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		<title>Petits ramoneurs vald&#244;tains &#224; Marseille. Trilinguisme</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Cerlogne</dc:subject>
		<dc:subject>Aoste</dc:subject>
		<dc:subject>Ramoneurs</dc:subject>
		<dc:subject>Trilinguisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je ne me lasserai jamais de donner et redonner ce v&#233;ritable reportage sociologique et linguistique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'abb&#233; Jean-Baptiste Cerlogne (1826-1910) fut le fondateur du mouvement de d&#233;fense du &#171; patois &#187; francoproven&#231;al du Val d'Aoste, et l'initiateur de son &#233;criture moderne. (Rappelons, si besoin &#233;tait, que le francoproven&#231;al est une langue n&#233;o-latine &#224; part enti&#232;re, qu'une appellation trompeuse a pu faire passer pour un m&#233;lange de fran&#231;ais et de proven&#231;al). Cerlogne &#233;tait un v&#233;ritable enfant du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot211" rel="tag"&gt;Cerlogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot212" rel="tag"&gt;Aoste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Ramoneurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot334" rel="tag"&gt;Trilinguisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne me lasserai jamais de donner et redonner ce v&#233;ritable reportage sociologique et linguistique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abb&#233; Jean-Baptiste Cerlogne (1826-1910) fut le fondateur du mouvement de d&#233;fense du &#171; patois &#187; francoproven&#231;al du Val d'Aoste, et l'initiateur de son &#233;criture moderne. (Rappelons, si besoin &#233;tait, que le francoproven&#231;al est une langue n&#233;o-latine &#224; part enti&#232;re, qu'une appellation trompeuse a pu faire passer pour un m&#233;lange de fran&#231;ais et de proven&#231;al).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L170xH224/cerlogne-e93ae.jpg?1792715958' width='170' height='224' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cerlogne &#233;tait un v&#233;ritable enfant du peuple. N&#233; dans le hameau de Cerlogne (commune de Saint Nicolas, o&#249; vous pouvez visiter le mus&#233;e qui lui est consacr&#233;), il connut dans son enfance le sort de nombreux petits &#171; Savoyards &#187; qui partaient faire leur saison de ramoneurs en France sous la direction d'un &#171; ma&#238;tre &#187;. Il sera ensuite cuisinier en France, puis au petit s&#233;minaire d'Aoste, et deviendra pr&#234;tre dans sa vall&#233;e natale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la &lt;i&gt;Vie du petit ramoneur&lt;/i&gt;, un opuscule de 56 pages qu'il &#233;dite (en fran&#231;ais) &#224; compte d'auteur sur son imprimerie en 1895, Cerlogne &#233;voque avec attendrissement et fiert&#233;, mais sans la moindre r&#233;volte ou r&#233;crimination sa dure condition de petit ramoneur &#224; Marseille (1837). Il est int&#233;ressant de voir quelle conception de l'immigration temporaire, n&#233;gatrice de tout nationalisme, est pr&#233;sente ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fran&#231;ais n'&#233;tait pas langue &#233;trang&#232;re pour les Valdotains. C'&#233;tait la langue officielle du Duch&#233;. Mais le Ma&#238;tre ne parle que 'patois' avec les enfants (le mot &#171; patois &#187; n'a ici aucun caract&#232;re p&#233;joratif). Cerlogne en donne des nombreux exemples, en particulier dans la longue et assez dure sc&#232;ne du bilan quotidien de l'argent rapport&#233; par les enfants. Les clients de la bonne soci&#233;t&#233; marseillaise parlent &#233;videmment fran&#231;ais aux ramoneurs. Mais il est int&#233;ressant aussi, et je focalise sur ce point dans ce billet, de voir comment, dans la bouche des femmes du peuple, jaillit l'occitan proven&#231;al de Marseille (je respecte &#233;videmment la notation tr&#232;s fid&#232;le de cette oralit&#233;, y compris les diphtongaisons : 'muon' ; tout locuteur de l'occitan proven&#231;al s'y reconna&#238;tra). C'est dire que les petits 'Savoyards', locuteurs du francoproven&#231;al comprenaient sans difficult&#233; la langue d'Oc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les d&#233;chirements du d&#233;part, huit jours de voyage &#224; pied, et voil&#224; la petite &#233;quipe &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En passant sous l'Arc de triomphe, &#224; la porte d'Aix, ils sont pris d'&#233;tonnement. Jamais ils n'auraient pu s'imaginer rien de semblable ! Quelle diff&#233;rence entre les palais de Marseille et la petite maison o&#249; ils sont n&#233;s ; entre les cours et les rues de cette Ville et l'&#233;troite charri&#232;re de leur village. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Log&#233;s dans ces vieux quartiers, et pris en charge le dimanche par la tr&#232;s religieuse &#171; Mission de France &#187;, les voici parcourant la ville en poussant leur cri d'annonce, qui leur ouvre les portes des riches comme des pauvres. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque le Crieur-de-Nuit, parcourant les vieux quartiers, crie d'une voix forte, lente et m&#233;lancolique : 'Il est quatre heures', le Ma&#238;tre r&#233;veille ses petits ramoneurs en leur disant : &lt;i&gt;S&#249;, n&#224;bo, s&#249; !&lt;/i&gt; ('Levez-vous, gar&#231;ons, levez-vous !'). Les petits novices, qui r&#234;vaient peut-&#234;tre au toit paternel, l&#232;vent la t&#234;te, regardent autour d'eux ; mais ils ne voient plus leur m&#232;re... Ils se rappellent qu'ils sont &#224; Marseille. Ici le Ma&#238;tre les harangue par ces paroles qui rest&#232;rent imprim&#233;es dans leur c&#339;ur : '&lt;i&gt;Me petsou, vo s&#242;de 'hen que vo s-an recomando vou'hro p&#233;&#233;e et vou'hra m&#233;&#233;e quan v'&#235;'he parti di ts&#224;&#224;o ? Ebin, f&#233;de vou'hra prey&#235;&#235;e.&lt;/i&gt; ('Mes petits, vous savez ce que vous ont recommand&#233; votre p&#232;re et votre m&#232;re lorsque vous &#234;tes partis du pays ? Et bien, faites votre pri&#232;re.&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &#201;tant arriv&#233;s &#224; la &lt;i&gt;pescario&lt;/i&gt; de St. Martin, une femme du peuple appelle les deux gar&#231;ons qui cheminaient &#224; petits pas portant le sac de la suie : - &lt;i&gt;Qu&#232; ! ramouneur, voul&#232;s ramoun&#224; dou&#232;s cemin&#233;io ?&lt;/i&gt; - Oui, Madame. Ils se mettent &#224; l'&#339;uvre et, fini le travail, ils sont litt&#233;ralement noirs et luisants de cette suie huileuse produite par la friture des poissons. Mais quelle ne fut pas la surprise de la Bourgeoise en voyant le plus petit sortir de la chemin&#233;e tout ensanglant&#233;. Le pauvre enfant avait donn&#233; du front &#224; la pointe d'un clou qui sortait dans la chemin&#233;e. &lt;i&gt;Muon Di&#232;u&lt;/i&gt;, [ici, 'u' note, &#224; l'italienne, le son 'ou'] s'&#233;cria-t-elle, &lt;i&gt;pauvre piciun !&lt;/i&gt; [id. - ce n'est pas le cas dans les citations qui suivent... Elle appelle ses compagnes de m&#233;tier, elle court &#224; la pharmacie. Ces poissardes l'entourent, s'apitoient sur son sort ; le questionnent : - &lt;i&gt;Qu&#232;, ti si&#232;s fa ma&#249; ? De monte si&#232;s ? Et toun p&#232;ro ? Et ta m&#232;ro ? Que mascar&#232;ou de p&#232;ro manda lu&#232;n acqu&#232;o paouvre picion ! &lt;/i&gt; On lui applique le rem&#232;de ; on lui ceint le front d'un mouchoir blanc, et le petit bless&#233; s'en va, avec de diad&#232;me, au logement o&#249; le souper les attendait.&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] Lorsque le samedi arrive, apr&#232;s l'heure du souper, on voit de jeunes gar&#231;ons qui entourent un lavoir, tenant quelque chose sous le bras. Ce sont nos ramoneurs qui attendent que les lavandi&#232;res aient abandonn&#233; leur place. Ils veulent, eux aussi, laver leur chemise pour l'avoir propre, sinon blanche, pour le second dimanche suivant. Ces femmes, en c&#233;dant leur poste, leur disent gracieusement : &lt;i&gt;Voul&#232;s lou bass&#232;u ?&lt;/i&gt;. Et l&#224; nos blanchisseurs frottent, donnent du battoir et frottent encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, ils reprennent la raquette ; ils s'en vont travaillant de jour en jour, de mois en mois, traversant des &#233;pisodes des plus &#233;mouvants, rencontrant partout la bienveillance dans les palais des grands comme &#224; la maison de l'artisan. Partout on leur veut du bien &#224; ces petits ramoneurs ! Aussi, &#224; la fin de la campagne, ils apportent &#224; la maison, avec l'argent qu'ils ont gagn&#233;, les plus doux souvenirs. Heureux donc, ces enfants de la vall&#233;e au c&#339;ur simple. Ils ignorent la politique qui g&#226;te tout, toujours et partout. Pour eux le Pi&#233;mont, la Suisse, la France, sont comme leur chaumi&#232;re, leur toit paternel. Ils ont deux patries : celle qui les a vus na&#238;tre et celle qui leur donne du pain ; ou plut&#244;t tous les pays sont leur patrie. De mani&#232;re qu'ils semblent r&#233;sumer en eux l'utopie de la &lt;i&gt;R&#233;publique universelle&lt;/i&gt; telle qu'on pourrait l'imaginer : sans ambition, sans pr&#233;potence, sans tyrannie et sans r&#233;volte, sans rien de ce qui se voit aujourd'hui. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;.</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>La Seyne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence donn&#233;e aux Amis de la Seyne Ancienne et Moderne - 14 avril 1997 &lt;br class='autobr' /&gt;
1850-1914, un temps lointain d&#233;j&#224;, et pourtant si proche, d'avoir vu na&#238;tre nos grands-parents, nos arri&#232;re-grands-parents, proche surtout d'&#234;tre, &#224; sa fa&#231;on, la matrice de notre pr&#233;sent. Le devoir de m&#233;moire de l'historien est alors aussi celui du citoyen. D'autant que La Seyne est, en quelque sorte, n&#233;e une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot206" rel="tag"&gt;La Seyne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e aux Amis de la Seyne Ancienne et Moderne - 14 avril 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1850-1914, un temps lointain d&#233;j&#224;, et pourtant si proche, d'avoir vu na&#238;tre nos grands-parents, nos arri&#232;re-grands-parents, proche surtout d'&#234;tre, &#224; sa fa&#231;on, la matrice de notre pr&#233;sent. Le devoir de m&#233;moire de l'historien est alors aussi celui du citoyen. D'autant que La Seyne est, en quelque sorte, n&#233;e une seconde fois en ce temps d'industrialisation et d'immigration que fut la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier. Et qu'elle en h&#233;rite de l'actif comme du passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#233;voquer la question du bilinguisme peut sembler un d&#233;faussement. Car cette page est tourn&#233;e. Le bilinguisme peut &#233;voquer, aujourd'hui, le cas des enfants d'immigr&#233;s pratiquant le fran&#231;ais hors de chez eux et la langue du pays d'origine en famille. Or j'&#233;vque ici une population seynoise utilisant deux langues autochtones : un parler non officiel, non reconnu, pour l'oralit&#233; famili&#232;re, et une langue officielle, enseign&#233;e, pour la vie administrative, politique, culturelle, et pour les relations avec les autres Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce bilinguisme, que dire pour La Seyne qui ne se dise pour toute la Provence ? Faut-il rappeler que le proven&#231;al est n&#233; du latin ? Que ce proven&#231;al a &#233;t&#233; la seule langue de la Provence ind&#233;pendante, langue populaire et langue officielle, jusqu'au rattachement &#224; la France autour de 1500 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faaut-il rappeler qu'ensuite, pendant trois si&#232;cles, le probl&#232;me n'est pas de parler proven&#231;al, qui demeure la langue de tous, peuple, bourgeois, et m&#234;me nobles. Le probl&#232;me est de ma&#238;triser le fran&#231;ais. Et &#224; cela, seules les couches privil&#233;gi&#233;es ont vraiment acc&#232;s. Que le peuple reste &#224; sa place, donc dans sa langue. 1789 initie une &#232;re nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le fran&#231;ais est revendiqu&#233; par le peuple, qui exige le droit &#224; l'instruction, donc &#224; la promotion sociale, le peuple qui veut acc&#233;der &#224; la vie citoyenne nationale, dans la langue nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le proven&#231;al n'est plus re&#231;u par les dirigeants comme un moyen de maintenir le peuple dans l'ignorance et donc dans la soumission. Il leur appara&#238;t comme un obstacle &#224; l'unit&#233; nationale, politique et &#233;conomique, une entrave &#224; la n&#233;cessaire acculturation, &#224; la modernit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, bien que d&#233;fendu par les lettr&#233;s qui fondent en 1854 le F&#233;librige, le proven&#231;al est condamn&#233; et sa mort lente s'amorce d&#232;s le Second Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, je le r&#233;p&#232;te, vaut pour l'ensemble des r&#233;gions &#224; idiomes, pour la Provence, donc pour La Seyne. Et nous pourrions nous en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui serait bien entendu frustrant pour les amateurs d'histoire locale que vous &#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais alors m'en tenir &#224; une illustration locale et redondante de ces th&#232;mes g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, une &#233;tude du bilinguisme seynois peut titiller vraiment l'historien des mentalit&#233;s. Dans la mesure o&#249; La Seyne participe bien &#233;videmment des mutations g&#233;n&#233;rales de la Provence, mais aussi s'en d&#233;fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne conna&#238;t alors en effet une continuit&#233; et une mutation. La continuit&#233; est celle d'une communaut&#233; proven&#231;ale de gens de mer, d'artisans et de paysans. Mais, avec la naissance des Forges et Chantiers, La Seyne devient aussi, au sens moderne, la seule ville ouvri&#232;re du Var. Ville d'immigration italienne massive. Le bilinguisme seynois ne participe donc pas vraiment d'une situation de maintenance, dans un monde &#233;conomiquement et socialement conservateur. Il interroge au contraire sur le r&#244;le des deux langues dans le basculement vers la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc en 1850. La Seyne a 6500 h. Un ordre de comparaison ? Six-Fours fr&#244;le les 3000, Ollioules d&#233;passe les 3000, Toulon est la grande ville avec 45000 h. Disons tout de suite que les rapports entre Toulon et La Seyne ne sont pas ceux de la franche camaraderie. Toulon accepte mal que des rivales lui disputent la rade . Quels rapports entretient La Seyne avec de son antique matrice Six-Fours ? Je dis Six-Fours, mais le fort va bient&#244;t remplacer le village d&#233;sert&#233;. Disons plut&#244;t les hameaux et Reynier. Reynier dont le cur&#233; Garrel &#233;crit alors :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'La villo de Seis Fours de vieillesso escrasado / D'aqueou darnier pichoun s'es enfin accouchado'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contentieux de voisinage fait des Six-Fournais les souffre-douleurs des chansons et blagues proven&#231;ales de leurs voisins seynois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; La Seyne. Nous sommes le 21 avril 1850. La R&#233;publique a deux ans. Les membres du comit&#233; d&#233;mocratique sont r&#233;unis comme chaque dimanche dans leur caf&#233; du port. Ce sont des commer&#231;ants, des artisans, des enseignants. Dont quelques unes de nos rues rappellent les noms. Carvin, Jacques Laurent, Cyrus Hugues ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On salue le maire Berny qui, malgr&#233; sa mod&#233;ration, est menac&#233; de r&#233;vocation par le pr&#233;fet. N'a-t-il pas accept&#233; trop de lampions rouges lors de la retraite au flambeaux, n'est-il pas intervenu en faveur des jeunes gens qui ont chant&#233;, place Bourradet : &lt;i&gt;'Les peuples sont pour nous des fr&#232;res et les tyrans des ennemis'&lt;/i&gt;... Un militant lit &#224; haute voix &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt;, auquel le comit&#233; vient d'envoyer la somme consid&#233;rable de 1000 francs. Comme l'indique son sous-titre, &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt; est le journal de la d&#233;mocratie avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne, qui vote majoritairement r&#233;publicain, a donn&#233; plus du quart des voix &#224; ces d&#233;mocrates socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de premi&#232;re page que lit notre Seynois parle justement de La Seyne et la lecture fait sourire les auditeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Ben de gramacis eis demoucratos de La Seyne, per l'accuilh fraterneou qu'a&#239; agu l'ounour de re&#231;ubre d'ellei dimenche passat. Mi souvendrai toujours, em&#233; bouanhur, d'aquelo hurouso journado ! Ren li manquavo. Soureou d'abriou, ventour perfuma, couars republicains, bouano taouro, descento de gava&#239;, cansouns patriouticos et graciousita d&#233; frumos et d&#233; dameisellos...'