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		<title>L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe. L'exemple proven&#231;al </title>
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&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe&#8221; - Actes du Colloque international &#8220;L'identit&#233; occitane. R&#233;flexions th&#233;oriques et exp&#233;riences&#8221;, A.I.E.O et C.I.D.O, B&#233;ziers, 4, 5 et 6 septembre 1986, A.I.E.O, 1990. &lt;br class='autobr' /&gt; Le sujet est vaste, et renvoie &#224; une &#233;tude plus importante, dont nous n'ouvrons ici que quelques pistes. Le cadre de notre r&#233;flexion est modeste, mais symbolique en rapport &#224; notre titre. La Provence. Provence qui est &#224; la fois source et aboutissement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot153" rel="tag"&gt;Mary Lafon&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;L'Identit&#233; occitane, brouillage de l'opposition de classe&#8221; - Actes du Colloque international &#8220;L'identit&#233; occitane. R&#233;flexions th&#233;oriques et exp&#233;riences&#8221;, A.I.E.O et C.I.D.O, B&#233;ziers, 4, 5 et 6 septembre 1986, A.I.E.O, 1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le sujet est vaste, et renvoie &#224; une &#233;tude plus importante, dont nous n'ouvrons ici que quelques pistes. Le cadre de notre r&#233;flexion est modeste, mais symbolique en rapport &#224; notre titre. La Provence. Provence qui est &#224; la fois source et aboutissement d'un sentiment identitaire &#171; m&#233;ridional &#187; : sentiment le plus souvent contract&#233; sur ses dimensions provinciales, et parfois dilat&#233; jusqu'aux limites aventureuses d'un ensemble d&#233;fini par sa Langue, la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, c'est une banalit&#233; de le dire, mais il faut bien partir d'elle, le sentiment identitaire pr&#233;existe &#224; tout analyse : il n'est que de suivre, du XVII' si&#232;cle &#224; la R&#233;volution, les propos des lettr&#233;s proven&#231;aux sur leur Langue : il leur faut habiller d'explications (origines, avatars, etc.), un Donn&#233; qui traverse ces hommes de culture toute fran&#231;aise, sans qu'ils n'y puissent rien. La Langue, une autre langue que le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'&#233;closion des nations modernes, que le sentiment identitaire d'Oc peut s'investir, et se donner donc, enfin, un sens, voire une justification, dans un v&#233;ritable sentiment nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du XIXe si&#232;cle &#224; nos jours, l'histoire nous montre que le sentiment nationalitaire, partout o&#249; il s'affirme, transcende les oppositions de classe, quand il n'est pas utilis&#233; pour les circonvenir. Mais aussi fait-elle comprendre qu'il ne peut jouer ce r&#244;le, parfois bien discutable, que parce qu'il satisfait les pulsions d'auto-d&#233;finition et d'auto-valorisation d'une soci&#233;t&#233; civile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce serait faire beaucoup d'honneur au renaissantisme proven&#231;al que lui donner une place qu'il n'a pas eue, et que, la plupart du temps, il n'a pas revendiqu&#233;e. Lui assigner une action effective serait admettre qu'il ait pu exister autrement que dans l'imaginaire de quelques lettr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au plus pourrait-on s'interroger sur la pr&#233;sence, en filigrane du patriotisme, voire du chauvinisme fran&#231;ais de bien des M&#233;ridionaux, d'une Patrie fant&#244;me :&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle qui pendant 100 ans fait se lever des foules au dernier couplet de la Coupo santo, quand par ailleurs l'abandon de la langue est assum&#233; tr&#232;s clairement. Et encore, tout r&#233;cemment, nous avons pu voir un cercle de notables et de renaissantistes proven&#231;aux reprendre l'hymne qu'entonnait un ministre de la culture, qui &#233;voquait la langue de ses a&#239;eux, pour laquelle il ne fait rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celle encore qui permet, depuis plus d'un si&#232;cle, la pr&#233;sence r&#233;guli&#232;re dans les publications du mouvement ouvrier, de chroniques dont le ton, du f&#233;librige &#224; l'occitanisme, est clairement empreint d'une crispation nationalitaire, pour ne pas dire nationaliste. Chroniques tout &#224; fait indues, apparemment, au regard des analyses globales de ces m&#234;mes publications.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut r&#233;duire ces comportements &#224; l'opportunisme et &#224; l'hypocrisie. D'autant que la faiblesse du mouvement renaissantiste a toujours &#233;t&#233; telle que personne ne peut vraiment gagner &#224; lui faire des concessions.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est plut&#244;t dans cette dimension irrationnelle, mais extr&#234;mement refoul&#233;e, des deux patries, qu'il faut chercher l'explication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, du c&#244;t&#233; des renaissantistes, du c&#244;t&#233; de la justification publique de l'usage de la langue, la pulsion identitaire a utilis&#233; une pseudo-justification id&#233;ologique mouvante :&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que, pour les divers renaissantistes europ&#233;ens du XIXe si&#232;cle, la d&#233;fense de la langue &#171; opprim&#233;e &#187; se pr&#233;sentait autant comme une d&#233;fense de la langue du peuple que comme celle d'une entit&#233; m&#233;taphysique, la Patrie, dont la Langue est le signe. Cette entit&#233;, plus que la Nation abstraite des id&#233;ologues, se pr&#233;sente alors comme un bien commun, patrimoine charnel dans lequel on communie. Et qu'&#224; la limite il n'est pas utile de nommer, dans la mesure o&#249; l'usage de la langue domin&#233;e pour le signifier suffit &#224; lui donner vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le renaissantisme culturel occupe alors, sans dangers r&#233;els, le champ de la lutte nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fendre la langue qui n'est plus que celle du peuple est le meilleur moyen de rendre vie &#224; ce qui fut un Peuple. Le courtcircuitage de la lutte de classes par la lutte &#171; nationale &#187;, avant de se produire effectivement dans la r&#233;alit&#233; sociale, est d'abord v&#233;cu dans la conscience des lettr&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;fense du peuple sociologiquement d&#233;fini, non pour ses int&#233;r&#234;ts de &#171; peuple &#187;, mais parce qu'il est gros d'un Peuple. Encore faudrait-il qu'il le sache, qu'il l'admette... &#8220;Ah, se me sabien entendre, Ah, se me voulien segui !&#8221; dit le Mistral de &#034;La Coumtesso&#034;. A cet &#233;gard, le renaissantisme d'Oc a offert des traits originaux, souvent mis en relief certes, mais qu'il n'est peut-&#234;tre pas inutile d'approfondir.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, l'affirmation d'une identit&#233; linguistique proven&#231;ale, et bient&#244;t occitane, se justifie par deux th&#232;mes &#233;cartel&#233;s : le souvenir d'une nation d&#233;chue, souvenir mythique, et la dignit&#233;, enfin affirm&#233;e, de l'oralit&#233; populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;conciliation de ces deux th&#232;mes aurait-elle &#233;t&#233; la mise &#224; feu d'un v&#233;ritable mouvement nationalitaire ? Les r&#233;flexions que nous avons consacr&#233;e &#224; ce probl&#232;me dans &#034;Les Fous de la Langue&#034; (1) insistent sur l'impossibilit&#233; d'une telle r&#233;conciliation, d&#232;s le pr&#233;f&#233;librige, et donc sur la totale inutilit&#233; d'un proc&#232;s en responsabilit&#233;, ou d'un compliment, fait au F&#233;librige quant &#224; son refus d'un mouvement nationalitaire m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les triomphes apparents du F&#233;librige, sous le Second Empire, sont en fait &#233;vacuation du mouvement vers un imaginaire de la Langue, &#233;vacuation dont nous connaissons les suites, mais qui ne fait que prolonger et pr&#233;ciser des tendances depuis longtemps, et fortement, &#224; l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;vitant donc l'inutile proc&#232;s fait aux premiers renaissantistes, notre propos est plut&#244;t d'essayer de comprendre comment, paradoxalement, le courant de d&#233;fense de la langue populaire, que des historiens de la litt&#233;rature d'Oc ont pu opposer au courant &#233;rudit, a &#233;t&#233; le d&#233;guisement le plus inattendu, et sans doute le plus efficace, de la pulsion nationalitaire inavouable. Pulsion inscrite v&#233;ritablement dans le plaisir du quant &#224; soi et de la nonintervention sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par l&#224; m&#234;me, et sans pr&#233;juger des suites qu'aurait pu avoir une v&#233;ritable prise en compte de la langue populaire, pour et par le peuple, un investissement de la pulsion nationalitaire par des forces sociales diverses, voire oppos&#233;es, &#233;tait barr&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Du premier Empire &#224; la seconde R&#233;publique, alors que se cristallisent les grandes tendances politiques et sociales de la France moderne, la &#171; langue laiss&#233;e au peuple &#187;, tout autant sinon plus que la &#171; langue des Troubadours &#187;, est le cheval de Troie d'un mouvement nationalitaire, d'un mouvement qui cherche ses assises sociales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne pouvait l'&#234;tre qu'&#224; condition que toute une s&#233;rie de trompe-l'&#339;il, tout un brouillage id&#233;ologique d&#233;samorce ce qui aurait pu &#234;tre un v&#233;ritable levier de transformation sociale, voire de r&#233;volte, dans la conjonction esquiss&#233;e d'une paysannerie pauvre, d'un artisanat laborieux, d'une classe ouvri&#232;re naissante, conjonction encadr&#233;e par de jeunes intellectuels d'origine populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XIXe si&#232;cle, jusqu'&#224; la troisi&#232;me R&#233;publique au moins, la conscience que les groupes sociaux, alli&#233;s ou antagonistes, ont de leur existence et de leurs affrontements, n'est g&#233;n&#233;ralement pas formul&#233;e, encore moins prise en compte, par une th&#233;orisation et une pratique sp&#233;cifiques et organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, &#224; nous en tenir au triangle Bas Languedoc oriental - Vall&#233;e du Rh&#244;ne - Provence, o&#249; na&#238;t le mouvement renaissantiste, il est possible de voir comment ces affrontements sociaux soustendent les grandes secousses politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment comprendre la grande R&#233;volution dans ces r&#233;gions sans mettre en avant les mouvements paysans, aux motivations &#233;conomiques et sociales enclenchant la prise de conscience politique, dans la phase 1789-1792 tout particuli&#232;rement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ne pas essayer de pr&#233;ciser la mutation Midi blanc - Midi rouge, dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, sans r&#233;f&#233;rences aux r&#233;sistances que ce monde rural oppose &#224; une modernisation dont il est spectateur, et souvent victime ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ne pas reconna&#238;tre, dans le mouvement protestataire qui m&#232;ne de la mont&#233;e du courant d&#233;mocrate-socialiste &#224; partir de 1849 et jusqu'aux r&#233;sistances arm&#233;es au coup d'Etat de 1851, comme &#224; la tentative communaliste de 1870-71, la possibilit&#233; entrevue d'une alliance entre paysannerie pauvre et des couches populaires urbaines, petite bourgeoisie comprise, alliance pour le moins originale dans la France d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, on peut affirmer que le mouvement renaissantiste, de la R&#233;volution de 1789 &#224; la Commune de Marseille, prend sa place, et sans doute bien malgr&#233; lui, dans le brouillage, l'effacement de ces violentes oppositions de classe et de ces virtualit&#233;s originales de transformation sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et paradoxalement, r&#233;p&#233;tons-le, il le fait en se couvrant de la d&#233;fense de la langue du peuple, perp&#233;tuation de la langue des Troubadours.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contradiction initiale est pos&#233;e clairement d&#232;s la fin du XVIIIe si&#232;cle, quand sont repris, pr&#233;cis&#233;s, et syst&#233;matis&#233;s les acquis des proven&#231;alistes ant&#233;rieurs. Les textes suscit&#233;s par la querelle dite des Troubadours, &#224; partir de l'intervention de Legrand d'Aussy en 1781, situent l'&#233;cart&#232;lement dans lequel s'inscrira, ne disons m&#234;me pas l'&#233;chec, mais l'impossibilit&#233; d'un v&#233;ritable mouvement nationalitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention des lettr&#233;s se fait au nom de la langue des Troubadours, mais pas au nom de la langue du peuple. &#171; Abandonn&#233;e au peuple &#187;, la langue peut myst&#233;rieusement y conserver son essence m&#233;taphysique, sa puret&#233;, grammaticale (c'est ce que constate Fabre d'Olivet par exemple). Elle peut s'y d&#233;grader : c'est ce que constatent Achard et Bouche. Mais la fascination v&#233;ritable est bien r&#233;sum&#233;e par les propos de Berenger, Astier, etc. : la langue d'Oc &#233;chappe &#224; la contamination du Bon Ton d'un fran&#231;ais devenu langue de cour, langue de caste.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc la pr&#233;servation (paradoxalement permise par la r&#233;duction sociologique d'usage de la langue, l'abandon de l'occitan par les &#233;lites, (abandon que l'on d&#233;plore) d'un g&#233;nie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#233;nergique et na&#239;f &#187; de la langue par le peuple, qui int&#233;resse ces lettr&#233;s. Et non le peuple en lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mise en avant du naturel populaire de la langue &#224; la veille de la R&#233;volution brouille l'opposition de classe qui va se manifester. Le peuple r&#233;el est &#233;vacu&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#233;&#226;tre marseillais d'un Blanc-Gilly peut l'&#233;vacuer vers un hors-temps attendrissant, dans sa description du peuple de Marseille, r&#233;serve &#171; naturelle &#187; pos&#233;e au monde social en mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Berenger, et bien d'autres, le posent dans sa brutale &#233;tranget&#233; sociologique : le peuple r&#233;el fait peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, pendant les dix ans de r&#233;volution, l'affirmation identitaire dispara&#238;tra d'autant plus que le peuple r&#233;el est en mouvement : l'identification du peuple au naturel, au refus du bon ton, etc., ne fonctionne pas dans l'&#233;v&#233;nement, et la suspension de l'affirmation litt&#233;raire d'Oc, par des gens qui massivement ont adh&#233;r&#233; au mouvement r&#233;volutionnaire, brouille l'opposition de classe par son silence m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons soulign&#233; par ailleurs l'engagement r&#233;volutionnaire de la plupart de ces lettr&#233;s. Leur adh&#233;sion &#224; l'Empire est tout aussi claire. Il &#233;tait compr&#233;hensible qu'ils n'engagent pas, avant le retour &#224; l'Ordre, imp&#233;rial et non plus royal, la langue des Troubadours dans un salut aux institutions et &#224; la nation. La construction r&#233;volutionnaire de la Nation ne permettait gu&#232;re de mettre en &#339;uvre cette dichotomie nord-sud, o&#239;l-oc, trouv&#232;res-troubadours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, par contre, on peut penser que la secousse aurait d&#251; permettre une utilisation r&#233;elle de la langue du peuple. Pourquoi un tel silence, si l'on excepte quelques timides tentatives de communication efficace dans la langue commune ? Pourquoi en d&#233;finitive les seuls textes qui parlent, sans qu'on puisse s'y tromper, au nom du peuple et dans ses revendications sociales, &#233;manent-ils, en miroir, des privil&#233;gi&#233;s effray&#233;s ? Sinon parce qu'ils signifient &#224; tous, y compris aux apprentis-sorciers du Tiers, le danger social explosif que les masses pl&#233;b&#233;iennes, rurales en particulier, rec&#232;lent, (Inversement, quand le texte apparemment social &#233;mane de lettr&#233;s du Tiers progressiste, comme Astier, on ne met en avant la parole populaire, paysanne, et &#171; patoise &#187;, que pour d&#233;fendre des aspirations politiques g&#233;n&#233;rales, propres &#224; l'ensemble du Tiers, et non repr&#233;sentatives d'une sp&#233;cificit&#233; sociale &#171; populaire &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le silence des lettres d'Oc dans la d&#233;cennie r&#233;volutionnaire est un brouillage de fait de l'opposition de classe, car une vraie prise de parole en dialecte n'aurait pu &#224; ce moment que signifier une affirmation du peuple dans sa diff&#233;rence sociologique, donc dans ses aspirations sociales autonomes, incompatibles avec les objectifs de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Empire, c'est-&#224;-dire en fait la consolidation du pouvoir bourgeois, voit significativement ressurgir le texte &#171; troubadouresque &#187;, et le salut des Troubadours &#224; l'Ordre nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe en d&#233;finitive que le r&#233;gime de Napol&#233;on se soit tout &#224; fait d&#233;sint&#233;ress&#233; de ces saluts, voire les ait rebut&#233;s. L'important ici est de constater le retour de la pulsion nationalitaire mythique, une fois pass&#233; le p&#233;ril sociologique r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le piquant de l'affaire est que le pouvoir imp&#233;rial renvoie malgr&#233; elles les &#233;lites proven&#231;ales &#224; leur sp&#233;cificit&#233; ethnique, qu'elles partagent sans le savoir avec les classes populaires, et leur demande de s'int&#233;grer aux m&#339;urs nationales, de se franciser v&#233;ritablement. L'Empire mettra en place &#224; cet &#233;gard des structures efficaces, qui perdureront.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, &#224; la chute de Napol&#233;on, en 1815, et pour longtemps d&#233;sormais, la pulsion cr&#233;atrice des lettr&#233;s amateurs de l'Idiome natal devra louvoyer entre deux &#233;cueils qu'elle a parfaitement rep&#233;r&#233;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pouvoir, quel qu'il soit, ne donnera jamais une reconnaissance nationale &#224; la langue des Troubadours : l'&#233;chec cuisant de Diouloufet l'ultra- royaliste renaissantiste est &#224; cet &#233;gard r&#233;v&#233;lateur entre 1815 et 1830.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le traitement effectif, dans l'intervention sociale, de la Langue en langue du peuple, serait impensable, trop charg&#233; de dangers de subversion d'un ordre duquel ils participent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple aixois est &#233;clairant : sous l'Empire, les acad&#233;miciens proven&#231;alistes r&#234;vent d'un Tr&#233;sor de la langue disparue, alors que le fougueux pr&#233;dicateur de Mazenod s'adresse aux pauvres dans leur langue pour les rechristianiser au nom de leur dignit&#233; bafou&#233;e (2). L'&#233;cart&#232;lement dichotomique d'une pulsion &#233;rudite non interventionniste et d'une pulsion populiste effectivement en &#339;uvre se r&#232;glera, fictivement, dans l'imaginaire d'un Diouloufet : l'&#339;uvre litt&#233;raire r&#233;conciliant langue du peuple et langue des Troubadours, avec l'aval sans effets d'un pouvoir indiff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me alors pos&#233; par les plus lucides des lib&#233;raux, et l'intervention de Scipion Marin en 1831 en est un bon exemple (3), est de savoir s'il faut, et dans l'affirmative comment, prendre v&#233;ritablement en compte la r&#233;alit&#233; du peuple occitanophone : ce peuple dans sa masse &#171; blanc &#187;, porte sans le savoir les ferments de la d&#233;mocratie politique et sociale ; encore faudrait-il, pour qu'ils &#233;closent, que l'on respecte ce peuple en tant que peuple, dans sa mythologie, son irrationalisme po&#233;tique, sa langue, et que des missionnaires la&#239;ques puissent, en occitan, l'amener aux id&#233;es nouvelles, de son propre point de vue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette analyse ne s'affirmera, fugitivement, qu'en dehors des milieux v&#233;ritablement renaissantistes : au contraire, parmi ces lettr&#233;s amoureux de l'Idiome natal, la cr&#233;ation identitaire va recourir, &#224; partir de la Restauration, non pas tellement &#224; la cr&#233;ation assum&#233;e personnellement.. sign&#233;e de son nom, qu'&#224; la mise en sc&#232;ne de groupes sociaux, de types porteurs - elle a besoin d'une incarnation sociale fictive pour faire passer le plaisir personnel et la vis&#233;e nationalitaire du lettr&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne est net dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle, avant le brouillage par une id&#233;ologie renaissantiste organis&#233;e, dans laquelle il fera autrement son nid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la commodit&#233; de l'analyse, voyons comment cet investissement de la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; populaire s'est effectu&#233;e, en ce qui concerne les milieux urbains, d'une part, et la paysannerie, de l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde paysan est l'objet d'une double op&#233;ration de mise en place, qui est en fait une op&#233;ration d'&#233;vacuation (dont nous soulignons qu'elle n'a en rien, &#233;videmment, un caract&#232;re organis&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, on voit se d&#233;velopper une entreprise de dignification du langage, de chasse aux francismes, qui place la Muse proven&#231;ale sous l'&#233;gide d'un monde rural de plus en plus artificiel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons ainsi pu suivre les avatars du mot &#8220;bargiero&#8221; qui devient &#8220;pastresso&#8221;, dans les po&#232;mes de Diouloufet de 1815 &#224; 1830, au moment m&#234;me o&#249; un Avril, tout aussi conservateur et &#171; pr&#232;s du peuple rural &#187; que lui, constate dans son Dictionnaire que le peuple ignore &#8220;pastresso&#8221;. De m&#234;me peut-on suivre l'usage massif des termes ruraux &#8220;capoulier&#8221;, &#8220;cabiscoul&#8221;, de Diouloufet &#224; Bellot (Mistral n'inventera pas en ce domaine).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi la mise en sc&#232;ne de la Muse proven&#231;ale est-elle celle d'une Muse, sinon rurale, &#224; tout le moins d'une muse mineure de la ruralit&#233; des hameaux, des m&#233;nagers, et non des campagnes et des villages v&#233;ritables. Une muse des tambourins, des &#8220;Trins&#8221;, de la &#8220;pastoureletto&#8221;. De Diouloufet &#224; Bellot, l'enrobage rural, sucr&#233;, gentil, masque l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; de la masse rurale.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, faut-il y insister, la mise en sc&#232;ne du paysan contraste fortement avec cette repr&#233;sentation idyllique de la muse proven&#231;ale, f&#233;minis&#233;e. Le paysan, au sens du repr&#233;sentant masculin, peut &#234;tre soit le m&#233;nager dont la vie patriarcale, &#224; l'&#233;cart du bruit des villages et du monde, est un reflet de l'antique et digne bonhomie, soit le bastidan ridicule et na&#239;f. Et souvent, au hasard des circonstances, les deux visions cohabitent, contradictoirement, chez les m&#234;mes auteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La repr&#233;sentation du monde de la ville est tout naturellement le fait d'une petite bourgeoisie qui n'a pas besoin de pr&#233;textes (langue des Troubadours, authenticit&#233; campagnarde, etc.) pour se mettre en sc&#232;ne. L'usage du dialecte est un trait de sociabilit&#233;, de convivialit&#233; urbaine jusqu'au second Empire. Aussi bien, le troubaire ne parlera gu&#232;re de lui, m&#234;me s'il signe en g&#233;n&#233;ral, et fi&#232;rement, ce qu'il &#233;crit : l'exemple le plus net est celui de Victor Gelu dont la dichotomie s'affirme clairement. Ses chansons fran&#231;aises ne le mettent en sc&#232;ne qu'indirectement qu'&#224; travers un autre je ; ce je est celui du d&#233;class&#233; porte-parole, et personne n'est dupe. Seuls les troubaires de petite ville, comme Desanat et Bonnet, &#224; Tarascon et &#224; Beaucaire, peuvent directement parler en leur nom de la r&#233;alit&#233; locale et g&#233;n&#233;rale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entreprise du &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt;, &#224; partir de 1841, est tout &#224; fait int&#233;ressante &#224; cet &#233;gard : il ne faut pas du tout surestimer l'aspect d'intervention directe, de traitement de l'actualit&#233; dans ce journal. Cet aspect ne peut &#234;tre majeur que pour ceux qui en parlent sans l'avoir lu. Encore moins un quelconque aspect d'engagement, au sens moderne du mot. Mais le &lt;i&gt;Bouil-Abaisso&lt;/i&gt;, &#224; coup s&#251;r, interpelle les troubaires par rapport &#224; leur responsabilit&#233; personnelle de cr&#233;ateurs, leur d&#233;gagement de cette repr&#233;sentation par des types sociaux, voire ethno-sociaux, comme ceux que Gelu, Benedit, etc., mettent en place &#224; Marseille au m&#234;me moment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Significativement, et quel que soit le succ&#232;s relatif du journal, on ne se bousculera pas pour soutenir, prolonger ou renouveler l'entreprise : il y avait une distorsion trop forte entre l'id&#233;ologie de Desanat, moderniste, populiste au sens petit-bourgeois du terme, et un publie potentiel friand de formes traditionnelles (fables, contes, etc.) ou d'alibis : mise en sc&#232;ne du nervi, du paysan, etc. Desanat ne voulait que, mais c'&#233;tait &#233;norme, dire la vie normale, comme elle venait, en proven&#231;al. Sans d&#233;paysement vers un exotisme social, il r&#234;vait d'une po&#233;sie, comme l'&#233;crit joliment &lt;i&gt;Le Messager de Marseille&lt;/i&gt;, &#8220;de classe moyenne&#8221;. Il se trouve que la classe moyenne pr&#233;f&#233;rera exprimer son prosa&#239;sme quotidien en fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en dehors de cette ligne &#171; moderniste &#187;, qui ne visait qu'&#224; un usage en normalit&#233; absolue de la langue d'oc, que naissent et s'affirment les tentatives majeures ; elles r&#233;ussiront, sinon dans les c&#233;nacles renaissantistes, &#224; tout le moins dans la r&#233;alit&#233; du publie : au Roumavagi po&#233;tique d'Aix, dont d'une certaine fa&#231;on na&#238;tra le renaissantisme organis&#233;, on salue la m&#233;moire du Bouil-Abaisso, mais on ne salue ni Benedit, ni Gelu. Chacun &#224; sa fa&#231;on, ce sont pourtant les hommes qui comptaient alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le public urbain, publie petit-bourgeois par d&#233;finition, est friand de types ext&#233;rieurs, mais familiers : par exemple, le &#8220;quichi&#233;&#8221;, paysan du terroir, &#171; sangsue du marseillais &#187;, d&#233;nonc&#233; plaisamment de Chailan &#224; Gelu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne sa propre r&#233;alit&#233; urbaine, il a besoin de retrouver dans la po&#233;sie dialectale des types int&#233;rieurs &#224; la ville, mais ext&#233;rieurs au consensus de la soci&#233;t&#233; civile urbaine. Types qui lui permettent de se retrouver dans sa sp&#233;cificit&#233; ethnique, sans s'y compromettre. Le ph&#233;nom&#232;ne d'Identit&#233;, paradoxalement, s'affirme dans la mise en sc&#232;ne, du d&#233;class&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusque-l&#224;, depuis le th&#233;&#226;tre d'ancien r&#233;gime d'un Blanc-Gilly jusqu'&#224; celle de la l&#233;gitimiste &lt;i&gt;Gazette du Midi&lt;/i&gt;, du Tribor de Pelabon &#224; Jean de Cassis de Carvin, c'est le personnage sympathique mais hors jeu du p&#234;cheur, du navigateur, qui avait pu, s&#233;rieusement ou plaisamment, repr&#233;senter la sp&#233;cificit&#233; ethnotypale aux yeux d'un public d&#233;j&#224; accultur&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir du tournant des ann&#233;es 1835-1840, ce personnage s'efface des mises en sc&#232;ne r&#233;elles (il r&#233;appara&#238;tra, distanci&#233; et magnifi&#233; dans &lt;i&gt;Calendal&lt;/i&gt; de Mistral) : il est remplac&#233; par le personnage du d&#233;class&#233;, celui de Gelu comme celui de Benedit. Mais il faut bien souligner que le d&#233;class&#233; n'appara&#238;t ainsi que dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; urbaine le condamne et le rejette absolument. Le &#8220;nervi&#8221; ne repr&#233;sentera alors l'identit&#233; commune que dans l'authenticit&#233; absolue d'un langage par ailleurs refoul&#233; de tous les usages sociaux. Energie et na&#239;vet&#233; encore. Mais la r&#233;volte n'est pas dangereuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons pu constater combien, aujourd'hui, il est difficile d'examiner sereinement, cet alibi de la r&#233;volte des po&#232;tes dits ouvriers, Gelu au premier chef, dant ils cautionnent d'une r&#233;f&#233;rence glorieuse l'impuissance des divers renaissantismes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le brouillage op&#233;r&#233; par le succ&#232;s de cette po&#233;sie dialectale de Gelu et Bendit renvoie en fait, et volontairement, les ouvriers dans le camp des &#171; honn&#234;tes gens &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le refus du monde ouvrier est double :&lt;br class='autobr' /&gt;
