<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Remembran&#231;a</title>
	<link>https://renemerle.com/remembranca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?id_rubrique=6&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Francoproven&#231;al. Gen&#232;ve et Savoie</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article564</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article564</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:46:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Rousseau</dc:subject>
		<dc:subject>Mont Blanc</dc:subject>
		<dc:subject>Savoie</dc:subject>
		<dc:subject>Pictet de Rochemont</dc:subject>
		<dc:subject>Cornuaud</dc:subject>
		<dc:subject>Chenevi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, (Sud-Est fran&#231;ais de langue d'Oc, zone francoproven&#231;ale de France et de Suisse), MARPOC, 1990 &lt;br class='autobr' /&gt; Gen&#232;ve et Savoie &#192; la fin du 18e si&#232;cle, &#224; Gen&#232;ve comme en Savoie, l'oralit&#233; dialectale est encore ordinaire &#224; la campagne ; remplac&#233;e en ville par le fran&#231;ais, l'idiome y demeure familier au plus grand nombre. Les mutations politiques des ann&#233;es 1770-l815 &#233;clairent, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Patois suisses. Articles, conf&#233;rence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot261" rel="tag"&gt;Rousseau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot422" rel="tag"&gt;Mont Blanc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot472" rel="tag"&gt;Savoie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot554" rel="tag"&gt;Pictet de Rochemont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;Cornuaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot619" rel="tag"&gt;Chenevi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, (Sud-Est fran&#231;ais de langue d'Oc, zone francoproven&#231;ale de France et de Suisse)&lt;/i&gt;, MARPOC, 1990&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Gen&#232;ve et Savoie&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin du 18e si&#232;cle, &#224; Gen&#232;ve comme en Savoie, l'oralit&#233; dialectale est encore ordinaire &#224; la campagne ; remplac&#233;e en ville par le fran&#231;ais, l'idiome y demeure familier au plus grand nombre. Les mutations politiques des ann&#233;es 1770-l815 &#233;clairent, dans les deux &#233;tats voisins, les statuts d'&#233;criture divergents d'un m&#234;me &#034;idiome savoyard&#034;. &#192; la fin des Lumi&#232;res, cette &#233;criture dialectale, et son &#233;ventuelle publication t&#233;moignent d'un statut marginal. Pour les dirigeants de la R&#233;publique, comme pour le Roi de Turin, le choix de l'officialit&#233; fran&#231;aise, au XVIe si&#232;cle, a proc&#233;d&#233; tant du mim&#233;tisme que du r&#233;alisme. Cependant, si la modeste &#233;criture savoyarde demeure manuscrite, Gen&#232;ve propose un int&#233;ressant corpus imprim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'absence de publication savoyarde ne rel&#232;ve pas d'une absence de conscience linguistique &#034;nationale&#034; : &#034;Le patois savoyard change de nuances presque &#224; chaque lieue. Cependant, si l'on excepte quelques petits cantons de la haute Tarentaise et de la Haute Maurienne, tous les habitants de la Savoie s'entendent facilement d'une extr&#233;mit&#233; du pays &#224; l'autre, non seulement entre eux, mais encore avec leurs voisins des pays &#233;trangers, du Valais, pays de Vaud, Dauphin&#233;, Bresse, etc&#034;, &#233;crit le chanoine Gazel, qui c&#233;l&#232;brera en patois le retour de la Monarchie, en l8l6. Mais il ne publie rien avant la secousse r&#233;volutionnaire. La pesante tutelle absolutiste emp&#234;che toute expression politique, dans quelque langue que ce soit, et le dialecte savoyard, &#224; la diff&#233;rence du pi&#233;montais que la Cour parle encore, est loin d'avoir pu sauver, depuis le XVIe si&#232;cle, trace d'un statut litt&#233;raire. L'idiome est ray&#233; de publication en son lieu naturel, cependant que, dans un Paris infiltr&#233; de francitude par l'intelligentsia genevoise, la Savoie fournit un facile exotisme, ethnique et dialectal (l).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si &#034;l'atome politique&#034; genevois (2) a depuis la fin du l6e si&#232;cle renonc&#233; &#224; l'officialit&#233; de l'idiome savoyard, il la maintient embl&#233;matiquement dans l'hymne de la cit&#233;. La chanson patoise de l'Escalade comm&#233;more la d&#233;faite des troupes savoyardes devant Gen&#232;ve en 1602. Face &#224; la Savoie, l'idiome savoyard c&#233;l&#232;bre l'ind&#233;pendance de la R&#233;publique. Et depuis, dans la comm&#233;moration annuelle, les canevas et les airs consacr&#233;s des Chansons de l'Escalade, souvent imprim&#233;es, font une place au patois pour des paroles de circonstance. Mais l'extraordinaire production politique (6.000 pi&#232;ces peut-&#234;tre au l8e si&#232;cle pour 26.000 habitants et 4.000 dans le terroir) ), est essentiellement fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, fait exceptionnel alors dans l'&#233;criture de l'occitan ou du francoproven&#231;al, la prose argumentative intervient &#224; la fin des ann&#233;es 1770 dans les pamphlets de la pr&#233;-r&#233;volution genevoise. Quel r&#244;le a le patois dans les conflits socio-politiques ? S'agit-il de communication efficace avec des gens comprenant mal le fran&#231;ais ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La petite et moyenne bourgeoisie artisanale des Repr&#233;sentants (le tiers de la population), aux aspirations d&#233;mocratiques, dispute le pouvoir &#224; l'oligarchie des N&#233;gatifs, grands n&#233;gociants et financiers. Elle s'oppose aussi aux Natifs, (descendants des r&#233;fugi&#233;s huguenots) et aux Etrangers attir&#233;s par la prosp&#233;rit&#233; de l'horlogerie et de la finance : elle refuse &#224; ces concurrents (pr&#232;s des deux tiers de la population) &#233;galit&#233; &#233;conomique et citoyennet&#233; politique. Quelle que puisse &#234;tre leur oralit&#233;, plus ou moins patoisante encore, Repr&#233;sentants ou Natifs,&#034; ces hommes instruits et sens&#233;s dont, sous le nom d'Ouvriers et de peuple, on a chez les autres Nations des id&#233;es si basses et si fausses&#034;,(3) rel&#232;vent de la m&#234;me solide culture dont Rousseau est bon exemple. Il ne faut pas chercher chez ces autodidactes respectueux de la lettre fran&#231;aise une propension spontan&#233;e &#224; l'&#233;criture de l'idiome. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es de crise qui pr&#233;c&#232;dent la &#034;r&#233;volution genevoise&#034; de 1780-82, les Repr&#233;sentants attaquent violemment l'oligarchie, &#224; l'occasion en prose dialectale argumentative (4). L'alibi de la parole du terroir conforte d'authenticit&#233;, &#224; la fois populaire et nationale genevoise, l'ordinaire argumentation fran&#231;aise. Ainsi l'oligarchie des N&#233;gatifs est dessaisie d'une l&#233;gitimit&#233;, qu'elle estime &#233;vidente, &#224; diriger la cit&#233;-nation. L'&#233;criture de l'idiome natal participe de la repr&#233;sentation d'un enjeu de pouvoir, plus qu'elle ne refl&#232;te directement une r&#233;alit&#233; linguistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la d&#233;rision dialectale des Repr&#233;sentants vise aussi les Natifs, et leur chef Isaac Cornuaud. &#034;Il paraissait d'ailleurs une quantit&#233; de brochures, toutes plus virulentes les unes que les autres. Il y en eut sur le nombre deux dirig&#233;es uniquement contre moi, l'une en patois savoyard, suivie de couplets dans le m&#234;me jargon o&#249; les injures me furent prodigu&#233;es, l'autre en bon fran&#231;ais...&#034; (5). L'attaque dialectale d&#233;s&#233;quilibre doublement Cornuaud, ouvrier horloger autodidacte devenu ma&#238;tre d'arithm&#233;tique, dont on mesure l'ali&#233;nation diglossique par rapport au parler natal : la parole patoise raille ses publications fran&#231;aises : se prend-il pour Rousseau ? elle lui signifie aussi que, quoi qu'il en ait, il ne participe pas de l'authenticit&#233; nationale. L'usage de l'idiome est id&#233;ologique, et embl&#233;matique. Dans la division civile le parler natal repr&#233;sente le sens commun de la cit&#233;, face aux id&#233;ologies diviseuses, et par d&#233;finition &#034;&#233;trang&#232;res&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques &#233;crits pro-N&#233;gatifs en jargon, volontairement sans orthographe, &#233;manent aussi de Repr&#233;sentants. Des Natifs qui pensent faire avancer leur cause en se ralliant aux Repr&#233;sentants soutiennent l'offensive. Cornuaud en t&#233;moigne : &#034; me promenant seul sur les remparts de St Gervaix, un matin, j'y trouvai un essaim de jeunes Natifs partisans des Repr&#233;sentants, qui se mirent &#224; s'&#233;gayer sur mon compte, en chantant quelques couplets qu'on avait fait contre moi&#034; (5). Il s'agit des refrains patois, deux fois &#233;dit&#233;s. Cornuaud, neutre entre Repr&#233;sentants et N&#233;gatifs, riposte par un pamphlet adress&#233; &#034;&#224; tous les libellistes pass&#233;s, pr&#233;sens et &#224; venir ; &#224; tous les calomniateurs publics ; tant ceux qui savent l'orthographe, le fran&#231;ais et m&#234;me le latin, que ceux qui ont occup&#233; le banc des &#226;nes et qui l'occupent encore, quel que soit le jargon ou patois qu'ils emploient ...