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article est sign&#233; Cascayoun, qui est cens&#233; d'&#234;tre un brave paysan d'Hy&#232;res. Dans &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate&lt;/i&gt;, le chroniqueur Cascayoun s'adresse aux paysans varois dans leur langue, pour les gagner &#224; la d&#233;mocratie socialiste. Parler au peuple dans sa langue, pour en &#234;tre mieux compris, n'est pas une originalit&#233;. C'est ce que font les pr&#234;tres en chaire, c'est ce que fait le journal conservateur que le pr&#233;fet Haussmann envoie gratuitement aux cercles de villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est par contre tout &#224; fait inhabituel que Cascayoun s'adresse en proven&#231;al aux citoyens de la ville, aux urbains. Or il fait pour La Seyne ce qu'il n'a jamais fait pour Toulon et les autres cit&#233;s du Var. On peut bien s&#251;r se demander pourquoi. Et d&#233;j&#224;, on peut se demander ce que Cascayoun est venu faire &#224; La Seyne ? Cascayoun est en fait Dupont, employ&#233; de caisse d'&#233;pargne &#224; Hy&#232;res, un des principaux dirigeants de la d&#233;mocratie socialiste varoise. Il est venu &#224; La Seyne pr&#233;parer ce que le pouvoir appellera le complot de Lyon. Il s'agit de structurer la r&#233;sistance des soci&#233;t&#233;s populaires du sud-est si le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Louis-Napol&#233;on, se risque au coup d'&#233;tat. Ce qu'il fera vous le savez l'ann&#233;e suivante, en &#233;crasant entre autres la r&#233;sistance de l'insurrection varoise. R&#233;sistance que les d&#233;mocrates varois, et seynois, paieront cruellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel contraste entre la gravit&#233; de la mission de Cascayoun et le salut proven&#231;al qui la suit dans le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article nous fait comprendre le statut du proven&#231;al &#224; La Seyne. Il ne concurrence pas le fran&#231;ais dans les registres de la communication efficace, par exemple dans celui de la politique, comme cela pourrait se faire en milieu rural. Mais il n'est pas pour autant consid&#233;r&#233; en langue morte, ou en langue inf&#233;rioris&#233;e. Apr&#232;s la r&#233;union politique, et la mise en place de la r&#233;sistance, qui se font en fran&#231;ais, vient le moment de la d&#233;tente, de la connivence fraternelle, o&#249; le proven&#231;al signe le plaisir partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant en 1866.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amnisti&#233;s, les exil&#233;s du coup d'&#233;tat sont revenus, ceux du moins qui ne sont pas morts dans les bagnes d'outre-mer. Cyrus Hugues le pharmacien par exemple, qui va avec d'autres organiser l'opposition r&#233;publicaine &#224; l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est une ville bien chang&#233;e qu'ils retrouvent. En 15 ans, la population a doubl&#233;. On d&#233;passe les 13000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne est toujours une petite communaut&#233; de gens de mer, d'artisans et de paysans, mais, avec l'implantation du capital international et l'arriv&#233;e de la voie ferr&#233;e en 1859, elle est aussi devenue cit&#233; des chantiers navals, du fer et de la vapeur. La direction des chantiers en appelle massivement &#224; la main d'&#339;uvre immigr&#233;e. Ces &#168;Pi&#233;montais qui s'entassent aux portes des chantiers, dans les taudis de la place de la Lune. Vous connaissez l'&#233;pisode significatif que j'ai pr&#233;sent&#233; jadis dans &lt;i&gt;Etraves&lt;/i&gt; (cf. &lt;a href=&#034;http://www.rene-merle.com/spip_redirect.php3?id_article=38&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;- Ren&#233; Merle - Le chol&#233;ra de 1865 &#224; La Seyne (Var)&lt;/a&gt; ). Les notables seynois demandent des renforts de police et de pr&#234;tres pour faire face &#224; cette 'invasion' (je mets des guillemets), mais ils refusent que la commune d&#233;pense un sou pour assainir le Gros Vallat, qui charrie l'infection de ce quartier d&#233;sh&#233;rit&#233;. Jusqu'&#224; ce qu'&#233;clate le terrible chol&#233;ra de 1865. Le maire Martel Esprit, ses adjoints Fran&#231;ois Durand et Nicolas Chapuis font courageusement face &#224; l'&#233;pid&#233;mie. Chapuis en meurt. La rue des Pi&#233;montais est baptis&#233;e &#224; son nom, et la commune, unie &#224; la direction des chantiers, assurent enfin l'assainissement du Gros Vallat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le statut du bilinguisme dans cette situation de basculement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;vidence le parler du terroir appara&#238;t aux Seynois de souche comme un bien identitaire qui les diff&#233;rencie de ces nouveaux-venus, ces 'Piantous' qui campent aux portes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la diff&#233;rence de ce qui se passe &#224; Toulon ou &#224; Draguignan, cette crispation identitaire ne porte pas ces notables seynois vers le F&#233;librige. Un F&#233;librige confort&#233; par la gloire de Mistral, qui a publi&#233; &lt;i&gt;Mir&#232;io&lt;/i&gt; en 1859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al que ces Seynois affectionnent est un proven&#231;al de proximit&#233;, un signal de connivence sans ambitions litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un texte seynois qui ne restera certes pas dans les annales de la po&#233;sie proven&#231;ale. Il est imprim&#233;e &#224; Toulon en 1866, en pr&#233;sentation soign&#233;e, chez le tr&#232;s conservateur Laurent, et il est en vente chez Pernet, libraire &#224; La Seyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;Cansoun &#224; l'hounour d'uno d&#233;couratien ben meritado&lt;/i&gt; f&#233;licite plaisamment l'adjoint F.Durand, un officier retrait&#233; de la marine marchande, de sa belle conduite pendant le chol&#233;ra et de la d&#233;coration qui en est r&#233;sult&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Meis chiers amis / Canten encens / D'un couar countent / Vivo Durand / L'an d&#233;coura / L'a merita &#247; Per l'entrepido voulounta /... Criden senso fa lou semblan, / Vivo vivo Fran&#231;ois Durand&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; La Seyne un vrai public populaire pour ces petits textes proven&#231;aux. J'ai exhum&#233; de rares archives les fascicules publi&#233;s par le portefaix Grimaud, du Pont du Las, qui parcourait la r&#233;gion en d&#233;clamant et vendant ses vers de circonstance. Grimaud ne se pose pas en d&#233;fenseur du proven&#231;al, mais il traite en proven&#231;al, de la chronique locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici ce qu'il &#233;crit en 1866, apr&#232;s une visite au march&#233; de La Seyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'De touteis lei coustas que mon istouaro r&#232;gno / Degun per m'acheta a surmounta la Seigne, / Dins lou d&#233;partament, l'ai assas p&#233;n&#233;tra, / D&#233; peys coumo aqu&#233;ou n'a&#239; jama&#239; rescountra / N'en venderi cent dix dins une proumenade, / aco siegue leu l&#232;s, lei prenien a pougnade'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne est donc la localit&#233; o&#249; l'on ach&#232;te le plus de ces vers proven&#231;aux oubli&#233;s par l'histoire. Tel est le statut du proven&#231;al de La Seyne. Connivence locale et bonhommie, tant dans le peuple que chez les notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, le proven&#231;al n'est pas revendiqu&#233; en langue majeure, et manifestement l'avenir est au fran&#231;ais. Un fait significatif, les pr&#234;tres seynois commencent &#224; moins pr&#234;cher en proven&#231;al, sous l'influence des maristes bien install&#233;s d&#233;sormais &#224; La Seyne depuis 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux Pi&#233;montais, cette premi&#232;re vague de noms italiens termin&#233;s g&#233;n&#233;ralement par o, leur int&#233;gration linguistique ne posera pas de gros probl&#232;mes. La monarchie de Pi&#233;mont-Savoie a le fran&#231;ais pour langue officielle, et les parlers des alpes pi&#233;montaises sont de langue d'oc. Les Bottero, Dalmasso, Ferrero, Giraudo, Giordano, Pastorino et autres Tosello, parleront vite le m&#234;me fran&#231;ais et le m&#234;me proven&#231;al que les Seynois 'de souche'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici maintenant en 1872. L'empire s'est effondr&#233; dans la d&#233;faite de Sedan, et la R&#233;publique l'a remplac&#233;. Mais c'est une majorit&#233; conservatrice et royaliste qui gouverne. Quelques d&#233;partements font exception, le Var par exemple, dont les quatre d&#233;put&#233;s sont r&#233;publicains. La Seyne a une municipalit&#233; r&#233;publicaine radicale o&#249; figurent les vieux lutteurs de 1851, dont Cyrus Hugues. Ces radicaux ont salu&#233; la Commune de Paris et r&#234;vent d'une d&#233;mocratie avanc&#233;e. Plusieurs fois dissoute, la municipalit&#233; radicale tiendra bon pendant cette d&#233;cennie conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1872, &lt;i&gt;La Sentinelle&lt;/i&gt;, le journal royaliste toulonnais publie des chroniques anti-r&#233;publicaines sign&#233;es Bourtoura&#239;go, de Six-Fours. Il s'agit en fait de Goiran, propri&#233;taire terrien ais&#233;, vieux royaliste, et proven&#231;aliste connu. Bourtoula&#239;go s'adresse aux paysans, dans leur langue. Mais le voici qui interpelle aussi &#224; l'ouvrier Messugo qui a quitt&#233; Six-Fours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Trouvav&#232;s que dins noustro pichotto coumuno, li avi&#233; troou de rouyalistos et de r&#233;actiounaris, et pas proun, &#224; ta fantasi&#233;, de fr&#232;ros et amis de l'internatiounalo'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesugo est all&#233; s'&#233;tablir dans une ville proche, une ville rouge. On reconnait bien s&#251;r La Seyne. La Seyne o&#249; la premi&#232;re gr&#232;ve des FCM, en 1872, est en effet attribu&#233;e par certains aux internationalistes marxistes. Je vous renvoie &#224; ces tr&#232;s longues lettres o&#249; Bourtoulaigo d&#233;nonce ces ouvriers rouges, ces partageux, et &lt;i&gt;'lou capouri&#233; de la bando, que li dien, cr&#232;si, Carlo-Mascle'&lt;/i&gt;. On aura reconnu Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons en passant les contradictions de &lt;i&gt;La Sentinelle du Midi&lt;/i&gt;. D'une part elle d&#233;fend la langue proven&#231;ale, tant par ses chroniques paysannes que dans son soutien au f&#233;librige conservateur et royaliste de Roumanille. Mais en m&#234;me temps le journal est empreint de m&#233;pris pour cette langue populaire, de m&#233;pris pour ceux qui ma&#238;trisent mal le fran&#231;ais. Un exemple entre dix. Voici par exemple ce que le journal &#233;crit, le 1er septembre 1872, d'un &#233;lu radical seynois qui avait prononc&#233; une allocution &#224; la fin d'un enterrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;il avait eu sur ses coll&#232;gues l'avantage marqu&#233; d'introduire, ou mieux de laisser glisser les noms de Danton, de Marat, de Troppman, etc. etc. le discours en &#233;tait ballonn&#233;, absolument comme le ventre de l'orateur&#8221;&lt;/i&gt;, ses amis le f&#233;licitent, &lt;i&gt;&#8220;&#224; l'audition des &#233;loges, il s'&#233;mut, il se p&#226;ma mais revenant bient&#244;t &#224; son &#233;tat normal, il s'exclama toutefois, dans la langue qui lui est ch&#232;re, sa langue de pr&#233;dilection : A&#239; agu qu'un tor, es aqu&#233;ou d&#233; pas m'estr&#233; pourta candida e&#239;s &#233;lections de l'assemblado nationalo&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cho nous montre aussi que l'oralit&#233; proven&#231;ale reste habituelle chez nos petits notables r&#233;publicains, alors que leur propagande &#233;crite est fran&#231;aise. Elle l'est d'autant plus qu'un de leurs combats est celui de la la&#239;cisation de l'enseignement, un enseignement qui doit propager d&#233;finitivement le fran&#231;ais. Combat dans lequel la municipalit&#233; de la Seyne est fort active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste, pour r&#233;concilier la droite et la gauche autour d'un proven&#231;al de connivence, l'usage de plus en plus fr&#233;quent de l'intervention plaisante. Ainsi de cet article de 1872 toujours, dans le journal satirique &lt;i&gt;La Gu&#234;pe de Toulon&lt;/i&gt;. Le r&#233;dacteur, Cernay, un Seynois bon royaliste lui aussi, va &#224; pied de la Seyne &#224; Six-Fours, et il entend deux p&#234;cheurs discuter, je cite, &lt;i&gt;'dans cette belle langue proven&#231;ale qu'a si noblement &#233;lev&#233;e Fr&#233;d&#233;ric Mistral, notre premier f&#233;libre'&lt;/i&gt;. Il s'agit de la prise d'un poulpe &#233;norme, &lt;i&gt;un poupre coum'aco, une main&lt;/i&gt; ... &lt;i&gt;'Lou pouarti &#224; l'oustaou, n'en douni en toute&#239; leis amis et couneissen&#231;o, et m'en resto enca per nourri mai de 20 famillo'&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici en 1885. La victoire des r&#233;publicains est assur&#233;e depuis 1879-1880. Aussit&#244;t, &#224; La Seyne comme ailleurs, et peut-&#234;tre plus qu'ailleurs, le front r&#233;publicain s'est fissur&#233;. Les clivages entre radicaux et mod&#233;r&#233;s se renforcent d'oppositions personnelles tr&#232;s fortes, d'autant que la notion de parti n'existe pas encore et que la vie politique se fait dans les cercles locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire radical Cyrus Hugues a pass&#233; la main, tout en restant conseiller g&#233;n&#233;ral. Ses h&#233;ritiers s'affrontent, et la Seyne conna&#238;t une p&#233;riode de grande instabilit&#233; municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces d&#233;chirements de personnes dans la majorit&#233; de gauche, un homme nouveau, l'ing&#233;nieur Saturnin Fabre, se pr&#233;sente en candidat d'int&#233;r&#234;t local, pr&#234;t &#224; assumer le d&#233;veloppement de la cit&#233;. Sa position de centriste, ses liens avec la direction des chantiers navals, lui permettent de se poser en rassembleur. Jusqu'alors les radicaux seynois n'ont jamais fait du proven&#231;al une arme politique dans leur journal &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. La rubrique de la Seyne ne met en 1885 le proven&#231;al que dans la bouche de personnages marginaux ou bizzares. Il est manifestement signe d'arrieration. Ainsi ce pousseur de charreton du march&#233; qui &#224; peine mari&#233; dit &#224; son &#233;pouse, en sortant de la mairie : &lt;i&gt;'tu, sies miouvo, passe mi davant !'&lt;/i&gt;. Alors que les radicaux et Cyrus Hugues m&#232;nent leur propagande en fran&#231;ais, les hommes de Fabre vont se servir du proven&#231;al pour d&#233;stabiliser Hugues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le Toulonnais Dominique qui donne l'assaut en 1885. Son quotidien de centre droit &lt;i&gt;Le Petit Toulonnais&lt;/i&gt; publie en premi&#232;re page des lettres de lecteurs seynois en proven&#231;al. Ainsi &lt;i&gt;'un campagnard qu'a jamai agu poou, habitan lou quartier de l'O&#239;de'&lt;/i&gt;, qui dit &lt;i&gt;'oou citoyen Cyrus Hugues, l'apouticari : aves jamai ren fa per l'ouvrier, encaro mens per lou paisan, n'en voulen plus de vous &#224; la coumuno'&lt;/i&gt;. L'hebdomadaire de Dominique, tout en proven&#231;al, &lt;i&gt;La To&#249;teno&lt;/i&gt; publie de tr&#232;s nombreuses attaques politiques et personnelles contre Hugues et son &#233;quipe radicale. Quand la municipalit&#233; radicale est battue par Fabre, &lt;i&gt;La To&#249;teno&lt;/i&gt; demande &#224; Hugues de d&#233;missionner de son poste de conseiller g&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;'la grando voix doou suffragi universaou a parla, e lou citoyen cyrus Hugues duou oub&#233;i'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression est telle que, le fait est vraiment extraordinaire, Hugues exasp&#233;r&#233; r&#233;pond en proven&#231;al !