d'une part, c'est lui qui, &#224; partir des ouvriers catholiques &#171; int&#233;gr&#233;s &#187; de Marseille, met en place la Pastorale, c'est-&#224;-dire le le miroir d'une ruralit&#233; bonhomme et rassurante, la fixation d&#233;finitive d'un sentiment identitaire proven&#231;al ;&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autre part, ce monde ouvrier refuse tout simplement l'usage du dialecte . Il est clair, par exemple, que le passage de l'Ath&#233;n&#233;e Ouvrier de Marseille &#224; une acceptation de l'expression po&#233;tique proven&#231;ale ne s'op&#232;re que quand, majoritairement, il n'est plus ouvrier, et dans une p&#233;riode de recul des perspectives de transformations socio-culturelles souhait&#233;es. Et, si tant est que le monde ouvrier v&#233;ritable est touch&#233; par la po&#233;sie dialectale, on le voit avec des hommes comme Granier, leur passage &#224; un &#171; occitanisme &#187; marqu&#233; par l'influence de Mary- Lafon intervient apr&#232;s le coup d'&#201;tat de 1851 - le blocage politique entra&#238;ne un d&#233;blocage dialectal, qui reste donc dans le domaine de l'intervention &#224; vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons examin&#233; de pr&#232;s le cas de A. Poncy, dans cette dialectique complexe des deux langues, pour essayer de mieux saisir comment les enjeux dialectaux ont &#233;t&#233; saisis. Il est certain, en tout cas, qu'ils l'ont &#233;t&#233;, par ces travailleurs manuels de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente de celle des &#171; r&#233;alistes marseillais &#187; dont Lejourdan et ses &#233;pigones perp&#233;tuent la veine sous le second Empire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s 1848, et tout particuli&#232;rement &#224; partir de 1849, dans la perspective d'une victoire &#233;lectorale de la gauche d&#233;mocratique et sociale, l'usage identitaire de la langue d'Oc pourra soutenir la possibilit&#233; d'une alliance entre les travailleurs de la terre et de la ville. Le probl&#232;me pos&#233; par Scipion Marin en 1831 commence alors &#224; &#234;tre pris en compte concr&#232;tement par des entreprises du type de celle de Dupont, dans le Var. Son Cascayoun d&#233;mocratique, et paysan uniquement, sera &#233;touff&#233; par la r&#233;pression de 1851.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors, dans le repliement politique de la gauche populaire, apr&#232;s le coup d'&#201;tat, que, paradoxalement en apparence seulement, se d&#233;veloppe l'entreprise identitaire : congr&#232;s des po&#232;tes en 1852 et 1853, naissance du F&#233;librige en 1854. Le ph&#233;nom&#232;ne identitaire &#233;vacuera alors l'investissement de types sociologiques ethnotyp&#233;s, pour mettre en place un curieuse dialectique tout aussi ethnotyp&#233;e des deux Provence : Provence m&#226;le et Provence femelle, Provence dure et &#233;nergique, Provence douce et po&#233;tique, Provence rouge et Provence blanche, Provence de l'Ouest et Provence de la mer ou de l'Est... Deux ans apr&#232;s &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, c'est le sens de l'op&#233;ration Trussy-Jourdan avec &lt;i&gt;Margarido&lt;/i&gt;, mais aussi le sens assum&#233; du salut de Mistral &#224; Gelu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette d&#233;sormais rassurante compl&#233;mentarit&#233;, g&#233;ographique et id&#233;ologique, le renaissantisme peut retourner sans l'avoir voulu &#224; la case d&#233;part : seront sauv&#233;es la Langue et la Patrie des Troubadours, dans la promotion cette fois assum&#233;e de la langue du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Li Troubaire - e degun lis a vincu despi&#232;i - / A la barbo di clergue, a l'auriho di Rei, / Aussant la lengo poupulari / Cantavoun, amourous, cantavoun libramen / D'un monde n&#232;u l'aveniment...&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;br class='autobr' /&gt;
NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
(1) &#034;Les Fous de la Langue&#034;, &lt;i&gt;Amiras Rep&#232;res&lt;/i&gt;, Aix, Edisud, 1986, 13.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) R. Merle, &#8220;Aix, Foyer original d'expression proven&#231;ale, Provence Historique, &lt;i&gt;Provence Historique&lt;/i&gt;,1986, 145.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Le texte int&#233;gral est dans Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Inventaire du texte proven&#231;al de la r&#233;gion toulonnaise&lt;/i&gt;, 1986&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques donn&#233;es sur l'histoire des Alpes occitanes</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article515</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:33:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Honnorat</dc:subject>
		<dc:subject>Vaudois</dc:subject>
		<dc:subject>Provence</dc:subject>
		<dc:subject>Protestants</dc:subject>
		<dc:subject>Alpes de langue d'oc</dc:subject>
		<dc:subject>Escartons</dc:subject>
		<dc:subject>Dauphin&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Jans&#233;nistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence publi&#233;e en brochure par l'Institut d'&#201;tudes Occitanes 04-05, 1990. &lt;br class='autobr' /&gt; &#034; &#192; l'occasion du Stage de langue et culture des Alpes occitanes, qui s'est tenu &#224; Gap les 3, 4, et 5 septembre 1990, Ren&#233; Merle nous a fait l'amiti&#233; d'intervenir sur l'Histoire des Aloes occitanes. Qu'il soit remerci&#233; ici pour ce moment o&#249; il nous fit d&#233;couvrir la richesse et la profondeur de nos racines sur lesquelles pourraient se b&#226;tir la civilisation en devenir. 1 &#8211; En guise d'introduction Nous allons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Honnorat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Vaudois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Provence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot146" rel="tag"&gt;Protestants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Alpes de langue d'oc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot233" rel="tag"&gt;Escartons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot569" rel="tag"&gt;Dauphin&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot570" rel="tag"&gt;Jans&#233;nistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence publi&#233;e en brochure par l'Institut d'&#201;tudes Occitanes 04-05, 1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034; &#192; l'occasion du Stage de langue et culture des Alpes occitanes, qui s'est tenu &#224; Gap les 3, 4, et 5 septembre 1990, Ren&#233; Merle nous a fait l'amiti&#233; d'intervenir sur l'Histoire des Aloes occitanes. Qu'il soit remerci&#233; ici pour ce moment o&#249; il nous fit d&#233;couvrir la richesse et la profondeur de nos racines sur lesquelles pourraient se b&#226;tir la civilisation en devenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;1 &#8211; En guise d'introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons &#233;voquer rapidement, et donc sch&#233;matiquement, quelques donn&#233;es historiques sp&#233;cifiques aux zones alpines occitanes de France correspondant en gros aux actuels d&#233;partements 04 et 05. C'est dire qu'il n'est pas question, pour des raisons de temps et surtout de probl&#233;matique, de pr&#233;senter ici dans sa totalit&#233; l'histoire des Alpes, ni d'aligner une s&#233;rie de donn&#233;es sur les diff&#233;rentes localit&#233;s de ces zones g&#233;ographiques. Nous renvoyons les stagiaires qui souhaitent approfondir leurs connaissances en ce domaine aux nombreuses &#233;tudes anciennes ou r&#233;centes : histoires g&#233;n&#233;rales de Provence et du Dauphin&#233;, monographies locales si abondantes, publications des soci&#233;t&#233;s savantes des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, etc. Si toutes sont en fran&#231;ais, signalons, pour le plaisir de la langue, que l'historien de Gap Th&#233;odore Gautier a &#233;crit vers 1820 un savoureux texte en occitan, qui &#233;voque le Gap de sa jeunesse. Nous tenons une bibliographie &#224; la disposition de ceux qui le d&#233;sirent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partons d'une d&#233;finition : &#171; Alpes occitanes &#187;, qui n'a &#233;t&#233; prise en compte, jusqu'&#224; pr&#233;sent, par aucune des recherches historiques fran&#231;aises. Le lecteur qui se reportera aux nombreuses histoires g&#233;n&#233;rales et locales y trouvera donc les faits que nous &#233;voquons ici, et leurs d&#233;tails, mais n'y rencontrera pas exactement notre probl&#233;matique. De cette double donn&#233;e, &#171; Alpes occitanes &#187;, le second terme est en g&#233;n&#233;ral ignor&#233; tant des histoires g&#233;n&#233;rales de France que des &#233;tudes r&#233;gionales ou locales, dont le cadre est celui de la province (Dauphin&#233;, Provence), ou celui de la R&#233;gion (Rh&#244;ne-Alpes, P.A.C.A), du d&#233;partement ou de la commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re donn&#233;e, &#171; Alpes &#187;, proc&#232;de d'une &#233;vidence g&#233;ographique, qu'il faut cependant relativiser : chacun sait combien sont nombreuses les nuances et les variations, dans les paysages, la mise en valeur, l'histoire, entre ce qu'on peut grossi&#232;rement diviser en Hautes et Basses-Alpes, et de m&#234;me, entre le sillon de la Durance et la montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'imaginaire fran&#231;ais, nos Alpes ont longtemps correspondu aux sens donn&#233;s par les deux adjectifs traditionnels, &#171; Basses &#187; et &#171; Hautes &#187;. Nous avons eu ensuite l'appellation classique de &#171; Alpes du Sud &#187;, bien pr&#233;sente aujourd'hui dans le sigle de la R&#233;gion P.A.C.A ! Or, nous savons que, derri&#232;re ces labels, souvent frelat&#233;s h&#233;las, de neige et de soleil, de grandes solitudes et de lavandes, existe une autre r&#233;alit&#233;, qui nous r&#233;unit aujourd'hui dans le cadre de ce stage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette seconde donn&#233;e, &#171; occitanes &#187;, est clairement linguistique : nos r&#233;gions sont de langue d'Oc, langue dont les limites ne co&#239;ncident pas exactement avec les divisions d&#233;partementales (le Sud de l'Is&#232;re est de langue d'Oc, ainsi que les vall&#233;es pi&#233;montaises frontali&#232;res).&lt;br class='autobr' /&gt;
Partir de cette donn&#233;e linguistique ne saurait nous amener &#224; traiter cette zone alpine comme si elle ne participait pas de l'histoire de France, ou comme si elle ne relevait que d'un traitement &#224; rebours : r&#233;gions opprim&#233;es, domin&#233;es, ali&#233;n&#233;es&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point de vue, manifestement, ne correspond pas &#224; la conscience des Alpins qui, de gr&#233; ou de force, participent depuis des si&#232;cles &#224; l'histoire de l'&#233;tat-nation France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais nous voulons simplement partir de ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs ont pu vivre ici, &#171; au ras du sol &#187;, et d'essayer d'en imaginer le sens dans une optique, dans une logique qui ne sont pas celles que les id&#233;ologues de l'&#233;tat-nation centralisateur ont &#233;labor&#233;es, et diffus&#233;es par l'&#233;cole essentiellement, pour garantir l'adh&#233;sion des populations.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire que nous abordons le probl&#232;me linguistique au fil de l'expos&#233;, sans lui consacrer une partie sp&#233;cifique. Si l'avenir de la langue d'Oc d&#233;pend ici de la prise en main de leur destin par les Alpins, son pass&#233;, pass&#233; de minorisation et d'humiliations, est indissociablement li&#233; &#224; celui de la francisation des Alpes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons successivement &#233;voquer la mise en place des pouvoirs &#233;tatiques dans les Alpes occitanes, l'attitude des populations &#224; l'&#233;gard de ces pouvoirs, le rapport entre la montagne et le bas-pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 &#8211; Peuples et fronti&#232;res : la mise en place des pouvoirs.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;A) &#8211; Des donn&#233;es positives pour l'identit&#233; occitane : &#171; Governem-se &#187;, absence de conscience &#233;tatique conqu&#233;rante, communaut&#233; linguistique et culturelle occitane.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Alpins de langue d'Oc n'ont jamais essay&#233; de se constituer en &#233;tat autonome, et encore moins de mordre sur les voisins. Ils sont subi la loi des f&#233;odaux, grands et petits, puis des &#233;tats modernes qui se forment : Dauphin&#233;, Provence, Savoie, et enfin France. &#201;tats totalement indiff&#233;rents, sauf la Provence qui &#233;videmment avait tout &#224; y gagner, &#224; la logique linguistique qui rassemble les Alpins de langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une histoire qu'on ne nous a gu&#232;re apprise, et qui peut &#234;tre fastidieuse si on la r&#233;duit &#224; des litanies g&#233;n&#233;alogiques et des listes de dates. Je vais donc ici &#224; l'essentiel, en vous renvoyant aux &#233;tudes des sp&#233;cialistes pour l'immensit&#233; des d&#233;tails.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut partir de ces si&#232;cles confus, dont &#233;mergent seulement pour le plus grand nombre des noms magiques : reine Jeanne, Dauphin, Pape d'Avignon, roi Ren&#233;, guerres d'Italie, etc. Et qui sont en fait des si&#232;cles de passages incessants de troupes, de cruaut&#233;s, de brigandages, de pestes, etc., pour des populations essayant tout simplement de vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les donn&#233;es naturelles sont &#233;videntes : un pays montagnard tr&#232;s compartiment&#233;, avec des axes majeurs comme la Durance et deux des autres vall&#233;es. Une retomb&#233;e vers le Sud, et des communications relativement faciles avec Grenoble et le Pi&#233;mont. Ces donn&#233;es expliquent une double caract&#233;ristique de la mise en place des pouvoirs. D'une part, des communaut&#233;s s'organisent, avec un tr&#232;s fort patriotisme local, dans chacune des petites unit&#233;s naturelles, vall&#233;es, n&#339;uds de communications. D'autre part, des voisins puissants vont essayer de s'approprier les grands axes de communications, et pour cela mettront la main sur tout le pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, les communaut&#233;s sont nominalement pour la plupart sous l'autorit&#233; de seigneurs, donc participent par force d'une autorit&#233; concernant un territoire plus &#233;tendu. Mais dans les innombrables conflits qui les opposent aux seigneurs, les communaut&#233;s de base ont pour finalit&#233; l'autonomie locale ; elles ne sont porteuses de projets politiques plus g&#233;n&#233;raux que si la solidarit&#233; entre communaut&#233;s appara&#238;t indispensable.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est tout naturellement, sous l'effet des contraintes climatiques, le cas des communaut&#233;s de haute montagne. L'exemple le plus int&#233;ressant est sans doute celui des communaut&#233;s de la r&#233;gion brian&#231;onnaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Nord au Sud, dans leur &#233;parpillement, ces communaut&#233;s sont toutes de langue d'Oc, elles participent d'une m&#234;me civilisation h&#233;rit&#233;e de la romanit&#233; qui avait submerg&#233; les populations premi&#232;res. Du Tri&#232;ves ou de l'Oisans &#224; la mer, le voyageur rencontrera la m&#234;me langue, (&#233;crite par les notaires ou les &#171; c&#242;nsols &#187; de la m&#234;me fa&#231;on), le m&#234;me respect du droit &#233;crit, la m&#234;me tradition du &#171; ciutadan &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les modalit&#233;s du pouvoir de la communaut&#233; ne pouvaient pousser &#224; la constitution d'ensembles &#233;tatiques, il en allait autrement des exigences f&#233;odales. Certes, dans les p&#233;riodes d'anarchie qui suivent la dislocation des ensembles romains, m&#233;rovingiens et carolingiens, l'&#233;parpillement des pouvoirs des seigneurs est la n&#233;gation de la notion d'&#233;tat. Mais d&#233;j&#224;, au d&#233;but du Moyen &#194;ge, deux pouvoirs &#233;tatiques apparaissent, Provence au Sud, Dauphin&#233; au Nord, qui progressivement vont dominer l'ensemble de la zone alpine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; &#8211; Les ambitions proven&#231;ales&lt;br class='autobr' /&gt;
Le territoire des actuelles Alpes de Haute Provence rel&#232;ve de la Provence. Mais il existe trois &#233;tats proven&#231;aux aux d&#233;buts du Moyen &#194;ge. Les terres bas-alpines rel&#232;vent de deux d'entre eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Marquisat (actuellement le territoire d'une partie du Vaucluse) est aux Comtes de Toulouse. Nous n'en traitons pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Verdon &#224; la Durance, ou &#224; peu pr&#232;s, des terres aujourd'hui bas-alpines rel&#232;vent du Comt&#233; de Provence, qui a pour capitale Aix et s'&#233;tend au Sud jusqu'&#224; la mer. Le Comt&#233;, comme les terres de la rive gauche du Rh&#244;ne (Emp&#232;ri) rel&#232;ve th&#233;oriquement du Saint Empire Romain12 &#224; 1245, par des princes catalans de Barcelone : le premier drapeau proven&#231;al a les bandes sang et or des Catalans. Ce sont ces princes qui fondent Barcelonnette en 1230, en r&#233;f&#233;rence &#233;videmment &#224; Barcelone. Puis le Comt&#233; de Provence passe de 1245 &#224; 1481 &#224; la Maison d'Anjou, apparent&#233;e &#224; la Maison royale de France : la Provence re&#231;oit alors pour embl&#232;me le lys fran&#231;ais. Le dernier souverain angevin a pr&#233;par&#233; l'union avec la France, r&#233;alis&#233;e &#224; partir de 1481. En droit, la Provence devait &#234;tre &#171; co-&#233;tat &#187;, uni mais non subordonn&#233; &#224; la France. Elle devait garder sa sp&#233;cificit&#233; administrative et linguistique. En fait, on le sait, la Provence devient simple province du royaume.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comt&#233; de Forcalquier est un autre &#233;tat proven&#231;al, en conflit fr&#233;quent avec le Comt&#233;. Il a pour limites le Marquisat (toulousain), la Durance, et &#224; l'Est &#224; peu pr&#232;s ce qui est aujourd'hui le d&#233;partement de la Dr&#244;me. Il englobe donc un bout de l'actuel Vaucluse, la partie des Basses Alpes qui est sur la rive droite de la Durance, une partie de la r&#233;gion de Gap et au-del&#224;. Ses affinit&#233;s avec l'&#233;tat toulousain sont grandes et se manifestent par exemple dans l'adoption de l'embl&#232;me &#224; la croix occitane.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces quatre &#233;tats, Toulouse, Catalogne, Provence, Forcalquier, sont monolingues : la langue d'Oc y est langue unique et naturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Albert le Gapen&#231;ais, Boniface de Castellane, etc., les Alpes occitanes participent de la grande floraison troubadouresque. D&#232;s qu'on abandonne le latin pour r&#233;diger en occitan administratif, &#224; partir du XIVe si&#232;cle, un peu partout abondent, au plan local comme au plan nationa, les textes administratifs, judiciaires, notariaux, etc., en occitan. Les archives municipales des cit&#233;s bas-alpines, Sisteron, Forcalquier, Manosque, etc., en offrent de tr&#232;s beaux exemples. Insistons sur le fait qu'il s'agit d'un occitan tr&#232;s norm&#233; dans sa graphie et son lexique, occitan commun &#224; presque toutes les r&#233;gions de langue d'Oc dans ce qui deviendra plus tard le Sud de la France. La langue occitane, langue commune de culture et outil administratif commun, transcende les fronti&#232;res &#233;tatiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#233;videmment, la communaut&#233; de langue n'emp&#234;che pas les rivalit&#233;s entre ces &#233;tats : il faut rappeler que les Comtes proven&#231;aux sont oppos&#233;s &#224; Toulouse lors de la Croisade des Albigeois. Les Comtes de Toulouse, dans leur rivalit&#233; avec Barcelone, s'opposent aux Comtes catalans de Provence, ils encouragent les seigneurs rebelles &#224; l'autorit&#233; aixoise : au Sud par exemple, les seigneurs des Baux, au Nord ceux de Castellane. Et surtout Toulouse aide au Nord le Comt&#233; de Forcalquier &#224; conserver son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de la Provence. Mais, apr&#232;s bien des p&#233;rip&#233;ties, le pouvoir comtal proven&#231;al parviendra &#224; dominer au Nord : les Comtes de Forcalquier et de Castellane sont soumis.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Provence du Nord &#233;tait donc demeur&#233;e en conflit larv&#233; avec le pouvoir des Comtes (catalans) d'Aix. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se manifestera encore lorsque la maison fran&#231;aise d'Anjou succ&#232;dera aux Catalans. En 1388, &#224; la suite de guerres civiles dynastiques, la Vall&#233;e de Barcelonnette, comme Nice et la viguerie de Puget-Th&#233;niers, pr&#233;f&#232;rent se donner &#224; la Savoie plut&#244;t que d'accepter un changement dynastique proven&#231;al. Un si&#232;cle plus tard encore, apr&#232;s l'union avec la France en 1481, la Haute Provence se range aux c&#244;t&#233;s du prince pr&#233;tendant de Lorraine, contre Palam&#232;de de Forbin, qui gouverne la Provence au nom de la France. Il existe donc une sorte de tradition contestataire des Alpes de Haute Provence, peu enclines &#224; &#234;tre dirig&#233;es directement par le pouvoir &#171; central &#187; aixois-proven&#231;al, puis auxois-fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;C&lt;/i&gt; &#8211; Les ambitions dauphinoises&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Nord des terres proven&#231;ales alpines, proven&#231;ales du Comt&#233; de Provence ou du Comt&#233; de Forcalquier, d'autres terres de langue d'Oc sont depuis longtemps sous la domination de l'&#233;tat dauphinois. La Maison dauphinoise d'Albon (1029-1192) des Guigues, seigneurs du Vivarais, acquiert des terres en pays de Vienne, puis en Champsaur, dans les vall&#233;es d'Oulx, de C&#233;sanne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fief du Brian&#231;onnais lui est l&#233;gu&#233; par l'Empereur vers 1050, il lui conc&#232;de aussi la mine d'argent de Rame. La derni&#232;re souveraine de la maison d'Albon &#233;pouse un duc de Bourgogne : leur fils Andr&#233; est le premier Dauphin ; c'est la Maison dauphinoise de Bourgogne (1192-1282). Andr&#233; prend Saluces et Pignerol, fait construire Mont Dauphin. En 1202, Embrunais et Gapen&#231;ais, voie de la Durance, sont la dot de la petite fille du Comt de Forcalquier, qui &#233;pouse un Dauphin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la Maison de la Tour du Pin (1282-1349), le Dauphin&#233; devient un &#233;tat moderne solidement organis&#233;. Le dernier Dauphin vendra (transportera, comme on disait alors) le Dauphin&#233; &#224; la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucun de ces Dauphins n'aura une politique linguistique vraiment diff&#233;rente de celle de la Monarchie fran&#231;aise. Il n'existe pas de r&#233;pression linguistique vis-&#224;-vis des parlers occitans, mais on a opt&#233; pour le fran&#231;ais langue d'&#233;tat. Ainsi s'explique en zone dauphinoise, comparativement &#224; la partie proven&#231;ale des Alpes occitanes, la raret&#233; et la disparition rapide de l'&#233;criture administrative en langue d'Oc. Cependant, la r&#233;gion gapen&#231;aise, de tradition administrative proven&#231;ale, persistera longtemps dans un bel usage de l'occitan &#233;crit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe un conflit entre ces deux &#233;tats, Provence et Dauphin&#233;, sur leurs limites gapen&#231;aises . Mais beaucoup plus important est l'affrontement s&#233;culaire des deux &#233;tats alpins, Dauphin&#233; et Savoie. Pour le Dauphin&#233;, il s'agit d'abord d'occuper les vall&#233;es de l'Is&#232;re, de la Romanche, du Drac, entre Viennois et Brian&#231;onnais, et de d&#233;border en Pi&#233;mont. On con&#231;oit dans cette strat&#233;gie l'importance du Brian&#231;onnais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;D&lt;/i&gt; &#8211; Le rattachement &#224; la France&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le &#171; transport &#187; du Dauphin&#233; en 1349, et l'union de la Provence &#224; la France en 1481, les rivalit&#233;s delfino-proven&#231;ales tombent &#233;videmment, mais toute la zone alpine est alors suspendue &#224; la reprise en compte par la France de la rivalit&#233; avec la Savoie. Que de conflits, de massacres, d'invasions, du XVIe au XVIIIe si&#232;cles ! La fronti&#232;re est fa&#231;onn&#233;e par la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut &#233;voquer l'aspect nouveau donn&#233; aux cit&#233;s (Gap par exemple, et surtout Brian&#231;on, forteresse majeure apr&#232;s les incendies de 1692), l'importance des voies de passage et les corv&#233;es pour les routes des cols, d&#232;s le d&#233;but du XVIe s. De gr&#233; ou de force, les populations sont aux premi&#232;res lignes des invasions, et ne peuvent que partager la nouvelle Cause, fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des cons&#233;quences majeures du second grand conflit du XVIIIe s. est l'&#233;change entre territoires fran&#231;ais et savoyards, en 1713. La France d&#233;membre les Escartons brian&#231;onnais, en c&#233;dant &#224; la Savoie les trois escartons situ&#233;s sur le versant pi&#233;montais : Ch&#226;teau Dauphin, Valcluson, Oulx, soit 13 vall&#233;es, 32 communaut&#233;s, bien que le &#171; transport &#187; de 1349 sp&#233;cifiait qu'on ne pourrait ali&#233;ner le territoire dauphinois. De son c&#244;t&#233;, la Savoie c&#232;de &#224; la France la vall&#233;e de Barcelonnette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le rattachement &#224; la France, les Alpes occitanes participent d'un syst&#232;me administratif provincial, qui a r&#233;duit l'&#233;miettement administratif f&#233;odal. Les terres proven&#231;ales sont divis&#233;es en vigueries, les terres dauphinoises en baillages. Notons que les Dauphins avaient fourni au roi de France un cadre administratif extr&#234;mement simplifi&#233; par rapport &#224; la situation pr&#233;c&#233;dente : les terres occitanes participent des baillages de Brian&#231;onnais, Embrunais, Gapen&#231;ais, Baronnies (le Dauphin&#233; comptant 7 baillages). Les rois simplifieront encore en r&#233;duisant le nombre de baillages de 7 &#224; 3 : le baillage des Montagnes, avec les cours de Brian&#231;on, d'Embrun, de Serres, du Buis, englobe les terres occitanes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution fait &#233;clater ce cadre provincial. En 1790 sont cr&#233;&#233;s les d&#233;partements des Basses Alpes et des Hautes Alpes. Les Basses Alpes correspondent &#224; la r&#233;gion du Comt&#233; de Provence commun&#233;ment appel&#233;e Haute Provence, qui regroupait les vigueries de Forcalquier, Sisteron, Seyne, Digne, Moustiers, Castellane, Colmars, Annot et terre adjacente d'Entrevaux, la Vall&#233;e de Barcelonnette, le Val de Barr&#234;me. Un projet de d&#233;partement des Amandiers, autour de Sisteron, n'aboutit pas. Les Hautes Alpes regroupent les r&#233;gions septentrionales du Val de Durance et de ses affluents, soit la plus grande partie du baillage des Montagnes (la partie occidentale allant au d&#233;partement de la Dr&#244;me). La zone aujourd'hui is&#233;roise de langue d'Oc, de Corps au Tri&#232;ves, a h&#233;sit&#233; entre rattachement aux Hautes Alpes puis &#224; l'Is&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelles incidences linguistiques a entra&#238;n&#233;es le rattachement &#224; la France ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En Dauphin&#233;, fran&#231;ais en 1349, le pouvoir royal ne fait que reprendre et accentuer la politique administrative francisatrice des Dauphins.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Provence, (fran&#231;aise apr&#232;s 1481), d&#232;s l'&#233;dit de Villers-Coterets (1539), la langue administrative est le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, jusqu'&#224; la R&#233;volution, ces r&#233;gions qui parlent ordinairement occitan sont administr&#233;es dans une langue inaccessible au plus grand nombre. Le fran&#231;ais, langue de la culture officielle, est le seul qui passe &#224; la publication. Il faudra attendre des initiatives &#233;rudites du XIXe s. pour que soit publi&#233; par exemple un &#171; myst&#232;re &#187; haut-alpin du XVIe s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la diff&#233;rence de la Basse Provence, o&#249; existent une conscience et une tradition d'&#233;criture proven&#231;ales, tant dans le domaine des Lettres que dans le domaine religieux, les Alpes occitanes ne connaissent jusqu'&#224; la R&#233;volution que des publications en fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, la r&#233;gion des Alpes occitanes est &#224; l'origine de tr&#232;s int&#233;ressantes initiatives d'&#233;criture de l'occitan sous la R&#233;volution. Nous n'y insisterons pas ici, pour les avoir ailleurs trait&#233;es en d&#233;tail (cf. dans ce site : R&#233;volution).&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons le r&#244;le persistant de la division et de la tradition d'&#233;critures provinciales : la Haute Provence lance et justifie &#224; deux reprises l'usage politique du proven&#231;al (texte de Sisteron en 1789, journal Manuel du Laboureur et de l'Artisan dans les Basses Alpes en 1792, traduction et publication par le Bas-Alpin Bouche de la Constitution de 1791). Par contre, en zone dauphinoise, les initiatives demeurent manuscrites : ainsi de la traduction de la Constitution de 1791 par le Gapen&#231;ais Farnaud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous l'Empire, la premi&#232;re pouss&#233;e officielle de francisation linguistique, &#224; l'initiative des pr&#233;fets, aboutit paradoxalement &#224; la mise en valeur, dans sa n&#233;gation, de l'unit&#233; des Alpes occitanes : le Gapen&#231;ais Rolland fait publier &#224; l'instigation des autorit&#233;s un manuel de correction du langage destin&#233; aux habitants des Hautes et des Basses Alpes : il s'agit de d&#233;fendre le fran&#231;ais contre l'influence du &#171; patois &#187; quotidien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons combien ont &#233;t&#233; importantes, et inattendues, les cons&#233;quences de cette entreprise de francisation. Honnorat, d'Allos, commencera son dictionnaire pour permettre aux Alpins de mieux apprendre le fran&#231;ais. Il l'ach&#232;vera pour d&#233;fendre la langue occitane, et, dans la r&#233;v&#233;lation par les &#233;rudits bas-alpins de la graphie des archives locales, il fixera une graphie classique adapt&#233;e aux besoins nouveaux. Ses premiers disciples en la mati&#232;re seront les &#233;rudits bas-alpins et l'instituteur Masse.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;3 &#8211; Les populations alpines et les pouvoirs.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons donc vu comment s'&#233;taient mises en place les divisions ou les unions territoriales, et les pouvoirs d'&#233;tat. Comment tout ceci est-il v&#233;cu, au ras du sol, par les populations ? Acceptation, soumission, adaptation, compromis ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;A&lt;/i&gt; &#8211; Avant le rattachement &#224; la France :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Sud, les communes proven&#231;ales alpines, qu'il s'agisse des communaut&#233;s montagnardes ou des petites cit&#233;s avec leurs consuls, ont, vis-&#224;-vis du pouvoir, comme partout en Provence jusqu'en 1481, la m&#234;me tradition d'autonomie locale, farouchement maintenue.&lt;br class='autobr' /&gt;