&#034; (6)&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'&#233;criture de l'idiome peut, dans Gen&#232;ve, na&#238;tre du d&#233;chirement civil, c'est en fran&#231;ais que Gen&#232;ve est oppos&#233;e &#224; ses voisins. Alors que la Savoie veut cr&#233;er &#224; ses portes des cit&#233;s concurrentes o&#249; elle attirera la main d'&#339;uvre artisane, un long dialogue entre un Genevois et un paysan savoyard, (chez lequel l'enfant du citadin est en nourrice), oppose les langues. Le paysan s'exprime en dialecte, il vante le paisible r&#233;gime savoyard, qui assure plus d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; que le syst&#232;me de castes de Gen&#232;ve. Le citadin fait, en fran&#231;ais, retomber la responsabilit&#233; des d&#233;chirements et du marasme genevois sur les &#233;trangers. Paradoxe d'un unique texte de prose &#034;savoyarde&#034; de Savoie, mais suscit&#233; par la situation de Gen&#232;ve, qui ne sera pas pris en compte ni par les tenants d'une &#233;criture du Duch&#233;, ni par ceux de l'&#233;criture &#034;romande&#034; (7). &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une dialectique &#233;clairante, apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution genevoise de 1782, une chanson en patois de Vaud vient en d&#233;l&#233;gation de parole paysanne, se gausser de ces bourgeois de Gen&#232;ve, (les Repr&#233;sentants), qui parlent fran&#231;ais et veulent &#234;tre leurs ma&#238;tres. L'hybris genevoise est d&#233;sign&#233;e par l'usage du fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi l'idiome est-il de fa&#231;on contradictoire repr&#233;sentant de la cit&#233;, &#238;lot assi&#233;g&#233;, et d&#233;chir&#233;, comme de ceux qui, tout autour, l'observent ironiquement ou la combattent,&lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre1789, Gen&#232;ve c&#233;l&#232;bre le tr&#232;s provisoire retour &#224; la concorde. &#034;Le pasteur Chenevi&#232;re, regard&#233; comme aum&#244;nier, (de la milice) fit la pri&#232;re au repas de la grande revue, aux Bastions ; il avait compos&#233; et fait imprimer et distribuer &#224; tous les volontaires ces deux chansons que l'on chanta en ch&#339;ur&#034; &#233;crit dans son journal manuscrit Ami Dunant. La chanson fran&#231;aise somme les Genevois de ramener &#034;l'&#226;ge d'or&#034; dans la Patrie&#034;, &#034;plus de zizanie, plus de jalousie&#034;, la Sanfon patoise, sur l'air traditionnel de le vairin no revegni, proclame l'unanimisme dans l'impossible retour au patois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Revaicia dian noutra vella&lt;br class='autobr' /&gt;
Le trantran d&#233; zartrefai [...]...&lt;br class='autobr' /&gt;
Pardena se ze vo pr&#233;ze&lt;br class='autobr' /&gt;
Dian le patoy de ma Gran : &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai, c'en le f&#226; revegni&lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233; tems pliaisan, tant all&#232;gre ;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'en le f&#226; revegni&lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233; tems que no fit pliais&#238;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'idiome appara&#238;t comme embl&#233;matique d'un pass&#233; d&#233;pourvu de tensions, il suture le d&#233;chirement civil d'une unanimisme identitaire, bien &#233;videmment aussit&#244;t d&#233;menti. Les d&#233;mocrates ne peuvent que suivre avec passion les &#233;v&#233;nements de France (et de Savoie voisine o&#249; l'&#233;meute paysanne exige la fin de la f&#233;odalit&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre &#233;clate en 1792 entre la France, bient&#244;t r&#233;publicaine, et la Monarchie de Turin : les terres de la Maison de Savoie sont annex&#233;es jusqu'aux &#034;fronti&#232;res naturelles&#034;. On chante en France et en fran&#231;ais &#034;La R&#233;union de la Savoye &#224; la France&#034; sur des airs de la pi&#232;ce de 1789, &#034;les Petits Savoyards&#034;. Incidente &#034;dialectale&#034;, une fille de l6 ans dit &#224; son p&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
Que cette conqu&#232;to,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma fait de plaisir, larireto, [...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Baillo mai donc dans cette fetto,&lt;br class='autobr' /&gt;
Un bon Fran&#231;ais pourra fort bien me divartir,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sachez que Jeannetto veut se marida.&lt;br class='autobr' /&gt;
On la marie &#224; un soldat fran&#231;ais, et leurs enfants feront la guerre aux rois :&lt;br class='autobr' /&gt; Nous ne sommes plus savoyards,&lt;br class='autobr' /&gt; L'on ne nous dira plus par l&#224; :&lt;br class='autobr' /&gt; Ramonez-ci, ramonez-l&#224;,&lt;br class='autobr' /&gt; La chemin&#233;e du haut en bas,&lt;br class='autobr' /&gt; De l'&#233;galit&#233; nous voil&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait mieux nier, par cette reprise d&#233;risoire de l'op&#233;rette parisienne, la sp&#233;cificit&#233; d'un peuple que la France, qui s'&#233;tait pourtant engag&#233;e &#224; ne pas annexer, proclame aussit&#244;t fran&#231;ais. Les autorit&#233;s, estimant le nouveau d&#233;partement du Mont Blanc habitu&#233; &#224; l'officialit&#233; fran&#231;aise par la Maison de Savoie, n'utiliseront pas l'idiome en vecteur de communication &#233;crite efficace. Son &#233;criture ne sert pas non plus l'opposition &#224; la R&#233;volution, dont le r&#233;f&#233;rent n'est pas une ind&#233;pendance savoyarde, mais le f&#233;d&#233;ralisme fran&#231;ais ou la monarchie de Turin. L'ali&#233;nation diglossique, mise en place par la Maison de Savoie et l'influence fran&#231;aise, emp&#234;che que la forte conscience d'unit&#233; linguistique savoyarde puisse servir l'un ou l'autre camp. Tout au plus une chanson contre les repr&#233;sentants en mission, transmise par la seule tradition orale (elle peut-&#234;tre du chanoine Gazel, qui chantera en dialecte le retour &#224; la monarchie) reprend les griefs habituels &#224; l'&#233;gard de Montagnards. Cependant qu'en Pi&#233;mont, le dialecte sert fortement la propagande des jacobins pi&#233;montais, puis une violente campagne anti-jacobine et anti-fran&#231;aise. Mais en Pi&#233;mont, l'engagement de la petite bourgeoisie, la d&#233;sesp&#233;rance des paysans pauvres, la duret&#233; des conflits politiques et sociaux, sont sans commune mesure avec les h&#233;sitations des communaut&#233;s rurales et des modestes bourgeoisies urbaines de Savoie. Le pi&#233;montais, du fait m&#234;me de sa reconnaissance relative en &#233;criture litt&#233;raire, de sa pratique g&#233;n&#233;rale et de son absence de statut officiel s'engouffre dans le vide cr&#233;&#233; par le nouveau statut du fran&#231;ais, devenu langue de la R&#233;volution et de l'occupant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la diff&#233;rence de la Savoie, Gen&#232;ve voit dans l'&#233;v&#233;nement appara&#238;tre le texte dialectal imprim&#233;. En janvier-f&#233;vrier 1793, les Egalisateurs, les Bonnets rouges, imposent l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e Nationale genevoise. &#192; cette occasion paraissent quatre pi&#232;ces en prose dialectale argumentative, Dialogue sur l'Assembl&#233;e Nationale, entre Jaquet &amp; Jean-Marc. L'auteur, anonyme, est Charles Pictet de Rochemont. N&#233; &#224; Gen&#232;ve en 1755 dans une famille de magistrats et de militaires, cet officier, notable et dirigeant politique contre-r&#233;volutionnaire, a men&#233; la r&#233;pression des mouvements populaires en 1791. Le jaillissement de l'idiome natal, m&#234;me en d&#233;l&#233;gation de parole paysanne, ne proc&#232;de certes pas ici de la cause du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dialecte est embl&#233;matique du bon sens populaire, de l'authenticit&#233; citoyenne des vrais genevois, et du refus de la francisation politique. L'assembl&#233;e est un mauvais syst&#232;me. Pourquoi imiter un grand pays comme la France ? &#034;Parla de G&#233;neve avou&#233; la France, y &#233; come c&#233; que vudre compara na darbouka a rna montagne&#034;. &#034;Badin, yne faut pas volai p&#233;ta pe hiau que le cu !&#034; Mais, puisque l'assembl&#233;e est mise en place, qui &#233;lire ? &#034; des gens que ne sayon pas tr&#232; juennes ; qu'ayon du ben sur les terres ; que sayon des bons Genevois des atres vais, que sayons hon&#234;tes gens, qu'ayon de l'esprit ce qui faut, &amp; que ne sayon pas tant parlantin.&#034; Des Aristocrates donc. Mais la diff&#233;rence est &#233;vidente entre &#034;lo Ristocrate&#034; de France, nobles vivant aux crochets de paysans, et de Gen&#232;ve : magistrats qui ne s'enrichissent pas et dont les fonctions ne sont pas r&#233;serv&#233;es &#224; quelques familles. Le dernier dialogue explique enfin que l'&#233;galit&#233; devant la loi ne saurait signifier l'&#233;galit&#233; des fortunes et des conditions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pictet sera d&#233;put&#233; dans la minorit&#233; conservatrice. Cette utilisation matoise, et nationale, de l'idiome n'avait pas &#233;t&#233; des plus efficaces. Son r&#244;le s'arr&#234;te avec la victoire des r&#233;volutionnaires. Retir&#233; sur ses terres, le physiocrate Pictet traverse la r&#233;volution (1793-1798), puis la p&#233;riode d'annexion &#224; la France (1798-1814), sans manifester d'int&#233;r&#234;t pour une intervention dialectale qui n'aurait plus eu de sens. Pictet, homme public, grand n&#233;gociateur du rattachement &#224; la Suisse en 1814-1815, n'aura plus qu'une expression publique fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