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les uns et les autres, cet abondant usage public du proven&#231;al n'implique pas une d&#233;fense f&#233;libr&#233;enne de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en 1885, la Sainte estelle de Hy&#232;res, grand f&#234;te annuelle des F&#233;libres de tout le midi, rassemble une foule &#233;norme qui acclame Mistral. Si les notables varois de tous bords se bousculent &#224; Hy&#232;res, les notables seynois brillent par leur absence. Alors que le F&#233;librige varois na&#238;t, et rassemble des notables fort divers dans &lt;i&gt;l'Escolo doou Var&lt;/i&gt;, &#224; La Seyne la proven&#231;alit&#233; semble abandonn&#233;e aux modestes tambourinaires du terroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le f&#233;librige seynois appara&#238;t un peu plus tard, en 1890-92, avec l'avocat et journaliste Coffini&#232;res, qui s&#233;journe d'abord &#224; Tamaris, puis dans la propri&#233;t&#233; de S.Fabre au quartier de Cachou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coffini&#232;res participe au lancement de la station de Tamaris et fonde une &#233;cole f&#233;libr&#233;enne qu'il veut mondaine et litt&#233;raire, &#224; la diff&#233;rence de l'&#233;cole f&#233;libr&#233;enne du Var. L'invitation illustre bien la dichotomie seynoise, 'La Mecque' populaire &#224; l'Ouest, Tamaris azur&#233;e &#224; l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notables toulonnais viennent nombreux &#224; l'escolo de Tamaris, mais en bateau, et sans passer par La Seyne. Les notables seynois ne s'y bousculent pas, bien que le maire Saturnin Fabre soit un familier des r&#233;unions de &lt;i&gt;l'Escolo de Tamaris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rencontre aussi dans l'entourage de Coffini&#232;res deux jeunes Seynois qui feront parler d'eux, le secr&#233;taire de la mairie, Seyne, Escartefigue, le futur maire de Toulon, alors anarchiste, et l'industriel Henri Petin, futur maire de La Seyne, alors responsable du cercle des jeunes gens de la Seyne, nationaliste et antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire Saturnin Fabre finance sans grand respect des r&#232;gles administratives les banquets de &lt;i&gt;l'Escolo de Tamaris&lt;/i&gt; et la fait participer aux festivit&#233;s de 1893, pour le centenaire du si&#232;ge et du fort Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participation toute opportuniste. Fabre est flatt&#233; de se m&#234;ler &#224; cette bonne soci&#233;t&#233;, mais en dix ans d'existence, son journal &lt;i&gt;Le Seynois&lt;/i&gt; ignorera le proven&#231;al. Le propos de Fabre est de moderniser une ville qui vient de d&#233;passer les 20000 habitants, non de d&#233;fendre un idiome que l'histoire a condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons un savoureux contrepoint &#224; cette modernit&#233; de Fabre. Voici le seul &#233;cho seynois, &#233;cho lapidaire, que donne le grand hebdomadaire marseillais &lt;i&gt;La Sartan&lt;/i&gt;, le 20 f&#233;vrier 1892 : &lt;i&gt;&#8220;La Seyno, Var - Nouesto municipalita e lou publi si mandon de chameto &#224; raport &#224; n'un p&#224;ti que voudrien tanca su lou quai Hoche. Es pa'no cavo &#224; faire, mai aven four&#231;a lei municipaou &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;li metre lou nas e anaren empega soun p&#224;ti un paou pu luen. R.F&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La municipalit&#233; Fabre tombera en 1895-1896 sur le probl&#232;me de l'assainissement. Rappelons que Toulon envisage un &#233;missaire qui traverserait notre commune avant de se d&#233;verser du c&#244;t&#233; de Fabregas. Fabre soutient le projet qui assurerait la salubrit&#233; et le d&#233;veloppement de La Seyne. Les opposants seynois au projet toulonnais viennent de tous les bords. Ainsi voit-on des catholiques conservateurs, et des socialistes, soutenir Bernard, le rival radical de Fabre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le concert d&#233;cha&#238;n&#233; contre Fabre, ces opposants feront feu de tout bois, proven&#231;al y compris. Ainsi de cette assez stup&#233;fiante chanson compos&#233;e au si&#232;ge des jeunesses socialistes, imprim&#233;e et diffus&#233;e en ville. &lt;i&gt;'Se sian fourma en coumita / Es parqu&#233; la merdo passo pas'&lt;/i&gt;, dit la chanson, scand&#233;e par ce refrain dont les vieux Seynois comprendront tout le sens : &lt;i&gt;' Pr&#233;f&#233;raren toujours lei torpilleurs e lei toupinos'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabre deux fois battu, le nouveau maire, Bernard, chantera ces couplets proven&#231;aux, devant une foule o&#249; se m&#234;lent ses &#233;lecteurs de droite et de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al appara&#238;t ici comme l'arme de la connivence locale et de l'agression brutale, et non bien s&#251;r comme l'outil de l'argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de cet usage qui n'a rien pour nous surprendre, nous rencontrons un usage bien diff&#233;rent du proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1897 se termine la gr&#232;ve des riveteurs, chanfreineurs et perceurs des FCM. Cette gr&#232;ve d'ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s, effectuant des travaux de force, unit des ouvriers fran&#231;ais et de tr&#232;s nombreux ouvriers immigr&#233;s, des Italiens pour la plupart. Il ne s'agit plus l&#224; de la traditionnelle &#233;migration pi&#233;montaise, mais de sujets du jeune royaume d'Italie, qui va d&#233;sormais de Turin &#224; la Sicile. Les Toscans dominent, et la plupart des noms italiens que nous rep&#233;rons alors sont des noms en i. La familiarit&#233; de ces Italiens avec le fran&#231;ais est beaucoup moins grande que celle des Pi&#233;montais, et qui plus est, beaucoup d'entre eux apprennent au travail un proven&#231;al francis&#233;, ou un fran&#231;ais proven&#231;alis&#233;, qui est la vraie langue du travail. C'est l'&#233;cole qui francisera leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans le dossier de police conserv&#233; aux archives d&#233;partementales cette coupure significative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Dans la matin&#233;e, &#224; 9 h., une importante r&#233;union des gr&#233;vistes avait lieu au sous-sol sous la pr&#233;sidence du citoyen Maille, pr&#233;sident du Comit&#233;. 800 ouvriers environ y assistaient. Au d&#233;but, on a donn&#233; lecture des r&#233;cents articles que nous avions consacr&#233;s &#224; la gr&#232;ve. Afin de permettre &#224; tous les assistants de comprendre, ces articles ont &#233;t&#233; successivement lus en fran&#231;ais, puis traduits en italien par le citoyen Fio, vice-pr&#233;sident du Comit&#233;, et enfin en proven&#231;al. Les gr&#233;vistes ont vigoureusement et unanimement applaudi, puis ils ont vot&#233; un ordre du jour de chaleureux remerciements au Petit Proven&#231;al qui, &#224; peu pr&#232;s seul dans la presse, avait soutenu leur cause. Camille Ferdy&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont souvent les d&#233;tails qui font l'histoire. L'&#233;pisode de la traduction proven&#231;ale a &#233;t&#233; signal&#233; dans des ouvrages d'histoire locale, comme donn&#233; par &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. Or c'est bien &lt;i&gt;Le Petit Proven&#231;al&lt;/i&gt;, l'organe socialiste de Marseille, qui a mis ce fait en avant le 3 f&#233;vrier 1897. Il est significatif que les deux journaux toulonnais, le radical &lt;i&gt;Petit Var&lt;/i&gt; et le conservateur &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, s'ils savent saluer Mistral, ignorent cet usage du proven&#231;al qui situe les travailleurs fran&#231;ais ma&#238;trisant mal le fran&#231;ais au rang de ces Italiens si m&#233;pris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al n'est plus ici, comme dans la chanson de l'&#233;missaire, la langue de tous dans laquelle on traite plaisamment de politique locale. Il est encore moins, comme dans la litt&#233;rature f&#233;libr&#233;enne, langue d'une nation mythique. Le proven&#231;al appara&#238;t comme le parler des plus d&#233;favoris&#233;s, des moins instruits, des plus &#224; l'&#233;cart de la modernit&#233;. C'est pourquoi, m&#234;me s'il peut servir de vecteur &#224; l'explication, il ne peut &#234;tre pris en compte comme langue par les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la majorit&#233; des socialistes seynois, qui s'exprime dans l'hebdomadaire &lt;i&gt;L'Echo du Var&lt;/i&gt;. Ces socialistes ont d&#233;savou&#233; les jeunesses socialistes qui soutiennent Bernard, et qui vireront bient&#244;t, Cluseret aidant, &#224; l'activisme nationaliste et antis&#233;mite d'Henri Petin. &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, le journal de droite, s'est moqu&#233;e du mauvais fran&#231;ais proven&#231;alis&#233; des &#233;lus socialistes. &lt;i&gt;L'Echo du Var&lt;/i&gt; r&#233;pond que les travailleurs n'ont pas &#224; rougir de leur fa&#231;on de s'exprimer, qui tient au fait qu'on leur a refus&#233; l'instruction. Il r&#233;affirme le droit des travailleurs &#224; l'instruction et la n&#233;cessit&#233; de ma&#238;triser le fran&#231;ais. Aucune mention n'est faite par ces socialistes seynois d'une d&#233;fense de la langue natale, le proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui donc alors, en cette fin de si&#232;cle, s'affirme clairement &#224; La Seyne pour une d&#233;fense de l'idiome natal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escolo f&#233;libr&#233;enne de Tamaris, &#233;litiste et mondaine, a vite cess&#233; de rayonner. Et la disparition de Fabre, qui la soutenait, a ent&#233;rin&#233; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici qu'en 1898, &#224; Toulon, un groupe de jeunes f&#233;libres veut aller au peuple en cr&#233;ant &lt;i&gt;l'Escolo de la Targo&lt;/i&gt;, r&#233;solument en faveur des th&#232;ses r&#233;gionalistes activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1900, sur les 49 adh&#233;rents de la Targo, 10 sont seynois. Proportion non n&#233;gligeable. Quels sont ces Seynois de la Targo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octave Amayon pintre de tabl&#232;u, Tamaris. Antoine Blanc, quartier Ste Anne. L'abb&#233; Bonifay, cur&#233; de La Seyne. Andr&#233; Daste, p&#234;cheur, Br&#233;gaillon. Lucien Gassier, architecte, Mar vivo. Pierre Ginouves, bureau de la Marine. Aim&#233; Gras, marchand de meubles, avenue des Sablettes. Andr&#233; Jaubert, m&#233;decin, rue Thiers. Louis Pio, p&#234;cheur, r&#233;serve d'huitres de Br&#233;gaillon. L&#233;on Spariat, cur&#233; de Saint Mandrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le constatez, nos f&#233;libres sont des bourgeois, des pr&#234;tres et des p&#234;cheurs. Les enseignants, les ouvriers et les paysans sont absents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces f&#233;libres, cinq sont v&#233;ritablement actifs. Pio, le p&#234;cheur de Br&#233;gaillon, compose et chante, en proven&#231;al populaire, la vie et la beaut&#233; du petit pays, sans trop se pr&#233;occuper de l'id&#233;ologie nationalitaire f&#233;libr&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose chez Ginouv&#232;s, le responsable des douanes, tr&#232;s connu par ses publications amusantes, en bonne langue populaire. Remarquons cependant qu'il habite le boulevard du 4 septembre, un quartier r&#233;sidentiel &#224; l'&#233;poque, &#224; l'&#233;cart des rues populaires de la vieille ville. Si Ginouves ne s'engage pas dans les grands d&#233;bats du r&#233;gionalisme mistralien, il se marque politiquement en soutenant la droite antidreyfusarde locale. Il publie r&#233;guli&#232;rement du proven&#231;al joyeux dans &lt;i&gt;Le Petit Seynois&lt;/i&gt;, le journal de l'industriel Petin, qui sera maire nationaliste de La Seyne en 1904.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ses m&#233;rites m&#233;dicaux, le docteur Jaubert est plus connu &#224; La Seyne pour &#234;tre un des premiers possesseurs de voiture automobile que pour son amour de la langue de Mistral. Il est un propagandiste tenace de la doctrine f&#233;libr&#233;enne, qu'il situe clairement en dehors de tout engagement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre les deux pr&#234;tres, Bonifay et Spariat, propagent l'id&#233;ologie f&#233;libr&#233;enne de d&#233;fense de la langue et de refus du centralisme jacobin. Sous des pseudonymes transparents ou sous leur signature, ils associent constamment dans la presse catholique locale et dans &lt;i&gt;La Croix du Var&lt;/i&gt; la d&#233;fense de la langue proven&#231;ale, la d&#233;fense de la religion menac&#233;e par les r&#233;publicains, le refus du radicalisme et du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que pour beaucoup de Seynois l'amalgame peut &#234;tre fait entre une prise de position politique &#224; droite, voire &#224; la droite extr&#232;me, et un engagement f&#233;libr&#233;en. Ce qui ne veut pas dire que la gauche ne fasse pas &#224; l'occasion du proven&#231;al un usage politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi lors de l'&#233;lection l&#233;gislative partielle de 1900, apr&#232;s la mort de Cluseret, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; utilise le proven&#231;al pour soutenir le candidat radical Martin, qui sera &#233;lu. Le journal de droite, R&#233;publique, soutient Gr&#233;bauval, pr&#233;sident du conseil municipal de Paris, mais propri&#233;taire de la grande villa de Br&#233;gaillon. C'est le candidat nationaliste antidreyfusard. &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; d&#233;nonce par une lettre de lecteur de Six-Fours la venue des radicaux et socialistes seynois venus lui porter la contradiction. On n'entendait rien parce que &lt;i&gt;'Lei gens de la M&#232;quo fasien troou de bru'&lt;/i&gt;. A quoi &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; fait donner, entre autres lettres proven&#231;ales, la &lt;i&gt;'Responso doou paysan de Bregailloun'&lt;/i&gt;, un voisin de Gr&#233;bauval donc : &lt;i&gt;'Es ma&#239; un estrangier oou despartament, un nouveou desbarqua que cr&#232;i de toute&#239; nous avala'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, c'est le maire Petin qui sera &#224; son tour accroch&#233; en proven&#231;al par &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; (4 mars 1909) : &lt;i&gt;&#8220;La priero d'un peysan &#224; touti sei cambarado de la campagno de la 2e circonscricien. Vous vaou dire lei qualita de nouaste mero Petin. Es un soucialisto de l'aoutr&#233; caire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proven&#231;al de connivence et d'agression donc des deux c&#244;t&#233;s, mais l'essentiel de l'argumentation est en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d'arr&#234;ter notre promenade seynoise, avant que la catastrophe de 1914 ne change la donne de la Belle Epoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette donne partage les langues. Du partage entre registres s&#233;rieux et registres de divertissement, le th&#233;&#226;tre t&#233;moigne plaisamment. Sur les sc&#232;nes seynoises, nombreuses &#224; l'&#233;poque, le proven&#231;al est tr&#232;s pr&#233;sent, mais seulement dans des registres de distraction. Ainsi au cercle fraternel des Mouiss&#232;ques on joue le m&#234;me soir de 1907 le m&#233;lodrame fran&#231;ais &lt;i&gt;Le for&#231;at de Toulon&lt;/i&gt; et le vaudeville proven&#231;al &lt;i&gt;Tanto Rosino&lt;/i&gt; qui, nous dit &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; un succ&#232;s de fou-rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1914, le cin&#233;ma changera totalement cette donne de spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage entre g&#233;n&#233;rations est plus d&#233;cisif que le partage des genres. Ecoutons ces petits notables seynois, de droite et de gauche, que le journal satirique &lt;i&gt;Le Diable Rouge&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente &#224; l'occasion buvant l'ap&#233;ritif et discutant politique en proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des hommes d'&#226;ge m&#251;r. Ils ont parl&#233; proven&#231;al &#224; leurs enfants. Cesenfants qui naissent dans ces ann&#233;es 1890-1900 auront encore le proven&#231;al pour langue maternelle. Toute la Seyne rit, en 1910, aux couplets fran&#231;ais et proven&#231;aux de la revue locale sur l'aviatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration qui suivra comprendra le proven&#231;al des parents, mais lui r&#233;pondra en fran&#231;ais. Le destin de la langue est alors scell&#233;. Apr&#232;s 14-18, la langue mourra en pleine sant&#233;, sant&#233; puisque pratiqu&#233;e totalement par la g&#233;n&#233;ration qui s'en va, mort puisque non parl&#233;e par la g&#233;nration qui arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'on commencera &#224; oublier la toponymie proven&#231;ale, &#224; ne plus comprendre ce que veut dire la Gatonne, l'O&#239;de, c'est alors que la prononciation changera, que Mar vivo deviendra Marvivo, Maregau, Fabregas, etc. Mais c'est alors aussi que le souvenir d'une bonhommie famili&#232;re se transformera en nostalgie, et parfois en r&#233;cup&#233;ration de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette disparition du proven&#231;al, faut-il s'attrister ? Faut-il en prendre son parti ? Faut-il s'en f&#233;liciter au nom de la modernit&#233; ? Mon propos de ce soir ne visait pas &#224; prendre parti. Vous l'avez remarqu&#233;, c'est aux hommes qui parlent la langue que je me suis attach&#233;, et non &#224; la langue elle-m&#234;me. C'est une &#233;tude historique que je vous ai propos&#233;e, et non une &#233;tude linguistique. Or la page est tourn&#233;e sur ces hommes et ces femmes qui ont v&#233;cu ce demi-si&#232;cle de transformations. L'histoire les avait mis en situation de bilinguisme. De ce bilinguisme, vous l'avez vu, les uns et les autres ont us&#233; pour vivre, pour se rencontrer ou pour s'affronter. Et il m'a sembl&#233; que le voyage parmi ces Seynois du proche pass&#233; &#233;tait &#224; la fois d&#233;mystification de l'id&#233;ologie des racines et ennoblissement de notre h&#233;ritage populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que cette &#233;tude de premi&#232;re main vous a int&#233;ress&#233;s, que vous compreniez ou pas le proven&#231;al de nos anciens, que vous soyez n&#233;s &#224; La Seyne ou que vous soyez venus vous y &#233;tablir. Puisse cette &#233;vocation d'une p&#233;riode proche vous renforcer dans la conviction que, souvent d&#233;chir&#233;e par ses antagonismes internes, souvent heurt&#233;e de plein fouet ou port&#233;e par les grands courants de la modernit&#233;, notre cit&#233; porte en elle les possibilit&#233;s de ressourcement et de renouvellement qui lui permettront d'aborder l'an 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera l'int&#233;gralit&#233; des textes &#233;voqu&#233;s, et bien d'autres, dans Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Les Varois, la presse varoise et le proven&#231;al, 1859-1910&lt;/i&gt;, 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Merle, &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034;. II</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article849</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Var</dc:subject>
		<dc:subject>Vignerons</dc:subject>
		<dc:subject>1907</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ratives</dc:subject>
		<dc:subject>Socialistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Provence Historique, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997 Deuxi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt; Suite de Ren&#233; Merle &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034; : I &lt;br class='autobr' /&gt;
Symbolique des manifestations et m&#233;ridionalit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
