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		<title>Petits ramoneurs vald&#244;tains &#224; Marseille. Trilinguisme</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Proven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Cerlogne</dc:subject>
		<dc:subject>Aoste</dc:subject>
		<dc:subject>Ramoneurs</dc:subject>
		<dc:subject>Trilinguisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je ne me lasserai jamais de donner et redonner ce v&#233;ritable reportage sociologique et linguistique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'abb&#233; Jean-Baptiste Cerlogne (1826-1910) fut le fondateur du mouvement de d&#233;fense du &#171; patois &#187; francoproven&#231;al du Val d'Aoste, et l'initiateur de son &#233;criture moderne. (Rappelons, si besoin &#233;tait, que le francoproven&#231;al est une langue n&#233;o-latine &#224; part enti&#232;re, qu'une appellation trompeuse a pu faire passer pour un m&#233;lange de fran&#231;ais et de proven&#231;al). Cerlogne &#233;tait un v&#233;ritable enfant du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Proven&#231;al&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot211" rel="tag"&gt;Cerlogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot212" rel="tag"&gt;Aoste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot333" rel="tag"&gt;Ramoneurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot334" rel="tag"&gt;Trilinguisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne me lasserai jamais de donner et redonner ce v&#233;ritable reportage sociologique et linguistique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abb&#233; Jean-Baptiste Cerlogne (1826-1910) fut le fondateur du mouvement de d&#233;fense du &#171; patois &#187; francoproven&#231;al du Val d'Aoste, et l'initiateur de son &#233;criture moderne. (Rappelons, si besoin &#233;tait, que le francoproven&#231;al est une langue n&#233;o-latine &#224; part enti&#232;re, qu'une appellation trompeuse a pu faire passer pour un m&#233;lange de fran&#231;ais et de proven&#231;al).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_104 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L170xH224/cerlogne-e93ae.jpg?1792715958' width='170' height='224' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cerlogne &#233;tait un v&#233;ritable enfant du peuple. N&#233; dans le hameau de Cerlogne (commune de Saint Nicolas, o&#249; vous pouvez visiter le mus&#233;e qui lui est consacr&#233;), il connut dans son enfance le sort de nombreux petits &#171; Savoyards &#187; qui partaient faire leur saison de ramoneurs en France sous la direction d'un &#171; ma&#238;tre &#187;. Il sera ensuite cuisinier en France, puis au petit s&#233;minaire d'Aoste, et deviendra pr&#234;tre dans sa vall&#233;e natale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la &lt;i&gt;Vie du petit ramoneur&lt;/i&gt;, un opuscule de 56 pages qu'il &#233;dite (en fran&#231;ais) &#224; compte d'auteur sur son imprimerie en 1895, Cerlogne &#233;voque avec attendrissement et fiert&#233;, mais sans la moindre r&#233;volte ou r&#233;crimination sa dure condition de petit ramoneur &#224; Marseille (1837). Il est int&#233;ressant de voir quelle conception de l'immigration temporaire, n&#233;gatrice de tout nationalisme, est pr&#233;sente ici. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fran&#231;ais n'&#233;tait pas langue &#233;trang&#232;re pour les Valdotains. C'&#233;tait la langue officielle du Duch&#233;. Mais le Ma&#238;tre ne parle que 'patois' avec les enfants (le mot &#171; patois &#187; n'a ici aucun caract&#232;re p&#233;joratif). Cerlogne en donne des nombreux exemples, en particulier dans la longue et assez dure sc&#232;ne du bilan quotidien de l'argent rapport&#233; par les enfants. Les clients de la bonne soci&#233;t&#233; marseillaise parlent &#233;videmment fran&#231;ais aux ramoneurs. Mais il est int&#233;ressant aussi, et je focalise sur ce point dans ce billet, de voir comment, dans la bouche des femmes du peuple, jaillit l'occitan proven&#231;al de Marseille (je respecte &#233;videmment la notation tr&#232;s fid&#232;le de cette oralit&#233;, y compris les diphtongaisons : 'muon' ; tout locuteur de l'occitan proven&#231;al s'y reconna&#238;tra). C'est dire que les petits 'Savoyards', locuteurs du francoproven&#231;al comprenaient sans difficult&#233; la langue d'Oc. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les d&#233;chirements du d&#233;part, huit jours de voyage &#224; pied, et voil&#224; la petite &#233;quipe &#224; Marseille.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En passant sous l'Arc de triomphe, &#224; la porte d'Aix, ils sont pris d'&#233;tonnement. Jamais ils n'auraient pu s'imaginer rien de semblable ! Quelle diff&#233;rence entre les palais de Marseille et la petite maison o&#249; ils sont n&#233;s ; entre les cours et les rues de cette Ville et l'&#233;troite charri&#232;re de leur village. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Log&#233;s dans ces vieux quartiers, et pris en charge le dimanche par la tr&#232;s religieuse &#171; Mission de France &#187;, les voici parcourant la ville en poussant leur cri d'annonce, qui leur ouvre les portes des riches comme des pauvres. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Lorsque le Crieur-de-Nuit, parcourant les vieux quartiers, crie d'une voix forte, lente et m&#233;lancolique : 'Il est quatre heures', le Ma&#238;tre r&#233;veille ses petits ramoneurs en leur disant : &lt;i&gt;S&#249;, n&#224;bo, s&#249; !&lt;/i&gt; ('Levez-vous, gar&#231;ons, levez-vous !'). Les petits novices, qui r&#234;vaient peut-&#234;tre au toit paternel, l&#232;vent la t&#234;te, regardent autour d'eux ; mais ils ne voient plus leur m&#232;re... Ils se rappellent qu'ils sont &#224; Marseille. Ici le Ma&#238;tre les harangue par ces paroles qui rest&#232;rent imprim&#233;es dans leur c&#339;ur : '&lt;i&gt;Me petsou, vo s&#242;de 'hen que vo s-an recomando vou'hro p&#233;&#233;e et vou'hra m&#233;&#233;e quan v'&#235;'he parti di ts&#224;&#224;o ? Ebin, f&#233;de vou'hra prey&#235;&#235;e.&lt;/i&gt; ('Mes petits, vous savez ce que vous ont recommand&#233; votre p&#232;re et votre m&#232;re lorsque vous &#234;tes partis du pays ? Et bien, faites votre pri&#232;re.&#034;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &#201;tant arriv&#233;s &#224; la &lt;i&gt;pescario&lt;/i&gt; de St. Martin, une femme du peuple appelle les deux gar&#231;ons qui cheminaient &#224; petits pas portant le sac de la suie : - &lt;i&gt;Qu&#232; ! ramouneur, voul&#232;s ramoun&#224; dou&#232;s cemin&#233;io ?&lt;/i&gt; - Oui, Madame. Ils se mettent &#224; l'&#339;uvre et, fini le travail, ils sont litt&#233;ralement noirs et luisants de cette suie huileuse produite par la friture des poissons. Mais quelle ne fut pas la surprise de la Bourgeoise en voyant le plus petit sortir de la chemin&#233;e tout ensanglant&#233;. Le pauvre enfant avait donn&#233; du front &#224; la pointe d'un clou qui sortait dans la chemin&#233;e. &lt;i&gt;Muon Di&#232;u&lt;/i&gt;, [ici, 'u' note, &#224; l'italienne, le son 'ou'] s'&#233;cria-t-elle, &lt;i&gt;pauvre piciun !&lt;/i&gt; [id. - ce n'est pas le cas dans les citations qui suivent... Elle appelle ses compagnes de m&#233;tier, elle court &#224; la pharmacie. Ces poissardes l'entourent, s'apitoient sur son sort ; le questionnent : - &lt;i&gt;Qu&#232;, ti si&#232;s fa ma&#249; ? De monte si&#232;s ? Et toun p&#232;ro ? Et ta m&#232;ro ? Que mascar&#232;ou de p&#232;ro manda lu&#232;n acqu&#232;o paouvre picion ! &lt;/i&gt; On lui applique le rem&#232;de ; on lui ceint le front d'un mouchoir blanc, et le petit bless&#233; s'en va, avec de diad&#232;me, au logement o&#249; le souper les attendait.&lt;br class='autobr' /&gt;