La langue du peuple, en rapide r&#233;gression d'usage, avait resurgi en 1793 le temps d'un combat d'arri&#232;re-garde, men&#233; par des notables. Elle r&#233;appara&#238;t en 1798, quand la France annexe Gen&#232;ve. La bourgeoisie compense la tristesse de perdre l'ind&#233;pendance politique par le soulagement social : le Directoire mate les &#034;terroristes&#034;. Une longue chanson dialectale imprim&#233;e renvoie aux Bonnets rouges, &#034;p&#233; torzo maudi&#034;, l'image effrayante du temps de l'Egalit&#233;. Le dialecte, qui surgit ainsi du d&#233;chirement civil, a dans la connivence locale fonction d'exorcisme, tant du p&#233;ril social que de la francisation,. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'Empire, l'enqu&#234;te de 1807, le temps est venu des restitutions patrimoniales apolitiques. On publie un Recueil des plus anciennes chansons de l'Escalade, auquel Sismondi, qui professe &#224; Gen&#232;ve un cours fameux de litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale, n'est pas &#233;tranger. L'idiome rapproche opportun&#233;ment les adversaires d'antan, savoyards et genevois, citoyens d&#233;sormais du m&#234;me d&#233;partement : &#034;L'une d'elles cependant, compos&#233;e par un Savoyard pour rappeler les deux Peuples &#224; la bienveillance l'un envers l'autre, n'est pas d&#233;pourvue de sensibilit&#233; et d'une certaine gr&#226;ce&#034;. Mais le patriotisme genevois, politiquement sans objet dor&#233;navant, est sublim&#233; dans une forte conscience identitaire m&#233;ridionale. L'idiome ne persiste que dans une appartenance reconnue &#224; la langue romane. &#034;Ce petit recueil peut devenir pr&#233;cieux non-seulement aux Genevois et &#224; ceux qui s'occupent de l'histoire de ce D&#233;partement, mais encore des Philologues, qui y verront combien la langue Romance a de rapports avec le Portugais, l'Espagnol, le Proven&#231;al et l'Italien, ou plut&#244;t combien sont rapproch&#233;s tous les dialectes de la langue unique du midi de l'Europe&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enqu&#234;te de 1807 dans le d&#233;partement du Mont Blanc permet &#224; de Verneilh, pr&#233;fet, de publier dans sa statistique (8) quatre traductions de la parabole en langage savoyard, :&#034;Le langage du peuple des campagnes est un patois doux et abondant en images ; il seroit difficile de lui assigner un genre, parce qu'il participe de diff&#233;rens idiomes&#034;, latin, italien, fran&#231;ais. Verneilh, qui fera &#233;cole, propose ainsi &#224; l'opinion fran&#231;aise la nouveaut&#233; d'un corpus dialectal important. Mais la Lettre savoyarde, (et genevoise donc), n'appara&#238;t pas dans cette restitution de parole populaire, sinon dans une chanson bacchique de Chamb&#233;ry&lt;br class='autobr' /&gt;
Dor&#233;navant, dans la mode venue de France apr&#232;s l8l5, Gen&#232;ve s'en tiendra &#224; la restitution r&#233;it&#233;r&#233;e de ce patrimoine de l'Escalade. Il est frappant de voir la Savoie, &#224; nouveau dirig&#233;e par la monarchie de Turin, &#233;chapper &#224; ce mouvement : la premi&#232;re entreprise restitutrice co&#239;ncidera avec l'annexion &#224; la France, apr&#232;s l860 (9). Alors que la Restauration avait &#233;t&#233; l'occasion d'une remise en circulation publique de l'&#233;criture savoyarde, dans des chansons de circonstance : C'est dans le &#034;langage ordinaire&#034; de ses compatriotes que le chanoine Gazel fait imprimer ses pi&#232;ces. Cependant qu'&#224; Paris, lui fait &#233;cho la &#034;jeunesse savoisienne&#034; des &#233;tudiants et de l'&#233;migration.&lt;br class='autobr' /&gt;
La publication dans l'idiome ne persiste pas apr&#232;s ces retrouvailles politiques : la monarchie savoyarde perp&#233;tue l'officialit&#233; fran&#231;aise, et italienne, d'avant 1792. L'idiome a pu signifier l'exultation d'un peuple na&#239;f, quels que soient les efforts de modestes lettr&#233;s, il ne saurait porter une Lettre. Seul &#034;l'exil&#034; tr&#232;s volontaire des savoyards de Paris nourrit, dans la nostalgie, une &#233;criture dialectale : le professeur de droit Ducros, (mort en 1824), diffuse par l'Oeuvre des Petits Savoyards une po&#233;sie moralisante. Elle ne sera imprim&#233;e, &#034;au pays&#034;, qu'en 1836.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cantonn&#233; dans les registres de la chanson populaire, l'idiome ne passe pas &#224; la publication. Il faudra la secousse de 1848 pour qu'il r&#233;apparaisse quelque peu, tant pour saluer la constitution que pour rejeter l'intrusion des Voraces r&#233;volutionnaires ! On ne s'&#233;tonnera pas qu'en 1860, au moment du rattachement &#224; la France, si quelques notables locaux disent en dialecte leur attachement &#224; la monarchie savoyarde, les choix des uns et des autres s'impriment en fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dor&#233;navant, des deux c&#244;t&#233;s de la fronti&#232;re, le patois ne sera plus que le support de tr&#232;s s&#233;rieuses entreprises bibliographiques, ou le clin d'&#339;il de connivence du billet journalistique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Francoproven&#231;al - Vaud et Fribourg</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article616</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article616</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:45:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Python</dc:subject>
		<dc:subject>Bridel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, (Sud-Est fran&#231;ais de langue d'Oc, zone francoproven&#231;ale de France et de Suisse), MARPOC, 1990 &lt;br class='autobr' /&gt;
Vaud et Fribourg. La production dialectale de la Suisse romande interpelle tant par son int&#233;r&#234;t intrins&#232;que que par l'&#233;clairage apport&#233; sur les comportements diglossiques : la dominance pr&#233;coce du fran&#231;ais ne rel&#232;ve pas ici de l'influence directe d'un &#233;tat-nation, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Patois suisses. Articles, conf&#233;rence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot768" rel="tag"&gt;Python&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot779" rel="tag"&gt;Bridel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une Mort qui n'en finit pas ? L'&#233;criture de l'idiome natal de la fin de l'Ancien R&#233;gime &#224; la naissance du F&#233;librige, (Sud-Est fran&#231;ais de langue d'Oc, zone francoproven&#231;ale de France et de Suisse), MARPOC, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vaud et Fribourg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production dialectale de la Suisse romande interpelle tant par son int&#233;r&#234;t intrins&#232;que que par l'&#233;clairage apport&#233; sur les comportements diglossiques : la dominance pr&#233;coce du fran&#231;ais ne rel&#232;ve pas ici de l'influence directe d'un &#233;tat-nation, mais d'une int&#233;gration aux normes sociolinguistiques re&#231;ues de France et de Savoie. La cons&#233;quence, au tournant du l8e et du l9e si&#232;cles, en est la r&#233;duction d'usage des patois, de la ville &#224; la seule campagne, de la bonne soci&#233;t&#233; au peuple, r&#233;duction qui contraste avec la bonne sant&#233; des dialectes dans la partie al&#233;manique de la Conf&#233;d&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au bouleversement r&#233;volutionnaire, le Pays de Vaud est contr&#244;l&#233; par Berne, germanophone. La partie &#034;romande&#034; du canton de Fribourg est dirig&#233;e par une oligarchie majoritairement germanophone. Ces deux zones, dont l'oralit&#233; est encore largement francoproven&#231;ale, et la culture &#233;crite fran&#231;aise, sont sans probl&#232;mes administr&#233;es en fran&#231;ais dans un cadre politique plus ou moins support&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La publication dans l'idiome natal, depuis toujours inconnue en Pays de Vaud comme &#224; Fribourg, appara&#238;t, peut-&#234;tre en sympt&#244;me de d&#233;faite in&#233;vitable, dans ces ann&#233;es l78O o&#249; la victoire du fran&#231;ais sur le francoproven&#231;al appara&#238;t in&#233;luctable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, la situation n'est pas identique dans les deux zones, voisines, et de parlers tr&#232;s proches. L'&#233;rudit pasteur Bridel &#233;crit du canton de Vaud, en l8l5 : &#034;La langue du gouvernement, de la chaire, du barreau et de l'instruction publique est la fran&#231;aise. On la parle assez purement, quoique avec un accent tra&#238;nant, &#224; Lausanne et dans nos autres villes, et tous les habitans de la campagne la comprennent et s'en servent au besoin. Mais dans leur vie domestique et entr'eux, les paysans employent le patois qu'ils appellent Roman ou Reman&#034; (1). Les &#233;lites urbaines comprennent sans difficult&#233;s, et peuvent encore pratiquer, &#224; l'occasion, un idiome de plus en plus francis&#233; auquel elles ne tiennent plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre &#224; Fribourg, &#034;le vieux patois s'est conserv&#233; sans alt&#233;ration&#034; (1). Malgr&#233; le statut de &#034;langue haute&#034; du fran&#231;ais, l'idiome est encore, de fait, langue nationale. L'Emulation de Fribourg peut &#233;crire en 1842 : &#034;L'usage de la langue