10 &#224; 12000 &#224; Carnoules le 26 mai, un peu moins le 9 juin &#224; Brignoles (o&#249; les habitants et le maire cl&#233;menciste boudent), les manifestants sont soud&#233;s dans la protestation &#8220;apolitique&#8221;. Les organisateurs n'acceptant que les drapeaux fran&#231;ais, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot383" rel="tag"&gt;Var&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot638" rel="tag"&gt;Vignerons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot639" rel="tag"&gt;1907&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot709" rel="tag"&gt;Coop&#233;ratives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot710" rel="tag"&gt;Socialistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Provence Historique&lt;/i&gt;, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Suite de &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article848' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ren&#233; Merle &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034; : I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Symbolique des manifestations et m&#233;ridionalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &#224; 12000 &#224; Carnoules le 26 mai, un peu moins le 9 juin &#224; Brignoles (o&#249; les habitants et le maire cl&#233;menciste boudent), les manifestants sont soud&#233;s dans la protestation &#8220;apolitique&#8221;. Les organisateurs n'acceptant que les drapeaux fran&#231;ais, toute autre symbolique embl&#233;matique est apparemment impossible : ainsi la pr&#233;sence de socialistes ou f&#233;libres n'est donc pas affirm&#233;e par leurs drapeaux rouges ou sang et or.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, l'expression symbolique de l'exasp&#233;ration est &#224; chercher dans la pr&#233;sence des femmes, et dans celle du proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;sence exceptionnelle des femmes, donneuses de vie, est &#224; la mesure du d&#233;sespoir. A Carnoules, N&#233;oules marche en t&#234;te, derri&#232;re son maire, et quatre jeunes filles portant le drapeau national endeuill&#233; de cr&#234;pe. A Brignoles, l'ordre du cort&#232;ge est symboliquement modifi&#233; : derri&#232;re les quatre jeunes filles porte-drapeaux viennent &#8220;les grands-m&#232;res, m&#232;res et fillettes de cette commune&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 10 juin 1907.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis les hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il faut remarquer que cette pr&#233;sence proc&#232;de de ce que les N&#233;oulais ont vu &#224; B&#233;ziers. L'appel du Comit&#233; de N&#233;oules aux Varois demande : &#8220;comme &#224; B&#233;ziers... que personne n'ait honte d'amener sa femme et ses enfants&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 24 mai 1907&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence de femmes est attest&#233;e dans les autres d&#233;l&#233;gations : dans les pancartes du meeting de Brignoles, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; signale : &#8220;Rocbaron - Port&#233;e par une femme : Femmes de c&#339;ur, suivons le pas de nos vaillants &#233;poux, d&#233;fendons notre vie, celle de nos enfants&#8221;. Mais il semble bien que les N&#233;oulais aient &#233;t&#233; seuls &#224; mettre collectivement en &#339;uvre cette symbolique extra/ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence du proven&#231;al est tout aussi extra/ordinaire. Non que la langue soit morte : certes, la francisation est assur&#233;e par l'&#233;cole, la commercialisation du vin, la lecture de la presse politique, mais le proven&#231;al reste langue ordinaire du travail et de la convivialit&#233;. Mais, malgr&#233; le souhait de Mistral, la solennit&#233; de l'&#233;v&#233;nement semble n'appeler que le fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux entr&#233;es de Carnoules, les banderoles qui saluent les manifestants, sont en fran&#231;ais. Le repr&#233;sentant d'Argelliers cite Mistral, mais s'exprime en fran&#231;ais, comme les autres orateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, devant des auditoires ruraux, les hommes politiques ne d&#233;daignent pas l'improvisation proven&#231;ale pour appuyer affectivement une rh&#233;torique initialement et n&#233;cessairement fran&#231;aise. Ainsi les cercles villageois appr&#233;cient le proven&#231;al du socialiste Reymonenq (ouvrier &#224; l'arsenal et conseiller municipal de Toulon) : il est originaire de La Roquebrussane, pr&#232;s de N&#233;oules. Le conseiller d'arrondissement Jean-Baptiste Menut, viticulteur et f&#233;libre, de Tourves, soutient la r&#233;publique radicale de nombreuses po&#233;sies prooven&#231;ales, lues dans les c&#233;r&#233;monies officielles et publi&#233;es parfois dans la presse. Mais ce recours au proven&#231;al ne saurait d&#233;passer le cadre de la connivence locale ou du petit pays. Les rassemblements de Carnoules et Brignoles s'adressent au pouvoir et &#224; l'opinion fran&#231;aise. Parmi les orateurs, des f&#233;libres comme Balp ou Blache, des boute-en-train proven&#231;aux comme Marin, maire de Camps, n'ont donc recours qu'au fran&#231;ais. La parole &#034;descendante&#034; est fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de la foule que &#8220;monte&#8221; le proven&#231;al. Non, comme on pourrait le croire, dans le cri ou le chant prolongeant l'oralit&#233; proven&#231;ale des ruraux. Quel village n'a pas alors son disaire, son declamaire qui commente plaisamment, le plus souvent en proven&#231;al, l'actualit&#233; locale et nationale... Leur registre, qui est plus celui de l'improvisation que de l'&#233;criture f&#233;libr&#233;enne, appara&#238;t lors de la dislocation des meetings, par des &#8220;refrains vigoureux dans lesquels des po&#232;tes vignerons ont fix&#233; toutes leurs l&#233;gitimes esp&#233;rances&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais pendant la manifestation, c'est en fran&#231;ais que chantent les orph&#233;ons des villages. A Brignoles la d&#233;l&#233;gation de N&#233;oules &#8220;fit impression surtout lorsqu'elle chanta devant la Mairie la Marseillaise des Viticulteurs&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les N&#233;oulais &#8220;entonnent La Marseillaise des viticulteurs, due &#224; M.Arnaud Phil&#233;mon, f&#233;libre et viticulteur aux Arcs. Des applaudissements fr&#233;n&#233;tiques accueillent le refrain de cette chanson qui se termine ainsi : - Debout, viticulteurs ! Combattons les fraudeurs. Marchons ! crions : Nous avons faim et nous voulons du pain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 10 juin 1907.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce Phil&#233;mon Arnaud, viticulteur et potier, dont nous avons pu rep&#233;rer les publications dans la presse locale et en plaquettes &#224; partir des ann&#233;es 1870 (il est n&#233; en 1851), est un modeste auteur bilingue, et f&#233;libre de longue date : c'est le fran&#231;ais ad&#233;quat &#224; la solennit&#233; de l'heure qu'il a choisi pour sa Marseillaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me la grande majorit&#233; des pancartes brandies par les manifestants sont en fran&#231;ais. Un fran&#231;ais dans lequel les d&#233;l&#233;gations rivalisent de verve et d'originalit&#233;, signe que la langue est pleinement int&#233;rioris&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la presse indique que certaines pancartes sont en proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi &#224; Carnoules sont signal&#233;es pour N&#233;oules : &#8220;A for&#231;o de serra, la ta&#239;olo petto&#8221;, pour Tourves : &#8220;Creba d&#242;u fan en boulegan la terro, jama&#239; ..&#8221; et un quatrain :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Ouren de pan per la poouriou,&lt;br class='autobr' /&gt;
De gran de bla per l'oouselio,&lt;br class='autobr' /&gt; Ma&#239;, per nourri de feniantas&lt;br class='autobr' /&gt;
La&#239;ssaren lou ben per campas&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Brignoles s'y ajoutent pour Montfort : &#8220;Senso ficello la booudufo poou plus vira, foou que nou dounou resoun ou la bounbardo petara&#8221;, pour Tourves : &#8220;La courejo a plus g&#233;s de traou, sian en trin de faire lei badaou&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit nombre des ces pancartes marque-t-il une &#8220;fin de r&#232;gne&#8221; pour le proven&#231;al, d&#233;finitivement inf&#233;rioris&#233; dans la hi&#233;rarchisation des langues ? On peut au contraire, en rapport &#224; cette supr&#233;matie du fran&#231;ais, mesurer la nouveaut&#233; : jamais la langue d'oc n'est ainsi intervenue publiquement en arme. En enfreignant le tabou tacite qui r&#233;serve l'expression &#233;crite socio-politique au fran&#231;ais, elle proc&#232;de de la m&#234;me rupture symbolique que l'apparition des femmes, et c'est aussi &#224; B&#233;ziers que les N&#233;oulais ont pu la d&#233;couvrir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La presse ne mentionne pas que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Camps, qui d&#233;filent derri&#232;re Marin et le drapeau de la coop&#233;rative, les compactes d&#233;l&#233;gations de Besse, fer de lance socialiste, ou de Flassans, aient brandi de pancartes en proven&#231;al. Pas plus que celles des puissants comit&#233;s du Sud, Cuers ou Le Beausset. Il n'est pas indiff&#233;rent de remarquer que ces pancartes proviennent de localit&#233;s de la r&#233;gion brignolaise, assez r&#233;cemment acquises &#224; la gauche, disput&#233;es au plan politique et syndical, et tr&#232;s actives dans le mouvement. N&#233;oules a lanc&#233; l'action ; Tourves est un foyer mutualiste et syndical, son maire pr&#233;sidera en 1908, non sans r&#233;serves, le Comit&#233; d&#233;partemental de la Gauche anti-cl&#233;menciste ; Montfort, bastion syndicaliste, est le fief du d&#233;put&#233; Vigne, mais aussi du dirigeant syndical conservateur Fret.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces localit&#233;s ouvertes &#224; la modernit&#233;, l'apparition du proven&#231;al ne rel&#232;ve pas bien s&#251;r de l'arri&#233;ration. Par le proven&#231;al, que veut-on donc dire que le fran&#231;ais ne dise pas ? A qui s'adresse-t-on ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur contenu des pancartes, leur indiff&#233;rence &#224; la graphie f&#233;libr&#233;enne, ne t&#233;moignent pas d'une revendication linguistique. La plupart des communes o&#249; nous rep&#233;rons des f&#233;libres actifs n'ont pas de pancartes proven&#231;ales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons aussi que les langues ne sont pas oppos&#233;es, mais associ&#233;es. Ainsi, la plupart des journaux citent le texte de la pancarte n&#233;oulaise &#224; Carnoules : &#8220;A for&#231;o de serra, la taiolo petto&#8221;, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; en donne le texte complet : &#8220;A for&#231;o de serra, la taiolo petto - 17 juin, dernier d&#233;lai&#8221;. Au proven&#231;al la sagesse des nations, au fran&#231;ais l'urgence dans l'action et les objectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Expression de la mis&#232;re, menaces, ces pancartes, plus encore que celles r&#233;dig&#233;es en fran&#231;ais, donnent la mesure de l'exasp&#233;ration, tout en la rendant, si on peut dire, acceptable, par la bonhomie imm&#233;moriale du proverbe ou du bout rim&#233;. Elles n'abordent pas un registre plus id&#233;ologique, r&#233;serv&#233; au fran&#231;ais. Ce n'est qu'avec la radicalisaton du conflit que les N&#233;oulais diront &#224; Brignoles, et plus brutalement qu'en fran&#231;ais : &#8220;Per nouestreis enfans, vouren d&#233; pen ou la r&#233;volution apr&#232;s d&#233;men&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pancartes proven&#231;ales, certes minoritaires, sont sans doute un signal extr&#234;me parti de la base, que des paysans s'adressent &#224; eux-m&#234;mes, dans l'affirmation en dignit&#233; de leur identit&#233; sociologique et communale. Dans ces localit&#233;s politiquement et syndicalement tr&#232;s divis&#233;es, scellent-elles provisoirement, au plus bas niveau id&#233;ologique mais au plus fort niveau affectif, une fragile unit&#233; villageoise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le signal est-il re&#231;u ? Il est significatif qu'apr&#232;s Carnoules ni les organisateurs, ni la presse ne font pas vraiment &#233;cho &#224; cette apparition du proven&#231;al, qui &#233;tonne et amuse aussi quelque peu. Brignoles n'en sera que le prolongement. L'apparition du proven&#231;al n'a pas incit&#233; les dirigeants du mouvement &#224; le brandir en arme.&lt;br class='autobr' /&gt;
A gauche, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; donne sans commentaire le texte des pancartes : insister sur ces pancartes serait peut-&#234;tre heurter de front les normes diglossiques dominantes, peut-&#234;tre conforter le pouvoir qui d&#233;nonce le s&#233;paratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
A droite &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; pr&#233;cise, apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les pancartes en fran&#231;ais : &#8220;Enfin, d'autres sont &#233;crites en notre belle langue proven&#231;ale&#8221;. Traditionnelle sensibilit&#233; conservatrice pro-f&#233;libr&#233;enne ? Mais &lt;i&gt;Le Var&lt;/i&gt;, tr&#232;s &#224; droite, et tr&#232;s ouvert aux publications en proven&#231;al, ne parle que des pancartes fran&#231;aises, auxquelles il ajoute, en la francisant &#224; demi : &#8220;A force de serrer, la ta&#239;olo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Var, 30 mai 1907&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le meeting de Brignoles &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; ne mentionnent pas de pancartes proven&#231;ales, que seul &#233;voque l'hebdomadaire local de droite &lt;i&gt;Le Progr&#232;s R&#233;publicain&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise n'am&#232;ne pas, dans les quotidiens les plus lus, ces articles en proven&#231;al ironique ou agressif qui pimentent &#224; l'occasion une campagne &#233;lectorale ou une pol&#233;mique locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abandonn&#233;e au peuple, et &#224; quelques litt&#233;rateurs qui veulent en faire langue d'un Peuple, la langue d'oc ne pourrait devenir arme du peuple sans &#233;branler le consensus sur la le rapport &#034;peuple&#034;-pouvoir, et ses diff&#233;rentes instances de m&#233;diation, administratives, professionnelles, politiques. On comprend que les organisateurs et les journaux ne s'y risquent pas. Encore moins d'en faire la langue d'un Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reflux du mouvement et recours &#224; l'ethnotype&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin &#224; Brignoles, le Comit&#233; de N&#233;oules est investi des pleins pouvoirs pour former un Comit&#233; d&#233;partemental qui prend les mots d'ordre d'Argelliers. Cependant que le Languedoc conna&#238;t des &#233;v&#233;nements dramatiques, la plupart des maires varois refusent de d&#233;missionner comme le leur demande le comit&#233;, et dor&#233;navant la mobilisation de la droite inqui&#232;te la gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette phase d'incertitudes, puis de reflux, le recours &#224; la &#034;m&#233;ridionalit&#233;&#034; accompagne et parfois suture les divergences d'appr&#233;ciation sur le sens de l'&#233;v&#233;nement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les socialistes sont partag&#233;s. Certains prennent aussi leurs distances avec le mouvement, qu'ils estiment trop peu r&#233;volutionnaire ... A Toulon, les partisans du maire Escartefigue et du conseiller municipal Reymonenq, militant &#224; l'arsenal, refusent qu'une action corporatiste am&#232;ne la rupture avec Cl&#233;menceau. La &#8220;proven&#231;alit&#233;&#8221; du mouvement n'a rien qui les effarouche : Escartefigue doit une partie de sa popularit&#233; &#224; sa verve proven&#231;ale. Il accueille &#224; l'H&#244;tel de Ville les f&#233;libres de L'Escolo de La Targo, dont le responsable, Esclangon, est secr&#233;taire de mairie. En septembre 1907, il y saluera en proven&#231;al le congr&#232;s de La Freiri&#233; prouven&#231;alo. Reymonenq est coutumier de l'intervention en proven&#231;al dans les cercles d&#233;mocratiques de la r&#233;gion, et il est de ceux que les compte rendus ironiques du conseil municipal, dans la presse toulonnaise hostile &#224; la municipalit&#233;, font s'exprimer dans un fran&#231;ais m&#234;l&#233; de proven&#231;al. Mais ces politiques mettront au service de Cl&#233;menceau leur habilet&#233; tactique, leur connaissance du monde politique varois ... et leur parole proven&#231;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi l'hebdomadaire de la f&#233;d&#233;ration socialiste &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; est-il bien peu mobilisateur dans la pr&#233;paration du meeting de Carnoules. Son compte rendu (2 juin 1907) estime que ce rassemblement festif relevait plus de la solidarit&#233; avec le Languedoc que d'une vraie protestation. Les manifestants emplissaient les caf&#233;s de leur bonne humeur m&#233;ridionale...&#8220;En g&#233;n&#233;ral, ils n'avaient pas l'allure et la physionomie de gens qui souffrent&#8221; ! Le Midi ethnotypal n'est pas loin. Un article du d&#233;put&#233; Allard, &#8220;Socialisme et viticulture&#8221;, remet les pendules &#224; l'heure le 9 juin : &#8220;Le mouvement des vignerons du Midi, affam&#233;s par le jeu national du r&#233;gime capitaliste, m&#233;rite, &#224; tous les points de vue, d'attirer l'attention des socialistes&#8221;. R&#233;volutionnaire dans ses formes, il sera socialiste dans ses perspectives quand il ne sera plus que celui des petits propri&#233;taires et des ouvriers agricoles. Le Tourangeau Allard semble inaccessible aux sp&#233;cificit&#233;s identitaires du Midi, d'autant qu'il vient du Parti Socialiste de France, bien indiff&#233;rent &#224; ces questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans le num&#233;ro suivant (16 juin), alors que Reuter attend de la mis&#232;re des paysans varois une &#8220;pouss&#233;e vers l'id&#233;e collectiviste&#8221;, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; ironise &#224; nouveau : malgr&#233; les fanfares et les symboles h&#233;ro&#239;ques, on a d&#233;fil&#233; &#224; Brignoles en ordre d&#233;bonnaire, plaisant&#233; les belles spectatrices. &#8220;Il est vrai que, m&#234;me en face de la &#034;crise de mis&#232;re&#8221; et du bruit des &#034;appels de r&#233;volte par la faim&#034;, l'esprit proven&#231;al se traduit toujours par quelque c&#244;t&#233;&#8221;. Ethnotype encore, dans ce regard au ras du sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
