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		<title>L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe. L'exemple proven&#231;al </title>
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&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe&#8221; - Actes du Colloque international &#8220;L'identit&#233; occitane. R&#233;flexions th&#233;oriques et exp&#233;riences&#8221;, A.I.E.O et C.I.D.O, B&#233;ziers, 4, 5 et 6 septembre 1986, A.I.E.O, 1990. &lt;br class='autobr' /&gt; Le sujet est vaste, et renvoie &#224; une &#233;tude plus importante, dont nous n'ouvrons ici que quelques pistes. Le cadre de notre r&#233;flexion est modeste, mais symbolique en rapport &#224; notre titre. La Provence. Provence qui est &#224; la fois source et aboutissement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;Mary Lafon&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe&#8221; - Actes du Colloque international &#8220;L'identit&#233; occitane. R&#233;flexions th&#233;oriques et exp&#233;riences&#8221;, A.I.E.O et C.I.D.O, B&#233;ziers, 4, 5 et 6 septembre 1986, A.I.E.O, 1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le sujet est vaste, et renvoie &#224; une &#233;tude plus importante, dont nous n'ouvrons ici que quelques pistes. Le cadre de notre r&#233;flexion est modeste, mais symbolique en rapport &#224; notre titre. La Provence. Provence qui est &#224; la fois source et aboutissement d'un sentiment identitaire &#171; m&#233;ridional &#187; : sentiment le plus souvent contract&#233; sur ses dimensions provinciales, et parfois dilat&#233; jusqu'aux limites aventureuses d'un ensemble d&#233;fini par sa Langue, la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, c'est une banalit&#233; de le dire, mais il faut bien partir d'elle, le sentiment identitaire pr&#233;existe &#224; tout analyse : il n'est que de suivre, du XVII' si&#232;cle &#224; la R&#233;volution, les propos des lettr&#233;s proven&#231;aux sur leur Langue : il leur faut habiller d'explications (origines, avatars, etc.), un Donn&#233; qui traverse ces hommes de culture toute fran&#231;aise, sans qu'ils n'y puissent rien. La Langue, une autre langue que le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'&#233;closion des nations modernes, que le sentiment identitaire d'Oc peut s'investir, et se donner donc, enfin, un sens, voire une justification, dans un v&#233;ritable sentiment nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du XIXe si&#232;cle &#224; nos jours, l'histoire nous montre que le sentiment nationalitaire, partout o&#249; il s'affirme, transcende les oppositions de classe, quand il n'est pas utilis&#233; pour les circonvenir. Mais aussi fait-elle comprendre qu'il ne peut jouer ce r&#244;le, parfois bien discutable, que parce qu'il satisfait les pulsions d'auto-d&#233;finition et d'auto-valorisation d'une soci&#233;t&#233; civile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce serait faire beaucoup d'honneur au renaissantisme proven&#231;al que lui donner une place qu'il n'a pas eue, et que, la plupart du temps, il n'a pas revendiqu&#233;e. Lui assigner une action effective serait admettre qu'il ait pu exister autrement que dans l'imaginaire de quelques lettr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au plus pourrait-on s'interroger sur la pr&#233;sence, en filigrane du patriotisme, voire du chauvinisme fran&#231;ais de bien des M&#233;ridionaux, d'une Patrie fant&#244;me :&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle qui pendant 100 ans fait se lever des foules au dernier couplet de la Coupo santo, quand par ailleurs l'abandon de la langue est assum&#233; tr&#232;s clairement. Et encore, tout r&#233;cemment, nous avons pu voir un cercle de notables et de renaissantistes proven&#231;aux reprendre l'hymne qu'entonnait un ministre de la culture, qui &#233;voquait la langue de ses a&#239;eux, pour laquelle il ne fait rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle encore qui permet, depuis plus d'un si&#232;cle, la pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re dans les publications du mouvement ouvrier, de chroniques dont le ton, du f&#233;librige &#224; l'occitanisme, est clairement empreint d'une crispation nationalitaire, pour ne pas dire nationaliste. Chroniques tout &#224; fait indues, apparemment, au regard des analyses globales de ces m&#234;mes publications.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut r&#233;duire ces comportements &#224; l'opportunisme et &#224; l'hypocrisie. D'autant que la faiblesse du mouvement renaissantiste a toujours &#233;t&#233; telle que personne ne peut vraiment gagner &#224; lui faire des concessions.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est plut&#244;t dans cette dimension irrationnelle, mais extr&#234;mement refoul&#233;e, des deux patries, qu'il faut chercher l'explication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, du c&#244;t&#233; des renaissantistes, du c&#244;t&#233; de la justification publique de l'usage de la langue, la pulsion identitaire a utilis&#233; une pseudo-justification id&#233;ologique mouvante :&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que, pour les divers renaissantistes europ&#233;ens du XIXe si&#232;cle, la d&#233;fense de la langue &#171; opprim&#233;e &#187; se pr&#233;sentait autant comme une d&#233;fense de la langue du peuple que comme celle d'une entit&#233; m&#233;taphysique, la Patrie, dont la Langue est le signe. Cette entit&#233;, plus que la Nation abstraite des id&#233;ologues, se pr&#233;sente alors comme un bien commun, patrimoine charnel dans lequel on communie. Et qu'&#224; la limite il n'est pas utile de nommer, dans la mesure o&#249; l'usage de la langue domin&#233;e pour le signifier suffit &#224; lui donner vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le renaissantisme culturel occupe alors, sans dangers r&#233;els, le champ de la lutte nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fendre la langue qui n'est plus que celle du peuple est le meilleur moyen de rendre vie &#224; ce qui fut un Peuple. Le courtcircuitage de la lutte de classes par la lutte &#171; nationale &#187;, avant de se produire effectivement dans la r&#233;alit&#233; sociale, est d'abord v&#233;cu dans la conscience des lettr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fense du peuple sociologiquement d&#233;fini, non pour ses int&#233;r&#234;ts de &#171; peuple &#187;, mais parce qu'il est gros d'un Peuple. Encore faudrait-il qu'il le sache, qu'il l'admette... &#8220;Ah, se me sabien entendre, Ah, se me voulien segui !&#8221; dit le Mistral de &#034;La Coumtesso&#034;. A cet &#233;gard, le renaissantisme d'Oc a offert des traits originaux, souvent mis en relief certes, mais qu'il n'est peut-&#234;tre pas inutile d'approfondir.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, l'affirmation d'une identit&#233; linguistique proven&#231;ale, et bient&#244;t occitane, se justifie par deux th&#232;mes &#233;cartel&#233;s : le souvenir d'une nation d&#233;chue, souvenir mythique, et la dignit&#233;, enfin affirm&#233;e, de l'oralit&#233; populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;conciliation de ces deux th&#232;mes aurait-elle &#233;t&#233; la mise &#224; feu d'un v&#233;ritable mouvement nationalitaire ? Les r&#233;flexions que nous avons consacr&#233;e &#224; ce probl&#232;me dans &#034;Les Fous de la Langue&#034; (1) insistent sur l'impossibilit&#233; d'une telle r&#233;conciliation, d&#232;s le pr&#233;f&#233;librige, et donc sur la totale inutilit&#233; d'un proc&#232;s en responsabilit&#233;, ou d'un compliment, fait au F&#233;librige quant &#224; son refus d'un mouvement nationalitaire m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les triomphes apparents du F&#233;librige, sous le Second Empire, sont en fait &#233;vacuation du mouvement vers un imaginaire de la Langue, &#233;vacuation dont nous connaissons les suites, mais qui ne fait que prolonger et pr&#233;ciser des tendances depuis longtemps, et fortement, &#224; l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;vitant donc l'inutile proc&#232;s fait aux premiers renaissantistes, notre propos est plut&#244;t d'essayer de comprendre comment, paradoxalement, le courant de d&#233;fense de la langue populaire, que des historiens de la litt&#233;rature d'Oc ont pu opposer au courant &#233;rudit, a &#233;t&#233; le d&#233;guisement le plus inattendu, et sans doute le plus efficace, de la pulsion nationalitaire inavouable. Pulsion inscrite v&#233;ritablement dans le plaisir du quant &#224; soi et de la nonintervention sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par l&#224; m&#234;me, et sans pr&#233;juger des suites qu'aurait pu avoir une v&#233;ritable prise en compte de la langue populaire, pour et par le peuple, un investissement de la pulsion nationalitaire par des forces sociales diverses, voire oppos&#233;es, &#233;tait barr&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Du premier Empire &#224; la seconde R&#233;publique, alors que se cristallisent les grandes tendances politiques et sociales de la France moderne, la &#171; langue laiss&#233;e au peuple &#187;, tout autant sinon plus que la &#171; langue des Troubadours &#187;, est le cheval de Troie d'un mouvement nationalitaire, d'un mouvement qui cherche ses assises sociales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne pouvait l'&#234;tre qu'&#224; condition que toute une s&#233;rie de trompe-l'&#339;il, tout un brouillage id&#233;ologique d&#233;samorce ce qui aurait pu &#234;tre un v&#233;ritable levier de transformation sociale, voire de r&#233;volte, dans la conjonction esquiss&#233;e d'une paysannerie pauvre, d'un artisanat laborieux, d'une classe ouvri&#232;re naissante, conjonction encadr&#233;e par de jeunes intellectuels d'origine populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la troisi&#232;me R&#233;publique au moins, la conscience que les groupes sociaux, alli&#233;s ou antagonistes, ont de leur existence et de leurs affrontements, n'est g&#233;n&#233;ralement pas formul&#233;e, encore moins prise en compte, par une th&#233;orisation et une pratique sp&#233;cifiques et organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; nous en tenir au triangle Bas Languedoc oriental - Vall&#233;e du Rh&#244;ne - Provence, o&#249; na&#238;t le mouvement renaissantiste, il est possible de voir comment ces affrontements sociaux soustendent les grandes secousses politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment comprendre la grande R&#233;volution dans ces r&#233;gions sans mettre en avant les mouvements paysans, aux motivations &#233;conomiques et sociales enclenchant la prise de conscience politique, dans la phase 1789-1792 tout particuli&#232;rement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ne pas essayer de pr&#233;ciser la mutation Midi blanc - Midi rouge, dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, sans r&#233;f&#233;rences aux r&#233;sistances que ce monde rural oppose &#224; une modernisation dont il est spectateur, et souvent victime ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ne pas reconna&#238;tre, dans le mouvement protestataire qui m&#232;ne de la mont&#233;e du courant d&#233;mocrate-socialiste &#224; partir de 1849 et jusqu'aux r&#233;sistances arm&#233;es au coup d'Etat de 1851, comme &#224; la tentative communaliste de 1870-71, la possibilit&#233; entrevue d'une alliance entre paysannerie pauvre et des couches populaires urbaines, petite bourgeoisie comprise, alliance pour le moins originale dans la France d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, on peut affirmer que le mouvement renaissantiste, de la R&#233;volution de 1789 &#224; la Commune de Marseille, prend sa place, et sans doute bien malgr&#233; lui, dans le brouillage, l'effacement de ces violentes oppositions de classe et de ces virtualit&#233;s originales de transformation sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et paradoxalement, r&#233;p&#233;tons-le, il le fait en se couvrant de la d&#233;fense de la langue du peuple, perp&#233;tuation de la langue des Troubadours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contradiction initiale est pos&#233;e clairement d&#232;s la fin du XVIIIe si&#232;cle, quand sont repris, pr&#233;cis&#233;s, et syst&#233;matis&#233;s les acquis des proven&#231;alistes ant&#233;rieurs. Les textes suscit&#233;s par la querelle dite des Troubadours, &#224; partir de l'intervention de Legrand d'Aussy en 1781, situent l'&#233;cart&#232;lement dans lequel s'inscrira, ne disons m&#234;me pas l'&#233;chec, mais l'impossibilit&#233; d'un v&#233;ritable mouvement nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention des lettr&#233;s se fait au nom de la langue des Troubadours, mais pas au nom de la langue du peuple. &#171; Abandonn&#233;e au peuple &#187;, la langue peut myst&#233;rieusement y conserver son essence m&#233;taphysique, sa puret&#233;, grammaticale (c'est ce que constate Fabre d'Olivet par exemple). Elle peut s'y d&#233;grader : c'est ce que constatent Achard et Bouche. Mais la fascination v&#233;ritable est bien r&#233;sum&#233;e par les propos de Berenger, Astier, etc. : la langue d'Oc &#233;chappe &#224; la contamination du Bon Ton d'un fran&#231;ais devenu langue de cour, langue de caste.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc la pr&#233;servation (paradoxalement permise par la r&#233;duction sociologique d'usage de la langue, l'abandon de l'occitan par les &#233;lites, (abandon que l'on d&#233;plore) d'un g&#233;nie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#233;nergique et na&#239;f &#187; de la langue par le peuple, qui int&#233;resse ces lettr&#233;s. Et non le peuple en lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mise en avant du naturel populaire de la langue &#224; la veille de la R&#233;volution brouille l'opposition de classe qui va se manifester. Le peuple r&#233;el est &#233;vacu&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#233;&#226;tre marseillais d'un Blanc-Gilly peut l'&#233;vacuer vers un hors-temps attendrissant, dans sa description du peuple de Marseille, r&#233;serve &#171; naturelle &#187; pos&#233;e au monde social en mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Berenger, et bien d'autres, le posent dans sa brutale &#233;tranget&#233; sociologique : le peuple r&#233;el fait peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, pendant les dix ans de r&#233;volution, l'affirmation identitaire dispara&#238;tra d'autant plus que le peuple r&#233;el est en mouvement : l'identification du peuple au naturel, au refus du bon ton, etc., ne fonctionne pas dans l'&#233;v&#233;nement, et la suspension de l'affirmation litt&#233;raire d'Oc, par des gens qui massivement ont adh&#233;r&#233; au mouvement r&#233;volutionnaire, brouille l'opposition de classe par son silence m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons soulign&#233; par ailleurs l'engagement r&#233;volutionnaire de la plupart de ces lettr&#233;s. Leur adh&#233;sion &#224; l'Empire est tout aussi claire. Il &#233;tait compr&#233;hensible qu'ils n'engagent pas, avant le retour &#224; l'Ordre, imp&#233;rial et non plus royal, la langue des Troubadours dans un salut aux institutions et &#224; la nation. La construction r&#233;volutionnaire de la Nation ne permettait gu&#232;re de mettre en &#339;uvre cette dichotomie nord-sud, o&#239;l-oc, trouv&#232;res-troubadours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, par contre, on peut penser que la secousse aurait d&#251; permettre une utilisation r&#233;elle de la langue du peuple. Pourquoi un tel silence, si l'on excepte quelques timides tentatives de communication efficace dans la langue commune ? Pourquoi en d&#233;finitive les seuls textes qui parlent, sans qu'on puisse s'y tromper, au nom du peuple et dans ses revendications sociales, &#233;manent-ils, en miroir, des privil&#233;gi&#233;s effray&#233;s ? Sinon parce qu'ils signifient &#224; tous, y compris aux apprentis-sorciers du Tiers, le danger social explosif que les masses pl&#233;b&#233;iennes, rurales en particulier, rec&#232;lent, (Inversement, quand le texte apparemment social &#233;mane de lettr&#233;s du Tiers progressiste, comme Astier, on ne met en avant la parole populaire, paysanne, et &#171; patoise &#187;, que pour d&#233;fendre des aspirations politiques g&#233;n&#233;rales, propres &#224; l'ensemble du Tiers, et non repr&#233;sentatives d'une sp&#233;cificit&#233; sociale &#171; populaire &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence des lettres d'Oc dans la d&#233;cennie r&#233;volutionnaire est un brouillage de fait de l'opposition de classe, car une vraie prise de parole en dialecte n'aurait pu &#224; ce moment que signifier une affirmation du peuple dans sa diff&#233;rence sociologique, donc dans ses aspirations sociales autonomes, incompatibles avec les objectifs de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Empire, c'est-&#224;-dire en fait la consolidation du pouvoir bourgeois, voit significativement ressurgir le texte &#171; troubadouresque &#187;, et le salut des Troubadours &#224; l'Ordre nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe en d&#233;finitive que le r&#233;gime de Napol&#233;on se soit tout &#224; fait d&#233;sint&#233;ress&#233; de ces saluts, voire les ait rebut&#233;s. L'important ici est de constater le retour de la pulsion nationalitaire mythique, une fois pass&#233; le p&#233;ril sociologique r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le piquant de l'affaire est que le pouvoir imp&#233;rial renvoie malgr&#233; elles les &#233;lites proven&#231;ales &#224; leur sp&#233;cificit&#233; ethnique, qu'elles partagent sans le savoir avec les classes populaires, et leur demande de s'int&#233;grer aux m&#339;urs nationales, de se franciser v&#233;ritablement. L'Empire mettra en place &#224; cet &#233;gard des structures efficaces, qui perdureront.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, &#224; la chute de Napol&#233;on, en 1815, et pour longtemps d&#233;sormais, la pulsion cr&#233;atrice des lettr&#233;s amateurs de l'Idiome natal devra louvoyer entre deux &#233;cueils qu'elle a parfaitement rep&#233;r&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pouvoir, quel qu'il soit, ne donnera jamais une reconnaissance nationale &#224; la langue des Troubadours : l'&#233;chec cuisant de Diouloufet l'ultra- royaliste renaissantiste est &#224; cet &#233;gard r&#233;v&#233;lateur entre 1815 et 1830.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le traitement effectif, dans l'intervention sociale, de la Langue en langue du peuple, serait impensable, trop charg&#233; de dangers de subversion d'un ordre duquel ils participent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple aixois est &#233;clairant : sous l'Empire, les acad&#233;miciens proven&#231;alistes r&#234;vent d'un Tr&#233;sor de la langue disparue, alors que le fougueux pr&#233;dicateur de Mazenod s'adresse aux pauvres dans leur langue pour les rechristianiser au nom de leur dignit&#233; bafou&#233;e (2). L'&#233;cart&#232;lement dichotomique d'une pulsion &#233;rudite non interventionniste et d'une pulsion populiste effectivement en &#339;uvre se r&#232;glera, fictivement, dans l'imaginaire d'un Diouloufet : l'&#339;uvre litt&#233;raire r&#233;conciliant langue du peuple et langue des Troubadours, avec l'aval sans effets d'un pouvoir indiff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me alors pos&#233; par les plus lucides des lib&#233;raux, et l'intervention de Scipion Marin en 1831 en est un bon exemple (3), est de savoir s'il faut, et dans l'affirmative comment, prendre v&#233;ritablement en compte la r&#233;alit&#233; du peuple occitanophone : ce peuple dans sa masse &#171; blanc &#187;, porte sans le savoir les ferments de la d&#233;mocratie politique et sociale ; encore faudrait-il, pour qu'ils &#233;closent, que l'on respecte ce peuple en tant que peuple, dans sa mythologie, son irrationalisme po&#233;tique, sa langue, et que des missionnaires la&#239;ques puissent, en occitan, l'amener aux id&#233;es nouvelles, de son propre point de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette analyse ne s'affirmera, fugitivement, qu'en dehors des milieux v&#233;ritablement renaissantistes : au contraire, parmi ces lettr&#233;s amoureux de l'Idiome natal, la cr&#233;ation identitaire va recourir, &#224; partir de la Restauration, non pas tellement &#224; la cr&#233;ation assum&#233;e personnellement.. sign&#233;e de son nom, qu'&#224; la mise en sc&#232;ne de groupes sociaux, de types porteurs - elle a besoin d'une incarnation sociale fictive pour faire passer le plaisir personnel et la vis&#233;e nationalitaire du lettr&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne est net dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, avant le brouillage par une id&#233;ologie renaissantiste organis&#233;e, dans laquelle il fera autrement son nid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la commodit&#233; de l'analyse, voyons comment cet investissement de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; populaire s'est effectu&#233;e, en ce qui concerne les milieux urbains, d'une part, et la paysannerie, de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde paysan est l'objet d'une double op&#233;ration de mise en place, qui est en fait une op&#233;ration d'&#233;vacuation (dont nous soulignons qu'elle n'a en rien, &#233;videmment, un caract&#232;re organis&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, on voit se d&#233;velopper une entreprise de dignification du langage, de chasse aux francismes, qui place la Muse proven&#231;ale sous l'&#233;gide d'un monde rural de plus en plus artificiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons ainsi pu suivre les avatars du mot &#8220;bargiero&#8221; qui devient &#8220;pastresso&#8221;, dans les po&#232;mes de Diouloufet de 1815 &#224; 1830, au moment m&#234;me o&#249; un Avril, tout aussi conservateur et &#171; pr&#232;s du peuple rural &#187; que lui, constate dans son Dictionnaire que le peuple ignore &#8220;pastresso&#8221;. De m&#234;me peut-on suivre l'usage massif des termes ruraux &#8220;capoulier&#8221;, &#8220;cabiscoul&#8221;, de Diouloufet &#224; Bellot (Mistral n'inventera pas en ce domaine).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi la mise en sc&#232;ne de la Muse proven&#231;ale est-elle celle d'une Muse, sinon rurale, &#224; tout le moins d'une muse mineure de la ruralit&#233; des hameaux, des m&#233;nagers, et non des campagnes et des villages v&#233;ritables. Une muse des tambourins, des &#8220;Trins&#8221;, de la &#8220;pastoureletto&#8221;. De Diouloufet &#224; Bellot, l'enrobage rural, sucr&#233;, gentil, masque l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de la masse rurale.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, faut-il y insister, la mise en sc&#232;ne du paysan contraste fortement avec cette repr&#233;sentation idyllique de la muse proven&#231;ale, f&#233;minis&#233;e. Le paysan, au sens du repr&#233;sentant masculin, peut &#234;tre soit le m&#233;nager dont la vie patriarcale, &#224; l'&#233;cart du bruit des villages et du monde, est un reflet de l'antique et digne bonhomie, soit le bastidan ridicule et na&#239;f. Et souvent, au hasard des circonstances, les deux visions cohabitent, contradictoirement, chez les m&#234;mes auteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La repr&#233;sentation du monde de la ville est tout naturellement le fait d'une petite bourgeoisie qui n'a pas besoin de pr&#233;textes (langue des Troubadours, authenticit&#233; campagnarde, etc.) pour se mettre en sc&#232;ne. L'usage du dialecte est un trait de sociabilit&#233;, de convivialit&#233; urbaine jusqu'au second Empire. Aussi bien, le troubaire ne parlera gu&#232;re de lui, m&#234;me s'il signe en g&#233;n&#233;ral, et fi&#232;rement, ce qu'il &#233;crit : l'exemple le plus net est celui de Victor Gelu dont la dichotomie s'affirme clairement. Ses chansons fran&#231;aises ne le mettent en sc&#232;ne qu'indirectement qu'&#224; travers un autre je ; ce je est celui du d&#233;class&#233; porte-parole, et personne n'est dupe. Seuls les troubaires de petite ville, comme Desanat et Bonnet, &#224; Tarascon et &#224; Beaucaire, peuvent directement parler en leur nom de la r&#233;alit&#233; locale et g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entreprise du &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt;, &#224; partir de 1841, est tout &#224; fait int&#233;ressante &#224; cet &#233;gard : il ne faut pas du tout surestimer l'aspect d'intervention directe, de traitement de l'actualit&#233; dans ce journal. Cet aspect ne peut &#234;tre majeur que pour ceux qui en parlent sans l'avoir lu. Encore moins un quelconque aspect d'engagement, au sens moderne du mot. Mais le &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt;, &#224; coup s&#251;r, interpelle les troubaires par rapport &#224; leur responsabilit&#233; personnelle de cr&#233;ateurs, leur d&#233;gagement de cette repr&#233;sentation par des types sociaux, voire ethno-sociaux, comme ceux que Gelu, Benedit, etc., mettent en place &#224; Marseille au m&#234;me moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Significativement, et quel que soit le succ&#232;s relatif du journal, on ne se bousculera pas pour soutenir, prolonger ou renouveler l'entreprise : il y avait une distorsion trop forte entre l'id&#233;ologie de Desanat, moderniste, populiste au sens petit-bourgeois du terme, et un publie potentiel friand de formes traditionnelles (fables, contes, etc.) ou d'alibis : mise en sc&#232;ne du nervi, du paysan, etc. Desanat ne voulait que, mais c'&#233;tait &#233;norme, dire la vie normale, comme elle venait, en proven&#231;al. Sans d&#233;paysement vers un exotisme social, il r&#234;vait d'une po&#233;sie, comme l'&#233;crit joliment &lt;i&gt;Le Messager de Marseille&lt;/i&gt;, &#8220;de classe moyenne&#8221;. Il se trouve que la classe moyenne pr&#233;f&#233;rera exprimer son prosa&#239;sme quotidien en fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en dehors de cette ligne &#171; moderniste &#187;, qui ne visait qu'&#224; un usage en normalit&#233; absolue de la langue d'oc, que naissent et s'affirment les tentatives majeures ; elles r&#233;ussiront, sinon dans les c&#233;nacles renaissantistes, &#224; tout le moins dans la r&#233;alit&#233; du publie : au Roumavagi po&#233;tique d'Aix, dont d'une certaine fa&#231;on na&#238;tra le renaissantisme organis&#233;, on salue la m&#233;moire du Bouil-Abaisso, mais on ne salue ni Benedit, ni Gelu. Chacun &#224; sa fa&#231;on, ce sont pourtant les hommes qui comptaient alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le public urbain, publie petit-bourgeois par d&#233;finition, est friand de types ext&#233;rieurs, mais familiers : par exemple, le &#8220;quichi&#233;&#8221;, paysan du terroir, &#171; sangsue du marseillais &#187;, d&#233;nonc&#233; plaisamment de Chailan &#224; Gelu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne sa propre r&#233;alit&#233; urbaine, il a besoin de retrouver dans la po&#233;sie dialectale des types int&#233;rieurs &#224; la ville, mais ext&#233;rieurs au consensus de la soci&#233;t&#233; civile urbaine. Types qui lui permettent de se retrouver dans sa sp&#233;cificit&#233; ethnique, sans s'y compromettre. Le ph&#233;nom&#232;ne d'Identit&#233;, paradoxalement, s'affirme dans la mise en sc&#232;ne, du d&#233;class&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusque-l&#224;, depuis le th&#233;&#226;tre d'ancien r&#233;gime d'un Blanc-Gilly jusqu'&#224; celle de la l&#233;gitimiste &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;, du Tribor de Pelabon &#224; Jean de Cassis de Carvin, c'est le personnage sympathique mais hors jeu du p&#234;cheur, du navigateur, qui avait pu, s&#233;rieusement ou plaisamment, repr&#233;senter la sp&#233;cificit&#233; ethnotypale aux yeux d'un public d&#233;j&#224; accultur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir du tournant des ann&#233;es 1835-1840, ce personnage s'efface des mises en sc&#232;ne r&#233;elles (il r&#233;appara&#238;tra, distanci&#233; et magnifi&#233; dans &lt;i&gt;Calendal&lt;/i&gt; de Mistral) : il est remplac&#233; par le personnage du d&#233;class&#233;, celui de Gelu comme celui de Benedit. Mais il faut bien souligner que le d&#233;class&#233; n'appara&#238;t ainsi que dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; urbaine le condamne et le rejette absolument. Le &#8220;nervi&#8221; ne repr&#233;sentera alors l'identit&#233; commune que dans l'authenticit&#233; absolue d'un langage par ailleurs refoul&#233; de tous les usages sociaux. Energie et na&#239;vet&#233; encore. Mais la r&#233;volte n'est pas dangereuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pu constater combien, aujourd'hui, il est difficile d'examiner sereinement, cet alibi de la r&#233;volte des po&#232;tes dits ouvriers, Gelu au premier chef, dant ils cautionnent d'une r&#233;f&#233;rence glorieuse l'impuissance des divers renaissantismes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillage op&#233;r&#233; par le succ&#232;s de cette po&#233;sie dialectale de Gelu et Bendit renvoie en fait, et volontairement, les ouvriers dans le camp des &#171; honn&#234;tes gens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le refus du monde ouvrier est double :&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une part, c'est lui qui, &#224; partir des ouvriers catholiques &#171; int&#233;gr&#233;s &#187; de Marseille, met en place la Pastorale, c'est-&#224;-dire le le miroir d'une ruralit&#233; bonhomme et rassurante, la fixation d&#233;finitive d'un sentiment identitaire proven&#231;al ;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre part, ce monde ouvrier refuse tout simplement l'usage du dialecte . Il est clair, par exemple, que le passage de l'Ath&#233;n&#233;e Ouvrier de Marseille &#224; une acceptation de l'expression po&#233;tique proven&#231;ale ne s'op&#232;re que quand, majoritairement, il n'est plus ouvrier, et dans une p&#233;riode de recul des perspectives de transformations socio-culturelles souhait&#233;es. Et, si tant est que le monde ouvrier v&#233;ritable est touch&#233; par la po&#233;sie dialectale, on le voit avec des hommes comme Granier, leur passage &#224; un &#171; occitanisme &#187; marqu&#233; par l'influence de Mary- Lafon intervient apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1851 - le blocage politique entra&#238;ne un d&#233;blocage dialectal, qui reste donc dans le domaine de l'intervention &#224; vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons examin&#233; de pr&#232;s le cas de A. Poncy, dans cette dialectique complexe des deux langues, pour essayer de mieux saisir comment les enjeux dialectaux ont &#233;t&#233; saisis. Il est certain, en tout cas, qu'ils l'ont &#233;t&#233;, par ces travailleurs manuels de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente de celle des &#171; r&#233;alistes marseillais &#187; dont Lejourdan et ses &#233;pigones perp&#233;tuent la veine sous le second Empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s 1848, et tout particuli&#232;rement &#224; partir de 1849, dans la perspective d'une victoire &#233;lectorale de la gauche d&#233;mocratique et sociale, l'usage identitaire de la langue d'Oc pourra soutenir la possibilit&#233; d'une alliance entre les travailleurs de la terre et de la ville. Le probl&#232;me pos&#233; par Scipion Marin en 1831 commence alors &#224; &#234;tre pris en compte concr&#232;tement par des entreprises du type de celle de Dupont, dans le Var. Son Cascayoun d&#233;mocratique, et paysan uniquement, sera &#233;touff&#233; par la r&#233;pression de 1851.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors, dans le repliement politique de la gauche populaire, apr&#232;s le coup d'&#201;tat, que, paradoxalement en apparence seulement, se d&#233;veloppe l'entreprise identitaire : congr&#232;s des po&#232;tes en 1852 et 1853, naissance du F&#233;librige en 1854. Le ph&#233;nom&#232;ne identitaire &#233;vacuera alors l'investissement de types sociologiques ethnotyp&#233;s, pour mettre en place un curieuse dialectique tout aussi ethnotyp&#233;e des deux Provence : Provence m&#226;le et Provence femelle, Provence dure et &#233;nergique, Provence douce et po&#233;tique, Provence rouge et Provence blanche, Provence de l'Ouest et Provence de la mer ou de l'Est... Deux ans apr&#232;s &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, c'est le sens de l'op&#233;ration Trussy-Jourdan avec &lt;i&gt;Margarido&lt;/i&gt;, mais aussi le sens assum&#233; du salut de Mistral &#224; Gelu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette d&#233;sormais rassurante compl&#233;mentarit&#233;, g&#233;ographique et id&#233;ologique, le renaissantisme peut retourner sans l'avoir voulu &#224; la case d&#233;part : seront sauv&#233;es la Langue et la Patrie des Troubadours, dans la promotion cette fois assum&#233;e de la langue du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Li Troubaire - e degun lis a vincu despi&#232;i - / A la barbo di clergue, a l'auriho di Rei, / Aussant la lengo poupulari / Cantavoun, amourous, cantavoun libramen / D'un monde n&#232;u l'aveniment...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;br class='autobr' /&gt;
NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) &#034;Les Fous de la Langue&#034;, &lt;i&gt;Amiras Rep&#232;res&lt;/i&gt;, Aix, Edisud, 1986, 13.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) R. Merle, &#8220;Aix, Foyer original d'expression proven&#231;ale, Provence Historique, &lt;i&gt;Provence Historique&lt;/i&gt;,1986, 145.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Le texte int&#233;gral est dans Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise&lt;/i&gt;, 1986&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La querelle orthographique proven&#231;ale de 1852-1853</title>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En juillet 2014, &#224; l'occasion du d&#233;part en retraite de Philippe Gardy, est paru un fort volume d'hommages (textes in&#233;dits) &#224; ce chercheur &#233;minent. Je m'y suis ainsi associ&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt; Ren&#233; Merle. &#171; La querelle orthographique proven&#231;ale de 1852-1853 : champ d'&#233;criture et champ social . En hommage &#224; Philippe Gardy, dont les travaux pr&#233;curseurs ont initi&#233; mes recherches, recherches dans lesquelles j'ai toujours rencontr&#233; sa s&#251;re &#233;rudition comme son amicale et patiente attention. Faute de normes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique14" rel="directory"&gt;Oc. Graphies. Questions de langue&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Dupont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Mistral&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;Bellot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot32" rel="tag"&gt;Masse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Honnorat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Roumanille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;Maquan&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;B&#233;n&#233;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Gaut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot391" rel="tag"&gt;Graphies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet 2014, &#224; l'occasion du d&#233;part en retraite de Philippe Gardy, est paru un fort volume d'hommages (textes in&#233;dits) &#224; ce chercheur &#233;minent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amb un fil d'amistat &#8211; M&#233;langes offerts &#224; Philippe Gardy, Toulouse, Centre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je m'y suis ainsi associ&#233; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle. &#171; La querelle orthographique proven&#231;ale de 1852-1853 : champ d'&#233;criture et champ social . &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;En hommage &#224; Philippe Gardy, dont les travaux pr&#233;curseurs ont initi&#233; mes recherches, recherches dans lesquelles j'ai toujours rencontr&#233; sa s&#251;re &#233;rudition comme son amicale et patiente attention&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de normes graphiques administratives ou culturelles commun&#233;ment re&#231;ues, les discussions &#224; propos de l'orthographe ont toujours accompagn&#233; la publication en proven&#231;al, en particulier celle des quelques dictionnaires propos&#233;s de la fin du XVIIIe si&#232;cle aux ann&#233;es 1840. Ces discussions ont naturellement pris de l'importance dans les p&#233;riodes d'expansion de l'impression (essentiellement po&#233;tique) en proven&#231;al . &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la dominance et la pratique du fran&#231;ais s'affirment puissamment dans la soci&#233;t&#233; m&#233;ridionale, les ann&#233;es 1840 et le d&#233;but des ann&#233;es 1850 connaissent aussi, dans une r&#233;action multiforme, une v&#233;ritable inflation du nombre d'auteurs en proven&#231;al, et, avec les progr&#232;s de l'alphab&#233;tisation, du nombre de leurs lecteurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Corr&#233;lativement, ces ann&#233;es connaissent une exasp&#233;ration des pol&#233;miques graphiques, d&#233;sormais port&#233;es sur la place publique par l'interm&#233;diaire de journaux r&#233;gionaux (fran&#231;ais). Impliqu&#233;s d'abord seulement dans des entreprises personnelles de publication, et tr&#232;s rarement dans des entreprises collectives, les auteurs &#233;prouvent dor&#233;navant le besoin de se retrouver dans des entreprises collectives confortantes, notamment &#224; Marseille avec l'hebdomadaire &lt;i&gt;Lou Bouil-Abaisso, journaou populari en vers prouven&#231;aous&lt;/i&gt;, (publi&#233; par le courtier D&#233;sanat de 1841 &#224; 1842, et de 1844 &#224; 1846), puis, en 1852 le recueil collectif &lt;i&gt;Li Prouven&#231;alo&lt;/i&gt;, publi&#233; par le correcteur d'imprimerie d'Avignon Joseph Roumanille. Mais ces entreprises entretiennent la querelle : faut-il respecter ou normaliser les choix graphiques des participants ? Ferme partisan d'une graphie &#171; moderne &#187; et populaire ignorant les normes &#171; savantes &#187;, Desanat n'en respectait pas moins les choix de ceux qu'il publiait. Dans &lt;i&gt;Li Prouven&#231;al&lt;/i&gt;o, Roumanille tentera d'harmoniser, &#224; sa fa&#231;on, ceux qu'il accueille &#224; la veille du premier congr&#232;s des po&#232;tes proven&#231;aux (Arles, 29 ao&#251;t 1852). Il r&#233;it&#232;rera, &#224; la fin de 1852, dans sa publication des c&#233;l&#232;bres No&#235;ls de Saboly, augment&#233;e de cr&#233;ations contemporaines. La lecture de ces deux ouvrages allait prolonger les discussions orthographiques des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes et nourrir la d&#233;cisive pol&#233;mique graphique de l'ann&#233;e 1853. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est certes int&#233;ressant, et d'une certaine fa&#231;on amusant, de revisiter aujourd'hui cette pol&#233;mique, alors que quelques obstin&#233;s, peu repr&#233;sentatifs de l'ensemble des proven&#231;alistes, continuent &#224; opposer &#224; la &#171; graphie archa&#239;que &#187;, venue du Languedoc conqu&#233;rant, la seule l&#233;gitimit&#233; de la graphie mistralienne, n&#233;e de l'&#226;me proven&#231;ale. La v&#233;rit&#233; des textes, faut- il le rappeler, montre &#224; l'&#233;vidence que la graphie vilipend&#233;e par ce quarteron guerroyeur na&#238;t et se d&#233;veloppe en terrain proven&#231;al, depuis l'&#339;uvre majeure du Bas-Alpin Honnorat dans les ann&#233;es 1840, jusqu'aux interventions cinglantes des Marseillais Casimir Bousquet et Hippolyte Laidet au d&#233;but des ann&#233;es 1850. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces publications sont imm&#233;diatement et fermement combattues en pays rhodanien, tant par les interventions de Camille Reybaud en 1847 que par celles de Roumanille en 1852-1853, interventions qui pr&#233;parent l'av&#232;nement de la graphie dite mistralienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t les enjeux. La donne commune est le d&#233;sir de ne pas offrir aux lecteurs d&#233;concert&#233;s un salmigondis de traitements graphiques des textes. Mais la r&#233;alisation est bien diff&#233;rente. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233; (Reybaud, Roumanille...) prime le d&#233;sir de coller &#224; la r&#233;alit&#233; pr&#233;sente du parler r&#233;gional (en l'occurrence celui de la Provence rhodanienne), en le notant dans une graphie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; phon&#233;tique &#187; accessible &#224; tous, c'est-&#224;-dire dans le respect des normes graphiques fran&#231;aises propos&#233;es par l'&#233;ducation, mais aussi, en ce qui concerne les diphtongues, dans un recours &#224; des normes anciennes. Ne rien noter qui ne soit prononc&#233; en pays d'Arles ou d'Avignon... Adieu &#171; r &#187; des infinitifs, &#171; t &#187; des participes, &#171; s &#187; des pluriels, lettres &#233;tymologiques, etc... &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'autre c&#244;t&#233; (Honnorat, Bousquet, Laidet...) prime le d&#233;sir de traiter en dignit&#233; de Langue la vari&#233;t&#233; des parlers, en utilisant une graphie respectant l'histoire (d'o&#249; le recours &#224; l'&#233;tymologie et aux archives m&#233;di&#233;vales) et les structures de la langue (la notation des marqueurs grammaticaux, bien souvent non prononc&#233;s, en proc&#232;de). Graphie phonologique dont Honnorat r&#233;sume ainsi la vertu : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Mr.Reybaud confond toujours l'orthographe et la prononciation ; l'une doit &#234;tre fixe pour convenir &#224; tous et l'autre facultative pour s'accommoder aux usages &#233;tablis.... &#201;crivez bien et prononcez comme vous voudrez, c'est-&#224;-dire selon l'usage de votre pays &#187;&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est du c&#244;t&#233; de Bousquet que se situent les choix graphiques de Jean Baptiste Gaut, ma&#238;tre d'&#339;uvre du second Congr&#232;s des po&#232;tes proven&#231;aux (Aix, 1er ao&#251;t 1853), dont il publiera les textes en 1854. Mais, partisan avant tout de l'unit&#233;, Gaut ne pouvait que se r&#233;jouir de constater que, dans ces rencontres, comme le disait Honnorat, la lecture en public, un public parfaitement occitanophone en ce qui concerne les auteurs, occultait les divergences graphiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut, et l'on doit, suivre cette querelle sur l'orthographe du proven&#231;al &#224; travers les &#233;changes de lettres, de pr&#233;faces et d'articles, suivre de pr&#232;s les arguments des uns et des autres, c'est-&#224;-dire en demeurant dans le champ, champ clos au sens propre du mot, des auteurs proven&#231;aux qui plus ou moins se connaissent tous. Leur nombre est r&#233;duit : ils ne sont qu'une trentaine r&#233;unis &#224; Arles, presque le triple &#224; Aix (pr&#233;sents ou ayant envoy&#233; des textes). Cet &#171; &#233;clairage de l'int&#233;rieur &#187; fut l'objet des articles majeurs de l'abb&#233; Salvat, dont on ne saurait trop recommander la lecture. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut aussi, et c'est l'objet de cette rapide pr&#233;sentation, essayer de situer doublement cette querelle, &#224; la fois&lt;br class='autobr' /&gt;
dans &lt;i&gt;l'habitus&lt;/i&gt; (selon la fameuse d&#233;finition de Bourdieu) des intervenants, et dans l'&#233;cho ou le support social qu'ils ont pu rencontrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut sch&#233;matiquement classer les positions de ces intervenants en fonction de trois donnes fondamentales, bien diff&#233;rentes, mais qui apparaissent pourtant &#224; chaque groupe comme des &#233;vidences de sens commun. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si &#171; l'idiome natal &#187; est parler du peuple, un peuple dont les intervenants se disent fi&#232;rement issus (Roumanille est n&#233; en 1818, &#224; Saint R&#233;my, de parents &#171; jardiniers &#187;, sa m&#232;re ne &#171; savait pas le fran&#231;ais &#187;), le respect du peuple, et de sa langue, veut alors que l'&#233;criture de l'idiome soit imm&#233;diatement accessible au peuple, dans la seule notation &#171; phon&#233;tique &#187; qu'il est &#224; m&#234;me de comprendre. C'est aussi la position du Camille Reynaud (n&#233; en 1805 &#224; Carpentras), professeur &#224; la pension Dupuy, &#224; Nyons, o&#249; Roumanille fut ma&#238;tre r&#233;p&#233;titeur. Ces modestes intellectuels salari&#233;s, relativement proches du peuple sociologique, ne manquent pas de culture et ne sont pas insensibles &#224; l'air du temps (ils sacrifient &#224; un larmoyant romantisme attard&#233;). Leur manque d'int&#233;r&#234;t pour la structure immanente de la langue, et donc d'une graphie idoine, ne proc&#232;de pas de l'incompr&#233;hension, mais d'une c&#233;cit&#233; li&#233;e &#224; la situation diglossique : au fran&#231;ais, langue haute qu'ils maitrisent donc parfaitement, vont les normes de Langue ; &#224; l'idiome vont les normes de compr&#233;hension imm&#233;diate. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas confondre les tenants de cette graphie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; populaire &#187; avec les entreprises marseillaises extr&#233;mistes d'un Gelu ou, dans une certaine mesure, d'un B&#233;n&#233;dit. Noter absolument &#171; phon&#233;tiquement &#187;, &#224; la fran&#231;aise, le parler populaire, est l'entreprise, d&#233;sep&#233;r&#233;e chez Gelu, condescendante chez B&#233;n&#233;dit, mais toujours entreprise assum&#233;e par celui qui est situ&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la barri&#232;re sociale, et qui veut occulter la relation de distance sociale avec le &#171; peuple &#187; mis en sc&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupe de ceux qui veulent traiter le proven&#231;al en dignit&#233; de Langue, dans le recours &#224; des normes classiques et grammaticales, rassemble des hommes &#171; de loisir &#187;, pour reprendre une vieille distinction sociologique, et des notables locaux. Le jeune Casimir Bousquet (n&#233; en 1820) est &#171; propri&#233;taire &#187; &#224; Marseille, et ses interventions journalistiques comme ses activit&#233;s de biblioth&#233;caire b&#233;n&#233;vole n'ont rien de mercantile. Apr&#232;s ses &#233;tudes de droit, le jeune Mistral (n&#233; en 1830) demeure tenant de la graphie &#171; &#233;tymologique &#187; jusqu'en 1854. Il vit en rentier sur la propri&#233;t&#233; familiale de Maillane. Honnorat (n&#233; en 1783) est m&#233;decin &#224; Digne, Laidet (n&#233; en 1795) m&#233;decin &#224; Marseille. Ils sont ais&#233;s et ont tout leur temps dor&#233;navant. L'&#233;rudit Antoine Blaise Crousillat (n&#233; en 1814), apr&#232;s avoir soutenu l'atelier familial de fabrication de chandelles, vit de ses rentes et po&#233;tise &#224; Salon. Gaut (n&#233; en 1819) est secr&#233;taire de mairie &#224; Aix et r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;M&#233;morial d'Aix&lt;/i&gt;. Jeunes ou vieux, tous ont une pratique parfaite du proven&#231;al, mais ils ont re&#231;u une solide &#233;ducation classique de latinistes qui les rend sensibles &#224; la conscience que &#171; l'idiome natal &#187;, d&#233;sormais abandonn&#233; au peuple, est l'h&#233;ritier d'une longue histoire et qu'il est structur&#233; en Langue : v&#233;rit&#233; structurelle que r&#233;v&#232;le parfois la prononciation des liaisons (r, s, et lettres &#233;tymologiques...). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce courant rencontre naturellement le soutien ancien et presque naturel de ceux qui orthographient le proven&#231;al en mim&#233;tisme avec la graphie du fran&#231;ais (on note spontan&#233;ment les &#171; r &#187; des infinitifs, les &#171; t &#187; des participes, les &#171; s &#187; des pluriels). Ce sont les graphies adopt&#233;es depuis longtemps, et sans la moindre th&#233;orisation par l'&#233;glise, par les rares interventions officielles en proven&#231;al, et par la foule des rimeurs plus ou moins populaires. Mais au tournant des ann&#233;es 1850, on voit nombre d'autodidactes fascin&#233;s par une graphie savante qui fait basculer leur po&#233;sie dialectale du c&#244;t&#233; du savoir que l'in&#233;galit&#233; sociale leur a refus&#233;. C'est par exemple &#224; Marseille le cas du c&#233;l&#232;bre &#171; pou&#232;to-cassaire &#187;, Bellot, d&#233;sormais chapitr&#233; par Bousquet, ou du forgeron Granier. &lt;br class='autobr' /&gt;
En dehors du dictionnaire d'Honnorat et de l'&#233;criture po&#233;tique, ce courant de notation en dignit&#233; de langue a peu d'&#233;chos pratiques. &#192; noter cependant une entreprise unique, qui m&#233;riterait une investigation pouss&#233;e : celle de l'instituteur bas- alpin Masse, disciple d'Honnorat, qui, tout en mettant le proven&#231;al, vou&#233; &#224; dispara&#238;tre, au service du fran&#231;ais, le traite magnifiquement en Langue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme Gelu, bon nombre d'intervenants ont re&#231;u la m&#234;me &#233;ducation classique qui aurait pu les rendre sensibles &#224; la graphie &#171; &#233;tymologique &#187;. Ils comprennent fort bien qu'il est possible de traiter en Langue &#171; l'idiome natal &#187;. Mais ils ressentent aussi fortement combien cette possibilit&#233; est intenable dans la situation diglossique fran&#231;aise, o&#249; tout le champ social de la langue est vou&#233; &#224; la p&#233;joration et la disparition des &#171; patois &#187;. Ils se d&#233;marquent alors, comme Reybaud et bien plus fortement encore comme Aubanel (n&#233; en 1829, propri&#233;taire fortun&#233; de l'imprimerie familiale &#224; Avignon), dans l'affirmation et le plaisir d'une libert&#233; graphique qui ne serait pas corset&#233;e par les lettres &#233;tymologiques ou grammaticales, qu'ils jugent bien r&#233;barbatives et ennuyeuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette d&#233;lectation esth&#233;tique, ce champ de libert&#233;, leur permet d'offrir un futur &#224; l'idiome (au fran&#231;ais la prose, au proven&#231;al la po&#233;sie) et d'esquiver la seule issue possible de l'affirmation du proven&#231;al en Langue, la fameuse &#171; langue romano-proven&#231;ale &#187; que pr&#233;sente Gaut au congr&#232;s d'Aix, celle d'une affirmation nationalitaire &#224; la catalane, dont ils comprennent bien qu'elle n'aurait aucun &#233;cho dans la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ces consid&#233;rations linguistiques plus ou moins &#233;th&#233;r&#233;es, on peut ajouter le souci, auquel Roumanille n'est pas non plus &#233;tranger, d'une reconnaissance parisienne, et donc nationale : au Parisien friand d'exotisme int&#233;rieur, il est sans doute plus s&#233;ant de pr&#233;senter un idiome de nature, not&#233; dans la fantaisie cr&#233;atrice du po&#232;te, plut&#244;t qu'une vraie Langue civilis&#233;e, qui serait rivale du fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, quels que soient les choix des auteurs, leurs productions ne peuvent fonctionner dans l'espace social de la lecture, c'est- &#224;-dire dans la publication en encart &#171; patois &#187; dans la presse fran&#231;aise, lue par le plus grand nombre, et non dans la publication confidentielle r&#233;serv&#233;e au ghetto proven&#231;aliste. Or le souci prioritaire des journaux est celui de la lisibilit&#233; imm&#233;diate. C'est &#224; ce souci que sont confront&#233;s de fa&#231;on aig&#252;e, &#224; l'occasion des d&#233;bats politiques de la Seconde R&#233;publique, des intervenants comme les l&#233;gitimistes Roumanille (dans &lt;i&gt;La Commune&lt;/i&gt; d'Avignon) et Maquan (dans &lt;i&gt;Le Conciliateur du Var&lt;/i&gt;), ou comme le d&#233;mocrate socialiste Dupont (dans &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt;). De fait, avec ses dialogues f&#233;rocement anti-Rouges, Roumanille et avec ses chroniques d&#233;mocratiques Charles Dupont, sont pratiquement les seuls auteurs proven&#231;aux &#224; descendre directement dans l'ar&#232;ne politique entre 1848 et 1851, et &#224; s'adresser directement au &#171; peuple &#187; dans sa langue. On con&#231;oit que ce type d'entreprise n'ait plus cours dans la pesante atmosph&#232;re d'ordre moral et de r&#233;pression politique des premi&#232;res ann&#233;es de l'Empire. La l&#233;gitimiste &lt;i&gt;Commune&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; supprim&#233;e, sans pour autant que le conservateur Roumanille soit inqui&#233;t&#233;. Mais le Rouge Dupont a d&#251; fuir &#224; l'&#233;tranger pour &#233;viter la prison au lendemain du coup d'&#201;tat. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; noter d'ailleurs, sur le plan politique, que les oppositions graphiques ne recoupent en rien les engagements politiques. Roumanille est ardemment l&#233;gitimiste, comme ses adversaires Honnorat et Laidet. Son ami Reybaud oscille entre conservatisme et r&#233;publicanisme. Bousquet n'est pas engag&#233;, et publie indiff&#233;remment dans les journaux marseillais de tous bords. Crousillat, ou le jeune Mistral, qui le suivent, sont r&#233;publicains... &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas non plus d'engagement politique au service d'une graphie dans les journaux qui accueillent l'entrisme des diff&#233;rents intervenants. Reybaud et Honnorat poursuivent leur pol&#233;mique de 1847 dans les m&#234;mes journaux vauclusiens de tendances diff&#233;rentes. Bousquet n'est pas identifiable &#224; la tr&#232;s l&#233;gitimiste &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;. Et de toute fa&#231;on, m&#234;me si elle accueille volontiers l'&#233;rudit critique, la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; se range du c&#244;t&#233; de la domination sociale du fran&#231;ais. Roumanille le constate avec lassitude, quand il &#233;voque sa r&#233;ponse &#224; Reybaud : &#171; &lt;i&gt; je l'eusse fait plus t&#244;t si La Gazette du Midi n'avait fini par comprendre qu'une discussion de cette nature n'e&#251;t offert qu'un m&#233;diocre int&#233;r&#234;t &#224; la masse de ses lecteurs &#187;. Et il n'en va pas autrement de l'orl&#233;aniste &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; de Marseille ou des feuilles r&#233;publicaines du temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, dans ces entreprises de salvation de la langue par l'&#233;criture de la langue, le probl&#232;me de la d&#233;mocratie se pose dans le rapport &#233;crivants - &#233;crivains : de Bousquet &#224; Gaut, de Roumanille &#224; Mistral ou &#224; Gelu, le constat est le m&#234;me : trop de rimeurs, pas assez de vrais po&#232;tes. Gaut voudra, sans succ&#232;s, clarifier la situation par un nouveau congr&#232;s des po&#232;tes proven&#231;aux, en 1854, congr&#232;s qui n'aura jamais lieu. Le f&#233;librige rhodanien, n&#233; en 1854, &#224; sa fa&#231;on voudra transcender cette donne, dans le refus de ce nouveau congr&#232;s, dans la distance prise avec la cohorte des rimailleurs, mais aussi avec la pr&#233;gnance des adversaires graphiques, notamment ceux de Marseille, alors lieu majeur de la publication en proven&#231;al.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Amb un fil d'amistat &#8211; M&#233;langes offerts &#224; Philippe Gardy&lt;/i&gt;, Toulouse, Centre d'&#233;tude de la litt&#233;rature occitane, 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques remarques sur l'usage de la langue d'Oc dans la propagande d&#233;mocrate-socialiste, 1848-1851.</title>
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		<dc:date>2025-10-23T08:45:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Dupont</dc:subject>
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		<dc:subject>Roumanille</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;sanat</dc:subject>
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		<dc:subject>Cl&#233;ment</dc:subject>
		<dc:subject>Deidier</dc:subject>
		<dc:subject>Peyrottes</dc:subject>
		<dc:subject>Encontre</dc:subject>
		<dc:subject>Langomazino</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Communication au Colloque de Montpellier, 18 et 19 septembre 1998, publi&#233;e dans De la R&#233;volution au coup d'&#201;tat (1848-1851, les r&#233;percussions des &#233;v&#233;nements parisiens entre Alpes et Pyr&#233;n&#233;es). Actes du colloque des 18 et 19 septembre 1998, Universit&#233; Paul-Val&#233;ry - Montpellier III, 1999 &lt;br class='autobr' /&gt; Je propose ici quelques remarques sur l'usage de l'idiome natal par les d&#233;mocrates-socialistes, dans les d&#233;partements de langue d'Oc touch&#233;s, fin 1850, par la r&#233;pression du &#034;complot de Lyon&#034;, soit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique39" rel="directory"&gt;Langue d'Oc, Usage politique 19e si&#232;cle&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Dupont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;Bellot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;Roumanille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot38" rel="tag"&gt;D&#233;sanat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;B&#233;n&#233;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot66" rel="tag"&gt;Dupuy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;Rozier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot179" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot559" rel="tag"&gt;Deidier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot560" rel="tag"&gt;Peyrottes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot561" rel="tag"&gt;Encontre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot562" rel="tag"&gt;Langomazino&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Communication au Colloque de Montpellier, 18 et 19 septembre 1998, publi&#233;e dans &lt;i&gt;De la R&#233;volution au coup d'&#201;tat (1848-1851, les r&#233;percussions des &#233;v&#233;nements parisiens entre Alpes et Pyr&#233;n&#233;es). Actes du colloque des 18 et 19 septembre 1998&lt;/i&gt;, Universit&#233; Paul-Val&#233;ry - Montpellier III, 1999&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je propose ici quelques remarques sur l'usage de l'idiome natal par les d&#233;mocrates-socialistes, dans les d&#233;partements de langue d'Oc touch&#233;s, fin 1850, par la r&#233;pression du &#034;complot de Lyon&#034;, soit approximativement le grand Sud-Est.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette interrogation s'inscrit &#224; la fois dans le droit fil d'un travail personnel, depuis longtemps entrepris, d'inventaire et de mise en perspective historique des textes &#034;non litt&#233;raires&#034; en langue d'Oc, et de l'activit&#233; de 1851-2001 - Association pour le 150&#232;me anniversaire de la r&#233;sistance au coup d'Etat du 2 d&#233;cembre 1851[1] .&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;tude n'a rien de d&#233;finitif. Je r&#233;serve pour une publication ult&#233;rieure l'&#233;tude de la situation de la d&#233;mocratie-socialiste marseillaise, particuli&#232;rement complexe. En ce qui concerne le reste de la zone, le d&#233;pouillement de certaines s&#233;ries et publications a &#233;t&#233; syst&#233;matique, pour d'autres j'ai proc&#233;d&#233; par survols et sondages. Il m'appara&#238;t cependant que, pour l'essentiel, les remarques qui suivent indiquent les grandes tendances&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;tude gagnera &#224; &#234;tre confront&#233;e aux &#233;tudes similaires (qui pour l'essentiel restent &#224; faire) sur d'autres zones de langue d'Oc et plus largement sur les r&#233;gions o&#249; le fran&#231;ais officiel n'&#233;tait pas langue &#034;naturelle&#034; du peuple : au premier chef les autres d&#233;partements impliqu&#233;s dans le complot de Lyon (zone de parlers francoproven&#231;aux).&lt;br class='autobr' /&gt; La zone d'expression occitane du grand Sud-Est m'est apparue int&#233;ressante &#224; plusieurs &#233;gards :&lt;br class='autobr' /&gt; Malgr&#233; la r&#233;pression de 1850, elle va &#234;tre un &#233;picentre majeur de l'insurrection de 1851 (Basses-Alpes, Dr&#244;me, H&#233;rault, Var tout particuli&#232;rement, mais aussi Ard&#232;che, Aveyron, Gard, sud des Hautes-Alpes, est du Vaucluse, quelques localit&#233;s des Bouches-du-Rh&#244;ne). Preuve s'il en est de l'efficacit&#233; de la propagande et de l'organisation de la Jeune Montagne dans cette zone.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me si le fran&#231;ais est compris du plus grand nombre, la langue d'Oc y est encore majoritairement la langue quotidienne. Elle est souvent encore la langue unique des campagnards.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une situation politique nouvelle (suffrage universel masculin, n&#233;cessit&#233; de convaincre le plus grand nombre malgr&#233; une r&#233;pression de plus en plus dure), la Jeune Montagne a-t-elle estim&#233; utile de recourir &#224; l'idiome natal pour mieux se faire entendre de l'&#233;lectorat populaire, et tout particuli&#232;rement de l'&#233;lectorat rural ? Au del&#224; d'un usage de communication directe, a-t-elle tent&#233; de dignifier le peuple en dignifiant sa langue ? Ou au contraire a-t-elle jug&#233; que la diff&#233;rence de langage &#233;tait un facteur potentiel de division de l'unit&#233; nationale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien &#233;videmment, ces questions sont &#224; envisager en tenant compte de la complexit&#233; d'une organisation (l&#233;gale et semi-clandestine) unie dans une id&#233;ologie et des perspectives nationales, organis&#233;e &#224; la fois verticalement et horizontalement, et o&#249; la coh&#233;sion nationale se fonde d'une forte autonomie d&#233;partementale, structur&#233;e le plus souvent autour d'un journal d&#233;partemental.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette zone est traditionnellement une p&#233;pini&#232;re d'&#233;crivants d'Oc, elle poss&#232;de des foyers importants et rayonnants de publication, Marseille au premier chef. Ici est n&#233;e la &#034;litt&#233;rature sociale&#034; dans l'idiome, avec Victor Gelu, le chantre de la pl&#232;be marseillaise.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais cette zone conna&#238;t aussi depuis la Restauration, un rassemblement &#034;renaissantiste&#034; des &#233;crivants dans l'idiome, les Troubaires, et plus particuli&#232;rement dans les ann&#233;es 1840 avec &lt;i&gt;Lou Bouillabaisso&lt;/i&gt;, l'hebdomadaire de Joseph Desanat (1796), courtier de Tarascon fix&#233; &#224; Marseille, abondant versificateur et lib&#233;ral engag&#233;. De ce rassemblement (inexistant dans les autres zones de langue d'Oc), le po&#232;te Roumanille (1818) (par ailleurs l&#233;gitimiste proclam&#233;) envisage depuis Avignon de faire un v&#233;ritable mouvement litt&#233;raire. Mais quels que soient les engagements politiques des uns et des autres, avant 1848 le choix de l'&#233;criture d'Oc, choix marginal d'une &#233;criture minor&#233;e, sinon m&#233;pris&#233;e, n'est pas connot&#233; politiquement. S'y retrouvent des &#233;crivants de toutes opinions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la plupart de ces Troubaires du Sud-Est ont conscience d'appartenir &#224; un vaste ensemble linguistique, la &#034;langue romano-proven&#231;ale&#034; ou langue d'Oc, parl&#233;e de Bordeaux &#224; Nice, de Limoges &#224; Montpellier, en fait la zone de diffusion du Bouillabaisso (Provence, Languedoc oriental, sillon rhodanien) est tout au plus par ses d&#233;partements languedociens en contact avec la zone d'influence de Jasmin (qui &#224; l'occasion vient d&#233;clamer en Provence). Au del&#224;, la communication pan-occitane est rare ou inexistante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'en reste pas moins qu'en Languedoc oriental comme en Provence l'usage de la langue peut se situer aux confins du nationalitaire et du social : langue du peuple, mais aussi langue d'un Peuple[2]. Dans les urgences militantes, les activistes de la Jeune Montagne m&#233;ridionale pouvaient-ils appr&#233;hender ce probl&#232;me ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;me qui ne se posait pas aux militants de la zone francoproven&#231;ale des d&#233;partements du Complot de Lyon : l'&#233;criture &#034;patoise&#034; est pr&#233;sente avant 1848, y compris de fa&#231;on tr&#232;s engag&#233;e[3], mais ne conna&#238;t ni traditions ni perspectives renaissantistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1848.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis des g&#233;n&#233;rations, l'&#233;v&#233;nement a relanc&#233;, en la justifiant d'efficacit&#233; politique ou de mise en repr&#233;sentation du peuple, l'&#233;criture de l'idiome natal[4].&lt;br class='autobr' /&gt;
F&#233;vrier 1848 ne contredit pas cette donn&#233;e. Importante dans les premi&#232;res ann&#233;es 1840, la publication en langue d'Oc s'&#233;tait quelque ralentie, notamment avec la disparition du Bouillabaisso.&lt;br class='autobr' /&gt;
La br&#232;ve phase unanimiste suscite une pouss&#233;e de publications. Pour saluer la jeune R&#233;publique par la brochure, la feuille volante, la pr&#233;sence occasionnelle dans le journal, les plumes &#034;patoises&#034; ne manquent pas de Grasse &#224; Narbonne, en passant par Toulon, Marseille (o&#249; l'union l&#233;gitimiste-r&#233;publicaine porte m&#234;me &#224; la d&#233;putation un troubaire, le portefaix M&#233;rentier), Avignon, Le Bourg Saint-And&#233;ol, N&#238;mes, S&#232;te, etc... (A noter que le jeune Mistral salue la R&#233;publique en fran&#231;ais). Dans cette floraison de textes dont les auteurs sont le plus souvent anonymes et manifestement populaires [5], les &#233;crivants confirm&#233;s ont leur place, mais tous n'y figurent pas : Gelu se d&#233;fausse par exemple, et le l&#233;gitimiste Roumanille s'abstient...&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les journ&#233;es de Juin, sanglantes &#224; Marseille, et la fin de l'unanimisme, les saluts des Troubaires &#224; la R&#233;publique s'accompagnent d'engagements politiques &#233;clat&#233;s. Devant ses compatriotes de Tarascon (un fief de la d&#233;mocratie avanc&#233;e) le bon r&#233;publicain Desanat d&#233;nonce les Blancs, souhaite la R&#233;publique de la r&#233;forme, il condamne les socialistes[6], sans pour autant atteindre &#224; la haine anti-rouge manifest&#233;e d&#232;s 1848 et sans cesse r&#233;affirm&#233;e par certains troubaires populaires marseillais comme Marius Cl&#233;ment, abondant auteur de chroniques versifi&#233;es vendues par fascicules, ou le serrurier Caillat. Les pesanteurs conservatrices sont &#233;videntes dans la distance ironique prise avec la R&#233;publique chez des troubaires plus &#034;bourgeois&#034;, comme les Marseillais Bellot et Benedit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains troubaires se d&#233;faussent, en utilisant la formule consacr&#233;e du dialogue, pour mettre plaisamment en situation les arguments des partisans et des d&#233;&#231;us de la R&#233;publique, des Mod&#233;r&#233;s et des &#034;Rouges&#034;[ 7].&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les Troubaires que &lt;i&gt;Lou Bouillabaisso&lt;/i&gt; avait fait conna&#238;tre dans les ann&#233;es 1840, rares sont ceux qui apr&#232;s juin manifestent un engagement d&#233;mocrate r&#233;solu : le plus connu est sans doute le potier de terre de Clermont l'H&#233;rault, J.A. Peyrottes (1813) [8].&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, la production &#034;r&#233;publicaine&#034; occitane, qui se trouvait fort bien de la phase unanimiste, n'est pas &#224; son aise dans un &#233;tape nouvelle o&#249; les conflits s'aiguisent. On suit par exemple chez Desanat le tarissement de la production politique au fur et &#224; mesure que le conflit Blancs - R&#233;publicains se double du conflit r&#233;publicains mod&#233;r&#233;s - Montagne rouge. Desanat annon&#231;ait apr&#232;s F&#233;vrier un grand projet d'&#233;criture r&#233;publicaine[9] qui sera vite abandonn&#233;e au profit d'un retour &#224; la po&#233;sie de pure distraction d&#232;s 1849.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peyrottes, beaucoup plus engag&#233; &#224; gauche que Desanat, assure une pr&#233;sence h&#233;raultaise occitane r&#233;guli&#232;re (vers, chansons) dans L'Ind&#233;pendant, mais il semble troubl&#233; et d&#233;courag&#233; par la tournure que prennent les &#233;v&#233;nements apr&#232;s la terrible secousse du printemps 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de d&#233;cembre 1848, le courant montagnard se structure, avec l'objectif de gagner rapidement la majorit&#233; des &#233;lecteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, comment ignorer que le peuple parle &#034;patois&#034; [10] ? Les archives attestent abondamment de traces de l'intervention orale en langue d'Oc, de la part des militants et missionnaires montagnards, tout comme de la cr&#233;ation populaire de chansons, dont certaines deviennent de v&#233;ritables signes de ralliement : ainsi de La Cougourdo [11].&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le passage &#224; l'&#233;crit et &#224; la publication est une autre affaire. Dans la presse d&#233;mocrate-socialiste, la place de &#034;l'idiome natal&#034; est peu importante en occupation d'espace. Ce qui ne signifie pas que cette pr&#233;sence n'ait pas d'importance. Dans les cercles et chambr&#233;es populaires, la lecture &#224; haute voix du journal en fran&#231;ais est un &#233;v&#233;nement collectif, porteur de conscientisation politique. Elle s'inscrit aussi dans une revendication majeure de la Montagne, l'instruction, et avec elle le souci de dignifier le peuple, &#224; travers la n&#233;cessaire acquisition et ma&#238;trise du fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte, la lecture du billet occasionnel en occitan sera lu avec d'autant plus de plaisir qu'il renvoie les locuteurs, &#224; travers leur parole naturelle, &#224; leur culture : une culture de l'oralit&#233;, de l'argumentation dans le dialogue, de la sentence versifi&#233;e, de la plaisanterie cod&#233;e, etc. Mais cette pr&#233;sence de l'occitan, suivant les sensibilit&#233;s, peut aussi appara&#238;tre comme une concession aux forces r&#233;trogrades et pass&#233;istes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans certains d&#233;partements, la pr&#233;sence de l'occitan est nulle ou pratiquement inexistante dans la presse d&#233;mocrate. Le cas le plus extr&#234;me du refus du patois est sans doute celui de &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant des Basses-Alpes&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233; en 1850 par Langomazino[12]. L'ancien forgeron de l'arsenal de Toulon, licenci&#233; pour faits de gr&#232;ve en 1845, est devenu r&#233;volutionnaire professionnel, apr&#232;s avoir v&#233;cu &#224; Marseille o&#249; il s'occupa activement de l'Ath&#233;n&#233;e Ouvrier. Envoy&#233; comme missionnaire montagnard dans les Basses-Alpes par Laponneraye, responsable de &lt;i&gt;La Voix du Peuple de Marseille&lt;/i&gt;, le grand journal d&#233;mocrate de la Provence, il est une des chevilles ouvri&#232;res de la &#034;conversion&#034; du d&#233;partement &#224; la d&#233;mocratie socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, la vie de &lt;i&gt;L'Ind&#233;pendant&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; courte, la s&#233;rie conserv&#233;e n'est pas compl&#232;te, mais la lecture du journal r&#233;v&#232;le une distance absolue prise avec le &#034;patois&#034;. Tout est fran&#231;ais, sauf quelques fl&#232;ches d&#233;coch&#233;es &#224; l'adversaire, qualifi&#233; de &#034;mange m&#233;gines&#034;(mangeurs de fressure). Significative aussi est la pr&#233;sentation du docteur Honnorat, de Digne, bien connu des d&#233;fenseurs de la langue d'Oc par son dictionnaire et son entreprise de r&#233;novation graphique. Pour Langomazino, Honnorat, le vieux l&#233;gitimiste qui d&#233;chire les affiches d&#233;mocrates, n'est &#034;c&#233;l&#232;bre dans notre d&#233;partement que pour avoir donn&#233; son nom &#224; une esp&#232;ce de papillon, sans doute nocturne ; pour avoir commis un incommensurable vocabulaire en fran&#231;ais de cuisine et patois de tous les pays&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Langomazino, belle figure d'autodidacte-po&#232;te, la dignit&#233; du po&#232;te-ouvrier passe par le fran&#231;ais. Ce sont les po&#232;tes-ouvriers engag&#233;s d'expression fran&#231;aise (Funel &#224; Toulon, Bondilh &#224; Marseille) qu'il pr&#233;sente dans son &lt;i&gt;Ind&#233;pendant&lt;/i&gt;, et non ceux d'expression proven&#231;ale, alors qu'il a rencontr&#233; les uns et les autres &#224; Toulon et &#224; l'Ath&#233;n&#233;e Ouvrier de Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Langomazino est sans doute, de ce point de vue, en phase avec la sensibilit&#233; de nombreux militants. En t&#233;moigne, par exemple, le carnet des chants de transport&#233;s, tous fran&#231;ais, conserv&#233; par Marcelle Ailhaud, des M&#233;es, descendante d'un proscrit bas-alpin [13].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne signifie en rien que le proven&#231;al ne soit pas utilis&#233; dans la propagande orale des leaders montagnards du d&#233;partement [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti de l'Ordre semble avoir compris en premier l'int&#233;r&#234;t d'un usage &#233;crit de la parole populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple le plus &#233;vident est sans doute celui du Var, o&#249; le pr&#233;fet de combat, Haussmann, a confi&#233; &#224; son chef de cabinet, l'avocat l&#233;gitimiste Hippolyte Maquan (1814), le soin de toucher les ruraux en proven&#231;al. Ce que Maquan fera dans des dialogues publi&#233;s dans le tr&#232;s officiel &lt;i&gt;Conciliateur du Var&lt;/i&gt; et envoy&#233; aux cercles et chambr&#233;es. Dialogues effrayants de m&#233;chancet&#233; et de calomnies anti-socialistes [15].&lt;br class='autobr' /&gt;