En pays dauphinois, la situation est un peu diff&#233;rente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Nord, la communaut&#233; du Brian&#231;onnais, qui n'a pratiquement pas connu la f&#233;odalit&#233;, s'est form&#233;e autour du n&#339;ud de trafic commercial qu'est Brian&#231;on. Elle enracine dans des conditions politiques et g&#233;ographiques sp&#233;cifiques son unit&#233; politique et sa possession effective du sol : les contraintes climatiques, la gestion foresti&#232;re et pastorale de la montagne, l'exigu&#239;t&#233; des terres exigent de strictes r&#232;glementations. Le Grand Escarton est une v&#233;ritable petite r&#233;publique qui assure son administration et sa d&#233;fense, avec la protection du lointain Dauphin. Il se divise en 5 escartons r&#233;unissant chacun les communaut&#233;s d'une vall&#233;e. Brian&#231;on a 12 communaut&#233;s Oulx 22, Queyras 7, Valcluson 6, Ch&#226;teau-Dauphin 4 . Ces 51 communaut&#233;s rurales envoient deux fois l'an leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; Brian&#231;on, discuter des affaires d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, de la r&#233;partition des imp&#244;ts et subsides (&#171; escartonnement &#187;). En 1343, &#224; un moment o&#249; le Dauphin a grand besoin d'argent (il vendra bient&#244;t son pays &#224; la France), le Grand Escarton rach&#232;te toutes les servitures f&#233;odales et delphinales, moyennant le versement d'une rente annuelle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les zones d'Embrun, celles proches de l'Is&#232;re et de la Dr&#244;me connaissent les conflits entre les petites cit&#233;s, les seigneurs nobles ou eccl&#233;siastiques, les communaut&#233;s paysannes. Le sens essentiel de la lutte de toutes ces communaut&#233;s est celui de l'autonomie Les communaut&#233;s paysannes sont particuli&#232;rement fortes et coh&#233;rentes, dans leur droit de jouir indivis&#233;ment du territoire poss&#233;d&#233; collectivement. Consuls, syndics, &#233;lus par l'assembl&#233;e des communiers, r&#232;glementent usages, biens communaux (for&#234;t, p&#226;turages, champs), g&#232;rent la caisse communale, traitent avec les seigneurs et les abbayes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gap est un cas particulier. D&#232;s le d&#233;but du XIIe si&#232;cle, les Gapen&#231;ais jouent de la rivalit&#233; de pouvoir entre leurs suzerains, le Comte de Forcalquier et l'&#201;v&#232;que. Lors de l'&#233;meute urbaine de 1180, l'&#233;v&#234;que soutient la ville contre le viguier comtal d&#233;test&#233;. La ville c&#232;de devant les milices de Sisteron, mobilis&#233;es par le Comte. En 1202, par mariage, le Dauphin re&#231;oit de Forcalquier Gap et Embrun, mais les pouvoirs pr&#233;c&#233;dents demeurent. On a donc &#224; Gap, avec trois seigneurs, une situation paradoxale. De plus, Tallard voisin appartient au seigneur d'Orange. De Gap &#224; Serres, la terre est au baron de M&#233;vouillon, et le fief du Comte de Die touche Gap au Nord. Il y aura donc de nombreux conflits entre Gap et ces seigneurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les conflits ult&#233;rieurs avec le Dauphin, la ville et l'&#233;v&#234;que sont soutenus par le Comte de Provence. Quand le Comte refuse de prot&#233;ger la ville contre l'&#233;v&#234;que, en 1271, Gap se donne au Dauphin. L'&#233;v&#234;que se donne alors au Comte et perd sa qualit&#233; de prince d'Empire. Gap se soul&#232;ve alors contre l'&#233;v&#234;que, des troupes proven&#231;ales envahissent et d&#233;vastent la r&#233;gion en 1282. Beaucoup de seigneurs alpins se donnent au Dauphin. Apr&#232;s une nouvelle &#233;meute en 1286, la commune sauve ses libert&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1369, la r&#233;gion est ravag&#233;e par le conflit entre Dauphin&#233; fran&#231;ais et Provence angevine. Gap en profite pour obtenir la Grande Charte de 1378, suivie de plusieurs ann&#233;es d'&#233;meute contre l'&#233;v&#234;que pour son application. La cit&#233; rend de tr&#232;s nombreux hommages opportunistes aux trois souverains. En 1445 et 1462, l'&#233;v&#234;que brime la ville qui a l'appui du Dauphin. Le Dauphin triomphera malgr&#233; l'opposition du Roi Ren&#233;. Enfin, l'union de la Provence &#224; la France r&#232;glera le probl&#232;me. Il ne sera plus possible aux Gapen&#231;ais de jouer des rivalit&#233;s entre les trois pouvoirs pour sauvegarder leurs libert&#233;s, bient&#244;t confisqu&#233;es par le Roi.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;B&lt;/i&gt; &#8211; Apr&#232;s le rattachement &#224; la France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle a &#233;t&#233; l'attitude des populations devant le rattachement &#224; la France ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les conflits &#171; politiques &#187; avant 1789 :&lt;br class='autobr' /&gt;
En Dauphin&#233;, il n'y a pas d'opposition populaire, bourgeoise ou noble, au rattachement &#224; la France, en 1349. On promettait en effet le maintien des diff&#233;rents privil&#232;ges f&#233;odaux ou communaux, la perp&#233;tuation du statut delphinal qui exon&#233;rait les Dauphinois de toutes tailles, gabelles, p&#233;ages, etc., extraordinaires. Cependant, la cr&#233;ation des &#201;tats dauphinois, d&#232;s 1357, est tout &#224; fait ambigu&#235; : ils doivent veiller au maintien des libert&#233;s, fixer les taxes, etc., et apparaissent donc comme garants de l'autonomie dauphinoise, mais ils sont en m&#234;me temps un instrument de la centralisation et de l'absolutisme royal.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Provence, la longue tradition des luttes communales persiste, mais de plus en plus affaiblie. Un exemple encore au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle : en 1617, Sisteron se r&#233;volte contre les bureaux douaniers charg&#233;s de lever les taxes sur les denr&#233;es, le bl&#233; en particulier, achemin&#233;es du Dauphin&#233; vers le Sud. Deux repr&#233;sentants du Roi sont lynch&#233;s par la foule, men&#233;e par les Consuls. La r&#233;pression sera terrible : tortures, ex&#233;cutions&#8230; La Communaut&#233; est d&#233;sormais d&#233;sarm&#233;e, priv&#233;e de ses privil&#232;ges.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la cr&#233;ation du Parlement de Provence, en 1501, et la suppression des &#201;tats de Provence en 1636, le pouvoir royal se donne les moyens de gouverner la Provence en province. Subsiste cependant une assembl&#233;e des Communaut&#233;s, dont les pouvoirs ne sont pas n&#233;gligeables. Les cit&#233;s de Haute Provence y sont pleinement repr&#233;sent&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la conscience des Alpins occitans participe sous la monarchie de la situation des deux provinces, Provence et Dauphin&#233;, o&#249;, &#224; travers le maintien de certaines structures administratives sp&#233;cifiques et d'une forte conscience communautaire, persiste le souvenir de la vieille ind&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Les conflits religieux avant 1789&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;r&#233;sie religieuse est une grande originalit&#233; de la conscience protestatrice, avant que la R&#233;volution n'&#233;tablisse la libert&#233; de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAUDOIS ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une forme premi&#232;re et particuli&#232;re de cette protestation est l'h&#233;r&#233;sie atypique des Vaudois. Les disciples de Valdo, qui a pr&#234;ch&#233; &#224; Lyon vers 1175, condamnent la violence, la richesse, nient le purgatoire, les indulgences, Marie et les Saints, etc. Ils traduisent les textes sacr&#233;s en &#171; langue vulgaire &#187;, au bon sens du mot : pour les Vaudois, c'est l'occitan. Les Vaudois sont install&#233;s dans les vall&#233;es de la Gyronde, l'Argenti&#232;re, etc., qui, superficiellement christianis&#233;es, avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; un foyer de l'h&#233;r&#233;sie avec l'arianisme. Ils sont aussi install&#233;s sur le versant pi&#233;montais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'ordre de l'Inquisition eccl&#233;siastique, ils sont pers&#233;cut&#233;s par les autorit&#233;s (et par d'autres Hauts-Alpins !) au XIVe s. (Freissini&#232;res, 1397), au XVe (Vallouise, 1485), et encore au XVIe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut s'interroger sur le sens de cette tenace, h&#233;ro&#239;que m&#234;me r&#233;sistance, r&#233;sistance populaire &#224; l'id&#233;ologie dominante, sur cette aspiration communautaire messianique &#224; la libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
PROTESTANTS&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'apparition de la religion r&#233;form&#233;e, au XVIe s., les Vaudois deviennent protestants. Or les Vaudois traduisaient jusqu'alors les textes sacr&#233;s dans la langue commune, la langue d'Oc. D&#233;sormais en contact, puis en d&#233;pendance vitale, avec des protestants fran&#231;ais et genevois qui ne prennent pas en compte l'occitan et privil&#233;gient le fran&#231;ais, les Vaudois passent au fran&#231;ais. Mais leur langue quotidienne demeure l'occitan, comme en t&#233;moigne l'originale publication de 1830 que nous avons pr&#233;sent&#233;e par ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Gapen&#231;ais Guillaume Farel est un des propagateurs de la r&#233;forme protestante. Dans la terrible seconde moiti&#233; du XVIe s., Gapen&#231;ais, Champsaur, Tri&#232;ves, Matheysine, sont les bastions des r&#233;form&#233;s. La Ligue catholique a de forts appuis &#224; Embrun et Brian&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est le sens de ce protestantisme alpin ? Correspond-il au sch&#233;ma classique d'un puritanisme fond&#233; sur la conviction que la r&#233;ussite bourgeoise est le signe de l'&#233;lection divine ? Certes, les protestants de Gap par exemple sont avant tout de riches bourgeois. Et, s'il n'existe pas de d&#233;veloppement pr&#233;-capitaliste sur place, on sait la place que jouent ailleurs dans le commerce, la finance, etc., de nombreux Gavots expatri&#233;s. Mais c'est l'engagement dans le camp r&#233;form&#233; de la petite noblesse haute-alpine, et parfois bas-alpine, qui frappe : engagement beaucoup plus massif et d&#233;cid&#233; qu'au Sud (o&#249; il existe aussi). Cet engagement exprime-t-il fondamentalement, (au del&#224; de l'&#233;vidente entreprise d'enrichissement par la d&#233;pouille des biens eccl&#233;siastiques et la griserie des pouvoirs obtenus), un sentiment autonomiste persistant ? Il ne le semble pas vraiment. Le nationalisme moderne, incarn&#233; par le pouvoir des rois au XVIe s., repr&#233;sente alors une id&#233;e neuve, &#224; laquelle se rallie cette noblesse alpine : peu avant les guerres de religion, elle a particip&#233; massivement aux guerres d'Italie. Le Champsaurin Lesdigui&#232;res (1543-1626), chef de guerre des protestants du Sud-Est, ach&#232;ve sa carri&#232;re comme vice-roi de fait du Dauphin&#233;, et dans son engagement protestant, il adh&#232;rera toujours &#224; la politique ext&#233;rieure royale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons aussi le r&#244;le mod&#233;rateur de la Haute-Provence, pourtant tr&#232;s partag&#233;e entre catholiques et protestants : &#224; la fin du XVIe s., alors que la Ligue catholique et pro-espagnole domine dans la Basse Provence et la R&#233;publique de Marseille, les mod&#233;r&#233;s royaux (catholiques et protestants) tiennent Parlement et &#201;tats &#224; Pertuis et Riez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notons encore que, &#224; la diff&#233;rence de ce qui a pu se passer dans d'autres r&#233;gions, la dure r&#233;pression que subissent les protestants alpins sujets du Roi ne les am&#232;ne pas &#224; se ranger contre les ennemis de la France. Louis XIV, qui avait d&#233;j&#224; fait d&#233;molir les temples du Diois, du Gapen&#231;ais, du Tri&#232;ves en stricte application de l'&#201;dit de Nantes, livrera apr&#232;s la r&#233;vocation de 1685 les protestants alpins aux pires pers&#233;cutions : beaucoup n'y &#233;chapperont que par l'exil.&lt;br class='autobr' /&gt;
De leur c&#244;t&#233;, les protestants vaudois occitans du versant pi&#233;montais (savoyard) sont pers&#233;cut&#233;s en 1655 et 1686. Expuls&#233;s de leurs vall&#233;es vers la Suisse, ils reviennent en 1689, conduits par le pasteur commandant Henri Arnaud, et soutenus par Guillaume d'Orange. En 1698, trois mille Vaudois, chass&#233;s de la Val Cluson, &#233;migrent en Wurtemberg, Bade, Hesse, o&#249; ils perp&#233;tueront longtemps l'usage de l'occitan. Les Vaudois sont amen&#233;s &#224; combattre avec la Savoie contre la France ha&#239;e, pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (entre 1690 et 1696), mais ils ne seront pas rejoints par les protestants haut-alpins, qui les re&#231;oivent en envahisseurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
JANS&#201;NISME&lt;br class='autobr' /&gt;
Au XVIIIe si&#232;cle, la conscience religieuse protestatrice alpine est li&#233;e au probl&#232;me jans&#233;niste, particuli&#232;rement quand le concile d'Embrun condamne l'&#233;v&#234;que de Senez-Castellane, Soanen, en 1727. On a un peu vite en ce domaine li&#233; l'aust&#233;rit&#233; jans&#233;niste &#224; la tradition protestante alpine. En fait, il faut se rappeler que les habitants de Castellane conspuent et malm&#232;nent en 1710 l'&#233;v&#234;que Soanen, qui s'opposait aux rites festifs de la procession et de la bravade. Il ne s'agit pas tellement en l'occurrence d'un souvenir exasp&#233;r&#233; des origines de cette bravade, li&#233;e &#224; la d&#233;fense victorieuse des habitants contre l'assi&#233;geant protestant, au XVIe s, encore moins d'un mouvement &#171; folklorique &#187;, au sens moderne du mot. L'attachement &#224; ces festivit&#233;s rel&#232;ve d'une conception de la vie charnelle, conviviale et &#171; pa&#239;enne &#187;, tout &#224; fait dominante en zone alpine proven&#231;ale et largement pr&#233;sente en pays dauphinois : les Champsaurins protestants n'avaient pas r&#233;putation d'aust&#233;rit&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Conscience protestatrice &#224; partir de 1789&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment la conscience protestatrice alpine se manifeste-t-elle sous la R&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sp&#233;cificit&#233;s de l'adh&#233;sion des Hauts Alpins &#224; la R&#233;volution contrastent avec les engagements violents et les d&#233;chirements bas alpins. Dans les Hautes Alpes, &#224; l'exception de l'extr&#234;me Sud du d&#233;partement, il ne semble pas que l'engagement r&#233;volutionnaire ait eu les aspects de lutte de classes entre paysannerie pauvre, bourgeoisie et noblesse, si &#233;vidents en bas Dauphin&#233; et en Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adh&#233;sion des Hauts Alpins &#224; l'Empire est comme la prolongation tranquille de cet engagement r&#233;volutionnaire mod&#233;r&#233;, auquel l'&#233;glise n'avait pas &#233;t&#233; &#233;trang&#232;re. Cette adh&#233;sion explique le manque d'enthousiasme, pour ne pas dire plus, avec lequel les Hauts Alpins accueillent la Restauration de 1814, alors que la basse Provence applaudit, et que la haute Provence est partag&#233;e (mais majoritairement hostile).&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1815, les Hautes Alpes seront encore plus r&#233;solues que les Basses Alpes dans le soutien au retour de Napol&#233;on. On se souvient de la d&#233;fait inflig&#233;e aux forces royalistes marseillaises et du refus des Biran&#231;onnais de laisser l'&#233;tranger entrer dans la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un peu plus au Nord, l'Is&#232;re de langue d'Oc fournit ses contingents aux troupes populaires qui marchent peu apr&#232;s sur Grenoble pour renverser la royaut&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce bonapartisme progressiste sera facilement r&#233;cup&#233;r&#233; par Louis Napol&#233;on Bonaparte. Les Hautes Alpes ne s'opposeront gu&#232;re au coup d'&#201;tat de 1851. Il en va tout autrement dans les Basses Alpes. La puissante insurrection, dont le gros des troupes est compos&#233; de paysans et d'artisans, a pour cadre la m&#234;me zone occidentale, de Manosque &#224; Sisteron, qui en 1789 et 1792 avait connu les &#233;meutes populaires et donn&#233; une belle adh&#233;sion aux Soci&#233;t&#233;s populaires montagnardes.&lt;br class='autobr' /&gt;
1851 va donc contribuer &#224; mettre en place une nette diff&#233;rence de comportement politique entre les Hautes Alpes, plus mod&#233;r&#233;es et en g&#233;n&#233;ral acquises au pouvoir, et les Basses Alpes pour une bonne part inscrites dans la conscience oppositionnelle du &#171; Midi rouge &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;4 &#8211; La Montagne et la &#171; baissa &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, les Alpes occitanes sont travers&#233;es d'axes de passage Grenoble &#8211; M&#233;diterran&#233;e, et ont donc toujours eu des rapports &#233;troits avec le bas Dauphin&#233;, avec lequel le territoire actuel des Hautes Alpes &#233;tait de plus en liaison administrative jusqu'en 1789. Mais les r&#233;alit&#233;s de la g&#233;ographie font que m&#234;me le septentrional Tri&#232;ves, ou Brian&#231;on, &#171; tombent &#187; plus sur Marseille que sur Grenoble. Le bassin de la Durance regarde vers le Sud. Dans ce rapport Nord-Sud, il faut se d&#233;faire de la vision d&#233;mographique actuelle : un Sud plein, un Nord vide qui commence &#224; peine &#224; se r&#233;animer. En fait, jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, la r&#233;alit&#233; est celle d'un semis de communaut&#233;s, tr&#232;s r&#233;parties, autant dans la montagne que dans la &#171; Baissa &#187;. Le d&#233;s&#233;quilibre commence &#224; appara&#238;tre au XVIIIe si&#232;cle, dans le fait que, si la population du Sud cro&#238;t fortement, celle de la montagne, tout en demeurant importante, stagne. Par contre, au XIXe si&#232;cle, le d&#233;s&#233;quilibre devient &#233;vident : le Sud continue &#224; augmenter, le Nord se vide.&lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t les aspects de compl&#233;mentarit&#233; montagne &#8211; &#171; baissa &#187; : la transhumance pastorale en est sans doute l'exemple le plus achev&#233;. Sont bien connus &#233;galement les chemins de l'&#233;migration qui, saisonniers puis d&#233;finitifs, ont fix&#233; au Sud tant de Gavots, au point que les noms de famille proven&#231;aux sont majoritairement d'origine alpine. Les Gavots ont fourni la main-d'&#339;uvre agricole saisonni&#232;re, une bonne partie du prol&#233;tariat non qualifi&#233; d'Ancien R&#233;gime, mais aussi le gros de la domesticit&#233; f&#233;minine, des ma&#238;tres d'&#233;cole (ainsi de l'original Rambaud, venu de Gap &#224; Marseille au XVIe si&#232;cle et pr&#233;curseur de la r&#233;forme de l'orthographe&#8230; fran&#231;aise). Ils se sont aussi sp&#233;cialis&#233;s dans les commerces de la mercerie ambulante, de la charcuterie, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;migration pose de fa&#231;on originale le probl&#232;me de la francisation du Nord par rapport au Sud : la montagne appara&#238;t &#224; la fois comme plus arri&#233;r&#233;e, et d'une certaine fa&#231;on comme plus &#233;duqu&#233;e, plus francis&#233;e que le Sud (dans la mesure o&#249; l'&#233;migration, les veill&#233;es studieuses d'hiver, etc., voire le protestantisme, ont grandement familiaris&#233; avec un fran&#231;ais que les masses populaires du Sud ne comprennent gu&#232;re jusqu'au milieu du XIXe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les Gavots continuent de pratiquer entre eux un occitan infiniment plus pur, mieux conserv&#233;, que ne l'est le proven&#231;al tr&#232;s francis&#233; (phon&#233;tiquement et lexicalement) des occitanophones du Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
La communaut&#233; de langage entre les montagnards et les habitants de la &#171; baissa &#187; n'a pas &#233;t&#233; qu'un facteur de rapprochement. Pour la petite histoire, &#233;voquons cet occitan cod&#233; qu'employaient les &#233;quipes de montagnards venus moissonner au Sud, pour mieux se d&#233;fendre contre les patrons : ainsi celui des moissonneurs de Montmorin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le racisme anti-Gavot &#233;tait tr&#232;s fort au Sud : ses fondements sociologiques sont &#233;videmment ceux de toutes les hostilit&#233;s envers l'immigrant pauvre, jug&#233; comme avide, dangereux, voleur, concurrent pour l'emploi, etc. S'y ajoute l'envie et la rancune devant la r&#233;ussite commerciale de beaucoup de Gavods, catalogu&#233;s alors comme &#226;pres au gain et avares.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce racisme avant un revers compensatoire dans les milieux lettres : l'image du Gavot &#171; bon sauvage &#187;, pr&#233;serv&#233; des perversions de la civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les deux cas, aux yeux des Proven&#231;aux du Sud, la communaut&#233; de langage entre montagnards et gens de la &#171; baissa&#233; est fauss&#233;e : l'occitan des montagnards appara&#238;t soit comme celui d'une cat&#233;gorie de sous-Proven&#231;aux, tout &#224; fait m&#233;pris&#233;s, soit comme le parler archa&#239;que de ces &#171; bons sauvages &#187; hors temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si quelques lettr&#233;s perspicaces, comme le m&#233;decin lexicologue marseillais Achard (&#224; la fin du XVIIIe s.,) montrent que le conservatoire linguistique de la montagne doit fonder la r&#233;novation en dignit&#233; de la langue d'Oc et de sa graphie (puisque la prononciation gavote restitue en &#233;tat la &#171; langue romane &#187;), la plupart des proven&#231;alistes, et Roumanille en sera sans doute le meilleur exemple, ignoreront tr&#232;s volontairement cette donn&#233;e fondamentale.&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;action, le r&#244;le des &#233;rudits alpins sera majeur au XIXe s. En s'appuyant sur les sp&#233;cificit&#233;s du parler de la montagne, ils passeront, comme Honnorat, de l'appui initial &#224; la francisation &#224; la d&#233;fense et illustration de la langue d'Oc, prise dans son ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle &#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;Crom&#242;s&#242;ms&#034;, Paja &#8220;Mesclum&#8221; &#034;La Marseillaise&#034; - 2 - 3 - 1995</title>
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		<dc:date>2025-10-23T14:33:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;V&#232;ni de legir l'article (franc&#233;s) d'un economista proven&#231;alista distinguit, d'Ais, que nos dona la clau : per se'n sortir, fau ben prendre la mesura d'una causa, es que nautrei, lei Proven&#231;aus, siam d'individualistas, e qu'es ben coma aqu&#242;. Nos fau laissar bastir una economia a la mesura de nostrei crom&#242;s&#242;ms. Nos, val&#232;nt a dire lei b&#242;ns Proven&#231;aus, que siam pas d'illetrats, qu'av&#232;m legit Mistral e que confond&#232;m pas &#8220;Pacan&#8221; e &#8220;PACA&#8221; (es totjorn n&#242;stra especialista que parla). Va ben.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Si&#225;u (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;V&#232;ni de legir l'article (franc&#233;s) d'un economista proven&#231;alista distinguit, d'Ais, que nos dona la clau : per se'n sortir, fau ben prendre la mesura d'una causa, es que nautrei, lei Proven&#231;aus, siam d'individualistas, e qu'es ben coma aqu&#242;. Nos fau laissar bastir una economia a la mesura de nostrei crom&#242;s&#242;ms. Nos, val&#232;nt a dire lei b&#242;ns Proven&#231;aus, que siam pas d'illetrats, qu'av&#232;m legit Mistral e que confond&#232;m pas &#8220;Pacan&#8221; e &#8220;PACA&#8221; (es totjorn n&#242;stra especialista que parla). Va ben.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si&#225;u bessai un gr&#242;s inquiet, mai aqu&#242; m'infecta un pauc. Donc siam d'invidualistas en Arle e de que siam a Nimes o Montpelhier ? E seri&#225;m d'individualistas coma leis Alemands seri&#225;n disciplinats e lei b&#232;lgas seri&#225;n de j&#242;bis ? Que ne'n diatz ? Mi fau un pauc de marrit sang per l'occitanisme se s'arrisca dins l'&#233;conomia sus de basas ansin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Renat MERLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Pacan&#8221;, personne de basse extraction&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;.</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article324</link>
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		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>La Seyne</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence donn&#233;e aux Amis de la Seyne Ancienne et Moderne - 14 avril 1997 &lt;br class='autobr' /&gt;
1850-1914, un temps lointain d&#233;j&#224;, et pourtant si proche, d'avoir vu na&#238;tre nos grands-parents, nos arri&#232;re-grands-parents, proche surtout d'&#234;tre, &#224; sa fa&#231;on, la matrice de notre pr&#233;sent. Le devoir de m&#233;moire de l'historien est alors aussi celui du citoyen. D'autant que La Seyne est, en quelque sorte, n&#233;e une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#8220;Du Second Empire &#224; la guerre de 1914, La Seyne, les Seynois et le bilinguisme fran&#231;ais et proven&#231;al&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e aux Amis de la Seyne Ancienne et Moderne - 14 avril 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1850-1914, un temps lointain d&#233;j&#224;, et pourtant si proche, d'avoir vu na&#238;tre nos grands-parents, nos arri&#232;re-grands-parents, proche surtout d'&#234;tre, &#224; sa fa&#231;on, la matrice de notre pr&#233;sent. Le devoir de m&#233;moire de l'historien est alors aussi celui du citoyen. D'autant que La Seyne est, en quelque sorte, n&#233;e une seconde fois en ce temps d'industrialisation et d'immigration que fut la seconde moiti&#233; du si&#232;cle dernier. Et qu'elle en h&#233;rite de l'actif comme du passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#233;voquer la question du bilinguisme peut sembler un d&#233;faussement. Car cette page est tourn&#233;e. Le bilinguisme peut &#233;voquer, aujourd'hui, le cas des enfants d'immigr&#233;s pratiquant le fran&#231;ais hors de chez eux et la langue du pays d'origine en famille. Or j'&#233;vque ici une population seynoise utilisant deux langues autochtones : un parler non officiel, non reconnu, pour l'oralit&#233; famili&#232;re, et une langue officielle, enseign&#233;e, pour la vie administrative, politique, culturelle, et pour les relations avec les autres Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce bilinguisme, que dire pour La Seyne qui ne se dise pour toute la Provence ? Faut-il rappeler que le proven&#231;al est n&#233; du latin ? Que ce proven&#231;al a &#233;t&#233; la seule langue de la Provence ind&#233;pendante, langue populaire et langue officielle, jusqu'au rattachement &#224; la France autour de 1500 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faaut-il rappeler qu'ensuite, pendant trois si&#232;cles, le probl&#232;me n'est pas de parler proven&#231;al, qui demeure la langue de tous, peuple, bourgeois, et m&#234;me nobles. Le probl&#232;me est de ma&#238;triser le fran&#231;ais. Et &#224; cela, seules les couches privil&#233;gi&#233;es ont vraiment acc&#232;s. Que le peuple reste &#224; sa place, donc dans sa langue. 