De leur c&#244;t&#233;, les C&#233;g&#233;tistes de Toulon n'ont accord&#233; &#224; la crise qu'une attention distraite. 4000 ouvriers du port, r&#233;unis pour leurs revendications &#224; l'appel de leur syndicat, &#8220;adressent au prol&#233;tariat viticole en r&#233;volte leurs sentiments d'admiration ... et sont heureux de constater que le prol&#233;taire d'hier, soldat d'aujourd'hui, sait se souvenir qu'il est fils de travailleur&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 19 juin 1907&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Belle fa&#231;on d'&#233;vacuer dans l'affrontement de classe la lutte des petits propri&#233;taires, et la sp&#233;cificit&#233; m&#233;ridionale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces m&#234;mes travailleurs peuvent lire au m&#234;me moment dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; des analyses bien diff&#233;rentes. Dans son &#233;ditorial &#8220;Le Nord contre le Midi&#8221;(25 juin), Ferrero y prolonge sa critique du gouvernement par une mise en cause du racisme &#8220;fran&#231;ais&#8221; anti-m&#233;ridional : alors que que les d&#233;put&#233;s socialistes d&#233;noncent la r&#233;pression sanglante, &#8220;les radicaux affol&#233;s n'ont rien voulu entendre, ils ricanaient encore : ah ! le Midi bouge ! la farandole !... Haine d'int&#233;r&#234;ts, peur stupide du prol&#233;tariat, incompr&#233;hension du v&#233;ritable &#233;tat d'esprit d'une grande partie de la population m&#233;ridionale&#8221;. &#8220;L'esprit parisien consiste &#224; ricaner de toute chose ext&#233;rieure aux fortifications ... plus on s'enfonce dans la province sauvage, plus les choses et les individus paraissent ridicules aux yeux des habitants de la ville-lumi&#232;re ...Le Midi est la partie de la province la plus &#233;loign&#233;e de la capitale, il est naturellement peupl&#233; d'&#234;tres terriblement comiques ! D'abord il y a l'assent, &#231;a c'est irr&#233;sistible ! Il y a aussi la cuisine &#224; l'huile et &#224; l'ail, de quoi mourir de rire ! Puis la Cannebi&#232;re, les Martigues, Six-Fours et Gonfaron, un tas d'endroits rigolos vaguement d&#233;termin&#233;s, entre Bordeaux, Toulouse et Nice, l&#224;-bas dans le Midi, qui sont merveilleusement risibles ! ...Sont-ils amusants, ces sacr&#233;s M&#233;ridionaux ! Le soleil, les cigales, le tu-tu-pan-pan, et Tartarin, et Numa Roumestan ! Leurs r&#233;volutions sont des r&#233;volutions d'op&#233;ra-comique ! Puisque je ne vends pas mon vin, je vais mettre le feu &#224; la pr&#233;fecture, c'est toujours &#231;a, T&#233; ! Les M&#233;ridionaux demandent quelque chose, on s'esclaffe, on ne les &#233;coute pas ...&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fils d'une Bretonne et d'un Italien, ce m&#233;ridional sait ce qu'est l'imb&#233;cile x&#233;nophobie. Au nom de la proven&#231;alit&#233; et de la francitude, depuis 25 ans &#224; droite comme &#224; gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var ne s'ouvre aux socialistes qu'&#224; partir de 1902-1906. Dans sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; on l'a trait&#233; d'&#233;tranger dans les campagnes &#233;lectorales. Au del&#224; des exub&#233;rances &#034;cigali&#232;res&#8221; des M&#233;ridionaux de Paris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toulon n'avait pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par les descentes estivales et ostentatoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ses s&#233;jours parisiens de d&#233;put&#233; lui ont fait mesurer la p&#233;joration du Midi. Ferrero, qui vient du Parti Socialiste Fran&#231;ais, y a appr&#233;ci&#233; d'autant plus les positions de Jaur&#232;s sur la question m&#233;ridionale, que le probl&#232;me est &#233;vacu&#233; dans le Var, dans l'affirmation syndicale &#034;prol&#233;tarienne&#034;, la vision de classe du guesdiste Allard, le pragmatisme indiff&#233;rent de Vigne. Sentiment ethnique de dignit&#233;, la &#8220;m&#233;ridionalit&#233;&#8221; de Ferrero lui permet d'effacer ses d&#233;ceptions varoises, et ses indignations parisiennes. Quel &#233;cho pouvait-elle avoir parmi ses lecteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rassemblement du Luc et le proven&#231;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise se calme dans l'&#233;t&#233; 1907, mais le Bloc de Gauche varois a &#233;clat&#233;. Les Cl&#233;mencistes rallient des hommes de droite et des socialistes, comme Reymonenq. Devant des publics difficiles, Reymonenq parle proven&#231;al&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Mme et M.Serpillon, descendants de Reymonenq, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Menu salue plaisamment Cl&#233;menceau en vers proven&#231;aux. Parole &#8220;descendante&#8221; affective et efficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
En riposte, est convoqu&#233; au Luc un rassemblement de la gauche anti-cl&#233;menciste, dans un faisceau de symboles. Le Luc est le lieu habituel des congr&#232;s &#233;lectoraux de la d&#233;mocratie avanc&#233;e, il a &#233;t&#233; surtout le c&#339;ur de l'insurrection de 1851. La date, dimanche 23 f&#233;vrier 1908, est &#224; un jour pr&#232;s anniversaire de 1848, que les Cercles c&#233;l&#232;brent avec ferveur. On fait lancer l'appel par trois &#8220;organisations politiques d'avant-garde du Var, fid&#232;les &#224; ses traditions v&#233;ritablement d&#233;mocratiques&#8221;, le Cercle des Travailleurs du Luc, le Cercle du 24 F&#233;vrier du Beausset, l'Union R&#233;publicaine et Socialiste de Besse, trois cercles qui ne sont pas affili&#233;s &#224; un parti, mais sont &#8220;bien connus de la d&#233;mocratie varoise pour la part qu'ils ont prise dans les luttes et la victoire du parti avanc&#233; contre la r&#233;action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 5 janvier 1908&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre d'&#339;uvre de la pr&#233;paration, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; publie alors une s&#233;rie d'articles : &#8220;Quatre paysans du cercle du 24 f&#233;vrier du Beausset nous adressent leurs r&#233;flexions sur les &#233;v&#233;nements du jour exprim&#233;s dans cette savoureuse et expressive langue qu'est la langue proven&#231;ale. Nous nous faisons un plaisir de les ins&#233;rer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 21 janvier 1908&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Plac&#233; sous l'&#233;gide de la Seconde R&#233;publique, le cercle est qualifi&#233; alors de haut-lieu du radicalisme avanc&#233;, il s'oppose &#224; une forte droite locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initiative est peut-&#234;tre spontan&#233;e. Mais le journal de Ferrero la met en valeur en premi&#232;re page, o&#249; ces articles frappent par leur longueur, et par leur ton. Leur registre n'est pas celui du coup de patte humoristique, en suppos&#233;e parole paysanne, dont on en trouve au m&#234;me moment quelques exemples venus de Brignoles dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. Le style est simple, imag&#233;, mais sans populisme, l'argumentation pos&#233;e. Affirmation du r&#244;le des paysans dans la consolidation de la R&#233;publique, d&#233;nonciation de Cl&#233;menceau, &#8220;a trahi leis peysans doou Mi&#233;jou qu&#233; l'avien fa nouma s&#233;natour&#8221; (le Var co&#239;ncide donc avec le Midi, le Mi&#233;jou), n&#233;cessit&#233; de l'organisation syndicale paysanne, union avec &#8220;leis ouvriers, leis coumer&#231;ants et tout aqu&#233;li qu&#233; gagnoun sa vido en travaillan&#8221;, d&#233;fense (un peu embarrass&#233;e) des ouvriers de l'arsenal, &#8220;es pas l'ooumentatien qu&#233; r&#233;clamoun qu&#233; noun fa ooumenta leis impositiens, es lou gaspillagi qu&#233; si produit dins touti lis arsenas qu&#233; noun fa tout lou maou&#8221;, et surtout n&#233;cessaire contr&#244;le des &#233;lus : &#8220;Ce que tenen surtout &#224; av&#233;, &#232;s que lou popl&#233; siegu&#233; lou mestr&#233; et non aqu&#233;li qu&#233; noumo per lou repr&#233;senta&#8221;. En &#233;cho direct au r&#244;le des femmes dans le mouvement de 1907, on exige leur droit au vote.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel sens donner &#224; ce recours &#224; la langue du peuple ? Ces articles indiff&#233;rents aux normes mistraliennes ne contiennent aucune revendication de langue, aucun discours sur la langue. La langue est un outil. &#8220;Espliquara&#239; en quaouque&#239;s articles dins nouastro lenguo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 28 janvier 1907&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...Notre langue, la langue des paysans, que les pancartes du printemps ont mise en &#233;vidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils utilisent le registre argumentatif, normalement r&#233;serv&#233; au fran&#231;ais. Certes, &#224; l'occasion d'une campagne &#233;lectorale ou d'une pol&#233;mique, il peut arriver que des billets en proven&#231;al acc&#232;dent &#224; ce registre, mais seulement sous le couvert de l'anonymat ou du pseudonyme, en fausse d&#233;l&#233;gation de parole populaire. Or ici la s&#233;rie est sign&#233;e.&#8220;Giraou&#8221; est bien Giraud, viticulteur, dont la plume fran&#231;aise suit dans le journal la pr&#233;paration de la manifestation (le cercle du Beausset est charg&#233; de l'enregistrement des adh&#233;sions &#224; l'appel).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choix de langue est ainsi d&#233;gag&#233; de l'habituel : &#8220;je dis cela en proven&#231;al parce que je pratique mal le fran&#231;ais&#8221;. Il ne s'agit plus d'un journaliste qui veut &#8220;faire peuple&#8221; pour mieux toucher. Pour la premi&#232;re fois dans l'expression proven&#231;ale une parole &#8220;ascendante&#8221; (le &#8220;peuple&#8221; parle) est substitu&#233;e &#224; une parole &#8220;descendante&#8221; (on parle au &#8220;peuple&#8221;). Parole vraie qui &#8220;horizontalement&#8221; va par le journal toucher l'ensemble des organisations de base. Ce recours au proven&#231;al renforce l'exigence d&#233;mocratique qui est au c&#339;ur de la manifestation projet&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proven&#231;al des pancartes &#233;tait un indicateur apolitique de l'exasp&#233;ration populaire. Apr&#232;s la &#8220;trahison de Cl&#233;menceau&#8221;, le proven&#231;al des articles affirme une autonomie d'analyse et de d&#233;cision de la &#8220;base&#8221;, un autre rapport aux dirigeants. &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; se f&#233;licite que l'appel soit lanc&#233; &#8220;par de bons militants&#8221; et non par des &#233;lus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cri du Var, 5 janvier 1908&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les militants sont all&#233;s jusqu'au bout en le lan&#231;ant aussi en proven&#231;al. Choix d'autant plus int&#233;ressant qu'il ne vient pas de la zone o&#249; le mouvement de 1907 s'est d&#233;clench&#233;, et dont les d&#233;l&#233;gations brandissaient des pancartes proven&#231;ales, mais d'une localit&#233; dont les d&#233;l&#233;gations &#224; Carnoules et &#224; Brignoles ne portaient pas de pancartes en proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initiative n'avait-elle pour but, en communication efficace, de marquer symboliquement l'adh&#233;sion de la d&#233;mocratie villageoise au rassemblement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme elle ne pr&#233;c&#232;de que de quelques jours le rassemblement, il est difficile d'en appr&#233;cier les &#233;chos. Dans la foul&#233;e des articles du Beausset, une lettre en proven&#231;al, en provenance de Cuers, est publi&#233;e, d'autres sont mentionn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La lettre de Cuers est sign&#233;e Bertrand p&#232;re, qui dit ne pas &#234;tre agriculteur. Dans son compte rendu de la manifestation du Luc, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; &#233;voque le p&#232;re Bertrand, ancien adjoint au maire de Cuers, qui arbore son insigne des Lanterniers anti-religieux et se sent rajeuni de vingt ans. Cet ouvrier cordonnier fut de ceux qui, au Cercle de l'Avenir, avaient suscit&#233; les premi&#232;res candidatures socialistes varoises, accueilli Blanqui en 1880&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. : Cuers (Var) - 1876 - &#8220;Voulen Blanqui !&#8221;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres &#233;voqu&#233;es viennent de la zone de Saint-Tropez, qui fournit dans la c&#233;l&#232;bre campagne &#233;lectorale de 1893, o&#249; Cl&#233;menceau fut battu, quelques belles plumes proven&#231;ales, et qui nourrira bient&#244;t les chroniques du Cri du Var.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le voit, si l'initiative hors-normes du Beausset a quelque &#233;cho aupr&#232;s de personnalit&#233;s embl&#233;matiques, mais atypiques, elle n'am&#232;ne pas les Cercles et associations, dont les appels &#224; la manifestation emplissent &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, &#224; utiliser le proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le journal ne poursuivra pas une publication proven&#231;ale apr&#232;s le meeting du Luc. Etait-elle trop d&#233;rangeante au regard des normes diglossiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meeting (3 &#224; 6000 personnes : chiffre important pour ce Var o&#249; Cl&#233;menceau a tant d'oblig&#233;s) prolonge la symbolique de 1907, mais en la modifiant profond&#233;ment : les orateurs parlent devant une mer de drapeaux rouges, dont un port&#233; par deux jeunes filles de Besse ; les femmes sont pr&#233;sentes, mais pas dans la s&#233;paration des sexes. La r&#233;f&#233;rence &#224; 1851 est cette fois importante, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; a d'ailleurs commenc&#233; dans la pr&#233;paration du meeting &#224; publier l'ouvrage de Blache, L'Insurrection de 1851, paru en 1869. Mais l'usage du proven&#231;al n'est pas signal&#233; dans la manifestation. L'initiative du Beausset semble comme en suspens ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est cependant possible d'en rep&#233;rer des suites, parfois inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'inscription de Camps et autres suites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la campagne &#233;lectorale de 1908, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; publie de nombreux textes en proven&#231;al, mais dans un registre local souvent humoristique, qui tranche avec le contenu et le ton des articles du Beausset. Retour &#224; la case d&#233;part. Il en va de m&#234;me dans la presse cl&#233;menciste, qui ne se prive pas du billet humoristique anti-socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre retour au proven&#231;al, Blache le romancier fran&#231;ais pr&#233;pare dor&#233;navant une publication proven&#231;ale ; dans sa &lt;i&gt;Bataio de Pamparigousto&lt;/i&gt;, qui para&#238;tra en 1914, il y salue Mistral et l'autonomie communale, mais pour l'essentiel conforte par ses joyeuset&#233;s ethnotyp&#233;es les visions consacr&#233;es du Midi cigalier .&lt;br class='autobr' /&gt;
La vraie nouveaut&#233; vient de Camps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le local de la coop&#233;rative porte en 1907 la devise &#8220;Union-Solidarit&#233; &#8221;. Avec son agrandissement, initi&#233; en 1908, la fa&#231;ade s'orne d'un cadran solaire, accompagn&#233; selon l'usage, d'une inscription. Mais cette inscription est proven&#231;ale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant, aqu&#232;ou cadran&lt;br class='autobr' /&gt;
Marco l'aoubo nouv&#232;lo&lt;br class='autobr' /&gt;
Reveille ti paysan,&lt;br class='autobr' /&gt;