fran&#231;aise, il faut le dire, ne date presque que d'hier dans le canton de Fribourg. Celui du patois &#233;tait g&#233;n&#233;ral, m&#234;me dans les premi&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, et on peut en reconna&#238;tre aujourd'hui les traces dans plus d'une bonne maison&#034; (2). Il faut attendre ici les premi&#232;res ann&#233;es du l9e si&#232;cle pour que l'enseignement public, naturel et mutuel du c&#233;l&#232;bre p&#232;re Girard consid&#232;re le fran&#231;ais comme langue maternelle des enfants de la bonne soci&#233;t&#233;. Mais Fribourg, sa montagne gruerienne et sa ruralit&#233; profonde sont d'autant plus raill&#233;s par les vaudois riverains du lac, que l'idiome s'y maintient ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Court de Gebelin, bien inform&#233; par sa connaissance du pays et des &#233;rudits suisses, n'omet pas le parler romand, d&#233;bris de l'antique langue romane dans son illustre panorama (3), les collectionneurs de textes dialectaux ne disposent pas de pi&#232;ces vaudoises et fribourgeoises imprim&#233;es pour enrichir leurs dossiers. Dans les deux zones, la naissance de la publication dialectale semble li&#233;e, par des m&#233;diations complexes, &#224; l'&#233;panouissement des Lumi&#232;res et au bouillonnement pr&#233;-r&#233;volutionnaire : elle se r&#233;v&#232;le subitement, comme ces fleurs quelques heures apparues dans le d&#233;sert, pour dispara&#238;tre presqu'aussit&#244;t. Non sans avoir parcouru, dans sa vie &#233;ph&#233;m&#232;re, les registres contradictoires lentement explor&#233;s, au fil des g&#233;n&#233;rations, dans les zones fran&#231;aises &#224; idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;Romandie&#034; est grosse alors, tout autant que la montagne germanophone, du pr&#233;romantisme europ&#233;en, dont ses enfants assurent l'&#233;panouissement en dehors du pays natal. Mais l'idiome ne participe pas, initialement, des &#233;mois helv&#233;tiques de la nouvelle sensibilit&#233;. C'est depuis Paris que Rousseau, en 1768, popularise l'air, mais non les paroles encore, de ce Ranz des Vaches gru&#233;rin (fribourgeois), embl&#233;matique de &#034;l'affection native&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans corseter la cr&#233;ation par un d&#233;terminisme rigide, on peut relier la manifestation publique d'une &#233;criture dialectale &#224; la conjoncture politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fribourg, pays excentr&#233; de plateaux et de montagnes, est cependant, par le commerce et le mercenariat, ouvert aux grands courant europ&#233;ens. D&#232;s l78l, les masses paysannes, encadr&#233;es par des bourgeois et des talents, se r&#233;voltent contre l'aristocratie patricienne. Elles sont provisoirement battues, mais le relais est pris, pour des ann&#233;es, par la bourgeoisie. Dans les papiers de l'avocat Castella, un des chefs de la r&#233;volte, on trouve une lettre en patois de l'avocat Python, qui traitait trop librement des affaires du temps, de Gen&#232;ve et de l'Am&#233;rique. Castella, qui a pu fuir sera &#224; Paris un des dirigeants du Club helv&#233;tique... Python est appr&#233;hend&#233;, priv&#233; de sa charge. Quel sens donner &#224; cet usage priv&#233; de l'&#233;criture dialectale, dont des indices montrent qu'elle &#233;tait r&#233;guli&#232;re, et r&#233;pandue ? D&#233;jouer la censure, sans doute, et se faire plaisir. Pour ces esprits &#233;clair&#233;s, ouverts au monde et de culture fran&#231;aise, l'&#233;criture de l'idiome, loin d'&#234;tre fermeture, est dans l'engagement progressiste, connivence patriotique, prise de distance avec un patriciat germanophone par ostentation sociale, sympathie pour le monde rural qui s'est mis en branle et qui soutiendra bient&#244;t les arm&#233;es de la R&#233;volution. Mais cette &#233;criture demeure priv&#233;e. C'est en fran&#231;ais mordant que Python participe &#224; la guerre des pamphlets qui suit la r&#233;volte.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1786 na&#238;t le premier Journal de Lausanne, de Lanteires, sur le mod&#232;le des feuilles litt&#233;raires fran&#231;aises : il s'interdit toute politique. Or, d&#232;s 1787, en distorsion avec le presse fran&#231;aise de province, mais en prise sur des journaux nationaux comme celui de Domergue, Lanteires ouvre le journal au dialecte. La Cliotsa, dialogue non traduit entre un paysan et un chaudronnier ambulant, proc&#232;de du registre et du ton dont Gros, par exemple, avait us&#233; &#224; Marseille. L'all&#232;gre sautillement de l'octosyllabe propose la m&#234;me ruralit&#233; rassurante, na&#239;vement matoise, ext&#233;rieure &#224; la culture et par l&#224; d&#233;lectable : &#034;Peut-&#234;tre la na&#239;vet&#233;, le ton de la plaisanterie rustique, qu'on remarque dans ce Dialogue, &amp; surtout la consid&#233;ration de ce qu'il contribue &#224; la vari&#233;t&#233; que nous nous sommes impos&#233;s, pourront nous excuser de l'avoir ins&#233;r&#233;, m&#234;me aupr&#232;s de nos lecteurs, qui ignorent l'Idiome dans lequel il est &#233;crit&#034; (4).&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s, un autre texte dialectal situe, sans explications, l'idiome dans un registre tout diff&#233;rent. Cette Traduction en Patois du Pays-de -Vaud, d'un morceau du Roman du Ministre de Wakefields (5) est une curieuse entreprise dont la prose occcitane n'a gu&#232;re alors d'&#233;quivalents. Les deux langues sont pos&#233;es c&#244;te &#224; c&#244;te, la prose na&#238;t de la r&#233;cup&#233;ration de parole dialectale, dans un registre &#224; la fois noble et familier. Ce texte, &#224; la diff&#233;rence du pr&#233;c&#233;dent, ne figurera pas au l9e si&#232;cle dans les restitutions patrimoniales, sans doute parce qu'il proposait un type d'&#233;criture peu conforme aux sch&#233;mas diglossiques : la Cliotsa maintenait l'idiome dans le domaine de la plaisanterie famili&#232;re, la traduction l'&#233;levait &#224; la Lettre la plus moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut rapprocher ces occurences dialectales de l'entreprise initi&#233;e alors par le pasteur Bridel, vaudois : ses Po&#233;sies helv&#233;tiennes, en fran&#231;ais, ses Etrennes helv&#233;tiennes, publi&#233;es r&#233;guli&#232;rement, relatant ses voyages &#224; travers la Suisse, veulent fonder une grande litt&#233;rature nationale (en fran&#231;ais), par l'imitation des grandes &#339;uvres contemporaines fran&#231;aises et europ&#233;ennes, et leur naturalisation dans une inspiration helv&#233;tique o&#249; m&#339;urs populaires et paysages nationaux tiennent une part majeure. Bridel s'int&#233;resse aussi aux patois, signifiants du peuple, et ce d'autant plus qu'il les sait menac&#233;s. Dialectophone &#034;naturel&#034;, il enqu&#234;te sur l'idiome aupr&#232;s de ses correspondants, dont certains lui r&#233;pondent en dialecte. L'exercice amus&#233;, et familier, rompt le Bon Ton de leurs lettres fran&#231;aises (6). &lt;br class='autobr' /&gt;
Bridel est ami de Lanteires, et il n'est sans doute pas &#233;tranger &#224; la publication des deux textes dialectaux : ces textes, en effet, situent bien l'&#233;cart&#232;lement de toute &#233;criture de l'idiome, entre l'irr&#233;ductibilit&#233; de la parole populaire, intraduisible, (la Cliotsa), et le comme si d'une prose majeure, (la traduction du Vicaire de Wakefield). La Cliotsa prend en compte, par la plaisanterie paysanne, le statut de l'idiome, compensatoire d'une culture toute fran&#231;aise. La traduction du roman, men&#233;e &#224; bout, donnerait dialectiquement au patois un statut &#034;national&#034; vaudois, ouvert aux autres cultures, donc &#224; l'universel, sans l'intercession du fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'av&#232;nement d'une litt&#233;rature &#034;nationale&#034; dans l'idiome viendra du canton de Fribourg. Elle s'autorise, dans la mode du temps, de l'imitation de l'antique (un professeur de Lausanne, Clerc, avait tent&#233; de traduire Ovide au d&#233;but du si&#232;cle) : En 1788, Python, qui a pu recouvrer sa charge d'avocat, commence &#224; publier en fascicules ses Bucolicos, traduites de Virgile sans faux repliement pastoral, sans fabrication d'un pittoresque r&#233;ducteur : la pr&#233;face souligne l'absolue nouveaut&#233; d'une &#233;criture de l'idiome natal, et son affirmation nationalitaire dans le face &#224; face avec le latin, page contre page, qui exclut formellement le fran&#231;ais. Mais, &#224; l'&#233;vidence, les normes de la po&#233;sie fran&#231;aise du temps sous-tendent cette premi&#232;re traduction dans l'idiome). Le dialecte, qu'il se garde bien d'appeler patois, comme Bridel, est m&#233;diation entre la communaut&#233; r&#233;elle, (l'ethnie francoproven&#231;ale de Fribourg) et l'universel (7).