1789 initie une &#232;re nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, le fran&#231;ais est revendiqu&#233; par le peuple, qui exige le droit &#224; l'instruction, donc &#224; la promotion sociale, le peuple qui veut acc&#233;der &#224; la vie citoyenne nationale, dans la langue nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, le proven&#231;al n'est plus re&#231;u par les dirigeants comme un moyen de maintenir le peuple dans l'ignorance et donc dans la soumission. Il leur appara&#238;t comme un obstacle &#224; l'unit&#233; nationale, politique et &#233;conomique, une entrave &#224; la n&#233;cessaire acculturation, &#224; la modernit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, bien que d&#233;fendu par les lettr&#233;s qui fondent en 1854 le F&#233;librige, le proven&#231;al est condamn&#233; et sa mort lente s'amorce d&#232;s le Second Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, je le r&#233;p&#232;te, vaut pour l'ensemble des r&#233;gions &#224; idiomes, pour la Provence, donc pour La Seyne. Et nous pourrions nous en tenir l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui serait bien entendu frustrant pour les amateurs d'histoire locale que vous &#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais alors m'en tenir &#224; une illustration locale et redondante de ces th&#232;mes g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait, une &#233;tude du bilinguisme seynois peut titiller vraiment l'historien des mentalit&#233;s. Dans la mesure o&#249; La Seyne participe bien &#233;videmment des mutations g&#233;n&#233;rales de la Provence, mais aussi s'en d&#233;fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne conna&#238;t alors en effet une continuit&#233; et une mutation. La continuit&#233; est celle d'une communaut&#233; proven&#231;ale de gens de mer, d'artisans et de paysans. Mais, avec la naissance des Forges et Chantiers, La Seyne devient aussi, au sens moderne, la seule ville ouvri&#232;re du Var. Ville d'immigration italienne massive. Le bilinguisme seynois ne participe donc pas vraiment d'une situation de maintenance, dans un monde &#233;conomiquement et socialement conservateur. Il interroge au contraire sur le r&#244;le des deux langues dans le basculement vers la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc en 1850. La Seyne a 6500 h. Un ordre de comparaison ? Six-Fours fr&#244;le les 3000, Ollioules d&#233;passe les 3000, Toulon est la grande ville avec 45000 h. Disons tout de suite que les rapports entre Toulon et La Seyne ne sont pas ceux de la franche camaraderie. Toulon accepte mal que des rivales lui disputent la rade . Quels rapports entretient La Seyne avec de son antique matrice Six-Fours ? Je dis Six-Fours, mais le fort va bient&#244;t remplacer le village d&#233;sert&#233;. Disons plut&#244;t les hameaux et Reynier. Reynier dont le cur&#233; Garrel &#233;crit alors :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'La villo de Seis Fours de vieillesso escrasado / D'aqueou darnier pichoun s'es enfin accouchado'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contentieux de voisinage fait des Six-Fournais les souffre-douleurs des chansons et blagues proven&#231;ales de leurs voisins seynois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; La Seyne. Nous sommes le 21 avril 1850. La R&#233;publique a deux ans. Les membres du comit&#233; d&#233;mocratique sont r&#233;unis comme chaque dimanche dans leur caf&#233; du port. Ce sont des commer&#231;ants, des artisans, des enseignants. Dont quelques unes de nos rues rappellent les noms. Carvin, Jacques Laurent, Cyrus Hugues ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On salue le maire Berny qui, malgr&#233; sa mod&#233;ration, est menac&#233; de r&#233;vocation par le pr&#233;fet. N'a-t-il pas accept&#233; trop de lampions rouges lors de la retraite au flambeaux, n'est-il pas intervenu en faveur des jeunes gens qui ont chant&#233;, place Bourradet : &lt;i&gt;'Les peuples sont pour nous des fr&#232;res et les tyrans des ennemis'&lt;/i&gt;... Un militant lit &#224; haute voix &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt;, auquel le comit&#233; vient d'envoyer la somme consid&#233;rable de 1000 francs. Comme l'indique son sous-titre, &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate du Var&lt;/i&gt; est le journal de la d&#233;mocratie avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne, qui vote majoritairement r&#233;publicain, a donn&#233; plus du quart des voix &#224; ces d&#233;mocrates socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de premi&#232;re page que lit notre Seynois parle justement de La Seyne et la lecture fait sourire les auditeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Ben de gramacis eis demoucratos de La Seyne, per l'accuilh fraterneou qu'a&#239; agu l'ounour de re&#231;ubre d'ellei dimenche passat. Mi souvendrai toujours, em&#233; bouanhur, d'aquelo hurouso journado ! Ren li manquavo. Soureou d'abriou, ventour perfuma, couars republicains, bouano taouro, descento de gava&#239;, cansouns patriouticos et graciousita d&#233; frumos et d&#233; dameisellos...'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article est sign&#233; Cascayoun, qui est cens&#233; d'&#234;tre un brave paysan d'Hy&#232;res. Dans &lt;i&gt;Le D&#233;mocrate&lt;/i&gt;, le chroniqueur Cascayoun s'adresse aux paysans varois dans leur langue, pour les gagner &#224; la d&#233;mocratie socialiste. Parler au peuple dans sa langue, pour en &#234;tre mieux compris, n'est pas une originalit&#233;. C'est ce que font les pr&#234;tres en chaire, c'est ce que fait le journal conservateur que le pr&#233;fet Haussmann envoie gratuitement aux cercles de villages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est par contre tout &#224; fait inhabituel que Cascayoun s'adresse en proven&#231;al aux citoyens de la ville, aux urbains. Or il fait pour La Seyne ce qu'il n'a jamais fait pour Toulon et les autres cit&#233;s du Var. On peut bien s&#251;r se demander pourquoi. Et d&#233;j&#224;, on peut se demander ce que Cascayoun est venu faire &#224; La Seyne ? Cascayoun est en fait Dupont, employ&#233; de caisse d'&#233;pargne &#224; Hy&#232;res, un des principaux dirigeants de la d&#233;mocratie socialiste varoise. Il est venu &#224; La Seyne pr&#233;parer ce que le pouvoir appellera le complot de Lyon. Il s'agit de structurer la r&#233;sistance des soci&#233;t&#233;s populaires du sud-est si le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Louis-Napol&#233;on, se risque au coup d'&#233;tat. Ce qu'il fera vous le savez l'ann&#233;e suivante, en &#233;crasant entre autres la r&#233;sistance de l'insurrection varoise. R&#233;sistance que les d&#233;mocrates varois, et seynois, paieront cruellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel contraste entre la gravit&#233; de la mission de Cascayoun et le salut proven&#231;al qui la suit dans le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article nous fait comprendre le statut du proven&#231;al &#224; La Seyne. Il ne concurrence pas le fran&#231;ais dans les registres de la communication efficace, par exemple dans celui de la politique, comme cela pourrait se faire en milieu rural. Mais il n'est pas pour autant consid&#233;r&#233; en langue morte, ou en langue inf&#233;rioris&#233;e. Apr&#232;s la r&#233;union politique, et la mise en place de la r&#233;sistance, qui se font en fran&#231;ais, vient le moment de la d&#233;tente, de la connivence fraternelle, o&#249; le proven&#231;al signe le plaisir partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes maintenant en 1866.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amnisti&#233;s, les exil&#233;s du coup d'&#233;tat sont revenus, ceux du moins qui ne sont pas morts dans les bagnes d'outre-mer. Cyrus Hugues le pharmacien par exemple, qui va avec d'autres organiser l'opposition r&#233;publicaine &#224; l'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est une ville bien chang&#233;e qu'ils retrouvent. En 15 ans, la population a doubl&#233;. On d&#233;passe les 13000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne est toujours une petite communaut&#233; de gens de mer, d'artisans et de paysans, mais, avec l'implantation du capital international et l'arriv&#233;e de la voie ferr&#233;e en 1859, elle est aussi devenue cit&#233; des chantiers navals, du fer et de la vapeur. La direction des chantiers en appelle massivement &#224; la main d'&#339;uvre immigr&#233;e. Ces &#168;Pi&#233;montais qui s'entassent aux portes des chantiers, dans les taudis de la place de la Lune. Vous connaissez l'&#233;pisode significatif que j'ai pr&#233;sent&#233; jadis dans &lt;i&gt;Etraves&lt;/i&gt; (cf. &lt;a href=&#034;http://www.rene-merle.com/spip_redirect.php3?id_article=38&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;- Ren&#233; Merle - Le chol&#233;ra de 1865 &#224; La Seyne (Var)&lt;/a&gt; ). Les notables seynois demandent des renforts de police et de pr&#234;tres pour faire face &#224; cette 'invasion' (je mets des guillemets), mais ils refusent que la commune d&#233;pense un sou pour assainir le Gros Vallat, qui charrie l'infection de ce quartier d&#233;sh&#233;rit&#233;. Jusqu'&#224; ce qu'&#233;clate le terrible chol&#233;ra de 1865. Le maire Martel Esprit, ses adjoints Fran&#231;ois Durand et Nicolas Chapuis font courageusement face &#224; l'&#233;pid&#233;mie. Chapuis en meurt. La rue des Pi&#233;montais est baptis&#233;e &#224; son nom, et la commune, unie &#224; la direction des chantiers, assurent enfin l'assainissement du Gros Vallat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le statut du bilinguisme dans cette situation de basculement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;vidence le parler du terroir appara&#238;t aux Seynois de souche comme un bien identitaire qui les diff&#233;rencie de ces nouveaux-venus, ces 'Piantous' qui campent aux portes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la diff&#233;rence de ce qui se passe &#224; Toulon ou &#224; Draguignan, cette crispation identitaire ne porte pas ces notables seynois vers le F&#233;librige. Un F&#233;librige confort&#233; par la gloire de Mistral, qui a publi&#233; &lt;i&gt;Mir&#232;io&lt;/i&gt; en 1859.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al que ces Seynois affectionnent est un proven&#231;al de proximit&#233;, un signal de connivence sans ambitions litt&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un texte seynois qui ne restera certes pas dans les annales de la po&#233;sie proven&#231;ale. Il est imprim&#233;e &#224; Toulon en 1866, en pr&#233;sentation soign&#233;e, chez le tr&#232;s conservateur Laurent, et il est en vente chez Pernet, libraire &#224; La Seyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &lt;i&gt;Cansoun &#224; l'hounour d'uno d&#233;couratien ben meritado&lt;/i&gt; f&#233;licite plaisamment l'adjoint F.Durand, un officier retrait&#233; de la marine marchande, de sa belle conduite pendant le chol&#233;ra et de la d&#233;coration qui en est r&#233;sult&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Meis chiers amis / Canten encens / D'un couar countent / Vivo Durand / L'an d&#233;coura / L'a merita &#247; Per l'entrepido voulounta /... Criden senso fa lou semblan, / Vivo vivo Fran&#231;ois Durand&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; La Seyne un vrai public populaire pour ces petits textes proven&#231;aux. J'ai exhum&#233; de rares archives les fascicules publi&#233;s par le portefaix Grimaud, du Pont du Las, qui parcourait la r&#233;gion en d&#233;clamant et vendant ses vers de circonstance. Grimaud ne se pose pas en d&#233;fenseur du proven&#231;al, mais il traite en proven&#231;al, de la chronique locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici ce qu'il &#233;crit en 1866, apr&#232;s une visite au march&#233; de La Seyne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'De touteis lei coustas que mon istouaro r&#232;gno / Degun per m'acheta a surmounta la Seigne, / Dins lou d&#233;partament, l'ai assas p&#233;n&#233;tra, / D&#233; peys coumo aqu&#233;ou n'a&#239; jama&#239; rescountra / N'en venderi cent dix dins une proumenade, / aco siegue leu l&#232;s, lei prenien a pougnade'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seyne est donc la localit&#233; o&#249; l'on ach&#232;te le plus de ces vers proven&#231;aux oubli&#233;s par l'histoire. Tel est le statut du proven&#231;al de La Seyne. Connivence locale et bonhommie, tant dans le peuple que chez les notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, le proven&#231;al n'est pas revendiqu&#233; en langue majeure, et manifestement l'avenir est au fran&#231;ais. Un fait significatif, les pr&#234;tres seynois commencent &#224; moins pr&#234;cher en proven&#231;al, sous l'influence des maristes bien install&#233;s d&#233;sormais &#224; La Seyne depuis 1849.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux Pi&#233;montais, cette premi&#232;re vague de noms italiens termin&#233;s g&#233;n&#233;ralement par o, leur int&#233;gration linguistique ne posera pas de gros probl&#232;mes. La monarchie de Pi&#233;mont-Savoie a le fran&#231;ais pour langue officielle, et les parlers des alpes pi&#233;montaises sont de langue d'oc. Les Bottero, Dalmasso, Ferrero, Giraudo, Giordano, Pastorino et autres Tosello, parleront vite le m&#234;me fran&#231;ais et le m&#234;me proven&#231;al que les Seynois 'de souche'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici maintenant en 1872. L'empire s'est effondr&#233; dans la d&#233;faite de Sedan, et la R&#233;publique l'a remplac&#233;. Mais c'est une majorit&#233; conservatrice et royaliste qui gouverne. Quelques d&#233;partements font exception, le Var par exemple, dont les quatre d&#233;put&#233;s sont r&#233;publicains. La Seyne a une municipalit&#233; r&#233;publicaine radicale o&#249; figurent les vieux lutteurs de 1851, dont Cyrus Hugues. Ces radicaux ont salu&#233; la Commune de Paris et r&#234;vent d'une d&#233;mocratie avanc&#233;e. Plusieurs fois dissoute, la municipalit&#233; radicale tiendra bon pendant cette d&#233;cennie conservatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1872, &lt;i&gt;La Sentinelle&lt;/i&gt;, le journal royaliste toulonnais publie des chroniques anti-r&#233;publicaines sign&#233;es Bourtoura&#239;go, de Six-Fours. Il s'agit en fait de Goiran, propri&#233;taire terrien ais&#233;, vieux royaliste, et proven&#231;aliste connu. Bourtoula&#239;go s'adresse aux paysans, dans leur langue. Mais le voici qui interpelle aussi &#224; l'ouvrier Messugo qui a quitt&#233; Six-Fours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Trouvav&#232;s que dins noustro pichotto coumuno, li avi&#233; troou de rouyalistos et de r&#233;actiounaris, et pas proun, &#224; ta fantasi&#233;, de fr&#232;ros et amis de l'internatiounalo'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesugo est all&#233; s'&#233;tablir dans une ville proche, une ville rouge. On reconnait bien s&#251;r La Seyne. La Seyne o&#249; la premi&#232;re gr&#232;ve des FCM, en 1872, est en effet attribu&#233;e par certains aux internationalistes marxistes. Je vous renvoie &#224; ces tr&#232;s longues lettres o&#249; Bourtoulaigo d&#233;nonce ces ouvriers rouges, ces partageux, et &lt;i&gt;'lou capouri&#233; de la bando, que li dien, cr&#232;si, Carlo-Mascle'&lt;/i&gt;. On aura reconnu Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons en passant les contradictions de &lt;i&gt;La Sentinelle du Midi&lt;/i&gt;. D'une part elle d&#233;fend la langue proven&#231;ale, tant par ses chroniques paysannes que dans son soutien au f&#233;librige conservateur et royaliste de Roumanille. Mais en m&#234;me temps le journal est empreint de m&#233;pris pour cette langue populaire, de m&#233;pris pour ceux qui ma&#238;trisent mal le fran&#231;ais. Un exemple entre dix. Voici par exemple ce que le journal &#233;crit, le 1er septembre 1872, d'un &#233;lu radical seynois qui avait prononc&#233; une allocution &#224; la fin d'un enterrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;il avait eu sur ses coll&#232;gues l'avantage marqu&#233; d'introduire, ou mieux de laisser glisser les noms de Danton, de Marat, de Troppman, etc. etc. le discours en &#233;tait ballonn&#233;, absolument comme le ventre de l'orateur&#8221;&lt;/i&gt;, ses amis le f&#233;licitent, &lt;i&gt;&#8220;&#224; l'audition des &#233;loges, il s'&#233;mut, il se p&#226;ma mais revenant bient&#244;t &#224; son &#233;tat normal, il s'exclama toutefois, dans la langue qui lui est ch&#232;re, sa langue de pr&#233;dilection : A&#239; agu qu'un tor, es aqu&#233;ou d&#233; pas m'estr&#233; pourta candida e&#239;s &#233;lections de l'assemblado nationalo&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;cho nous montre aussi que l'oralit&#233; proven&#231;ale reste habituelle chez nos petits notables r&#233;publicains, alors que leur propagande &#233;crite est fran&#231;aise. Elle l'est d'autant plus qu'un de leurs combats est celui de la la&#239;cisation de l'enseignement, un enseignement qui doit propager d&#233;finitivement le fran&#231;ais. Combat dans lequel la municipalit&#233; de la Seyne est fort active.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste, pour r&#233;concilier la droite et la gauche autour d'un proven&#231;al de connivence, l'usage de plus en plus fr&#233;quent de l'intervention plaisante. Ainsi de cet article de 1872 toujours, dans le journal satirique &lt;i&gt;La Gu&#234;pe de Toulon&lt;/i&gt;. Le r&#233;dacteur, Cernay, un Seynois bon royaliste lui aussi, va &#224; pied de la Seyne &#224; Six-Fours, et il entend deux p&#234;cheurs discuter, je cite, &lt;i&gt;'dans cette belle langue proven&#231;ale qu'a si noblement &#233;lev&#233;e Fr&#233;d&#233;ric Mistral, notre premier f&#233;libre'&lt;/i&gt;. Il s'agit de la prise d'un poulpe &#233;norme, &lt;i&gt;un poupre coum'aco, une main&lt;/i&gt; ... &lt;i&gt;'Lou pouarti &#224; l'oustaou, n'en douni en toute&#239; leis amis et couneissen&#231;o, et m'en resto enca per nourri mai de 20 famillo'&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici en 1885. La victoire des r&#233;publicains est assur&#233;e depuis 1879-1880. Aussit&#244;t, &#224; La Seyne comme ailleurs, et peut-&#234;tre plus qu'ailleurs, le front r&#233;publicain s'est fissur&#233;. Les clivages entre radicaux et mod&#233;r&#233;s se renforcent d'oppositions personnelles tr&#232;s fortes, d'autant que la notion de parti n'existe pas encore et que la vie politique se fait dans les cercles locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire radical Cyrus Hugues a pass&#233; la main, tout en restant conseiller g&#233;n&#233;ral. Ses h&#233;ritiers s'affrontent, et la Seyne conna&#238;t une p&#233;riode de grande instabilit&#233; municipale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant ces d&#233;chirements de personnes dans la majorit&#233; de gauche, un homme nouveau, l'ing&#233;nieur Saturnin Fabre, se pr&#233;sente en candidat d'int&#233;r&#234;t local, pr&#234;t &#224; assumer le d&#233;veloppement de la cit&#233;. Sa position de centriste, ses liens avec la direction des chantiers navals, lui permettent de se poser en rassembleur. Jusqu'alors les radicaux seynois n'ont jamais fait du proven&#231;al une arme politique dans leur journal &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. La rubrique de la Seyne ne met en 1885 le proven&#231;al que dans la bouche de personnages marginaux ou bizzares. Il est manifestement signe d'arrieration. Ainsi ce pousseur de charreton du march&#233; qui &#224; peine mari&#233; dit &#224; son &#233;pouse, en sortant de la mairie : &lt;i&gt;'tu, sies miouvo, passe mi davant !'&lt;/i&gt;. Alors que les radicaux et Cyrus Hugues m&#232;nent leur propagande en fran&#231;ais, les hommes de Fabre vont se servir du proven&#231;al pour d&#233;stabiliser Hugues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le Toulonnais Dominique qui donne l'assaut en 1885. Son quotidien de centre droit &lt;i&gt;Le Petit Toulonnais&lt;/i&gt; publie en premi&#232;re page des lettres de lecteurs seynois en proven&#231;al. Ainsi &lt;i&gt;'un campagnard qu'a jamai agu poou, habitan lou quartier de l'O&#239;de'&lt;/i&gt;, qui dit &lt;i&gt;'oou citoyen Cyrus Hugues, l'apouticari : aves jamai ren fa per l'ouvrier, encaro mens per lou paisan, n'en voulen plus de vous &#224; la coumuno'&lt;/i&gt;. L'hebdomadaire de Dominique, tout en proven&#231;al, &lt;i&gt;La To&#249;teno&lt;/i&gt; publie de tr&#232;s nombreuses attaques politiques et personnelles contre Hugues et son &#233;quipe radicale. Quand la municipalit&#233; radicale est battue par Fabre, &lt;i&gt;La To&#249;teno&lt;/i&gt; demande &#224; Hugues de d&#233;missionner de son poste de conseiller g&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;'la grando voix doou suffragi universaou a parla, e lou citoyen cyrus Hugues duou oub&#233;i'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression est telle que, le fait est vraiment extraordinaire, Hugues exasp&#233;r&#233; r&#233;pond en proven&#231;al !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les uns et les autres, cet abondant usage public du proven&#231;al n'implique pas une d&#233;fense f&#233;libr&#233;enne de la langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en 1885, la Sainte estelle de Hy&#232;res, grand f&#234;te annuelle des F&#233;libres de tout le midi, rassemble une foule &#233;norme qui acclame Mistral. Si les notables varois de tous bords se bousculent &#224; Hy&#232;res, les notables seynois brillent par leur absence. Alors que le F&#233;librige varois na&#238;t, et rassemble des notables fort divers dans &lt;i&gt;l'Escolo doou Var&lt;/i&gt;, &#224; La Seyne la proven&#231;alit&#233; semble abandonn&#233;e aux modestes tambourinaires du terroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le f&#233;librige seynois appara&#238;t un peu plus tard, en 1890-92, avec l'avocat et journaliste Coffini&#232;res, qui s&#233;journe d'abord &#224; Tamaris, puis dans la propri&#233;t&#233; de S.Fabre au quartier de Cachou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coffini&#232;res participe au lancement de la station de Tamaris et fonde une &#233;cole f&#233;libr&#233;enne qu'il veut mondaine et litt&#233;raire, &#224; la diff&#233;rence de l'&#233;cole f&#233;libr&#233;enne du Var. L'invitation illustre bien la dichotomie seynoise, 'La Mecque' populaire &#224; l'Ouest, Tamaris azur&#233;e &#224; l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notables toulonnais viennent nombreux &#224; l'escolo de Tamaris, mais en bateau, et sans passer par La Seyne. Les notables seynois ne s'y bousculent pas, bien que le maire Saturnin Fabre soit un familier des r&#233;unions de &lt;i&gt;l'Escolo de Tamaris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rencontre aussi dans l'entourage de Coffini&#232;res deux jeunes Seynois qui feront parler d'eux, le secr&#233;taire de la mairie, Seyne, Escartefigue, le futur maire de Toulon, alors anarchiste, et l'industriel Henri Petin, futur maire de La Seyne, alors responsable du cercle des jeunes gens de la Seyne, nationaliste et antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire Saturnin Fabre finance sans grand respect des r&#232;gles administratives les banquets de &lt;i&gt;l'Escolo de Tamaris&lt;/i&gt; et la fait participer aux festivit&#233;s de 1893, pour le centenaire du si&#232;ge et du fort Napol&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Participation toute opportuniste. Fabre est flatt&#233; de se m&#234;ler &#224; cette bonne soci&#233;t&#233;, mais en dix ans d'existence, son journal &lt;i&gt;Le Seynois&lt;/i&gt; ignorera le proven&#231;al. Le propos de Fabre est de moderniser une ville qui vient de d&#233;passer les 20000 habitants, non de d&#233;fendre un idiome que l'histoire a condamn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons un savoureux contrepoint &#224; cette modernit&#233; de Fabre. Voici le seul &#233;cho seynois, &#233;cho lapidaire, que donne le grand hebdomadaire marseillais &lt;i&gt;La Sartan&lt;/i&gt;, le 20 f&#233;vrier 1892 : &lt;i&gt;&#8220;La Seyno, Var - Nouesto municipalita e lou publi si mandon de chameto &#224; raport &#224; n'un p&#224;ti que voudrien tanca su lou quai Hoche. Es pa'no cavo &#224; faire, mai aven four&#231;a lei municipaou &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;li metre lou nas e anaren empega soun p&#224;ti un paou pu luen. R.F&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La municipalit&#233; Fabre tombera en 1895-1896 sur le probl&#232;me de l'assainissement. Rappelons que Toulon envisage un &#233;missaire qui traverserait notre commune avant de se d&#233;verser du c&#244;t&#233; de Fabregas. Fabre soutient le projet qui assurerait la salubrit&#233; et le d&#233;veloppement de La Seyne. Les opposants seynois au projet toulonnais viennent de tous les bords. Ainsi voit-on des catholiques conservateurs, et des socialistes, soutenir Bernard, le rival radical de Fabre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le concert d&#233;cha&#238;n&#233; contre Fabre, ces opposants feront feu de tout bois, proven&#231;al y compris. Ainsi de cette assez stup&#233;fiante chanson compos&#233;e au si&#232;ge des jeunesses socialistes, imprim&#233;e et diffus&#233;e en ville. &lt;i&gt;'Se sian fourma en coumita / Es parqu&#233; la merdo passo pas'&lt;/i&gt;, dit la chanson, scand&#233;e par ce refrain dont les vieux Seynois comprendront tout le sens : &lt;i&gt;' Pr&#233;f&#233;raren toujours lei torpilleurs e lei toupinos'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabre deux fois battu, le nouveau maire, Bernard, chantera ces couplets proven&#231;aux, devant une foule o&#249; se m&#234;lent ses &#233;lecteurs de droite et de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al appara&#238;t ici comme l'arme de la connivence locale et de l'agression brutale, et non bien s&#251;r comme l'outil de l'argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de cet usage qui n'a rien pour nous surprendre, nous rencontrons un usage bien diff&#233;rent du proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1897 se termine la gr&#232;ve des riveteurs, chanfreineurs et perceurs des FCM. Cette gr&#232;ve d'ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s, effectuant des travaux de force, unit des ouvriers fran&#231;ais et de tr&#232;s nombreux ouvriers immigr&#233;s, des Italiens pour la plupart. Il ne s'agit plus l&#224; de la traditionnelle &#233;migration pi&#233;montaise, mais de sujets du jeune royaume d'Italie, qui va d&#233;sormais de Turin &#224; la Sicile. Les Toscans dominent, et la plupart des noms italiens que nous rep&#233;rons alors sont des noms en i. La familiarit&#233; de ces Italiens avec le fran&#231;ais est beaucoup moins grande que celle des Pi&#233;montais, et qui plus est, beaucoup d'entre eux apprennent au travail un proven&#231;al francis&#233;, ou un fran&#231;ais proven&#231;alis&#233;, qui est la vraie langue du travail. C'est l'&#233;cole qui francisera leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans le dossier de police conserv&#233; aux archives d&#233;partementales cette coupure significative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Dans la matin&#233;e, &#224; 9 h., une importante r&#233;union des gr&#233;vistes avait lieu au sous-sol sous la pr&#233;sidence du citoyen Maille, pr&#233;sident du Comit&#233;. 800 ouvriers environ y assistaient. Au d&#233;but, on a donn&#233; lecture des r&#233;cents articles que nous avions consacr&#233;s &#224; la gr&#232;ve. Afin de permettre &#224; tous les assistants de comprendre, ces articles ont &#233;t&#233; successivement lus en fran&#231;ais, puis traduits en italien par le citoyen Fio, vice-pr&#233;sident du Comit&#233;, et enfin en proven&#231;al. Les gr&#233;vistes ont vigoureusement et unanimement applaudi, puis ils ont vot&#233; un ordre du jour de chaleureux remerciements au Petit Proven&#231;al qui, &#224; peu pr&#232;s seul dans la presse, avait soutenu leur cause. Camille Ferdy&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont souvent les d&#233;tails qui font l'histoire. L'&#233;pisode de la traduction proven&#231;ale a &#233;t&#233; signal&#233; dans des ouvrages d'histoire locale, comme donn&#233; par &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. Or c'est bien &lt;i&gt;Le Petit Proven&#231;al&lt;/i&gt;, l'organe socialiste de Marseille, qui a mis ce fait en avant le 3 f&#233;vrier 1897. Il est significatif que les deux journaux toulonnais, le radical &lt;i&gt;Petit Var&lt;/i&gt; et le conservateur &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, s'ils savent saluer Mistral, ignorent cet usage du proven&#231;al qui situe les travailleurs fran&#231;ais ma&#238;trisant mal le fran&#231;ais au rang de ces Italiens si m&#233;pris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proven&#231;al n'est plus ici, comme dans la chanson de l'&#233;missaire, la langue de tous dans laquelle on traite plaisamment de politique locale. Il est encore moins, comme dans la litt&#233;rature f&#233;libr&#233;enne, langue d'une nation mythique. Le proven&#231;al appara&#238;t comme le parler des plus d&#233;favoris&#233;s, des moins instruits, des plus &#224; l'&#233;cart de la modernit&#233;. C'est pourquoi, m&#234;me s'il peut servir de vecteur &#224; l'explication, il ne peut &#234;tre pris en compte comme langue par les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la majorit&#233; des socialistes seynois, qui s'exprime dans l'hebdomadaire &lt;i&gt;L'Echo du Var&lt;/i&gt;. Ces socialistes ont d&#233;savou&#233; les jeunesses socialistes qui soutiennent Bernard, et qui vireront bient&#244;t, Cluseret aidant, &#224; l'activisme nationaliste et antis&#233;mite d'Henri Petin. &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, le journal de droite, s'est moqu&#233;e du mauvais fran&#231;ais proven&#231;alis&#233; des &#233;lus socialistes. &lt;i&gt;L'Echo du Var&lt;/i&gt; r&#233;pond que les travailleurs n'ont pas &#224; rougir de leur fa&#231;on de s'exprimer, qui tient au fait qu'on leur a refus&#233; l'instruction. Il r&#233;affirme le droit des travailleurs &#224; l'instruction et la n&#233;cessit&#233; de ma&#238;triser le fran&#231;ais. Aucune mention n'est faite par ces socialistes seynois d'une d&#233;fense de la langue natale, le proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui donc alors, en cette fin de si&#232;cle, s'affirme clairement &#224; La Seyne pour une d&#233;fense de l'idiome natal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'escolo f&#233;libr&#233;enne de Tamaris, &#233;litiste et mondaine, a vite cess&#233; de rayonner. Et la disparition de Fabre, qui la soutenait, a ent&#233;rin&#233; sa fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or voici qu'en 1898, &#224; Toulon, un groupe de jeunes f&#233;libres veut aller au peuple en cr&#233;ant &lt;i&gt;l'Escolo de la Targo&lt;/i&gt;, r&#233;solument en faveur des th&#232;ses r&#233;gionalistes activistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1900, sur les 49 adh&#233;rents de la Targo, 10 sont seynois. Proportion non n&#233;gligeable. Quels sont ces Seynois de la Targo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octave Amayon pintre de tabl&#232;u, Tamaris. Antoine Blanc, quartier Ste Anne. L'abb&#233; Bonifay, cur&#233; de La Seyne. Andr&#233; Daste, p&#234;cheur, Br&#233;gaillon. Lucien Gassier, architecte, Mar vivo. Pierre Ginouves, bureau de la Marine. Aim&#233; Gras, marchand de meubles, avenue des Sablettes. Andr&#233; Jaubert, m&#233;decin, rue Thiers. Louis Pio, p&#234;cheur, r&#233;serve d'huitres de Br&#233;gaillon. L&#233;on Spariat, cur&#233; de Saint Mandrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le constatez, nos f&#233;libres sont des bourgeois, des pr&#234;tres et des p&#234;cheurs. Les enseignants, les ouvriers et les paysans sont absents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces f&#233;libres, cinq sont v&#233;ritablement actifs. Pio, le p&#234;cheur de Br&#233;gaillon, compose et chante, en proven&#231;al populaire, la vie et la beaut&#233; du petit pays, sans trop se pr&#233;occuper de l'id&#233;ologie nationalitaire f&#233;libr&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chose chez Ginouv&#232;s, le responsable des douanes, tr&#232;s connu par ses publications amusantes, en bonne langue populaire. Remarquons cependant qu'il habite le boulevard du 4 septembre, un quartier r&#233;sidentiel &#224; l'&#233;poque, &#224; l'&#233;cart des rues populaires de la vieille ville. Si Ginouves ne s'engage pas dans les grands d&#233;bats du r&#233;gionalisme mistralien, il se marque politiquement en soutenant la droite antidreyfusarde locale. Il publie r&#233;guli&#232;rement du proven&#231;al joyeux dans &lt;i&gt;Le Petit Seynois&lt;/i&gt;, le journal de l'industriel Petin, qui sera maire nationaliste de La Seyne en 1904.