E douarbe la parp&#232;lo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'inscription perdure aujourd'hui, mais elle a &#233;t&#233; modifi&#233;e lors de travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, cette inscription en langue d'oc sur un &#233;difice &#8220;public&#8221; est une nouveaut&#233; absolue : tourn&#233;es vers le pass&#233;, les plaques uniquement proven&#231;ales appos&#233;es par F&#233;libres et Cigaliers en hommage aux Proven&#231;aux c&#233;l&#232;bres ont un tout autre caract&#232;re : elles d&#233;fendent la Provence et sa langue. Indiff&#233;rente aux normes f&#233;libr&#233;ennes, et sans revendication de langue, l'inscription de Camps est tourn&#233;e vers l'avenir, elle accompagne une initiative inscrite dans la modernit&#233; technique et id&#233;ologique. Elle n'est pas oppos&#233;e au fran&#231;ais, mais compl&#233;mentaire, dans un partage des langues o&#249; le proven&#231;al est sur le versant de l'affectif et le fran&#231;ais sur celui de l'id&#233;ologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tradition locale l'attribue au maire Marin, pr&#233;sident de la coop&#233;rative. L'inscription qui parach&#232;ve l'&#339;uvre est donc &#224; recevoir, &#224; travers la personnalit&#233; complexe de Marin, dans le registre du symbolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La coop&#233;rative jouxte le cercle &#8220;rouge&#8221; de l'Avenir, mais elle doit &#234;tre &#224; tous. 54 membres en 1906, 65 en 1907, 106 en 1908&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative de Camps, Registre des d&#233;lib&#233;rations&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soit la grande majorit&#233; des petits propri&#233;taires (qui dans ce village de chapeliers ne sont pas tous paysans). En 1908 Marin la dit form&#233;e de toutes les nuances de l'opinion, mais surtout de r&#233;publicains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Demande de pr&#234;t au Ministre de l'Agriculture, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proven&#231;al scelle l'unanimit&#233; villageoise, fruit d'une &#8220;&#339;uvre de socialisme pratique qui par sa parfaite organisation est unique en France&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est associ&#233; &#224; une rupture importante, et positive, dans les mentalit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces clivages que l'inscription suture traversent aussi Marin. syndicaliste de gauche de Vernet, il fait aussi adh&#233;rer sa coop&#233;rative au syndicat conservateur, ilappelle au rassemblement anti-cl&#233;menciste de 1908, mais est attaqu&#233; par les socialistes ses faiblesses cl&#233;mencistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; des Campiens, c'est &#224; tout le monde paysan que l'inscription s'adresse dans sa langue. Archa&#239;que au regard de l'id&#233;ologie diglossique dominante, le recours &#224; la langue d'oc est pour Marin ancrage dans la modernit&#233; : l'abandon du proven&#231;al, la d&#233;possession culturelle, sont ressentis comme des handicaps dans la prise de responsabilit&#233; sociale concr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en soudant le monde rural le proven&#231;al en marque aussi la diff&#233;rence, voire l'isolement. Sans doute est-ce pour cela que dans les localit&#233;s de la r&#233;gion de Brignoles les coop&#233;ratives qui naissent nombreuses &#224; partir de 1908 (Besse, Montfort, N&#233;oules, etc) n'y recourent pas. C'est par le fran&#231;ais seul que passe ici l'int&#233;gration &#224; la modernit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, de fa&#231;on complexe et diversifi&#233;e, la crise de 1907 aura, en modifiant fugitivement le partage hi&#233;rarchis&#233; des langues, mis en &#233;vidence les possibilit&#233;s d'un r&#244;le social et politique de &#8220;la langue abandonn&#233;e au peuple&#8221;, dans la mesure o&#249; elle permettait, mieux que le fran&#231;ais ou diff&#233;remment, l'expression d'une conscience rurale qui ne co&#239;ncide pas exactement avec l'expression qu'en donnent ses organisations professionnelles et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; MERLE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 10 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 24 mai 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles&lt;/i&gt;, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles&lt;/i&gt;, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 10 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Var&lt;/i&gt;, 30 mai 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 19 juin 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; ne s'ouvre aux socialistes qu'&#224; partir de 1902-1906. Dans sa p&#233;riode radicale ant&#233;rieure, il est violemment anti-italien, et n'est pas tendre pour les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toulon n'avait pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par les descentes estivales et ostentatoires des f&#233;libres et cigaliers de Paris, venus inaugurer les plaques et bustes &#224; la m&#233;moire de personnalit&#233;s locales&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Mme et M.Serpillon, descendants de Reymonenq, nous avons pu publier son t&#233;moignage manuscrit sur ces interventions (R.Merle, &lt;i&gt;Les varois, la presse varoise et le proven&#231;al&lt;/i&gt;, 1859-1910, S.E.H.T.D, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 5 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 21 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 28 janvier 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, 5 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article823' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cuers (Var) - 1876 - &#8220;Voulen Blanqui !&#8221;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'inscription perdure aujourd'hui, mais elle a &#233;t&#233; modifi&#233;e lors de travaux de peinture : &#8220;Passant / Aqueu cadran / Marquo l'aoubo nouvello / Reveille ti paysan / Et douarbi la parpello&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coop&#233;rative de Camps, Registre des d&#233;lib&#233;rations&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Demande de pr&#234;t au Ministre de l'Agriculture, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proven&#231;al ? Occitan ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article334</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:30:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Raynouard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e par un lecteur de ce blog (2014), de la &#034;juste&#034; d&#233;signation de ce parler, lambeau (le fran&#231;ais en est un autre) de l'implosion du latin populaire en multiples idiomes &#034;romans&#034;. Question qui peut appara&#238;tre totalement hors jeu, au regard de la situation politique, &#233;conomique et sociale que nous connaissons, et qui risque sans doute de nous renvoyer dans le pr&#233; carr&#233; d'une poign&#233;e d'aficionados, souvent d&#233;chir&#233;s... par des questions d'appellations justement. Mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot55" rel="tag"&gt;Raynouard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e par un lecteur de ce blog (2014), de la &#034;juste&#034; d&#233;signation de ce parler, lambeau (le fran&#231;ais en est un autre) de l'implosion du latin populaire en multiples idiomes &#034;romans&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Question qui peut appara&#238;tre totalement hors jeu, au regard de la situation politique, &#233;conomique et sociale que nous connaissons, et qui risque sans doute de nous renvoyer dans le pr&#233; carr&#233; d'une poign&#233;e d'aficionados, souvent d&#233;chir&#233;s... par des questions d'appellations justement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais question aussi, qui, indirectement, nous renvoie &#224; la formation de l'unit&#233; fran&#231;aise, et &#224; son avenir dans la construction europ&#233;enne...&lt;br class='autobr' /&gt;
Question en tout cas, qui m'a depuis longtemps int&#233;ress&#233;, et &#224; laquelle je r&#233;ponds volontiers... sans vraiment apporter de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ni linguiste, ni dialectologue, je n'ai, pour tenter de r&#233;pondre, pas d'autre comp&#233;tence que celle de l'historien, et plus particuli&#232;rement de l'historien des usages linguistiques dans la Provence devenue fran&#231;aise (&#224; partir du XVI&#176; si&#232;cle).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas d'autre pratique en la mati&#232;re que celle d'un locuteur et &#034;&#233;crivant&#034; occasionnel d'un parler, moins h&#233;rit&#233; que retrouv&#233; ; pas d'autre engagement que celui d'un participant actif, ou distant, &#224; la sauvegarde... mais que faut-il &#233;crire ? du proven&#231;al ? de la langue d'oc ? de la langue occitane ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Partons donc de la d&#233;finition la plus ordinaire, la plus spontan&#233;e, pour les locuteurs &#034;naturels&#034; rencontr&#233;s l&#224; o&#249; je vis, dans la r&#233;gion cocassement nomm&#233;e PACA. Par &#034;naturels&#034;, j'entends ceux (il en demeure) qui ont h&#233;rit&#233; de leur famille, de leur entourage, une ma&#238;trise, ou une connaissance passive de l'idiome : &#034;proven&#231;al&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Proven&#231;al&#034; : on peut suivre en diachronie la dilatation et la contraction du sens du mot. Si du Moyen-&#194;ge au XVI&#176; si&#232;cle encore (les deux Nostredame), sont d&#233;sign&#233;s comme &#034;proven&#231;aux&#034; (en tandem avec &#034;limousins&#034;), les troubadours &#233;pars sur le Midi de ce qui deviendra la France, une franche contraction appara&#238;t de fait avec la diffusion de l'imprimerie. Les (rares) pi&#232;ces dans l'idiome destin&#233;es aux lecteurs du Comt&#233; de provence sont en &#034;langage proven&#231;al&#034;, telles ces Chansons novelles en lengaige provensal, dites du Carrateyron, publi&#233;es dans les ann&#233;es 1530. D&#233;signation en &#233;vidence d'usage, mais aussi rappel patriotique dans un &#201;tat, fra&#238;chement uni &#224; la France &#034;comme un principal &#224; un principal&#034;... En 1595, dans Marseille pratiquement r&#233;publique ind&#233;pendante, sont publi&#233;es les Obros et rimos prouven&#231;alos, de Loys de la Bellaudiero, Gentilhomme Prouvenssau... On peut &#233;grener ensuite, sur le long terme des XVII&#176; et XVIII&#176; si&#232;cles, la liste des textes, s&#233;rieux ou plaisants, profanes et surtout religieux, imprim&#233;s dans l'idiome natal, on peut aligner les d&#233;finitions des quelques dictionnaires qui lui sont consacr&#233;s, c'est toujours le mot &#034;proven&#231;al&#034; que l'on rencontre. &#034;Proven&#231;al&#034;, le langage d'une&lt;br class='autobr' /&gt;
communaut&#233; fa&#231;onn&#233;e par l'histoire et la g&#233;ographie, dans la solidarit&#233; parfois conflictuelle de la &#034;Baissa&#034; et de la montagne, communaut&#233; qui fut d'Empire et pour laquelle le Rh&#244;ne est encore fronti&#232;re avec le Royaume...&lt;br class='autobr' /&gt;
Naturellement, avec le retour d'int&#233;r&#234;t pour la cr&#233;ation troubadouresque, des lettr&#233;s, des &#233;rudits interrogent le rapport de ce &#034;proven&#231;al&#034; &#224; des parlers plus ou moins proches, plus ou moins lointains : le languedocien en particulier. La vieille appellation de langue d'Oc (honor&#233;e par Dante) r&#233;appara&#238;t. La &#034;langue proven&#231;ale&#034; est la langue du pays, mais elle est un rameau de &#034;la langue d'Oc&#034;. En t&#233;moignent bien des r&#233;ponses proven&#231;ales &#224; l'enqu&#234;te Gr&#233;goire, et plus clairement encore &#224; l'enqu&#234;te officielle sur les patois de 1807 - 1812, enqu&#234;te &#224; laquelle j'ai r&#233;cemment consacr&#233; un ouvrage :Visions de l'idiome natal...&lt;br class='autobr' /&gt;
La circulation populaire (compagnons, colporteurs, commer&#231;ants, soldats, migrants de tout poil, etc.) atteste de l'intercompr&#233;hension entre Proven&#231;aux et locuteurs des autres parlers d'Oc. Pour autant, l'appellation de &#034;proven&#231;al&#034; demeure ordinaire : en cette mati&#232;re, chacun sait, ou devrait savoir, que c'est de la perception des diff&#233;rences linguistiques, m&#234;mes les plus menues, que na&#238;t le populaire plaisir de langue. Affirmer son &#034;proven&#231;al&#034; ne nie en rien l'intercompr&#233;hension, mais &#224; la limite la renforce : &#034;tu n'as pas le m&#234;me accent, nous n'employons pas parfois les m&#234;mes mots, tu es un Autre, mais je te comprends&#034;. Pour un peuple grandement analphab&#232;te, il s'agit ici, remarquons-le bien, d'une pratique orale de la langue, et non pas de son &#233;criture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand, apr&#232;s la grande mutation de la R&#233;volution et de l'Empire, les progr&#232;s d&#233;cisifs de l'alphab&#233;tisation, gagnent au fran&#231;ais &#233;crit, puis oral, la jeunesse populaire des villes, puis des campagnes, paradoxalement une large diffusion &#233;crite de l'idiome deviendra possible : elle pouvait trouver ses lecteurs, et ses &#034;&#233;crivants&#034;. La question de l'appellation de la langue utilis&#233;e se posera alors bien plus largement, d'autant que l'apparition (modeste) d'une presse dans l'idiome permettait des &#233;changes avec le Languedoc et le Dauphin&#233; voisins. Ainsi l'hebdomadaire marseillais Lou Bouil-Abaisso, journaou populari en vers prouven&#231;aous (1841-1846) affiche sur sa fin : &#034;en vers proven&#231;aux, languedociens et comtadins&#034;. Le grand dictionnaire d'Honnorat (1846-1848) s'intitule plus largement Dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais, ou Dictionnaire de la langue d'Oc ancienne et moderne, suivi d'un Vocabulaire franco-proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inspir&#233;e par Raynouard, et son Lexique roman ou dictionnaire de la langue des troubadours, l'entreprise de regroupement des &#034;po&#232;tes proven&#231;aux&#034; (congr&#232;s d'Arles en 1852, congr&#232;s d'Aix en 1853) crut trouver la solution en parlant de &#034;langue romano-proven&#231;ale&#034;, couvrant tout ou partie de l'espace m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la cr&#233;ation du F&#233;librige par Roumanille et Mistral, en 1854, signa la fin de cette entreprise de regroupement, en se repliant d'abord sur l'espace strictement proven&#231;al, avec son Armana prouven&#231;au. Repliement qui, une fois assur&#233;es l'existence du F&#233;librige, et son organisation sur tout l'ensemble linguistique d'Oc, sera suivi &#224; nouveau par une phase de dilatation de la d&#233;finition, consacr&#233;e par le&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;grand dictionnaire de Mistral (1878-1886) : Lou Tresor d&#243;u Felibrige, ou dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais embrassant les divers dialectes de la langue d'Oc moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mistraliens exalt&#233;s voulurent appliquer l'appellation de &#034;proven&#231;al&#034; aux divers dialectes d'Oc, ainsi Jules Ronjat qui commence en 1930 &#224; publier&lt;br class='autobr' /&gt;
sa Grammaire istorique(sic) des parlers proven&#231;aux modernes : pour lui, &#034;la langue d'Oc n'est qu'un surnom&#034;, &#034;occitanique ou occitanien est une adaptation assez barbare&#034; de cette expression mal venue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces maximalistes sont tr&#232;s minoritaires, et un consensus s'&#233;tablit sur la reconnaissance et le respect des divers parlers, auvergnat, dauphinois, gascon, languedocien, limousin, etc., et naturellement proven&#231;al, regroup&#233;s sous l'appellation commune de langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut dire que, depuis la cons&#233;cration et la sacralisation de Mistral, c'est le mot &#034;proven&#231;al&#034; qui sera le seul vraiment usit&#233; en Provence dans l'ensemble de la population, en association avec &#034;langue d'Oc&#034; pour les tenants cultiv&#233;s d'une vision plus large. Les quelques adeptes proven&#231;aux de la Soci&#233;t&#233; d'&#233;tudes occitanes, (cr&#233;&#233;e entre les deux guerres), partisans de l'appellation de &#034;langue occitane&#034;, n'auront pratiquement pas d'&#233;cho populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en ira autrement apr&#232;s la seconde guerre mondiale, et tout particuli&#232;rement apr&#232;s la grande secousse de 1968. Nombre de jeunes gens, &#233;tudiants, enseignants, intermittents du spectacle, n&#233;o-ruraux, de sensibilit&#233; de gauche et d'extr&#234;me gauche, neo-proudhoniens, libertaires, adopteront les th&#232;ses de Robert Lafont et de l'Institut d'Estudis Occitans, et combattront une maintenance mistralienne jug&#233;e pass&#233;iste, conservatrice, voire maurrassienne. &#192; la cl&#233;, l'usage du mot &#034;occitan&#034;, joint &#224; l'adoption d'une graphie inspir&#233;e des graphies classique et catalane, devant permettre l'intercompr&#233;hension &#233;crite imm&#233;diate entre parlers. La norme nouvelle forgerait la Nation, nation fant&#244;me certes, mais Nation quand m&#234;me... Paradoxalement, cette prise de distance cat&#233;gorique avec le mistralisme faisait sienne les vers c&#233;l&#232;bres de Mistral :&lt;br class='autobr' /&gt;
Car de mourre-bourdoun qu'un pople toumbe esclau&lt;br class='autobr' /&gt;
Se ten la lengo ten la clau&lt;br class='autobr' /&gt;
Que di cadeno lou deli&#233;ro&lt;br class='autobr' /&gt;