Maquan avait &#233;t&#233; avant 1848 r&#233;dacteur en chef de &lt;i&gt;La Gazette de Vaucluse&lt;/i&gt; o&#249; il avait accueilli des po&#233;sies de Roumanille. En 1849, c'est Roumanille qui publie dans son journal &lt;i&gt;La Commune&lt;/i&gt; les &#8220;pochades politiques&#8221; varoises de Maquan, transcrites en parler rhodanien. Roumanille poursuivra en mettant au service de son engagement &#034;blanc&#034; son propre plaisir d'&#233;criture et un talent d&#233;j&#224; confirm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle existe, l'intervention d&#233;mocrate-socialiste dans l'idiome appara&#238;t au d&#233;part comme une r&#233;ponse &#224; ces initiatives du parti de l'Ordre. Le cas est net dans le Var et d'une certaine fa&#231;on dans l'Aveyron, par exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;ponse n'est pas g&#233;n&#233;rale. Par exemple, les interventions proven&#231;ales dans le journal vauclusien de Roumanille, ne suscitent gu&#232;re dans le sillon rhodanien de r&#233;actions sur le m&#234;me registre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les auteurs rhodaniens connus comme r&#233;publicains ne se manifestent gu&#232;re. Opportunisme ? Il est vrai que beaucoup avaient fr&#233;quent&#233; Roumanille dans les tentatives de regroupement de po&#232;tes proven&#231;aux avant 1848, et gardaient avec lui des relations de sympathie. D'ailleurs, tout en s'affichant politiquement, Roumanille poursuit en 1849 son entreprise de rassemblement po&#233;tique apolitique, et lui donnera une premi&#232;re concr&#233;tisation en 1850.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en dehors de ce c&#233;nacle, des &#233;crivants d&#233;mocrates en vue, qui ne pouvaient ignorer les productions vauclusiennes du parti de l'Ordre et des Blancs, ne r&#233;pondent pas vraiment en langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi Pierre Germain Encontre (1809)[16], qui tient un cabinet de lecture &#224; N&#238;mes : il qui s'est fait conna&#238;tre par son &#233;criture occitane dans les ann&#233;es 1840. Conscientis&#233; politiquement en 1848, il donne bien quelques textes engag&#233;s en langue d'Oc jusqu'en 1849, mais privil&#233;gie dor&#233;navant le fran&#231;ais. Le choix est significatif, car Encontre est un vrai militant, qui paye son activit&#233; d'une dure r&#233;pression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le po&#232;te proven&#231;al Charles Dupuy, de Carpentras (1801), directeur de Pensionnat &#224; Nyons (Dr&#244;me), qui conna&#238;t personnellement Roumanille, avec qui il avait d&#233;j&#224; durement pol&#233;miqu&#233; avant 1848 en mati&#232;re proven&#231;ale. Il intervient bien &#233;videmment en fran&#231;ais dans la presse d&#233;mocrate de Lyon. Mais ce militant en vue (qui devra s'exiler en 1851) privil&#233;gie le fran&#231;ais dans ses interventions dans la presse d&#233;mocrate de Vaucluse et de l'H&#233;rault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce printemps 1849 o&#249; se d&#233;cha&#238;ne contre les Rouges la propagande officielle et celle des Blancs, la riposte doit pourtant faire feu de tout bois. Le recours &#224; la langue du peuple &#034; proc&#232;de de cette urgence, mais il se fera en dehors de la sph&#232;re des po&#232;tes reconnus, d&#233;faillants &#224; l'exception relative de Peyrottes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Significativement, cette pr&#233;sence de l'idiome dans la presse d&#233;mocrate se rencontre au plus loin de l'axe rhodanien o&#249; s'esquissait la renaissance litt&#233;raire et la querelle graphique. &lt;i&gt;L'Aveyron r&#233;publicain&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt; sont le support de deux entreprises de conscientisation, men&#233;es avec pers&#233;v&#233;rance par des militants d&#233;cid&#233;s (et qui sauront prendre leurs responsabilit&#233;s en d&#233;cembre 1851). Il s'agit clairement, en prose comme en vers, de toucher &#034;les Electeurs de la Campagne&#034; dans leur langue et leur culture de l'oralit&#233;, du r&#233;cit, du dialogue. Les textes d'argumentation ne sont pas pr&#233;sent&#233;s &#224; la fa&#231;on d'un &#233;ditorial en fran&#231;ais, mais passent toujours par l'interm&#233;diaire d'un personnage familier. Par contre les chansons portent puissamment, dans la parole collective anonyme, le message global de l'esp&#233;rance rouge.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervenant de l'Aveyron est Auguste Rozier (1801), g&#233;om&#232;tre-expert de Sauveterre[17], actif et influent propagandiste dans le Sud-Aveyron, qui s'inspire de la pr&#233;sence patoise dans le conservateur &lt;i&gt;Journal de l'Aveyron&lt;/i&gt;. Il signe d'abord de diff&#233;rents pseudonymes &#034;campagnards&#034;, mais affiche ensuite sa v&#233;ritable identit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le Var, la publication en langue d'Oc est une r&#233;ponse directe &#224; l'entreprise du pr&#233;fet. Charles Dupont (1816), clerc de notaire &#224; Hy&#232;res, est un responsable d&#233;partemental influent de la d&#233;mocratie socialiste, charg&#233; de la visite des chambr&#233;es et de l'organisation des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes, il assure la liaison avec la Jeune Montagne de Marseille et de Lyon, et avec Gent. Il &#233;crit sous le pseudonyme de Cascayoun (le grelot), paysan d'Hy&#232;res [18].&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne semble pas que la Montagne ait sollicit&#233; ces plumes. Leur apparition proc&#232;de du m&#234;me &#034;entrisme&#034; qui poussait avant 1848 les auteurs occitans (apolitiques) &#224; se faire conna&#238;tre &#224; travers la presse en fran&#231;ais. Mais cette fois l'entrisme est politique, et on ne conna&#238;t pas aux intervenants d'interventions ant&#233;rieures en langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;marche de Rozier et de Dupont, &#224; n'en pas douter, proc&#232;de d'un plaisir et de fiert&#233; d'&#233;criture en langue d'Oc. Dupont d'ailleurs publie en ouvrage une partie de ses articles [19]. Etaient-ils pour autant renaissantistes ? La question n'est absolument pas th&#233;oris&#233;e dans l'urgence de l'action. Ils prouvent le mouvement en marchant : la langue est vivante puisqu'on l'utilise, en dignit&#233; famili&#232;re et en communication directe. On ne la nomme pas vraiment. &#034;Je vais parler comme vous autres, dit l'intervenant, afin que vous me compreniez mieux&#034;... Notons que, si les r&#233;f&#233;rences &#224; l'&#233;criture &#034;litt&#233;raire&#034; d'Oc sont absentes, Rozier r&#232;gle quand m&#234;me d'une certaine fa&#231;on son compte &#224; Jasmin qui va parader devant les puissants et les riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces initiatives ont-elles eu un effet d'entra&#238;nement au plan de l'&#233;criture ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Dupont demeure pratiquement seul dans Le D&#233;mocrate du Var. Un militant d&#233;mocrate actif comme Alexandre Poncy, le ma&#231;on toulonnais qui en 1844 saluait en proven&#231;al le passage de Flora Tristan, ne se manifeste pas. Par contre, Rozier a des disciples dans L'Aveyron r&#233;publicain, y compris des instituteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est difficile de mesurer l'effet d'entra&#238;nement sur les journaux d&#233;mocrates des autres d&#233;partements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les structures &#034;horizontales&#034; de la Montagne impliquent un &#233;change important entre les journaux d&#233;mocrates d&#233;partementaux, &#233;change manifest&#233; par de nombreuses r&#233;f&#233;rences et citations. Les r&#233;f&#233;rences aux initiatives &#034;patoises&#034; d'autres d&#233;partements, voire leur reprise ou utilisation, semblent peu nombreuses. Mais, quand elles existent, elles ne proc&#232;dent pas seulement d'une proximit&#233; g&#233;ographique. On reprend des textes de l'Aveyron dans le journal d&#233;mocrate du Tarn et on va jusqu'&#224; une publication commune [20]. Mais on peut aussi, comme en Provence, ignorer parfaitement ce que fait le voisin, m&#234;me s'il s'agit d'un militant responsable charg&#233; des contacts interd&#233;partementaux. La diff&#233;rence dialectale a-t-elle pouss&#233; &#224; cette limitation des &#233;changes ? Il est &#233;vident qu'elle a pu &#234;tre un pr&#233;texte pour des responsables peu favorables &#224; l'utilisation du &#034;patois&#034;. A noter &#233;galement que pour des journaux qui couvrent plusieurs d&#233;partements, comme La Voix du Peuple de Marseille, cette r&#233;ticence peut &#234;tre accrue. Mais quand les responsables sont vraiment int&#233;ress&#233;s, la diff&#233;rence dialectale ne joue pas. Ainsi des textes de l'Aveyron sont repris dans la presse d&#233;mocratique de Bayonne [21].&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment mesurer l'impact de cette &#233;criture dans l'idiome ? Des t&#233;moignages contemporains, y compris officiels, le jugent important. Et de fait le Var s'est massivement soulev&#233; lors du coup d'Etat. L'Aveyron a surtout boug&#233; au Sud, o&#249; la Jeune Montagne &#233;tait active et organis&#233;e. Mais Rozier &#233;crivait pour tout le d&#233;partement. Et dans des d&#233;partements o&#249; la lev&#233;e en masse de d&#233;cembre 1851 a &#233;t&#233; impressionnante (Basses-Alpes, Dr&#244;me), le r&#244;le de l'&#233;criture dans l'idiome semble avoir &#233;t&#233; des plus faibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc &#224; un autre niveau qu'il faut situer l'int&#233;r&#234;t de l'intervention de militants comme Dupont et Rozier, celui de la r&#233;flexion ou de l'absence de r&#233;flexion sur la culture populaire, son pr&#233;sent et son avenir, sur la dialectique de cette culture et de l'acculturation &#224; la culture nationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Si&#232;ge social et contacts : Association 1851-2001, Mairie, 04190, Les M&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Sur l'ensemble de ces questions, cf.Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une mort qui n'en finit pas, l'&#233;criture de l'idiome natal, des Lumi&#232;res &#224; la naissance du Felibrige, (Sud-Est fran&#231;ais et Italie de langue d'Oc, zone franco-proven&#231;ale de France et de Suisse)&lt;/i&gt;. N&#238;mes, M.A.R.P.O.C, 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Cf. Ren&#233; Merle, Fernand Rude, &lt;i&gt;G.Roquille, Breyou, 1834&lt;/i&gt;, Toulon, S.E.H.T.D, 1989. Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Luttes ouvri&#232;res et dialecte. Guillaume Roquille, Rive-de-Gier, 1840&lt;/i&gt;. Toulon, S.E.H.T.D, 1989.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Cf.Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840, inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges&lt;/i&gt;, B&#233;ziers, C.I.D.O. 1990, (th&#232;se, Montpellier, 1987).&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Cf. Antoine Tramoni, &lt;i&gt;Choses vues &#224; Toulon en 1848. Croquis, dessins et textes de Pierre Letuaire (1798-1885)&lt;/i&gt;, A.D.Var, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Joseph Desanat, &lt;i&gt;Souvenen&#231;o d'un Banquet d&#233;mocratiqu&#233; et fraternel, A Tarascoun, lou 8 d&#233;cembr&#233; 1848&lt;/i&gt;, Beaucaire, Raymond, 1848.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Cf. par exemple Auguste Deidier, &lt;i&gt;Jean que plouro et Jean que ris, dialogue&lt;/i&gt;, Marseille, 1848. &lt;i&gt;Un Blu et un Rouge. Dialogo en vers prouven&#231;aous, per J. la Chico&lt;/i&gt;, Marseille, Chauffard (1848).&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Cf. Claire Torreilles, &#034;La revendication identitaire de J.A.Peyrottes&#034;, &lt;i&gt;Revue des Langues Romanes&lt;/i&gt;, L'identit&#233; occitane, tome XC, 1986, n&#176;2. Nathalie Pistre, J.A.Peyrottes, m&#233;moire de ma&#238;trise, Montpellier, 1985 : pr&#233;cieuse bibliographie in fine des textes de Peyrottes publi&#233;s dans la presse de l'H&#233;rault.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Desanat annonce en 1848 &lt;i&gt;Leis R&#233;publicano prouven&#231;alo, Chansons nouvelles de circonstance en vers proven&#231;aux, par le citoyen D&#233;sanat. Se vendent &#224; Toulon, Arles, Beaucaire, Marseille, Avignon, Aix. Arles, Imp. Hipp. Dumas&lt;/i&gt;. Au dos : &#034;Publication mensuelle. /.../ Ce recueil contiendra constamment de chansons nouvelles in&#233;dites toutes palpitantes d'actualit&#233; r&#233;publicaine&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Cf. Ren&#233; Merle, &#034;Dossier Var&#034; in Association 1851-2001, Bulletin n&#176;2, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Id.&lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Sur l'itin&#233;raire de ce militant important, cf. Dominique Lec&#339;ur, Louis Langomazino ou le triomphe de la v&#233;rit&#233;, m&#233;moire de ma&#238;trise, Montpellier, 1993.&lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Archives Association 1851-2001.&lt;br class='autobr' /&gt;
[14] Cf. par exemple les discours et chansons &#233;voqu&#233;s in Gis&#232;le Roche-Galopini, &lt;i&gt;Saint-Etienne les Orgues et la gloire de la Montagne&lt;/i&gt;, Les cahiers de Salagon 2, 1994.&lt;br class='autobr' /&gt;
[15] Cf. extraits in Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise&lt;/i&gt;, Six-Fours, G.R.A.I.C.H.S, 1986.&lt;br class='autobr' /&gt;
[16] Cf. Raymond Huard, Claire Torreilles, &lt;i&gt;Du protestantisme au socialisme : un quarante-huitard occitan, &#233;crits et pamphlets de Pierre-Germain Encontre&lt;/i&gt;, Toulouse, Privat, 1982.&lt;br class='autobr' /&gt;
[17] Cf. Jean-Paul Damaggio, &lt;i&gt;Rozier chantait (1848-1851)&lt;/i&gt;, Montauban, Les Poches de Point Gauche, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
[18] Cf. extraits in Ren&#233; Merle,&lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise&lt;/i&gt;, Six-Fours, G.R.A.I.C.H.S, 1986.&lt;br class='autobr' /&gt;
[19] (Charles Dupont), &lt;i&gt;Lettros de Micoulaou Cascayoun, Paysan d'Hy&#232;ros, oou redactour doou Demoucrato doo Var, edicien revisto&lt;/i&gt;, Toulon, Vuouso Baume, 1850.&lt;br class='autobr' /&gt;
[20] &lt;i&gt;L'Almanach R&#233;publicain &#224; l'usage des paysans de l'Aveyron et du Tarn pour l'ann&#233;e 1852&lt;/i&gt;, Toulouse, Janot, 1851, contenait des chansons en occitan de Rozier. Il est saisi apr&#232;s le coup d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
[21] Sur ce foyer d&#233;mocrate cf. Joan Eygun, &#034;La Republica o l'Emp&#232;ri : pleiteis politics en Bearn de 1848 a 1852, en l&#233;ger X.Navarr&#242;t e P.Gaston Sacasa&#034;, &lt;i&gt;Reclams&lt;/i&gt;, n&#176;7-8-9, 1991.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Th&#232;se &#8211; Monarchie de Juillet (5) - Le tournant de 1839-1840.</title>
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&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840, inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges, B&#233;ziers, C.I.D.O. 1990, 1030 p. Texte int&#233;gral et corrig&#233; de la th&#232;se soutenue en 1987. &lt;br class='autobr' /&gt; 1839 - l'alternative. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1839, le retour en force de l'expression dialectale, tant autour des initiatives marseillaises que des tentatives dispers&#233;es, devient une &#233;vidence sociale. Mais, remarquons le avec D&#233;sanat, cette abondance sans cesse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot711" rel="tag"&gt;Dumas&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot819" rel="tag"&gt;Monarchie de Juillet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;L'&#233;criture du proven&#231;al de 1775 &#224; 1840, inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges&lt;/i&gt;, B&#233;ziers, C.I.D.O. 1990, 1030 p. Texte int&#233;gral et corrig&#233; de la th&#232;se soutenue en 1987&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1839 - l'alternative&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, le retour en force de l'expression dialectale, tant autour des initiatives marseillaises que des tentatives dispers&#233;es, devient une &#233;vidence sociale. Mais, remarquons le avec D&#233;sanat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Epitro &#224; Moussu Pierre Bellot, po&#232;to marsies, sign&#233;e D&#233;sanat fils de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, cette abondance sans cesse croissante de publications n'est pas un signe de sant&#233; de la langue, l'usage oral recule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'aillur s&#233; lou franc&#233;s envahi presque tout,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou piquan prouven&#231;au veuy s&#233; l&#233;gis partout.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance de la possibilit&#233; d'un &#233;crit proven&#231;al, succ&#233;dant &#224; une tol&#233;rance amus&#233;e, ne peut mieux se lire que dans la m&#233;taphore qu'en donne, presque malgr&#233; lui, le po&#232;te Adolphe Dumas. Le jeune po&#232;te, venu en pays rhodanien, berceau familial, soigner une sant&#233; chancelante, y red&#233;couvre la Provence, et, par force, l'oralit&#233; d'un peuple qu'il ne magnifie gu&#232;re dans l'intervention pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi de la triste histoire de la jeune folle dont abusent les paysans.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; ouvre cette ann&#233;e 1839 par la publication d'un long po&#232;me de Dumas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le S&#233;maphore, 5 janvier 1839.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, adress&#233; &#224; M&#233;ry. Dumas met en place la dichotomie proven&#231;aliste qu'il va bient&#244;t d&#233;velopper : M&#233;ry, homme du Midi, r&#233;conforte celui que le Nord ne peut que d&#233;sesp&#233;rer, &lt;i&gt;&#8220;ce froid Nord, / Le pays de l'hiver, du doute et de la mort !&#8221;&lt;/i&gt;. Paris est rejet&#233; &#224; la fois pour sa superficialit&#233; sceptique, voire cynique, comme pour la chape de plomb de son ciel. Au jeune cr&#233;ateur, frapp&#233; du mal du si&#232;cle, pr&#234;t &#224; se jeter du haut du pont des Arts, Dumas demande de se retrouver en Provence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Enfant, tiens, vis d'air et de lumi&#232;re ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre Provence abonde, et sans que nous semions&lt;br class='autobr' /&gt;
Fleurit pour nos troupeaux jusqu'aux sommets des monts ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes y sont bons, les femmes y sont belles&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec de beaux enfants r&#233;pandus autour d'elles ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Dieu nous a p&#233;tri des visages humains&lt;br class='autobr' /&gt;
Harmonieux et purs comme ds chants romains,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nos filles du peuple ont leurs trois beaut&#233;s franches,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le front haut, les yeux noirs, et toutes les dents blanches.&lt;br class='autobr' /&gt;
Regarde sous tes pieds, regarde &#224; ton c&#244;t&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
La nature plus belle encor que la beaut&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sol tout virescent de force v&#233;g&#233;tale&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec tous les parfums de la terre natale !&lt;br class='autobr' /&gt;
Si ce n'est pas assez, enfant, voici la mer,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'infini qui respire avec toi le m&#234;me air...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui fait qu'en Provence et devant ce tableau&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les hommes sont bons avec un cri du beau ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Marseille, au Midi, garde &#224; l'abri du Nord,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le berceau du vivant et la tombe du mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, l'enfant de Vaucluse et que Paris fait homme,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai ma Mantoue aussi, j'ai ma petite Rome,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ma treille au soleil, mon seuil o&#249; j'ai m&#251;ri ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Erit, ille Deus - car c'est un Dieu, M&#233;ry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez paradoxal que M&#233;ry, et Marseille, soient garants de cette proven&#231;alit&#233; antique et naturelle, aux forces vitales imm&#233;moriales. L'intelligentsia marseillaise n'&#233;tait pourtant gu&#232;re porteuse de cette dichotomie, romantique, de la francitude et d'un Ailleurs culturel et g&#233;ographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de la langue, on le constate, ne traverse pas cette th&#233;matique du Dieu soleil pos&#233; face aux corruptions civilis&#233;es, mais &#224; proprement parler n&#233;buleuses, du Nord. Pour autant, Dumas n'y est pas insensible. A la fin de l'ann&#233;e, il fait ses adieux &#224; la Provence dans sa langue retrouv&#233;e. Le morceau est une v&#233;ritable pi&#232;ce d'anthologie, qui pose avec une nettet&#233; assez stup&#233;fiante la dichotomie de l'ali&#233;nation cr&#233;atrice : l'Esprit est pour Paris, o&#249; Dumas retourne vivre, et tenter sa chance litt&#233;raire, en fran&#231;ais naturellement, mais le coeur, mais les entrailles, comme il l'&#233;crit, sont pour Avignon.. D&#232;s 1840, Dumas d&#233;veloppe dans &lt;i&gt;Provence&lt;/i&gt;, important ouvrage po&#233;tique, la th&#233;matique esquiss&#233;e dans la lettre adress&#233;e &#224; M&#233;ry, et fonde ainsi la litt&#233;rature &#8220;proven&#231;ale&#8221; de Paris, dont l'exotisme int&#233;rieur aura la fortune que l'on sait. La pi&#232;ce est publi&#233;e dans le &lt;i&gt;Messager de Vaucluse&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager de Vaucluse, 18 ao&#251;t 1839. Dumas en donnera une version quelque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;On me pardonnera, je pense, ces strophes proven&#231;ales : chaque mot est un souvenir d'enfance. Je n'ai pu r&#233;sister au bonheur de parler la langue des Trouv&#232;res de Provence. Tout ceci vit encore sur la l&#232;vre des femmes, avec tout le g&#233;nie de ce peuple, l'amour et la po&#233;sie&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quittant Avignon.&lt;br class='autobr' /&gt;
A M.Requien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'&#232;r&#233; na d'Italie, e din lou ten qu&#233; cant&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
S&#233; m'avien bandi nus coum'Allighieri Dant&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s&#233; P&#233;trarqu&#233; &#232;rou moun noum,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous aou&#239;ou dit : adi&#232;ou, Touscane, adi&#232;ou, Flouren&#231;ou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Don&#233; toutei mei vers &#224; toutou la Prouven&#231;ou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et voou canta per Avignoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#232;r&#233; lou Pape, &#224; Roume, et s'&#232;r&#233;, vous respond&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#233;r&#233; s&#233;gur qu'a Roume ey vie&#239;ou per lou mound&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et qu&#233; y&#233; faou changea soun noum,&lt;br class='autobr' /&gt;
Coum&#233; su lou roucas &#233;ternel d&#233; San Pierr&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Basti&#233;ou din tr&#233;s jours la gleisou doou San P&#232;r&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Su la mountagnou d'Avignoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#232;r&#233; lou Rh&#244;se grand, qu&#233; lou Rhin ey soun fr&#232;rou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu&#233; vay jusqu'a la mar, qu&#233; la mar n'ey tant fi&#232;rou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s G&#233;n&#232;ve, apr&#232;s Lyoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
En m'en anen n&#233;ga, passa&#239;&#233;ou &#224; toutou hourou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Passa&#239;eou tou lou jour, coume un homme qu&#233; plouro,&lt;br class='autobr' /&gt;
Davan la porto d'Avignoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#232;r&#233; Voucluse enfin, qu&#233; P&#233;trarquou l'appellou&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou T&#233;sin et l'Arno, tant y&#233; semblavou bellou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s'avieou ma source ilamoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et moun y&#233; din d&#233; pra qu&#233; flourisse et qu'arros&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand me voou marida, tant pure, am&#233; lou Rh&#244;s&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Voudrieou passa dins Avignoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'&#232;r&#233; f&#239;&#239;e, &#224; s&#233;ge ans, s&#233; m&#233; disien : si&#233;s grandou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vos d'or, d'argent, d&#233; che&#239;ne et d&#233; penden, demandou !&lt;br class='autobr' /&gt;
Oh ! noun, garda tou, di&#233;ou noun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vol&#233; d&#233; grands b&#233;ous yeus, de den d&#233; la qu&#233; risoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu&#233; parloun su la langue e mordoun c&#233; qu&#233; disoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Coum&#233; lei f&#239;&#239;ou d'Avignoun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si&#233;ou pas na d'Avignoun, ma&#239; moun estello hurousou&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fa na&#239;sse &#224; Bonpas, din la santou chartrousou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et vou lou jur&#233; su moun noum,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pod&#233; mouri deman. Foou tr&#232;s parts d&#233; ma musou,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'esprit ey per Paris, lou coeur ey per Vouclusou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Leis entra&#239;ou per Avignoun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le petit monde de l'&#233;criture proven&#231;ale, l'intervention exog&#232;ne du jeune Proven&#231;al de Paris est d'autant plus int&#233;ressante qu'elle conforte, dans le registre du lyrisme personnel tout &#224; fait nouveau, et combien compensateur d'une acceptation absolue de la francisation, la tendance qui s'affirme d'une po&#233;sie proven&#231;ale &#233;gale en ambitions &#224; la po&#233;sie fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;Messager de Vaucluse&lt;/i&gt;, journal l&#233;gitimiste d'Avignon avait, on s'en souvient, commenc&#233; &#224; publier du proven&#231;al en 1837, avec des &lt;i&gt;charadou&lt;/i&gt;, un conte amusant et d&#233;j&#224; ancien de Gallistines, et une pi&#232;ce ironique sur les diff&#233;rents r&#233;gimes que Jacoumart avait d&#251; f&#234;ter. Apr&#232;s un long silence, voici en 1839 la pi&#232;ce de Dumas. Elle est encadr&#233;e par &lt;i&gt;Lou Canaou deis Alpinos&lt;/i&gt;, de D&#233;sanat, bel exemple d'intervention en registre noble et par une pi&#232;ce d'intervention famili&#232;re et politique o&#249; deux ouvriers en soie souhaitent la reprise des affaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Restouratioun d&#233; la fabricou, dialoguou entr&#233; dous taffata&#239;r&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;pouillement d'une publication situ&#233;e &#224; l'autre extr&#232;mit&#233; de l'&#233;ventail politique corrobore ces donn&#233;es : en janvier 1839, de jeunes avocats radicaux d'Aix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons que beaucoup sont originaires du Var, comme Pascal, Guigues, etc.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fondent &lt;i&gt;l'Ere nouvelle&lt;/i&gt;. Le journal s'ouvre aussit&#244;t &#224; l'expression dialectale avec une intervention versifi&#233;e de D&#233;sanat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;M.D&#233;sanat, po&#232;te proven&#231;al, nous adresse une pi&#232;ce de vers, que nos abonn&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le th&#232;me est d'intervention politique imm&#233;diate. Mais la tentative ne sera pas poursuivie. Par contre, le proven&#231;al prend place dans des registres &#8220;litt&#233;raires&#8221;, du pittoresque romantique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proven&#231;al intervient dans le feuilleton &#8220;Les suites d'un amour adult&#232;re&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'ode &#224; la civilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;sanat, &#8220;Lou Canaou deis Alpinos&#8221;, l'Ere nouvelle, 11 juillet 1839.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est frappant de voir, dans le m&#234;me temps, la presse politique l&#233;gitimiste et radicale publier le m&#234;me texte &#8220;noble&#8221; de D&#233;sanat, hommage au canal des Alpines. Par contre, le jeune po&#232;te d&#233;mocrate aixois, Gaut, donne toute sa place dans le journal &#224; la po&#233;sie &#8220;politique&#8221; en fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaut &#233;crira bient&#244;t en proven&#231;al, et participera au Bouil-Abaisso de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La vie &#233;ph&#233;m&#232;re du journal ne nous permet pas de suivre l'exp&#233;rience plus d'un an&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;l'Ere nouvelle para&#238;t du 5 janvier 1839 au 20 ao&#251;t 1840.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il semble &#233;vident que le partage des langues, sans pour autant &#234;tre th&#233;oris&#233;, est mis en place. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; de l'utilisation de la connivence politique (au sens large), l'acc&#232;s &#224; la &#8220;litt&#233;rature&#8221; est pour l'&#233;criture proven&#231;ale le signe d'un &#233;tat d'esprit nouveau de l'opinion. Pour survivre, et s'affirmer, l'expression proven&#231;ale doit conqu&#233;rir d'autres registres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, le passage &#224; la publication dialectale occasionnelle du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; de Marseille, jusqu'alors ferm&#233; &#224; l'expression proven&#231;ale, prend une importance particuli&#232;re. Mais, curieusement, le journal, qui de plus en plus s'affirme comme le journal des classes moyennes et dirigeantes de Marseille, se pose toujours et clairement en d&#233;fenseur de la francisation. Curieusement en apparence seulement, car le propre de ces compensations &#224; caract&#232;re diglossique est de ne pas assumer les contradictions et de ne pas les th&#233;oriser. On y lit cette remarque qui prend toute sa saveur si l'on applique &#224; une ville dont une partie importante de la population persiste &#224; ne parler peu ou prou que proven&#231;al :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Les examens des Ecoles du Caire&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le S&#233;maphore, 20 janvier 1839.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le journal f&#233;licite M&#233;h&#233;met-Ali de d&#233;velopper l'enseignement fran&#231;ais en Egypte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nombreux Proven&#231;aux faisaient partie des cadres techniques, militaires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8220;&lt;i&gt;Car l'acquisition d'une langue parl&#233;e par un peuple aussi avanc&#233; que le peuple fran&#231;ais est le meilleur moyen de d&#233;truire les derniers vestiges de la barbarie&#8221;.&lt;/i&gt; Et le journal de conclure, superbement : &lt;i&gt;&#8220;La langue n'est-elle pas le peuple lui-m&#234;me, et ce que Buffon a &#233;crit du style, ne peut-on pas aussi l'appliquer &#224; la langue, et dire que la langue, c'est la nation ?&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, mais qu'en est-il alors du peuple &#233;gyptien ? Et quel statut donner &#224; la langue du peuple proven&#231;al ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre exemple de ces h&#233;sitations, de ces contradictions : on ne peut dire que le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; accueille avec un enthousiasme particulier l'agression anti-proven&#231;aliste de De Gabrielli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le texte de Z, M&#233;ry sans doute.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le combat pour une correction du langage est juste, certes, mais l'hostilit&#233; de l'Aixois &#224; l'&#233;gard du proven&#231;al, et m&#234;me &#224; l'&#233;gard des proven&#231;alismes, appara&#238;t quelque peu excessive.&lt;br class='autobr' /&gt;