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ses m&#233;rites m&#233;dicaux, le docteur Jaubert est plus connu &#224; La Seyne pour &#234;tre un des premiers possesseurs de voiture automobile que pour son amour de la langue de Mistral. Il est un propagandiste tenace de la doctrine f&#233;libr&#233;enne, qu'il situe clairement en dehors de tout engagement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre les deux pr&#234;tres, Bonifay et Spariat, propagent l'id&#233;ologie f&#233;libr&#233;enne de d&#233;fense de la langue et de refus du centralisme jacobin. Sous des pseudonymes transparents ou sous leur signature, ils associent constamment dans la presse catholique locale et dans &lt;i&gt;La Croix du Var&lt;/i&gt; la d&#233;fense de la langue proven&#231;ale, la d&#233;fense de la religion menac&#233;e par les r&#233;publicains, le refus du radicalisme et du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que pour beaucoup de Seynois l'amalgame peut &#234;tre fait entre une prise de position politique &#224; droite, voire &#224; la droite extr&#232;me, et un engagement f&#233;libr&#233;en. Ce qui ne veut pas dire que la gauche ne fasse pas &#224; l'occasion du proven&#231;al un usage politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi lors de l'&#233;lection l&#233;gislative partielle de 1900, apr&#232;s la mort de Cluseret, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; utilise le proven&#231;al pour soutenir le candidat radical Martin, qui sera &#233;lu. Le journal de droite, R&#233;publique, soutient Gr&#233;bauval, pr&#233;sident du conseil municipal de Paris, mais propri&#233;taire de la grande villa de Br&#233;gaillon. C'est le candidat nationaliste antidreyfusard. &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; d&#233;nonce par une lettre de lecteur de Six-Fours la venue des radicaux et socialistes seynois venus lui porter la contradiction. On n'entendait rien parce que &lt;i&gt;'Lei gens de la M&#232;quo fasien troou de bru'&lt;/i&gt;. A quoi &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; fait donner, entre autres lettres proven&#231;ales, la &lt;i&gt;'Responso doou paysan de Bregailloun'&lt;/i&gt;, un voisin de Gr&#233;bauval donc : &lt;i&gt;'Es ma&#239; un estrangier oou despartament, un nouveou desbarqua que cr&#232;i de toute&#239; nous avala'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1904, c'est le maire Petin qui sera &#224; son tour accroch&#233; en proven&#231;al par &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; (4 mars 1909) : &lt;i&gt;&#8220;La priero d'un peysan &#224; touti sei cambarado de la campagno de la 2e circonscricien. Vous vaou dire lei qualita de nouaste mero Petin. Es un soucialisto de l'aoutr&#233; caire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proven&#231;al de connivence et d'agression donc des deux c&#244;t&#233;s, mais l'essentiel de l'argumentation est en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps d'arr&#234;ter notre promenade seynoise, avant que la catastrophe de 1914 ne change la donne de la Belle Epoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette donne partage les langues. Du partage entre registres s&#233;rieux et registres de divertissement, le th&#233;&#226;tre t&#233;moigne plaisamment. Sur les sc&#232;nes seynoises, nombreuses &#224; l'&#233;poque, le proven&#231;al est tr&#232;s pr&#233;sent, mais seulement dans des registres de distraction. Ainsi au cercle fraternel des Mouiss&#232;ques on joue le m&#234;me soir de 1907 le m&#233;lodrame fran&#231;ais &lt;i&gt;Le for&#231;at de Toulon&lt;/i&gt; et le vaudeville proven&#231;al &lt;i&gt;Tanto Rosino&lt;/i&gt; qui, nous dit &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; un succ&#232;s de fou-rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1914, le cin&#233;ma changera totalement cette donne de spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage entre g&#233;n&#233;rations est plus d&#233;cisif que le partage des genres. Ecoutons ces petits notables seynois, de droite et de gauche, que le journal satirique &lt;i&gt;Le Diable Rouge&lt;/i&gt; nous pr&#233;sente &#224; l'occasion buvant l'ap&#233;ritif et discutant politique en proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des hommes d'&#226;ge m&#251;r. Ils ont parl&#233; proven&#231;al &#224; leurs enfants. Cesenfants qui naissent dans ces ann&#233;es 1890-1900 auront encore le proven&#231;al pour langue maternelle. Toute la Seyne rit, en 1910, aux couplets fran&#231;ais et proven&#231;aux de la revue locale sur l'aviatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration qui suivra comprendra le proven&#231;al des parents, mais lui r&#233;pondra en fran&#231;ais. Le destin de la langue est alors scell&#233;. Apr&#232;s 14-18, la langue mourra en pleine sant&#233;, sant&#233; puisque pratiqu&#233;e totalement par la g&#233;n&#233;ration qui s'en va, mort puisque non parl&#233;e par la g&#233;nration qui arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'on commencera &#224; oublier la toponymie proven&#231;ale, &#224; ne plus comprendre ce que veut dire la Gatonne, l'O&#239;de, c'est alors que la prononciation changera, que Mar vivo deviendra Marvivo, Maregau, Fabregas, etc. Mais c'est alors aussi que le souvenir d'une bonhommie famili&#232;re se transformera en nostalgie, et parfois en r&#233;cup&#233;ration de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette disparition du proven&#231;al, faut-il s'attrister ? Faut-il en prendre son parti ? Faut-il s'en f&#233;liciter au nom de la modernit&#233; ? Mon propos de ce soir ne visait pas &#224; prendre parti. Vous l'avez remarqu&#233;, c'est aux hommes qui parlent la langue que je me suis attach&#233;, et non &#224; la langue elle-m&#234;me. C'est une &#233;tude historique que je vous ai propos&#233;e, et non une &#233;tude linguistique. Or la page est tourn&#233;e sur ces hommes et ces femmes qui ont v&#233;cu ce demi-si&#232;cle de transformations. L'histoire les avait mis en situation de bilinguisme. De ce bilinguisme, vous l'avez vu, les uns et les autres ont us&#233; pour vivre, pour se rencontrer ou pour s'affronter. Et il m'a sembl&#233; que le voyage parmi ces Seynois du proche pass&#233; &#233;tait &#224; la fois d&#233;mystification de l'id&#233;ologie des racines et ennoblissement de notre h&#233;ritage populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que cette &#233;tude de premi&#232;re main vous a int&#233;ress&#233;s, que vous compreniez ou pas le proven&#231;al de nos anciens, que vous soyez n&#233;s &#224; La Seyne ou que vous soyez venus vous y &#233;tablir. Puisse cette &#233;vocation d'une p&#233;riode proche vous renforcer dans la conviction que, souvent d&#233;chir&#233;e par ses antagonismes internes, souvent heurt&#233;e de plein fouet ou port&#233;e par les grands courants de la modernit&#233;, notre cit&#233; porte en elle les possibilit&#233;s de ressourcement et de renouvellement qui lui permettront d'aborder l'an 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera l'int&#233;gralit&#233; des textes &#233;voqu&#233;s, et bien d'autres, dans Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Les Varois, la presse varoise et le proven&#231;al, 1859-1910&lt;/i&gt;, 1996.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Merle, &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034;. II</title>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Var</dc:subject>
		<dc:subject>Vignerons</dc:subject>
		<dc:subject>1907</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ratives</dc:subject>
		<dc:subject>Socialistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Provence Historique, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997 Deuxi&#232;me partie &lt;br class='autobr' /&gt; Suite de Ren&#233; Merle &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034; : I &lt;br class='autobr' /&gt;
Symbolique des manifestations et m&#233;ridionalit&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
10 &#224; 12000 &#224; Carnoules le 26 mai, un peu moins le 9 juin &#224; Brignoles (o&#249; les habitants et le maire cl&#233;menciste boudent), les manifestants sont soud&#233;s dans la protestation &#8220;apolitique&#8221;. Les organisateurs n'acceptant que les drapeaux fran&#231;ais, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot638" rel="tag"&gt;Vignerons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot639" rel="tag"&gt;1907&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot709" rel="tag"&gt;Coop&#233;ratives&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot710" rel="tag"&gt;Socialistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Provence Historique&lt;/i&gt;, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me partie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Suite de &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article848' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ren&#233; Merle &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034; : I&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Symbolique des manifestations et m&#233;ridionalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &#224; 12000 &#224; Carnoules le 26 mai, un peu moins le 9 juin &#224; Brignoles (o&#249; les habitants et le maire cl&#233;menciste boudent), les manifestants sont soud&#233;s dans la protestation &#8220;apolitique&#8221;. Les organisateurs n'acceptant que les drapeaux fran&#231;ais, toute autre symbolique embl&#233;matique est apparemment impossible : ainsi la pr&#233;sence de socialistes ou f&#233;libres n'est donc pas affirm&#233;e par leurs drapeaux rouges ou sang et or.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, l'expression symbolique de l'exasp&#233;ration est &#224; chercher dans la pr&#233;sence des femmes, et dans celle du proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;sence exceptionnelle des femmes, donneuses de vie, est &#224; la mesure du d&#233;sespoir. A Carnoules, N&#233;oules marche en t&#234;te, derri&#232;re son maire, et quatre jeunes filles portant le drapeau national endeuill&#233; de cr&#234;pe. A Brignoles, l'ordre du cort&#232;ge est symboliquement modifi&#233; : derri&#232;re les quatre jeunes filles porte-drapeaux viennent &#8220;les grands-m&#232;res, m&#232;res et fillettes de cette commune&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 10 juin 1907.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puis les hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il faut remarquer que cette pr&#233;sence proc&#232;de de ce que les N&#233;oulais ont vu &#224; B&#233;ziers. L'appel du Comit&#233; de N&#233;oules aux Varois demande : &#8220;comme &#224; B&#233;ziers... que personne n'ait honte d'amener sa femme et ses enfants&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 24 mai 1907&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;sence de femmes est attest&#233;e dans les autres d&#233;l&#233;gations : dans les pancartes du meeting de Brignoles, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; signale : &#8220;Rocbaron - Port&#233;e par une femme : Femmes de c&#339;ur, suivons le pas de nos vaillants &#233;poux, d&#233;fendons notre vie, celle de nos enfants&#8221;. Mais il semble bien que les N&#233;oulais aient &#233;t&#233; seuls &#224; mettre collectivement en &#339;uvre cette symbolique extra/ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence du proven&#231;al est tout aussi extra/ordinaire. Non que la langue soit morte : certes, la francisation est assur&#233;e par l'&#233;cole, la commercialisation du vin, la lecture de la presse politique, mais le proven&#231;al reste langue ordinaire du travail et de la convivialit&#233;. Mais, malgr&#233; le souhait de Mistral, la solennit&#233; de l'&#233;v&#233;nement semble n'appeler que le fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux entr&#233;es de Carnoules, les banderoles qui saluent les manifestants, sont en fran&#231;ais. Le repr&#233;sentant d'Argelliers cite Mistral, mais s'exprime en fran&#231;ais, comme les autres orateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, devant des auditoires ruraux, les hommes politiques ne d&#233;daignent pas l'improvisation proven&#231;ale pour appuyer affectivement une rh&#233;torique initialement et n&#233;cessairement fran&#231;aise. Ainsi les cercles villageois appr&#233;cient le proven&#231;al du socialiste Reymonenq (ouvrier &#224; l'arsenal et conseiller municipal de Toulon) : il est originaire de La Roquebrussane, pr&#232;s de N&#233;oules. Le conseiller d'arrondissement Jean-Baptiste Menut, viticulteur et f&#233;libre, de Tourves, soutient la r&#233;publique radicale de nombreuses po&#233;sies prooven&#231;ales, lues dans les c&#233;r&#233;monies officielles et publi&#233;es parfois dans la presse. Mais ce recours au proven&#231;al ne saurait d&#233;passer le cadre de la connivence locale ou du petit pays. Les rassemblements de Carnoules et Brignoles s'adressent au pouvoir et &#224; l'opinion fran&#231;aise. Parmi les orateurs, des f&#233;libres comme Balp ou Blache, des boute-en-train proven&#231;aux comme Marin, maire de Camps, n'ont donc recours qu'au fran&#231;ais. La parole &#034;descendante&#034; est fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de la foule que &#8220;monte&#8221; le proven&#231;al. Non, comme on pourrait le croire, dans le cri ou le chant prolongeant l'oralit&#233; proven&#231;ale des ruraux. Quel village n'a pas alors son disaire, son declamaire qui commente plaisamment, le plus souvent en proven&#231;al, l'actualit&#233; locale et nationale... Leur registre, qui est plus celui de l'improvisation que de l'&#233;criture f&#233;libr&#233;enne, appara&#238;t lors de la dislocation des meetings, par des &#8220;refrains vigoureux dans lesquels des po&#232;tes vignerons ont fix&#233; toutes leurs l&#233;gitimes esp&#233;rances&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais pendant la manifestation, c'est en fran&#231;ais que chantent les orph&#233;ons des villages. A Brignoles la d&#233;l&#233;gation de N&#233;oules &#8220;fit impression surtout lorsqu'elle chanta devant la Mairie la Marseillaise des Viticulteurs&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les N&#233;oulais &#8220;entonnent La Marseillaise des viticulteurs, due &#224; M.Arnaud Phil&#233;mon, f&#233;libre et viticulteur aux Arcs. Des applaudissements fr&#233;n&#233;tiques accueillent le refrain de cette chanson qui se termine ainsi : - Debout, viticulteurs ! Combattons les fraudeurs. Marchons ! crions : Nous avons faim et nous voulons du pain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 10 juin 1907.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce Phil&#233;mon Arnaud, viticulteur et potier, dont nous avons pu rep&#233;rer les publications dans la presse locale et en plaquettes &#224; partir des ann&#233;es 1870 (il est n&#233; en 1851), est un modeste auteur bilingue, et f&#233;libre de longue date : c'est le fran&#231;ais ad&#233;quat &#224; la solennit&#233; de l'heure qu'il a choisi pour sa Marseillaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me la grande majorit&#233; des pancartes brandies par les manifestants sont en fran&#231;ais. Un fran&#231;ais dans lequel les d&#233;l&#233;gations rivalisent de verve et d'originalit&#233;, signe que la langue est pleinement int&#233;rioris&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la presse indique que certaines pancartes sont en proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi &#224; Carnoules sont signal&#233;es pour N&#233;oules : &#8220;A for&#231;o de serra, la ta&#239;olo petto&#8221;, pour Tourves : &#8220;Creba d&#242;u fan en boulegan la terro, jama&#239; ..&#8221; et un quatrain :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Ouren de pan per la poouriou,&lt;br class='autobr' /&gt;
De gran de bla per l'oouselio,&lt;br class='autobr' /&gt; Ma&#239;, per nourri de feniantas&lt;br class='autobr' /&gt;
La&#239;ssaren lou ben per campas&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Brignoles s'y ajoutent pour Montfort : &#8220;Senso ficello la booudufo poou plus vira, foou que nou dounou resoun ou la bounbardo petara&#8221;, pour Tourves : &#8220;La courejo a plus g&#233;s de traou, sian en trin de faire lei badaou&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit nombre des ces pancartes marque-t-il une &#8220;fin de r&#232;gne&#8221; pour le proven&#231;al, d&#233;finitivement inf&#233;rioris&#233; dans la hi&#233;rarchisation des langues ? On peut au contraire, en rapport &#224; cette supr&#233;matie du fran&#231;ais, mesurer la nouveaut&#233; : jamais la langue d'oc n'est ainsi intervenue publiquement en arme. En enfreignant le tabou tacite qui r&#233;serve l'expression &#233;crite socio-politique au fran&#231;ais, elle proc&#232;de de la m&#234;me rupture symbolique que l'apparition des femmes, et c'est aussi &#224; B&#233;ziers que les N&#233;oulais ont pu la d&#233;couvrir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La presse ne mentionne pas que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de Camps, qui d&#233;filent derri&#232;re Marin et le drapeau de la coop&#233;rative, les compactes d&#233;l&#233;gations de Besse, fer de lance socialiste, ou de Flassans, aient brandi de pancartes en proven&#231;al. Pas plus que celles des puissants comit&#233;s du Sud, Cuers ou Le Beausset. Il n'est pas indiff&#233;rent de remarquer que ces pancartes proviennent de localit&#233;s de la r&#233;gion brignolaise, assez r&#233;cemment acquises &#224; la gauche, disput&#233;es au plan politique et syndical, et tr&#232;s actives dans le mouvement. N&#233;oules a lanc&#233; l'action ; Tourves est un foyer mutualiste et syndical, son maire pr&#233;sidera en 1908, non sans r&#233;serves, le Comit&#233; d&#233;partemental de la Gauche anti-cl&#233;menciste ; Montfort, bastion syndicaliste, est le fief du d&#233;put&#233; Vigne, mais aussi du dirigeant syndical conservateur Fret.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces localit&#233;s ouvertes &#224; la modernit&#233;, l'apparition du proven&#231;al ne rel&#232;ve pas bien s&#251;r de l'arri&#233;ration. Par le proven&#231;al, que veut-on donc dire que le fran&#231;ais ne dise pas ? A qui s'adresse-t-on ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Leur contenu des pancartes, leur indiff&#233;rence &#224; la graphie f&#233;libr&#233;enne, ne t&#233;moignent pas d'une revendication linguistique. La plupart des communes o&#249; nous rep&#233;rons des f&#233;libres actifs n'ont pas de pancartes proven&#231;ales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Remarquons aussi que les langues ne sont pas oppos&#233;es, mais associ&#233;es. Ainsi, la plupart des journaux citent le texte de la pancarte n&#233;oulaise &#224; Carnoules : &#8220;A for&#231;o de serra, la taiolo petto&#8221;, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; en donne le texte complet : &#8220;A for&#231;o de serra, la taiolo petto - 17 juin, dernier d&#233;lai&#8221;. Au proven&#231;al la sagesse des nations, au fran&#231;ais l'urgence dans l'action et les objectifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Expression de la mis&#232;re, menaces, ces pancartes, plus encore que celles r&#233;dig&#233;es en fran&#231;ais, donnent la mesure de l'exasp&#233;ration, tout en la rendant, si on peut dire, acceptable, par la bonhomie imm&#233;moriale du proverbe ou du bout rim&#233;. Elles n'abordent pas un registre plus id&#233;ologique, r&#233;serv&#233; au fran&#231;ais. Ce n'est qu'avec la radicalisaton du conflit que les N&#233;oulais diront &#224; Brignoles, et plus brutalement qu'en fran&#231;ais : &#8220;Per nouestreis enfans, vouren d&#233; pen ou la r&#233;volution apr&#232;s d&#233;men&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pancartes proven&#231;ales, certes minoritaires, sont sans doute un signal extr&#234;me parti de la base, que des paysans s'adressent &#224; eux-m&#234;mes, dans l'affirmation en dignit&#233; de leur identit&#233; sociologique et communale. Dans ces localit&#233;s politiquement et syndicalement tr&#232;s divis&#233;es, scellent-elles provisoirement, au plus bas niveau id&#233;ologique mais au plus fort niveau affectif, une fragile unit&#233; villageoise ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le signal est-il re&#231;u ? Il est significatif qu'apr&#232;s Carnoules ni les organisateurs, ni la presse ne font pas vraiment &#233;cho &#224; cette apparition du proven&#231;al, qui &#233;tonne et amuse aussi quelque peu. Brignoles n'en sera que le prolongement. L'apparition du proven&#231;al n'a pas incit&#233; les dirigeants du mouvement &#224; le brandir en arme.&lt;br class='autobr' /&gt;
A gauche, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; donne sans commentaire le texte des pancartes : insister sur ces pancartes serait peut-&#234;tre heurter de front les normes diglossiques dominantes, peut-&#234;tre conforter le pouvoir qui d&#233;nonce le s&#233;paratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
A droite &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; pr&#233;cise, apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; les pancartes en fran&#231;ais : &#8220;Enfin, d'autres sont &#233;crites en notre belle langue proven&#231;ale&#8221;. Traditionnelle sensibilit&#233; conservatrice pro-f&#233;libr&#233;enne ? Mais &lt;i&gt;Le Var&lt;/i&gt;, tr&#232;s &#224; droite, et tr&#232;s ouvert aux publications en proven&#231;al, ne parle que des pancartes fran&#231;aises, auxquelles il ajoute, en la francisant &#224; demi : &#8220;A force de serrer, la ta&#239;olo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Var, 30 mai 1907&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le meeting de Brignoles &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; ne mentionnent pas de pancartes proven&#231;ales, que seul &#233;voque l'hebdomadaire local de droite &lt;i&gt;Le Progr&#232;s R&#233;publicain&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise n'am&#232;ne pas, dans les quotidiens les plus lus, ces articles en proven&#231;al ironique ou agressif qui pimentent &#224; l'occasion une campagne &#233;lectorale ou une pol&#233;mique locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Abandonn&#233;e au peuple, et &#224; quelques litt&#233;rateurs qui veulent en faire langue d'un Peuple, la langue d'oc ne pourrait devenir arme du peuple sans &#233;branler le consensus sur la le rapport &#034;peuple&#034;-pouvoir, et ses diff&#233;rentes instances de m&#233;diation, administratives, professionnelles, politiques. On comprend que les organisateurs et les journaux ne s'y risquent pas. Encore moins d'en faire la langue d'un Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reflux du mouvement et recours &#224; l'ethnotype&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin &#224; Brignoles, le Comit&#233; de N&#233;oules est investi des pleins pouvoirs pour former un Comit&#233; d&#233;partemental qui prend les mots d'ordre d'Argelliers. Cependant que le Languedoc conna&#238;t des &#233;v&#233;nements dramatiques, la plupart des maires varois refusent de d&#233;missionner comme le leur demande le comit&#233;, et dor&#233;navant la mobilisation de la droite inqui&#232;te la gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette phase d'incertitudes, puis de reflux, le recours &#224; la &#034;m&#233;ridionalit&#233;&#034; accompagne et parfois suture les divergences d'appr&#233;ciation sur le sens de l'&#233;v&#233;nement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, les socialistes sont partag&#233;s. Certains prennent aussi leurs distances avec le mouvement, qu'ils estiment trop peu r&#233;volutionnaire ... A Toulon, les partisans du maire Escartefigue et du conseiller municipal Reymonenq, militant &#224; l'arsenal, refusent qu'une action corporatiste am&#232;ne la rupture avec Cl&#233;menceau. La &#8220;proven&#231;alit&#233;&#8221; du mouvement n'a rien qui les effarouche : Escartefigue doit une partie de sa popularit&#233; &#224; sa verve proven&#231;ale. Il accueille &#224; l'H&#244;tel de Ville les f&#233;libres de L'Escolo de La Targo, dont le responsable, Esclangon, est secr&#233;taire de mairie. En septembre 1907, il y saluera en proven&#231;al le congr&#232;s de La Freiri&#233; prouven&#231;alo. Reymonenq est coutumier de l'intervention en proven&#231;al dans les cercles d&#233;mocratiques de la r&#233;gion, et il est de ceux que les compte rendus ironiques du conseil municipal, dans la presse toulonnaise hostile &#224; la municipalit&#233;, font s'exprimer dans un fran&#231;ais m&#234;l&#233; de proven&#231;al. Mais ces politiques mettront au service de Cl&#233;menceau leur habilet&#233; tactique, leur connaissance du monde politique varois ... et leur parole proven&#231;ale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi l'hebdomadaire de la f&#233;d&#233;ration socialiste &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; est-il bien peu mobilisateur dans la pr&#233;paration du meeting de Carnoules. Son compte rendu (2 juin 1907) estime que ce rassemblement festif relevait plus de la solidarit&#233; avec le Languedoc que d'une vraie protestation. Les manifestants emplissaient les caf&#233;s de leur bonne humeur m&#233;ridionale...&#8220;En g&#233;n&#233;ral, ils n'avaient pas l'allure et la physionomie de gens qui souffrent&#8221; ! Le Midi ethnotypal n'est pas loin. Un article du d&#233;put&#233; Allard, &#8220;Socialisme et viticulture&#8221;, remet les pendules &#224; l'heure le 9 juin : &#8220;Le mouvement des vignerons du Midi, affam&#233;s par le jeu national du r&#233;gime capitaliste, m&#233;rite, &#224; tous les points de vue, d'attirer l'attention des socialistes&#8221;. R&#233;volutionnaire dans ses formes, il sera socialiste dans ses perspectives quand il ne sera plus que celui des petits propri&#233;taires et des ouvriers agricoles. Le Tourangeau Allard semble inaccessible aux sp&#233;cificit&#233;s identitaires du Midi, d'autant qu'il vient du Parti Socialiste de France, bien indiff&#233;rent &#224; ces questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans le num&#233;ro suivant (16 juin), alors que Reuter attend de la mis&#232;re des paysans varois une &#8220;pouss&#233;e vers l'id&#233;e collectiviste&#8221;, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; ironise &#224; nouveau : malgr&#233; les fanfares et les symboles h&#233;ro&#239;ques, on a d&#233;fil&#233; &#224; Brignoles en ordre d&#233;bonnaire, plaisant&#233; les belles spectatrices. &#8220;Il est vrai que, m&#234;me en face de la &#034;crise de mis&#232;re&#8221; et du bruit des &#034;appels de r&#233;volte par la faim&#034;, l'esprit proven&#231;al se traduit toujours par quelque c&#244;t&#233;&#8221;. Ethnotype encore, dans ce regard au ras du sol.&lt;br class='autobr' /&gt;
De leur c&#244;t&#233;, les C&#233;g&#233;tistes de Toulon n'ont accord&#233; &#224; la crise qu'une attention distraite. 4000 ouvriers du port, r&#233;unis pour leurs revendications &#224; l'appel de leur syndicat, &#8220;adressent au prol&#233;tariat viticole en r&#233;volte leurs sentiments d'admiration ... et sont heureux de constater que le prol&#233;taire d'hier, soldat d'aujourd'hui, sait se souvenir qu'il est fils de travailleur&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 19 juin 1907&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Belle fa&#231;on d'&#233;vacuer dans l'affrontement de classe la lutte des petits propri&#233;taires, et la sp&#233;cificit&#233; m&#233;ridionale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces m&#234;mes travailleurs peuvent lire au m&#234;me moment dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; des analyses bien diff&#233;rentes. Dans son &#233;ditorial &#8220;Le Nord contre le Midi&#8221;(25 juin), Ferrero y prolonge sa critique du gouvernement par une mise en cause du racisme &#8220;fran&#231;ais&#8221; anti-m&#233;ridional : alors que que les d&#233;put&#233;s socialistes d&#233;noncent la r&#233;pression sanglante, &#8220;les radicaux affol&#233;s n'ont rien voulu entendre, ils ricanaient encore : ah ! le Midi bouge ! la farandole !... Haine d'int&#233;r&#234;ts, peur stupide du prol&#233;tariat, incompr&#233;hension du v&#233;ritable &#233;tat d'esprit d'une grande partie de la population m&#233;ridionale&#8221;. &#8220;L'esprit parisien consiste &#224; ricaner de toute chose ext&#233;rieure aux fortifications ... plus on s'enfonce dans la province sauvage, plus les choses et les individus paraissent ridicules aux yeux des habitants de la ville-lumi&#232;re ...Le Midi est la partie de la province la plus &#233;loign&#233;e de la capitale, il est naturellement peupl&#233; d'&#234;tres terriblement comiques ! D'abord il y a l'assent, &#231;a c'est irr&#233;sistible ! Il y a aussi la cuisine &#224; l'huile et &#224; l'ail, de quoi mourir de rire ! Puis la Cannebi&#232;re, les Martigues, Six-Fours et Gonfaron, un tas d'endroits rigolos vaguement d&#233;termin&#233;s, entre Bordeaux, Toulouse et Nice, l&#224;-bas dans le Midi, qui sont merveilleusement risibles ! ...Sont-ils amusants, ces sacr&#233;s M&#233;ridionaux ! Le soleil, les cigales, le tu-tu-pan-pan, et Tartarin, et Numa Roumestan ! Leurs r&#233;volutions sont des r&#233;volutions d'op&#233;ra-comique ! Puisque je ne vends pas mon vin, je vais mettre le feu &#224; la pr&#233;fecture, c'est toujours &#231;a, T&#233; ! Les M&#233;ridionaux demandent quelque chose, on s'esclaffe, on ne les &#233;coute pas ...&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fils d'une Bretonne et d'un Italien, ce m&#233;ridional sait ce qu'est l'imb&#233;cile x&#233;nophobie. Au nom de la proven&#231;alit&#233; et de la francitude, depuis 25 ans &#224; droite comme &#224; gauche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var ne s'ouvre aux socialistes qu'&#224; partir de 1902-1906. Dans sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; on l'a trait&#233; d'&#233;tranger dans les campagnes &#233;lectorales. Au del&#224; des exub&#233;rances &#034;cigali&#232;res&#8221; des M&#233;ridionaux de Paris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toulon n'avait pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par les descentes estivales et ostentatoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ses s&#233;jours parisiens de d&#233;put&#233; lui ont fait mesurer la p&#233;joration du Midi. Ferrero, qui vient du Parti Socialiste Fran&#231;ais, y a appr&#233;ci&#233; d'autant plus les positions de Jaur&#232;s sur la question m&#233;ridionale, que le probl&#232;me est &#233;vacu&#233; dans le Var, dans l'affirmation syndicale &#034;prol&#233;tarienne&#034;, la vision de classe du guesdiste Allard, le pragmatisme indiff&#233;rent de Vigne. Sentiment ethnique de dignit&#233;, la &#8220;m&#233;ridionalit&#233;&#8221; de Ferrero lui permet d'effacer ses d&#233;ceptions varoises, et ses indignations parisiennes. Quel &#233;cho pouvait-elle avoir parmi ses lecteurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rassemblement du Luc et le proven&#231;al&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise se calme dans l'&#233;t&#233; 1907, mais le Bloc de Gauche varois a &#233;clat&#233;. Les Cl&#233;mencistes rallient des hommes de droite et des socialistes, comme Reymonenq. Devant des publics difficiles, Reymonenq parle proven&#231;al&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Mme et M.Serpillon, descendants de Reymonenq, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Menu salue plaisamment Cl&#233;menceau en vers proven&#231;aux. Parole &#8220;descendante&#8221; affective et efficace.&lt;br class='autobr' /&gt;