&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu apr&#232;s la parution des premiers fascicules de Python, Bridel est mis en contact par Lanteires avec un collaborateur du Journal de Lausanne, le jeune notaire gru&#233;rin Pettolaz. Pettolaz lui aussi est un progressiste, il sera un des dirigeants de la Suisse unitaire napol&#233;onienne et contribuera au d&#233;mant&#232;lement de la f&#233;odalit&#233;. Bridel est fascin&#233; par la montagne du pays de Gruy&#232;re, dans laquelle il pense, comme beaucoup, retrouver une v&#233;rit&#233; oubli&#233;e par la &#034;civilisation&#034;. Il demande donc &#224; Pettolaz des renseignements sur le parler local, des chansons populaires, il tient &#224; retrouver le texte de ce qu'il n'appelle pas encore le Ranz des Vaches. Pettolaz, dont l'enqu&#234;te patoise n'est pas vraiment le souci majeur, pr&#233;f&#232;re disserter des &#233;v&#233;nements : la correspondance commence en 1789 ! Il communique &#224; Bridel quelques chansons populaires, sympathiquement triviales, et le po&#232;me de Python, qu'il juge bien trop &#034;litt&#233;raire&#034; pour un texte dans l'idiome. Bridel est d&#233;&#231;u : il attendait du peuple de la montagne une po&#233;sie grave et majestueuse, non des couplets d&#233;lur&#233;s. Python lui appara&#238;t &#233;galement trop proche du fran&#231;ais litt&#233;raire, trop &#233;loign&#233; de la v&#233;rit&#233; du parler populaire. Il lui conseille, &#034;au lieu de traduire, composer des pi&#232;ces originales soit en vers, soit en prose ; quelque idile dans le go&#251;t de Gessner ; quelque dialogue entre des paysans ; y encadrer quelque anecdote de votre pays ; en faire conna&#238;tre les m&#339;urs et l'esprit&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Journal de Lausanne publie en l79O un extrait de Python (8), qui arrive &#224; sa cinqui&#232;me &#233;glogue, et une romance anonyme, dont Bridel assurera plus tard la paternit&#233; : traduction du c&#233;l&#232;bre Il pleut berg&#232;re de Fabre d'Eglantine, elle transpose les gr&#226;ces de Trianon dans la r&#233;alit&#233; suisse (9). C'est le registre de Florian : dans la dominance culturelle absolue du fran&#231;ais, et par elle, se r&#233;v&#232;le la possibilit&#233; d'une &#233;criture mineure de l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Python, qui &#233;crit chaque semaine une lettre patoise &#224; Pettolaz, semble pouvoir terminer son entreprise de traduction, et se pr&#233;pare &#224; publier une grammaire de l'idiome, quand les &#233;v&#233;nements l'interrompent. Paradoxalement, la R&#233;volution &#233;teint l'&#233;criture dialectale de ces progressistes qui la soutiennent. Alors que la paysannerie gruerienne soutient la r&#233;volte anti-f&#233;odale et l'occupation fran&#231;aise, la fonction embl&#233;matique &#034;nationale&#034; de l'idiome ne semble plus pertinente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au pays de Vaud, en l8O2, la paysannerie se soul&#232;ve pour effacer les derni&#232;res traces de la f&#233;odalit&#233; : les r&#233;volt&#233;s sont d&#233;sign&#233;s par l'appellation patoise de Bourla-Papey, mais le dialecte n'appara&#238;t &#224; la publication que dans une pi&#232;ce anti-r&#233;volutionnaire, La Pinte o&#249; l'on va. Il symbolise ici le bon sens des paysans vaudois face &#224; la d&#233;magogie des partageux. Il va de soi que cet utilisateur int&#233;ress&#233; de la parole dialectale est un propri&#233;taire noble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la remise en ordre napol&#233;onienne, dans la Suisse qui devient f&#233;d&#233;rale, le pays de Vaud devient Canton : la place de l'idiome ne saurait qu'y &#234;tre embl&#233;matique. Au fran&#231;ais officiel s'ajoute, en 1803, l'hymne patois qui salue cette naissance. Mais, dans son Conservateur Suisse, tout en posant l'idiome en bien commun patrimonial, Bridel peut &#233;crire : &#034;Comme (heureusement pour les progr&#232;s de l'instruction publique dans nos campagnes) le patois s'abolit peu &#224; peu parmi nous, et que le temps approche o&#249; il ne se parlera plus, j'ai entrepris, avant qu'il f&#251;t oubli&#233;, un Glossaire ou Vocabulaire patois&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fabrication patrimoniale est d&#233;sormais &#224; l'&#339;uvre. Les premi&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle connaissent une mise en valeur du caract&#232;re &#034;national&#034; vaudois, ou fribourgeois, par des pi&#232;ces bonhommes, famili&#232;res, connues depuis longtemps par les manuscrits : ainsi du conte du Craizu. Bridel donne dans son Conservateur Suisse quelques pi&#232;ces patoises en prose : cette reprise de parole paysanne ne peut gu&#232;re initier un essor de l'&#233;criture dialectale. Plus significative encore est la fabrication de l'embl&#233;matique Ranz des Vaches, dans le ricochet Suisse-Paris-Suisse : alors que la paysannerie de la montagne de Gruy&#232;re en tient r&#233;solument pour la chanson fran&#231;aise ou la coraula dialectale d&#233;lur&#233;e, Bridel pose ce texte (r&#233;cent) en symbole ancestral de l'&#226;me suisse. Il est frappant de voir le Ranz appara&#238;tre dans les textes festifs des vignerons des bords du Leman, d&#232;s l8l9.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le patois, dont la disparition est consid&#233;r&#233;e comme in&#233;vitable, entre alors dans l'&#232;re de la nostalgie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intelligentsia romande n'est pas insensible aux publications de Raynouard et aux interventions de Nodier. Olivier propose en 1837, dans son grand ouvrage sur le canton de Vaud (10), la r&#233;flexion la plus aboutie et la plus lucide en mati&#232;re dialectale. Tr&#232;s conscient de la communaut&#233; de langue des zones francoproven&#231;ales, et de leur parent&#233; avec la langue d'oc, ce bon lecteur de Raynouard donne la premi&#232;re description v&#233;ritable de l'idiome, et le situe lucidement dans son destin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Or o&#249; en est de son d&#233;veloppement historique cette langue romande [...] &#192; quel &#226;ge en est-elle de sa vie ? vous savez qu'elle va mourir. Et cependant, en soi, elle est tr&#232;s-jeune. Quoiqu'elle ait vu de longs jours, elle est tout au commencement de la vie.[...] Vous sentez dans ce patois un mode d'&#234;tre non accompli toujours rest&#233; &#224; son commencement.[...] Vous le voyez, c'est une masse bouillonnante comme au premier jour et qui ne s'&#233;teindra que bouillonnante encore ; une vie o&#249; la corruption du d&#233;clin se m&#234;le &#224; celle de la barbarie primitive, et pr&#233;cis&#233;ment, en cela, c'est un patois et non une langue litt&#233;raire. S'il en &#233;tait diff&#233;remment, au lieu d'un patois, au lieu de la langue de nos p&#232;res, amoncellement confus de tout ce qui constitue la vie, ce serait un corps d&#233;velopp&#233;, ayant sa compl&#232;te existence ; ce serait la langue des fils&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'acceptation de la dominance du fran&#231;ais s'accompagne donc d'une pi&#233;t&#233; filiale pour la langue des p&#232;res. Les fils ne peuvent qu'opter pour le fran&#231;ais, langue de la civilisation. Quelques-uns pourtant liront bien Olivier, qui ajoute comme en incidente :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En lui, toute chaleur et toute vie ne sont pas &#233;teintes : il serait facile de les ranimer, de les entretenir, et d'en tirer une derni&#232;re flamme &#233;pur&#233;e. Notre Romand, j'en suis convaincu, est susceptible d'&#234;tre cultiv&#233; avec succ&#232;s. Il poss&#232;de encore de grandes richesses, il a des mots et des tournures d'une puissante &#233;nergie, la na&#239;vet&#233; des vieux langages, de l'aisance dans ce qui lui est propre, de la facilit&#233; dans ses emprunts, et dans les sons, de l'harmonie et de la couleur. La grossi&#232;ret&#233; ou la vulgarit&#233; qui peuvent le d&#233;parer encore tomberont d'elles-m&#234;mes, &#224; mesure que sa popularit&#233; d&#233;cro&#238;tra ; comme aussi ce qui lui manque, il l'acquerrait par un maniement plus soign&#233;, et par la r&#233;union de toutes ses forces &#233;gar&#233;es et sans lien. Fondre en une langue litt&#233;raire et non plus seulement usuelle les dialectes particuliers, donner quelque r&#233;gularit&#233; &#224; cet ensemble qui au lieu de faire perdre &#224; notre Romand de sa vari&#233;t&#233; le ferait davantage saillir ; le consacrer, ainsi refait et accompli, &#224; exprimer certains faits de notre histoire ou de notre vie qui auraient besoin de lui pour rev&#234;tir avec leur couleur v&#233;ritable leur v&#233;ritable esprit ; se garder par l&#224; un petit bien &#224; soi, &#224; c&#244;t&#233; de celui qu'il faut partager avec tout le monde, ne serait une entreprise ni vaine ni folle &#224; tenter&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Olivier d&#233;finit ainsi, bien plus nettement que ne le font alors les auteurs de langue d'oc, la possibilit&#233; et les moyens d'une Renaissance, qui pour la Suisse serait en fait une naissance. Mais il ne passe pas &#224; l'&#233;criture. Grand collectionneur de chansons dialectales, il pr&#233;pare la publication d'un recueil patrimonial.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1841, le sursaut cr&#233;atif du jeune po&#232;te fribourgeois Borlet montre qu'Olivier a &#233;t&#233; entendu, et va occasionner un d&#233;bat public sur le statut et les possibilit&#233;s cr&#233;atrices de l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Emulation de Fribourg na&#238;t en 1841, elle veut soutenir la marche du canton vers le progr&#232;s mat&#233;riel et moral, et souhaite donner &#224; ses habitants confiance dans leurs possibilit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'Emulation ayant pour but aussi la Culture intellectuelle, consacrera quelques-unes de ses colonnes &#224; l'Histoire et &#224; la Litt&#233;rature. Dans cette partie encore, elle cherchera &#224; &#234;tre nationale, le cachet de la nationalit&#233; pouvant seul lui faire trouver gr&#226;ce aux yeux de l'&#233;tranger.