[...] Lorsque le samedi arrive, apr&#232;s l'heure du souper, on voit de jeunes gar&#231;ons qui entourent un lavoir, tenant quelque chose sous le bras. Ce sont nos ramoneurs qui attendent que les lavandi&#232;res aient abandonn&#233; leur place. Ils veulent, eux aussi, laver leur chemise pour l'avoir propre, sinon blanche, pour le second dimanche suivant. Ces femmes, en c&#233;dant leur poste, leur disent gracieusement : &lt;i&gt;Voul&#232;s lou bass&#232;u ?&lt;/i&gt;. Et l&#224; nos blanchisseurs frottent, donnent du battoir et frottent encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, ils reprennent la raquette ; ils s'en vont travaillant de jour en jour, de mois en mois, traversant des &#233;pisodes des plus &#233;mouvants, rencontrant partout la bienveillance dans les palais des grands comme &#224; la maison de l'artisan. Partout on leur veut du bien &#224; ces petits ramoneurs ! Aussi, &#224; la fin de la campagne, ils apportent &#224; la maison, avec l'argent qu'ils ont gagn&#233;, les plus doux souvenirs. Heureux donc, ces enfants de la vall&#233;e au c&#339;ur simple. Ils ignorent la politique qui g&#226;te tout, toujours et partout. Pour eux le Pi&#233;mont, la Suisse, la France, sont comme leur chaumi&#232;re, leur toit paternel. Ils ont deux patries : celle qui les a vus na&#238;tre et celle qui leur donne du pain ; ou plut&#244;t tous les pays sont leur patrie. De mani&#232;re qu'ils semblent r&#233;sumer en eux l'utopie de la &lt;i&gt;R&#233;publique universelle&lt;/i&gt; telle qu'on pourrait l'imaginer : sans ambition, sans pr&#233;potence, sans tyrannie et sans r&#233;volte, sans rien de ce qui se voit aujourd'hui. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...)</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article312</link>
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		<dc:date>2025-10-23T14:36:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Occitan</dc:subject>
		<dc:subject>Francitan</dc:subject>
		<dc:subject>Trilinguisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lengas, revue de sociolinguistique, n&#176;23, 1988 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je renvoie &#224; la revue, pp.114-126, pour la consultation de l'important dossier de textes originaux illustrant cet article. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui use du double langage, par d&#233;finition, biaise. Qu'en est-il de celui qui croit en disposer de trois ? C'est, naturellement, du M&#233;ridional qu'il s'agit, mais sans doute n'est-il pas le seul, quand, en cette fin du XVIIIe si&#232;cle, entre fran&#231;ais et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;Plurilinguisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot2" rel="tag"&gt;Occitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot213" rel="tag"&gt;Francitan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot334" rel="tag"&gt;Trilinguisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle - &#8220;Du triple langage&#8221;, (occitan, francitan, fran&#231;ais...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lengas, revue de sociolinguistique&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, n&#176;23, 1988&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je renvoie &#224; la revue, pp.114-126, pour la consultation de l'important dossier de textes originaux illustrant cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui use du double langage, par d&#233;finition, biaise. Qu'en est-il de celui qui croit en disposer de trois ? C'est, naturellement, du M&#233;ridional qu'il s'agit, mais sans doute n'est-il pas le seul, quand, en cette fin du XVIIIe si&#232;cle, entre fran&#231;ais et occitan, un outil linguistique, d&#233;j&#224; fort ancien (cf. Philippe Gardy, &lt;i&gt;L'&#233;criture occitane aux XVIIe, XVIIe, et XVIIIe si&#232;cles. Origine et d&#233;veloppement d'un Th&#233;&#226;tre occitan &#224; Aix-en-Provence (1580-1730)&lt;/i&gt;, B&#233;ziers, C.I.D.O, 1986.), s'affirme en partenaire indispensable, et bient&#244;t plus qu'encombrant : le &#8220;francitan&#8221;. On peut en juger par cet extrait d'une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre marseillaise, car toujours, &#224; sa fa&#231;on bien s&#251;r, le th&#233;&#226;tre dit la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en mai 1790 : les patriotes marseillais, pour &#233;carter le p&#233;ril aristocrate, viennent de prendre les forts qui dominent la ville, les femmes ont promen&#233; les entrailles du Major de Bausset, criant : &lt;i&gt;' Cu vou de frechalha ? '&lt;/i&gt;. Le th&#233;&#226;tre populaire de la ville c&#233;l&#232;bre l'&#233;v&#232;nement, par un &lt;i&gt;A-Propos patriotique&lt;/i&gt; donn&#233; &#224; la fin de la Com&#233;die-F&#233;&#233;rie &lt;i&gt;Urbelise &amp; Lanval&lt;/i&gt;. Bonnet-Bonneville, acteur et directeur de ce th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s, et auteur connu de pi&#232;ces dialectales, signe le texte et joue le Marseillais. Le Marseillais salue la libert&#233; dans une longue tirade excellemment fran&#231;aise. &lt;i&gt;' Qui dit Fran&#231;ais, dit homme franc,/ Qui dit Marseillais tout autant,/ (Pour ne pas dire davantage.) / Nous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;devons donc nous garantir / Du joug qui nous courbait la t&#234;te. / Et nos efforts vont engloutir / Cette formidable retraite / Que Mazarin forma pour nous assujettir, / Et dont nous faisons place nette '&lt;/i&gt;, etc. Justification, en fran&#231;ais, de la prise des forts, dans l'assomption r&#233;volutionnaire de l'autonomisme ancien. Or, apr&#232;s cette longue tirade, voici le retour de l'ethnotype : &lt;i&gt;' Et bien loin de mourir pour notre libert&#233;, / Vivons par elle au sein de l'abondance. / Que le bon Marseillais reprenne sa gait&#233;, / Ses travaux, ses m&#339;urs, son g&#233;nie... '&lt;/i&gt;. Rupture : &lt;i&gt;' Le Marseillais prenant le ton gai &amp; le langage patois : Mais, c'est ass&#233;s pr&#233;dicater, / Asturo z&#233; m'en vas santer. Allons, Messiurs d&#233; la muzique, / Zou&#233;s-moi certain air de lanterne mazique... ' &lt;/i&gt;. Rupture &#224; nouveau. La chanson qu'entonne le Marseillais, sur l'air de &lt;i&gt;Diga Joaneta&lt;/i&gt;, est en bon proven&#231;al : &lt;i&gt;' Vivo Marsillo. Lou Rey, la Nacien ! / Lariretto, / Oh qu&#233; pl&#233;si ! / Qu&#233; m&#233;r&#233;villo ! Sian vengut &#224; bout / De la Revoulucien. '&lt;/i&gt; (au sens, plus que mod&#233;r&#233;, de : ' la R&#233;volution est d&#233;sormais achev&#233;e ').&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple de triple langage est peut-&#234;tre plus parlant que bien d'autres. Sans doute est-il aussi plus pi&#233;g&#233;, d'&#234;tre directement impliqu&#233; dans une utilisation ' politique ', en situation de crise. Le francitan est, entre deux donnes linguistiques, chim&#232;re fondatrice : le fran&#231;ais, inutilisable en l'&#233;tat par l'homme du peuple, est &#233;vacu&#233; vers les registres du symbolique ; l'occitan, hyper-authentique, se situe dans ceux de l'imaginaire compensateur. Le statut du peuple, intervenant dans la R&#233;volution, mais en force d'appui non autonome, est implicitement d&#233;fini par cet entre-deux minorisant et ' savoureux '.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons ici, dans le cadre d'une recherche plus g&#233;n&#233;rale (cf. Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;L'&#233;criture du proven&#231;al, de 1775 &#224; 1840 : Inventaire du texte occitan, publi&#233; ou manuscrit, dans la zone culturelle proven&#231;ale et ses franges&lt;/i&gt;, Th&#232;se, Universit&#233; de Montpellier, 1987. Imprim&#233;e : 1990), une probl&#233;matique des productions d'identit&#233; par la mise en sc&#232;ne de ce triple langage, et tout particuli&#232;rement de ce fran&#231;ais gasconis&#233;, proven&#231;alis&#233;, que Bonnet-Bonneville pose comme pour colmater la fissure entre l'usage noble du fran&#231;ais politique, et l'exultation festive de l'occitan. Langue de l'esprit, langue du c&#339;ur, selon la classique distinction reprise par Tr&#233;lis devant les acad&#233;miciens du Gard, en 1807. Notre propos n'est pas ici l'enqu&#234;te historique exhaustive sur l'&#233;tat des langues et la substitution linguistique, mais le d&#233;pouillement des textes utilisant ou mettant en cause les premiers &#233;tats modernes de ce que nous appelons aujourd'hui, plus par bravade que par commodit&#233;, le francitan. Notre point de d&#233;part est le grand tournant des mentalit&#233;s, et des comportements, autour de 1770 ; notre point, provisoire, d'arriv&#233;e, les ann&#233;es 1840 : elles sont en effet, pour la culture d'oc, ann&#233;es charni&#232;res, dans la flamb&#233;e de publications comme dans les premiers regroupements renaissantistes. Notre cadre est celui du grand Sud-Est, zone coh&#233;rente de convergences et d'&#233;changes, et zone de modernit&#233;. &#192; ce titre, elle fournit d'ailleurs l'essentiel des ouvrages de correction du langage publi&#233;s sur ce long terme, en ce qui concerne l'aire de la Langue romance, langue des Troubadours. Mais il convient de souligner, pour ne pas instaurer une fausse dichotomie oc - o&#239;l en ce domaine, que les entreprises de correction du langage, comme la mise en sc&#232;ne d'un parler de contamination linguistique, ne sont pas sp&#233;cifiques alors aux r&#233;gions m&#233;ridionales : elles jouent aussi par rapport au bas langage fran&#231;ais, par rapport aux dialectes d'o&#239;l et particuli&#232;rement dans la zone d'&#233;paisseur dialectale des fronti&#232;res orientales, des Alpes &#224; la Lorraine (o&#239;l, franco-proven&#231;al, oc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - LES DONNEES INITIALES : CORRECTION DU LANGAGE ET EXHIBITION DE L'INCORRECTION LANGAGIERE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est banal de constater, dans la seconde moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, l'existence d'un usage m&#233;ridional du fran&#231;ais, mauvaises expressions, tours vicieux, phrases singuli&#232;res, re&#231;u en d&#233;faut de langage et de prononciation en regard de la norme. &lt;i&gt;' Mais pourquoi tombe-t-on dans des Gasconismes ? La raison n'est pas difficile &#224; trouver. Tout gasconisme vient du patois, ou langage du pays '&lt;/i&gt;, &#233;crit le professeur parisien Desgrouais, initiateur de l'entreprise de correction du langage avec ses &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;, publi&#233;s &#224; Toulouse en 1766 (r&#233;&#233;dit&#233;s en 1768). Le th&#232;me court jusqu'aux ann&#233;es 1840 : De Gabrielli comme Honnorat le font leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; du langage de la bonne soci&#233;t&#233; m&#233;ridionale, ce sont les &#233;lites &#233;clair&#233;es que les &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; interpellent, et non un peuple abandonn&#233; au naturel de l'idiome natal. Ce langage est la ran&#231;on de l'acculturation dor&#233;navant r&#233;alis&#233;e de tous ceux qui ne sont pas du peuple. Le fran&#231;ais acquis s'est superpos&#233; &#224; l'idiome natal, qui demeure cependant d'un usage g&#233;n&#233;ral, mais tr&#232;s cod&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tissu d'&#233;criture dans l'idiome, qui s'affirme dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle et s'accompagne d'une entreprise lexicographique, est celui d'une marge ludique ou malheureuse. Il pose l'idiome en outil compensatoire de cette d&#233;possession assum&#233;e. Il n'est le fait que de quelques-uns pour lesquels l'usage de ce francitan n'aurait aucun sens. Seul le recours &#224; la parole populaire authentique permet de cautionner la tentative d'&#233;criture de la marge personnelle, le plus souvent demeurant manuscrite. Et quand cette &#233;criture est mise en sc&#232;ne th&#233;&#226;trale, elle n'a pas non plus besoin du ressort du francitan. Se perp&#233;tuent, en insistance esth&#233;tisante sur le monolinguisme, des formes archa&#239;ques de la repr&#233;sentation linguistique, mise en sc&#232;ne dans les ann&#233;es 1730 et r&#233;&#233;dit&#233;s &#224; Marseille dans les ann&#233;es 1770-80, comme le &lt;i&gt;Mariagi de Margarido, Coumedio en un Acte. Per Defun Mossu R. Nouvello editien&lt;/i&gt; (1781) : l'occitan y est langue de tous, bourgeois, domestiques, paysans. S'affirment surtout des repr&#233;sentations rassurantes du partage des langues. Partage sociologique, comme dans &lt;i&gt;Le Fortun&#233; Marseillois&lt;/i&gt; (1775), en 1735 : les bourgeois parlent fran&#231;ais, les paysans proven&#231;al, et tous se comprennent. Partage ethnotypal, comme dans &lt;i&gt;La F&#234;te du Jour, Divertissement &#224; l'occasion du Portrait du Roy&lt;/i&gt;, jou&#233;e &#224; Marseille en 1756, o&#249; la c&#233;l&#233;bration fran&#231;aise du pouvoir passe au proven&#231;al dans l'exultation festive de la folie : apr&#232;s la c&#233;l&#233;bration du Roi, par la Ville, en fran&#231;ais, appara&#238;t &lt;i&gt;la Folie, travestie en Paysanne Marseilloise, escort&#233;e de tambourins et fl&#251;tes&lt;/i&gt; : elle trouve que cet habit lui &lt;i&gt;donne un air de libert&#233;,/ D'aisance &amp; de l&#233;g&#232;ret&#233;...&lt;/i&gt;. La pi&#232;ce se termine par un all&#232;gre vaudeville en proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, chacune des langues a sa place fix&#233;e, et y demeure. Double repr&#233;sentation d'un double clivage : celui des classes, o&#249; l'occitan est signifiant de la n&#233;cessaire hi&#233;rarchisation sociale (que le peuple reste &#224; sa place, donc dans sa langue), celui de la personnalit&#233; du m&#233;ridional &#233;duqu&#233;, o&#249; l'occitan remonte dans la connivence famili&#232;re ou la manifestation de l'&#233;motion. Dans les deux cas, l'intervention du francitan n'aurait aucun sens, sinon celui, majeur, de rompre cette fixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses changent dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle. La mise en &#233;vidence du fran&#231;ais r&#233;gional se fait dans une double perspective :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mise en &#233;vidence d'une contamination inconsciente du fran&#231;ais des classes &#233;duqu&#233;es, par la r&#233;manence de l'occitan d'enfance et l'absence g&#233;n&#233;rale de mise en cause (le cette contamination, non ressentie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mise en &#233;vidence, par le th&#233;&#226;tre essentiellement, d'un &#233;tat nouveau de l'oralit&#233; populaire : le peuple d&#233;sire le fran&#231;ais, sans pouvoir encore le ma&#238;triser compl&#232;tement (et il s'excuse de sa mauvaise performance).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;, en 1766, est donc coup d'envoi de la premi&#232;re mise en &#233;vidence. Est-elle signifiante d'un int&#233;r&#234;t r&#233;el de la soci&#233;t&#233; civile ? On peut en douter, bien que l'ouvrage ait eu un certain succ&#232;s. L'entreprise trouble une normalit&#233; d'usage. Re&#231;ue comme un d&#233;ni de francitude, ass&#233;n&#233; de l'ext&#233;rieur, elle d&#233;range. Elle d&#233;finit, au corps d&#233;fendant des M&#233;ridionaux, une identit&#233; m&#233;ridionale dont ils ne sont pas porteurs, dessine en creux l'espace d'une langue dont ils ne savent que faire. Aussi l'entreprise du &#8220;franciot&#8221; Desgrouais reste-t-elle isol&#233;e. L'abb&#233; F&#233;raud la reprend quelque peu dans son grand &lt;i&gt;Dictionnaire critique de la Langue Fran&#231;aise&lt;/i&gt; (6), publi&#233; &#224; Marseille en 1787-1788. F&#233;raud &#233;crit dans sa pr&#233;face : &lt;i&gt;' Quant aux Gasconismes, aux Proven&#231;alismes, aux Normanismes, et a&#251;tres locutions et mani&#232;res de parler vicieuses, qui sont particuli&#232;res aux dif&#233;rentes Provinces, il entrait dans notre plan de les relever ; et nous en avons fait cona&#238;tre le plus qu'il nous a &#233;t&#233; possible '&lt;/i&gt;. F&#233;raud, comme Desgrouais, part de son exp&#233;rience