En riposte, est convoqu&#233; au Luc un rassemblement de la gauche anti-cl&#233;menciste, dans un faisceau de symboles. Le Luc est le lieu habituel des congr&#232;s &#233;lectoraux de la d&#233;mocratie avanc&#233;e, il a &#233;t&#233; surtout le c&#339;ur de l'insurrection de 1851. La date, dimanche 23 f&#233;vrier 1908, est &#224; un jour pr&#232;s anniversaire de 1848, que les Cercles c&#233;l&#232;brent avec ferveur. On fait lancer l'appel par trois &#8220;organisations politiques d'avant-garde du Var, fid&#232;les &#224; ses traditions v&#233;ritablement d&#233;mocratiques&#8221;, le Cercle des Travailleurs du Luc, le Cercle du 24 F&#233;vrier du Beausset, l'Union R&#233;publicaine et Socialiste de Besse, trois cercles qui ne sont pas affili&#233;s &#224; un parti, mais sont &#8220;bien connus de la d&#233;mocratie varoise pour la part qu'ils ont prise dans les luttes et la victoire du parti avanc&#233; contre la r&#233;action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 5 janvier 1908&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre d'&#339;uvre de la pr&#233;paration, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; publie alors une s&#233;rie d'articles : &#8220;Quatre paysans du cercle du 24 f&#233;vrier du Beausset nous adressent leurs r&#233;flexions sur les &#233;v&#233;nements du jour exprim&#233;s dans cette savoureuse et expressive langue qu'est la langue proven&#231;ale. Nous nous faisons un plaisir de les ins&#233;rer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 21 janvier 1908&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Plac&#233; sous l'&#233;gide de la Seconde R&#233;publique, le cercle est qualifi&#233; alors de haut-lieu du radicalisme avanc&#233;, il s'oppose &#224; une forte droite locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initiative est peut-&#234;tre spontan&#233;e. Mais le journal de Ferrero la met en valeur en premi&#232;re page, o&#249; ces articles frappent par leur longueur, et par leur ton. Leur registre n'est pas celui du coup de patte humoristique, en suppos&#233;e parole paysanne, dont on en trouve au m&#234;me moment quelques exemples venus de Brignoles dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;. Le style est simple, imag&#233;, mais sans populisme, l'argumentation pos&#233;e. Affirmation du r&#244;le des paysans dans la consolidation de la R&#233;publique, d&#233;nonciation de Cl&#233;menceau, &#8220;a trahi leis peysans doou Mi&#233;jou qu&#233; l'avien fa nouma s&#233;natour&#8221; (le Var co&#239;ncide donc avec le Midi, le Mi&#233;jou), n&#233;cessit&#233; de l'organisation syndicale paysanne, union avec &#8220;leis ouvriers, leis coumer&#231;ants et tout aqu&#233;li qu&#233; gagnoun sa vido en travaillan&#8221;, d&#233;fense (un peu embarrass&#233;e) des ouvriers de l'arsenal, &#8220;es pas l'ooumentatien qu&#233; r&#233;clamoun qu&#233; noun fa ooumenta leis impositiens, es lou gaspillagi qu&#233; si produit dins touti lis arsenas qu&#233; noun fa tout lou maou&#8221;, et surtout n&#233;cessaire contr&#244;le des &#233;lus : &#8220;Ce que tenen surtout &#224; av&#233;, &#232;s que lou popl&#233; siegu&#233; lou mestr&#233; et non aqu&#233;li qu&#233; noumo per lou repr&#233;senta&#8221;. En &#233;cho direct au r&#244;le des femmes dans le mouvement de 1907, on exige leur droit au vote.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel sens donner &#224; ce recours &#224; la langue du peuple ? Ces articles indiff&#233;rents aux normes mistraliennes ne contiennent aucune revendication de langue, aucun discours sur la langue. La langue est un outil. &#8220;Espliquara&#239; en quaouque&#239;s articles dins nouastro lenguo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 28 janvier 1907&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...Notre langue, la langue des paysans, que les pancartes du printemps ont mise en &#233;vidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils utilisent le registre argumentatif, normalement r&#233;serv&#233; au fran&#231;ais. Certes, &#224; l'occasion d'une campagne &#233;lectorale ou d'une pol&#233;mique, il peut arriver que des billets en proven&#231;al acc&#232;dent &#224; ce registre, mais seulement sous le couvert de l'anonymat ou du pseudonyme, en fausse d&#233;l&#233;gation de parole populaire. Or ici la s&#233;rie est sign&#233;e.&#8220;Giraou&#8221; est bien Giraud, viticulteur, dont la plume fran&#231;aise suit dans le journal la pr&#233;paration de la manifestation (le cercle du Beausset est charg&#233; de l'enregistrement des adh&#233;sions &#224; l'appel).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le choix de langue est ainsi d&#233;gag&#233; de l'habituel : &#8220;je dis cela en proven&#231;al parce que je pratique mal le fran&#231;ais&#8221;. Il ne s'agit plus d'un journaliste qui veut &#8220;faire peuple&#8221; pour mieux toucher. Pour la premi&#232;re fois dans l'expression proven&#231;ale une parole &#8220;ascendante&#8221; (le &#8220;peuple&#8221; parle) est substitu&#233;e &#224; une parole &#8220;descendante&#8221; (on parle au &#8220;peuple&#8221;). Parole vraie qui &#8220;horizontalement&#8221; va par le journal toucher l'ensemble des organisations de base. Ce recours au proven&#231;al renforce l'exigence d&#233;mocratique qui est au c&#339;ur de la manifestation projet&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proven&#231;al des pancartes &#233;tait un indicateur apolitique de l'exasp&#233;ration populaire. Apr&#232;s la &#8220;trahison de Cl&#233;menceau&#8221;, le proven&#231;al des articles affirme une autonomie d'analyse et de d&#233;cision de la &#8220;base&#8221;, un autre rapport aux dirigeants. &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; se f&#233;licite que l'appel soit lanc&#233; &#8220;par de bons militants&#8221; et non par des &#233;lus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cri du Var, 5 janvier 1908&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les militants sont all&#233;s jusqu'au bout en le lan&#231;ant aussi en proven&#231;al. Choix d'autant plus int&#233;ressant qu'il ne vient pas de la zone o&#249; le mouvement de 1907 s'est d&#233;clench&#233;, et dont les d&#233;l&#233;gations brandissaient des pancartes proven&#231;ales, mais d'une localit&#233; dont les d&#233;l&#233;gations &#224; Carnoules et &#224; Brignoles ne portaient pas de pancartes en proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'initiative n'avait-elle pour but, en communication efficace, de marquer symboliquement l'adh&#233;sion de la d&#233;mocratie villageoise au rassemblement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme elle ne pr&#233;c&#232;de que de quelques jours le rassemblement, il est difficile d'en appr&#233;cier les &#233;chos. Dans la foul&#233;e des articles du Beausset, une lettre en proven&#231;al, en provenance de Cuers, est publi&#233;e, d'autres sont mentionn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La lettre de Cuers est sign&#233;e Bertrand p&#232;re, qui dit ne pas &#234;tre agriculteur. Dans son compte rendu de la manifestation du Luc, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; &#233;voque le p&#232;re Bertrand, ancien adjoint au maire de Cuers, qui arbore son insigne des Lanterniers anti-religieux et se sent rajeuni de vingt ans. Cet ouvrier cordonnier fut de ceux qui, au Cercle de l'Avenir, avaient suscit&#233; les premi&#232;res candidatures socialistes varoises, accueilli Blanqui en 1880&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. : Cuers (Var) - 1876 - &#8220;Voulen Blanqui !&#8221;.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres &#233;voqu&#233;es viennent de la zone de Saint-Tropez, qui fournit dans la c&#233;l&#232;bre campagne &#233;lectorale de 1893, o&#249; Cl&#233;menceau fut battu, quelques belles plumes proven&#231;ales, et qui nourrira bient&#244;t les chroniques du Cri du Var.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le voit, si l'initiative hors-normes du Beausset a quelque &#233;cho aupr&#232;s de personnalit&#233;s embl&#233;matiques, mais atypiques, elle n'am&#232;ne pas les Cercles et associations, dont les appels &#224; la manifestation emplissent &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, &#224; utiliser le proven&#231;al.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le journal ne poursuivra pas une publication proven&#231;ale apr&#232;s le meeting du Luc. Etait-elle trop d&#233;rangeante au regard des normes diglossiques ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le meeting (3 &#224; 6000 personnes : chiffre important pour ce Var o&#249; Cl&#233;menceau a tant d'oblig&#233;s) prolonge la symbolique de 1907, mais en la modifiant profond&#233;ment : les orateurs parlent devant une mer de drapeaux rouges, dont un port&#233; par deux jeunes filles de Besse ; les femmes sont pr&#233;sentes, mais pas dans la s&#233;paration des sexes. La r&#233;f&#233;rence &#224; 1851 est cette fois importante, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; a d'ailleurs commenc&#233; dans la pr&#233;paration du meeting &#224; publier l'ouvrage de Blache, L'Insurrection de 1851, paru en 1869. Mais l'usage du proven&#231;al n'est pas signal&#233; dans la manifestation. L'initiative du Beausset semble comme en suspens ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est cependant possible d'en rep&#233;rer des suites, parfois inattendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'inscription de Camps et autres suites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la campagne &#233;lectorale de 1908, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt; publie de nombreux textes en proven&#231;al, mais dans un registre local souvent humoristique, qui tranche avec le contenu et le ton des articles du Beausset. Retour &#224; la case d&#233;part. Il en va de m&#234;me dans la presse cl&#233;menciste, qui ne se prive pas du billet humoristique anti-socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre retour au proven&#231;al, Blache le romancier fran&#231;ais pr&#233;pare dor&#233;navant une publication proven&#231;ale ; dans sa &lt;i&gt;Bataio de Pamparigousto&lt;/i&gt;, qui para&#238;tra en 1914, il y salue Mistral et l'autonomie communale, mais pour l'essentiel conforte par ses joyeuset&#233;s ethnotyp&#233;es les visions consacr&#233;es du Midi cigalier .&lt;br class='autobr' /&gt;
La vraie nouveaut&#233; vient de Camps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le local de la coop&#233;rative porte en 1907 la devise &#8220;Union-Solidarit&#233; &#8221;. Avec son agrandissement, initi&#233; en 1908, la fa&#231;ade s'orne d'un cadran solaire, accompagn&#233; selon l'usage, d'une inscription. Mais cette inscription est proven&#231;ale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passant, aqu&#232;ou cadran&lt;br class='autobr' /&gt;
Marco l'aoubo nouv&#232;lo&lt;br class='autobr' /&gt;
Reveille ti paysan,&lt;br class='autobr' /&gt;
E douarbe la parp&#232;lo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'inscription perdure aujourd'hui, mais elle a &#233;t&#233; modifi&#233;e lors de travaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, cette inscription en langue d'oc sur un &#233;difice &#8220;public&#8221; est une nouveaut&#233; absolue : tourn&#233;es vers le pass&#233;, les plaques uniquement proven&#231;ales appos&#233;es par F&#233;libres et Cigaliers en hommage aux Proven&#231;aux c&#233;l&#232;bres ont un tout autre caract&#232;re : elles d&#233;fendent la Provence et sa langue. Indiff&#233;rente aux normes f&#233;libr&#233;ennes, et sans revendication de langue, l'inscription de Camps est tourn&#233;e vers l'avenir, elle accompagne une initiative inscrite dans la modernit&#233; technique et id&#233;ologique. Elle n'est pas oppos&#233;e au fran&#231;ais, mais compl&#233;mentaire, dans un partage des langues o&#249; le proven&#231;al est sur le versant de l'affectif et le fran&#231;ais sur celui de l'id&#233;ologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tradition locale l'attribue au maire Marin, pr&#233;sident de la coop&#233;rative. L'inscription qui parach&#232;ve l'&#339;uvre est donc &#224; recevoir, &#224; travers la personnalit&#233; complexe de Marin, dans le registre du symbolique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La coop&#233;rative jouxte le cercle &#8220;rouge&#8221; de l'Avenir, mais elle doit &#234;tre &#224; tous. 54 membres en 1906, 65 en 1907, 106 en 1908&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative de Camps, Registre des d&#233;lib&#233;rations&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soit la grande majorit&#233; des petits propri&#233;taires (qui dans ce village de chapeliers ne sont pas tous paysans). En 1908 Marin la dit form&#233;e de toutes les nuances de l'opinion, mais surtout de r&#233;publicains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Demande de pr&#234;t au Ministre de l'Agriculture, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le proven&#231;al scelle l'unanimit&#233; villageoise, fruit d'une &#8220;&#339;uvre de socialisme pratique qui par sa parfaite organisation est unique en France&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est associ&#233; &#224; une rupture importante, et positive, dans les mentalit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces clivages que l'inscription suture traversent aussi Marin. syndicaliste de gauche de Vernet, il fait aussi adh&#233;rer sa coop&#233;rative au syndicat conservateur, ilappelle au rassemblement anti-cl&#233;menciste de 1908, mais est attaqu&#233; par les socialistes ses faiblesses cl&#233;mencistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au del&#224; des Campiens, c'est &#224; tout le monde paysan que l'inscription s'adresse dans sa langue. Archa&#239;que au regard de l'id&#233;ologie diglossique dominante, le recours &#224; la langue d'oc est pour Marin ancrage dans la modernit&#233; : l'abandon du proven&#231;al, la d&#233;possession culturelle, sont ressentis comme des handicaps dans la prise de responsabilit&#233; sociale concr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en soudant le monde rural le proven&#231;al en marque aussi la diff&#233;rence, voire l'isolement. Sans doute est-ce pour cela que dans les localit&#233;s de la r&#233;gion de Brignoles les coop&#233;ratives qui naissent nombreuses &#224; partir de 1908 (Besse, Montfort, N&#233;oules, etc) n'y recourent pas. C'est par le fran&#231;ais seul que passe ici l'int&#233;gration &#224; la modernit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, de fa&#231;on complexe et diversifi&#233;e, la crise de 1907 aura, en modifiant fugitivement le partage hi&#233;rarchis&#233; des langues, mis en &#233;vidence les possibilit&#233;s d'un r&#244;le social et politique de &#8220;la langue abandonn&#233;e au peuple&#8221;, dans la mesure o&#249; elle permettait, mieux que le fran&#231;ais ou diff&#233;remment, l'expression d'une conscience rurale qui ne co&#239;ncide pas exactement avec l'expression qu'en donnent ses organisations professionnelles et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; MERLE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 10 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 24 mai 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles&lt;/i&gt;, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles&lt;/i&gt;, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 10 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Var&lt;/i&gt;, 30 mai 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 19 juin 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; ne s'ouvre aux socialistes qu'&#224; partir de 1902-1906. Dans sa p&#233;riode radicale ant&#233;rieure, il est violemment anti-italien, et n'est pas tendre pour les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toulon n'avait pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par les descentes estivales et ostentatoires des f&#233;libres et cigaliers de Paris, venus inaugurer les plaques et bustes &#224; la m&#233;moire de personnalit&#233;s locales&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gr&#226;ce &#224; l'obligeance de Mme et M.Serpillon, descendants de Reymonenq, nous avons pu publier son t&#233;moignage manuscrit sur ces interventions (R.Merle, &lt;i&gt;Les varois, la presse varoise et le proven&#231;al&lt;/i&gt;, 1859-1910, S.E.H.T.D, 1996).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 5 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 21 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 28 janvier 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, 5 janvier 1908&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article823' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cuers (Var) - 1876 - &#8220;Voulen Blanqui !&#8221;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'inscription perdure aujourd'hui, mais elle a &#233;t&#233; modifi&#233;e lors de travaux de peinture : &#8220;Passant / Aqueu cadran / Marquo l'aoubo nouvello / Reveille ti paysan / Et douarbi la parpello&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coop&#233;rative de Camps, Registre des d&#233;lib&#233;rations&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Demande de pr&#234;t au Ministre de l'Agriculture, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Merle &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034; : I</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article848</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Targo</dc:subject>
		<dc:subject>Blache</dc:subject>
		<dc:subject>Var</dc:subject>
		<dc:subject>Vignerons</dc:subject>
		<dc:subject>1907</dc:subject>
		<dc:subject>N&#233;oules</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;libres</dc:subject>
		<dc:subject>Marin</dc:subject>
		<dc:subject>Coop&#233;ratives</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Provence Historique, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997 Premi&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt; 1907,&#8220;le Midi bouge&#8221;. Une stimulante analyse de R.Pech situe les enjeux en Languedoc : si le mouvement des viticulteurs se soutient d'une conscience historique qui r&#233;anime le souvenir de la Croisade, il s'agit bien moins de &#8220;r&#233;volte contre Marianne&#8221; que de &#8220;Marianne en r&#233;volte&#8221;. Qu'en est-il de la Provence ? Car 1907 fut aussi proven&#231;al. Bouches du Rh&#244;ne, Vaucluse, aux structures et productions agricoles bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Provence Historique&lt;/i&gt;, tome XLVII - fascicule 188 - avril-mai 1997&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;re partie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1907,&#8220;le Midi bouge&#8221;. Une stimulante analyse de R.Pech&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;my Pech, &#8220;1907 : R&#233;volte contre Marianne ou Marianne en r&#233;volte ?&#8221;, Per (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; situe les enjeux en Languedoc : si le mouvement des viticulteurs se soutient d'une conscience historique qui r&#233;anime le souvenir de la Croisade, il s'agit bien moins de &#8220;r&#233;volte contre Marianne&#8221; que de &#8220;Marianne en r&#233;volte&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il de la Provence ? Car 1907 fut aussi proven&#231;al. Bouches du Rh&#244;ne, Vaucluse, aux structures et productions agricoles bien diff&#233;rentes de celles du Languedoc, participent par quelques meetings. Les Basses-Alpes sont hors-jeu. Mais le Var se l&#232;ve. La vigne, presque partout pr&#233;sente, est souvent ressource premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons aux ouvrages fondamentaux de Yves Rinaudo, Les paysans du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son monde, avant tout celui des petits propri&#233;taires exploitants, semble aussi homog&#233;n&#233;is&#233; politiquement : l'insurrection de 1851 est th&#232;me fondateur d'un &#8220;Var Rouge&#8221; o&#249; radical-socialisme et socialisme (souvent mod&#233;r&#233;) se confondent dans le &#8220;parti avanc&#233;&#8221;. Mais si en 1906, le Bloc de Gauche obtient les quatre si&#232;ges de d&#233;put&#233;s (trois socialistes, un radical-socialiste), les clivages politiques structurent la sociabilit&#233; villageoise. Or le mouvement de 1907, qui m&#234;le &#8220;Rouges&#8221; et &#8220;Blancs&#8221;, scelle cette fragile unit&#233; de repr&#233;sentations symboliques : s'articulent-elles &#224; une conscience identitaire proven&#231;ale, et, plus largement, m&#233;ridionale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article ne veut pas refaire l'historique d'un &#233;v&#233;nement bien connu, mais, &#224; travers un rep&#233;rage neuf de textes et d'&#233;l&#233;ments biographiques, pr&#233;ciser le r&#244;le des id&#233;ologies et repr&#233;sentations &#8220;r&#233;gionales&#8221; dans ce mouvement complexe, et ses suites. Le lecteur int&#233;ress&#233; par les textes en proven&#231;al &#233;voqu&#233;s ici en trouvera l'int&#233;gralit&#233; dans un ouvrage r&#233;cent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Merle, Les Varois, la presse varoise et le proven&#231;al, 1859-1910, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lien avec le Languedoc et d&#233;termination varoise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mars 1907, les lecteurs du &lt;i&gt;Petit Var&lt;/i&gt; , encore bilingues pour la plupart, peuvent vibrer au souvenir de la glorieuse civilisation d'Oc, et de sa fin : &#034;la formidable trombe des barbares du Nord ... le Midi vaincu, sa nationalit&#233; perdue&#034;, sa langue humili&#233;e... Le r&#233;pandu quotidien du &#8220;parti avanc&#233;&#8221;, &#8220;&#233;vangile d&#233;mocratique&#8221; des cercles de villages et de quartiers, rend compte d'une conf&#233;rence f&#233;libr&#233;enne donn&#233;e &#224; la mairie de Toulon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conf&#233;rencier pouvait-il se douter que deux mois plus tard le Midi bougerait, &#034;Dis Aup i Piren&#232;u&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;ric Mistral, I troubaire catalan, 1861&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du Languedoc au Var ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette rh&#233;torique exalt&#233;e fait-elle sens au del&#224; du cercle des fid&#232;les ? Elle se prolonge de d&#233;plorations sur l'indiff&#233;rence des &#233;lites &#224; l'&#233;gard d'une langue qui perdure par la fid&#233;lit&#233; populaire (quelque peu complex&#233;e par la &#8220;supr&#233;matie rhodanienne&#8221;).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appartenance au Midi g&#233;ographique, voire linguistique, se prolonge-t-elle d'une conscience historique ? Pour les lecteurs du &lt;i&gt;Petit Var&lt;/i&gt; les rep&#232;res symboliques sont sans doute plus ceux de l'histoire de France que les b&#251;chers de Monts&#233;gur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre le lien avec le Languedoc, la conscience de &#8220;m&#233;ridionalit&#233;&#8221; sont des donn&#233;es anciennes et objectives dans le monde agricole. En 1889 d&#233;j&#224;, No&#235;l Blache, pr&#233;sident de la soci&#233;t&#233; agricole de Toulon, invitait les agriculteurs du Midi &#224; se grouper en &#034;L&#233;gitime d&#233;fense&#034;. En 1905, devant l'effondrement des prix et la m&#233;vente, les organisations professionnelles o&#249; dominent les grands propri&#233;taires mobilisent les vignerons : que l'&#233;tat taxe les vins &#233;trangers, r&#233;prime la fraude. Les Varois militent dans le Comit&#233; de D&#233;fense Viticole du Midi. Un de leurs dirigeants, le docteur Balp, actif au Congr&#232;s de B&#233;ziers, r&#233;unit 1200 d&#233;l&#233;gu&#233;s varois &#224; Draguignan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, en riposte &#224; la crise, na&#238;t le mouvement coop&#233;ratif, lui aussi li&#233; au Languedoc. Marin, maire de Camps (un village de 600 habitants pr&#232;s de Brignoles), visite dans l'H&#233;rault la c&#233;l&#232;bre coop&#233;rative Les Vignerons libres de Maraussan, g&#233;r&#233;e par des socialistes qui dirigent aussi la municipalit&#233;. Marin cr&#233;e la coop&#233;rative viticole de Camps (la premi&#232;re du Var avec celle de Cotignac) : le projet est lanc&#233; en 1905, la coop&#233;rative fond&#233;e en mai 1906, son local inaugur&#233; le 3 f&#233;vrier 1907. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Sous-Pr&#233;fet voit dans cette inauguration les premiers signes avant-coureurs de l'explosion : &#034;Dans les discours prononc&#233;s &#224; la fin du banquet, notamment par M.M.Blache et Reuter, on sent une hostilit&#233; violente contre le gouvernement qui, selon ces orateurs, ne r&#233;prime pas la fraude, ne veut pas la r&#233;primer&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du Sous-Pr&#233;fet de Brignoles, 26 juin 1907, A.D Var, 4.M.41.4&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;non&#231;ant des &#8220;Rouges&#8221;, le sous-pr&#233;fet ajoute perfidement : &#034;M.M.Blache et Reuter sont tous deux fort riches&#034;. Actifs dans les organisations professionnelles, ces propri&#233;taires ais&#233;s portent plus ici le point de vue du monde viticole qu'une r&#233;flexion coh&#233;rente du &#8220;parti avanc&#233;&#8221; : le 12 f&#233;vrier, dans son compte rendu de l'inauguration, &lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, hebdomadaire du parti socialiste, ne traite pas au fond de la situation. Le pouvait-il ? Chacun &#224; leur fa&#231;on, les d&#233;put&#233;s socialistes Allard, de Draguignan, et Vigne, de Brignoles, ont souvent insist&#233; sur la n&#233;cessaire rencontre des petits paysans et du socialisme. Mais il s'agit maintenant d'un affrontement avec Cl&#233;menceau, le s&#233;nateur du Var &#233;lu gr&#226;ce aux voix socialistes, et dor&#233;navant Pr&#233;sident du Conseil..&lt;br class='autobr' /&gt;