[...]Elle vouera quelque &#233;tude &#224; cette belle langue romande, riche de mille nuances inconnues &#224; la langue classique, dont nous poss&#233;dons un monument si curieux dans la traduction des Bucoliques Virgiliennes, par l'avocat Python. Tout ouvrage fribourgeois ou suisse, qui rentrera dans le cadre de l'Emulation, aura droit &#224; une recension bienveillante&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La prise en compte de l'idiome de ce canton encore majoritairement dialectophone a donc fonction d'affirmation symbolique par rapport &#224; la francitude dont on se r&#233;clame. L'idiome marque une diff&#233;rence &#034;nationale&#034; indispensable pour &#234;tre pris en compte par le foyer civilisateur fran&#231;ais, que l'on veut int&#233;grer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier texte dialectal, aussit&#244;t publi&#233;, a &#233;t&#233; &#233;crit sur les bancs du coll&#232;ge par Borlet, maintenant &#233;tudiant de 23 ans. Il pr&#233;sente ainsi son intervention : &#034;Litt&#233;rature romande. Les Tz&#233;vreis, conto gru&#233;rin :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce premier essai dans l'idiome maternel, j'ai cru devoir choisir un sujet dans la vie pastorale, afin de me conformer autant que possible &#224; son caract&#232;re essentiellement champ&#234;tre&#034;. Suivent les habituelles consid&#233;rations inscrites dans les comportements diglossiques : &#034;Le patois gru&#233;rin n'est pas comme bien d'autres qui, d&#233;riv&#233;s par corruption, conservent toujours une physionomie b&#226;tarde, et deviennent les satellites forc&#233;s de leur langue-m&#232;re : mais il a son g&#233;nie particulier, ses radicaux, ses formes &#224; lui propres.[...] Cette langue si douce et si gracieuse dans la bouche des naturels Gru&#233;rins devient dure et sauvage dans celle d'un lecteur fran&#231;ais et m&#234;me d'un Fribourgeois qui n'en a pas l'usage [...] elle a des sons qui ne trouvent point de signes correspondants dans les alphabets vulgaires&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le long po&#232;me gru&#233;rin, sur un th&#232;me qui court de Virgile &#224; Mistral, montre l'affrontement de deux bergers, par le combat de leurs deux boucs meneurs de troupeau, pour les beaux yeux et la main d'une berg&#232;re. Borlet vivifie le propos, qui aurait pu &#234;tre scolaire, d'une fra&#238;cheur juv&#233;nile p&#233;n&#233;tr&#233;e, comme chez Python, du sentiment presque religieux de la R&#233;v&#233;lation : &#233;crire l'idiome est le faire basculer (au risque pour l'auteur d'y perdre son statut de lettr&#233;) dans un univers o&#249; il n'a pas sa place, de lui donner, par l&#224; m&#234;me, le r&#244;le de l'Apparition. Le murmure quotidien, quelque peu m&#233;pris&#233;, se m&#233;tamorphose dans l'&#233;criture en entit&#233; fascinante et d&#233;concertante.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le n&#176; suivant, H.C (Hubert Charles) remet les choses en place :le notable conservateur tance son cadet et coupe net l'entreprise :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je viens de lire dans le dernier n&#176; de l'Emulation une bucolique ou &#233;glogue en vers patois du dialecte gru&#233;rin. Je dis bucolique ou &#233;glogue, suivant qu'on se reporte par la pens&#233;e &#224; Th&#233;ocrite ou &#224; Virgile, dont elle para&#238;t &#234;tre une r&#233;miniscence. Cette pi&#232;ce n'est assur&#233;ment pas d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t, ni d'une certaine douceur de langage pour le petit nombre de ceux qui peuvent en juger&#034;. H.C dit ne pas conna&#238;tre le jeune auteur. &#034;Mais, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est jeune, on serait f&#226;ch&#233; qu'il f&#238;t fausse route ; et comme il annonce et semble provoquer de la part de ses concitoyens d'autres productions dans le m&#234;me idiome, il n'est pas inutile d'examiner s'il convient d'encourager de pareilles dispositions&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'usage de la langue fran&#231;aise, il faut le dire, ne date presque que d'hier dans le canton de Fribourg. Celui du patois &#233;tait g&#233;n&#233;ral, m&#234;me dans les premi&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, et l'on peut en reconna&#238;tre aujourd'hui des traces dans plus d'une bonne maison. Cette mani&#232;re de vivre avait bien son bon c&#244;t&#233; sans doute, comme toute chose en ce bas monde. Elle supposait de la bonhomie et des habitudes patriarcales [...] Aussi pensait-on peu aux lettres et aux sciences ; et le canton ne s'en est malheureusement que trop ressenti.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avocat Python avait cherch&#233;, &#224; la fin du si&#232;cle dernier, &#224; r&#233;gulariser, &#224; l&#233;gitimer, pour ainsi dire, cet &#233;tat de choses par sa grammaire et sa traduction de la premi&#232;re &#233;glogue de Virgile en vers patois. C'est un tour de force auquel on sourit d'abord, mais dont on ne tarde pas &#224; reconna&#238;tre l'inutilit&#233; et m&#234;me la futilit&#233;. En effet, il ne suffit pas, pour cr&#233;er une langue, que quelques individus se disent :&#034;cr&#233;ons une langue nouvelle&#034;. Elle ne peut &#234;tre que le produit du temps et d'une grande agglom&#233;ration d'hommes. Et puis, quand on a &#224; c&#244;t&#233; de soi un langage tout form&#233; depuis des si&#232;cles et r&#233;pandu dans une grande partie de l'univers, ce serait folie de chercher &#224; polir, &#224; vivifier un idiome qui, quoiqu'on fasse, ne sera jamais qu'un baragouin inintelligible pour quiconque ne l'a jamais parl&#233; d&#232;s sa jeunesse&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
H.C conc&#232;de qu'il est int&#233;ressant d'&#233;tudier l'idiome, dans ses &#233;tymologies et ses rapports avec les langues voisines, mais sans plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On peut remarquer &#224; cette occasion que le patois subit dans ce moment une m&#233;tamorphose et qu'il se francise de plus en plus. Ce n'est pas qu'il y gagne, au contraire ; mais c'est l'effet de relations plus fr&#233;quentes avec l'Etranger comme aussi d'une plus grande connaissance et habitude des livres. Pour qui veut prendre la peine de l'observer, il y a une diff&#233;rence tr&#232;s sensible entre le langage du bon vieux temps, repr&#233;sent&#233; par les personnes &#226;g&#233;es ou les habitants des hameaux recul&#233;s et celui de la g&#233;n&#233;ration nouvelle. C'est chose regrettable sans doute, quoique naturelle ; car nous n'avons pas la pr&#233;tention de r&#233;former le langage du peuple, respectable par son antiquit&#233; et sa nationalit&#233;. Nos observations ne s'adressent qu'aux amis de la litt&#233;rature. Nous n'entendons pas m&#234;me d&#233;sapprouver qu'on fasse de temps en temps des chansons patoises qui peuvent avoir leur m&#233;rite de circonstance ; mis nous croyons devoir pr&#233;munir les jeunes gens, dans leur propre int&#233;r&#234;t, contre un go&#251;t et une tendance qui ne manqueraient pas de leur faire tort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisqu'aujourd'hui nous parlons la langue fran&#231;aise, c'est la langue fran&#231;aise que nous devons &#233;tudier et celle dans laquelle il faut &#233;crire, sous peine de n'&#234;tre compris de personne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;j&#224; assez de peine, nous autres Suisses, de nous d&#233;barrasser de tous nos idiotismes, de nos germanismes, sans ajouter encore &#224; la confusion par un m&#233;lange de patois.[...]&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous les peuples ont leur patois ; parce que partout il y a malheureusement une grande masse de population rude et inculte. Elles sont rares les contr&#233;es qui, comme la Toscane, sont peupl&#233;es d'&#234;tres si bien organis&#233;s, que le simple paysan y parle aussi correctement qu'on cause dans les salons.[...] Combien n'y a t il pas, en effet, de dialectes particuliers en Italie le pi&#233;montais, le lombard, le bolonais, le v&#233;nitien, le napolitain, etc ; tous cent fois plus doux, plus souples, plus riches et plus maniables que le n&#244;tre ; mais ils ont tous d&#251; baisser pavillon devant celui de la Toscane, qui a &#233;t&#233; reconnu pour le plus poli, le plus beau, et qui d&#232;s lors est devenu exclusivement la langue des lettr&#233;s, des savants et de la bonne soci&#233;t&#233;. Le proven&#231;al, apr&#232;s avoir r&#233;gn&#233; sur une partie de l'Europe, a subi le m&#234;me sort, quoique bien sup&#233;rieur dans le fond &#224; la langue fran&#231;aise d'aujourd'hui, car il &#233;tait de bon ton de l'apprendre m&#234;me en Italie. Vers l'&#233;poque de la renaissance, il est tomb&#233; tout &#224; fait, au point de n'&#234;tre plus que l'idiome du peuple. La langue d'o&#239;l a vaincu celle d'oc, parce qu'elle &#233;tait devenue celle de la partie la plus &#233;clair&#233;e, la plus polie et la plus influente de la nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si donc il m'&#233;tait permis de donner un conseil aux jeunes gens qui se sentent une vocation pour le culte des muses, le plus beau, le plus s&#233;duisant de tous, je leur dirais : laissez-l&#224; votre patois, d&#233;barbouillez-vous en de votre mieux, lisez et relise les classiques anciens et modernes. Nocturan versate manu, versate diurna&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jeune professeur Alexandre Daguet r&#233;pond dans le n&#176; suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous les Fribourgeois, les Suisses romans, nous avons deux langues. Le Fran&#231;ais d'abord, notre langue litt&#233;raire, langue de Racine, de Chateaubriand, de quarante millions d'hommes, que dis-je, de la civilisation, de l'humanit&#233; toue enti&#232;re. [...] Mais &#224; c&#244;t&#233; de la langue classique, nous en avons encore une autre, langue vulgaire, pauvre petite langue, bien humble, se cachant dans les petits coins, aimant la campagne, mais vieil et doux idiome, singuli&#232;rement na&#239;f, pittoresque, &#233;nergique, voix des vall&#233;es et des monts alpestres, bruit de cascades et de torrents, son de clochettes de troupeaux, idiome pastoral comme on n'en vit gu&#232;re, fait au foyer et bon enfant comme on n'en verra jamais, idiome m&#233;lodieux qui nous endormait au berceau, nous fit sauter de joie sur les genoux de nos grands-m&#232;res, et idiome si m&#233;lancolique, si embaum&#233; de l'air de la patrie qu'il donne la mort &#224; l'armailli sur la rive &#233;trang&#232;re. Oui, le Ranz des Vaches est en patois ! Et vous voulez abolir le patois roman ?