d'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; vrai dire, les pr&#233;occupations du Marseillais F&#233;raud sont autres : perp&#233;tuant la folle pr&#233;somption de Rambaud (cf. &lt;a href=&#034;http://www.rene-merle.com/spip_redirect.php3?id_article=153&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;- Ren&#233; Merle : Sur l'alphabet d'Honorat Rambaud, ma&#238;tre d'&#233;cole &#224; Marseille&lt;/a&gt;), il proclame la norme de la vraie prononciation fran&#231;aise, qu'il sait ne pas avoir, mais dont il est s&#251;r, et envisage une simplification de l'orthographe en fonction de cet usage normatif. Le &#8220;franciot&#8221; Desgrouais s'adressait aux M&#233;ridionaux, le Marseillais F&#233;raud s'adresse &#224; tous les Fran&#231;ais. Les grammairiens m&#233;ridionaux, Domergue au premier chef, partent d'une francitude, consid&#233;r&#233;e comme inh&#233;rente &#224; la nature m&#233;ridionale, pour l&#233;gif&#233;rer sur la langue fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la seule intervention efficace en mati&#232;re de fran&#231;ais r&#233;gional des &#233;lites est, tr&#232;s li&#233;e &#224; la pouss&#233;e d'&#233;criture dialectale des ann&#233;es 1780, l'entreprise lexicographique des M&#233;ridionaux : Achard (&lt;i&gt;Dictionnaire de la Provence &amp; du Comt&#233;-Venaissin&lt;/i&gt;, 1785. &lt;i&gt;T. 1 (Vocabulaire Fran&#231;ois-Proven&#231;al) ; T. Il (Vocabulaire Proven&#231;al-Fran&#231;ois&lt;/i&gt;) et Sauvages (&lt;i&gt;Dictionnaire Languedocien-Fran&#231;ais&lt;/i&gt; 1756, 1785), dans leurs publications simultan&#233;es, posent la n&#233;cessit&#233; d'une claire s&#233;paration des deux langues. Mais cette volont&#233; de correction du langage n'est pas dirig&#233;e contre l'occitan. Au contraire : le dictionnaire, dont le but essentiel est une ma&#238;trise du fran&#231;ais, est aussi monument patriotique &#233;rig&#233; &#224; la langue domin&#233;e. D'ailleurs, il convient de le souligner, en pendant sym&#233;trique de la d&#233;nonciation de la contamination du fran&#231;ais par l'occitan, commence &#224; se manifester la d&#233;nonciation de la contamination de l'idiome natal par le fran&#231;ais. Le paradoxe veut que, pour ces couches bourgeoises convaincues d'avoir eu acc&#232;s v&#233;ritable &#224; la francitude, l'usage quotidien soit d&#233;j&#224; celui de ce proven&#231;al de classe moyenne, tr&#232;s fortement francis&#233; : la substitution de langue s'op&#232;re d'abord, au sein m&#234;me de l'occitan, par sa francisation volontaire. Ainsi la langue la plus parl&#233;e semble &#234;tre ce &#8220;proven&#231;ais&#8221;, (puisque francitan il y a) : la valorisation du locuteur se fait par l'int&#233;gration &#224; la pr&#233;gnance de l'idiome natal, du plus grand nombre de traits emprunt&#233;s au fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e de publications des ann&#233;es 1780 est aussi celle de la publication th&#233;&#226;trale, reflet d'une pratique v&#233;ritablement socialis&#233;e : le th&#233;&#226;tre marseillais bilingue a droit de cit&#233;. Or, ph&#233;nom&#232;ne nouveau (qui s'accompagne certes en compensation rassurante de l'exhumation des donn&#233;es anciennes), ce th&#233;&#226;tre met en &#233;vidence, non pas la contamination patoise du langage des classes &#233;duqu&#233;es, mais la conqu&#234;te par le peuple du langage embl&#233;matique des classes dominantes. Cette mise en sc&#232;ne du francitan est encore minoritaire, la coexistence / opposition traditionnelle des langues domine. Mais, significativement, ce francitan appara&#238;t au c&#339;ur de la ' r&#233;serve linguistique ' d&#233;finie par Achard (paysans du &#8220;terradou&#8221; et gens de mer), dans la parole de la jeunesse masculine. Loin de connoter des personnages ambigus ou antipathiques, il est le langage de personnages porteurs de valeurs positives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en juger par la comparaison de trois entreprises &#224; peu pr&#232;s contemporaines, mais fort dissemblables dans leurs vis&#233;es : le th&#233;&#226;tre de l'abb&#233; Thobert, la pi&#232;ce du chevalier de Mayer, les intervention de Bonnet-Bonneville et Blanc-Gilly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pi&#232;ces de l'abb&#233; Thobert mort en 1777, sont repr&#233;sent&#233;es en priv&#233;, dans l'intimit&#233; festive des structures d'enseignement de la bonne soci&#233;t&#233; : elles ne sont pas publi&#233;es avant l'Empire, mais font partie de l'imaginaire collectif proven&#231;al de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle. &#192; travers elles, le fils de bonne famille bourgeoise, grande ou petite, observe un rite caricatural, mais initiatoire (que les structures de sociabilit&#233; bourgeoises perp&#233;tuent la vie durant). La jeunesse proven&#231;ale est absente des pi&#232;ces de Thobert, les jeunes &#233;l&#232;ves jouent, et par l&#224;-m&#234;me exorcisent, deux fantoches familiers : le vieux bourgeois ridicule, l'homme du peuple, &#226;g&#233; lui aussi. Le francitan du premier est jou&#233; au niveau de la prononciation, de l'accent : &lt;i&gt;' Laissez, laissez parler les hommes de z&#233;nie ! ... Ze ne veux plus plaider, ze m'envai, ze m'emporte ! ... '&lt;/i&gt; (sans doute est-ce la prononciation encore de bien des parents). Pour l'homme du peuple, ce compatriote pass&#233; du c&#244;t&#233; du fran&#231;ais repr&#233;sente l'alt&#233;rit&#233; sociologique et linguistique : &lt;i&gt;' Eh ben ! de que s'agis, moussu lou francio '&lt;/i&gt; ! Cet homme du peuple parle proven&#231;al - s'il doit passer au fran&#231;ais, en situation d'officialit&#233; judiciaire par exemple, son francitan est vraiment le vieux francitan depuis longtemps mis en sc&#232;ne : ainsi, sous l'Empire, l'ex-secr&#233;taire de la Mairie d'Aix, Rey, cite encore dans son dictionnaire proven&#231;al demeur&#233; manuscrit la chanson francitane donn&#233;e par l'aixois Pitton, en premier exemple du genre, au 17e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thobert fait ainsi parler un de ses personnages : &lt;i&gt;' Moussi&#233;, qui fa le trou il faut qu'il le p&#233;dasse ! '&lt;/i&gt; La p&#226;te linguistique est profond&#233;ment diff&#233;rente de celle du fran&#231;ais norm&#233;. Ainsi, l'intimit&#233; du th&#233;&#226;tre de Thobert, &#224; travers ses personnages embl&#233;matiques, permet &#224; la jeunesse accultur&#233;e, et ce sera le cas encore de ceux n&#233;s avec l'Empire, comme Mery, Gelu, Benedit, etc., d'assumer, dans l'aval de la repr&#233;sentation familiale de fin d'ann&#233;e, devant les parents, le n&#233;cessaire reniement de l'idiome natal. Tout autre est la fonction du th&#233;&#226;tre de la sc&#232;ne publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1775, dans son &lt;i&gt;Retour doou Martegaou, Paroudio bouffouno en tres actes, Mesclado d'arietos su d'ers encians&lt;/i&gt; publi&#233; &#224; Marseille, le jeune chevalier de Mayer pose le probl&#232;me de la l&#233;gitimation / non-l&#233;gitimation du passage du peuple &#224; la langue dominante : la pi&#232;ce se gausse d'un fils de paysan des Martigues qui, apr&#232;s un s&#233;jour parisien, se refuse &#224; parler le patois de sa famille, celui de sa promise. En filigrane, Mayer donne &#224; lire deux donn&#233;es contradictoires. Il ne reproche pas aux n&#233;gociants, aux bourgeois, aux soldats, tous Proven&#231;aux de souche, de ne parler que fran&#231;ais. C'est bien du reniement d'un langage socialement situ&#233;, celui des paysans, qu'il s'agit. Que le peuple reste &#224; sa place, dans sa langue. Mais, en m&#234;me temps, comme dans les reprises contemporaines du th&#232;me connu du &#8220;rasteou&#8221;, l'abandon par Janet de la langue paternelle est m&#233;taphore du n&#233;cessaire reniement de l'idiome, et Janet devient, au second degr&#233;, boue &#233;missaire d'une faute collective. D'ailleurs, le passage au fran&#231;ais de Janet est presque parfait : seule surtout une insistance sur la prononciation des &#8220;e&#8221; en &#8220;&#233;&#8221;, du &#8220;x&#8221; en &#8220;s&#8221;, suffit &#224; le maintenir aux portes du paradis linguistique d&#233;sir&#233;. Les notables proven&#231;aux s'expriment, eux, purement. La l&#233;g&#232;re d&#233;viance de l'accent, d&#233;j&#224; moderne, a une double fonction : d'une part, elle indique que le probl&#232;me du francitan est un faux probl&#232;me, et que le fran&#231;ais est un bien tout &#224; fait ma&#238;trisable par le peuple ; mais d'autre part, elle dit que, m&#234;me imperceptible, la tache de la diff&#233;rence signalera toujours l'hybris mim&#233;tique du M&#233;ridional, quoi qu'il fasse. Redoutable probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les c&#233;l&#233;brations festives des ann&#233;es 1780, o&#249; Marseille exalte les victoires maritimes et l'essor commercial, l'apparition du francitan proc&#232;de d'une autre logique. Un baladin opportuniste comme Bonnet-Bonneville le comprend vite. Sa premi&#232;re intervention marseillaise, &lt;i&gt;Ce que esperavian pas, ou Jean-Pierre vengu de Brest. Interm&#232;de proven&#231;al Termin&#233; par le Train de Saint Gini&#233;s&lt;/i&gt; (1781) est enti&#232;rement dialectale. La seconde, &lt;i&gt;Jean-Pierre venu de Mahon, ou le Train du Pharo, Divertissement Fran&#231;ais &amp; Proven&#231;al&lt;/i&gt;, s'ouvre au francitan en 1782. L&#224; encore, dans la repr&#233;sentation de la Ville, n&#233;gociants et bourgeois re&#231;oivent l'autospectacle d'une francitude m&#233;taphysique. Blanc-Gilly, qui double Bonnet-Bonneville avec grand succ&#232;s dans ce type d'entreprise, avec &lt;i&gt;La Bienfaisance de Louis XVI, vo Leis Festos de la Pax, Drame lyrique en deux actes et en vers, Mel&#233; de Fran&#231;ais &amp; de Proven&#231;al, Compos&#233; &#224; l'occasion de la Paix glorieuse de 1783, Par un Marseillais&lt;/i&gt;, est lui-m&#234;me n&#233;gociant. La francisation des &#233;lites est redoubl&#233;e d'une francisation ethnique, symbolis&#233;e par le futur mariage de Babet, la jeune servante proven&#231;ale, et de Joseph, le Parisien. Elle participe de l'adh&#233;sion enthousiaste &#224; la France royale victorieuse. Dans ce contexte, le peuple est d'ores et d&#233;j&#224; cliv&#233;. La d&#233;l&#233;gation de parole proven&#231;ale est assur&#233;e, publiquement, par la r&#233;serve linguistique des p&#234;cheurs du vieux quartier, les revendeuses, les paysans du terroir. Mais la fougue ethnotypale des jeunes matelots, dans laquelle tout le public peut reconna&#238;tre les vertus de la race, si elle aboutit logiquement &#224; l'exultation en proven&#231;al, s'inscrit dans l'int&#233;gration nouvelle du francitan. Certes, elle proc&#232;de de la classique substitution de langage, propre &#224; l'expatri&#233;, au soldat. Mais on peut y lire, de fa&#231;on valorisante (et quelles que soient les &#233;videntes lectures savoureuses, elles-m&#234;mes signes d'une distanciation rendue possible par la francisation du publie), le d&#233;sir d'int&#233;gration &#224; une communaut&#233; nationale grosse de changements prodigieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons aussi combien ce jeu sur le francitan pose habilement, par un apparent retour au naturel phon&#233;tique de l'orthographe, le redoutable probl&#232;me des orthographes du fran&#231;ais comme de l'occitan (l 7).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - FRAN&#199;AIS NATIONAL ET FRANCITAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution, au sens large les vingt-cinq ann&#233;es qui m&#232;nent au provisoire retour des Bourbons, a &#233;t&#233;, on le sait, mutation ou trauma linguistique. Les divers courants renaissantistes ont rev&#233;cu, &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, en r&#233;pression linguistique, ce qui &#233;tait d&#233;j&#224;, en amont comme en aval de l'attaque montagnarde contre les patois, cons&#233;quence presque in&#233;vitable de la situation historique, et surtout assomption du d&#233;sir d'acc&#233;der enfin &#224; la langue du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle a &#233;t&#233; la place du francitan dans ce passage massif &#224; l'oralit&#233; comme &#224; l'&#233;criture du fran&#231;ais ? Nous n'en savons pas grand-chose, et cette absence m&#234;me montre qu'il n'y avait gu&#232;re place, dans sa mise en &#233;vidence consciente, pour un &#233;tat hybride de langue. Les quelques traces pertinentes sont vraiment involontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des indices les plus parlants est sans doute l'absence, presque compl&#232;te, d'un usage des registres ' poissards ', ou ' paysans ', dans l'usage du fran&#231;ais r&#233;volutionnaire, ou contre-r&#233;volutionnaire, en zone m&#233;ridionale. Alors que la pr&#233;sence de ces &#233;tats de langue est fr&#233;quente dans les textes &#233;manant de r&#233;gions non occitanes. Et, paradoxalement, le statut justement non patoisant de l'idiome natal, ' national ' fait qu'il appara&#238;t difficile d'avoir recours &#224; lui pour suppl&#233;er &#224; cette d&#233;faillance explicable : le peuple parle, pour l'heure, bien plus l'idiome que le francitan. Une des raisons de l'absence relative de l'usage &#233;crit de l'occitan dans la zone &#233;tudi&#233;e tient sans doute &#224; sa pr&#233;gnance, encore sensible, au regard du fran&#231;ais populaire qui na&#238;t &#224; peine. Pourquoi ne pas avoir recours &#224; l'idiome pour repr&#233;senter le peuple au lieu et place des usages bas du fran&#231;ais d'o&#239;l ? Tout simplement sans doute parce que l'idiome, tout abandonn&#233; au peuple qu'il soit, est encore le langage de tous, et qu'il fracasse, de ce fait, une conception strictement sociologique de la diff&#233;rence linguistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons proposer, en contre-&#233;preuve, l'exemple lyonnais : on sait que la r&#233;duction d'usage de l'idiome a &#233;t&#233; &#224; Lyon bien plus rapide qu'&#224; Marseille. Or, pass&#233; Thermidor, on peut constater la simultan&#233;it&#233; de publications dans l'idiome et de publications en fran&#231;ais r&#233;gional, en langage canut. L'idiome a un usage politique, qui n'est pas d&#233;l&#233;gation de parole populaire : il exprime ind&#233;pendamment de son usage r&#233;el, une unanimit&#233; suppos&#233;e du corps social. Le langage canut renvoie, dans une connivence amus&#233;e et clairement m&#233;prisante, le bas peuple &#224; la seule place qui lui convienne, travailler et se distraire, sans se m&#234;ler des affaires du temps. Les montagnards lyonnais, que suivaient les canuts, ne s'&#233;taient souci&#233;s ni d'une utilisation de l'idiome, ni de celle du langage canut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu constater &#233;galement l'artificialit&#233; de l'utilisation du fran&#231;ais populaire m&#233;ridional par &lt;i&gt;Le P&#232;re Duchesne&lt;/i&gt; : la greffe n'a pas pris, et pour cause. Les montagnards m&#233;ridionaux, dans le droit-fil de l'exp&#233;rience jacobine marseillaise, ne peuvent tenir que pour l'une ou l'autre des langues, mais pas pour un &#233;tat hybride qui n'aurait aucune signification symbolique sur le plan de la repr&#233;sentation du Peuple / Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, l'usage du francitan n'est pas totalement absent, ni innocent. Il appara&#238;t dans les c&#233;l&#233;brations f&#233;d&#233;ratives de 1790, avant de dispara&#238;tre pour longtemps. Les f&#234;tes de la F&#233;d&#233;ration du printemps 1790, plac&#233;es sous l'&#233;gide des municipalit&#233;s bourgeoises, consacrent en fait la victoire du fran&#231;ais politique : il demeure trace de trois spectacles bilingues. &#192; Avignon, on perp&#233;tue le partage traditionnel, o&#249; l'usage du proven&#231;al, en d&#233;l&#233;gation de parole populaire, connote l'innocence native et l'acceptation politique