(Car face contre terre qu'un peuple tombe esclave, s'il tient la langue, il tient la cl&#233; qui le d&#233;livre des cha&#238;nes) (traduction de Mistral).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quelles cha&#238;nes ? Celles de la colonisation int&#233;rieure, celles du centralisme, etc., r&#233;pondait l'occitanisme majoritaire d'alors. Nous &#233;tions bien peu en son sein &#224; rappeler qu'en fait, d'une certaine fa&#231;on, l'unit&#233; proclam&#233;e de la langue d'Oc proc&#233;dait en quelque sorte de l'unit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action proven&#231;aliste &#224; cette pouss&#233;e occitane sera imm&#233;diate. Pas question de toucher &#224; l'h&#233;ritage de Mistral, pas question de politiser la d&#233;fense d'une langue... On trouvera sur ce blog un reflet des affrontements de ces ann&#233;es 1970...&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ceci para&#238;t bien loin aujourd'hui, d'autant que ces querelles sont pass&#233;es compl&#232;tement au dessus de la t&#234;te des habitants de la Provence, Proven&#231;aux dits &#034;de souche&#034; (!) et n&#233;o-Proven&#231;aux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en reste-t-il ? Une sensibilisation relative de l'opinion &#224; l'existence du proven&#231;al, marqu&#233;e par exemple par l'apposition de nombreuses plaques &#224; l'entr&#233;e des localit&#233;s, ou dans quelques rues, le plus souvent en graphie mistralienne... Une diffusion de la notion de &#034;langue occitane&#034; et d'Occitanie qui a d&#233;pass&#233; le cadre des initi&#233;s. Une &#233;mission hebdomadaire de t&#233;l&#233;vision... Des chroniques dans les journaux... Des publications... Un enseignement facultatif dans certaines &#233;coles primaires et dans des &#233;tablissements du secondaire... Des cr&#233;ations th&#233;&#226;trales, musicales, litt&#233;raires... Etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bilan n'est pas n&#233;gligeable. Il est autant le bien de mistraliens que d'occitanistes de bonne volont&#233;, qui se retrouvent dans la notion de &#034;proven&#231;al&#034;, rameau de la langue d'Oc, &#224; maintenir dans ses sp&#233;cificit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demeurent quelques irr&#233;ductibles guerriers. Ceux qui d&#233;noncent l'invasion occitane de la patrie proven&#231;ale, et font du triangle sacr&#233; Arles-Avignon-les Alpilles la forteresse de leur r&#233;sistance. Ceux qui en retour refusent pour le proven&#231;al d'autre d&#233;finition que celle de &#034;langue occitane&#034;. Querelles lassantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, aussi &#233;loign&#233;es que puissent para&#238;tre ces deux positions extr&#234;mes, elles proc&#232;dent d'une m&#234;me logique, qui est le double fantasmatique de la francitude &#233;ternelle : une langue, une norme, un peuple... La fixation obsessionnelle de certains sur le mot &#034;occitan&#034;, qui n'est en aucune fa&#231;on (pour l'heure ?) en usage populaire g&#233;n&#233;ralis&#233; en Provence, porte implicitement l'id&#233;e d'une nation occitane. La fixation obsessionnelle de certains sur le mot &#034;proven&#231;al&#034; porte implicitement l'id&#233;e d'une nation proven&#231;ale. Qui tient la langue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les uns et les autres pr&#233;tendent parler au nom d'un Peuple, sans consid&#233;rer qu'a pratiquement disparu ce peuple qui, jusqu'aux ann&#233;es 1930, fut le support sociologique de la langue : le peuple de la campagne et des petites villes. Ils n&#233;gligent surtout la fait qu'un quelconque nationalisme, qu'il soit proven&#231;al ou occitan, ne correspond &#224; aucune aspiration populaire (&#224; la diff&#233;rence des affirmations identitaires urbaines, comme &#224; Marseille ou Nice par exemple).&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, pour revenir &#224; la question initiale, je ne pense pas qu'il y ait une &#034;juste&#034; appellation. Personnellement, je dis que je parle &#034;proven&#231;al&#034;, et que ce proven&#231;al est un rameau de la famille d'Oc. Pour le reste, je ne pense pas que ce soient des associations qui puissent imposer une appellation d'usage, et qu'il faut en la mati&#232;re observer, et respecter, l'usage du plus grand nombre (qui ne correspond pas toujours &#224; la d&#233;finition des linguistes et des dialectologues).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'identit&#233; proven&#231;ale et de la revendication proven&#231;aliste</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article529</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Graphies</dc:subject>
		<dc:subject>Mistralisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On lit dans le manifeste du collectif organisateur de la manifestation pour la Provence du 24 octobre 2015 : &#171; Nous demandons aux candidats &#224; l'&#233;lection r&#233;gionale de se prononcer sur les mesures suivantes : 1) La prise en compte comme langue de France du proven&#231;al, langue codifi&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Mistral. Son enseignement doit se faire en graphie mistralienne. 2) Affirmer que la Provence est une grande r&#233;gion linguistique et n'appartient pas &#224; &#171; l'Occitanie &#187;. Il va donc falloir que je reprenne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot391" rel="tag"&gt;Graphies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot411" rel="tag"&gt;Mistralisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On lit dans le manifeste du collectif organisateur de la manifestation pour la Provence du 24 octobre 2015 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous demandons aux candidats &#224; l'&#233;lection r&#233;gionale de se prononcer sur les mesures suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) La prise en compte comme langue de France du proven&#231;al, langue codifi&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Mistral. Son enseignement doit se faire en graphie mistralienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Affirmer que la Provence est une grande r&#233;gion linguistique et n'appartient pas &#224; &#171; l'Occitanie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va donc falloir que je reprenne tout &#224; la base : mon proven&#231;al de base &#233;tant un proven&#231;al dit maritime codifi&#233; non par Fr&#233;d&#233;ric Mistral, mais par ma grand-m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai pr&#233;sent&#233; dans mon ouvrage Les Varois, la presse varoise et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (qui, entre parenth&#232;se, aurait eu bien du mal &#224; se retrouver dans le proven&#231;al de r&#233;cup&#233;ration de tant de dirigeants autoproclam&#233;s). Et, bien des ann&#233;es plus tard, si je me suis initi&#233; &#224; la graphie mistralienne, j'ai aussi commis l'impardonnable erreur de m'initier &#224; la graphie classique, dite occitane&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureusement que le collectif organisateur remet les montres &#224; l'heure en exigeant des pouvoirs publics l'application d'une norme associative imp&#233;rative. Tant pis pour les autres associations...&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, en &#233;tant plus s&#233;rieux, je dois dire que je suis d&#233;sol&#233; de voir des sectarismes de tous bords parasiter la d&#233;fense de la langue que l'on pr&#233;tend d&#233;fendre. On pourrait quand m&#234;me penser que, quand le feu est &#224; la maison, on ne devrait pas &#234;tre trop difficile sur la couleur des casques des pompiers, mais bon, que meure la langue de sa triste mort pourvu qu'elle meure dans MA graphie et dans MON code normalis&#233;&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pendant ce temps s'&#233;teignent les derniers locuteurs &#034;naturels&#034; du proven&#231;al, qui ont cru bien faire en ne transmettant pas &#224; leurs enfants ce parler de l'entre soi, ce parler du quotidien, ce parler du travail, bien faire, c'est-&#224;-dire, nous avons tous pu le constater, leur assurer la n&#233;cessaire ma&#238;trise du fran&#231;ais, indispensable au fameux &#034;ascenseur social&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerai &#233;viter &#224; l'avenir ces questions &#224; propos desquelles les esprits s'enflamment et o&#249; l'on risque plus d'invectives que d'&#233;changes loyaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai pr&#233;sent&#233; dans mon ouvrage &lt;i&gt;Les Varois, la presse varoise et le proven&#231;al, 1859-1910&lt;/i&gt; (1996) le traitement de la langue proven&#231;ale par la presse locale et r&#233;gionale du temps, qui ignore la normalisation mistralienne et persiste dans une graphie &#034;patoisante&#034; directement accessible &#224; des Proven&#231;aux qui apprenaient &#224; lire en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proven&#231;al et/ou occitan ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article547</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:29:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cf. sur le blog de Jean-Pierre Cavaill&#233;. &#171; Calife &#224; la place du calife ? &#187; Taban Mon commentaire : &#171; Pour avoir subi l'ostracisme de certains proven&#231;alistes dans les ann&#233;es 1970, quand le rectorat de Nice nous interdisait d'utiliser la graphie occitane et nous limitait &#224; l'&#233;tude de quelques textes sacr&#233;s, pour avoir particip&#233; &#224; la bataille pour la libert&#233; de choix des enseignants de proven&#231;al, bataille men&#233;e avec succ&#232;s contre l'administration et le lobby d&#233;nonciateur de ces proven&#231;alistes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cf. sur le blog de Jean-Pierre Cavaill&#233;. &#171; Calife &#224; la place du calife ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://taban.canalblog.com/archives/2017/01/06/34774362.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Taban&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon commentaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour avoir subi l'ostracisme de certains proven&#231;alistes dans les ann&#233;es 1970, quand le rectorat de Nice nous interdisait d'utiliser la graphie occitane et nous limitait &#224; l'&#233;tude de quelques textes sacr&#233;s, pour avoir particip&#233; &#224; la bataille pour la libert&#233; de choix des enseignants de proven&#231;al, bataille men&#233;e avec succ&#232;s contre l'administration et le lobby d&#233;nonciateur de ces proven&#231;alistes, pour constater aujourd'hui que la r&#233;gion dite PACA offre sur un plat d'argent (c'est le mot), le monopole de la reconnaissance officielle &#224; une association qui se veut mistralienne et pr&#233;tend contr&#244;ler et purifier la langue, bref, pour avoir esquint&#233; mon psycho coma avec ces gens l&#224;, je n'ai m&#234;me pas envie de discuter les th&#232;ses cent fois r&#233;p&#233;t&#233;es depuis plus de trente ans par Philippe Blanchet. (sur tout cela voir mon blog &lt;a href=&#034;http://archivoc.canalblog.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archivoc.canalblog.com/&lt;/a&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais par contre faire deux remarques.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re est relative aux proven&#231;alistes. J'ai les meilleurs rapports du monde avec beaucoup d'entre eux, et je viens de saluer, en graphie mistralienne et en bon occitan proven&#231;al maritime, une figure majeure de leur groupe, Roger Gensollen (voir mon blog). C'est dans la pratique de la langue, et aussi dans la mise en perspective historique (cf. sur mon autre blog tout ce qui a trait par exemple &#224; l'insurrection proven&#231;ale de 1851) que les liens se sont nou&#233;s, sur le terrain.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde est relative au sentiment d'innombrables personnes que j'ai pu rencontrer en Provence au travers de mes activit&#233;s historiques et politiques, donc en dehors du milieu occitaniste ou proven&#231;aliste. Si le mot &#034;occitan&#034; a une v&#233;ritable r&#233;sonance chez des enseignants, des &#233;tudiants, voire des professions lib&#233;rales, je n'ai pu que constater que, dans les couches populaires, on dit : &#034;je parle le proven&#231;al&#034;, &#034;je comprends le proven&#231;al mais je ne le parle pas&#034;... [Montanaro ajoutait : &#034;je le parle tr&#232;s bien mais je ne le comprends pas&#034;]...&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire violence en plaquant abruptement sur ce sentiment la proclamation de l'occitanit&#233; n'est gu&#232;re productif, voire est m&#234;me contre productif. L'histoire nous apprend, et m&#234;me l'histoire contemporaine (voir l'ex-Yougoslavie) que la sensibilit&#233; populaire peut parfaitement recevoir en Langue ce que les linguistes d&#233;finissent comme dialecte d'une Langue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proven&#231;al est dans ce cas. Pour autant, je n'abonde en rien dans l'optique de M. Blanchet qui, depuis sa chaire lointaine, proclame la solitude du proven&#231;al. C'est son affaire. Mais le probl&#232;me, h&#233;las, risque fort d'&#234;tre r&#233;solu &#224; court terme, quand plus personne ne pourra dire : &#034;je parle naturellement le proven&#231;al, parce qu'il est la langue de ma famille, de mon quartier, de mon village, de ma cit&#233;, de mon atelier&#034;. Il y aura encore longtemps des c&#233;nacles d'affid&#233;s &#224; la conception occitane, ou &#224; la conception proven&#231;aliste restrictive, fonctionnant dans et par des rhizomes sur le net, les uns et les autres persuad&#233;s que l'intervention du pouvoir politique sauvera la mise &#224; la langue. Mais quid du support social, sans lequel toute langue ne peut &#234;tre que langue morte ? &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tour de France de deux enfants... patois proven&#231;al</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article343</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:29:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Tour de France</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le tour de la France par deux enfants. Devoir et Patrie. Livre de lecture courante par G.Bruno, Laur&#233;at de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise, auteur de &#171; Francinet &#187;. Cours moyen. Premi&#232;re &#233;dition, 1877. &lt;br class='autobr' /&gt; Andr&#233;, quatorze ans, et Julien, sept ans, sont deux orphelins qui ont quitt&#233; Phalsbourg, en Moselle annex&#233;e par les Allemands en 1871. Ils passent en France, par amour de la Patrie et marchent vers Marseille, o&#249; ils pensent retrouver un oncle. Andr&#233; et Julien sont en Dauphin&#233;, o&#249; ils d&#233;couvrent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot229" rel="tag"&gt;Tour de France&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le tour de la France par deux enfants. Devoir et Patrie. Livre de lecture courante par G.Bruno, Laur&#233;at de l'Acad&#233;mie Fran&#231;aise, auteur de &#171; Francinet &#187;. Cours moyen&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re &#233;dition, 1877.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L128xH226/tour_de_france_deux_enfants-9f7c4.png?1792454270' width='128' height='226' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233;, quatorze ans, et Julien, sept ans, sont deux orphelins qui ont quitt&#233; Phalsbourg, en Moselle annex&#233;e par les Allemands en 1871. Ils passent en France, par amour de la Patrie et marchent vers Marseille, o&#249; ils pensent retrouver un oncle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Andr&#233; et Julien sont en Dauphin&#233;, o&#249; ils d&#233;couvrent l'existence des vers &#224; soie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les chambres o&#249; on &#233;l&#232;ve les vers &#224; soie s'appellent des magnaneries, parce que, dans le patois proven&#231;al, on appelle les vers des magnans. Il para&#238;t que dans ces contr&#233;es chaque ferme, chaque maison a sa magnanerie, petite ou grande. Les vers sont l&#224; par centaines et par milliers, se nourrissent avec les feuilles qu'on leur apporte.&#8232;- Andr&#233;, nous verrons peut-&#234;tre des magnaneries l&#224; o&#249; nous coucherons ?&#8232;- C'est bien probable, r&#233;pondit Andr&#233;.&#8232;Quand le soir fut venu, les enfants demand&#232;rent &#224; coucher dans une sorte de petite auberge, moiti&#233; ferme et moiti&#233; h&#244;tellerie, comme il s'en rencontre dans les villages. Ils firent le prix &#224; l'avance, et s'assirent ensuite aupr&#232;s de la chemin&#233;e pendant que la soupe cuisait.&#8232;Julien regardait de tous les c&#244;t&#233;s, esp&#233;rant &#224; chaque porte qui s'ouvrait entrevoir dans le lointain la chambre des vers &#224; soie, mais ce fut en vain.&#8232;L'h&#244;teli&#232;re &#233;tait une bonne vieille, qui paraissait si avenante, qu'Andr&#233;, pour faire plaisir &#224; Julien, se hasarda &#224; l'interroger, mais elle ne comprenait que quelques phrases fran&#231;aises, car elle parlait &#224; l'ordinaire, comme beaucoup de vieilles gens du lieu, le patois du midi.&#8232;Andr&#233; et Julien, qui s'&#233;taient lev&#233;s poliment, se rassirent tout d&#233;sappoint&#233;s.&#8232;Les gens qui entraient parlaient tous patois entre eux ; les deuxenfants, assis &#224; l'&#233;cart et ne comprenant pas un mot &#224; ce qui se disait, se sentaient bien isol&#233;s dans cette ferme &#233;trang&#232;re. Le petit Julien finit par quitter sa chaise, et, s'approchant d'Andr&#233;, vint se planter debout entre les jambes de son fr&#232;re. Il s'assit &#224; moiti&#233; sur ses genoux, et, le regardant d'un air d'affection un peu triste, il lui dit tout bas :&#8232;- Pourquoi donc tous les gens de ce pays-ci ne parlent-ils pas fran&#231;ais ?&#8232;- C'est que tous n'ont pas pu aller &#224; l'&#233;cole. Mais dans un petit nombre d'ann&#233;es il n'en sera plus ainsi, et par toute la France on saura parler la langue de la patrie. En ce moment, la porte d'en face s'ouvrrit de nouvveau ; c'&#233;taient les enfants de l'h&#244;teli&#232;re qui revenaient de l'&#233;cole.