&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Daguet pose Borlet en disciple de Python, dont il vante les vers, &#034;ces beaux vers o&#249; la tristesse contenue et br&#251;lante &#233;clate comme une harmonie enflamm&#233;e&#034;, ce vers d'une attitude h&#233;ro&#239;que, soleillant, coul&#233; en or, et que l'on croirait tir&#233; de l'espagnol&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme Walter Scot, Goldoni ou Python, Borlet, parce qu'il est &#034;national&#034;, r&#233;concilie le peuple et la litt&#233;rature : &#034;Inspir&#233; par l'amour du lieu natal et de l'idiome maternel, il a compos&#233; son conte des Z&#233;vreis, tout riant de gr&#226;ce, tout parfum&#233; de l'ambroisie des montagnes, fier et tendre &#224; la fois, aurore et cr&#233;puscule [...] Mais c'est que, dans tous les pays, la po&#233;sie du sol, po&#233;sie illettr&#233;e et vulgaire si vous voulez, fl&#233;trie m&#234;me par les savants d&#233;daigneux du nom de baragouin, a toujours eu un attrait incomparable pour les &#226;mes &#233;prises du naturel na&#239;f et du national en litt&#233;rature&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
H.Charles r&#233;pond aussit&#244;t : &#034;Point d'ostracisme pour personne, et &#224; plus forte raison pas pour le patois, le plus ancien habitant du pays. La question est uniquement de savoir si on doit &#233;crire dans cet idiome, s'il faut encourager les jeunes gens qui annoncent des dispositions &#224; s'en servir&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse est &#233;videmment non : certes, le patois, comme le vieux fran&#231;ais, est concret, savoureux, pittoresque. Moli&#232;re n'a pas d&#233;daign&#233; de le placer en bouche de certains personnages, par souci de vraisemblance et par plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais ce ne sont pas l&#224; les morceaux que l'on admire, ceux auxquels on revient toujours avec plaisir. Ce privil&#232;ge n'est r&#233;serv&#233; qu'aux passages qui r&#233;unissent la beaut&#233; des sentiments &#224; la puret&#233; du style.[...] Les patois dont se servent Manzoni, Walter Scott sont des idiomes qui ont &#233;t&#233; longtemps ceux d'une nation tout enti&#232;re, qui se sont &#233;crits, qui peuvent s'&#233;crire encore, qui ne diff&#232;rent du langage ordinaire que par un degr&#233; inf&#233;rieur de perfection. Mais qui a jamais &#233;crit en patois chez nous jusqu'&#224; l'avocat Python ? O&#249; sont les r&#232;gles de l'orthographe, de la grammaire, de la prononciation ? Y-a-t-il parfaite identit&#233; entre l'idiome des Broyards, des Quetzo et des Gruy&#233;rins ? Il y a plus, le Gruy&#233;rin de Bulle est-il le m&#234;me que celui de Montbovon ? Chacun devra-t-il &#233;crire dans son dialecte, ou bien fera-t-on un langage &#233;clectique de tous ces baragouins ? En r&#233;sum&#233;, je suis sensible, autant que qui que ce soit, aux gr&#226;ces de notre vieille langue romane. Je l'aime dans les Koraules , dans les chansons, et surtout dans le ranz-des-vaches. C'est qu'on y trouve les vrais sentiments du peuple, tant&#244;t de la gaiet&#233;, tant&#244;t de la malice ou une douce m&#233;lancolie ; c'est que ces chants sont l'&#339;uvre des gens d'esprit d'alors, gens qui ne connaissaient aucune autre esp&#232;ce d'idiome, et qui ont donn&#233; &#224; celui de leur &#233;poque toute la perfection dont il leur paraissait susceptible. On fait bien encore quelquefois des chansons patoises. Il ne manque pas de malins, toujours pr&#234;ts &#224; s'&#233;gayer, lorsqu'un &#233;v&#233;nement tragi-comique y donne lieu. Mais quelle diff&#233;rence entre ces accents et ceux du temps pass&#233; ! Ce n'est plus ni la m&#234;me langue, ni la m&#234;me finesse, ni la m&#234;me sensibilit&#233;. C'est du commun, du tout commun. Pourquoi ? parce que les productions de l'ancien temps sortaient de la t&#234;te des hommes d'&#233;lite de l'&#233;poque, tandis que celles d'aujourd'hui sont l'&#339;uvre du premier venu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, voulez-vous que les hommes d'&#233;lite d'&#224; pr&#233;sent ou de l'avenir se servent d'un instrument ingrat, informe pour n'&#234;tre compris de personne, au lieu de r&#233;veiller des &#233;chos qui peuvent &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;s au loin ? Voulez-vous qu'ils restent ignor&#233;s, au lieu de faire honneur &#224; leur pays ? [...] Ce serait assur&#233;ment le servir bien mal, que de le rendre captif dans les entraves d'un jargon inintelligible. Nous avons deux langues, comme vous le dites fort bien, la romane et la fran&#231;aise. C'est un inconv&#233;nient, un obstacle &#224; nos progr&#232;s. Le fran&#231;ais nuit au roman, [...] et le roman nuit encore plus au fran&#231;ais. Exceller dans l'un et l'autre, n'est pas possible. Il ne s'agit que de savoir auquel des deux on doit donner la pr&#233;f&#233;rence. Le choix &#224; mon avis n'est pas douteux entre la langue de la civilisation et l'idiome incorrect d'une petite peuplade cach&#233;e au fond des Alpes&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut qu'&#234;tre fascin&#233; par l'assez stup&#233;fiante condensation de toutes les ali&#233;nations diglossiques dans l'argumentation du notable fribourgeois : la puret&#233; de l'exp&#233;rience suisse cristallise, en quelques semaines, ce que plusieurs g&#233;n&#233;rations de m&#233;ridionaux avaient plus ou moins clairement formalis&#233;. Borlet se taira, un temps, et Charles apparemment triomphe. L'interdiction d'&#233;criture dialectale, qui ne d&#233;pend pas ici d'une quelconque r&#233;pression jacobine, renvoie l'idiome &#224; la pratique populaire et &#224; la seule nostalgie patrimoniale :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Je n'ai eu dans cet article d'autre but que celui de me rendre compte &#224; moi-m&#234;me du plaisir qu'on trouve dans les productions du bon vieux temps, et de faire voir l'impossibilit&#233; de raviver, de rajeunir un langage, int&#233;ressant sans doute, comme reflet du pass&#233;, mais &#233;vinc&#233;, totalement &#233;clips&#233; aujourd'hui par celui qui a pris sa place&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1842,Bornet posait la salvation de la langue par la Lettre, dans son ad&#233;quation &#224; la nation pastorale gru&#233;rine, (comment ne pas penser &#224; la pi&#233;t&#233; filiale et aux reprises virgiliennes du jeune Mistral, autour de 1850 ? ). Mais cette m&#234;me ann&#233;e 1842, Borlet est d&#233;j&#224; fossilis&#233; en patrimoine, il figure, sans le moindre espoir renaissantiste, dans un recueil de pi&#232;ces patoises publi&#233; &#224; Lausanne, et que l'&#233;diteur pr&#233;sente ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La langue que parlaient nos p&#232;res dispara&#238;t peu &#224; peu ; bient&#244;t on ne trouvera personne qui en fasse usage, tant on prend soin de la bannir du foyer domestique. Il n'y a plus que quelques localit&#233;s dans les cantons de Fribourg et de Vaud, o&#249; l'on conserve l'usage du patois ; l&#224; on n'a pas, comme dans bien d'autres endroits, honte de parler le langage de nos a&#239;eux : est-ce un mal ? ou est-ce un bien ? Nous croyons qu'il en est comme de bien d'autres choses, qu'il y a du bien d'un c&#244;t&#233; et du mal de l'autre. Les enfans qui ne connaissent que le patois sont hors d'&#233;tat de comprendre les livres qui servent &#224; leur instruction. Ceux qui ne savent parler et lire que le fran&#231;ais se croient des savants, et assez souvent ils se permettent de m&#233;priser leurs parents lorsque eux-ci ne peuvent s'exprimer qu'en patois. Le patois est un langage &#233;nergique, qui a des expressions dont on ne trouve aucun mot correspondant en fran&#231;ais. Suivant les localit&#233;s, le patois est plus ou moins rude dans sa prononciation, plus ou moins agr&#233;able : il en est de m&#234;me du fran&#231;ais, de l'allemand et de presque toutes les langues. Comme il n'existe ni grammaire, ni dictionnaire pour le patois, il r&#233;sulte que chacun l'&#233;crit &#224; sa mani&#232;re&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrage, dont la mati&#232;re provient pour l'essentiel des collections du doyen Bridel, ne se veut que monument aux &#034;antiquit&#233;s