corr&#233;lative de ces citoyens dor&#233;navant officiellement proclam&#233;s passifs. &#192; Toulon avec sa &lt;i&gt;Minerve&lt;/i&gt;, dans un reniement stup&#233;fiant, l'auteur du &lt;i&gt;Grouli&#233; Bel Esprit&lt;/i&gt; (pi&#232;ce tout en proven&#231;al dont le succ&#232;s s'affirme) pr&#233;sente le francitan archa&#239;que de paysans na&#239;fs, proie facile pour les agitateurs d&#233;mocrates. Le discours fran&#231;ais bien senti d'un militaire les &#233;claire et les ram&#232;ne dans le droit chemin de l'exultation proven&#231;ale, en faveur du Roi, de la Loi et de la Nation. Leur francitan n'a servi qu'&#224; souligner les limites de leur capacit&#233; de compr&#233;hension politique et les dangers de leur &#233;ventuelle intervention en ce domaine. Par contre, &#224; Marseille, Bonnet-Bonneville, le directeur du Th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s, toujours opportuniste anticipateur, passe du registre trilingue que nous pr&#233;sentions au d&#233;but de cette &#233;tude, &#224; un usage du francitan tout &#224; fait comparable &#224; celui du fran&#231;ais populaire d'o&#239;l, lui aussi pr&#233;sent dans sa c&#233;l&#233;bration marseillaise. Le francitan du Patron Mistral est discours politique : il se substitue &#224; une intervention autonome des masses, qui n'aurait &#233;t&#233; vraisemblable qu'en proven&#231;al, et proclame &#224; la fois la francitude acquise, la diff&#233;rence sociologique, et l'acceptation de la direction bourgeoise de la R&#233;volution. Le fran&#231;ais du citoyen actif est confort&#233; par le francitan du citoyen passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on remarquera que d&#232;s 1791 cet usage du francitan dispara&#238;t : &lt;i&gt;' Sian vengu a bout de la Revoulutien '&lt;/i&gt;, chantait le jeune matelot marseillais en saluant la victoire bourgeoise initiale. Or, la R&#233;volution continue bel et bien, et l'intervention de plus en plus forte des masses populaires fait que leur repr&#233;sentation en dignit&#233;, comme en efficacit&#233;, n'usera que du proven&#231;al, et surtout du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mieux comprendre, en contrepoint, le succ&#232;s d'un th&#233;&#226;tre de d&#233;foulement, enti&#232;rement apolitique, et enti&#232;rement en proven&#231;al : th&#233;&#226;tre dont la perp&#233;tuation sous l'Empire est d&#233;j&#224; travers&#233;e des signes de son impossibilit&#233;. Plus que le francitan du soldat de l'Empire, les d&#233;clarations d'amour, fran&#231;aises, que le marchand de vins du vieux quartier de Marseille adresse &#224; sa voisine Mme Bontour, la veuve franciote qu'il veut &#233;pouser, pointent, dans la m&#233;taphore involontaire ( ?), l'auto-reniement linguistique in&#233;vitable des Marseillais. Par amour pour la France, et sans autre question. Ce jeu sur le francitan d'adh&#233;sion &#224; la France nouvelle est &#224; usage interne : il n'interpelle, et ne fait rire que les Proven&#231;aux. On jugera de la repr&#233;sentation des Marseillais sur la sc&#232;ne fran&#231;aise par le tr&#232;s contemporain Patron Jean, qui triomphe &#224; Paris d'abord, puis &#224; Marseille, dans un patois bien fran&#231;ais. La mode n'est pas encore vraiment &#224; l'ethnotype int&#233;rieur r&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette massive occupation de la sc&#232;ne langagi&#232;re, et pas seulement de celle de l'&#233;criture, par le fran&#231;ais national, &#224; partir des d&#233;buts de la R&#233;volution, a &#233;t&#233;, semble-t-il, plus qu'improvis&#233;e dans l'urgence des &#233;v&#233;nements. On mesurera la demande au fait que Marseille, sans autre explication, est la premi&#232;re ville du Midi &#224; r&#233;&#233;diter, en 1792, les &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; de Desgrouais. Mais en fait, il faut attendre, paradoxalement &#224; premi&#232;re vue, la p&#233;riode du Directoire et du Consulat (autrement plus indiff&#233;rentes &#224; l'&#233;gard de l'idiome que la R&#233;publique montagnarde du rapport Gr&#233;goire) pour commencer &#224; voir publier des ouvrages de correction du langage. &#192; la correction des &lt;i&gt;Lyonnoisismes, ou Recueil d'expressions vicieuses employ&#233;es m&#234;me quelquefois par nos meilleurs &#233;crivains&lt;/i&gt;, lanc&#233;e &#224; Lyon en 1792, reprise en 1797, par l'instituteur Mollard, collaborateur de Domergue (r&#233;&#233;dit&#233; et augment&#233;, sous des titres divers, en 1797, 1803, 1810, 1813), r&#233;pond l'entreprise m&#233;ridionale du vieil enseignant, eccl&#233;siastique, Vila, &#224; Montpellier : &lt;i&gt;Nouveaux Gasconismes corrig&#233;s, ou tableau des principales expressions et constructions vicieuses usit&#233;es dans la partie m&#233;ridionale de la France&lt;/i&gt; (1802). Le poids du patois sur le fran&#231;ais r&#233;gional est v&#233;cu en tache. Le patois autochtone n'est pas chez lui, car, de toute &#233;vidence, c'est le fran&#231;ais qui est, par d&#233;finition, la langue des M&#233;ridionaux, m&#234;me s'ils l'ignorent encore. L'ex-d&#233;put&#233; du clerg&#233; proven&#231;al Rolland, professeur &#224; l'&#233;cole centrale de Gap, le dit en 1796 et le r&#233;p&#232;te avec plus de force encore en 1807. Pouss&#233; par son pr&#233;fet, il donne en 1810 une entreprise de correction du langage destin&#233;e aux deux d&#233;partements alpins de langue d'oc, &lt;i&gt;Dictionnaire des expressions &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vicieuses et des fautes de prononciation les plus communes dans les Hautes et les Basses-Alpes, accompagn&#233;es de leurs corrections&lt;/i&gt;, &#224; laquelle &lt;i&gt;Le Moniteur&lt;/i&gt; propose une vis&#233;e bien plus large. Mais, m&#234;me s'il capitalise les entreprises de ce type, qui ne sont pas propres &#224; l'espace roman (Rolland s'inspire de Vila de Montpellier, et du &lt;i&gt;Dictionnaire des expressions vicieuses usit&#233;es dans un grand nombre de d&#233;partements et surtout de la ci-devant Lorraine&lt;/i&gt;, par M. Michel, de Nancy ), l'Empire n'a pas, manifestement, de politique coordonn&#233;e d'extirpation des patois et de correction du langage. Les initiatives qui vont en ce sens proc&#232;dent de la rencontre du z&#232;le de quelques administrateurs d&#233;partementaux et de l'activisme de quelques enseignants m&#233;ridionaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les vingt-cinq ann&#233;es de mise en place du fran&#231;ais national, pour &#234;tre fondamentales, ne se traduisent pas dans l'&#233;criture de l'occitan ou sur l'occitan, comme dans celle du fran&#231;ais, par une mise en avant particuli&#232;re des formes hybrides, sinon dans la r&#233;surrection ponctuelle des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - SAUVONS LE FRAN&#199;AIS DE NOS ENFANTS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le retour des Bourbons commence dans le Sud-Est une p&#233;riode d'affirmation de l'&#233;criture dialectale, dont il ne nous appartient pas ici de d&#233;m&#234;ler les complexes motivations compensatoires. Loin d'&#234;tre re&#231;ue en affirmation de reconqu&#234;te, cette abondance nouvelle d'&#233;criture ne laisse pas de traduire un d&#233;sarroi devant la dominance nouvelle du fran&#231;ais, y compris dans les domaines de la connivence famili&#232;re et populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre marseillais ne s'y trompe pas : en 1809, &lt;i&gt;Meste Barna&lt;/i&gt; le marchand de vin des Grands Carmes, abandonnait quelque peu son proven&#231;al pour les beaux yeux d'une franciote. En 1816, Carvin publie une seconde pi&#232;ce : le h&#233;ros burlesque, le corsaire &lt;i&gt;Jean de Cassis&lt;/i&gt;, passe au francitan pour les beaux yeux d'une compatriote ! Et significativement, la pi&#232;ce est donn&#233;e sur la grand sc&#232;ne de Marseille dans le cycle de Carnaval : &lt;i&gt;Jean d&#233; Cassis oou Martegue, Imitation burlesque de Jean de Paris