&#8232;- Andr&#233;, s'&#233;cria Julien, ces enfants doivent savoir le fran&#231;ais, puisqu'ils vont &#224; l'&#233;cole. Quel bonheur ! Nous pourrons causer ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avi&#225;u aqueste libre (ben cnoissut : Mona Ozouf etc) dins ma bibliot&#232;ca, (edicion de 1934), eiretat de mei parents qu'&#232;ran m&#232;stres d'esc&#242;la de la generacion deis annadas 1910. Tota l'ambigu&#239;tat de l'autor es de pas ponchejar la necessaria m&#242;rt dau &#034;patois&#034; amb lo necessari acc&#232;s au franc&#233;s. Es sus aquesta negacion fosca dau bilingu&#239;sme que tot plen d'institutors, de felibres, e d'occitanistas, an poscut apielar seis entrepressas de conscientisacion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De mon refus de parler proven&#231;al&#8230; et fran&#231;ais avec certaines gens</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article363</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:29:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le microcosme &#233;tant souvent la cl&#233; du macrocosme, avant de vous expliquer pourquoi il y a des Fran&#231;ais avec lesquels je me refuse &#224; parler fran&#231;ais, je vais vous expliquer pourquoi il y a des Proven&#231;aux avec lesquels je me refuse &#224; parler proven&#231;al. &lt;br class='autobr' /&gt; Le hasard a voulu que l'environnement local et familial a fait de moi un bilingue (fran&#231;ais et proven&#231;al), plus une forte dose d'italien (ma ch&#232;re grand-m&#232;re paternelle &#233;tait une Toscane t&#244;t &#233;migr&#233;e en Provence, o&#249; elle avait &#233;pous&#233; un ouvrier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le microcosme &#233;tant souvent la cl&#233; du macrocosme, avant de vous expliquer pourquoi il y a des Fran&#231;ais avec lesquels je me refuse &#224; parler fran&#231;ais, je vais vous expliquer pourquoi il y a des Proven&#231;aux avec lesquels je me refuse &#224; parler proven&#231;al.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_124 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L150xH273/santon-65d09.png?1792478526' width='150' height='273' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le hasard a voulu que l'environnement local et familial a fait de moi un bilingue (fran&#231;ais et proven&#231;al), plus une forte dose d'italien (ma ch&#232;re grand-m&#232;re paternelle &#233;tait une Toscane t&#244;t &#233;migr&#233;e en Provence, o&#249; elle avait &#233;pous&#233; un ouvrier des chantiers navals : le proven&#231;al local de son temps lui &#233;tait aussi familier que le fran&#231;ais et l'italien, et je lui dois beaucoup en la mati&#232;re).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jamais regrett&#233; cette richesse linguistique, m&#234;me si ce proven&#231;al (que j'ai appris plus tard &#234;tre un des rameaux de la langue d'Oc) m'ouvre essentiellement les portes du pass&#233;, alors que l'italien m'ouvre bien des portes du pr&#233;sent&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; constater la raret&#233; de rencontrer dans ma ville littorale, en-dessous de ma couche d'&#226;ge, quelqu'un qui parle fran&#231;ais avec l'accent proven&#231;al, vous pourriez penser que mon c&#339;ur fondrait de nostalgie s'il m'arrivait, raret&#233; encore plus extraordinaire, de rencontrer, en dehors de quelques familiers, quelqu'un qui me parle proven&#231;al. Je l'avoue bien volontiers, je suis heureux alors d'entendre cette langue du c&#339;ur. &#199;a a &#233;t&#233; le cas par exemple lors de la F&#234;te que j'&#233;voquais sans un billet pr&#233;c&#233;dent (&#171; Handicap, F&#234;te de l'&#201;t&#233; &#187;), quand une dame du personnel de service a dit un mot gentil &#224; ma fille en proven&#231;al bien local, et qu'une joyeuse conversation en a suivi. Donc, clairement, j'aime parler proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pourtant, ce n'est pas toujours le cas, loin de l&#224;. Le fait que j'ai beaucoup &#233;tudi&#233; la situation linguistique dans le Sud-Est aux deux si&#232;cles pass&#233;s, (et que j'ai consacr&#233; un blog &#224; la question m'am&#232;ne &#224; conna&#238;tre certains proven&#231;alistes organis&#233;s (je dis bien certains, il en est d'autres bien fr&#233;quentables, tant dans le F&#233;librige que dans l'occitanisme proven&#231;al). Et je n'ai pas envie de parler proven&#231;al avec ces gens-l&#224;, chantres de l'identit&#233; synonyme d'exclusion de l'Autre, santons d&#233;risoires d'un mistralisme dans lequel, tout triste conservateur qu'il ait &#233;t&#233;, m&#234;me Mistral ne se reconna&#238;trait pas, apologistes d'une Provence mythique qui, telle qu'ils l'imaginent, n'a jamais exist&#233; et n'existe pas, sinon dans l'alliance du sabre et du goupillon, et dans les d&#233;lires de l'&#201;tat fran&#231;ais, entre 1940 et 1944 (voyez la presse aux ordres de l'&#233;poque, que Gallica nous restitue aujourd'hui).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi je n'ai pas envie de parler proven&#231;al avec ces gens-l&#224;, bien en cour &#224; la r&#233;gion PACA, qui croient la partie gagn&#233;e en agitant le grelot de la connivence entre locuteurs de la m&#234;me langue&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au fran&#231;ais, qui est mienne, qui est la langue dans laquelle je pense, je dirai aussi que je n'aime pas parler cette langue avec certaines gens, ceux qui, comme notre ex-pr&#233;sident, au mieux de sa forme gestuelle et de ses mimiques, agite (c'est bien le mot) le grelot de l'Identit&#233; de la France, vieux pays chr&#233;tien, menac&#233; par des intol&#233;rances communautaristes de tous poils&#8230; Le fait que je partage la m&#234;me langue avec ces chantres de l'identit&#233; close, l'identit&#233; de l'exclusion, ne m'incite pas &#224; fraterniser avec eux&#8230; D'ailleurs, P&#233;tain aussi parlait fran&#231;ais, et je ne crois pas que cela ait cr&#233;&#233; la moindre connivence entre lui et ceux qui, comme mon p&#232;re, lui r&#233;sist&#232;rent au p&#233;ril de leur vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les avatars de l'image du Proven&#231;al</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article353</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Santon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; propos du &#034;Complexe du santon&#034; Linha Imagin&#242;t, n&#176;66, juin 2006 &lt;br class='autobr' /&gt; Ma participation &#224; la pr&#233;paration et au tournage (mars 2005) du film de Christian Philibert, Le complexe du santon, m'a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveau &#224; cette double question : Depuis cinq si&#232;cles, quelles images des Proven&#231;aux ont pu se cristalliser dans l'imaginaire national fran&#231;ais ? Inversement, de quelle fa&#231;on ces images ont-elles pu &#234;tre int&#233;rioris&#233;es par les Proven&#231;aux ? Depuis le haut Moyen-&#226;ge, le royaume de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; propos du &#034;Complexe du santon&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Linha Imagin&#242;t&lt;/i&gt;, n&#176;66, juin 2006&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma participation &#224; la pr&#233;paration et au tournage (mars 2005) du film de Christian Philibert, Le complexe du santon, m'a amen&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveau &#224; cette double question :&lt;br class='autobr' /&gt; Depuis cinq si&#232;cles, quelles images des Proven&#231;aux ont pu se cristalliser dans l'imaginaire national fran&#231;ais ?&lt;br class='autobr' /&gt; Inversement, de quelle fa&#231;on ces images ont-elles pu &#234;tre int&#233;rioris&#233;es par les Proven&#231;aux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le haut Moyen-&#226;ge, le royaume de France s'&#233;largit vers le Sud, par les alliances, les mariages, les h&#233;ritages, et le plus souvent par la force, comme en t&#233;moigne encore le souvenir de la sanglante Croisade du XIIIe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Provence est la derni&#232;re grosse bouch&#233;e de ce festin royal, elle est rattach&#233;e au royaume fin XVe, d&#233;but XVIe.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire que les Proven&#231;aux, ces petits derniers, vont relever imm&#233;diatement d'une vision depuis longtemps appliqu&#233;e aux autres Sudistes, dans une diff&#233;rence marqu&#233;e, une &#233;tranget&#233; m&#234;me... Diff&#233;rence et &#233;tranget&#233; de climat, de m&#339;urs, de langue, bref, un &#233;vident exotisme int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas proven&#231;al est cependant particulier, parce qu'il va exag&#233;rer, sur le long terme des XVIe, XVIIe, XVIIIe si&#232;cles, une vraie dichotomie.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une part, c'est la vision idyllique d'une terre b&#233;nie par les dieux par son climat, une terre porteuse des cent fleurs de la po&#233;sie amoureuse et troubadouresque. Et tout naturellement les &#8220;&#233;lites&#8221; proven&#231;ales, noblesse, privil&#233;gi&#233;s, participent de cette vision valorisante, qui les fait galants et cultiv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, c'est la vision &#224; la limite p&#233;jorative de Proven&#231;aux l&#233;gers, cyclothimiques, passionn&#233;s, incontrolables, et pour tout dire brutaux et violents plus qu'&#224; leur tour. Le peuple proven&#231;al, le peuple sociologique s'entend, majoritairement rural, participe de cette vision p&#233;jorative.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. - Ren&#233; Merle - Aux origines de l'ethnotype m&#233;ridional (Provence - Languedoc)&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, et j'ai pu suivre cela dans un patient d&#233;chiffrement des textes de la fin du XVIIIe &#224; la fin du XIXe (Cf. ma th&#232;se), cet ethnotype populaire, d&#233;j&#224; pr&#233;sent &#224; travers les &#8220;&#233;motions&#8221; d'Ancien R&#233;gime, va conna&#238;tre une extraordinaire accentuation &#224; partir des tumultes de la R&#233;volution. D&#233;cid&#233;ment, ce &#034;peuple proven&#231;al&#034;, ardent dans l'action r&#233;volutionnaire d&#232;s mars-avril 1789, et ensuite terrible soutien des factions affront&#233;es, quand il ne les d&#233;serte pas pour un brigandage de d&#233;ception, ce peuple est un peuple rude et dangereux, un peuple &#224; qui il faut apprendre &#224; craindre la poigne du Pouvoir. Et ce ne sont pas les violences de la Terreur Blanche (1814-1815), et les fid&#233;lit&#233;s blanches maintenues, qui modifieront cette vision si r&#233;pandue dans l'intelligentsia lib&#233;rale de la Restauration et de la Monarchie de Juillet. Vision encore confirm&#233;e dans un r&#233;flexe sociologique de classe devant le basculement du Midi blanc au Midi rouge, et l'explosion du r&#233;publicanisme rouge de d&#233;cembre 1851.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudra pour exorciser dans l'imaginaire national cette distance sociologique, doubl&#233;e d'une &#233;tranget&#233;, d'un exotisme int&#233;rieur que les facilit&#233;s nouvelles de voyage r&#233;v&#232;lent, un extraordinaire retournement d'ethnotype : initi&#233; sous le Second Empire par la vision d'un Daudet, dont le Tartarin transmute en outrance ridicule la violence proven&#231;ale, ce retournement d'ethnotype va se confirmer aux d&#233;buts de la Troisi&#232;me R&#233;publique, et reprendre en amusement agac&#233; les gesticulations et &#034;l'estrambord&#034; des F&#233;libres cigaliers, comme les p&#233;riodes sonores des orateurs radicaux trop ventrus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il serait facile ensuite de mesurer, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, l'int&#233;riorisation par bien des Proven&#231;aux de cette donne nouvelle que leur proposent jusqu'aux livres de classe, et dont la terrible affaire du XVe Corps, en 1914, permet de mesurer les ravages dans l'imaginaire national&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Appellation de la langue ?</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article141</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:20:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre &#224; la F.E.L.C.O. : F&#233;d&#233;ration des enseignants de langue et de culture d'Oc (2010) &lt;br class='autobr' /&gt; Pensionn&#233; (comme on dit) depuis maintenant 14 ans, je suis cependant toujours avec grand int&#233;r&#234;t l'action p&#233;dagogique de la F.E.L.C.O. Je me permets donc de vous faire parvenir cette lettre que je r&#233;dige en fran&#231;ais, car je souhaite la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui ne partagent pas mes choix graphiques dans l'&#233;criture de notre langue, et la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui souvent me posent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lettre &#224; la F.E.L.C.O. : F&#233;d&#233;ration des enseignants de langue et de culture d'Oc (2010)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pensionn&#233; (comme on dit) depuis maintenant 14 ans, je suis cependant toujours avec grand int&#233;r&#234;t l'action p&#233;dagogique de la F.E.L.C.O.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me permets donc de vous faire parvenir cette lettre que je r&#233;dige en fran&#231;ais, car je souhaite la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui ne partagent pas mes choix graphiques dans l'&#233;criture de notre langue, et la faire conna&#238;tre aussi &#224; des amis qui souvent me posent des questions &#224; propos d'une situation proven&#231;ale qu'ils ne comprennent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand j'ai commenc&#233; &#224; enseigner notre langue en lyc&#233;e, dans les ann&#233;es 70 du si&#232;cle pass&#233;, l'appellation officielle que lui donnait le Rectorat &#233;tait celle de &#171; proven&#231;al &#187;. Cette appellation ne me g&#234;nait en rien : elle correspondait au senti populaire le plus r&#233;pandu, et &#224; une tradition historique ancestrale. Dans les cours publics qu'il m'a &#233;t&#233; alors &#233;galement possible d'assurer, je ne pouvais que le constater. C'est &#224; partir de l'appellation de &#171; proven&#231;al &#187;, et &#224; partir de la r&#233;alit&#233; du proven&#231;al maritime de ma ville et de ma r&#233;gion, que je devais travailler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme, et je n'&#233;tais pas le seul, j'initiais les &#233;l&#232;ves aux diff&#233;rentes graphies du proven&#231;al, y compris bien s&#251;r la graphie classique, comme je m'effor&#231;ais de leur faire conna&#238;tre la parent&#233; avec les autres grands dialectes de ce que Mistral nomme dans le titre de son Tr&#233;sor d&#243;u Felibrige &#171; la langue d'Oc moderne &#187;, comme par ailleurs je militais activement &#224; l'Institut d'Estudis Occitans, je fus somm&#233; par l'administration, qu'un groupe actif de proven&#231;alistes avait alert&#233;e, de m'en tenir &#224; l'enseignement du proven&#231;al, dans ses formes mistraliennes et &#224; partir d'un choix de textes imp&#233;ratifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous passe les d&#233;tails de ces ann&#233;es p&#233;nibles : le conflit se d&#233;nouera progressivement, et heureusement, &#224; partir de 1981.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233; parce que nous avions fait appel &#224; la conscience d&#233;mocratique : dans quelle autre mati&#232;re aurait-on admis que l'administration, et une association, r&#233;gentent le contenu d'un enseignement linguistique, historique et litt&#233;raire ? D'un autre c&#244;t&#233;, parce que, dans les contacts personnels &#233;tablis sans sectarisme, nombre de ceux qui, de bonne foi, pensaient qu'en enseignant la graphie classique nous remplacions le proven&#231;al par un dialecte artificiel, ou par le languedocien, avaient pu constater que nous parlions, et d&#233;fendions, le m&#234;me proven&#231;al qu'eux. Seule une minorit&#233; aveugl&#233;e ou haineuse, v&#233;ritable lobby de l'anti-occitanisme, continue &#224; d&#233;noncer &#171; l'invasion languedocienne &#187; ou &#224; sa gausser finement, comme tel universitaire, des &#171; oxytons &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de l'appellation de &#171; proven&#231;al &#187;, l'appellation de &#171; langue d'Oc &#187; est alors devenue consensuelle. Elle n'est en rien r&#233;ductrice. Elle t&#233;moigne de l'appartenance du proven&#231;al &#224; un vaste ensemble de parlers d'Oc. C'est l'appellation que le Pr&#233;sident de notre R&#233;gion P.A.C.A a utilis&#233;e dans son salut aux Estivadas de Rodez. Elle laisse toute libert&#233; aux locuteurs et aux enseignants dans leurs choix graphiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne g&#234;ne en rien le militant culturel occitaniste que j'ai &#233;t&#233;, ( mon site peut en t&#233;moigner). Je n'ai jamais eu honte de me proclamer occitaniste. Et j'ai toujours fond&#233; mon occitanisme sur la conviction d'une profonde unit&#233; entre les diff&#233;rents parlers de la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, cette appellation de &#171; langue d'Oc &#187; n'appara&#238;t pas satisfaisante &#224; un groupe d'occitanistes de Provence : dans le meilleur des cas (selon eux), ils voudraient la remplacer par l'appellation de &#171; langue occitane &#187;, ou d' &#171; occitan &#187;. &#192; la rigueur, ils accepteraient du bout des l&#232;vres un compromis : &#171; occitan &#8211; langue d'Oc &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La querelle serait &#224; la limite comique si elle ne r&#233;v&#233;lait la distorsion entre ce groupe de passionn&#233;s, enclos dans leurs convictions et leurs rancunes, et la r&#233;alit&#233; de la conscience linguistique en Provence. Proclamer le mot &#171; occitan &#187;, vouloir l'imposer au nom de je ne sais quelle l&#233;gitimit&#233; historique, ne peut en d&#233;finitive que desservir la cause qu'ils croient faire avancer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne me permets cette intervention que parce que, &#224; 74 ans bien sonn&#233;s, je demeure attach&#233; &#224; l'avenir de cette langue que j'ai toujours essay&#233; de d&#233;fendre et d'illustrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne doute pas que la F.E.L.C.O en sera d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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