L'inauguration, que la presse ignore presque, n'est certes qu'un micro-&#233;v&#233;nement : les Campiens ont convi&#233; tous les &#233;lus du Var et les repr&#233;sentants du gouvernement, ils se contenteront des &#034;invit&#233;s pas trop nombreux qui avaient accept&#233; notre invitation&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative viticole de Camps, registre des d&#233;lib&#233;rations, 1er mars 1907.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, au berceau de la jeune coop&#233;rative, un significatif croisement d'engagements fait mesurer par quelles m&#233;diations individuelles, parfois atypiques, sont &#224; l'&#339;uvre les n&#233;cessit&#233;s de l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici le maire, Marin. Sa &#034;nature impulsive et g&#233;n&#233;reuse ...a pu se r&#233;jouir du succ&#232;s d'une exp&#233;rience qui est surtout son &#339;uvre&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cri du Var, 12 f&#233;vrier 1907&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#338;uvre qui proc&#232;de de la conviction et non d'une motivation professionnelle personnelle : Marin est mar&#233;chal-ferrant. C'&#233;tait &#034;un homme r&#233;fl&#233;chi, qui avait form&#233; ses convictions par de nombreuses lectures. Dans sa famille, on l'appelait &#8220;le philosophe&#8221;, voulant dire par l&#224; que ses lectures ne l'avaient pas enrichi ; il l&#232;guera une biblioth&#232;que &#224; ses h&#233;ritiers&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmond Ortigues, Camps-la-Source, Pays des Chapeliers, Serre, Nice, 1993.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il aime versifier en fran&#231;ais, mais il est aussi boute-en-train proven&#231;al des f&#234;tes locales, et du cercle &#034;rouge&#034; de l'Avenir. Maire radical-socialiste, conseiller d'arrondissement socialiste (ind&#233;pendant), li&#233; &#224; Cl&#233;menceau, Marin est pr&#234;t &#224; bien des ouvertures, y compris &#224; droite, pour mener &#224; bien son &#339;uvre de &#8220;socialisme pratique&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Marin au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici l'indispensable docteur Balp, qui pr&#233;side. Un des piliers de la sociabilit&#233; drac&#233;noise. Politicien radical, et F&#233;libre depuis la cr&#233;ation de l'&#201;cole du Var, en 1880, ce propri&#233;taire ais&#233; est dirigeant de la Soci&#233;t&#233; d'Agriculture, de l'Union des Viticulteurs du Var, de la caisse r&#233;gionale de Cr&#233;dit Agricole, et du Comit&#233; de D&#233;fense Viticole du Midi. &#034;De l'avis de tous les coop&#233;rateurs, sans son concours la coop&#233;rative serait encore &#224; l'&#233;tude&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative de Camps, registre des d&#233;lib&#233;rations, 30 avril 1907&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Vernet, professeur d'agriculture, qui assure la vinification &#224; la coop&#233;rative. Propagateur du syndicalisme agricole de gauche, il n'a eu de cesse de montrer au vigneron isol&#233;, proie de l'ignorance, de l'usurier, de la m&#233;vente, que la coop&#233;ration am&#233;liore la qualit&#233;, permet des prix avantageux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var , 8 octobre 1905&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est tr&#232;s li&#233; &#224; Vigne, le d&#233;put&#233; de la circonscription, et viticulteur qui, apr&#232;s une scolarit&#233; au lyc&#233;e, maintient l'exploitation familiale de Montfort. Cet homme de terrain est pass&#233; du radicalisme &#224; un socialisme fort mod&#233;r&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici Reuter, viticulteur ais&#233; donc, sp&#233;cialiste des questions agricoles au parti socialiste, et homme de terrain (il sera conseiller g&#233;n&#233;ral socialiste de Saint-Tropez en 1910). Le jour de l'inauguration, il salue dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; la coop&#233;ration, qu'au banquet il pr&#233;sente comme premi&#232;re &#233;tape du &#034;terme d&#233;sirable de l'&#233;volution &#233;conomique, l'av&#232;nement du r&#233;gime collectiviste&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cri du Var, 12 f&#233;vrier 1907&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici No&#235;l Blache, propri&#233;taire ais&#233;, depuis longtemps actif &#224; la soci&#233;t&#233; d'agriculture. Son discours exprime une &#8220;ardeur d&#233;mocratique&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Cri du Var, 12 f&#233;vrier 1907&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fameuse dans le Var. Cet avocat toulonnais est original repr&#233;sentant de l'&#233;volution politique du Var : r&#233;publicain sous l'Empire (en 1869, son ouvrage &lt;i&gt;L'Insurrection du Var en d&#233;cembre 1851&lt;/i&gt; est un coup de tonnerre), gambettiste, puis candidat opportuniste contre Cl&#233;menceau et ses radicaux aux l&#233;gislatives de 1885. En 1907, il est maire socialiste (ind&#233;pendant) de Besse. En tant que pr&#233;sident du Conseil G&#233;n&#233;ral, il a re&#231;u et salu&#233; en proven&#231;al Mistral lors de la Santo Estello d'Hy&#232;res en 1885. Mais ce f&#233;libre choisit de chanter en fran&#231;ais sa Provence et les Proven&#231;aux, ses romans et nouvelles ont un certain succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, inscrites dans l'horizon national et l'horizon local, dans la rh&#233;torique id&#233;ologique et l'exigence rurale de r&#233;alisations concr&#232;tes, se nouent autour de la jeune coop&#233;rative la tradition r&#233;publicaine, mod&#233;r&#233;e ou avanc&#233;e, les esp&#233;rances socialistes, la modernit&#233; technique, la repr&#233;sentativit&#233; professionnelle, la &#8220;proven&#231;alit&#233;&#8221; v&#233;cue comme attachement au pays et &#224; ses hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En avril 1907 le Languedoc s'&#233;branle, le Var suit : ici aussi des hommes nouveaux lancent l'action. Si le banquet de Camps a donn&#233; la mesure de l'inqui&#233;tude, ce n'est pas d'un fief &#8220;rouge&#8221; que part le mouvement, mais d'un village de 300 habitants politiquement divis&#233;s, N&#233;oules, au sud de Brignoles. &#8220;Enfin, indique le sous-pr&#233;fet, ce sont les habitants de N&#233;oules, tr&#232;s &#233;prouv&#233;s par la crise, mais assur&#233;ment pas au point de mourir de faim, qui voient surgir du sein de leur bourgade une sorte de &#034;R&#233;dempteur au petit pied&#034; sous les esp&#232;ces de Sieur Emeric Henri, 23 ans&#8221;. Ce jeune &#8220;ambitieux&#8221; est fils d'un riche propri&#233;taire, &#8220;r&#233;actionnaire notoire&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport du Sous-Pr&#233;fet de Brignoles, 26 juin 1907, A.D Var, 4.M.41.4&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A l'initiative du Comit&#233; d'int&#233;r&#234;t local et de d&#233;fense agricole et viticole (six r&#233;actionnaires et dix r&#233;volutionnaires, selon le sous-pr&#233;fet), plus de cent N&#233;oulais appellent les Varois &#224; refuser l'imp&#244;t, comme en Languedoc.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres comit&#233;s se forment aussit&#244;t dans les localit&#233;s viticoles de la r&#233;gion toulonnaise (Le Beausset, Cuers) et du centre-ouest. Socialistes et r&#233;actionnaires s'y retrouvent. Les syndicats agricoles suivent, y compris ceux de droite salu&#233;s ironiquement par &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; : &#8220;Mieux vaut tard que jamais&#8221;. L'axe corporatif Languedoc-Var se double affectivement d'un axe Argelliers - N&#233;oules : si Balp, et quelques d&#233;l&#233;gu&#233;s des organisations professionnelles participent au premier grand meeting languedocien (B&#233;ziers, le 12 mai), l'honneur revient au Petit Poucet de N&#233;oules : sa d&#233;l&#233;gation, men&#233;e par Emeric, &#233;tant celle de la commune la plus &#233;loign&#233;e, d&#233;file derri&#232;re Argelliers en t&#234;te de l'immense cort&#232;ge. Elle en ram&#232;ne l&#233;gitimation personnelle du &#8220;R&#233;dempteur&#8221; Marcellin Albert, souffle et d&#233;sir d'agir : les viticulteurs varois sont appel&#233;s &#224; manifester le 26 mai, &#224; Carnoules, localit&#233; au centre du Var, accessible par la route et le rail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le Midi, cat&#233;gorie unifiante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Pas de politique&#8221;. Dans la pr&#233;paration de la manifestation, le mot d'ordre occulte les divisions au sein de la droite comme de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A droite, la presse h&#233;site entre l'encouragement, quand elle est sur le terrain (comme &lt;i&gt;Le Progr&#232;s R&#233;publicain&lt;/i&gt; de Brignoles), et la peur sociale qui peut amener &lt;i&gt;La R&#233;publique du Var&lt;/i&gt;, publi&#233;e &#224; Toulon, &#224; m&#233;nager le gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
A gauche, &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; s'exprime peu sur le fond dans les premiers jours. Certes le 9 mai le &#8220;sp&#233;cialiste&#8221; Reuter y appelle les vignerons, &#8220;en dignes fils de la R&#233;volution&#8221;, au refus de l'imp&#244;t, et lie leur lutte &#224; celle de tous les exploit&#233;s contre le capitalisme. Mais en page 2. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le prudent Vigne, d&#233;put&#233; socialiste (et viticulteur !), n'y intervient pas : il pr&#233;f&#232;re tenir le terrain de sa circonscription de Brignoles, d'o&#249; le mouvement est parti. Les d&#233;put&#233;s socialistes Allard (Draguignan) et Ferrero (Toulon), r&#233;dacteur en chef du journal, ne donnent pas leurs &#233;ditoriaux habituels. Soutenir les viticulteurs contre Cl&#233;menceau reviendrait non seulement &#224; faire &#233;clater le Bloc de Gauche et sa supr&#233;matie &#233;lectorale, mais &#224; briser de profitables r&#233;seaux d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, le 11 mai, un &#233;ditorial du d&#233;put&#233; radical-socialiste Martin, dont la circonscription de la p&#233;riph&#233;rie toulonnaise compte nombre d'&#233;lecteurs ruraux, salue le &#8220;grandiose&#8221; et &#8220;poignant&#8221; mouvement des &#8220;populations viticoles du Midi&#8221;, qui &#8220;supprimant tout d'un coup tout ce qui s&#233;pare, tout ce qui divise, rapproch&#233;es dans une communion solennelle de sentiments et d'id&#233;es, attestent leur droit &#224; la vie&#8221;. Au &lt;i&gt;Matin&lt;/i&gt; qui s'effraie de l'antagonisme entre Nord et Midi, Martin r&#233;pond : &#8220;Notre Midi n'est l'ennemi de personne ... mais il veut vivre&#8221;. Transcendant les clivages, le Midi est ainsi cat&#233;gorie totalisante, et efficace. Cette notion de Midi efface la proven&#231;alit&#233; : la presse varoise, comme les orateurs, parlent de la &#8220;crise du Midi&#8221;. Midi dans lequel ils situent le Var, et le Sud-Est : la r&#233;f&#233;rence efficace n'est pas la Provence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet unanimisme m&#233;ridional est cependant mis en cause, &#224; droite comme &#224; gauche :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Le Midi bouge&#8221; titre le quotidien de droite, &lt;i&gt;La R&#233;publique du Var&lt;/i&gt; (15 mai), mais un Midi d'irresponsables qui ont &#233;lu ceux qui le tuent !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialiste &lt;i&gt;Cri du Var&lt;/i&gt; (26 mai) doute des vertus de l'unit&#233; m&#233;ridionale, puisque les gros, les loups et les fraudeurs du Midi sont avec les agneaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette prudence ne freine pas l'engagement de la plupart des socialistes ruraux. Significativement, la premi&#232;re d&#233;lib&#233;ration municipale publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; (21 mai) est celle de Besse, fief socialiste. Le conseil et son maire No&#235;l Blache soutiennent le &#8220;formidable mouvement de la viticulture m&#233;ridionale ... dont les int&#233;r&#234;ts exclusifs de la r&#233;gion du Nord ne sauraient plus longtemps justifier la m&#233;connaissance ou l'abandon&#8221;. Le 25 mai, &#8220;Le Conseil Municipal de la Commune qui, en toutes circonstances, sut marcher au premier rang de ceux qui luttent pour l'&#233;mancipation prol&#233;tarienne, ne saurait demeurer en arri&#232;re&#8221; et appelle donc &#224; manifester &#224; Carnoules le 26, &#8220;sans distinction aucune de parti politique ou de classe&#8221;. Ainsi s'articulent, tant bien que mal, &#8220;positions de classe&#8221; et front protestataire m&#233;ridional.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'union proclam&#233;e du Midi suture, au plan d&#233;partemental, une absence de solidarit&#233; ville - campagne, et une difficile gestion politique de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Du mouvement anti-&#233;tatique &#224; une conscience d'Oc ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement na&#238;t d'une d&#233;sesp&#233;rance &#233;conomique ; avec le refus de l'imp&#244;t, la demande de d&#233;mission des municipalit&#233;s, il se retourne contre les pouvoirs publics et l'Etat. Le risque &#233;tait donc r&#233;el de voir la protestation utilis&#233;e contre le r&#233;gime r&#233;publicain, d'autant que l'influence des notables conservateurs et royalistes demeure forte dans l'arrondissement de Brignoles qui a donn&#233; le signal. Aussi bien, d&#232;s le d&#233;but , le comit&#233; de N&#233;oules pr&#233;cise que son appel au refus de l'imp&#244;t &#233;mane de bons citoyens, &#8220;serviteurs d&#233;vou&#233;s de la R&#233;publique&#8221;, mais ruin&#233;s par la m&#233;vente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 21 avril 1907&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le but des manifestations &#8220;&#233;tant absolument agricole, le drapeau tricolore sera seul accept&#233; dans le cort&#232;ge&#8221; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte, le souvenir encore si vivant de 1851 semblait s'imposer : les paysans du Var avaient particip&#233; &#224; un mouvement &#224; allure anti-&#233;tatique pour d&#233;fendre la R&#233;publique, et non pour la briser.&lt;br class='autobr' /&gt;
De fait la symbolique des cort&#232;ges est porteuse d'histoire. On d&#233;file par communes, drapeau communal, clairons et tambours en t&#234;te. &lt;i&gt;Le Cri du Var&#176; du 16 juin &#233;voque les F&#233;d&#233;r&#233;s et &#8220;la lev&#233;e en masse&#8221; de la d&#233;mocratie villageoise en 1851.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on peut remarquer qu'aucune des nombreuses pancartes que mentionne la presse ne fait r&#233;f&#233;rence &#224; 1851. Signe peut-&#234;tre d'une difficult&#233; &#224; articuler l'esprit r&#233;publicain de la plupart des manifestants aux enjeux socio-&#233;conomiques, et &#224; la confusion politique, dont le r&#233;f&#233;rent historique ne peut rendre compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rares pancartes &#8220;politiques&#8221; semblent r&#233;volutionnaires. &#8220;C'est la lutte finale&#8221; proclame Besse. &#8220;Nous sommes en &#233;volution, si nous n'avons pas satisfaction, nous aurons la r&#233;volution. Pour que cela prenne fin, il faut vendre le vin&#8221; dit N&#233;oules. En fait, le vers de L'Internationale ne d&#233;signe pas la r&#233;volution : il accompagne l'image d'un vigneron mena&#231;ant d'un b&#233;chard un fraudeur. Les socialistes r&#233;volutionnaires majoritaires &#224; Besse habillent de rh&#233;torique r&#233;volutionnaire la revendication &#233;conomique imm&#233;diate. Par contre, la formulation maladroite de N&#233;oules, village partag&#233; politiquement, pointe de fa&#231;on ambigu&#235; l'absence de perspectives politiques de cette lutte unitaire : l'&#233;volution est cette tendance bien connue qui pousse pacifiquement les &#233;lecteurs de gauche varois vers le parti le plus &#224; gauche. La r&#233;volution, d&#233;fensive, ne peuvent d&#233;couler que d'une violence impos&#233;e aux d&#233;mocrates. On retrouve 1851 ...&lt;br class='autobr' /&gt;
Faute de rep&#232;res politiques, la &#8220;diff&#233;rence&#8221; m&#233;ridionale peut-elle alors occuper le champ du symbolique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En t&#233;l&#233;graphiant aux manifestants de B&#233;ziers, le 12 mai - &#8220;Vivo la terro maire e l'abitant que la boulego. Plus de poulitico ! Unioun en lengo d'O ! &#8221; - Mistral veut cimenter la protestation par la langue d'oc et par la conscience identitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les F&#233;libres varois sont organis&#233;s au plan d&#233;partemental, mais quelque peu assoupis. Leur almanach &lt;i&gt;Lou Franc Prouven&#231;au&lt;/i&gt;, qui se voulait populaire et dialectal, a cess&#233; sa publication depuis 14 ans ! S'ils soutiennent l'action (o&#249; certains comme Blache et Balp sont fort impliqu&#233;s), c'est moins d'abord en compatriotes immerg&#233;s dans le milieu rural. La prise de position f&#233;libr&#233;enne vient d'un secteur excentr&#233; : les jeunes f&#233;libres de L'Escolo de la Targo de Toulon voient dans la crise confirmation de leur patriotisme d'Oc et possibilit&#233; de donner enfin &#224; l'action f&#233;libr&#233;enne un support social. Fermes disciples du Capouli&#233; D&#233;voluy, ils veulent &#8220;aller au peuple&#8221;. C'est donc tout naturellement qu'ils &#233;crivent au maire de Besse, No&#235;l Blache&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Archives priv&#233;es. Je remercie Jean-Marie Guillon qui m'a communiqu&#233; ce document.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, conseiller g&#233;n&#233;ral de Toulon et membre de leur Escolo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Escolo Felibrenco de la Targo, cartab&#232;u p&#232;r 1909. Toulon. Liste des membres&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Moussu lou Consou de Besso, nouastre ajudaire&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Escolo Felibrenco de La Targo que seguis d'un couar esm&#243;ugu la boulegado d'independ&#232;nci d&#243;u Miejou de Fran&#231;o ei l&#232;i enganarello d&#243;u Despoutisme Parisen, a destria la marco de freiresso d&#243;u Munic&#236;pi de Besso. Est&#232;nt que vous, M&#232;ste Blache, n'en sias lou capou e l'empuradou, voul&#232;n eici vous manda nouastre recounfor arderous emai l'afourtimen que coumunian ens&#232;n quouro s'agis d'apara lei dre d&#243;u Pa&#239;s d'O.&lt;br class='autobr' /&gt;
Coumo va dias senso cerca d'escampi, dins vouastro letro, tout en gardant prefound l'amour de Fran&#231;o e de la Republico, cres&#232;n que l'ouro pico de faire ausi au Gouv&#232;r de Paris lou cri d&#243;u sang e de la terro, que pouadon b&#232;n badaiouna mai que jamai estoufaran. Voul&#232;n vi&#233;ure sus nouastro terro, de nouastro vigno ! Av&#232;n proun endura, aro n'i a proun, lou pese cr&#232;bo !&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou Pople sauvara lou Pople !&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adversaire est d&#233;sign&#233; : Paris. Mais Mistral calme le jeu. Malgr&#233; les supplications de D&#233;voluy, il refuse de pr&#233;sider l'&#233;norme meeting de Montpellier le 9 juin, (jour o&#249; les Varois manifestent &#224; Brignoles). Le 9 les f&#233;libres toulonnais sont avec Mistral &#224; Avignon pour une f&#234;te proven&#231;ale. A cette occasion (restauration du Palais des Papes), les &#8220;Patriotes de Provence&#8221; envoient certes un message de soutien aux viticulteurs du Languedoc. Mais l'&#233;v&#233;nement, &#224; Montpellier comme &#224; Brignoles, se d&#233;roule sans eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; du F&#233;librige, la conscience d'une diff&#233;rence &#8220;nationalitaire&#8221; appara&#238;t-elle dans l'&#233;v&#233;nement ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut la mont&#233;e en force du mouvement pour que, dans son premier &#233;ditorial du &lt;i&gt;Petit Var&lt;/i&gt;, &#8220;Le Midi bouge&#8221;, le 22 mai, Ferrero &#233;voque le premier, mais d&#233;fensivement, une sp&#233;cificit&#233; ethnique m&#233;ridionale : la crise a son origine dans &#8220;le capitalisme absurde qui fait de la mis&#232;re avec de la richesse&#8221;, or fraudeurs et betteraviers du Nord &#8220;se moquent comme d'une guigne de la mis&#232;re des gens du Midi ! Ils exag&#232;rent, disent-ils, dans le pays du soleil, on ne meurt pas de faim puisqu'on vit de chansons&#8221;... La diff&#233;rence ethnique est impos&#233;e aux M&#233;ridionaux, en p&#233;joration. Dans sa r&#233;action de fiert&#233; bless&#233;e, Ferrero ne va pas jusqu'&#224; prendre en compte de fa&#231;on positive cette &#8220;m&#233;ridionalit&#233;&#8221; dont le Nord se gausse au Nord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 26 mai au meeting de Carnoules, le d&#233;l&#233;gu&#233; du Comit&#233; d'Argelliers, Couralt, s'&#233;crie : &#8220;Des Alpes aux Pyr&#233;n&#233;es, le Midi s'est lev&#233; tout entier&#8221;. Mais ce n'est pas pour opposer le Midi &#224; la France : &#8220;les paysans de la France du Midi&#8221; appellent &#224; la solidarit&#233; tous les travailleurs fran&#231;ais, et demandent &#224; la presse de dire &#8220;&#224; la France enti&#232;re qu'une des plus belles, de ses plus riches parties d'elle-m&#234;me, est en train de s'effondrer mis&#233;rablement&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 29 mai 1907.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le propos est gauchi le 9 juin &#224; Brignoles par un autre repr&#233;sentant d'Argelliers, Olli&#233; : &#8220;Si demain on oublie les vers de notre grand po&#232;te Mistral : &#034;Lou paysan es lou c&#233;poun de la natien&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le journal transcrit en proven&#231;al local le languedocien de l'orateur, que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et bien alors abandonn&#233;s de tous puisque la France se montrerait une mar&#226;tre, nous ferions comme les peuples opprim&#233;s et nouvelle Irlande nous ferions comme les Irlandais&#8221;, cite sans commentaires &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit Var, 10 juin 1907&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A droite, &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt; ne commente pas non plus ces propos embarrassants : &#8220;l'orateur &#233;voque l'antique rivalit&#233; du Nord et du Midi de la France. Si nous devions &#234;tre abandonn&#233;s, nous aurions la ressource supr&#234;me des peuples opprim&#233;s, qui puisent leur force dans le d&#233;sespoir et nous nous d&#233;fendrons &#224; l'exemple des populations d'Irlande&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes le propos, prononc&#233; &#8220;d'une voix d'airain&#8221;, d&#233;cha&#238;ne les applaudissements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles, 16 juin 1907.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les tambours battent aux champs. Et, pour couper le mouvement de l'opinion r&#233;publicaine, le pouvoir dramatisera cette menace &#8220;f&#233;d&#233;raliste&#8221;, que nombre de f&#233;libres, de droite et de gauche, ont propag&#233;e depuis les ann&#233;es 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne la prend vraiment plus au s&#233;rieux que ne le fait la gauche &#8220;jacobine&#8221;. Ferrero y insiste dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; (25 juin), si &#8220;les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques du Nord sont diam&#233;tralement oppos&#233;s &#224; ceux du Midi ...on a m&#234;me parl&#233; de s&#233;paratisme, de f&#233;d&#233;ralisme... l'unit&#233; nationale en tout ceci n'est pas le moins du monde en jeu. Les vignerons ne sont pr&#233;occup&#233;s que de la satisfaction de leurs revendications&#8221;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au plus, dans la phase ultime du mouvement, o&#249; les &#233;l&#233;ments conservateurs sont particuli&#232;rement actifs, la gauche les remettra-t-elle en place au nom de l'unit&#233; nationale. Ainsi, dans &lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, (19 juin 1907), le r&#233;publicain Dr. Fournier, du Comit&#233; de Cuers, interpelle le r&#233;actionnaire v&#233;t&#233;rinaire Rastagne : &#8220;Quand, aux applaudissements d'une galerie en immense majorit&#233; r&#233;actionnaire, vous demandez la d&#233;mission de toute autorit&#233; locale, la rupture des liens qui nous unissent au pouvoir central, la gr&#232;ve de l'imp&#244;t, la substitution de l'anarchie &#224; l'ordre l&#233;gal, et au besoin la s&#233;paration politique des r&#233;gions f&#233;d&#233;r&#233;es d'avec la m&#232;re-patrie ... vous ne faites pas de politique !&#8221; Ce n'est donc pas par le registre &#8220;nationalitaire&#8221; et &#8220;f&#233;d&#233;raliste&#8221; que s'exprime l'exasp&#233;ration des viticulteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SUITE : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article849' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Ren&#233; Merle, &#034;Autour de la crise viticole de 1907 dans le Var. Conscience &#034;m&#233;ridionale&#034; et langue d'Oc&#034;. II&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;my Pech, &#8220;1907 : R&#233;volte contre Marianne ou Marianne en r&#233;volte ?&#8221;, &lt;i&gt;Per Robert Lafont&lt;/i&gt;, C.E.O., Montpellier, 1990, pp.223-240&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons aux ouvrages fondamentaux de Yves Rinaudo, &lt;i&gt;Les paysans du Var, fin XIXe si&#232;cle, d&#233;but XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. P.U de Lille III, 1982. &lt;i&gt;Les Vendanges de la R&#233;publique. Les paysans du Var &#224; la fin du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, P.U de Lyon, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Les Varois, la presse varoise et le proven&#231;al&lt;/i&gt;, 1859-1910, S.E.H.T.D, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;ric Mistral, &lt;i&gt;I troubaire catalan&lt;/i&gt;, 1861&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport du Sous-Pr&#233;fet de Brignoles, 26 juin 1907, A.D Var, 4.M.41.4&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coop&#233;rative viticole de Camps, registre des d&#233;lib&#233;rations, 1er mars 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, 12 f&#233;vrier 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmond Ortigues, &lt;i&gt;Camps-la-Source, Pays des Chapeliers&lt;/i&gt;, Serre, Nice, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Marin au Conseil G&#233;n&#233;ral, 7 janvier 1908, A.D.Var, 14.M.7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coop&#233;rative de Camps, registre des d&#233;lib&#233;rations, 30 avril 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt; , 8 octobre 1905&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, 12 f&#233;vrier 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Cri du Var&lt;/i&gt;, 12 f&#233;vrier 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport du Sous-Pr&#233;fet de Brignoles, 26 juin 1907, A.D Var, 4.M.41.4&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain de Brignoles&lt;/i&gt;, 21 avril 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Archives priv&#233;es. Je remercie Jean-Marie Guillon qui m'a communiqu&#233; ce document.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Escolo Felibrenco de la Targo, cartab&#232;u p&#232;r 1909. Toulon. Liste des membres&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 29 mai 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;- Le journal transcrit en proven&#231;al local le languedocien de l'orateur, que respectent d'autres journaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit Var&lt;/i&gt;, 10 juin 1907&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain&lt;/i&gt; de Brignoles, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Progr&#232;s r&#233;publicain&lt;/i&gt; de Brignoles, 16 juin 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lou Mai</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article486</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>La Seyne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lou Mai - La Segno Bulletin de l'A.V.E.P, 1er trimestre 1997. n&#176; 81 &lt;br class='autobr' /&gt; Aqu&#233;u dimenche 6 d'&#243;utobre, qu'&#232;ra lou quaranto-unen coul&#242;qui de l&#8216;AVEP, erian... quaranto-un, ves&#232;s un pau ! Fasi&#233; un pichoun t&#232;ms foua&#231;o tapa ; n'en vouas de ni&#233;ulo ! Mai sian esta esc&#224;pi de douas ravasclado, un c&#242;up au restaurant, un autre c&#242;up &#224; Balagui&#233;. Vaqui lou rendu-comte de Reini&#233; Merle que beilej&#233; la journado en coumpagn&#236;o de son ancian m&#232;stre d'escolo, l'istourian segnen Marius Autran. Lei entresegne de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot206" rel="tag"&gt;La Seyne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lou Mai - La Segno&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Bulletin de l'A.V.E.P&lt;/i&gt;, 1er trimestre 1997. n&#176; 81&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aqu&#233;u dimenche 6 d'&#243;utobre, qu'&#232;ra lou quaranto-unen coul&#242;qui de l&#8216;AVEP, erian... quaranto-un, ves&#232;s un pau ! Fasi&#233; un pichoun t&#232;ms foua&#231;o tapa ; n'en vouas de ni&#233;ulo ! Mai sian esta esc&#224;pi de douas ravasclado, un c&#242;up au restaurant, un autre c&#242;up &#224; Balagui&#233;. Vaqui lou rendu-comte de Reini&#233; Merle que beilej&#233; la journado en coumpagn&#236;o de son ancian m&#232;stre d'escolo, l'istourian segnen Marius Autran.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lei entresegne de la visito soun esta douna per Marius Autran e Reini&#233; Merle, toutei dous de vieillo famillo segnenco. M.Autran a publica foua&#231;o libre sus l'istori de La S&#232;gno. A fa l'escolo a de generacien de Segnen e es esta lounten elegi a la coumuno.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lou matin, si recampan au Gau, davant l'archipel deis Embiez, &#224; Siei Four. Fa gaire b&#232;u, mai plo&#249; pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vesen au Levant lo massiu de Sicie, qu'es la pouncho la mai avan&#231;ado dau litourau franc&#232;s, eme sei calanc que davaloun sus uno mar que encuei boulego pas mau. Eis Embiez, sian &#224; la baisso dau Massiu de Sicie, que ven se perdre eici dins la mar dau coustat dau pounen. Lei &#034;phyllades&#034; duro e griso de la couasto fan pensa &#224; la Bretagno.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mountan pi&#232;i dins lou massiu, dins la grando fourest coumunala de Siei Four, s'arrestan a l'i&#232;ro dei Masco per quauquei entresegne geoulougico : coumo lei Mauro, lou massiu de Sicie es un tro&#231; de l'encian countinen tirrenian, qu'oucupavo la pla&#231;a de la mar actualo. Fasi&#233; mouvimen vers lou nord, e a fa giscla de l'aigo lei sedimen (calcaires) de la mar qu'oucupava lou Var actuau. Ansin soun esta fourma lei mount darnier Touloun : Faroun, Coudoun, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Prenen puei la poujado que nous meno &#224; capelo de Nouastro Damo de Bouano Gardi, que cadun eici li dien La Bouano Maire. Es estado bastido &#224; la debuto dau segle des-e-seten a cousta d'un vieil posto de gardo dei Siei-Fournen que surveillavo la mar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Per lei Segnen, lei Siei-Fournen, etc., lou massiu e la capelo soun &#034;Lou Mai&#034;. Que deven cado mes de mai un lu&#232; de peregrinagi e de sourtido familialo. L'a pas gaire, lou plan de Janas, en dessouto, ero oucupa per uno grando fiero tout lou mes de mai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sian a 360 m d'auturo e la visto es espetaclouso sus la mar, lou litourau var&#232;s e tout lou pa&#239;s toulounenc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La capelo fa limito entre la coumuno de Siei Four e la coumuno de La Segno, que s'es separado de la coumuno maire de Siei Four en 1657.&lt;br class='autobr' /&gt;
Davalan pu&#232;i per la fourest coumunalo de La S&#232;gno, en s'arrestant sus la &#034;corniche&#034; per regardar lei calancs dau levant dau massiu, em&#233; lei Dous Fraires, douas isclo bessounos prochi dau Cap Sicie.Retour ligne automatique&lt;br class='autobr' /&gt;
S'arrestan &#224; Fabregas, que soun noum indico d'activita encianas : eici passan dei vieillo roco primari, sourno o griso, (quarzites, phyllades, &#034;lauvisso&#034;) au permian rouge (l'a de ferre).&lt;br class='autobr' /&gt;
