoxe des paradoxes, en apparence &#224; tout le moins, ce n'est pas sur l'&#233;panouissement de la Lettre occitane que d&#233;bouchait la pens&#233;e de l'Homme de Montauban. Mais c'est dans l'oralit&#233; de cette nouvelle cr&#233;ation que s'affirma la Ligne nouvelle du Local dans l'Universel, du refus de la victimisation occitaniste b&#234;lante, et de la confiance en soi cr&#233;atrice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ces nouvelles cr&#233;ations que se r&#233;solvait un peu la dialectique (d&#233;cid&#233;ment !) entre d'une part la cr&#233;ation, le militantisme des destins solitaires, et la vitalit&#233; du groupe. Vingt ans ont pass&#233;. L'Homme de Montauban et l'Homme de Th&#233;&#226;tre ne sont plus. De r&#233;centes rencontres les ont salu&#233;s, sans les fossiliser. L'ouvrage que vous avez entre les mains s'inscrit pleinement dans la m&#234;me d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pr&#233;face &#224; Jean-Paul Damaggio, &lt;i&gt;Benedetto, Off, Marthaler, In&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la brochure, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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