A vrai dire, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; h&#233;site : un lapsus (du journaliste ou du typographe ?) sur le mot &lt;i&gt;hospitalit&#233;&lt;/i&gt; a peut-&#234;tre plus de sens qu'il n'y para&#238;t dans la pr&#233;sentation d'un long po&#232;me de Bellot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Lou Gynaso e lou grand th&#233;&#226;tre&#8221;, le S&#233;maphore, 25 f&#233;vrier 1839. la seconde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Si la po&#233;sie proven&#231;ale doit trouver quelque part une hostilit&#233; empress&#233;e, c'est dans une feuille marseillaise, surout quand elle est sign&#233;e par un nom aussi connu, que celui de M.Bellot. Ceux qui liront l'&#233;p&#238;tre satyrique suivante, sauront faire la part de la verve du po&#232;te qui est le premier &#224; demander qu'on ne prenne pas trop au s&#233;rieux de spirituelles boutades ; la po&#233;sie quand elle s'exprime avec tant d'aimable vivacit&#233; a des licences que personne ne condamne&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pi&#232;ce est int&#233;ressante parce qu'elle est une sorte de r&#233;ponse de Bellot, dans la mesure de ses moyens &#233;videmment, et dans la continuit&#233; d'une inspiration, &#224; ce que le po&#232;te sent se dessiner dans le petit monde de la cr&#233;ation proven&#231;ale. Ni registre noble, &#224; coup s&#251;r, ni trivialit&#233; populiste, mais une connivence marseillaise dans l'intervention directe, non politique, un regard &#224; la fois du dedans et du dehors, qui permet au &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; d'accepter Bellot, en chroniqueur, en journaliste... La porte ouverte au proven&#231;al est celle que l'on ouvre &#224; un compatriote, pas &#224; une langue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bellot, qui avait depuis trois ans d&#233;j&#224; fait ses adieux aux Muses, commence par se moquer gentiment de son irr&#233;sistible pulsion d'&#233;criture, aujourd'hui sp&#233;cialis&#233;e en &#233;criture dialectale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yeou, que quand rimi pas tout un jour sieou malaou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que, junarieou tres mes per faire un madrigaou...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il passe en revue la chronique locale, ce qui va et ce qui ne va pas. Le bouleversement occasionn&#233; par les grands chantiers de la ville le d&#233;range par les tracas qu'il occasionne, mais &#224; la diff&#233;rence de Gelu, il ne met pas en cause n&#233;cessit&#233; et finalit&#233; de ces travaux. On trouve aussi chez lui les regrets de ce qui s'en va, comme chez Gelu, les arbres du Cours que l'on coupe par exemple, et la plaisanterie scatologique sur le ramassage de la &lt;i&gt;&#8220;barriquo&#8221;&lt;/i&gt; marseillaise, bref, les banalit&#233;s sinc&#232;res qui font une opinion publique &#224; la petite semaine. Sans les efforts de nos devanciers, sans le progr&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veirian pas aoujourd'hui, coumo l'aigo eis rivieros,&lt;br class='autobr' /&gt;
Coure de tout cousta lou gaz per lei carrieros ;&lt;br class='autobr' /&gt;
S'aguessoun pas ren fach per la pousterita&lt;br class='autobr' /&gt;
Encaro ramparian dedin l'ouscurita,&lt;br class='autobr' /&gt;
N'aourian pas un octroi que mailhouesto Marseilho,&lt;br class='autobr' /&gt;
De faoutueilh, per dormir en pleno academio,&lt;br class='autobr' /&gt;
De clissoir, de toupets, de cornets &#224; pistoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
D'afficho de vingt pans su touteis leis cantouns ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Veirian pas, cade jour dessus la Canebiero,&lt;br class='autobr' /&gt;
Deis Consou marsilhes passar la tabatiero,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou ben se v'aimes mies, la barriquo &#224; vapours&lt;br class='autobr' /&gt;
Que parfumo la villo, eme seis alentours ;&lt;br class='autobr' /&gt;
N'aourian pas de Long-Champ, de port de carenagi,&lt;br class='autobr' /&gt;
D'eissame d'erudits que fan gaire d'ouvragi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bel arc de trioumphe aou mitan d'un camin,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que coumo lou bouen Dieou n'aoura jamais de fin ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Veirian pas coumo v'huei la tant bello vouliero&lt;br class='autobr' /&gt;
Que deou mettre &#224; l'abri la gento poulailhiero,&lt;br class='autobr' /&gt;
Aqueou riche trabailh, superbe mounument,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que finira lou jour doou darnier jugeament !&lt;br class='autobr' /&gt;
N'aourian pas de gournaous que si fan uno festo&lt;br class='autobr' /&gt;
De derabar doou Cours d'aoubre qu'an vis la pesto ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellot en vient alors alors &#224; la Municipalit&#233; qui ne donne pas assez au Gymnase, le th&#233;&#226;tre populaire.&lt;i&gt;&#8220;Pourtant lou paoure ouvrier paguo la subvencien&#8221;&lt;/i&gt; du Grand Th&#233;&#226;tre &lt;i&gt;&#8220;ounte anara jamai !&#8221;&lt;/i&gt;. Apr&#232;s avoir dit tout le bien qu'il pense de la direction, de la programmation du Gymnase, il se lance dans un tableau de la salle du th&#233;&#226;tre en proie au d&#233;sordre, aux vocif&#233;rations, aux grossi&#232;ret&#233;s des nervis, et regrette l'injustice du public &#224; l'&#233;gard de bien des acteurs. Mais tout ceci sans recherche de la description pittoresque. Il d&#233;nonce et r&#233;clame des solutions, une r&#233;pression. La conclusion, bien conforme au classicisme affirm&#233; de Bellot, reprend, jusqu'au plagiat direct, des propos de Diouloufet contre la jeunesse romantique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O ! Marsilho, O ! Marsilho, ountes ta renoumado ?&lt;br class='autobr' /&gt;
You ti marcho davant ; mai sies ben arrierado.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aoutreifes din toun sen, lou Romain,l'Ath&#233;nien,&lt;br class='autobr' /&gt;
Venien tetar lou lach de toun educatien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aoujourd'hui, cadenoun ! sie dich senso malici,&lt;br class='autobr' /&gt;
Teis enfans en neissen se vieoutoun din lou vici ;&lt;br class='autobr' /&gt;
A peno soun mentoun an de peou fouletin, &lt;br class='autobr' /&gt;
Que criticoun lou grec, lou frances, lou latin ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aqueleis mousquilhouns de la litteraturo&lt;br class='autobr' /&gt;
En plen cafe diran dessus vouestro figuro,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que Racino et Corneille an mes pavilhoun bas&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'abord d'Antoni, d'Angelo, de Puyblas /.../&lt;br class='autobr' /&gt;
Eleis tranchoun surtout, et puis si dien tout bas :&lt;br class='autobr' /&gt;
Aquestou soir, que fen, siblan ou siblan pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Subran &#224; l'unissoun cresen faire merveilho,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sibloun lou brave actour qu'an applooudis la veilho ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors l'aimablo artisto admira din Paris,&lt;br class='autobr' /&gt;
Recebe un camouflet deis fadas doou pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou pegin dins lou couar s'entourano aou grand Villagi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paris.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ounte dis qu'&#224; Marseilho habito de saouvagi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel, proven&#231;al, aux abonn&#233;s pour qu'ils mettent fin &#224; ces pratiques, sera suivi dans la presse marseillaise d'articles, fran&#231;ais naturellement, sur la situation th&#233;&#226;trale de la cit&#233;. A sa fa&#231;on, avec ses moyens, Bellot t&#233;moigne de la possibilit&#233; d'une intervention en normalit&#233; dans la vie locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mois plus tard, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; publie une lettre de D&#233;sanat &#224; Bellot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Epitr&#233; &#224; Moussu Pierre Bellot, po&#232;to marsies, par D&#233;sanat fils de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le journal pr&#233;sente sympathiquement le courtier, tout &#224; fait absent de ses colonnes depuis 1831 : &lt;i&gt;&#8220;M.D&#233;sanat fils est l'auteur de deux charmants volumes in 12 de po&#233;sie proven&#231;ale, intitul&#233;s le Troubadour Natiounaou. On peut se procurer cet ouvrages &#224; notre bureau ou chez les principaux libraires&#8221;&lt;/i&gt;. (Il est donc loin d'&#234;tre &#233;puis&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte-manifeste pose, pour la premi&#232;re fois publiquement, le projet et la n&#233;cessit&#233; d'un lieu d'expression commun aux &#233;crivains de langue d'oc. Desanat commence par situer l'importance de la popularit&#233; de Bellot, dont, nous avons d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; ce fait, il dit avoir &#233;t&#233; relanc&#233; vers la po&#233;sie proven&#231;ale par la publication des &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; en 1836-1837.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aymabl&#233; passo temps de la noumbrouso classo,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dins seis jours d&#233; repaou ta muso la deslasso,&lt;br class='autobr' /&gt;
Artisan, Portafay, Coumer&#231;an, Matelot,&lt;br class='autobr' /&gt;
Touti saboun per cor leis obro d&#233; Bellot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Po&#233;to, &#233;m&#233; r&#233;soun tout lou mound&#233; t&#233; vanto,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sies esta resserqua deis souci&#233;ta savanto...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#232;te populaire donc, mais po&#232;te du d&#233;lassement. Po&#232;te reconnu, y compris du monde des lettr&#233;s. Po&#232;te de Marseille donc, totalement, et par l&#224; de la Provence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sies lou vray Capouy&#233; deis lyro prouven&#231;alo ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Toun noum es respecta parmi leis Marsi&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Soun mignot nourrissoun ya qu&#233; tu qu&#233; lou sies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en s'excusant de la modestie de son &#339;uvre, dont il montre pourtant et l'existence, et la pr&#233;gnance, car lui aussi ne peut s'emp&#234;cher d'&#233;crire, D&#233;sanat propose &#224; Bellot de cr&#233;er un journal, conforme &#224; la r&#233;alit&#233; de la po&#233;sie proven&#231;ale &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu&#233; &#233;m&#233; l'industrio ici chascun s'exer&#231;o,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dins chaques pays su tout fan lou coumer&#231;o,&lt;br class='autobr' /&gt;
Aou risque d&#233; brounqua contr&#233; caouqui ressaou&lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233; proupous&#233; d&#233; fayr&#233; un courri&#233; prouven&#231;aou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Plen de fablo, cansoun, satir&#233;, cont&#233;, &#233;p&#238;tr&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pareyssen une fes din veu jours ; souto un titr&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un plat ben coun&#233;gu din la loucalita ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de ce &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt; est conforme &#224; ce que le public a aim&#233; dans la po&#233;sie de Bellot : il sera un journal de divertissement, non politique, mais D&#233;sanat le lib&#233;ral tient &#224; montrer qu'il ne s'agit pas d'une entreprise r&#233;trograde. Il n'h&#233;sitera pas cependant &#224; aborder la critique locale et la satire de m&#339;urs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieus leis marsies, apr&#232;s ma semenado,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ravoun qu&#233; la bastido ou ben la proumenado ;&lt;br class='autobr' /&gt;
La campagno, la mar ; voloun rire, canta,&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh ben y&#233; fourniren d&#233; qu&#233; se countenta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal sera vendu &#224; la cri&#233;e, et cherchera des abonn&#233;s. Sur quels collaborateurs peut-il compter ? Desanat est fort optimiste : certes, il inscrit tr&#232;s nettement cette flamb&#233;e d'&#233;criture et de publication proven&#231;ales dans la francisation rapide du langage (sans pour autant &#233;tablir un lien de cause &#224; effet) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'aillur c&#233; lou franc&#233;s envahi presque tout,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou piquan prouven&#231;aou veuy s&#233; l&#233;gis partout ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera &#224; ce propos l'absence d'analyse de D&#233;sanat, comme l'absence de d&#233;ploration. Mais ce constat, d&#233;cisif, d'une mont&#233;e de la publication, dans et forc&#233;ment d'une certaine fa&#231;on, contre la francisation du langage, met le lib&#233;ral farouche des premi&#232;res ann&#233;es 1830 dans un situation curieuse : d'une part, il continue &#224; proclamer ses opinions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Res nous supousara d'id&#233;o retrogrado ;&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas prouvayan qu'aven conquis d&#233; grado&lt;br class='autobr' /&gt;
En canten la r&#233;formo et tout ce qu'&#233;s prougr&#232;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Din touti leis pays trouvaren d&#233; coul&#233;guo ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Coumprendran nosto voix &#224; cent cinquanto l&#233;guo.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233; po&#233;te patois n'existo d&#233; mouloun ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, d'autre part, comment articuler cette affirmation politique et ce d&#233;sir de rassembler, sans la moindre exclusive, et sur la seule base de la langue, ces &lt;i&gt;&#8220;po&#233;te patois&#8221;&lt;/i&gt; ? D&#233;sanat ne s'en explique pas, et pour cause : ce sera l&#224; une des ambigu&#239;t&#233;s fondamentales de son &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt; et une des raisons aussi des difficult&#233;s qu'il rencontrera. Qu'on en juge par sa liste, o&#249; les l&#233;gitimistes affirm&#233;s c&#244;toient les prudents comme les lib&#233;raux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couneysses Pellabon et Gourri&#233; d&#233; Touloun ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou savan Dieouloufet, l'ex-bibliout&#233;cair&#233; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cassan, l'avignounen ; Boun&#233;toun, d&#233; Beoucair&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Azais, de B&#233;sies, Trouchet, lou parisien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Reybaud d&#233; Carpentras, et Grousset l'Arl&#233;sien ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou c&#233;l&#233;br&#233; Jasmin, ooutour deis papiotos ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Soun counfrero Daveau, chantr&#233; deis patriotos ;&lt;br class='autobr' /&gt;
May c&#233; cerquen en poou din lou centr&#233; locaou&lt;br class='autobr' /&gt;
Tan ben pouden cita d'escrivan amicaou :&lt;br class='autobr' /&gt;
Taou qu&#233; lou bon Chailan, typo d&#233; vrai po&#233;to,&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233; lou veyre en santa tout mon cor lou souh&#233;to&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chailan, malade,va mourir peu apr&#232;s.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et moun intime ami, lou m&#233;decin Leydet,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que su touti leis arts fay rafflo d&#233; bidet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tant d'aoutr&#233; amatours counfoundus din la foulo&lt;br class='autobr' /&gt;
Surgiran d&#233; partout coumo d&#233; b&#233;rigoulo.&lt;br class='autobr' /&gt;
De c&#233; qu'entr&#233;pr&#233;nen nen saran satisfa,&lt;br class='autobr' /&gt;
Chascun nous mandara d'articl&#233; touti fa ;&lt;br class='autobr' /&gt;
En favour d'un patois qu&#233; tout lou mound&#233; laisso&lt;br class='autobr' /&gt;
Fourniran caouqu&#233; pey &#224; nosto Bouil-Aba&#239;sso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faveur d'un patois que tout le monde laisse ... On ne saurait mieux situer l'aspect don-quichotesque, mais r&#233;solu, de l'entreprise : D&#233;sanat la veut donc ouverte aux diff&#233;rents foyers, g&#233;ographiques et politiques, sans se limiter au cadre proven&#231;al. La double influence d'Aza&#239;s et de son concours auquel Desanat avait particip&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente (il s'en fait gloire aupr&#232;s de Bellot), et de Reybaud qui avait publi&#233; deux ans auparavant son prospectus de la &lt;i&gt;Revue n&#233;o-latine&lt;/i&gt;, certainement d&#233;clencheur, explique sans doute la d&#233;cision de D&#233;sanat, homme d'intitiative et d'entreprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sanat, et le fait interroge, occulte ses aspirations &#224; une autre po&#233;sie proven&#231;ale, apte &#224; aborder les grands sujets de l'actualit&#233; dans le registre fran&#231;ais. Pour d&#233;cider Bellot, et sans doute aussi dans le double opportunisme d'un public &#224; m&#233;nager, et d'un public &#224; quelque peu violenter ensuite, &#224; l'occasion, il s'en tient &#224; l'aspect du pur divertissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse de Bellot, qui se fait quelque peu attendre, est sans doute fort d&#233;cevante pour D&#233;sanat. Bellot r&#233;pond depuis Belgentier, dans le Var, o&#249; il se repose. Il en profite pour entamer une de ses descriptions bucoliques, dont on sent que, tout en les prenant sinc&#232;rement au premier degr&#233;, il les compense toujours de la rupture brutale de registre et le retour &#224; la r&#233;alit&#233; prosa&#239;que, au comique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O pouetique endrech, de toun valoun saouvagi&lt;br class='autobr' /&gt;
S'espandis leis parfums qu'embaimoun toun rivagi, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons au passage l'allusion au troubaire local :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maunier, ben mies que yeou, t'aourie pousqu canta ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aqueou moudeste aoutour, l'ourguilh de soun villagi,&lt;br class='autobr' /&gt;
Senso bretounegear parlarie moun lengagi ;&lt;br class='autobr' /&gt;
De Gros a lou secret per faire de beou vers ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s de longues descriptions du bonheur de la vie des champs, dans le registre inchang&#233; de sa premi&#232;re pi&#232;ce de 1820, Bellot en vient enfin au fait : c'est non. Trois arguments se chevauchent. Le premier, dit sur un rythme auquel Gelu ne sera pas indiff&#233;rent, est l'affirmation de l'individualisme cher &#224; Bellot, toujours m&#233;fiant devant le regroupement des rimeurs. Le monde po&#233;tique est v&#233;cu par lui comme &#233;tant celui de la comp&#233;tition, et non du rasemblement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Fran&#231;o es un pays qu'aboundo&lt;br class='autobr' /&gt;
D'aqueleis poueto inedits,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que quan doou sut levoun la boundo&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous negoun de seis manuscrits.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un en mericle&lt;br class='autobr' /&gt;
Liege un article&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'es calada de faoutos de frances,&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aouro declamo&lt;br class='autobr' /&gt;
De vers senso amo&lt;br class='autobr' /&gt;
Et vous predis qu'aouran fouesso succes&lt;br class='autobr' /&gt;
L'esprit courre dedin Marsilho&lt;br class='autobr' /&gt;
Coume l'aiguo din lei valats,&lt;br class='autobr' /&gt;
A cade pas vous embrounquas&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'homme de genio ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;videmment, ceci ne vaut pas cela pour D&#233;sanat ; &lt;i&gt;&#8220;lou Tarascounen pitro&#8221;&lt;/i&gt;, comme dit Bellot dans son introduction, est cruellement encens&#233;, justement pour ce registre noble dont D&#233;sanat s'&#233;tait bien gard&#233; de parler :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hounour, hounour &#224; tu qu'as sachut deis Alpinos&lt;br class='autobr' /&gt;
Courounar lou canaou de rosos senso espino ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Din toun odo lou vers rempli de majesta&lt;br class='autobr' /&gt;
Coulouno sabo puro &#224; l'immourtalita !&lt;br class='autobr' /&gt;
Noun, noun, n'aven pas pres toueis dous la meme routo !&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu marches sur de flours et yeou dessus de mouto ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bouto, ce que ti dieou n'es pas per flatarie,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sieou Sant-Jean bouquo d'or, sies noustre capourie ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me argument : &#231;a ne marchera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mi proposes de faire un journal bouilhabaisso ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dins aquestou moumen l'article es fouesse en baisso ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Eicito, moun ami, lou vers se vende maou,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou marsilhes n'a plus un esprit natiounaou :&lt;br class='autobr' /&gt;
Doou patois fan plus cas... voudries mies, camarado,&lt;br class='autobr' /&gt;
Vendre de Barlingots vo de goffro sucrado&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'estre redactour ; es un marri mestier ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait trouver trois cents abonn&#233;s pourque le journal vive, et cela lui semble impossible. C'est donc non.&lt;br class='autobr' /&gt;
A D&#233;sanat qui lui avait rappel&#233; son ancien &#233;tat de forgeron (&lt;i&gt;&#8220;Ya doug&#233; ans enviroun rimav&#233; su l'enclum&#233;&#8221;&lt;/i&gt;), Bellot r&#233;pond, avec cette m&#234;me m&#233;chancet&#233; bonhomme qui l'avait fait encenser l'Ode de D&#233;sanat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vieou que nuech et jour basseli sur l'enclume&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pouedi pas feni moun troisi&#232;me voulume ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'ex-forgeron forge sans arr&#234;t des productions nouvelles, le moment appara&#238;t &#224; Bellot devoir &#234;tre consacr&#233; essentiellement &#224; la publication de ses propres &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bellot, assur&#233; de l'accueil favorable de la presse marseillaise dont l'engagement du &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;, depuis 1836, et l'ouverture du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; en cette ann&#233;e 1839, sont le gage, ne doute pas de faire son chemin tout seul. Qu'aurait-il &#224; gagner dans l'entreprise de D&#233;sanat sinon, il le sait d'exp&#233;rience, les difficult&#233;s mat&#233;rielles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;dont t&#233;moigne son po&#232;me sur les souscripteurs.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et une confrontation avec un registre auquel, malgr&#233; ses efforts renouvell&#233;s (ainsi &#224; propos de Belgentier), il ne peut se hisser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il reste que D&#233;sanat avait lanc&#233; l'id&#233;e qui devait se concr&#233;tiser en 1841 et initier une &#233;tape nouvelle des lettres proven&#231;ales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1840, la presse marseillaise et les auteurs proven&#231;aux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est peut-&#234;tre pas sans int&#233;r&#234;t de consid&#233;rer les enjeux du point de vue de la presse marseillaise, et donc d'une certaine fa&#231;on du point de vue de l'opinion publique qu'elle commence &#224; fa&#231;onner. L'inventaire chronologique permet de poser, dans le jeu des actions-r&#233;actions, le cheminement des analyses. Un certain nombre de fausses &#233;vidence, souvent admises par la suite en fait d'exp&#233;rience, se mettent en place dans l'&#233;change que les grands journaux de Marseille, la l&#233;gitimiste &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;, le lib&#233;ral &lt;i&gt;Messager de Marseille&lt;/i&gt;, assagi et achet&#233; par Thiers, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt;, qui entra&#238;ne l'opinion commer&#231;ante du c&#244;t&#233; du Mouvement, &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, journal gouvernemental, tr&#232;s li&#233; &#224; certains milieux d'affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;but d'ann&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gazette du Midi, 16 janvier 1840.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt; consacre un feuilleton de litt&#233;rature proven&#231;ale &#224; Bellot :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Nous trouvons dans le Journal G&#233;n&#233;ral de France un feuilleton d'un de nos anciens collaborateurs, M.Albert Maurin, qu'on lira avec d'autant plus d'int&#233;r&#234;t qu'il est consacr&#233; &#224; l'appr&#233;ciation d'un po&#232;te dont les oeuvres sont toutes populaires &#224; Marseille. M.Albert Maurin a voulu, par cet article, r&#233;v&#233;ler &#224; la capitale un nom qui peut &#234;tre avantageusement plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; des plus distingu&#233;s de la litt&#233;rature proven&#231;ale, et qui jouirait d'une r&#233;putation encore mieux m&#233;rit&#233;e, si M.Bellot se f&#251;t born&#233; &#224; publier des &#8220;Oeuvres choisies&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allusion sans doute &#224; quelques pi&#232;ces jug&#233;es par le journal irrespectueuses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Maurin renvoie donc l'ascenseur &#224; Bellot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bellot n'a cess&#233; de louer Maurin, depuis 1836.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sinc&#232;rement sans doute dans son enthousiasme de d&#233;pays&#233;, et peut-&#234;tre aussi pour gagner &#224; Paris quelque originalit&#233; par cette r&#233;v&#233;lation. Le th&#232;me initial, la perp&#233;tuation des troubadours dans la po&#233;sie spontan&#233;e et naturelle de Bellot, donne la mesure de la culture troubadouresque de Maurin, et de l'entreprise de diversion id&#233;ologique qui s'amorce autour de la po&#233;sie dialectale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Pierre Bellot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ne conna&#238;t aujourd'hui, gr&#226;ce aux savantes recherches de M.Raynouard, cette brillante &#233;poque litt&#233;raire, o&#249;, sortant &#224; peine du chaos de la basse latinit&#233;, la po&#233;sie formait d&#233;j&#224; de si gracieux accords sur la lyre des troubadours ? Qui ne s'est pas transport&#233; quelquefois par l'imagination &#224; ces temps de chevalerie, alors que les princes eux-m&#234;mes &#233;taient po&#232;tes, et, fervens adorateurs de la muse, d&#233;posaient sur son autel leur sceptre et leur couronne, pour prendre la toque et le luth du m&#233;nestrel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce que tous nous ne savons pas, &#224; Paris, c'est qu'apr&#232;s dix si&#232;cles, ce merveilleux idiome que parlaient si bien les troubadours, cette langue romane si po&#233;tique est encore celle de plusieurs provinces, &#224; peu de choses pr&#232;s, et que de nos jours, un po&#232;te y a pr&#233;cieusement recueilli l'h&#233;ritage de ses ing&#233;nieux devanciers. Ce po&#235;te, c'est Pierre Bellot, dont la Provence enti&#232;re conna&#238;t le nom, applaudit les vers, et qui a obtenu les honneurs de plusieurs &#233;ditions, dans une ville toute adonn&#233;e au commerce et qui ordinairement ne s'occupe gu&#232;re de litt&#233;rature.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous croyons qu'on ne lira pas sans int&#233;r&#234;t quelques d&#233;tails sur ce po&#232;te, qui est parvenu, confin&#233; au fond de son d&#233;partement, sans coterie, sans l'appui des journaux, au milieu du discr&#233;dit qui s'est attach&#233; de nos jours &#224; la po&#233;sie, &#224; fixer sur lui les regards d'un public nombreux, et &#224; obtenir, sans r&#233;clames et sans puffs, un v&#233;ritable et populaire succ&#232;s. H&#226;tons-nous, cependant, de r&#233;p&#233;ter, pour la vraisemblance de la chose, que le fait n'a pas lieu &#224; Paris&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier fantasme, celui de l'&#233;closion spontan&#233;e, et du po&#232;te, et du public, dans une ad&#233;quation surprenante. La recette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Comme tous les vrais po&#232;tes, Pierre Bellot ignora long-temps son beau talent : joyeux &#233;picurien, il rimait sans pr&#233;tentions aucune de gloire, et croyait charmer seulement ses loisirs, alors que son imagination originale lui dictait ses plus beaux vers. Dans sa modestie et la d&#233;fiance de ses forces, &#224; peine osait-il, de temps &#224; autre, confier &#224; quelques petits journaux ses d&#233;licieuses po&#233;sies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, press&#233; par ses amis, il se d&#233;cida enfin &#224; rassembler tous ses bijoux ; il commit alors, en tremblant, un petit volume in 12, enrichi de vignettes, et qu'il intitula &lt;i&gt;Mes Heures de loisir&lt;/i&gt;. Je suis persuad&#233; que notre po&#232;te ne dormit point le jour o&#249; parut son opuscule, tant sa frayeur du public &#233;tait grande, et qu'il prit pour une plaisanterie les applaudissemens et les &#233;loges que lui valurent son inimitable &lt;i&gt;Po&#235;te chasseur&lt;/i&gt; et son &lt;i&gt;Pr&#233;dicateur dans l'embarras&lt;/i&gt; (lou Poueto cassaire et lou Predicatour encala). Quand je vous disais qu'&#224; Paris la chose n'aurait pu se passer ainsi, c'est que j'avais mes raisons pour cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, un beau matin, en se r&#233;veillant, notre auteur proven&#231;al s'entendit hautement saluer, par toute une province, du nom de po&#232;te sans qu'il e&#251;t rien fait pour y parvenir, ses oeuvres &#233;taient devenues populaires, quelques-uns de ses vers &#233;taient pass&#233;s en proverbe ; on avait lu son petit in-12 dans les moindres villages, dans les hameaux les plus ch&#233;tifs ; ceux qui ne savaient pas lire, se l'&#233;taient fait r&#233;citer, et tous le savaient par coeur d'un bout &#224; l'autre.Alors, Pierre Bellot se vit forc&#233; de se croire po&#232;te : tant de gens le lui assuraient ; il accepta courageusement les charges du m&#233;tier, se fit recevoir membre d'une soci&#233;t&#233; litt&#233;raire, et publia bravement et sans sourciller deux beaux volumes in-8&#176; de po&#233;sies proven&#231;ales, dont l'&#233;dition s'&#233;coula en quelques mois. Aujourd'hui, le touriste qui parcourt les sites d&#233;charn&#233;s de l'ancienne Provence, et qui s'arr&#234;te quelques jours dans un de ses hameaux tellement vierges et primitifs, que les feuilletons du Si&#232;cle et les allumettes chimiques y sont totalement inconnus, est surpris d'entendre, chaque soir aux veill&#233;es, des paysans illettr&#233;s r&#233;citer avec go&#251;t des vers dans un langage que notre touriste ne comprend point, mais qui lui apparaissent harmonieux et originaux. Alors, s'il vient &#224; s'informer aupr&#232;s de ses h&#244;tes rustiques du nom du po&#232;te,on lui r&#233;pond avec orgueil : Pierre Bellot ! On lui indiquerait au besoin sur quel boulevard il demeure &#224; Marseille ; absolument comme les porti&#232;res de la rue deTournon et de Vaugirard vous indiqueront l'h&#244;tel de M.Jules Janin, avec cette diff&#233;rence toutefois que celles-ci n'ont jamais lu les feuilletons des D&#233;bats et ne connaissent que le titre de l'Ane mort et la Femme guillotin&#233;e. On voit que tout l'avantage est pour le po&#232;te proven&#231;al dans ce rapprochement&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;sie harmonieuse, originale, public rural, illettr&#233;, mais sensible ... Maurin gomme donc, significativement, la fondamentale indiff&#233;rence de Bellot &#224; ce que le si&#232;cle appelle po&#233;sie, comme il gomme son enracinement dans le terreau marseillais, plus que &#8220;proven&#231;al&#8221;. Mais il est &#233;vident que ce texte touchera dif&#233;remment des lecteurs parisiens qui ne liront jamais Bellot, s'ils ne sont pas d'origine proven&#231;ale, des Proven&#231;aux de Paris (comme Barthelemy), qui cherchent dans l'&#233;crit proven&#231;al autre chose que de la po&#233;sie harmonieuse, et des lecteurs de Provence. La vision parisienne d'une po&#233;sie par essence populaire, d&#233;gag&#233;e des normes de la culture &#233;labor&#233;e peut surprendre : &lt;i&gt;Lou Predicatour encala&lt;/i&gt; n'avait pas de ces myst&#232;res. Mais elle fera sens, et ne sera pas indiff&#233;rente au jeune l&#233;gitimiste Roumanille, lecteur de la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt;. Bellot, dont la popularit&#233; est ici soulign&#233;e, appara&#238;t comme le &lt;i&gt;grand prieur&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249;, ind&#233;pendamment du contenu de son oeuvre, il fait conna&#238;tre, et vendre, la po&#233;sie (?) proven&#231;ale. On peut comprendre &#224; partir de l&#224; l'apparente contradiction de salut d&#233;f&#233;rent et de m&#233;pris, sous la plume des m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mais avant d'aller plus loin et de mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques fragmens de notre po&#232;te, qui justifieront l'honneur du feuilleton, disons un mot de l'idiome qu'il a employ&#233;. Beaucoup croient que l'idiome du midi de la France n'est qu'un patois grossier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurin ajoute en note : &#8220;Il nous faut avouer cependant que dans les grandes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et sans d&#233;licatesse, sans r&#232;gle et sans syntaxe ; partant, ils ne verraient dans Pierre Bellot qu'un de ces rimailleurs de village, dont les chansons plus que na&#239;ves font les d&#233;lices des rouliers, des gar&#231;ons de ferme et des vieilles femmes de l'endroit, et ne sont pas dignes d'ocuper les loisirs, ou seulement de fixer l'attention des gens s&#233;rieux et d&#233;licats. H&#226;tons-nous de dire, pour rassurer ces derniers, que le savant philologue Charles Nodier, n'a pas d&#233;daign&#233; de lire les oeuvres de notre po&#232;te, et qu'un de ses savans collaborateurs, dont le nom nous &#233;chappe, et qui pr&#233;pare un grand ouvrage sur les langues n&#233;o-latines, a fait une &#233;tude sp&#233;ciale des vers de ce dernier troubadour.