par C... Ain&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fixe de la bourgeoisie &#233;duqu&#233;e, en mati&#232;re langagi&#232;re, va &#234;tre dor&#233;navant de pr&#233;server le fran&#231;ais acquis, ch&#232;rement acquis en raison de la d&#233;faillance de l'Etat en mati&#232;re d'&#233;ducation, d'isoler ce bastion avanc&#233; de la francisation de l'oc&#233;an de la parole populaire proven&#231;ale. Plus mesur&#233;e dans les milieux conservateurs paternalistes, comme ceux de la &lt;i&gt;Statistique des Bouches-du-Rh&#244;ne&lt;/i&gt;, odieuse dans son m&#233;pris sociologique chez la jeunesse lib&#233;rale bourgeoise, cette charge contre les proven&#231;alisrnes, malgr&#233; quelques tentatives, n'ose pas encore s'en prendre vraiment &#224; l'accent m&#233;ridional, trop g&#233;n&#233;ral et trop enracin&#233;. C'est de la correction syntaxique et lexicale de la langue qu'il s'agit. Aussi voit-on refleurir l'entreprise des &lt;i&gt;Gasconismes corrig&#233;s&lt;/i&gt; sur le lieu d'avanc&#233;e de la francisation, Marseille. Le bachelier Reynier, port&#233; par la jeune presse lib&#233;rale, les fl&#233;trit en tache au plus fort de la grande crispation anti-patois des ann&#233;es 1829-1830, marqu&#233;es par un appel de l'acad&#233;mie d'Aix (qui s'honore pourtant d'accueillir D'Astros et Diouloufet) &#224; l'&#233;radication organis&#233;e, et r&#233;tribu&#233;e, du proven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la mise en sc&#232;ne publique du francitan, dans la presse lib&#233;rale, est celle d'une m&#233;diocre bourgeoisie conservatrice, d'un ' peuple ' abus&#233;, ignorant, les lib&#233;raux revendiquant quant &#224; eux le monopole de la culture, du progr&#232;s scientifique, &#233;conomique, politique, fond&#233; sur leurs aspirations &#224; l'autonomie municipale. Leur francitude proclam&#233;e est d'autant plus grande qu'elle est travers&#233;e d'ins&#233;curit&#233; linguistique (qui permettra les mutations ult&#233;rieures et le passage &#224; l'&#233;criture proven&#231;ale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, sur le terrain de l'acculturation populaire, au niveau &#233;l&#233;mentaire de ces instituteurs bien peu consid&#233;r&#233;s, le propos n'est pas la chasse aux proven&#231;alismes, mais l'acquisition du fran&#231;ais. Aussi, d&#232;s la premi&#232;re pouss&#233;e d'&#233;criture proven&#231;ale, dans les premi&#232;res ann&#233;es 1820, voit-on appara&#238;tre quelques outils d'acculturation &#233;manant d'enseignants, en prise directe sur la r&#233;alit&#233; mouvante de la francisation. L'instituteur autodidacte Garcin publie &#224; Marseille (1823) &lt;i&gt;Le Nouveau Dictionnaire proven&#231;al-fran&#231;ais&lt;/i&gt;, un remake d'Achard, dont significativement il abandonne la dignit&#233; orthographique au profit de normes phon&#233;tiques. Avec son &lt;i&gt;Nouveau syst&#232;me de lecture&lt;/i&gt;, Apt, 1825, le modeste ma&#238;tre d'&#233;cole Castor ins&#232;re le proven&#231;al dans ses publications p&#233;dagogiques, en outil d'acculturation fran&#231;aise. En 1826, l'entreprise plus complexe de Chabaud, &#224; Marseille, l&#233;gitimiste lui aussi, pose clairement la langue d'oc en langue commune et langue respectable, &#224; l'&#233;gard du fran&#231;ais : &lt;i&gt;Grammaire fran&#231;aise expliqu&#233;e au moyen de la langue proven&#231;ale, ou nouvelle m&#233;thode avec laquelle un Proven&#231;al qui sait lire peut, sans ma&#238;tre, apprendre en peu de temps &#224; parler et &#224; &#233;crire correctement le Fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Le n&#233;cessaire passage du peuple m&#233;ridional, nationalitairement d&#233;fini par sa langue, au fran&#231;ais national, se fera &#224; partir du proven&#231;al, et non contre lui (dans un premier temps du moins). Entreprise souvent r&#233;p&#233;t&#233;e par la suite, avec sans doute moins de consid&#233;ration pour l'idiome natal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi aboutissent, dans la dignit&#233; plus ou moins sacrificielle de la langue, les projets de ces modestes, alors que les grandes promesses des intellectuels renaissantistes (dictionnaire de Diouloufet, grammaire d'Aubanel de N&#238;mes, etc.) ne voient pas le jour. Seul Honnorat, qui lance publiquement en 1822 son projet de &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt;, dans la perspective du passage au fran&#231;ais et de la claire s&#233;paration des langues, tiendra bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effort consid&#233;rable de la p&#233;riode de la Restauration, &#233;cartel&#233; entre la consid&#233;ration et le m&#233;pris, pour l'idiome natal mais toujours orient&#233; vers l'acquisition d'un fran&#231;ais correct, se capitalisera vraiment apr&#232;s 1830, avec deux ouvrages majeurs. Le premier est celui du magistrat aixois De Gabrielli, &lt;i&gt;Manuel du &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Proven&#231;al ou les proven&#231;alismes corrig&#233;s &#224; l'usage des habitans des d&#233;partemens des Bouches-du-Rh&#244;ne, du Var, des Basses-Alpes, de Vaucluse et du Gard&lt;/i&gt;, qui reprend et amplifie la tentative de Reynier en 1829 (36). Puissamment soutenu par les pouvoirs publics et par la presse, il t&#233;moigne de la pression massive, dans la petite et moyenne bourgeoisie, pour le passage d&#233;cisif au fran&#231;ais. La seconde, en 1840, est la &lt;i&gt;Grammaire&lt;/i&gt; du disciple d'Honnorat, l'instituteur Bas-Alpin Masse, (qui reprend la tentative de Chabaud), respectueux de l'idiome, et qui s'arr&#234;te dans la significative indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reflet d&#233;form&#233; de ce mouvement, le th&#233;&#226;tre proven&#231;al des ann&#233;es 1830 pr&#233;sente le personnage du Parisien, le fils de famille reniant son parler natal : par exemple, du Marseillais Pierre Bellot, en 1832, &lt;i&gt;Moussu Canulo vo lou Fiou ingra, Com&#233;die en trois Actes et en vers Proven&#231;aux et Fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Mais bient&#244;t ce stade est d&#233;pass&#233;. Pass&#233; 1835, alors que les jeunes lib&#233;raux d'antan, pourfendeurs du patois, se laissent porter par l'engouement inattendu de la vague d'&#233;criture dialectale et s'y font conna&#238;tre, les vieilles gloires de l'&#233;criture proven&#231;ale, Bellot, Desanat, chacun &#224; leur fa&#231;on, ne peuvent que constater la pr&#233;gnance d&#233;sormais &#233;vidente du fran&#231;ais dans la jeunesse, y compris la jeunesse populaire. En proposant &#224; Bellot de cr&#233;er un journal proven&#231;al, en 1839, Desanat lui &#233;crit : &lt;i&gt;D'aillur s&#233; lou franc&#233;s envahi presque tout, / Lou piquan prouven&#231;aou veuy s&#233; legis partout&lt;/i&gt;, montrant bien l'inversion d'usage. En 1840, dans &lt;i&gt;Les deux Magots, ou le bal de Carnaval, folie en un acte, Marseille, Gilette, 1840&lt;/i&gt;, Bellot et Vizentini font parler la jeunesse populaire marseillaise, non en francitan, mais dans le langage suppos&#233; des rapins et habitu&#233;s de la boh&#232;me parisienne. Le proven&#231;al est laiss&#233; &#224; la vieille &#8220;repetiero&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gelu, Benedit, connaissent alors une c&#233;l&#233;brit&#233; marseillaise pour mettre en sc&#232;ne le parler des plus humbles, des d&#233;class&#233;s. Mais n'est-ce pas un symbole que l'un et l'autre, dans leurs explications fran&#231;aises, nous pr&#233;sentent des nervis chantant en fran&#231;ais, mena&#231;ant les passants de leur cri de ralliement : &lt;i&gt;' Que la volont&#233; de Dieu soit faite '&lt;/i&gt; ? N'est-il pas significatif que Gelu soit grand admirateur de Gabrielli ? L'exultation proven&#231;ale occasionnelle n'est que contrepoint savoureux de l'expression fran&#231;aise, &#233;crite, et de plus en plus orale. D'ailleurs, les deux principaux d&#233;bats, dans l'&#233;criture proven&#231;ale, sont