Es miejou, e prenen la routo de la rado per Tamaris, qu'es un quartier de La Segno. Lou pendis de la coualo es ben a la calo dau mistrau, e dins leis annado 1880-90 lou famous Mich&#232;u Pacha n'en fagu&#232; uno estacien moudano. N'en soubro foua&#231;o oustalas d'epoco, souventi fes dins un estile esoutico. Per Mich&#232;u Pacha, qu'avi&#233; fa fourtuno dins l'emperi outouman, Tamaris en ribo de la rado dau Lazaret dounavo d'er au Bousforo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se recampan un momentoun sus lou parking dau restaurant per regarda lei instalacien d'aquacuture e ce que soubro de la mitiliculturo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es tanben l'escasen&#231;o d'&#233;vouca la memori de l'escolo felibrenco de Tamaris. Apres manja, &#224; quauquei pas dau restaurant, visitan lou fouart de Balaguier, que Richelieu faguet basti en 1634 per surveilla l'intrado de la rado de Touloun. Es en ribo de mar, e aven de la terrasso de sa tourre una visto espetaclouso sus Touloun. Lou fouart es aro un mus&#232;u de la marino e dau bagno foua&#231;o interessant. Li passan un bouan moumen, d'autant que defouaro toumbo uno bravo raisso.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finissen la visito en ribejan la rado, cousta segnen, en s'arrestan sus lou seti vueje dei encian Chantier de counstruccien navalo de La Segno. An tout rascla d'aquelo entrepreso que l'a des an fasi&#233; travailla 8000 persouno ! Un soci de l'AVEP, que travaillavo ei chantier, nous fa uno presentacien esmougudo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reinie Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;publicanisme et proven&#231;alit&#233;</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article345</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Provence</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;publique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'assembl&#233;e du C.R.E.O (Centre r&#233;gional de culture occitane) le 24 novembre 2001 &lt;br class='autobr' /&gt; Quand na&#238;t la R&#233;publique, en 1792, la Provence n'existe plus, depuis deux ans. Provence s'entend au sens politique, c'est-&#224;-dire une entit&#233; politique, le Comt&#233; de Provence, dont le Roi de France est souverain en tant que comte de Provence. Cependant, la division en d&#233;partements ne saurait &#233;videmment effacer la coh&#233;rence d'une communaut&#233; fa&#231;onn&#233;e par la g&#233;ographie et par l'histoire, celle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'assembl&#233;e du C.R.E.O (Centre r&#233;gional de culture occitane) le 24 novembre 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand na&#238;t la R&#233;publique, en 1792, la Provence n'existe plus, depuis deux ans. Provence s'entend au sens politique, c'est-&#224;-dire une entit&#233; politique, le Comt&#233; de Provence, dont le Roi de France est souverain en tant que comte de Provence. Cependant, la division en d&#233;partements ne saurait &#233;videmment effacer la coh&#233;rence d'une communaut&#233; fa&#231;onn&#233;e par la g&#233;ographie et par l'histoire, celle d'une compl&#233;mentarit&#233; humaine et &#233;conomique entre la &#8220;Nauta&#8221; et la &#8220;Baissa&#8221;, la haute et la basse Provence, compl&#233;mentarit&#233; que seule la r&#233;volution &#233;conomique du 19e si&#232;cle et les mutations d&#233;mographiques qu'elle entra&#238;ne mettront en cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cadre administratif proven&#231;al d'avant 1790 &#233;tait l'h&#233;ritier d'une histoire d'ind&#233;pendance avort&#233;e &#224; la fin du 15&#232;me si&#232;cle. Il profitait aux harkis du pouvoir fran&#231;ais, ces parlementaires anoblis qui dominaient la Provence. Le Parlement, il faut le rappeler, n'&#233;tait en rien au d&#233;but une structure de r&#233;sistance &#224; la francisation, mais tout au contraire une structure devant permettre la francisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'abandon du cadre administratif proven&#231;al date de 1789-1790. Il est soutenu par le Tiers Etat, qui avait tout &#224; gagner &#224; la suppression de la domination des privil&#233;gi&#233;s, quitte &#224; y laisser quelques plumes, et non des moindres, comme l'abandon de certaines libert&#233;s communales. L'abandon de ce cadre administratif unitaire proven&#231;al ne sera plus jamais dans l'avenir vraiment remis en cause.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc dans le cadre d&#233;partemental que va s'organiser la vie politique. Cadre qui n'est celui d'une monarchie que pendant deux ans, et qui jouit alors d'une relative autonomie de gestion. Cadre qui &#224; partir de 1792 est celui de la R&#233;publique centralis&#233;e, et qui deviendra bient&#244;t celui de l'Empire hyper centralis&#233;. Cadre dans l'ensemble accept&#233; sans nostalgie par les Proven&#231;aux, les protestations portant en fait essentiellement sur les contestations concernant les si&#232;ges des pr&#233;fectures et sous-pr&#233;fectures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne veut pas dire que la notion de proven&#231;alit&#233; n'intervienne pas. Elle intervient au premier chef dans la donne linguistique : la langue de tous les Proven&#231;aux &#233;tant encore le proven&#231;al, un proven&#231;al dont les variantes complexes n'emp&#234;chent pas l'unit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fran&#231;ais n'&#233;tant alors bien compris, voire bien pratiqu&#233;, que par les &#233;lites, comment faire parler la Loi ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que des tentatives furent faites sous la R&#233;volution pour traduire en proven&#231;al la Loi et les id&#233;es r&#233;publicaines. Tentatives purement utilitaires ou tentatives plus dignifiantes, elles ne s'inscrivent pas dans le mouvement g&#233;n&#233;ral qui est celui de la francisation linguistique par le haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grands espoirs populaires plac&#233;s dans la R&#233;volution se transform&#232;rent souvent en d&#233;ception, voire en conversion au royalisme, un royalisme traditionnaliste et confit en d&#233;votion, mais aussi et souvent un royalisme de la Montagne blanche. L'&#233;pisode du banditisme proven&#231;al de la fin de la R&#233;publique en t&#233;moigne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce Royalisme put verbalement alors faire r&#233;f&#233;rence aux fid&#233;lit&#233;s proven&#231;ales, mais il r&#233;int&#232;gre bien vite le giron national fran&#231;ais d&#232;s le retour des Bourbons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'intense bataille d'id&#233;es qui va de la chute de Napol&#233;on &#224; la Seconde R&#233;publique, le th&#232;me de l'entit&#233; proven&#231;ale est r&#233;anim&#233;, depuis la droite comme depuis la gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
A droite, ce sont les l&#233;gitimistes comme Diouloufet, Honnorat qui pleurent la patrie perdue, tout en adh&#233;rant &#224; la monarchie et en la souhaitant plus ultra. A gauche ce sont certains lib&#233;raux, bient&#244;t r&#233;publicains. J'ai donn&#233; en son temps l'analyse de ce tr&#232;s curieux texte de Scipion Marin, Aux Proven&#231;aux, sur leurs projets de s&#233;paration et de r&#233;publique proven&#231;ale, texte des d&#233;buts de la Monarchie de Juillet que j'ai exhum&#233; et pr&#233;sent&#233; dans plusieurs ouvrages, dont ma th&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en fait, si cette proven&#231;alit&#233; proclam&#233;e peut avoir quelques &#233;cho dans la petite ou moyenne bourgeoisie proven&#231;ale, et dans la jeunesse cultiv&#233;e, il ne s'agit alors que de l'exasp&#233;ration d'une donne beaucoup plus r&#233;pandue, qui est celle de la tradition et de la revendication communaliste, dont Raynouard par exemple se fait l'&#233;cho. Tradition dont on a trop sous-estim&#233; la force, et qui r&#233;appara&#238;tra dans des courants aussi divers et parfois aussi confluents que ceux des communalistes de 1870-71 ou des Maurrassiens &#224; venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette exasp&#233;ration politique d'avant 1848, la langue n'appara&#238;t gu&#232;re. C'est ailleurs qu'elle resurgit, dans l'&#233;criture et la publication culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette bataille culturelle rassemble des Proven&#231;aux de toutes opinions dans ce qu'on a appel&#233; par commodit&#233; la pr&#233;-renaissance, le pr&#233;-F&#233;librige.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette bataille ne se confond d'ailleurs que tr&#232;s partiellement avec une autre bataille, pratiquement toute fran&#231;aise celle-l&#224;, qui est celle de la jeunesse litt&#233;raire frustr&#233;e de reconnaissance par l'indiff&#233;rence de la capitale. Marseille est un bon exemple de ce courant qui se tarit de lui m&#234;me par la &#8220;mont&#233;e&#8221; &#224; Paris de la plupart de ses animateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Seconde R&#233;publique fait entrer pleinement dans la citoyennet&#233; les populations proven&#231;ales, elle confirme leur engagement majoritairement protestataire. Le passage du Midi blanc au Midi rouge, l'enracinement des id&#233;aux de la d&#233;mocratie socialiste montrent bien quelles esp&#233;rances on met dans la &#034;Bouano&#034;, la &#034;Santo&#034;, celle pour laquelle on va se lever en r&#233;sistance au coup d'&#233;tat de 1851.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans cette lev&#233;e en masse, la dimension proven&#231;ale n'intervient pas autrement que g&#233;ographiquement. Le cadre de la vie politique est celui de la commune, l'horizon de la vie politique est celui de la Nation. Le cadre de l'insurrection sera communal et d&#233;partemental. Sa vis&#233;e sera pleinement nationale. Et quand pointe une amorce de sentiment m&#233;ridional politique, ce n'est pas pour rompre, mais pour renforcer l'unit&#233; nationale : ainsi, centr&#233;e sur Marseille, cette union des soci&#233;t&#233;s clandestines d'une quinzaine de d&#233;partements du grand Sud-Est, baptis&#233;e par le pouvoir &#034;complot de Lyon&#034;, qui visait &#224; opposer un contre-coup d'&#233;tat d&#233;fensif aux menaces de Louis Napol&#233;on et des Blancs.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas comprendre par contre l'&#233;closion du sentiment proven&#231;aliste culturel si on ne le met pas en rapport avec la d&#233;faite provisoire de ce grand courant politique. En t&#233;moignent la tenue des premiers congr&#232;s des po&#232;tes proven&#231;aux (Arles 1852, Aix 1853) et la naissance en repliement du F&#233;librige (1854).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans la commune que l'opposition se reconstitue sous le Second Empire. Ce r&#233;publicanisme est communaliste, donc facilement p&#233;n&#233;tr&#233; de proudhonisme et de f&#233;d&#233;ralisme. Son aboutissement sera d'une certaine fa&#231;on la Ligue du Midi en 1870-1871, qui veut regrouper les &#233;nergies des d&#233;partements du grand Sud-Est en vue de lutter contre l'envahisseur prussien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette fois c'est le mouvement culturel qui recule, tant devant la R&#233;publique que devant le f&#233;d&#233;ralisme, un f&#233;d&#233;ralisme auquel pourtant Mistral semblait tout acquis.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais la partie est jou&#233;e. C'est dans l'affirmation de la revendication communale et du sentiment national fran&#231;ais, dans l'effacement du courant f&#233;d&#233;raliste que les Proven&#231;aux se situent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La proclamation proven&#231;aliste f&#233;d&#233;raliste de 1892 n'aura gu&#232;re d'&#233;chos, sinon &#224; l'extr&#232;me droite et &#224; l'extr&#232;me gauche. Les F&#233;libres ne cessent de proclamer le droit &#224; la petite patrie dans la grande, sans pouvoir vraiment proposer de structures administratives qui permettraient de faire vivre la langue et la culture. Le d&#233;bat entre F&#233;librige blanc et F&#233;librige rouge ne passionne pas les foules. Et en 1907,lors du grand mouvement des vignerons, l'utilisation de la notion de m&#233;ridionalit&#233; est biais&#233;e, et la rencontre du culturel et du politique est rat&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paradoxalement, ce sont les meilleurs propagateurs de la francitude, les hussards noirs de la R&#233;publique, qui popularisent les signes de la proven&#231;alit&#233;. C'est &#224; l'&#233;cole que tous les petits Proven&#231;aux apprennent &#224; chanter &#034;Coupo Santo&#034; ou &#034;La Mazurka souto lei pin&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, mon exp&#233;rience comme pr&#233;sident de l'association 1851-2001 me montre l'attachement de beaucoup, dont beaucoup de proven&#231;alistes et quelquefois d'occitanistes, &#224; ces valeurs de la r&#233;publique d&#233;mocratique et sociale. Attachement qui se m&#234;le souvent, de fa&#231;on complexe et parfois contradictoire, avec une d&#233;saffection &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tat nation. Cependant que la droite proven&#231;aliste nourrit des groupuscules dont l'id&#233;ologie proc&#232;de de celle des ligues d'Italie, mais se couvre de l'amour du pays natal...&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi je vous remercie de m'avoir invit&#233; &#224; brosser rapidement, et sch&#233;matiquement sans doute, cette mise en perspective historique, dont nous pouvons maintenant discuter, si vous le souhaitez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'insurrection de 1851 et l'ethnotype proven&#231;al </title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article809</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>1851</dc:subject>
		<dc:subject>Ethnotypes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On sait combien, d&#232;s le lendemain, les thurif&#233;raires de Louis Napol&#233;on ont justifi&#233; le coup d'Etat en d&#233;non&#231;ant, &#224; travers les suppos&#233;s crimes des insurg&#233;s, la jacquerie sanglante, libidineuse et partageuse, &#224; laquelle la France venait d'&#233;chapper. Quelques ouvrages et opuscules, publi&#233;s &#224; chaud (1852) capitalis&#232;rent alors les r&#233;cits qui emplissaient d&#232;s d&#233;cembre la presse aux ordres. Parmi eux, l'Histoire d'un coup d'&#201;tat [1], que commirent deux plumitifs conservateurs, Paul Belouino[2] et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sait combien, d&#232;s le lendemain, les thurif&#233;raires de Louis Napol&#233;on ont justifi&#233; le coup d'Etat en d&#233;non&#231;ant, &#224; travers les suppos&#233;s crimes des insurg&#233;s, la jacquerie sanglante, libidineuse et partageuse, &#224; laquelle la France venait d'&#233;chapper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques ouvrages et opuscules, publi&#233;s &#224; chaud (1852) capitalis&#232;rent alors les r&#233;cits qui emplissaient d&#232;s d&#233;cembre la presse aux ordres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi eux, l'Histoire d'un coup d'&#201;tat [1], que commirent deux plumitifs conservateurs, Paul Belouino[2] et Am&#233;d&#233;e de Cesena[3], est particuli&#232;rement int&#233;ressant par son tour de France de l'insurrection, tour de France qui fournira son cadre &#224; la riposte imm&#233;diate du d&#233;mocrate Victor Schoelcher[4], et, quelques ann&#233;es plus tard, &#224; celle du journaliste r&#233;publicain T&#233;not[5]. Au regard de la pr&#233;sentation de l'insurrection dans les autres r&#233;gions de France, les pages consacr&#233;es par nos deux conservateurs aux causes de l'insurrection dans le Sud Est se singularisent par l'irruption de l'ethnotypisme, ethnotypisme totalement absent dans leur survol des passions nivernaises, berrichonnes, jurassiennes, bourguignonnes ou aquitaines... Ainsi peut-on lire, &#224; propos de l'insurrection bas-alpine, ces quelques lignes qui valent pour toute la Provence, et au-del&#224; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le caract&#232;re proven&#231;al, qui est celui des habitants des Basses-Alpes, surtout dans les parties inf&#233;rieures du d&#233;partement, se pr&#234;tait merveilleusement &#224; recevoir les doctrines du socialisme. Les habitants de ce pays sont prompts &#224; agir et r&#233;fl&#233;chissent peu. Le jugement leur fait presque toujours d&#233;faut. Ils aiment la nouveaut&#233;, l'extraordinaire et vont tout d'un coup aux extr&#234;mes. Ils sont fougueux en tout et d&#233;testent ce qui est sage, mod&#233;r&#233;, r&#233;fl&#233;chi. Leur litt&#233;rature prouve ce que nous avan&#231;ons. Est-il rien d'audacieux, de satirique comme Barth&#233;l&#233;my et M&#233;ry[6] ? Peut-on trouver un &#233;crivain plus &#226;cre et plus emport&#233; dans sa franchise, souvent irr&#233;fl&#233;chie, que Rabbe[7] ? Est-il un historien qui soit plus prompt &#224; bl&#226;mer les opinions timides et plus rapide &#224; exag&#233;rer les th&#233;ories hasard&#233;es que Thiers [8] ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les habitants des campagnes avaient &#233;t&#233; affili&#233;s aux soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. On leur avait montr&#233; comme application imm&#233;diate de la doctrine socialiste, le partage des biens, la suppression de la bourgeoisie, choses qu'ils comprenaient tr&#232;s bien et qui all&#233;chaient leurs convoitises, leurs rancunes de fiert&#233; bless&#233;e ; puis la r&#233;g&#233;n&#233;ration sociale, grand mot vide de sens, qu'ils faisaient semblant de comprendre et qui flattait leur vanit&#233; naturelle. Ce d&#233;partement, comme tous ceux du midi, principalement ceux du Var, de Vaucluse, de la Dr&#244;me, des Bouches-du-Rh&#244;ne, de l'H&#233;rault, etc., &#233;tait pr&#234;t &#224; se lever en masse au premier signal. Il est bien certain aujourd'hui, m&#234;me pour les optimistes d'avant le 2 d&#233;cembre, que, si ce coup providentiel et sauveur n'eut &#233;t&#233; frapp&#233; par Louis-Napol&#233;on, tout le midi de la France s'insurgeait, se levait sous l'&#233;tendard du socialisme rouge &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, sous la plume du physiologue des passions que voulait &#234;tre Belouino[9], r&#233;appara&#238;t, dans le droit fil de la th&#233;orie expliquant l'homme par son climat, l'ethnotype qui court depuis les Lumi&#232;res, celui du proven&#231;al farouche, excessif et emport&#233;, mais sans profondeur et facile &#224; entra&#238;ner. Exotisme int&#233;rieur, dont, dans une &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne, j'avais point&#233; la pr&#233;gnance au c&#339;ur de l'imaginaire fran&#231;ais[10].&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit facilement comment cette vision ethnotyp&#233;e convenue occulte les vraies raisons de la politisation et de la d&#233;termination des ruraux m&#233;ridionaux, politisation que les travaux de Maurice Agulhon relient clairement aux caract&#233;ristiques de la sociologie m&#233;ridionale[11]. Et combien elle d&#233;valorise la valeur de l'engagement des insurg&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la lecture des textes contemporains &#233;manant de l'autre bord montre que l'interrogation, toute sous-jacente qu'elle soit, interpelle aussi les commentateurs r&#233;publicains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi T&#233;not &#233;crit &#224; propos de l'insurrection dans les d&#233;partements proven&#231;aux[12] :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Comme &#224; B&#233;ziers, &#224; Montpellier, &#224; N&#238;mes, nous trouvons ici une population ardente, mobile et prompte &#224; tous les extr&#234;mes. Singuli&#232;rement soumise &#224; l'influence cl&#233;ricale, la Provence avait &#233;t&#233;, jusqu'en 1830, l'une des terres classiques du royalisme et de l'orthodoxie catholique. C'est dans la p&#233;riode parlementaire de 1830 &#224; 1848, que se fit, dans les villes et les bourgs de la Provence, ce travail intellectuel, sourd, inappr&#233;ciable, inconscient, mais profond, qui allait d&#233;terminer un si prodigieux revirement d'opinion. 1848 arriva, et, presque subitement, les trois quarts du peuple et de la petite bourgeoisie se jet&#232;rent dans le parti d&#233;mocratique, avec toute la fougue et toute l'ardeur m&#233;ridionales. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le r&#244;le du militantisme et de l'osmose entre &#171; le peuple &#187; et les jeunes d&#233;mocrates d'origine bourgeoise est implicitement soulign&#233; dans ce basculement politique inattendu, le r&#244;le du caract&#232;re proven&#231;al, pour ne pas dire l&#224; aussi de l'ethnotype, est clairement mis en avant. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux, apr&#232;s ces citations que l'on pourrait multiplier (articles de presse, rapports de pr&#233;fets, etc.), la m&#233;fiance des Proven&#231;aux devant le portrait qui est fait d'eux. M&#233;fiance des conservateurs qui jouissent aussi d'un soutien politique populaire et qui n'entendent pas le voir ainsi d&#233;valoris&#233; : que l'on pense par exemple au fondateur du F&#233;librige Roumanille, ardent pourfendeur des Rouges dans ses pamphlets en parler populaire proven&#231;al. M&#233;fiance encore plus forte des d&#233;mocrates qui ne pouvaient consentir &#224; voir ainsi d&#233;valoris&#233;e la conscientisation populaire, la rencontre du peuple et de la R&#233;publique, l'esp&#233;rance inextinguible de &#171; la B&#242;na &#187;, la R&#233;publique de la Justice et de l'&#201;galit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend mieux aussi quel r&#244;le ont pu jouer, dans les ann&#233;es 1860, les premi&#232;res publications &#171; proven&#231;ales &#187; d'Alphonse Daudet, alors secr&#233;taire du Duc de Morny, le demi- fr&#232;re de l'Empereur... La vision du proven&#231;al farouche s'efface derri&#232;re celle du rassurant proven&#231;al d&#233;bonnaire, puis, avec Tartarin, celle du proven&#231;al bouffon. Le film r&#233;cent (2006) de Christian Philibert m'a permis de pr&#233;ciser mon point de vue sur ce basculement d'image, qui est tout sauf innocent[13]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle, d&#233;cembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Histoire d'un coup d'&#201;tat (d&#233;cembre 1851) d'apr&#232;s les documents authentiques, les pi&#232;ces officielles et les renseignements intimes, par M.Paul Belouino, Pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une introduction et suivie d'une Conclusion sur les causes et les cons&#233;quences de cette r&#233;volution par M.Am&#233;d&#233;e de Cesena, Paris, Ludovic Brunet et Cie, 1852. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851, dont on ne dira jamais assez la richesse : &lt;a href=&#034;http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm&lt;/a&gt; &gt; bibliographie (histoire et t&#233;moignages imm&#233;diats - bonapartistes ou conservateurs). &lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Venu des terres &#171; blanches &#187; du Maine et Loire et fix&#233; &#224; Paris, le m&#233;decin Paul Belouino, qui se pique de litt&#233;rature, de philosophie et de physiologie, se fait remarquer sous la Seconde R&#233;publique par son engagement catholique. Cf. par exemple les dix volumes de son Dictionnaire g&#233;n&#233;ral et complet des pers&#233;cutions souffertes par l'&#201;glise catholique, initi&#233; en 1848, (dont un tome est publi&#233; en 1851, par l'&#233;v&#234;ch&#233; de Dol). &lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Depuis longtemps d&#233;j&#224; biographe polygraphe, le mondain Am&#233;d&#233;e de Cesena sera depuis Paris, au lendemain du coup d'&#201;tat un ferme soutien de Louis Napol&#233;on dans ce qui subsiste de presse. &lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Victor Schoelcher, Histoire des crimes du 2 d&#233;cembre, Bruxelles, 1852. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Eug&#232;ne T&#233;not, La province en d&#233;cembre 1851. &#201;tude historique sur le coup d'&#201;tat, Paris, chez les principaux libraires, 1865. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Les satires des versificateurs Auguste Barth&#233;l&#233;my et Joseph M&#233;ry, tous deux d'origine marseillaise, en firent des figures de l'opposition lib&#233;rale sous la Restauration, et de l'opposition d&#233;mocratique au d&#233;but de la Monarchie de Juillet. &lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Alphonse Rabbe, d'origine marseillaise, avait suscit&#233; par son violent engagement lib&#233;ral la haine des partisans de la Restauration. &lt;br class='autobr' /&gt;
[8] l'opportuniste Adolphe Thiers &#233;tait &#233;galement d'origine marseillaise.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Paul Belouino, Des Passions dans leurs rapports avec la religion, la philosophie et la &lt;br class='autobr' /&gt;
m&#233;decine l&#233;gale, Paris, Waille, 1844. &lt;br class='autobr' /&gt;
[10]Ren&#233; Merle, &#171; Aux origines de l'ethnotype m&#233;ridional (Provence - Languedoc) &#187;, Amiras. L'invention du Midi, Aix, Edisud, 1987. &lt;br class='autobr' /&gt;
[11]Cf. par exemple son ouvrage pionnier, Maurice Agulhon, La R&#233;publique au village, Paris, Plon, 1970. r&#233;&#233;dition avec une pr&#233;face, Seuil, 1979. &lt;br class='autobr' /&gt;
[12] Eug&#232;ne T&#233;not, La province en d&#233;cembre 1851. &#201;tude historique sur le coup d'&#201;tat, Paris, chez les principaux libraires, 1865. On peut consulter l'int&#233;gralit&#233; de l'ouvrage sur le site de l'Association 1851. &lt;br class='autobr' /&gt;
[13] Ren&#233; Merle, &#171; Les avatars de l'image du Proven&#231;al - 2006 - &#192; propos du &#034;Complexe du santon&#034; &#187;, Linha Imagin&#242;t, n&#176;66, 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une lettre qui n'a jamais eu de r&#233;ponse...</title>
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		<dc:date>2025-10-23T14:32:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Vauzelle</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ren&#233; Merle agr&#233;g&#233; d'histoire docteur &#232;s lettres Toulon, le 3 novembre 2003 Monsieur le Pr&#233;sident de la R&#233;gion Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur Monsieur le Pr&#233;sident, J'ai lu avec consternation la motion que vous avez soumise au Conseil R&#233;gional, et qui refl&#232;te les positions bien connues d'un petit lobby de proven&#231;alistes pour lesquels le refus d'appr&#233;hender les parlers de notre R&#233;gion en vari&#233;t&#233;s du grand ensemble de la langue d'Oc, loin de servir les int&#233;r&#234;ts du proven&#231;al et du ni&#231;ois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique44" rel="directory"&gt;Identit&#233;s - Provence&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle&lt;br class='autobr' /&gt;
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Toulon, le 3 novembre 2003&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le Pr&#233;sident de la R&#233;gion Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur&lt;br class='autobr' /&gt;
Monsieur le Pr&#233;sident,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai lu avec consternation la motion que vous avez soumise au Conseil R&#233;gional, et qui refl&#232;te les positions bien connues d'un petit lobby de proven&#231;alistes pour lesquels le refus d'appr&#233;hender les parlers de notre R&#233;gion en vari&#233;t&#233;s du grand ensemble de la langue d'Oc, loin de servir les int&#233;r&#234;ts du proven&#231;al et du ni&#231;ois (curieusement le dauphinois des Hautes-Alpes est oubli&#233; dans votre motion), visent &#224; un repliement identitaire st&#233;rilisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je parle, j'&#233;cris le proven&#231;al, j'&#233;tudie son histoire (cf. ma th&#232;se sur L'&#233;criture du proven&#231;al, 1775-1840, B&#233;ziers, 1990), mais en aucune fa&#231;on je ne saurais le s&#233;parer, pas plus que le ni&#231;ois, du grand ensemble des parlers d'Oc, que F.Mistral a pr&#233;sent&#233;s dans son Tr&#233;sor d&#243;u Felibrige, ou Dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais embrassant les divers dialectes de la langue d'Oc moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quelques mois des &#233;lections r&#233;gionales, vous avez peut-&#234;tre pens&#233; qu'il n'&#233;tait pas inutile de satisfaire aux demandes insistantes de ce petit groupe, ignorant des r&#233;alit&#233;s historiques et linguistiques. Je doute que vous en retiriez grand b&#233;n&#233;fice &#233;lectoral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me linguistique n'est pas un enjeu qui mobilise les &#233;lecteurs. Tout au plus la plupart d'entre eux seront-ils sensibles &#224; la reconnaissance du proven&#231;al et du ni&#231;ois, tout comme ils l'auraient &#233;t&#233; si vous aviez situ&#233; ces deux parlers, &#224; la fois dans leurs sp&#233;cificit&#233;s et dans le champ de la langue d'Oc.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc bien de la satisfaction d'un groupe de pression qu'il s'est agi. Or, &#224; l'&#233;vidence, la plupart des proven&#231;alistes dont vous adoptez les th&#232;ses ont d&#233;j&#224; choisi un autre camp politique que le v&#244;tre, en Vaucluse particuli&#232;rement, et h&#233;las, bien souvent la d&#233;fense de &#171; la langue proven&#231;ale &#187; couvre x&#233;nophobie et conservatisme extr&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, vous vous ali&#233;nez la sympathie de proven&#231;alistes et d'occitanistes, grandement engag&#233;s par ailleurs, aux plans associatifs et politiques, dans le soutien aux diff&#233;rentes formations de gauche. Ainsi, alors que l'&#233;lection r&#233;gionale se jouera &#224; peu de voix, avez-vous pris le risque de pousser &#224; la non-mobilisation, voire &#224; l'abstention de nombreux d&#233;fenseurs de la langue d'Oc, vivante chez nous sous ses formes proven&#231;ales (maritime, centrale et rhodanienne), dauphinoise-alpine, et ni&#231;oise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous prie de recevoir, Monsieur le Pr&#233;sident, l'assurance de ma consid&#233;ration respectueuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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