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'idiome proven&#231;al, tel qu'il se parle encore de nos jours, et tel que l'a employ&#233;, avec certaines &#233;purations toutefois, Pierre Bellot, est une v&#233;ritable langue harmonieuse, expressive, pleine de force et de gr&#226;ces en m&#234;me temps ; tour &#224; tour &#233;nergique, tendre, brillante et na&#239;ve, suivant les passions qu'on lui fait exprimer. Elle s'est form&#233;e, lors de l'invasion des Barbares en Europe, &#224; c&#244;t&#233; de la langue fran&#231;aise, sans rien emprunter &#224; celle-ci. Seulement moins heureuse que sa rivale, elle n'a point pris le m&#234;me essor ; priv&#233;e de grands &#233;crivains, elle n'a jet&#233; qu'un &#233;clat passager ; depuis la r&#233;union de la Provence &#224; la France, elle s'est vue peu &#224; peu repouss&#233;e par les classes nobles d'abord, puis par les classes bourgeoises ; aujourd'hui, la civiliation la traque de bourgades en bourgades ; mais il est encore certaines localit&#233;s o&#249; l'idiome proven&#231;al se trouve dans toute sa puret&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appara&#238;t ici la patriotique hypocrisie, tant de fois r&#233;p&#233;t&#233;e, du M&#233;ridional &#8220;mont&#233;&#8221; &#224; Paris, pour tenter sa chance dans l'&#233;criture fran&#231;aise : le salut &#224; l'idiome natal (merveilleusement adapt&#233; &#224; la po&#233;sie par les conditions historiques et g&#233;ographiques de sa formation), s'accompagne d'une p&#233;joration du fran&#231;ais, dans lequel on investit pourtant pulsion d'&#233;criture et d&#233;sir de r&#233;ussite. Il est &#233;vident, dans cette acceptation perverse de la diglossie, que l'existence de personnages &#224; la Bellot, plus imaginaires que r&#233;els, suture la contradiction. Cet idiome que nous saluons est spontan&#233;ment servi, sur place, par un auteur qui, comme lui, ne peut se r&#233;clamer d'un statut de culture pr&#233;sente. Le bapt&#234;me de la culture re&#231;u par Maurin, s'il l'autorise &#224; parler sur la langue, chose que Bellot ne fait pas, le dispense d'&#233;crire dans la langue. Et de plus, la r&#233;duction d'usage de l'idiome implique &#224; terme la disparition des entreprises de ce genre. Le probl&#232;me de l'avenir ne se pose pas, il n'y a pas d'avenir pour l'&#233;criture proven&#231;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Tandis que dans le nord de la France se formait, vers le septi&#232;me si&#232;cle, par le m&#233;lange de la langue romane&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurin &#233;crit en note : &#8220;Romane (Romana) : on appelait ainsi la langue latine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; proprement dite, et de celle des peuples germaniques, un langage dur, grossier, &#224; l'accent guttural, o&#249; dominaient les oi, les oils et les oin, quelque chose d'analogue se passait dans le Midi. La Provence, le Languedoc, et g&#233;n&#233;ralement toutes les provinces comprises entre la Loire et la M&#233;diterran&#233;e, virent se former, par le m&#233;lange de ce m&#234;me roman et des langues teutoniques, un idiome plus doux, plus euphonique, manquant encore, il et vrai, de cette vigueur qui caract&#233;rise les langues m&#251;ries sous le feu du g&#233;nie, mais qui se pr&#234;ta bient&#244;t, d'une fa&#231;on merveilleuse, aux sentimentales et galantes inclinations de cette &#233;poque de galanterie. On l'appela le roman-proven&#231;al, tandis que celui du Nord prit le nom de roman-wallon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc la langue fran&#231;aise, cette langue qui nous offre tant de chefs-d'oeuvre, si noble, si pure, si flexible aujourd'hui, qui na&#238;t aux m&#234;mes sources que le pr&#233;tendu patois de nos provinces m&#233;ridionales. En de&#231;&#224; et au del&#224; de la Loire, les m&#234;mes causes agissant toujours dans le m&#234;me sens, il arriva qu'apr&#232;s deux ou trois si&#232;cles, la romane du midi fut tout &#224; fait diff&#233;rente de la romane du nord ; mais l'avantage parut d'abord rester du c&#244;t&#233; du proven&#231;al. En effet, tandis que les po&#232;tes wallons, dans leurs informes essais, ne montrent que l'embryon de la langue fran&#231;aise, la Provence nous offre une brillante et compl&#232;te litt&#233;rature : l'&#233;cole des Troubadours, dont l'&#233;clat rejaillit sur les contr&#233;es les plus lointaines, et dont les minnesengers de l'Allemagne ne furent que le reflet. H&#226;tons-nous d'avouer que le Wallon, comme le li&#232;vre du fabuliste, ne perdit rien &#224; rester momentan&#233;ment en arri&#232;re ; mais ce n'est point de lui que nous avons &#224; nous occuper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peuples du Nord ont eu, dans leur enfance, une litt&#233;rature sombre et nuageuse, o&#249; la supersitition et les sanglans &#233;bats de la guerre jouaient un r&#244;le important. Dans le Midi, il devait en &#234;tre, et il en a &#233;t&#233; tout diff&#233;remment. Un ciel plus doux, une nature plus riante, produisirent des moeurs plus douces, une plus riante po&#233;sie. Les bardes de Scandinavie avaient c&#233;l&#233;br&#233; Odin et ses exploits, les trouv&#232;res de Provence, chant&#232;rent la dame de leur pens&#233;e et les charmes du gai-savoir. Les premiers r&#233;citaient leurs vers sous d'&#233;paisses for&#234;ts, au bruit des sauvages torrens, &#224; l'aspect des sombres nuages qui cachaient leurs divinit&#233;s ; les seconds r&#233;citaient leur lais et leurs tensons devant les cours d'amour, pr&#233;sid&#233;es par des femmes aimables et belles, et recevaient de leur main le prix d&#251; au talent et &#224; la fid&#232;le servance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci se passa dans les XIIe et XIIIe si&#232;cles, &#233;poque la plus florissante du Roman proven&#231;al. Nous voudrions citer ici quelques unes de ces inimitables po&#233;sies o&#249; l'on retrouve la simplicit&#233; des litt&#233;ratures qui commencent, mais l'espace et le loisir ne nous en sont pas donn&#233;es&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurin s'inscrit dans le mouvement d'int&#233;r&#234;t de l'intelligentsia vers les troubadours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;dont Mary-Lafon marque alors la pointe r&#233;elle.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il est bon exemple de cette vulgarisation inefficace, pr&#233;sente &#224; chaque &#233;tape de l'affirmation dialectale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous en avons connu un avatar apr&#232;s 1968.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'un patrimoine inaccessible et indiff&#233;rent au plus grand nombre des M&#233;ridionaux. La projection d'un pass&#233; de dignit&#233; appara&#238;t trop incompatible avec la vision p&#233;jor&#233;e ou bonhomme que l'on a, sur place, de l'idiome, pour &#234;tre imm&#233;diatement op&#233;rante. D'ailleurs, si Maurin se garde de citer les troubadours, ce n'est pas sans doute seulement par manque de place, mais parce que lui aussi, au del&#224; du salut formel, est indiff&#233;rent &#224; leur po&#233;sie. A vrai dire, la sp&#233;cialisation des langues sous-jacente &#224; l'analyse permet, encore une fois, de d&#233;douaner la mauvaise conscience litt&#233;raire du Proven&#231;al francis&#233; : il n'est pas question de tout dire dans la langue des troubadours. Le registre de l'&#233;criture proven&#231;ale est d&#233;fini comme celui d'une double ad&#233;quation au naturel, que le fran&#231;ais n'a pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Du Roman proven&#231;al des cours d'amour au proven&#231;al actuel, la diff&#233;rence, certes, n'est pas si grande que du fran&#231;ais d'Alexandre de Paris au fran&#231;ais de l'Acad&#233;mie ; nous ne parlerons point de celui de M.V.H. Ce sont encore, &#224; peu pr&#232;s, les m&#234;mes constructions, les m&#234;mes d&#233;sinences, les m&#234;mes mots, les verbes n'ont presque point chang&#233;. Le proven&#231;al ne s'est pas embarrass&#233;, comme le fran&#231;ais, de ces lourds pronoms personnels qui ralentissent la marche des discours, en pr&#233;c&#233;dant in&#233;vitablement le verbe : comme l'italien, il a ses augmentatifs et ses diminutifs ; que l'on forme en adoucissant ou en appesantissant les d&#233;sinences ; moins prude que notre langue, il ne conna&#238;t point ces pu&#233;rils accomodemens entre la pens&#233;e et l'expression ; il est franc, &#233;nergique, original, d&#233;licat et musqu&#233; quand il veut, rude et grossier quand on lui l&#226;che les r&#234;nes. Je ne saurais mieux comparer le proven&#231;al qu'&#224; un cheval qui caracole gentiment dans une all&#233;e de sable fin, quand son cavalier le ma&#238;trise sous le mors ; qui fait coquettement reluire au soleil ses quatre fers d'acier ; qui soul&#232;ve une &#224; une, et comme en mesure, ses jambes fines et bien &#233;trill&#233;es, mais tout pr&#234;t &#224; rentrer dans la vie sauvage et vagabonde, &#224; parcourir les landes et les bruy&#232;res pour peu qu'on le d&#233;livre de sa housse et de son mors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Piere Bellot a parfaitement devin&#233; l'allure de ce cheval fougueux ; il l'a dompt&#233;, mieux que les membres du jockey-club ne dompt&#232;rent leurs miss pur-sang ; &#224; la voir cheminer, ce cheval, sous l'&#233;peron de ce cavalier, on dirait le plus docile des acteurs de Franconi&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans l'&#233;cart&#232;lement si souvent pr&#233;sent&#233;, de la langue &#8220;&#233;nergique et na&#239;ve&#8221;, c'est le second terme que privil&#233;gie Maurin : po&#233;sie spontan&#233;e et harmonieuse. Bellot a dompt&#233; le cheval sauvage. L'&#233;loge de Maurin, pour innocent qu'il soit, va sans doute cristalliser des fantasmes fondateurs d'une po&#233;sie antinomique, celle du r&#233;alisme marseillais de Gelu et de Benedit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;La pi&#232;ce des Adieux aux Muses, qui ouvre le premier volume des oeuvres de Bellot, rappelle, par son harmonie, tout ce que la Muse a inspir&#233; de plus gracieux au chantre des M&#233;ditations&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations dont Maurin accompagne sa citation de la premi&#232;re strophe, pour int&#233;ressantes qu'elles soient quant &#224; la conception de la langue et de sa graphie ne pouvaient certes que faire bondir un Gelu pour lequel, par d&#233;finition, l'idiome &#233;tait l'antidote naturel des &lt;i&gt;M&#233;ditations&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est sans doute pas seulement par paresse que Maurin ne s'est pas donn&#233; la peine, pour son unique citation, d'aller plus loin que la premi&#232;re pi&#232;ce du livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'aoubro, enfan d&#233; la naturo,&lt;br class='autobr' /&gt;
A vis de cinquanto printems&lt;br class='autobr' /&gt;
Toumbar leis flours et jaounir la verduro,&lt;br class='autobr' /&gt;
A fach soun tems.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, dessouto soun escorce&lt;br class='autobr' /&gt;
La sabo coulo senso for&#231;o,&lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo un fiou d'aigo languissen&lt;br class='autobr' /&gt;
Que transpiro &#224; travers la vouto,&lt;br class='autobr' /&gt;
Et toumbo en perlos, gouto &#224; gouto,&lt;br class='autobr' /&gt;
En si plagnen ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien sans doute parce qu'il s'agit l&#224; d'une des rares pi&#232;ces qu'il puisse couvrir de sa d&#233;finition de la po&#233;sie. D'ailleurs, c'est ce qu'il affirme aussit&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;G&#233;n&#233;ralement, la Muse de Pierre Bellot a conserv&#233; les traditions du gai-savoir ; il lui arrive peu souvent de prendre ce ton de m&#233;lancolie et de r&#233;signation que l'on trouve dans la pi&#232;ce dont nous venons de traduire un fragment ; ses inspirations rappellent souvent celles du bon Horace, invitant ses amis &#224; vider quelques bouteilles du cr&#251;./.../ Le principal m&#233;rite de notre po&#232;te est de peindre la nature avec des couleurs naturelles ; il ne fait pas comme ces po&#232;tes profonds auxquels Nisard reprochait de d&#233;crire la mer avec des images emprunt&#233;es au ciel, et vice versa. Chez lui, tout est exact ; chaque chose a sa teinte propre ; il ne fait jamais languir son lecteur au milieu de ces pens&#233;es vagues et insaisissables qui rendent si fastidieuse la lecture des po&#232;tes du jour&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux poser le refus des normes po&#233;tiques du temps. La fin de l'article int&#233;resse, d&#233;montage de l'op&#233;ration Reboul (fid&#232;le de la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; lui aussi), portrait de Bellot, opposition du monde parisien (dans lequel Maurin a choisi de vivre, avec la b&#233;n&#233;diction de Bellot) et de l'Arcadie de Sainte-Marthe. Le rapprochement entre les auteurs antiques et proven&#231;aux &#233;tayera les travaux d'E.Ripert, mais on aurait sans doute surpris l'universitaire f&#233;libre en lui proposant Bellot en t&#234;te de sa lign&#233;e d'Antiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Enfin Pierre Bellot est po&#232;te dans la v&#233;ritable acception de ce mot, po&#232;te par instinct, jamais avec pr&#233;m&#233;ditation. Il ignore lui m&#234;me le secret de son talent et de sa verve ; n'allez pas lui demander ni comment il s'y prend pour rimer, ni les r&#232;gles de sa po&#233;sie. Ce n'est pas que nous voulions imiter &#224; son &#233;gard le puff incomparable qu'a imagin&#233; l'auteur d'Antoni, &#224; l'endroit du boulanger de Nismes, Reboul. Chacun sait, et nous l'apprendrons &#224; ceux qui l'ignorent, que M.Dumas, dans une admirable pr&#233;face, et pour relever sans doute le talent du po&#232;te par une antith&#232;se mirifique, nous a pr&#233;sent&#233; Reboul comme un homme qui ne devait qu'&#224; son g&#233;nie ses brillantes conceptions, un homme absolument illettr&#233; dans sa jeunesse, et qui s'est ressuscit&#233; lui-m&#234;me du tombeau o&#249; gisait son intelligence. Nous ne voulons pas contester ce fait, mais l'&#233;ducation de Pierre Bellot n'a pas &#233;t&#233; du m&#234;me genre, ejusdem farinoe ; et les &#233;trangers, curieux de faire connaissance avec cette renomm&#233;e locale, sont bien &#233;tonn&#233;s de rencontrer un homme aux mani&#232;res distingu&#233;es, &#224; la conversation aimable et vari&#233;e, et qui t&#233;moigne d'une bonne &#233;ducation et de la connaissance du monde, l&#224; o&#249; ils ne croyaient trouver qu'un po&#232;te forc&#233; de s'exprimer, faute de conna&#238;tre la langue fran&#231;aise, dans un patois, grossier en apparence pour ceux qui ne le comprennent pas. Mais un fait assez curieux, et que nous signalerons ici pour ne point &#233;vincer tout &#224; fait la critique de cet article, c'est que ce po&#232;te si harmonieux, si original, si plein de verve et d'entrain lorsqu'il manie l'idiome des troubadours, n'est plus qu'un versificateur froid et p&#226;le d&#232;s qu'il touche &#224; la langue fran&#231;aise. Explique qui pourra ce contraste ; la po&#233;sie n'est point cependant dans les mots, mais bien dans la pens&#233;e. Aussi, est-ce avec peine que nous avons vu quelques pi&#232;ces de vers fran&#231;ais, peu importants du reste, m&#234;l&#233;es aux inimitables po&#233;sies du Jasmin proven&#231;al&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait poutant l&#224; le vrai probl&#232;me. Maurin ne pouvait ignorer que le fran&#231;ais primait dans les oeuvres de Bellot avant 1830, que Bellot se serait voulu po&#232;te fran&#231;ais. Le piquant de la chose est que bient&#244;t d'aucuns vont retourner sur la po&#233;sie proven&#231;ale les reproches que Maurin adresse &#224; la po&#233;sie fran&#231;aise de Bellot, et vont aspirer &#224; un registre proven&#231;al qui ne soit ni froid, ni p&#226;le. A vrai dire, l'analyse de Maurin, quoiqu'il s'en d&#233;fende, est d&#233;j&#224; sous-tendue par cette id&#233;e que la r&#233;ussite n'est pas dans la pens&#233;e, mais bien dans les mots. Ce sont les mots proven&#231;aux,&#8220;intraduisibles&#8221;, qui l'int&#233;ressent, bien plus que leur sens, universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous venons de parler de Jasmin ; certes, Pierre Bellot avait autant de droit que lui &#224; l'honneur du feuilleton, si honneur il y a, toutefois ; c'est selon la mani&#232;re de voir. Mais, franchement, nous ne pr&#233;disons pas au barde proven&#231;al la m&#234;me vogue qu'a eue, momentan&#233;ment &#224; Paris, le po&#232;te-coiffeur d'Agen... Seulement, nous croyons que ses oeuvres survivront &#224; l'actualit&#233; ; qu'elles resteront dans sa province comme un monument national, et que bien des renomm&#233;es parisiennes, proclam&#233;es &#224; haute voix aujourd'hui, dormiront paisiblement dans l'oubli, que le peuple r&#233;citera encore ses vers et prononcera son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout prendre, nous ne le plaignons pas de n'avoir ainsi qu'un horizon born&#233;. Il a pris pour lui toutes les fleurs de la litt&#233;rature ; il nous en a laiss&#233; les &#233;pines. Pour lui, point de coteries injustes et tracassi&#232;res, point d'am&#232;res critiques ; les chevaliers du lustre de la presse ne lui vendent point de mercenaires applaudissemens. Sa muse, fi&#232;re et libre, n'a point tremp&#233; dans les boues de la capitale les bords de sa robe blanche ; il n'a point fait de sacrifices forc&#233;s au mauvais go&#251;t et &#224; la mode ; il n'a point conclu avec un &#233;diteur le march&#233; du juif de Shakespeare ; un journaliste ne vient pas lui acheter, hebdomadairement, pour un peu d'or, des lambeaux de sa chair. Tranquille au sein de sa famille, il ne s'est point vu forc&#233;, pour suivre ses nobles penchans, de dire adieu &#224; son beau soleil, &#224; sa bastide qui regarde la mer, et de briser les plus doux liens qui nous attachent &#224; l'existence. Ceux qui l'applaudissent, l'estiment, et quand le public attend avec avidit&#233; quelques unes de ses productions, il ne voit autour de lui que des visages amis. Esclaves de la n&#233;cessit&#233;, entra&#238;n&#233;s par l'actualit&#233;, nous sommes forc&#233;s d'&#233;tendre nos oeuvres sur ce lit de Procuste ; quant &#224; lui, il est libre de suivre les caprices de son imagination. Il n'a jamais vendu, dans un bazar, les secr&#232;tes faveurs de sa Muse. Comme Horace, enfin, avec lequel il a plus d'un rapport, toute proportion gard&#233;e, il aime &#224; s'entourer souvent de quelques amis de choix, admirateurs de son talent, et partisans de son vin ; et quand je le voyais ainsi, dans sa maison des champs, d&#233;boucher un vieux flacon, mis en cave, sans doute ...Lebrun &#233;tant consul : et nous r&#233;citant quelqu'une de ses po&#233;sies in&#233;dites ; &#224; la puret&#233; du ciel, aux guirlandes de vigne qui nous entouraient, &#224; la douceur et &#224; l'harmonie de cet idiome proven&#231;al, infiltr&#233; de grec et de latin, je me suis cru souvent transport&#233; &#224; Tibur, &#233;coutant l'amant de D&#233;lienous r&#233;citer quelqu'une de ses &#233;p&#238;tres philosophiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Albert Maurin&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la sinc&#233;rit&#233; de Maurin se m&#234;le un impossible : dans l'imaginaire du lettr&#233; expatri&#233;, Bellot d&#233;signe un Ailleurs, et signe une perte irr&#233;m&#233;diable. Il n'y a pas d'autre d&#233;marche possible que l'insertion, difficile et d&#233;cevante, dans l'&#233;criture fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepoint imm&#233;diat, et sans th&#233;orisation (il s'agit de toucher les Marseillais par l'oeuvre, non par le discours), le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;, jusque l&#224; si porteur de registres po&#233;tiques po&#233;tiques fran&#231;ais dans l'air du temps, et donc si ferm&#233; &#224; l'expression proven&#231;ale, publie une longue pi&#232;ce de Chailan. &lt;i&gt;Lou paysan gardanen&lt;/i&gt;. est loin des cours d'amour, du gay savoir et de la Muse en robe blanche. Bel exemple de compensation diglossique, cette plaisanterie fonctionne sur le th&#234;me du paysan na&#239;f d&#233;couvrant le th&#233;&#226;tre. Le &lt;i&gt;Gardanen&lt;/i&gt; (c'est le titre que portera le po&#232;me dans le &lt;i&gt;Gangui&lt;/i&gt;) se rend &#224; Aix voir &lt;i&gt;Paul et Virginie&lt;/i&gt;, attache son &#226;ne &#224; la porte du th&#233;&#226;tre, mais sort bient&#244;t &#233;pouvant&#233; par l'orage qui ruisselle sur la sc&#232;ne : il veut prot&#233;ger son &#226;ne de la pluie, et &#224; sa grande surprise, le trouve en plein mistral ... Cette reconnaissance du proven&#231;al &#233;crit le situe encore plus dans la marge compensatoire qui lui barre toute v&#233;ritable normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt; publie &#224; nouveau une longue pi&#232;ce de Chailan, dans le m&#234;me registre, &lt;i&gt;Lou Bourrisquou prest&lt;/i&gt;a. Au m&#234;me moment, le gouvernemental &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt; salue Chailan.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt; revient alors sur Bellot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gazette du Midi, 9 mai 1840.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais dans l'optique d'un Marseillais s'adressant &#224; des Marseillais, et sans enrobages troubadouresques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;M.Pierre Bellot vient de publier la premi&#232;re livraison du troisi&#232;me volume de ses Oeuvres compl&#232;tes ; elle contient une apologue, une &#233;p&#238;tre de M.Desanat et une r&#233;ponse du po&#232;te. Tous ceux qui aiment la langue des troubadours connaissent le talent avec lequel M.Bellot l'a chant&#233;e dans un grand nombre de pi&#232;ces devenues populaires en Provence. Si M.Bellot p&#234;che quelquefois par l'id&#233;e, il est presque toujours heureux par l'expression ; son style a le ton pittoresque, na&#239;f, &#233;nergique et original de cet idiome proven&#231;al, qui remplace par la vivacit&#233; et le bonheur des images ce qui lui manque en souplesse et en harmonie. Le public de nos contr&#233;es a parfaitement appr&#233;ci&#233; toutes ces qualit&#233;s du po&#232;te, et ses &#339;uvres ont obtenu un succ&#232;s de vogue. Cete sympathie est tr&#232;s flatteuse pour M.Bellot ; mais il faudrait qu'il n'en abus&#226;t pas ; il faudrait qu'il s'observ&#226;t davantage, quand il lui prend la fantaisie de friser le genre grivois. Qui veut &#234;tre lu de tout le monde doit respecter tout le monde, et ne pas croire, m&#234;me en ce temps-ci, qu'on puisse recommander aux lecteurs de bon sens par des &#233;pigrammes scandaleuses, telles qu'on en trouve dans l'apologue de cette livraison. Ce passage est aussi inconvenant dans l'impression qu'injuste pour le fonds. Le po&#232;te sait tr&#232;s bien que l'eccl&#233;siastique dont il parle &#233;tait frapp&#233; de l'interdiction de son Ev&#234;que, et que si le fait coupable auquel il fait allusion n'a pas &#233;t&#233; puni par les lois, c'est que les lois n'y peuvent rien. Certes, s'il y a de l'impunit&#233; pour quelqu'un aujourd'hui, ce n'est pas pour les pr&#234;tres. Nous sommes d'avis, comme M.Bellot, qu'il n'en faut pour personne, pas m&#234;me pour M.Bellot, quand il manque ainsi &#224; son caract&#232;re et &#224; son talent d'&#233;crivain. Si l'auteur tient &#224; &#234;tre de son &#233;poque, il laissera ces m&#233;chancet&#233;s surann&#233;es &#224; la vieille &#233;cole du Constitutionnel, dont la litt&#233;rature fossile vit encore sur les j&#233;suites et les capucins. M.Bellot a trop d'esprit pour marcher &#224; reculons dans la voie du v&#233;ritable progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Justin D.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En focalisant sur une innocente et incidente remarque de Bellot &#224; propos de l'inconduite d'un pr&#234;tre, la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; en un sens, dans son injustice, consid&#232;re le po&#232;te en normalit&#233; : sans s'&#233;tendre sur son choix de langue, consid&#233;r&#233; comme acquis par la ratification du public, on s'occupe du contenu. En souhaitant que ce contenu soit plus conforme aux vues de la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt;, le journal reconna&#238;t qu'il peut &#234;tre intervention dans le pr&#233;sent. Le contraste est grand avec le tableau dress&#233; par le Marseillais de Paris quelques semaines auparavant. Preuve s'il en est que la r&#233;ception de l'&#233;crit proven&#231;al est loin d'&#234;tre univoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; publie bient&#244;t un long feuilleton d'Aza&#239;s, de B&#233;ziers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gazette du Midi, 3 juin 1840.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce l&#233;gitimiste pr&#233;sente aux lecteurs proven&#231;aux la rencontre des &#233;crivains des deux c&#244;t&#233;s du Rh&#244;ne, dans une vis&#233;e clairement renaissantiste. La &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; avait cit&#233; sans commentaire, (avait-elle &#233;t&#233; int&#233;ress&#233;e, g&#234;n&#233;e, indiff&#233;rente ?) l'&#233;p&#238;tre de D&#233;sanat &#224; Bellot, qui allait dans le sens d'Aza&#239;s. Elle joue ici pleinement le r&#244;le qu'assigne son titre : &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;. Il n'est sans doute pas sans int&#233;r&#234;t pour un Proven&#231;al de comparer la situation du dialecte en Languedoc &#224; la situation dans sa localit&#233;, grande ou petite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;La litt&#233;rature et la po&#233;sie ont, en g&#233;n&#233;ral, peu d'attraits pour les habitans de nos villes secondaires.Si l'on en excepte les abonn&#233;s aux cabinets de lecture, plus ou moins passionn&#233;s pour les bizarres productions des auteurs &#224; la mode, le reste des citoyens vit dans l'indiff&#233;rence la plus compl&#232;te &#224; l'&#233;gard des oeuvres de l'esprit. Dans nos villes agricoles, l'invention d'un instrument d'agriculture r&#233;veille plus de sympathie que le plus beau po&#232;me. B&#233;ziers est un type &#224; cet &#233;gard : l'agriculture est tout pour cette ville ; c'est l'unique occupation, c'est le seul sujet unique de tous les entretiens. Il n'y a que la politique qui op&#232;re quelque diversion, quand viennent les &#233;lections ; mais la politique n'a qu'un moment, et B&#233;ziers ne tarde pas &#224; revenir &#224; ses moutons ou &#224; ses charrues&#8221;&lt;/i&gt;. La s&#233;ance annuelle de la Soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Soci&#233;t&#233; Arch&#233;ologique de B&#233;ziers, dont Aza&#239;s est pr&#233;sident.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rompt cette indiff&#233;rence : &lt;i&gt;&#8220;l'attrait des lectures de po&#233;sies romanes ajoute encore &#224; cet empressement&#8221;&lt;/i&gt; dont le coup d'envoi a &#233;t&#233; donn&#233; par l'&#233;rection de la statue de Riquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;L'antique langue des troubadours n'a pas cess&#233; d'&#234;tre en d&#233;cadence depuis la r&#233;union de la vicomt&#233; de B&#233;ziers &#224; la couronne de France ; aujourd'hui elle s'est r&#233;fugi&#233;e chez le peuple, qui est toujours le dernier &#224; abandonner les vieilles traditions. Les autres s'&#233;tudient &#224; l'oublier, et les enfans re&#231;oivent des punitions au coll&#232;ge s'il leur &#233;chappe un mot de cette langue, qu'ils ont apprise sur le sein de leurs nourrices. Cependant, malgr&#233; ce d&#233;dain injuste, nos sympathies ne font jamais d&#233;faut aux belles productions romanes. Nous aimons in petto cette vieille langue d'Oc, tout en la fl&#233;trissant du nom de patois ; qualification bien hasard&#233;e, car l'idiome que parle notre peuple n'est pas plus un patois que les langues fran&#231;aise, italienne et espagnole qui, comme lui, d&#233;rivent plus ou moins directement du roman primiti, seul type, suivant Raynouard, des idiomes de l'Europe latine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoiqu'il en soit, cette ann&#233;e, comme les pr&#233;c&#233;dentes, les vers romans ont eu tous les honneurs de la s&#233;ance. La prose et la po&#233;sie fran&#231;aise sont pass&#233;es presque inaper&#231;ues&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur proven&#231;al apprend donc que le prix de po&#233;sie romane a &#233;t&#233; d&#233;cern&#233; pour &lt;i&gt;le Passage de la Mer Rouge&lt;/i&gt; &#224; M.Daveau, de Carcassonne : &lt;i&gt;&#8220;Coiffeur comme Jasmin, po&#232;te comme lui, M.Daveau est d&#233;cid&#233;ment destin&#233; &#224; occuper un rang distingu&#233; parmi les po&#232;tes artisans, qui sont si nombreux aujourd'hui que l'instruction a p&#233;n&#233;tr&#233; toutes les classes&#8221;&lt;/i&gt;. Il peut en lire quelques vers, apprend que M.Mengaud, bijoutier &#224; Toulouse, Viguier, propri&#233;taire &#224; Villegailhanc, Aude, ont &#233;t&#233; jug&#233;s dignes d'une mention sur ce sujet religieux. Le lecteur proven&#231;al d&#233;couvrira ensuite des extraits de la pi&#232;ce de M.Giraud, d'Eguilles, neveu de feu M.Diouloufet, qui concourait pour le sujet sur les amusemens du dernier jour de carnaval (et nous constatons que Giraud a tout simplement utilis&#233; le manuscrit de son oncle !).Il est suivi par M.Ricard B&#233;rard, maire de Pelissane (B.d.Rh). Par contre, le sujet patriotique sur le sac de B&#233;ziers, en 1209, n'a pas inspir&#233; les concurrents.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi la &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt; contribue-t-elle &#224; habituer les esprits &#224; l'id&#233;e, admise pour le moyen-&#226;ge, mais ni&#233;e dans les pratiques du si&#232;cle, d'une communaut&#233; de langue des M&#233;ridionaux. Pr&#233;occupations bien &#233;trang&#232;res tant &#224; P.Bellot qu'&#224; ses admirateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt; continue &#224; honorer Chailan dans la compensation diglossique, avec &lt;i&gt;la Festo patrounalo de San Jean Baptisto &#224; Signo&lt;/i&gt;, longue pi&#232;ce descriptive termin&#233;e par un rappel des cours d'amour qui s'y tinrent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 11 juin 1840.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt; revient &#224; la charge sur la langue, avec le compte-rendu du dictionnaire d'Avril&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gazette du Midi, 13 juin 1840.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, autre l&#233;gitimiste. Le texte, fort int&#233;ressant, situe les positions du journal et annonce la tentative d'Honnorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Dictionnaire Proven&#231;al-Fran&#231;ais, suivi d'un Vocabulaire Fran&#231;ais-Proven&#231;al, par J.F.Avril.