celui des registres (le proven&#231;al &#233;tant renvoy&#233; &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la marge ' populaire '), et celui des francismes. Le francitan, dont les corrections du langage traquent les expressions vicieuses, devient en fait, v&#233;ritablement, la langue effectivement parl&#233;e par la jeune g&#233;n&#233;ration, conjointement avec l'idiome natal. Mais cette normalit&#233; grandissante fait que, justement, il ne peut encore &#234;tre instrument de d&#233;lectation dans l'&#233;criture. Le sera-t-il jamais vraiment ? Bient&#244;t, et tout particuli&#232;rement sous le Second Empire avec les nombreuses productions marseillaises et celles du Toulonnais Senes, dit la Sinse, le francitan appara&#238;tra en &#233;l&#233;ment efficace de la mise en sc&#232;ne de la parole populaire. A Lyon, le langage canut, fran&#231;ais populaire pris en d&#233;rision, submerge les traces d'&#233;criture dialectale : signe d'identit&#233; sociologique en regard devant une soci&#233;t&#233; francis&#233;e. Il sera, encore moins que l'idiome, arme du peuple. Cependant que, au contraire, la langue d'oc, quelle que soit pour longtemps encore sa vitalit&#233; rurale et urbaine, appara&#238;t de plus en plus en signe identitaire, de m&#234;me que le francoproven&#231;al de Grenoble et de Saint-Etienne en reprise d'&#233;criture. Signe que le ' conflit ' linguistique passe bien entre l'idiome natal et le fran&#231;ais (le francitan &#233;tant clairement rang&#233; du c&#244;t&#233; du fran&#231;ais). Une &#233;tude assez fine montre d'ailleurs que ce francitan mis en place dans la premi&#232;re moiti&#233; du lge si&#232;cle ne proc&#232;de pas tant de l'hybridation lexicale que de l'adoption tr&#232;s importante de la syntaxe occitane populaire dont t&#233;moignent bien des textes. Qui a entrepris la traduction litt&#233;rale de textes ' populaires ' de la fin du XVIII si&#232;cle - d&#233;but XIXe si&#232;cle, s'est trouv&#233; confront&#233; &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Il reste que, pour les M&#233;ridionaux, et pour un si&#232;cle au moins, cette curieuse forme de fran&#231;ais repr&#233;sentera v&#233;ritablement le fran&#231;ais, et pas le moins du monde un transfert identitaire. Il semble que les espoirs mis par certains, actuellement, sur la nostalgie du francitan devraient se mesurer &#224; l'aune de sa pr&#233;histoire, dont nous avons essay&#233;, &#224; partir de l'usage scriptural, de d&#233;coder quelques donn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rabelais : Trilinguisme... </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Rabelais</dc:subject>
		<dc:subject>Limousin</dc:subject>
		<dc:subject>Trilinguisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans Pantagruel (1532), ch.VI, Rabelais met en sc&#232;ne la fran&#231;ais naturel du bon g&#233;ant, le fran&#231;ais pr&#233;tentieusement et ridiculement latinis&#233; de l'&#233;tudiant&#8230; et le rretour &#224; la langue natale, en l'occurrence ce limousin de langue d'oc&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Quelque jour, que Pantagruel se pourmenoit apr&#232;s soupper avecques ses compaignons par la porte dont l'on va &#224; Paris, il rencontra ung eschollier tout jolliet, qui venoit par icelluy chemin ; et, apr&#232;s qu'ilz se furent saluez, luy demanda : &#034; Mon amy, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;Plurilinguisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Rabelais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;Limousin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot334" rel="tag"&gt;Trilinguisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Pantagruel&lt;/i&gt; (1532), ch.VI, Rabelais met en sc&#232;ne la fran&#231;ais naturel du bon g&#233;ant, le fran&#231;ais pr&#233;tentieusement et ridiculement latinis&#233; de l'&#233;tudiant&#8230; et le rretour &#224; la langue natale, en l'occurrence ce limousin de langue d'oc&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Quelque jour, que Pantagruel se pourmenoit apr&#232;s soupper avecques ses compaignons par la porte dont l'on va &#224; Paris, il rencontra ung eschollier tout jolliet, qui venoit par icelluy chemin ; et, apr&#232;s qu'ilz se furent saluez, luy demanda : &#034; Mon amy, dont viens tu &#224; ceste heure ? &#034;. L'eschollier luy respondit : &#034; De l'alme , inclyte et c&#233;l&#232;bre acad&#233;mie que l'on vocite Lut&#232;ce. - Quest-ce &#224; dire ? dist Pantagruel &#224; ung de ses gens. - C'est (respondit-il), de Paris. - Tu viens duncques de Paris, dist il. Et &#224; quoy passez vous le temps, vous aultres, messieurs estudians audict Paris ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Respondit l'eschollier : &#034; Nous transfr&#233;tons la S&#233;quane au dilucule et cr&#233;puscule ; nous d&#233;ambulons par les compites et quadriviez de l'urbe ; nous despumons la verbocinatiun latiale , et, comme verisimiles amorabundes, captons la b&#233;n&#233;volence de l'omnijuge, omniforme, et omnig&#232;ne sexe f&#233;minin. Certaines di&#233;cules, nous invisons les lupanares de Champgaillard, de Matcon, de Cul-de-Sac, de Bourbon, de Huslieu, (...) puis, cauponizons &#232;s tabernes m&#233;ritoires de la Pomme de Pin, de la Magdaleine, et de la Mulle, belles spatules vervecines, perforamin&#233;es de p&#233;trosil. Et si, par forte fortune, y a rarit&#233; ou p&#233;nurie de p&#233;cune en nos marsupiez, et soyent exhaustez de m&#233;tal ferrugin&#233;, pour l'escot nous dimittons nos codices et vestez oppigner&#233;es, prestulans les tabellaires &#224; venir des P&#233;nates et Larez patrioticques. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy Pantagruel dist : &#034; Quel diable de langaige est cecy ? Par Dieu, tu es quelque h&#233;r&#233;tique. - Seignor non, dist l'eschollier (...) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et bren, bren ! dist Pantagruel, qu'est ce que veult dire ce fol ? Je croy qu'il nous forge icy quelque langaige diabolique, et qu'il nous cherme comme enchanteur . &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoy dist ung de ses gens : &#034; Seigneur, sans nulle doubte, ce gallant veult contrefaire la langue des Parisiens ; mais il ne faict que escorcher le latin, et cuyde ainsi pindariser, et il luy semble bien qu'il est quelque grand orateur en Francoys, parce qu'il d&#233;daigne l'usance commun de parler. &#034; A quoy dist Pantgruel : &#034; Est-il vray ? &#034; L'eschollier respondit : &#034; Seigneur, mon g&#233;nie n'est point apte nate &#224; ce que dit ce flagitiose n&#233;bulon, pour escorier la cuticule de nostre vernacule Gallicque, mais vice versement je gnave op&#232;re, et par v&#232;les et rames, je me &#233;nite de le locupl&#233;ter de la redundance latinicome. - Par Dieu, dist Pantagruel, je vous apprendray &#224; parler. Mais devant, responds moy : dont es tu ? &#034; A quoy dist l'eschollier : &#034; L'origine prim&#232;ve de mes aves et ataves fut indig&#232;ne des r&#233;gions l&#233;movicques, o&#249; requiesce le corpore de l'agiotate sainct Martial. - J'entends bien, dist Pantagruel. Tu es Lymousin, pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisien. Or viens &#231;&#224;, que je te donne ung tour de peigne ! &#034; Lors le print &#224; la gorge, luy disant : &#034; Tu escorches le latin : par sainct Jehan, je te feray escorcher le renard ; car je te escorcheray tout vif. &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors commen&#231;a le pauvre Lymousin &#224; dire : &#034; V&#233;e dicou, gentilastre ! Ho, sainct Marsault, adjouda my ! Hau, hau, laissas &#224; quau, au nom de Dious, et ne me touquas grou ! &#034; A quoy dist Pantagruel : &#034; A ceste heure parles tu naturellement.. &#034; Et ainsi le laissa : car le pauvre Lymousin se conchyoit toutes ses chausses. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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