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le na&#239;f et riche idiome qui, sous le nom de langue d'Oc, r&#233;gna autrefois sur une moiti&#233; de la France, ne tardera pas &#224; s'effacer compl&#232;tement devant la langue de Paris. Scind&#233; depuis long-temps en une foule de patois n&#233;s de la s&#233;paration des diverses provinces m&#233;ridionale, et qui vont s'alt&#233;rant de plus en plus, il n'a pu avoir ni syntaxe &#233;crite, ni orthographe arr&#234;t&#233;e. Aussi, les &#339;uvres des troubadours, lues autrefois dans l'Europe enti&#232;re, sont-elles devenues inintelligibles pour qui ne peut les &#233;tudier attentivement et par comparaison avec le proven&#231;al actuel, le languedocien et le catalan. Plus malheureux peut-&#234;tre, les &#233;crivains modernes sont born&#233;s pour tout rayon &#224; l'&#233;tendue de leur province, et quelquefois de leur ville. Si la langue fran&#231;aise n'existait pas, les habitants des Bouches du Rh&#244;ne seraient &#224; peine compris dans le Languedoc, moins encor dans la Gascogne, et pas du tout dans le Rouergue et le Dauphin&#233;. Aussi est-il douteux que, m&#234;me dans nos montagnes les moins fr&#233;quent&#233;es, on trouve maintenant une population qui ne comprenne pas le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand une langue en est venue &#224; ce point, son extinction totale n'est plus qu'une affaire de temps. Mais, faut-il attendre que ce temps soit arriv&#233;, et ne devons-nous pas laisser aux g&#233;n&#233;rations &#224; venir le moyen de ne pas perdre toute intelligence de cette litt&#233;rature, qui seule peut leur r&#233;v&#233;ler la Provence depuis le moyen-&#226;ge jusqu'aux premi&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle actuel ? Enfin, si tout le monde comprend le fran&#231;ais, tout le monde ne le parle pas, et encore faut-il que l'homme instruit, quand il aura fait une demande &#224; son fermier, puisse entendre tous les mots de la r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous ce double rapport, un dictionnaire proven&#231;al et une grammaire de la m&#234;me langue seraient deux ouvrages pr&#233;cieux. M.Avril a voulu nous donner le premier ; son livre peut remplacer avantageusement ceux que nous poss&#233;dions autrefois, et qui, ind&#233;pendamment de leur anciennet&#233;, avaient presque tous le d&#233;faut d'&#234;tre &#233;crits pour un seul idiome. Mieux servi par sa position, M.Avril a relat&#233; dans son ouvrage toutes les expressions usit&#233;es dans les trois d&#233;partemens, qui se donnent la main dans la ville d'Apt, et, grace &#224; lui, l'habitant des Basses-Alpes et de Vaucluse, que ses affaires auront amen&#233; &#224; Marseille, ne sera plus expos&#233; &#224; perdre une phrase enti&#232;re de son interlocuteur, faute de comprendre le mot principal. Ce dictionnaire doit &#233;galement suffire pour l'intelligence des livres proven&#231;aux modernes et de ceux du si&#232;cle de Louis XIV. C'est l&#224; un v&#233;ritable service rendu &#224; la g&#233;n&#233;ration actuelle, et le seul dont elle e&#251;t absolument besoin, quant &#224; la nomenclature proven&#231;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisse l'heureux succ&#232;s, que nous ne craignons pas de pr&#233;dire &#224; cet ouvrage, encourager l'auteur &#224; une plus haute entreprise. C'est peu d'avoir pourvu au pr&#233;sent, il faut songer &#224; l'avenir ; c'est peu de mettre le proven&#231;al actuel &#224; la port&#233;e de ceux qui par leur position doivent le parler ou l'entendre chaque jour, il faut aviser &#224; ce que cette langue puisse &#234;tre comprise et appr&#233;ci&#233;e alors m&#234;me qu'elle n'existera plus que comme un souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour atteindre un pareil but, ce n'est pas seulement le proven&#231;al moderne qu'il faudrait offrir au lecteur, ce serait la vieille langue d'Oc, l'idiome des po&#232;tes au moyen-&#226;ge, celui que les chevaliers et les nobles dames entendaient et parlaient avec &#233;l&#233;gance, depuis la Catalogne jusqu'au Poitou, depuis le Comt&#233; de Nice jusques &#224; Lyon. Apr&#232;s huit si&#232;cles r&#233;volus, ce langage diff&#232;re peu du proven&#231;al actuel ou plut&#244;t du Languedocien. L'orthographe, quelques terminaisons, un petit nombre de mots catalans, voil&#224; les seuls obstacles qui arr&#234;tent le lecteur dans les po&#233;sies des plus anciens troubadours. Il ne serait donc pas impossible de placer, apr&#232;s chaque mot fran&#231;ais ceux qui le remplacent dans le proven&#231;al de nos principales cit&#233;s, dans l'idiome languedocien, et, enfin, dans celui du moyen-&#226;ge. Ce rapprochement ferait comprendre les d&#233;viations que la langue a subies, les changemens de son orthoraphe et la source latine, gauloise ou grecque des divers mots qui la composent. Des exemples bien choisis viendraient au secours des explications, et quelques d&#233;tails sur les m&#339;urs locales ach&#232;veraient de faire comprendre le petit nombre d'expressions qui arr&#234;tent le lecteur, parce que les faits et les coutumes dont elles tiraient leur origine sont maintenant &#224; peu pr&#232;s oubli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un tel livre demanderait beaucoup de travail et de patience ; mais ce serait un v&#233;ritable monument, pr&#233;cieux pour les savans de toutes les &#233;poques, et qui ne laisserait pas p&#233;rir le nom de son auteur. Nous en recommandons la pens&#233;e &#224; M.Avril ; son ouvrage actuel nous prouve qu'il est digne de le r&#233;aliser&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait faire beaucoup d'honneur au petit marchand de Manosque, et l'on comprend qu'Honnorat ait d&#251; bondir, en voyant son Grand &#338;uvre ainsi d&#233;flor&#233;. Mais l'essentiel est de constater que la &lt;i&gt;Gazette du Mid&lt;/i&gt;i, et avec elle d'une certaine fa&#231;on tout le poids du L&#233;gitimisme proven&#231;al, tout en prenant acte de l'in&#233;luctable disparition de la langue, reprend &#224; son compte le vieux projet des Aixois, Tr&#233;sor des mots que Honnorat et Mistral capitaliseront, monument &#224; la ma&#238;tresse morte. Le nationalisme d'oc, dans une acception territoriale maximaliste, fonctionne plus que jamais en doublet fantasm&#233; du nationalisme fran&#231;ais. La &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt; est &#224; mille lieues de la connivence bonhomme du &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt; avec Chailan, ou du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; avec Bellot, de la cl&#244;ture sur un paysage, sur un pays, sur un parler... Mais seule, pour l'heure, cette cl&#244;ture est porteuse d'&#233;crits r&#233;els, contemporains, qui, pour discutables et souvent m&#233;diocres qu'ils soient, ont le m&#233;rite d'exister, et d'&#234;tre lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s le feuilleton de son rival l&#233;gitimiste, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; publie en feuilleton la totalit&#233; du po&#232;me de Bellot, &lt;i&gt;Ce qu'aimi ve&#239;r&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le S&#233;maphore, 19 juin 1840.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous empruntons &#224; la prochaine livraison du troisi&#232;me volume des &lt;i&gt;Po&#233;sies Proven&#231;ales&lt;/i&gt; de M.P.Bellot, une de ses plus gracieuses compositions. Sous ce titre, ce qu'aimi veir&#233;, le po&#232;te a plac&#233; les tableaux les plus frais et les plus charmantes images. Rarement son vers a eu autant de douceur et d'harmonie ; la s&#233;v&#233;rit&#233; louable avec laquelle M.Bellot proscrit ces rudes hiatus si familiers aux &#233;crivains proven&#231;aux, est sans doute une des causes qui concourent le plus &#224; assouplir l'idiome local, sous la plume de notre po&#232;te&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que dans cette &#233;vocation des joies de la bastide, du beau paysage m&#233;ridional, de la mer, des amis, de la famille, Bellot est d&#233;finitivement converti aux charmes, non pas du romantisme abhor&#233;, mais d'une qualit&#233; po&#233;tique dont la fr&#233;quentation des jeunes po&#232;tes marseillais l'a impr&#233;gn&#233;. Ainsi, le public bourgeois du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt;, si longtemps tenu &#224; l'&#233;cart de l'expression dialectale, peut d&#233;couvrir, sans traduction, signe d'une compr&#233;hension encore g&#233;n&#233;rale, une po&#233;sie dialectale qui a rompu avec la spontan&#233;it&#233; na&#239;ve de ses d&#233;buts, tout en restant franche et spontan&#233;e, une po&#233;sie qui ne parle que de ce qu'il conna&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; l'occitanit&#233; de la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt;, des troubadours et du grand dictionnaire, les bourgeois marseillais ont sans doute peu &#224; faire. A ne prendre les choses qu'au premier degr&#233;, il suffit de constater que ce m&#234;me num&#233;ro du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; contient une longue attaque contre l'autre grand port &#8220;occitan&#8221;, Bordeaux, privil&#233;gi&#233; par le gouvernement, alors que &lt;i&gt;&#8220;sa communaut&#233; d'int&#233;r&#234;t avec tout le Midi de la France&#8221;&lt;/i&gt; aurait d&#251; faire gratifier Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Chailan, Le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt; publie Barth&#233;l&#233;my-Lapommeraye, avec &lt;i&gt;Leis Peis d'oou Canoubier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 25 juin 1840.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Barth&#233;l&#233;my-Lapommeraye, n&#233; en 1796 dans une famille marseillaise modeste, employ&#233; de mairie, est fait conservateur du mus&#233;um par la R&#233;volution de Juillet. Il est de ces lib&#233;raux convertis &#224; l'expression dialectale au tournant de 1835-1836. Sa petite fable est d&#233;di&#233;e &#224; Bellot, succeseur de Gros et de Diouloufet. Toujours couvert de l'autorit&#233; des grands pr&#233;d&#233;cesseurs, il donne, mais sans la signer, une autre fable, &lt;i&gt;L'Agasso et lou casseyrot&lt;/i&gt;, qu'il d&#233;die &lt;i&gt;&#8220;&#224; Moussu d'Astros&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 5 juillet1840.&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Puis il occupe un registre plus ambitieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Po&#233;sie Proven&#231;ale : L'ode suivante, que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs est de M.Barth&#233;l&#233;my, conservateur de notre cabinet d'Histoire Naturelle. Son style, comme on le verra, a une tournure toute diff&#233;rente de celle qui est &#224; suivre dans la po&#233;sie l&#233;g&#232;re. On peut dire que c'est de la po&#233;sie proven&#231;ale pour les classes moyennes de la soci&#233;t&#233; qui, dans le discours, se rapprochent le plus du fran&#231;ais. C'est le genre de Dezanat. Pourquoi ne chercherait-on pas &#224; rehausser le proven&#231;al jusqu'&#224; le rendre lou lingagi deis dious, selon la qualification de Chailan, et peut-on le rehausser au-dessus de l'ode &#224; moins de faire un po&#235;me &#233;pique de longue haleine ?&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 20 ao&#251;t 1840.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce long po&#232;me, &lt;i&gt;La Guerro Santo en Algerion Odo d&#233;diado &#224; l'armada francesa&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces a sont curieux.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; en Afriquo&lt;/i&gt;, le doux naturaliste aligne des vers d'une brutalit&#233; sanguinaire surprenante, qui donnent la mesure du nationalisme des lib&#233;raux. Il est vrai que D&#233;sanat avait fait, et fera, bonne mesure en ce domaine. La formule remarquable, &lt;i&gt;&#8220;po&#233;sie proven&#231;ale pour les classes moyennes de la soci&#233;t&#233; qui, dans le discours, se rapprochent le plus du fran&#231;ais&#8221;&lt;/i&gt;, est &#233;galement int&#233;ressante : il s'agit d'une rupture avec les registres de compensation diglossique. L'&#233;crit dialectal occupe, au nom du nationalisme fran&#231;ais, des registres jusque l&#224; tenus par le fran&#231;ais. Il s'agit donc, en quelque sorte, de poser en &#233;galit&#233; les deux langues. L'intervention politique officielle des Marseillais, puisqu'ils parlent les deux langues, se fera dans les deux langues. Mais seulement parce que ce proven&#231;al parl&#233; est en fait tr&#232;s proche du fran&#231;ais. C'&#233;tait la position de D&#233;sanat, qui, sans avoir besoin des troubadours, du gay-saber, des cours d'amour, alignait ses vers patois parce que le patois lui plaisait et qu'il &#233;tait encore la langue des petits bourgeois qu'il fr&#233;quentait. On leur propose donc, sans renoncer aux registres de divertissement, mati&#232;re plus s&#233;rieuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut croire que l'entreprise n'avait pas convaincu tout le monde au sein m&#234;me de l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;, dans lequel on peut aussit&#244;t lire apr&#232;s cette voie ouverte sur la po&#233;sie &#233;pique, cet entrefilet cruel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Les po&#232;tes proven&#231;aux pullulent. On en cite un qui vient arm&#233; de pied en cap d'un volumineux po&#232;me &#233;pique, qu'il a imagin&#233; et &#233;labor&#233; dans la solitude des Alpines.Nous verrons ce qu'il en sera, car le po&#232;te a le projet de le jeter dans le public, avec un luxe d'impression qui fera palir celui qui accompagna les oeuvres de M.Bellot&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 25 ao&#251;t 1840.&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans les premiers mois de 1840, quantit&#233; d'articles, dont nous avons reproduit l'essentiel, proposent un &#233;ventail de r&#233;flexions, jugements, mat&#233;riau sur la langue et son &#233;criture, qui est sans &#233;gal depuis l'apparition de la presse marseillaise. Po&#233;sie de compensation ou po&#233;sie de normalit&#233;, po&#233;sie spontan&#233;e ou po&#233;sie &#233;labor&#233;e, po&#233;sie populaire ou po&#233;sie des classes moyennes, po&#233;sie du petit pays ou po&#233;sie du grand ensemble d'oc, que de questions brass&#233;es en quelques mois, dans l'improvisation du feuilleton rapidement r&#233;dig&#233;, dans la camaraderie trop bienveillante d'auteurs, certes, mais aussi dans un mouvement r&#233;el de prise de conscience complexe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, deux publications marseillaise, l'une au d&#233;but, l'autre &#224; la fin de l'&#233;t&#233;, viennent relancer le d&#233;bat, et l'infl&#233;chir totalement dans un sens inattendu. L'une, celle de V.Gelu, passe pratiquement inaper&#231;ue de la presse (mais non des amateurs), l'autre, celle de Benedit, va lancer une grande pol&#233;mique o&#249; les fantasmes fondateurs de la pulsion d'&#233;criture dialectale vont se pr&#233;ciser et s'affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bataille de Chichois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est le journal qui va, quelques semaines plus tard, donner le coup de gr&#226;ce &#224; la po&#233;sie proven&#231;ale, le gouvernemental &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ex Garde National.&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;,qui parle le premier, &#233;logieusement, de la publication de Benedit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sud, 10 septembre 1840.&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Litt&#233;rature locale, &lt;i&gt;Chichois Vo lou nervi de moussu Long&lt;/i&gt; : par G.B. Les personnes qui ont souscrit au caf&#233; Casati, au Cercle du Commerce ou au Cercle des Beaux-Arts, sont pr&#233;venues qu'elles trouveront dans ces divers endroits les exemplaires qi leur sont destin&#233;s. D'autres exemplaires seront d&#233;pos&#233;s pour le public, chez Mme Camoin, MM Chaix et Dutertre, libraires, et Estellon, marchand de papier&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette simple indication, pour tout Marseillais au fait de sa ville, situe le public de G.B dans l'&#233;lite de la soci&#233;t&#233; commer&#231;ante marseillaise, et dans son intelligentsia, int&#233;gr&#233;e au mouvement &#233;conomique et politique de la Monarchie de Juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le feuilleton est un &#233;loge sans r&#233;serve de l'ouvrage, dont il paraphrase la pr&#233;face. Il donne le la &#224; un succ&#232;s sans &#233;gal et &#224; une pol&#233;mique sans &#233;gale elle aussi, dont en d&#233;finitive l'opuscule de Benedit ne sera que le pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;C'est tout simplement un po&#232;me &#233;pique,une Iliade en proven&#231;al dont l'Achille est le nervi Chichois&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas mettre cette premi&#232;re phrase de l'article en rapport avec l'entrefilet ironique du &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager de Marseille, 25 ao&#251;t 1840.&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; annon&#231;ant un grand po&#232;me &#233;pique en proven&#231;al, dont la publication de l'ode de Barth&#233;l&#233;my-Lapommeray &#233;tait l'avant-garde. La r&#233;ponse &#224; cette entreprise impossible est &lt;i&gt;Chichois&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On peut dire que cette oeuvre &#233;minemment marseillaise a &#233;t&#233; c&#233;l&#232;bre avant de voir le jour. Elle est attendue dans les cercles, dans les maisons de la neuve et de la vieille cit&#233;. Cinq cents souscripteurs ont d&#233;j&#224; pay&#233; d'avance le droit d'arr&#234;ter au seuil de l'imprimerie la premi&#232;re &#233;dition. Nous pr&#233;disons au po&#232;me de M.G.B un succ&#232;s de fureur. Demain, tout Marseille rira comme on ne rit plus depuis la question d'Orient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nervi est un produit special du pays, comme la clovisse et la figue blanche. J'aime la clovisse et la figue, mais je n'aime pas le nervi. Il ne faut pas confondre le nervi avec l'honn&#234;te et laborieux ouvrier marseillais. Le nervi est un capoun, et comme il se le hurle &#224; lui m&#234;me dans une confession publique prolong&#233;e &#224; l'infini d'&#233;chos en &#233;chos, le nervi est un feniiiiian : ce titre est une de ses gloires. Le nervi d&#233;teste le monsieur, insulte la dame qui a le malheur de parler fran&#231;ais, renverse les bancs du cours, d&#233;chire les affiches, dessine des figures impudiques sur les murailles neuves, fait le portrait de tist&#233; sur les soubassemens des maisons en constructions, pousse les caramans dans le port, arrache la po&#235;le des mains du na&#239;f chataignier du coin, fait battre les chiens, tue les chats au rendez-vous d'amour, vend des contremarques, crie &#224; bas le ... aux quatri&#232;mes loges du th&#233;&#226;tre, siffle les choeurs de M.Trotebas, fait vira d&#233; dous sur la palissade de la Loge, glane au sucre et au caf&#233; en Rive-Neuve, pousse les Turcs &#224; la Canebi&#232;re, mange des panisses, boit &#224; la fontaine Sainte-Anne, et couche dans les lacons.Tel est le nervi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gamin de Paris est un niais qui n'existe pas. Le nervi existe trop. C'est un fl&#233;au que le Lazaret ne peut arr&#234;ter. Il se d&#233;robe &#224; toute poursuite, &#224; toute r&#233;pression. La police, en faquine, redoute le nervi. Quand un rassemblement de nervis se trouve en face d'un rassemblement d'agens de police, ce sont les nervis qui dispersent les agens. Marseille g&#233;mit et se tait sous cette tyrannie ; le jour, nous tremblons devant les nervis, la nuit, nous sommes r&#233;veill&#233;s par leur refrain :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Nous irons jusqu'au bout du monde&lt;/i&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne nous laisse aucun espoir d'&#233;chapper aux nervis, dussions-nous nous r&#233;fugier chez les Esquimaux ou chez les Patagons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc savoir gr&#233; &#224; M.G.B. d'avoir essay&#233; le seul moyen de r&#233;pression possible contre les nervis, la satire.Y.&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger que repr&#233;sente le nervi ne met pas en cause la dominance sociale, mais l'ordre public quotidien. Les d&#233;class&#233;s brutaux et turbulents proc&#232;dent d'une marginalit&#233; qui n'a rien &#224; voir avec la prise de conscience de l'injustice sociale par une partie du peuple marseillais . Les troubles, bien r&#233;els, qu'ocasionnent les nervis, sont ramen&#233;s &#224; leurs justes proportions par d'autres observateurs, comme Chailan : on comprend mieux par l&#224; comment Benedit et le journaliste de &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, en focalisant sur le nervi, ne visent pas &#224; mettre en sc&#232;ne la popularit&#233; dans sa normalit&#233;. Dans sa brutalit&#233; le nervi est cocasse. Le r&#233;volt&#233; ne le serait pas, le r&#233;volutionnaire encore moins, ni le v&#233;ritable d&#233;linquant. Il est d'ailleurs amusant de voir pr&#233;senter comme invincibles ces quelques bandes de vauriens, alors que la police savait fort bien lutter contre les d&#233;linquants, et contre les r&#233;volutionnaires : l'enjeu est ici autant de l'ordre de l'imaginaire que de l'ordre r&#233;el de la vie quotidienne. Le nervi repr&#233;sente, dans sa radicale &#233;tranget&#233;, exterritorialit&#233;, une donne populaire &#224; l'&#233;tat brut, condens&#233; des forces vitales, animales, telles que Berenger par exemple pouvait les rep&#233;rer, avec effroi et fascination, chez les paysans d'avant 1789. Et c'est dans ce visage refl&#233;t&#233; par le miroir de la satire, visage &#233;trangement d&#233;form&#233;, mais bien reconnaissable, que le lecteur retrouvera l'humaine nature. Il en irait bien autrement si on lui avait propos&#233; le portrait d'une autre condition sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui plus est, en condamnant le nervi, le bourgeois amus&#233; fait d'une pierre deux coups, puisqu'il int&#232;gre l'ouvrier, l'honn&#234;te ouvrier marseillais, &#224; l'entreprise de salubrit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le nervi ne craint ni Dieu, ni m&#234;me M.Cas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chef de la police.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il craint le ridicule. Dans le po&#232;me de Chichois, le ridicule tombe &#224; flots sur les reins tendus des nervis. Jamais plus effrayant miroir ne fut plac&#233; devant ces b&#233;douins du pays. Le po&#232;te a pris leur langue et la parle avec une tranquillit&#233; d'expression &#224; les faire reculer de peur. Il y a, dans cette incroyable satire, une v&#233;rit&#233; d'observations qu'on ne retrouve dans aucune litt&#233;rature : c'est une com&#233;die qui laisse derri&#232;re elle tout ce que les auteurs comiques de profession nous ont donn&#233; de plus divertissant : chaque vers est une provocation irr&#233;sistible aux &#233;clats de rire ; il y a de quoi faire une orgie de ga&#238;t&#233; d&#233;lirante, une d&#233;bauche innocente de folie &#224; briser la rate de l'homme le plus s&#233;rieux. Je d&#233;fie le philosophe le plus aust&#232;re, le quaker le plus rembruni, le politique le plus en souci des r&#233;formes, le magistrat le plus rid&#233; par trente ans de plaidoiries, je d&#233;fie le grave buste d'Euthym&#232;nes et Pith&#233;as, et tous les bustes proven&#231;aux de nos fontaines de lire le po&#232;me de Chichois sans tomber la face contre terre avec des &#233;panouissemens de rire hom&#233;rique qui sont le partage des dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;te n'a recul&#233; devant auune expression nervique et il a bien fait. A quoi bon se g&#234;ner quand on parle patois !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patois dans les mots brave l'honn&#234;tet&#233;, a dit Boileau, et M.G.B. a choisi ce vers pour &#233;pigraphe justificative. Tous ses lecteurs le comprendront et l'absoudront. Nous sommes dans les saturnales foraines du Grand Saint-Lazare, ce grand saint qui a invent&#233; le proven&#231;al, eh bien ! rions et n'&#233;piloguons pas sur les mots. Le cr&#233;ateur de Pourceaugnac, d'Amphytrion et de la Comtesse d'Escarbagnas n'a pas recul&#233; devant le vocabulaire fran&#231;ais aux endroits lestes : l'auteur de Chichois, en pareil cas, devait &#234;tre heureusement effront&#233; devant le proven&#231;al. Aux nervis, il fallait parler nervi pour &#234;tre compris de ces messieurs&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, reprenant &#224; chaud la pr&#233;face de Benedit, qui pr&#233;tend n'avoir &#233;crit que pour &#233;craser le nervi par le ridicule et n'&#233;crire patois que parce que le nervi ne parle que patois, le journal officiel ent&#233;rine l'entreprise. En n&#233;gligeant le fait pourtant &#233;vident &#224; la lecture qu'une bonne partie du po&#232;me est mise en sc&#232;ne de la parole populaire normale, celle des femmes, des revendeuses, et non celle du nervi, et en n&#233;gligeant aussi le fait que le nervi, inscrit comme tout bon Marseillais dans la dominance diglossique, sait fort bien, s'il le faut, avoir recours au fran&#231;ais : son hymne guerrier, que citent &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, Gelu et Benedit, en t&#233;moigne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'usage du patois, source de grande d&#233;lectation, est donc sans probl&#232;mes cautionn&#233; par le choix du personnage et la n&#233;cessit&#233; de la vraisemblance. Ainsi sont &#233;vacu&#233;s les d&#233;bats sur la possibilit&#233; d'une po&#233;sie proven&#231;ale, sur la nature de ses registres. Le seul cr&#233;neau est celui de la mise en sc&#232;ne r&#233;aliste mais cocasse, du d&#233;class&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le journal de Benedit, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt;, reprend et d&#233;veloppe ces arguments dans un long feuilleton, &lt;i&gt;Chichois vo lou nervi de Moussu Long, Par M.G.B&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le S&#233;maphore, 18 septembre 1840.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, &#224; la diff&#233;rence de l'intervention de &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, le feuilleton s'efforce ici d'ins&#233;rer l'entreprise de Benedit dans un mouvement plus g&#233;n&#233;ral d'int&#233;ret pour le patois, alors que &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt; l'ignorait totalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Le patois a jou&#233; un singulier tour &#224; ses d&#233;tracteurs ; on sait quelles pr&#233;cautions emploient la plupart de nos familles marseillaises, dans le but de pr&#233;server les enfans de l'invasion du proven&#231;al ; une esp&#232;ce de cordon sanitaire est &#233;tabli autour d'eux, de peur que le patois, consid&#233;r&#233; comme un fl&#233;au, ne vienne introduire ses paroles r&#233;put&#233;es grossi&#232;res, son accentuation &#233;nergique dans les jeunes cerveaux. On a fait subir &#224; ce patois, &#224; ce d&#233;bris de la vive et harmonieuse langue romane, les plus humiliantes avanies, on l'a d&#233;clar&#233; mauvaise compagnie, on l'a impitoyablement banni du salon et pourchass&#233; jusques dans la cuisine et l'&#233;curie ; il a fallu pour ne pas exasp&#233;rer tant de susceptibilit&#233;s que le cocher et la femme de chambre s'exer&#231;assent &#224; estropier le fran&#231;ais ; car on a pr&#233;f&#233;r&#233; cet idiome iroquois dont se sert notre peuple, lorsqu'il veut faire usage de la langue de Fen&#233;lon, au na&#239;f mais un peu rude proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi s'&#233;tait-on persuad&#233; que c'en &#233;tait fait de cette langue rel&#233;gu&#233;e dans nos vieux quartiers et dans nos hameaux ; les progressistes et les centralisateurs se r&#233;jouissaient. Des expressions parisiennes telles que celles de gamin et de moutard avaient d&#233;j&#224; fait irruption dans les conversations marseillaises ; la fade conversation du vaudeville continuait, chaque jour, ses envahissemens, et Marseille perdant sa physionomie ancienne allait recevoir cette teinte parisienne qui s'&#233;tend d&#233;j&#224; &#224; presque toute la France. Le patois &#233;tait bless&#233; &#224; mort, son extrait mortuaire allait &#234;tre dress&#233; et l'on se disposait &#224; l'enterrer, comme on enterre le dernier descendant d'une famille noble, mais ruin&#233;e, sans c&#233;r&#233;monie et sans deuil !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand on le croyait agonisant, un triomphe se pr&#233;parait pour lui. Aussi, maintenant ne demandez pas o&#249; est la modeste bi&#232;re o&#249; des mains ingrates devaient le coucher, mais plut&#244;t le char blasonn&#233; sur lequel il se pr&#233;lasse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patois n'est point mort, il est plus que jamais plein de vie, il est partout, la presse marseillaise g&#233;mit nuit et jour pour lui, il dispute au fran&#231;ais le terrain des feuilletons locaux, il s'habille en livres, en brochures, il veut, comme la po&#233;sie fran&#231;aise, la marge bien large, les lettres plus savoureuses, le papier le plus satin&#233;, il ne d&#233;daigne pas le luxe des vignettes et marche au bruit de fanfare des articles. Le th&#233;&#226;tre lui ouvre ses portes, les acteurs parisiens consentent &#224; le r&#233;citer devant la rampe et le public le lit, l'applaudit, l'ach&#232;te et le f&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, de partout, de Toulon, d'Arles d'Aix nous sont venus des bardes proven&#231;aux ; &#224; la v&#233;rit&#233; ils n'ont pas voulu ceindre l'&#233;charpe chevaleresque ni se coeffer (sic) de la toque du troubadour ; ils sont rest&#233;s habill&#233;s comme vous et moi ; mais sauf le costume antique qu'ils ont eu le tort de r&#233;pudier, ils sont demeur&#233;s fid&#232;les aux vieilles inspirations de la muse du pays. Pourtant, nous aurions eu joie &#224; les voir ressusciter le v&#234;tement des troubadours leurs p&#232;res, le succ&#232;s de leurs vers n'en eut &#233;t&#233; que plus grand. Mais, je le r&#233;p&#232;te, le r&#233;veil de la po&#233;sie proven&#231;ale a &#233;t&#233; brillant ; pendant quelque temps, un nom nouveau montait, chaque nuit, comme un astre, sur le ciel de cette po&#233;sie ; les volumes de vers proven&#231;aux se succ&#233;daient &#224; ravir ; on ne lisait plus que des vers patois ; des hommes graves en &#233;crivaient de charmans ; de sorte que pour deux vers fran&#231;ais qui se fesaient dans un rayon de quelques centaines de myriam&#232;tres, on en comptait mille en patois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'&#233;tait ainsi qu'il fallait agir pour r&#233;tablir ce patois dans tous ses droits, pour lui faire conserver l'empire qu'on &#233;tait sur le point de lui ravir, pour le faire vivre d'une vie nouvelle ! Ah ! vous dites que le patois n'existe presque plus ; eh bien ! voil&#224; un, deux, trois, vingt, cent volumes qui vous prouvent le contraire ! -En patois on ne fait plus de vers. Tenez, prenez et lisez ! Est-ce l&#224; de la po&#233;sie, de l'esprit, de la grace, du coloris, eh bien ! tout cela est en patois ! Vous avez voulu un duel, le patois l'a accept&#233;, fi&#232;re langue fran&#231;aise ! -Maintenant qui se vend le mieux sur la place : de vous fran&#231;ais ou de moi patois ? Allez le demander &#224; tous les libraires ou bien au spirituel auteur de Chichois&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffisait pourtant de lire la pr&#233;face de Benedit pour constater qu'il acceptait, effectivement, de s'inscrire dans l'effet-mode des publications proven&#231;ales, mais qu'il prenait avec elle toutes ses distances, qu'il ne visait en rien &#224; relever l'astre abattu du proven&#231;al, qu'il ne justifiait son &#233;criture patois que de la parole populaire la plus d&#233;valoris&#233;e. L'enthousiasme, nouveau, du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; pour la cause du proven&#231;al, et les ridicules consid&#233;rations &#224; la Louis M&#233;ry, sans doute auteur de l'article, sur le v&#234;tement troubadour, situent ce revival dans un hors-jeu culturel parfaitement inefficace. Les publications en proven&#231;al, et leur relatif succ&#232;s, ne compensent en rien le discr&#233;dit social de l'idiome, parfaitement pr&#233;sent&#233; au d&#233;but de l'article. Il n'est question, en d&#233;finitive, que de lutter, avec les m&#234;mes armes, contre la dominance fran&#231;aise : esprit, gr&#226;ce, coloris. Gelu, sur lequel on ne dit rien, et Benedit lui m&#234;me, ne peuvent que sourire. Et, en ce qui concerne Benedit, se r&#233;jouir, car son tirage initial de mille exemplaires sera vite &#233;puis&#233;. &lt;i&gt;&#8220;Car tout ce long pr&#233;ambule a &#233;t&#233; &#233;crit pour expliquer le choix que le nouveau po&#232;te proven&#231;al a fait de notre langue locale pour populariser son oeuvre&#8221;&lt;/i&gt;. On ne saurait &#234;tre plus mauvais lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Et d'ailleurs, si son po&#232;me e&#251;t &#233;t&#233; &#233;crit en fran&#231;ais, il aurait perdu une grande partie de ses m&#233;rites ; d'abord, le Fran&#231;ais l'aurait emp&#234;ch&#233; de donner &#224; ses peintures cette v&#233;rit&#233; saisissante qui consiste dans une langue faite &#224; l'image des gens qui la parlent. Un idiome est le portrait exact d'un peuple, rien ne ressemble &#224; un nervi comme la langue qu'il emploie ; si vous lui en donnez une autre, vous le d&#233;figurez. Je sais bien que l'on s'est, avec quelque raison, effarouch&#233; de certains mots devant lesquels l'auteur n'a pas recul&#233;, de certains tableaux dont il n'a affaibli aucune teinte ; ceux qui auraient voulu des p&#233;riphrases, approuvent Dorat ou Voltaire, quand ces po&#232;tes cachent sous le v&#234;tement fort transparent d'une circonlocution, ces objets que la pudeur canonique d&#233;fend de nommer. Il me semble qu'on pourrait soutenir qu'il y a derri&#232;re certains mots un plus grand cynisme, que dans l'emploi de l'expression propre. On a dit depuis long-temps qu'il suffirait pour rendre la V&#233;nus de M&#233;dicis ind&#233;cente, de mettre un bas de soie &#224; sa jambe ; les puritains veulent des bas de soie. M.G.B n'a pas tourn&#233;, lui, autour du mot, il le l&#226;che avec une plaisante audace ; son portrait de la fille Nicot, ben facho, quoique soulido en fait foi. Le vers qui suit celui que je viens de citer est le hardi coup de pinceau donn&#233; au vigoureux portrait de cette fille robuste, qui causa tous les malheurs de Chichois. D'un autre c&#244;t&#233;, qu'a voulu le po&#232;te ? Il a voulu nous faire faire une connaissance intime avec les Nervis. Or, ces nervis ne portent pas de gants jaunes, ils ne prennent pas d&#233;licatement la main d'une femme, ils ne se servent pas d'un lorgnon pour faire un examen rapide des perfections physiques d'une femme : le Nervi va brutalement &#224; son but, son geste est dou&#233; d'une r&#233;voltante impudence, le Nervi tel que le d&#233;peint Mr G.B&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Desavi&#233; lei Familhos&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En f&#233;sant ce que l'auteur lui reproche, c'est l&#224; peut-&#234;tre une excentricit&#233; qui lui vient des Phoc&#233;ens, nos ayeux. Une fois le Nervi adopt&#233; pour h&#233;ros, M.G.B. devait nous le montrer sous toutes ses faces, dans toutes ses &#233;tranges mani&#232;res d'agir. Plus la peinture est crue, plus elle est fid&#232;le, plus aussi elle peut produire un excellent effet moral. En se voyant si laid, si d&#233;vergond&#233;, si ridicule dans le po&#232;me que M.B. a mis devant lui, comme un miroir, le Nervi &#233;prouvera-t-il quelque remords, quelque honte et peut-&#234;tre s'amendera-t-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans le style, dans la couleur de ce po&#232;me, une grande v&#233;rit&#233;, ce n'est pas autrement que l'on parle dans nos halles, &#224; la rue des Gassins, &#224; celle des Trois-Soleils, &#224; celle des Isnards o&#249; brilla, comme un astre, Regaillette&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Revendeuse dont les r&#233;parties proven&#231;ales &#233;taient c&#233;l&#232;bres.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une telle imitation, fut-elle la seule qualit&#233; de ce livre en ferait le succ&#232;s. Mais l&#224; seulement ne s'est pas born&#233; l'effort heureux de notre po&#232;te : graces &#224; ces quelques pages p&#233;tillantes de verve et pleines d'entrain, on voit se d&#233;rouler tous les incidens du drame populaire le plus grotesque. Le Nervi entre en sc&#232;ne, Chichois est son nom ; il massacre les chats, fait subir aux turcs un avant-go&#251;t du pal, lache des bouff&#233;es de tabac dans les visages un peu propres, et se permet des licences phoc&#233;ennes &#224; cette foire de Saint-Jean pleine de bruit et de privaut&#233;s ! L'audace de Chichois excite une rumeur de comm&#232;res et lui vaut un de ces ch&#226;timens renouvel&#233;s des jeux olympiques. Les coups de poing pleuvent sur lui, l'amant de la fille Nicot, laquelle venait d'acheter un baricot, meurtrit Chichoix, celui-ci battu, moulu, &#233;borgn&#233;, fait entendre une sublime &#233;l&#233;gie o&#249; se trouve ce vers :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;A&#239; trava&#239;a dex ans &#224; Moussu Long !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Chichois est le type complet du Nervi. M.B.... le met &#224; la hauteur d'un mythe ; il est insolent, hardi de mani&#232;res avec les femmes et les hommes timides, tremblant et adroit dans ses plaintes quand il a affaire &#224; de plus rudes jouteurs que lui ; car ce Chichoix, la terreur de son quartier, ne finit-il pas par dire &#224; son robuste adversaire, malgr&#233; les traces que les coups ont imprim&#233;es sur son visage&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ana, av&#233; tor, moun cher !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le Nervi est dans ces mots et dans ceux qui suivent &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Sias pas un brav&#233; gar&#231;oun&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquez qu'il parle ainsi &#224; un individu qui l'a moulu de coups.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une peinture de moeurs et d'hommes pareils a, nous l'avouons, de rudes exigences. Quand Vad&#233; faisait chanter ses poissardes, il ne d&#233;naturait pas leur langue et ne supprimait pas les mots grivois. Plus on est vrai dans ces &#233;tudes faites sur le bas-peuple, plus on s'expose &#224; voir arriver sous sa plume des mots vraiment r&#233;voltans ; mais ces mots bannis du vocabulaire des honn&#234;tes gens se maintiennent effront&#233;ment dans celui de la m&#233;decine et du peuple. L'auteur de Chichois n'a pas pu les &#233;viter, il les a vus entrer, la t&#234;te lev&#233;e, dans ses vers, o&#249; ils se sont fait une large place. Cette fid&#233;lit&#233; de couleur lui a pourtant valu quelques reproches ; les lecteurs actuels apparemment ignorent les &#233;tranges licences que Coye d'Arles et l'abb&#233; Caille se donnent dans leurs vers patois ; quand une certaine partie du peuple aura r&#233;form&#233; ses habitudes et ses expressions, ceux qui le d&#233;peignent ne seront plus plac&#233;s dans l'alternative, ou d'alt&#233;rer enti&#232;rement la v&#233;rit&#233; de leurs tableaux ou de m&#233;contenter les lecteurs par leur fid&#232;les reproduction d'un langage souvent naus&#233;abond.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chichois a eu un v&#233;ritable succ&#232;s ; des hommes graves l'ont lu et ont ri ; la premi&#232;re &#233;dition a &#233;t&#233; enlev&#233;e. Pour nous, sans partager tout-&#224;-fait les scrupules que la po&#233;sie hardie de ce po&#232;me a &#233;veill&#233;s dans certains passages, nous en permettons la lecture seulement &#224; tous les hommes &#226;g&#233;s de plus de vingt ans, et parmi les dames, &#224; celles qui font des voeux pour qu'un incendie d&#233;vore les inexorables registres de l'&#233;tat-civil&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitte &#224; forcer les termes, il nous semble impossible de ne pas rapprocher cette apologie du v&#233;risme sociologique marseillais de quelques lignes d'un article qui, dans le m&#234;me num&#233;ro, pr&#233;c&#232;de le feuilleton sur &lt;i&gt;Chichois&lt;/i&gt; . Commentant les troubles d'Espagne, le journal centre-gauche marseillais &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Les privil&#232;ges des municipalit&#233;s en Espagne sont exorbitans. Cette loi sur les ayuntamientos, qui cause tant de troubles, tendait &#224; renfermer ces privil&#232;ges dans de justes bornes. De plus elles sont incompatibles avec le r&#233;gime constitutionnel. Ce que veulent les exalt&#233;s c'est cr&#233;er une foule d'obstacles &#224; la formation de cette unit&#233;, de cette centralisation qui fait la force des &#233;tats libres et dont l'Espagne est tout &#224; fait d&#233;pourvue pour son malheur&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; est loin, tr&#232;s loin de son autonomisme et de son anti-centralisme d'avant 1830. On con&#231;oit que, dans ces conditions, le soutien qu'il apporte &#224; la cause du patois ne veuille pas &#234;tre autre chose que la connivence locale avec un plaisir de langage, sociologiquement d&#233;douan&#233;. Il n'est pas question de poser une autre diff&#233;rence que celle de la distorsion de plaisir de l'usage du dialecte et de celui du fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le manifeste, quelque peu coup de tonnerre, qui va dans ce sens, amplifie et syst&#233;matise ces arguments, vient de la feuille lib&#233;rale d&#233;sormais acquise &#224; Thiers, le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;, o&#249; Barth&#233;l&#233;my (de Paris) propose sous le masque transparent de Z.Y.X, un long article &#224; &lt;i&gt;Chichois, vo lou Nervi d&#233; Moussu Long&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Messager, 25 septembre 1840.&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la troisi&#232;me et derni&#232;re partie de cette ardente d&#233;fense de Chichois n'est que la reprise du r&#233;cit de ses exploits &#224; travers Marseille, qu'il d&#233;vaste, les deux premi&#232;res parties permettent au Marseillais de Paris de lancer deux fl&#234;ches barbel&#233;es : une en faveur de l'idiome, contre la francisation, l'autre contre l'image que donnent de la po&#233;sie proven&#231;ale les auteurs qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; Benedit.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article commence par cette surprenante d&#233;fense du proven&#231;al, que l'on comparera aux visions pan-occitanes des l&#233;gitimistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nous ne demandons pas mieux que d'applaudir &#224; toutes les innovations tendant &#224; am&#233;liorer l'existence de notre ville ; autant que tout autre nous sommes partisans du progr&#232;s et du perfectionnement. Ainsi, qu'on illumine nos quartiers de r&#233;verb&#232;res hydrog&#232;nes, qu'on nous trace des grands chemins jusqu'aux bords de la mer, qu'on nous promette des docks et des hospices, des pasages vitr&#233;s et un palais royal, qu'on travaille &#224; transporter un fleuve dans nos rues br&#251;lantes, et qu'une compagnie hercul&#233;enne arrache une corne &#224; la Durance, pour verser la fertilit&#233; sur notre territoire, et nettoyer les &#233;tables pestilentielles de nos rues. Oh ! alors nous seconderons ces grands et utiles projets, de nos voeux, de nos efforts, de notre bourse et de notre plume&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comparera cet enthousiasme commun aux lib&#233;raux et aux juste-milieu devant la modernisation de Marseille, aux refus de V.Gelu. Barth&#233;l&#233;my poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Mais le z&#232;le des novateurs les &#233;gare parfois. Ils tendent depuis quelque temps &#224; abolir la langue proven&#231;ale, et &#224; introduire le fran&#231;ais dans toutes les classes du peuple Marseillais. Nous ne craignons pas de le dire ; si le succ&#232;s est en cela possible, il serait &#233;minemment nuisible &#224; notre ville. Il faut &#224; cet &#233;gard &#233;tablir une distinction entre les pays situ&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des terres, et ceux qui occupent le littoral des mers. D&#233;truisez, si vous le pouvez, les ignobles patois des Limousins, des P&#233;rigourdins ou des Auvergnats, forcez-les par tous les moyens possibles &#224; l'unit&#233; de la langue fran&#231;aise, comme &#224; l'universit&#233; des poids et mesures ; nous vous approuverons de grand coeur, vous rendrez service &#224; ces population barbares, et au reste de la France qui n'a jamais pu les comprendre ; mais la situation g&#233;ographique de Marseille souffrirait &#233;norm&#233;ment de cette pr&#233;tendue am&#233;lioration, nous sommes limitrophes de l'Italie, nous avons devant nous la Corse et la Sardaigne, nous commer&#231;ons chaque jour avec des Maltais ; nous avons &#224; parler sans cesse &#224; des marins de toute la Gr&#232;ce ; il faut nous entendre avec la population indig&#232;ne de notre colonie d'Afrique ; quel est l'interpr&#234;te commun, quelle est la langue universelle entre nous et ces diff&#233;rens peuples ou pays ? Sinon le Proven&#231;al, ce patois que vous voulez proscrire, et qui l&#233;g&#232;rement modifi&#233; par l'intelligence du Marseillais, lui sert de passeport, et le naturalise dans toute la M&#233;diterran&#233;e ; obstinez-vous &#224; parler fran&#231;ais, &#224; des G&#234;nois, &#224; des Livournais, &#224; des Grecs, &#224; des Mores, vous verrez les embarras, les impossibilit&#233;s que vous &#233;l&#232;verez dans le commerce, et dans les habitudes les plus communes du peuple Marseillais ; et ce patois de tant de nations, ce fils d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; du latin comme l'italien, cette langue Franque qui se fait entendre partout, &#224; l'aide des ti sabir, ti andar, estar bono, tailar testa, etc, si vous parveniez malheureusement &#224; l'effacer, demain vous seriez forc&#233;s &#224; fonder des &#233;coles pour la r&#233;enseigner &#224; vos compatriotes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette n&#233;cessit&#233; du proven&#231;al peut &#234;tre justifi&#233;e par d'&#233;videns exemples ; nous n'en citerons qu'un, un seul, et si bien connu des habitu&#233;s du palais, nous en appelons &#224; M.B......, un des habitu&#233;s les plus fervents de nos s&#233;ances judiciaires ; il s'agissait d'un pauvre diable, battu par un nervi d&#233;hont&#233;&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le seul t&#233;moin est un vieillard circassien, que le pr&#233;sident ne peut comprendre jusqu'&#224; ce que l'avocat le fasse t&#233;moigner &#8220;gr&#226;ces &#224; cette belle langue universelle dont le proven&#231;al est la souche et la racine grecque&#8221;. Petit morceau de bravoure auquel le cabotin Barth&#233;l&#233;my ne r&#233;siste pas : l'anecdote lui avait sans doute &#233;t&#233; racont&#233;e par Benedit lui m&#234;me qui utilisera la lingua franca dans sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre sur le nervi, un peu plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument de Barth&#233;l&#233;my a sans doute quelques fondements, mais il int&#233;resse surtout de montrer l'isolat de plaisir dialectal de ces bourgeois et de ces intellectuels marseillais, naturellement dialectophones, mais tout &#224; fait int&#233;gr&#233;s dans les normes de la culture dominante. Cette d&#233;fense du proven&#231;al est incapable de se justifier d'un quelconque senti &#8220;occitan&#8221; : comment demander, &#224; des gens accoutum&#233;s d&#232;s l'enfance &#224; m&#233;priser les Gavots, une attitude plus amicale &#224; l'&#233;gard des Occitans de l'int&#233;rieur, comme dit superbement l'homme du littoral, durablement repli&#233; sur Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est bon pour les autres ne l'est pas pour Marseille, parce que Marseille, c'est sp&#233;cial. Autant dire, mais ce n'est pas encore possible, parce que entendre le parler de notre enfance nous fait plaisir, &#224; condition qu'il reste v&#233;ritablement &#224; sa place : langue du peuple certes, mais par l&#224;-m&#234;me, et ici g&#238;t le plaisir, langue de la diff&#233;rence d'avec le bon ton, d'avec la culture acquise, d'avec cette po&#233;sie fran&#231;aise si ardemment pratiqu&#233;e, et dont on esp&#232;re reconnaissance et succ&#232;s. Toute tentative de faire passer cette langue &#8220;naturelle&#8221; du c&#244;t&#233; de la langue dominante, dans un comme si de normalit&#233;, une adoption de registres v&#233;hicul&#233;s par la po&#233;sie fran&#231;aise, engendre ennui et doit &#234;tre s&#233;v&#232;rement condamn&#233;e. Ainsi sont renvoy&#233;s &#224; leur nullit&#233; les po&#232;tes proven&#231;aux dont la r&#233;cente lev&#233;e en masse enthousiasme le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt;, ainsi le renaissantisme est ni&#233; dans sa vertu d&#232;s ses premiers balbutiements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui &#233;tait, implicitement, sugg&#233;r&#233; par Benedit dans sa pr&#233;face (il ne se prononcera clairement sur ce point que dans sa pr&#233;face de 1853) est clam&#233; de fa&#231;on provocatrice par Barth&#233;l&#233;my, et par le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;. Les m&#234;mes qui, avant 1830, condamnaient, non seulement les tentatives d'&#233;criture dialectale, mais l'idiome lui-m&#234;me, dans leur aprobation nouvelle, li&#233;e &#224; l'&#233;vidence de l'effet-mode proven&#231;al d'apr&#232;s 1836, condamnent &#224; nouveau : mais cette fois, la barre de leur interdiction ne passe pas entre le fran&#231;ais et la langue d'oc, elle passe, au coeur m&#234;me de la langue d'oc, entre les registres de normalit&#233;, condamn&#233;s, et le seul registre r&#233;aliste de compensation diglossique, source de d&#233;lectation esth&#233;tique dans la connivence patoise. Barth&#233;l&#233;my poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;On doit regarder comme m&#233;ritant bien de la chose publique, les hommes qui ont concouru ou concourent aujourd'hui, &#224; la conservation de notre langue proven&#231;ale, &#224; ceux qui lui fondent ou lui maintiennent sa litt&#233;rature, seul moyen de perp&#233;tuer cette langue. Au nombre de ces hommes utiles, nous nous plaisons &#224; proclamer l'auteur du po&#232;me que nous annon&#231;ons ; nous affirmons sans crainte d'&#234;tre d&#233;menti que cet opuscule est le r&#233;g&#233;n&#233;rateur de notre patois qui tend chaque jour &#224; l'ab&#226;tardissement, et qu'il fixe &#224; tout jamais les r&#232;gles de la po&#233;sie proven&#231;ale. Il existe sans doute avant M.G.B qui a le tort de ses cacher sous ces timides initiales, il existe, disons-nous, des hommes recommandables qui ont consacr&#233; leur plume &#224; notre idi&#244;me populaire ; leurs ouvrages sont pour ainsi dire classiques, mais cependant empreints, de formes &#233;trang&#232;res, d'expressions amphibies, d'une infinit&#233; de gallicismes, ou d'habitudes de langage qui tendent &#224; corrompre l'antique puret&#233; ou rusticit&#233; de notre langue primitive. Ce n'est pas parler proven&#231;al, que de traduire des mots fran&#231;ais ou des images fran&#231;aises ; on a beau dire en patois, l'aouroro e&#239; d&#233; d&#233; roso, d&#233;j&#224; lou bloun Ph&#233;bus, dardavo se&#239; rayouns ; le&#239; Muso, le&#239; noou Sur, etc. Tout cet attirail du Parnasse fran&#231;ais est intraduisible dans la langue proven&#231;ale ; celle-ci, a ses formes arr&#234;t&#233;es, ses dictons, ses proverbes, sa mythologie particuli&#232;re ; vouloir les d&#233;placer ou les innover, c'est cr&#233;er une langue, sans origine, sans type et sans caract&#232;re. L'auteur de Chichois a merveilleusement compris le g&#233;nie de sa langue, il s'est restreint dans le circonf&#233;rence qu'il s'est trac&#233;e ; il n'a pas recul&#233; timidement devant la hardiesse de l'expression, et sachant bien que ses vers ne pouvaient se traduire, il a donn&#233; &#224; cette satire l'allure franche, et l'&#233;nergique audace de cette langue de Juv&#233;nal dont la n&#244;tre n'est qu'une filiation. Les d&#233;tails de moeurs qu'il nous donne ici seraient peut-&#234;tre &#233;tranges en fran&#231;ais ; en Proven&#231;al ils sont libres sans cynisme, et peuvent &#234;tre lus sans scrupule et sans scandale. En un mot, M.G.B est &#224; nos yeux le restaurateur du proven&#231;al ; il parle franchement et sans m&#233;lange adult&#233;rin, la langue de Saint-Jean et du Ch&#226;teau de Joly. Il saute &#224; pieds joints sur l'hiatus &#233;cueil de la po&#233;sie fran&#231;aise, et que la proven&#231;ale doit braver : il donne ainsi, par de d&#233;dain de l'hiatus, une allure plus franche, plus naturelle, plus d&#233;cid&#233;e &#224; l'idi&#244;me proven&#231;al&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, poursuivant et retournant la vieille id&#233;e-re&#231;ue selon laquelle il existe en proven&#231;al une foule de mots et d'expressions tout-&#224;-fait intraduisibles en fran&#231;ais, Barth&#233;l&#233;my, en montrant qu'effectivement, &#224; s'en tenir au plaisir de la retrouvaille avec la langue v&#233;cue, la langue pos&#233;e en contrepoint savoureux du fran&#231;ais par la compensation diglossique, il existe en fran&#231;ais des mots et des expressions qu'on ne peut traduire en proven&#231;al. Il n'est donc plus question, comme, dans des registres diff&#233;rents, pour Bellot et pour D&#233;sanat, par exemple, de tout dire, ou de dire beaucoup. Simplement, il est question d'&#234;tre juste dans le registre choisi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, la &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt; se rangeait parmi ceux que la verdeur du langage de Chichois avait choqu&#233;s : la po&#233;sie proven&#231;ale doit rester famili&#232;re, mais de bonne compagnie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Gazette du Midi, 26 septembre 1840.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Publications locales : On aura la d&#233;centralisation litt&#233;raire, quand on le voudra ; cela ne d&#233;pend q ue des &#233;crivains de talent ! Que ceux d'entre eux qui appartiennent &#224; la province, et dont le nombre est grand, abandonnent le brouillard de la Seine pour le soleil natal ...&#8221;. Recette ais&#233;e, en effet, suivie d'un appel &#224; Maurin, et d'un petit mot sur la litt&#233;rature proven&#231;ale : &#8220;La litt&#233;rature proven&#231;ale a beaucoup produit ces jours-ci ; nous avons eu d'abord les premi&#232;res livraisons du &lt;i&gt;Gangui&lt;/i&gt;, oeuvre originale et populaire de M.Chailan, et la derni&#232;re livraison des po&#233;sies de M.P.Bellot. Ces deux noms sont en possession depuis longtemps de la faveur publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a paru un autre po&#232;me proven&#231;al qui a eu du succ&#232;s, et qui, sous quelque rapport, m&#233;ritait la s&#233;v&#233;rit&#233; de la critique, mais j'aime mieux vous en dire, en terminant, que j'ai lu hier, dans la revue Dramatique de M.G.Benedit, une notice remarquable sur Levasseur. Le biographe s'est montr&#233; homme d'esprit et bon critique musical, qualit&#233;s qu'on lui reconna&#238;t depuis longtemps &#224; Marseille comme &#224; Paris&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Justin D. qui signe ces lignes sans appel est le m&#234;me qui, peu avant, rappelait Bellot &#224; plus de d&#233;cence dans son &#233;vocation des pr&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en rendant compte dans le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le S&#233;maphore,8 octobre 1840.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la publication de Bellot, &#233;loge tout &#224; fait dans la ligne de ceux d&#233;j&#224; propos&#233;s dans le m&#234;me journal et dans la &lt;i&gt;Gazette&lt;/i&gt;, Louis M&#233;ry va d&#233;clencher les foudres, dans un rebondissement inattendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nouvelles Po&#233;sies Proven&#231;ales De Pierre Bellot, Faisant suite &#224; ses oeuvres compl&#232;tes, Troisi&#232;me et dernier volume. En vente chez l'auteur, rue Traverse-S&#233;nac, n&#176;10 et chez les libraires de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous n'aimez ni nos collines pel&#233;es, ni nos simples et modestes bastides, ni nos petits vallons o&#249; l'olivier et la vigne foisonnent, ni nos &#233;troits sentiers bord&#233;s de thym et de genets, ni les rom&#233;rages o&#249; le galoubet et le tambourin proven&#231;al marient leurs sons primitifs ; si notre sol, notre Midi, notre mer, ne disent rien &#224; votre coeur, ne lisez pas les po&#233;sies de Bellot, vous ne les comprendriez pas. Bellot n'a pas appris son beau m&#233;tier de po&#232;te dans les livres, pas m&#234;me dans la plupart de ceux de ses devanciers, il est possible que les troubadours lui soient inconnus. Que de gens font des vers, pour la seule raison qu'on en a fait avant eux, qui &#233;tudient laborieusement le rythme, la mesure, l'h&#233;mistiche, qui croient faire de la po&#233;sie, quand ils ne font que coudre les uns aux autres des centons et s'imaginent &#234;tre originaux, lorsqu'ils ont donn&#233; &#224; leur muse une physionomie, une robe faite avec des morceaux d'&#233;toffe coup&#233;s &#231;&#224; et l&#224; dans quelque antique d&#233;froque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai d&#233;j&#224; dit, Bellot n'a rien de commun avec ces po&#232;tes sans mission, qui travaillent un canevas jusqu'&#224; la trame. Le nom de po&#232;te, ils ne le m&#233;ritent pas, c'est de leur part une usurpation contre laquelle on ne saurait trop &#233;nergiquement protester. Depuis Gros, la muse marseillaise n'a eu que peu de v&#233;ritables interpr&#234;tes, &#224; coup s&#251;r, Bellot en est un. Qui le nierait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, je le r&#233;p&#232;te, si par ton, si par l'effet d'une &#233;ducation parisienne, par suite de ces impressions malheureuses re&#231;ues au th&#233;&#226;tre, des vaudevilles de M.Scribe, vous &#234;tes forc&#233;s, quand vous ne pouvez pas quitter notre ville et notre banlieue, de vous regarder comme un exil&#233; sous le ciel du Midi ; si vous n'admirez que les vers faits &#224; Paris, le livre imprim&#233; &#224; Paris, que trouverez-vous dans les oeuvres de Bellot ? Plus celui-ci est po&#232;te, moins vous le go&#251;terez. Il n'a pas, lui, cherch&#233; &#224; franciser son patois, &#224; cacher sous une &#233;charpe moir&#233;e le gentil corsage de sa muse, il n'a pas habill&#233; en proven&#231;al des id&#233;es et des moeurs parisiennes, il est rest&#233; marseillais, c'est le po&#232;te de nos trins, de nos bastides, de nos usages m&#233;ridionaux, c'est le po&#232;te &#233;minemment populaire dont les vers sont r&#233;cit&#233;s dans les f&#234;tes villageoises, qui peut, comme Moli&#232;re, consulter sa servante, s&#251;r d'en &#234;tre compris. Qu'y-a-t-il donc de commun entre lui et un auteur parisien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je prends un livre patois, je veux y retrouver mon pays, je veux que nos paysans, que nos grisettes, que nos p&#234;cheurs s'y montrent dans toute la sinc&#233;rit&#233; de leurs moeurs et de leur langage ; je veux y voir descendre un de ces beaux rayons de soleil dont le midi dore nos paysages, y respirer ces parfums qui montent de nos rochers soulev&#233;s par la M&#233;diterran&#233;e, ou bien ces douces senteurs que nos collines, cassolettes de thym et de lavande, exhalent ; j'ai alors, d'autant plus de joie, que la langue de ma nourrice est celle dont le po&#232;te s'est servi pour r&#233;veiller en moi toutes ces sensations locales. N'y-a-t-il pas entre un pays et son idiome des affinit&#233;s, des rapports qui font passer dans celui-ci, la couleur et la physionomie de celui-l&#224; ? or, ne vaut-il pas mieux respirer la fleur, sur le petit morceau de terre o&#249; elle est n&#233;e, en plein soleil, et plein air, que dans le vase o&#249; on l'a impitoyablement exil&#233;e ? Pour moi, si j'&#233;tais contraint de quitter ma ville natale, je sais bien qui me la rendrait : un volume de M.Bellot me transporterait avec la rapidit&#233; de la pens&#233;e, au milieu des collines maternelles, et &#224; chacun de ses vers, je referai peu &#224; peu, en imagination, sans en oublier le moindre coin, tous les lieux o&#249; les plus belles ann&#233;es de ma vie se seraient &#233;coul&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi Bellot a-t-il pour admirateurs, tous ceux de ses lecteurs qui ont un vif attachement pour le pays. Un v&#233;ritable po&#232;te peut seul obtenir un aussi touchant suffrage&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit comment le modeste Louis M&#233;ry, doublure du fr&#232;re admir&#233;, mais assur&#233; cependant de sa petite position dans l'intelligentsia marseillaise, a &#233;t&#233; contraint d'adapter sa qui&#233;tude dialectale, proclam&#233;e depuis 1836 dans la fr&#233;quentation de Bellot, la convivialit&#233; de la Soci&#233;t&#233; des Belles-Lettres, la conversion lib&#233;rale, &#224; une situation quelque peu diff&#233;rente. Avec Benedit, c'est toute la coterie du &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; qu'il convient de m&#233;nager, le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; auquel M&#233;ry doit pour partie sa situation et sa notori&#233;t&#233; relative. L'op&#233;ration avait &#233;t&#233; tent&#233;e, d'amalgame entre la gloire institutionnelle de Bellot, d&#233;sormais baptis&#233; po&#232;te tous registres couverts, et la charge de Benedit. Benedit s'&#233;tait tu, gardant un anonymat prudent, mais le succ&#232;s et la terrible admonestation de Barthelemy &#224; la cl&#233;, il devenait difficile de ne pas choisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le salut &#224; Bellot, qui sera prolong&#233; d'une pr&#233;face de l'&#233;dition populaire de ses &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, en 1841, anticipe sur cette pi&#232;ce consternante : M&#233;ry tente de faire siennes les remarques de Maurin, publi&#233;es en d&#233;but d'ann&#233;e dans la &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;, sur l'ad&#233;quation entre le pays, ses montagnes, son climat (M&#233;ry est un des premiers, avec cet article, &#224; mettre des majuscules &#224; Midi), et la po&#233;sie &#8220;naturelle&#8221; de Bellot, &#233;crivain hors-litt&#233;rature, comme il tente de faire siennes les remarques de Barth&#233;l&#233;my sur la vraie proven&#231;alit&#233; du langage : Bellot ne francise pas son patois, Bellot reste marseillais et populaire. Mais il ne peut, et pour cause, faire siennes les remarques de Barth&#233;l&#233;my portant sur l'adoption du regitres &#8220;fran&#231;ais&#8221;, les expressions que citait le Marseillais de Paris &#233;taient directement puis&#233;es dans les tentatives &#8220;po&#233;tiques&#8221; du &lt;i&gt;poueto cassaire&lt;/i&gt;, dans ses efforts pour acc&#233;der &#224; la &#8220;vraie&#8221; litt&#233;rature. On con&#231;oit que Bellot ait &#233;t&#233; rudement secou&#233; par l'inattendu succ&#232;s de Benedit, et surtout par la philippique de Barth&#233;l&#233;my qui l'accompagnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comparer &#224; ce d&#233;but d'article en son honneur ce que Bellot &#233;crit alors aux auteurs proven&#231;aux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EisAoutours Prouven&#231;aoux.&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O vous gais troubadours de la richo Prouven&#231;o&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'aimas qu'un vers patois de vielhs mots siegue ourna,&lt;br class='autobr' /&gt;
Leissez pas, cresez-mi, proufanar la semen&#231;o&lt;br class='autobr' /&gt;
D'aqueou beou prouven&#231;aou que Gros a samena !&lt;br class='autobr' /&gt;
Si saou ben que l'aoutour qu'a gaire de ressour&#231;o,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que de sa linguo maire ignoro la beouta,&lt;br class='autobr' /&gt;
Fara de vers patois en frances mailhoueta ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mai cadun saou que l'aigo es plus bello &#224; sa sour&#231;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmation de l'authenticit&#233;, de la non-francitude de son langage, &#224; l'encontre de ce que Barth&#233;l&#233;my pourra lui reprocher : le souci de &#8220;correction&#8221; graphique est &#224; la cl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bellot r&#233;pond ainsi &#224; la tentative de l'&#233;t&#233; de Barth&#233;l&#233;my-Lapommeraye, po&#233;sie de classe moyenne comme l'&#233;crivit le &lt;i&gt;Messager&lt;/i&gt;,voulant imiter le fran&#231;ais dans les registres nobles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vers adreissas &#224; un de meis amis que dis que lou Prouven&#231;aou foou que siegue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diguo-mi, cher ami, cresi qu'eres poumpetto&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou jour que nous as dich, embouquant la troumpetto,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que lou vers prouven&#231;aou qu'es doou frances vesti&lt;br class='autobr' /&gt;
Es plus noble qu'aqueou que de ra&#231;o es sorti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sieou pas d'aquel avis, ta pensado es barroquo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Noun, noun, quand lou patois n'es pas de vielho roquo,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que d'un frances bastar si trobo malhoueta,&lt;br class='autobr' /&gt;
Eis hueils de toueis letrus, n'a ges d'aoutourita.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'or pur a mai de pres qu'aqueou qu'a d'alliagi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'aoutour que voou d'uno odo empruntar lou lengagi,&lt;br class='autobr' /&gt;
Que sus un ton serieou mounto soun diapasoun,&lt;br class='autobr' /&gt;
Esquirlo coum'un ai qu'engaougno lou quinsoun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;ry se garde de faire &#233;cho &#224; de telles pol&#233;miques internes : l'essentiel est de proclamer l'authenticit&#233; du langage de son prot&#233;g&#233;, et l'ad&#233;quation de cette po&#233;sie au sol qui la fait na&#238;tre, en &#233;vacuant toute consid&#233;ration sociolinguistique. A partir de l&#224;, il est ais&#233;, comme le faisait Maurin en d&#233;but d'ann&#233;e, d'opposer la po&#233;sie parisienne et la v&#233;ritable po&#233;sie du pays, &#233;tant entendu que cette derni&#232;re ne pourra &#234;tre go&#251;t&#233;e que par les autochtones amoureux du pays (ce qui en r&#233;duit consid&#233;rablement le nombre), qu'elle n'a donc aucune pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Ce qui me pla&#238;t dans Bellot, c'est qu'il ne porte pas &#233;tal&#233;e sur son front, dans sa mani&#232;re de vivre, la fastueuse enseigne d'un auteur ; il y a dans ses habitudes, comme dans son talent, quelque chose de si na&#239;f, de si spontan&#233;, de si naturel, qu'on &#233;prouve &#224; l'entendre r&#233;citer quelques-unes de ses pi&#232;ces, sans aucune de ces coquetteries d'hommes de lettres en pied et en titre, la surprise d'une r&#233;v&#233;lation de po&#233;sie inattendue. On l'a dit de Lafontaine, on peut le dire de lui : il porte des vers, comme un arbre porte des fruits, l'arbre s'en doute-t-il ? et cette heureuse ignorance en rend-elle les fruits moins savoureux ? C'est &#224;, &#224; une &#233;poque aussi raffin&#233;e que la n&#244;tre, dans un si&#232;cle de pr&#233;tentions et de succ&#232;s calcul&#233;s, de r&#233;putations habilement escamot&#233;es, un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne litt&#233;raire ; ainsi d&#233;buta la po&#233;sie, quand elle naquit sur les l&#232;vres simples et na&#239;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce talent qui s'ignora long-temps lui m&#234;me, s'est donc produit, sans arri&#232;re-pens&#233;e de renomm&#233;e, sans l'implacable besoin des applaudissements ; il est venu &#224; nous, sans pressentir m&#234;me le brillant accueil que nous lui avons fait ; et qui sait si dans la suite, ce retentissement populaire qu'il a obtenu, ne lui a pas caus&#233; une certaine surprise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sont-ce l&#224; des succ&#232;s parisiens ? o&#249; donc la po&#233;sie peut-elle encore se croire transport&#233;e &#224; ses premiers jours ? si ce n'est dans ces provinces recul&#233;es, o&#249; soufflant sur la poussi&#232;re qui recouvrait les gothiques incrustations de son luth, elle r&#233;pand de nouveau la vie et l'harmonie sur des cordes depuis long-temps muettes.Ce qui est advenu &#224; Jasmin est &#233;galement advenu &#224; Bellot. Le coiffeur d'Agen savait-il qu'un jour son nom serait plac&#233; parmi ceux des po&#232;tes, quand il chantait ses m&#233;lancoliques chansons languedociennes ; il ressemblait, ainsi que Bellot, &#224; tant de Bardes qui ont pass&#233;, inconnus, sur la terre, avec ces paroles que les anges ou les g&#233;nies des solitudes leur avaient apprises. Le hasard a d&#233;voil&#233; tous ces myst&#232;res po&#233;tiques, et de quelle fra&#238;cheur, de quel charme les avons-nous trouv&#233; empreints ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Chante-t-on ainsi dans nos civilisations vieillies ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, je l'avoue, j'ai plus de plaisir &#224; lire ces po&#232;tes qui &#233;taient loin de se douter de tout leur g&#233;nie, que ces versificateurs plus pr&#233;occup&#233;s de leur suc&#232;s que de leurs &#339;uvres. Ceux-ci voient toujours derri&#232;re le paysage qu'ils d&#233;crivent, la passion qu'ils d&#233;peignent, le tableau qu'ils esquissent, les artilleurs de la critique litt&#233;raire, prets &#224; mettre en pi&#232;ce le fr&#234;le &#233;difice de leur renomm&#233;e. Et ces pr&#233;occupations ne sont pas les seules qui d&#233;concertent leur verve, celles du gain, du m&#233;tier les surprennent m&#234;me au milieu de leurs m&#233;ditations ; de pareils soucis assombrissent n&#233;cessairement l'horizon de leurs pens&#233;es ; la po&#233;sie n'est plus cultiv&#233;e pour la po&#233;sie, ce n'est plus le rossignol qui chante pour lui, parce que le cr&#233;puscule ou parce que la nuit pleine d'une fra&#238;cheur sereine sont venues ; &#224; ce chantre de la solitude, que font les oreilles attentives, que font les auditeurs recueillis &#224; quelques pas de la branche toute r&#233;sonnante de son harmonie ? Le cr&#233;puscule, dont les derni&#232;res lueurs s'&#233;teignent dans un azur mourant, la nuit qui desend du firmament &#233;toil&#233;, ont &#233;mu le musicien solitaire qui s'enivre, seul, de ses chants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; la po&#233;sie !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;crin o&#249; elle puise ses riches &#233;meraudes, la toile o&#249; son pinceau &#233;tend ses belles couleurs, sont toujours les m&#234;mes, la nature et l'homme !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et M&#233;ry de citer longuement &#224; l'appui, le m&#234;me po&#232;me qui inspirait les articles pr&#233;c&#233;dents sur Bellot, &lt;i&gt;Ce qu'aimi veire&lt;/i&gt;, m&#233;ditation sur le paysage aim&#233; et l'amiti&#233;, qu'il fait suivre, en contraste, d'un &lt;i&gt;&#8220;tableau de moeurs&#8221;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;lou Coou de Mouchoir&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes pour Louis M&#233;ry, demeur&#233; au pays dans la r&#233;signation d&#233;pit&#233;e, l'id&#233;alisation de l'amateurisme de Bellot est critique implicite des Marseillais lanc&#233;s par leur s&#233;jour dans la capitale, Joseph son fr&#232;re, Barth&#233;l&#233;my. Mais une telle id&#233;alisation lui permet aussi d'esquiver le probl&#232;me de la critique marseillaise, v&#233;ritable monopole, qui d'une certaine fa&#231;on a fait le succ&#232;s de Bellot, et occult&#233; d'autres tentatives.&lt;br class='autobr' /&gt;
Justement, et le fait est tout &#224; fait exceptionnel, M&#233;ry s'aventure ici &#224; dresser un panorama de la cr&#233;ation marseillaise, o&#249;, ce sera bien le seule fois, le nom de V.Gelu est cit&#233; (on comprend que Gelu ait poursuivi le &lt;i&gt;S&#233;maphore&lt;/i&gt; et la coterie M&#233;ry de sa rancune tenace).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Nos po&#232;tes proven&#231;aux, (et le nombre en devient de jour en jour plus consid&#233;rable), remplissent les uns envers les autres, d'une mani&#232;re fort &#233;difiante, les devoirs de l'hospitalit&#233; ; aussi sommes-nous s&#251;rs, quand nous les lisons, de rencontrer au milieu de leurs pi&#232;ces, quelques-unes de leurs confr&#232;res, touchante association qui semblerait prouver que la po&#233;sie patoise est exempte de ce sentiment de rivalit&#233; dont sa rivale ne sait pas toujours se garantir. Ainsi, dans le dernier volume de M.Bellot, nous avons lu une fable de M.Leydet tourn&#233;e avec beaucoup d'esprit, une imitation heureuse plut&#244;t qu'une traduction d'une &#233;p&#238;tre de Lafontaine, c'est l&#224; un d&#233;but qui promet un bon livre. La charmante pi&#232;ce de vers patois que la Canoubi&#233; a inspir&#233;e &#224; M.Barth&#233;l&#233;my, notre savant et aimable directeur du Museum d'Histoire Naturelle, a aussi toutes les qualit&#233;s de la po&#233;sie proven&#231;ale ; M.Barth&#233;l&#233;my, M.Leydet, M.Chailan dont le Gangui obtient un v&#233;ritable succ&#232;s, M.Desanat, dont le vers &#233;pique se colore de tant de patriotisme, figurent avec honneur dans cette pl&#233;iade o&#249; MM.Gelu et G.B...., sont nouvellement entr&#233;s, tenant &#224; la main un dipl&#244;me de po&#232;tes, paraph&#233; par tous les amateurs de l'idi&#244;me local. Tant d'efforts, en faveur de notre Langue proven&#231;ale ne seront pas vains, nous leur devons des publications int&#233;ressantes et la preuve d'un mouvement intellectuel qui s'accomplit v&#233;ritablement dans la sph&#232;re proven&#231;ale&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste ainsi dress&#233;e, une fois n'est pas coutume, dispense M&#233;ry, mis en &#233;tait-il capable, d'une r&#233;flexion v&#233;ritable sur ce qui est en train de se jouer &#224; Marseille. Aussi, faute de pouvoir, ou de vouloir, mettre en avant les tentatives originales, mais absolument oppos&#233;es, de D&#233;sanat et Gelu-Benedit, eux m&#234;mes affront&#233;s, il en revient &#224; Bellot, renvoyant le grand Prieur des lettres proven&#231;ales &#224; cette mythique rencontre avec le peuple de la Provence profonde, dont d'autres r&#234;veront bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Il y a deux ans, je visitai la Sainte Baume ; au pied de cette masse qui forme un rempart sombre et imposant au plan d'Aups, j'entendis un jeune p&#226;tre r&#233;citer des vers patois ; c'&#233;tait un des contes de Bellot. Je demandai &#224; ce rhapsode local, o&#249; il avait lu ces vers. Il me r&#233;pondit qu'il les avait appris d'un d&#233;clama&#239;re de Ste Zacharie ; mais, ajouta-t-il, avec tristesse, comme je sais lire, j'aurais achet&#233; les livres de celui qui fait les vers, si l'on ne m'avait pas dit qu'ils co&#251;taient beaucoup d'argent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bellot &#224; qui je racontai le d&#233;pit du jeune berger, s'est empress&#233; de lui faire parvenir l'&#233;dition compl&#232;te de son oeuvre, o&#249; le luxe typographique des meilleurs imprimeurs de Marseille est magnifiquement &#233;tal&#233;. Mais il ne peut pas, sous peine de se ruiner, faire de pareils cadeaux &#224; tous les bergers et &#224; tous les agriculteurs qui voudraient le lire ; il faut donc qu'il se h&#226;te de faire une &#233;dition populaire, afin qu'une place qu'il est si s&#251;r d'obtenir, soit faite &#224; son livre, dans le coin des chemin&#233;es des bastides, o&#249; la fum&#233;e jaunit l'Histoire de la Belle Maguelonne de Provence avec celle des Quatre fis d'Aymon. Sa charmante po&#233;sie y sera aussi comprise et go&#251;t&#233;e, qu'elle l'a &#233;t&#233; dans un salon, je lui demande cette &#233;dition au nom du peuple de nos villes et de nos campagnes, qui n'ont pas toujours un d&#233;clama&#239;re &#224; sa disposition&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bellot publiera ses &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, en &#233;dition populaire, en 1841. Mais si, &#224; sa fa&#231;on, le th&#233;&#226;tre dit la v&#233;rit&#233;, comment ne pas voir ce que disent, dans le m&#234;me temps, ses personnages des &lt;i&gt;Deux Magots&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Deux Magots, ou un bal de Carnaval, folie en un acte. La pi&#232;ce est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sc&#232;ne se passe &#224; Marseille : Auguste, peintre d&#233;corateur, Rossignol, matelot, Fifine, grisette, etc, parlent fran&#231;ais, et le fran&#231;ais &#224; la mode. Bellot laisse le proven&#231;al &#224; Margarido, poissarde proven&#231;ale. C'est dire que dans la socialisation de la mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, et &#224; plus forte raison dans la folie de la transgression carnavalesque, les masques se mettent, mais les masques tombent aussi. Cette proclamation d'un retour du patois, cette c&#233;l&#233;bration journalistique dont M&#233;ry est l'ordonnateur, sont bris&#233;es net par deux interventions : l'une est ext&#233;rieure, c'est celle de Berteaut, journaliste du gouvernemental &lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, l'autre, par la force du sens de son message ambigu, vient de l'initiative proven&#231;ale, c'est celle de Gelu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intervention du journaliste de &lt;i&gt;Sud&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sud, 25 novembre 1840.&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Berteaut, n&#233; en 1807, bient&#244;t secr&#233;taire de la chambre de commerce et d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts du port, vient rompre ce concert de louanges : en assumant le v&#233;ritable registre de l'idiome, Benedit montre qu'il ne peut y avoir, en effet, de v&#233;ritable litt&#233;rature en proven&#231;al. L'incroyable m&#233;pris du peuple dont t&#233;moigne Berteaut, et la brutale allusion &#224; la libido des petits bourgeois marseillais, ne sera pas relev&#233;e par ses adversaires, qui ne le reprendront que sur la langue. Signe en r&#233;alit&#233; d'un consensus id&#233;ologique profond et d'une impossibilit&#233; d'investissement populaire v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;R&#233;ponse &#224; la lettre de Z du S&#233;maphore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article qui rendait compte d'une pochade locale, nous avons soulev&#233; &#224; notre insu une grave question de linguistique. Le proven&#231;al, avions-nous dit, est illettr&#233; de sa nature, il manque de grammaire et ne sait pas l'orthographe ; en un mot, ce n'est rien qu'un patois. Tout ce que l'orgueil local pourra exhumer de la poussi&#232;re du pass&#233; ne d&#233;truira pas ce fait actuel admis par tout le monde, ceux m&#234;me qui parlent proven&#231;al comprennent instinctivement combien leur instrument est grossier et incomplet, aupr&#232;s de la langue fran&#231;aise. Partant de cette donn&#233;e, nous d&#233;plorions que des hommes d'intelligence s'obstinassent &#224; faire de cet idiome un &#233;l&#233;ment litt&#233;raire et po&#233;tique, comme ces musiciens qui, pouvant ex&#233;cuter une fantaisie de Thalberg sur le piano, s'obstineraient &#224; jouer du galoubet, par exemple. Au lieu de voir tout ce qu'il peut y avoir de v&#233;ritablement national dans une question ainsi pos&#233;e, le S&#233;maphore n'aper&#231;oit que le c&#244;t&#233; local, il r&#233;duit la musique &#224; une aubade de tambourins, et se croit oblig&#233; de rompre une lance pour ce qu'il appelle sa langue maternelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous, enfant de Marseille, nous ne reconnaissons pas d'autre langue maternelle que le fran&#231;ais ; ces chants dont on a pu nous bercer au maillot ne constituent pas selon nous une parent&#233; bien rapproch&#233;e, et nous n'imiterons jamais ces enfants qui sourient &#224; leur nourrice de pr&#233;f&#233;rence &#224; leur m&#232;re. Les services du proven&#231;al sont extr&#232;mement born&#233;s ; ils se restreignent pour ainsi dire &#224; la mamelle ; cet idiome n'a rien d&#233;velopp&#233; en nous ; c'est une musique de berceau d'une harmonie fort contestable et qui a plus souvent &#233;clat&#233; en jurons qu'en caresses ; le fran&#231;ais au contraire a recueilli nos premi&#232;res impressions sur nos l&#232;vres encore blanches de lait, il a pos&#233; nos balbutiements les plus vierges, c'est lui qui nous a parl&#233; d'amour et de Dieu, c'est dans cette langue que nous avons re&#231;u les tendresses de la famille, enfin si le proven&#231;al a pu &#234;tre notre nourrice, on peut dire que le fran&#231;ais a &#233;t&#233; notre v&#233;ritable m&#232;re ; il nous a communiqu&#233; le jour, et le sentiment des nuances. Le S&#233;maphore a beau mettre la langue proven&#231;ale sous l'&#233;gide de l'amour, lui pr&#234;ter l'allure accorte et l'air pimpant de la grisette, il ne parviendra jamais &#224; po&#233;tiser cette langue triviale et populaire ; cette grisette, nous l'avons aim&#233;e, malgr&#233; son langage ; sa physionomie a plaid&#233; pour elle et a tout fait oublier. Apr&#232;s ces heures de passion brutale o&#249; la V&#233;nus callipyge est la plus haute expression de la beaut&#233;, alors qu'on commence &#224; descendre en soi-m&#234;me et &#224; r&#234;ver d'une ma&#238;trese, que de fois nous avons regrett&#233; qu'une langue compl&#232;te comme la n&#244;tre ne r&#233;pond&#238;t pas &#224; nos phrases et n'interromp&#238;t cet &#233;ternel monologue auquel nous &#233;tions condamn&#233;s, faute d'expressions correspondantes. Au nom du ciel, mon cher Z, trouvez-nous de meilleures raisons pour relever le proven&#231;al ; vous avez pu faire de la po&#233;sie avec vos propres sentiments, mais croyez-moi, ce que vous avez all&#233;gu&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de votre cause lui est pr&#233;cis&#233;ment contraire. Ce patois proven&#231;al, habill&#233; &#224; votre fa&#231;on, ressemble &#224; ces artisans endimanch&#233;s dont le linge blanc ne fait que mieux ressortir les mains noires et la peau cuivr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tr&#234;ve de m&#233;taphores et de sentiments ; au fait, avocat du proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous dites que notre patois est une langue, vous all&#233;guez &#224; l'appui de notre th&#232;se qu'il a &#233;t&#233; parl&#233; au Moyen age, qu'il a donn&#233; naissance &#224; toute une famille de po&#232;tes ; vous allez jusqu'&#224; avancer que Dante, l'Hom&#232;re florentin, sur le point d'&#233;crire la Divina Comedia, h&#233;sita un instant entre la langue italienne et celles des troubadours ; c'est l&#224;, comme vous le dites fort &#233;l&#233;gamment, un assez beau blason pour notre proven&#231;al ; mais ce blason n'est garanti par aucune histoire ; il est compl&#232;tement apocryphe ; nous avons d'excellentes raisons pour le croire de fabrique marseillaise. La preuve que cette h&#233;sitation de Dante entre l'italien et le proven&#231;al est une fiction purement litt&#233;raire, c'est que l'italien n'existait pas. Dante, ne reconnaissant pas le proven&#231;al pour une langue, inventa l'italien. Quant aux Bertrand de Born, aux Pons de Capdeuil, aux Comtesses de Die et &#224; tout le chapelet historique que vous d&#233;filez, c'est plus s&#233;rieux, cela du moins existe. Mais que prouvent ces barbouilleurs de sirventes, de planhs, de tensons ? A la place de ces volumes indigestes, pleins de garlembeys et de torneyamens, que n'exhumez vous de vos archives proven&#231;ales une belle page de prose comme savait en faire la bonne langue d'o&#239;l ; cela, croyez-moi, serait plus positif et vaudrait mieux que tant de fadaises rim&#233;es. Pendant que le proven&#231;al chantait sur la cithare, jouait aux dames et aux troubadours, la langue du Nord, bien autrement tremp&#233;e, ne se contentait point de rimes et de cour d'amour. D&#233;j&#224;, vers 1200,un anonyme traduisait en prose fran&#231;aise la vie de Charlemagne, et, avant 1203, Geoffroy de la Ville-Hardouin, chevalier normand, consignait dans sa chronique l'histoire de la conqu&#234;te de Constantinople. Tous ces ouvrages &#233;taient autant d'assises jet&#233;es par le g&#233;nie pratique du Nord et qui devaient assurer la pr&#233;&#233;minence de son idiome sur celui des M&#233;ridionaux. Or c'est par de tels ouvrages, fruits de la r&#233;flexion et des recherches, qu'on parvient seulement &#224; fixer une langue. Que de consciencieux manuscrits ! que de chroniques int&#233;ressantes ! que de curieux r&#233;cits de voyage nous sont venus de l'Ecole de Normandie ! Que de mat&#233;riaux pr&#233;cieux pour notre langue et pour notre histoire, sans compter ces &#233;pop&#233;es de cent mille vers, ces nobles romans de chevalerie, o&#249; l'on trouve la po&#233;sie &#224; pleines mains, et dans lequels pointe, d&#232;s le XIIIe si&#232;cle, le germe de notre brillante civiliation. Tous les essais po&#233;tiques et litt&#233;raires de quelque valeur et de quelque port&#233;e appartiennent exclusivement aux trouv&#232;res ; depuis la po&#233;sie &#233;pique jusqu'&#224; la simple nouvelle, ils avaient tout embrass&#233;. Au mariage de Charles VI et d'Isabeau de Bavi&#232;re, ils improvis&#232;rent le th&#233;&#226;tre : la Confr&#233;rie de la Passion est l'ayeule directe de Corneille et de Moli&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'imagination moderne a broch&#233; les troubadours d'or et de soie ; elle en a fait des personnages de fantaisie, &#224; l'usage des op&#233;ras et des romans. On les a drap&#233;s magnifiquement, comme ces brigands de th&#233;&#226;tre relev&#233;s pour la sc&#232;ne et qui, en r&#233;alit&#233;, ne sont que des coupe-jarrets en haillons et des Mandrin d&#233;guenill&#233;s. Les troubadours de Curte de Sainte Palaye sont le pendant des Fra Diavolo de Scribe. Mais soufflons sur tous ces mensonges, et voyons ce qu'&#233;tait le troubadour. C'&#233;tait une esp&#232;ce d'h&#244;te nomade qui chantait de porte en porte comme Hom&#232;re, et n'avait de commun avec ce patron des po&#232;tes que le m&#233;tier de mendiant ; c'&#233;tait un versificateur gastronome qui, gr&#226;ce &#224; la tol&#233;rance de l'&#233;poque, &#233;changeait de fort mauvais vers contre de bons d&#238;ners... Le troubadour, c'&#233;tait un bateleur &#232;s-lettres, promenant sa pauvre muse en compagnie des singes, et les faisant danser ensemble au refrain de la m&#234;me chanson. Faiseur de lazzis et tours de passe-passe, escamotant la syntaxe et la muscade, le troubadour n'est pas mort ; on peut encore le voir sur nos places publiques... Le troubadour pur sang, c'est l'aveugle du coin que d&#233;cembre nous ram&#232;ne, chanteur de no&#235;ls enrou&#233;s qu'il accompagne sur un violon rhumatismal. Laissez faire le temps, un jour il ne manquera pas de savants qui mettront leur sagacit&#233; au service de ces rhapsodes, et qui nous d&#233;montreront dans une rh&#233;torique ad hoc toutes les fleurs litt&#233;raires de ces chants de la borne. Maistre Barry passera ma&#238;tre dans la gaie science, tout comme Bertram de Born, et enrichira de son nom la liste qu'ouvre Guillaume, Comte de Poitiers. Pourquoi pas ? D&#232;s 1245 on y trouve d&#233;j&#224; un pauvre tailleur, Guilaume de Figu&#233;ras ! Tel est le sort de l'idiome proven&#231;al : parti de haut, il est toujours tomb&#233; bien bas ; du tr&#244;ne il a pass&#233; &#224; l'&#233;tabli dans l'espace de soixante ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
/.../ le fran&#231;ais, europ&#233;en aujourd'hui, a presque r&#233;alis&#233; le r&#234;ve de Leibnitz, tandis que le proven&#231;al, en d&#233;pit de son euphonie et de sa filiation latine, ne s'est jamais fix&#233;, n'a pas &#233;lev&#233; le moindre monument linguistique proprement dit, et n'existe que dans un rayon fort circonscrit, comme tous les patois ... Nous le demandons aux esprits s&#233;rieux, une langue vivante, pour m&#233;riter ses titres de bourgeoisies, ne doit-elle pas pouvoir rendre tous les effets, ne doit-elle pas embrasser chaque sp&#233;cialit&#233;, &#234;tre capable de parler science et art, enfin se mettre &#224; la hauteur de l'&#233;poque sous le rapport &#224; la fois moral et physique. Voil&#224; ce que nous avons pos&#233; en principe, et ce que nous n'avons pu reconna&#238;tre dans le proven&#231;al, baragouin local qui finit l&#224; ou la noblesse et la science commencent. Sans doute il y a quelque chose de plus int&#233;ressant que le laboratoire du chimiste et le cabinet du physicien, c'est le sanctuaire du coeur. Mais ce domaine-l&#224; est interdit comme tout le reste &#224; l'idiome proven&#231;al ; pour lui, point d'essence po&#233;tique et litt&#233;raire, point de partie v&#233;ritablement &#233;th&#233;r&#233;e. En sa qualit&#233; de patois, il est tout &#224; fait incomp&#233;tent pour les sentiments d&#233;licats et les nuances de l'&#226;me. Comme tous les idiomes de bas &#233;tage, il n'a pas d'autre caract&#232;re distinctif que la vis comica.&lt;br class='autobr' /&gt;
/.../ Il faut &#234;tre de son temps, avant tout ; c'est avec ce sage pr&#233;cepte que nous condamnons le proven&#231;al collet mont&#233; sous les troubadours et lie de peuple aujourd'hui, et qui par ces motifs manque de partie interm&#233;diaire et vitale. Nous renions le proven&#231;al, cet idiome b&#226;tard, latin en putr&#233;faction dont le fumier st&#233;rile n'a fait pousser aucun chef-d'oeuvre, en dehors de quelques jets poussant par eux-m&#234;mes et qui ont pu fleurir malgr&#233; la terre ingrate o&#249; ils &#233;taient plant&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ces id&#233;es, on pense bien que je n'ai pas de ga&#238;t&#233; de coeur entam&#233; une pol&#233;mique litt&#233;raire sur le proven&#231;al ; un pareil patois n'en valait pas la peine ; j'ai relev&#233; le gant en l'honneur seulement de la main qui me l'avait lanc&#233;, main fran&#231;aise s'il en fut, et payant aujourd'hui d'ingratitude la langue qui r&#233;pondit tant de fois &#224; ses inspirations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus beaux fleurons de la couronne proven&#231;ale, les seuls d'un &#233;clat incomparable, brillent &#224; Paris dans la r&#233;publique des lettres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur cite alors longuement Thiers, Raspail le savant, M&#233;ry, Barth&#233;l&#233;my, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;./.../ Gardons notre admiration pour les talents qui la m&#233;ritent ; il est temps de faire justice de toutes ces po&#233;sies patoises qui commettent des larcins journaliers au pr&#233;judice de la France ; il faut enfin convertir en num&#233;raire de bon aloi toute cette fausse monnaie dont la presse locale se paye, sous des pr&#233;textes de patriotisme mal entendu qu'invente une camaraderie de clocher.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S.Berteaut.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un aboutissement dans l'&#233;cart&#232;lement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se terminait l'ann&#233;e 1840 : cascades de mutations, masques assum&#233;s. Chailan, dix ans apr&#232;s sa trag&#233;die fran&#231;aise &lt;i&gt;Jules C&#233;sar&lt;/i&gt; donne &lt;i&gt;lou Gangui&lt;/i&gt;, et en pr&#233;face, l'ancien directeur du &lt;i&gt;Frondeur Marseillai&lt;/i&gt;s, dix ans apr&#232;s avoir stigmatis&#233; le patois, ass&#232;ne une indigeste dissertation sur la langue romane, en totale distorsion avc le registre plaisant et familier de l'ouvrage, et en prudent d&#233;faussement par rapport &#224; la querelle de la po&#233;sie proven&#231;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chailan et Bouillon-Landais assument ainsi, dans cette dissociation-association apparemment incompr&#233;hensible, l'&#233;cart&#232;lement initial auquel &#233;tait soumise la conscience proven&#231;aliste dans la d&#233;cennie 1775-1785, et &#224; laquelle elle avait r&#233;pondu par la dissociation entreprise th&#233;&#226;trale-publication sur la langue. De cet &#233;cart&#232;lement entre un investissement &#233;rudit, et un investissement de plaisir d'&#233;criture, na&#238;t la r&#233;ponse au blocage de la cr&#233;ation, r&#233;ponse qui engendre elle m&#234;me la condition d'un nouveau et d&#233;cisif blocage : l'&#233;ternelle qu&#234;te d'un support identificatoire au g&#233;nie de la langue pouvait se r&#233;aliser de trois fa&#231;ons :&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Bellot, dans une mise en place d'un cercle de connivence, le &lt;i&gt;grand villagi&lt;/i&gt; marseillais (ou proven&#231;al), entour&#233; de l'oc&#233;an du fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Chailan, dans la mise en place d'un cercle de consommation en d&#233;rision, cercle des amateurs marseillais, entour&#233;s de l'oc&#233;an de la pittoresque arri&#233;ration paysanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Benedit et Gelu, Marseille civilis&#233;e, et francis&#233;e (Gelu, plus franc que Benedit, donne un ouvrage bilingue), focalise le G&#233;nie de l'idiome sur le noyau des exclus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, dans les trois cas, c'est bien du g&#233;nie de la langue qu'il s'agit, et non de son support identificatoire, positif ou n&#233;gatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas indiff&#233;rent de constater que Benedit ne pourra pas tenir, d'ailleurs, ce registre, et d&#232;s &lt;i&gt;Chichois au Conservatoire&lt;/i&gt;, un an plus tard, s'essaiera au style noble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chailan meurt en 1840, non sans avoir dit son fait &#224; Benedit et encourag&#233; D&#233;sanat. Il est &#233;vident alors que s'ouvre une &#233;poque nouvelle : la presse des d&#233;partements s'ouvre au proven&#231;al, m&#234;me si ce n'est, comme &#224; Toulon, que pour rimer sur le &lt;i&gt;passares&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Lou Bouil-Abaisso&lt;/i&gt; va para&#238;tre, unissant &#224; partir du Rh&#244;ne, dans lequel Encontre voyait une barri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Aou bord de la Prouven&#231;o et de l'Occit&#224;ni&#224;&#8221; &#233;crit-il en 1839.&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les po&#232;tes des deux r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes Gelu subvertit la chanson populaire : il n'est que de comparer ses textes avec les productions d'un Vincent en 1839. Mais il ne peut faire v&#233;ritablement d'&#233;mules, pas plus que, &#224; l'oppos&#233; de l'&#233;cart&#232;lement, l'entreprise normative d'Honnorat ne peut faire v&#233;ritablement de disciples. Car leur double et contradictoire exigence &#233;tait aussi, a priori, la n&#233;gation de l'usage commun, pour ne pas dire m&#233;diocre, dans lequel la po&#233;sie de classe moyenne allait chercher le salut, non sans de bonnes raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'ann&#233;e 1840 propose simultan&#233;ment la publication du projet de dictionnaire de la langue d'oc, par Honnorat, et les solutions marseillaises de l'impasse litt&#233;raire, avec Benedit et Victor Gelu. Ces deux tentatives, qui inaugurent de fait une p&#233;riode nouvelle, n'entrent pas dans notre cadre de recherche, et feront l'objet de travaux ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise d'Honnorat m&#233;ritera un examen attentif. Nous avons essay&#233;, compte-tenu de la relative ignorance de la gen&#232;se de l'oeuvre, d'&#233;clairer ses motivations, et ses premi&#232;res retomb&#233;es. Il importera de suivre la r&#233;ception du texte de 1840, qui sera diffus&#233; aupr&#232;s des acad&#233;mies de province en 1841 et conna&#238;tra seulement alors ses premiers &#233;chos dans la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise marseillaise est infiniment mieux connue. Le r&#233;cent colloque Gelu, comme la contribution des &lt;i&gt;Cahiers critiques du Patrimoine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.Y.Casanova, R.Merle, Victor Gelu, Cahiers critiques du patrimoine, 1,1895.&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans une premi&#232;re approche &#224; plusieurs voix, ont permis de cerner de fa&#231;on beaucoup plus approfondie la personnalit&#233;, les contradictions et les ouvertures de Gelu. Les textes de Benedit sont d'un acc&#232;s ais&#233;. Aussi avons-nous insist&#233; essentiellement, dans cette &#233;tude, sur les r&#233;actions du tissu social et culturel marseillais &#224; ces publications de 1840, en donnant, quitte &#224; &#234;tre long, le dossier de presse : textes signifiants dans leur suivi, leur continuit&#233;, et dont la quasi-impossibilit&#233; de consultation impose, nous semble-t-il, le regroupement. Si Gelu n'y a pratiquement pas de place, c'est que la presse marseillaise l'a ignor&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc tr&#232;s volontairement que nous n'avan&#231;ons pas plus dans la r&#233;flexion sur l'oeuvre de Gelu, et sur la post&#233;rit&#233; de celle de Benedit, nous en tenant &#224; cet &#233;clairage de l'environnement, et nous permettant de renvoyer, pour une &#233;tude qui doit se poursuivre, &#224; nos premi&#232;res contributions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa pr&#233;face des &lt;i&gt;Chansons&lt;/i&gt; de 1840, Gelu &#233;crit : &#8220;D'abord, mes h&#233;ros sont Marseillais avant tout. Ils ne pensent point en fran&#231;ais pour s'exprimer en proven&#231;al. Ils parlent le patois de Marseille et non la langue, si langue il y a, telle qu'elle doit s'&#233;crire. Leur dialecte est celui des rues, des quais et des halles. Il n'a rien &#224; d&#233;m&#233;ler ni avec le dictionnaire de l'Acad&#233;mie, ni avec la grammaire proven&#231;ale. Au reste, cette grammaire, si elle existe, ou m&#234;me si elle a jamais exist&#233;, que peut-elle &#234;tre aujourd'hui,sinon une introuvable raret&#233; bibliographique ?&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, c'est au moment m&#234;me o&#249;, de la n&#233;gation de la langue par l'assomption d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la parole, de la n&#233;gation de l'identit&#233; nationale par l'assomption de l'identit&#233; socialement et localement la plus d&#233;centr&#233;e, Gelu fait oeuvre v&#233;ritable, travail de plume, cr&#233;ation de langue, qu'Honnorat proclame l'ordre et le sens des mots, la logique de leur graphie, pour mieux mesurer la mort d'une Nation r&#233;duite au verbe. Le double et terrible salut &#224; cet indicible qui s'en va, litt&#233;ralement inou&#239;, inaudible par les contemporains, devait donner son sens &#224; l'inflation de textes proven&#231;aux qui allait suivre, et dont &lt;i&gt;lou Bouil-Abaisso&lt;/i&gt; et d'autres entreprise devaient capitaliser les retomb&#233;es, et les accro&#238;tre. L'impitoyable d&#233;dain de Gelu, comme d'Honnorat, pour la foule des rimeurs proven&#231;aux de bonne volont&#233; qui devaient s'engouffrer dans la br&#234;che ouverte en 1840, au del&#224; de toutes les bonnes raisons avanc&#233;es, t&#233;moignait essentiellement du fait que l'entreprise n'&#233;tait pour eux pensable qu'en termes de salut individuel. A cet &#233;gard, le plus int&#233;ressant en d&#233;finitive pour ces deux solitaires rel&#232;ve du refus que la soci&#233;t&#233; civile leur opposera apr&#232;s 1840. Mais leurs entreprises m&#234;me, en 1840, signaient un impossible, et une n&#233;cessit&#233; : poser la langue en dehors de la francitude, dominante, dont ils acceptent par ailleurs toutes les donn&#233;es, et toutes les compromissions.Ce peut &#234;tre, pour Gelu, par le refus de la norme culturelle, ou, comme Honnorat, par la prise en compte totale de cette norme. Peu importe, en d&#233;finitive : tous deux situent un Ailleurs dont ils savent bien que, &#224; part eux, nul n'a la cl&#233;. La d&#233;solation proclam&#233;e de n'&#234;tre pas suivis ne tient pas, en d&#233;finitive, &#224; l'absence de disciples : qu'en auraient-ils fait ?&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, quel que puisse &#234;tre son manque de persectives, D&#233;sanat se situe dans la voie apparemment normale de l'insertion dans la soci&#233;t&#233; civile d'une &#233;criture occitane qui n'a pas d'autres ambitions que d'en faire partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e 1840 marque donc, d'une mani&#232;re qui nous appara&#238;t d&#233;cisive, une rupture dans la probl&#233;matique occitane dont toutes les initiatives &#224; venir d&#233;couleront : le cycle explosion politique - relance litt&#233;raire - d&#233;r&#233;liction, se termine par une d&#233;r&#233;liction de fait, que les deux exclus ressentent et violentent. Mais la multiplication, et bient&#244;t le regroupement des bonnes volont&#233;s proven&#231;alistes, et leur t&#233;nacit&#233; de quelques ann&#233;es, maintiendront jusqu'&#224; la r&#233;volution de 1848 la fiction d'une vie. On sait comment 1848 relancera le cycle et ce qui en adviendra en 1853-1854.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Epitro &#224; Moussu Pierre Bellot, po&#232;to marsies, sign&#233;e D&#233;sanat fils de Tarascoun habitant de Marsio&#8221;, &lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 30 ao&#251;t 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi de la triste histoire de la jeune folle dont abusent les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 5 janvier 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager de Vaucluse&lt;/i&gt;, 18 ao&#251;t 1839. Dumas en donnera une version quelque peu modifi&#233;e dans &lt;i&gt;Provence&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Restouratioun d&#233; la fabricou, dialoguou entr&#233; dous taffata&#239;r&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que beaucoup sont originaires du Var, comme Pascal, Guigues, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;M.D&#233;sanat, po&#232;te proven&#231;al, nous adresse une pi&#232;ce de vers, que nos abonn&#233;s liront sans doute avec plaisir : L'agounio D'aou Minist&#232;ro d'ou 15 abriou&#8221;, &lt;i&gt;L'Ere nouvelle&lt;/i&gt;, 7 mars 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le proven&#231;al intervient dans le feuilleton &#8220;Les suites d'un amour adult&#232;re&#8221;, avec le fragment d'une comptine populaire : &lt;i&gt;&#8220;Ploou e soule&#239;o, / Nouestro damo ve&#239;o. / Si Marsillo va sabi&#233; / Tout lou mound&#233; courriri&#233; / A for&#231;o de courr&#233; / Se roumprien lou mourr&#233; / A for&#231;o de camina / Se roumprien lou bout d'oou nas&#8221;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;L'Ere nouvelle&lt;/i&gt;, 27 d&#233;embre 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;sanat, &#8220;Lou Canaou deis Alpinos&#8221;, &lt;i&gt;l'Ere nouvelle&lt;/i&gt;, 11 juillet 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gaut &#233;crira bient&#244;t en proven&#231;al, et participera au &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt; de D&#233;sanat, fond&#233; en 1841. Mais son &#233;criture proven&#231;ale s'inscrira dans un lieu sp&#233;cifique d'intervention dialectale, et non dans un organe fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;l'Ere nouvelle&lt;/i&gt; para&#238;t du 5 janvier 1839 au 20 ao&#251;t 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 20 janvier 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De nombreux Proven&#231;aux faisaient partie des cadres techniques, militaires, culturels, du gouvernement &#233;gyptien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le texte de Z, M&#233;ry sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Lou Gynaso e lou grand th&#233;&#226;tre&#8221;, &lt;i&gt;le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 25 f&#233;vrier 1839. la seconde partie du po&#232;me est publi&#233;e le 30 janvier 1839. La pi&#232;ce sera imprim&#233;e dans les &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; sous le titre : &#8220;Lou Gymnaso et lou Grand Thiatre, Epitro satiriquo &#224; M.G.Dairnvoell&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Epitr&#233; &#224; Moussu Pierre Bellot, po&#232;to marsies, par D&#233;sanat fils de Tarascoun, habitant de Marsio&#8221;. &lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 30 ao&#251;t 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chailan, malade,va mourir peu apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;dont t&#233;moigne son po&#232;me sur les souscripteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, 16 janvier 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allusion sans doute &#224; quelques pi&#232;ces jug&#233;es par le journal irrespectueuses &#224; l'&#233;gard des pr&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bellot n'a cess&#233; de louer Maurin, depuis 1836.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurin ajoute en note : &lt;i&gt;&#8220;Il nous faut avouer cependant que dans les grandes villes de la Provence, le proven&#231;al tourne de jour en jour au patois. A Marseille surtout, il n'est plus reconnaissable. Sous son continuel frottement avec la langue fran&#231;aise, il s'est transform&#233; en esp&#232;ce de langue macaronique, ayant les racines fran&#231;aises et les d&#233;sinences proven&#231;ales. Ainsi, au lieu d'y dire aoustaou (maison), on dit maisoun ; allumer s'y dit allumar, au lieu d'abrar, et m&#234;ler, mellar, au lieu de mesclar, etc&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Maurin &#233;crit en note : &lt;i&gt;&#8220;Romane (Romana) : on appelait ainsi la langue latine du Bas-Empire,qui avait perdu toute &#233;l&#233;gance et toute dignit&#233;, en conservant n&#233;anmoins les formes grammaticales&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;dont Mary-Lafon marque alors la pointe r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous en avons connu un avatar apr&#232;s 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, 9 mai 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, 3 juin 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Soci&#233;t&#233; Arch&#233;ologique de B&#233;ziers, dont Aza&#239;s est pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 11 juin 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, 13 juin 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 19 juin 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 25 juin 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 5 juillet1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 20 ao&#251;t 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; sont curieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 25 ao&#251;t 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ex &lt;i&gt;Garde National&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, 10 septembre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager de Marseille&lt;/i&gt;, 25 ao&#251;t 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chef de la police.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;, 18 septembre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Revendeuse dont les r&#233;parties proven&#231;ales &#233;taient c&#233;l&#232;bres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Messager&lt;/i&gt;, 25 septembre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Gazette du Midi&lt;/i&gt;, 26 septembre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le S&#233;maphore&lt;/i&gt;,8 octobre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;EisAoutours Prouven&#231;aoux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Vers adreissas &#224; un de meis amis que dis que lou Prouven&#231;aou foou que siegue francisa per pousqu&#233; l'elevar &#224; la haoutour de l'Odo oudoou Pouemo epiquo&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Deux Magots, ou un bal de Carnaval, folie en un acte&lt;/i&gt;. La pi&#232;ce est cosign&#233;e par Bellot et Vincenzini, l'auteur du Patron Jean de 1813. Bellot rejoint ainsi, au grand jour, celui qui d&#232;s l'Empire, proclamait par anticiaption la francisation du peuple marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sud&lt;/i&gt;, 25 novembre 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'auteur cite alors longuement Thiers, Raspail le savant, M&#233;ry, Barth&#233;l&#233;my, Autran, Capefigue, Guinot, Taxile Delors, les Reybaud, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Aou bord de la Prouven&#231;o et de l'Occit&#224;ni&#224;&#8221; &#233;crit-il en 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.Y.Casanova, R.Merle, Victor Gelu, &lt;i&gt;Cahiers critiques du patrimoine&lt;/i&gt;, 1,1895.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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