nationales&#034;. Cette somme de textes, pr&#233;sent&#233;e sans souci chronologique ni &#233;clairage sur les auteurs, s'accompagne par contre, &#224; la diff&#233;rence des publications pr&#233;c&#233;dentes, y compris celle de l'Emulation, d'une traduction et d'un lexique : signe que le dialecte n'est pas aussi familier &#224; nombre de lecteurs ? Cet inventaire d&#233;sordonn&#233; et bon enfant cl&#244;t provisoirement le d&#233;bat sur la possibilit&#233; d'une &#233;criture dans l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les plus lucides de la g&#233;n&#233;ration qui monte comprendront que le seul avenir possible pour l'idiome aurait &#233;t&#233; un usage &#034;national&#034;, celui que souhaitait Python, celui que mettent alors en place les romanches. La salvation litt&#233;raire, uniquement litt&#233;raire, m&#234;me dans les structures politiques d&#233;centralis&#233;es de la Conf&#233;d&#233;ration, ne pouvait rien contre les choix de langue de la soci&#233;t&#233; civile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dialecte meurt de ne porter aucun enjeu politique, social, culturel, et non d'&#234;tre &#233;touff&#233; par un pouvoir central. Il meurt de ne pas &#234;tre porteur d'aspiration nationalitaire. La r&#233;f&#233;rence &#224; Jasmin, puis &#224; Mistral, sera constante dans les tentatives d'&#233;criture dialectale &#224; venir. Ce n'est pas seulement faute de g&#233;nie qu'elles n'aboutiront pas : le g&#233;nie mistralien, pour &#234;tre reconnu, devra faire le d&#233;tour par la capitale. Comment ce d&#233;tour aurait-il &#233;t&#233; possible dans la Conf&#233;d&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Journal de Gen&#232;ve, 16 et 17 oct.1826, Gardu Lefort, &#034;Notice sur les patois du canton de Fribourg&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les publications &#8220;patoises&#8221; dans les r&#233;volutions de Gen&#232;ve : une originalit&#233; historique au temps des Lumi&#232;res.</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article496</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article496</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:45:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Rousseau</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Pictet de Rochemont</dc:subject>
		<dc:subject>Cornuaud</dc:subject>
		<dc:subject>Chenevi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Gen&#232;ve</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; d'Histoire et d'Arch&#233;ologie de Gen&#232;ve, 1992, pp.33-52. Texte de l'intervention donn&#233;e &#224; la Soci&#233;t&#233; d'Histoire et d'Arch&#233;ologie de Gen&#232;ve le 10 d&#233;cembre 1992. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mesdames, Messieurs, &lt;br class='autobr' /&gt;
Votre aimable invitation, qui me donne le plaisir de rencontrer tant de connaisseurs de l'histoire genevoise, me fournit l'occasion de r&#233;pondre &#224; une question souvent pos&#233;e : pourquoi un chercheur fran&#231;ais, tourn&#233; vers d'autres horizons, s'int&#233;resse-t-il &#224; l'&#233;criture &#8220;patoise&#8221; dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique41" rel="directory"&gt;Patois suisses. Articles, conf&#233;rence&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot261" rel="tag"&gt;Rousseau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot554" rel="tag"&gt;Pictet de Rochemont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;Cornuaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot619" rel="tag"&gt;Chenevi&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot778" rel="tag"&gt;Gen&#232;ve&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bulletin de la Soci&#233;t&#233; d'Histoire et d'Arch&#233;ologie de Gen&#232;ve&lt;/i&gt;, 1992, pp.33-52.&lt;br class='autobr' /&gt;
Texte de l'intervention donn&#233;e &#224; la Soci&#233;t&#233; d'Histoire et d'Arch&#233;ologie de Gen&#232;ve le 10 d&#233;cembre 1992.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_199 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L500xH286/geneve-848a0.jpg?1792441979' width='500' height='286' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mesdames, Messieurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre aimable invitation, qui me donne le plaisir de rencontrer tant de connaisseurs de l'histoire genevoise, me fournit l'occasion de r&#233;pondre &#224; une question souvent pos&#233;e : pourquoi un chercheur fran&#231;ais, tourn&#233; vers d'autres horizons, s'int&#233;resse-t-il &#224; l'&#233;criture &#8220;patoise&#8221; dans les Cantons francophones ? Et, en ce qui concerne Gen&#232;ve, en quoi cette &#233;criture, si pr&#233;cis&#233;ment inscrite dans la sp&#233;cificit&#233; et l'histoire de la cit&#233;-&#233;tat, peut-elle &#234;tre &#233;clairante pour un historien des usages langagiers du Midi de la France ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_200 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/naissance_suspendue-82d2d.jpg?1792441979' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ce second point que je vais essayer de pr&#233;ciser ce soir, &#224; partir d'un bref survol de l'&#233;criture patoise genevoise au XVIIIe si&#232;cle. Je ne pr&#233;senterai &#233;videmment pas ici une bibliographie compl&#232;te, ni une &#233;tude d&#233;taill&#233;e des textes sur lesquels se fonde l'analyse : je me permets de renvoyer &#224; cet &#233;gard &#224; &lt;i&gt;Une naissance suspendue&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;cise que j'emploie le mot &#8220;patois&#8221; (qui serait p&#233;joratif chez moi) dans son acception romande ordinaire dont t&#233;moigne l'appellation du Glossaire des Patois de la Suisse Romande. Glossaire que je remercie vivement pour avoir bien voulu accompagner &lt;i&gt;Une Naissance suspendue&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. : Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'une pr&#233;sentation linguistique, et assurer la plus grande partie de la traduction des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - Des raisons d'une enqu&#234;te.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi cette incursion dans l'&#233;criture patoise genevoise ? Bien que fournissant un mat&#233;riau &#224; l'&#233;tude dialectologique, elle n'en participe pas directement. Elle ne saurait gu&#232;re proc&#233;der &#224; Gen&#232;ve d'une &#8220;maintenance patoisante&#8221; (m&#234;me si elle a pu int&#233;resser indirectement des &#8220;mainteneurs&#8221; de Savoie et du Canton de Fribourg, o&#249; le patois est encore parl&#233;). Mais, puisqu'il s'agit de &#8220;maintenance&#8221; ou de mort d'une langue vaincue par l'histoire, je tiens &#224; dire combien cette &#233;tude a pu m'interpeller affectivement : &#233;motion de rencontrer dans les archives de la cit&#233; du Refuge tant de patronymes occitans, plaisir de retrouver dans son antique langage, aujourd'hui oubli&#233;, tant de mots encore vivants en occitan, et au del&#224;, surtout, interrogation sur le cheminement des hommes et des mots qui tissent leur vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette recherche s'inscrit avant tout dans une d&#233;marche comparative , visant &#224; mieux comprendre les rapports entre le fran&#231;ais et les parlers &#8220;abandonn&#233;s au peuple&#8221; : au plan de l'&#233;criture, la triomphante glottophagie fran&#231;aise et les r&#233;actions de compensation &#8220;patoisante&#8221;, &#224; l'&#339;uvre dans la France des Lumi&#232;res, agissaient-elles de la m&#234;me fa&#231;on dans d'autres &#233;tats officiellement francophones (Royaume sarde, Cantons suisses, R&#233;publique de Gen&#232;ve) o&#249; se perp&#233;tuaient des parlers occitans et francoproven&#231;aux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire que mon int&#233;r&#234;t pour le texte &#8220;patois&#8221; ne rel&#232;ve pas (seulement) du plaisir du d&#233;couvreur-collectionneur de pi&#232;ces rares. En r&#233;pondant &#224; la question explicit&#233;e : &#8220;Pourquoi vous int&#233;ressez-vous &#224; l'&#233;criture patoise genevoise ?&#8221;, je r&#233;ponds aussi &#224; la question souvent &#233;lud&#233;e par politesse : &#8220;Mais enfin, pourquoi s'int&#233;resser &#224; une production textuelle aussi mineure, aussi d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t litt&#233;raire, aussi illisible aujourd'hui ?&#8221;. Je reprendrai &#224; cet &#233;gard le propos d'un membre &#233;minent de votre soci&#233;t&#233; qui constatait il y a plus d'un si&#232;cle : &#8220;Le retrait du patois devant le fran&#231;ais /.../ est un des &#233;v&#233;nements les plus importants que l'on puisse observer, et un de ceux auxquels on donne le moins d'attention&#8221; . En ce domaine, les rapports diglossiques (langue &#8220;haute&#8221; - langue &#8220;basse&#8221; et r&#233;actions de compensation) mis en place depuis la Renaissance en zone francophone marquent encore, sans qu'il y paraisse, nos conceptions de la langue et de la culture, bien que les &#8220;patois&#8221; aient perdu la partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Permettez-moi, pour mieux situer cette d&#233;marche comparative, de rappeler tr&#232;s rapidement quelques donn&#233;es g&#233;n&#233;rales.&lt;br class='autobr' /&gt;
La zone actuelle de la francophonie, on le sait, s'est lentement superpos&#233;e &#224; trois aires linguistiques n&#233;es de l'&#233;volution du latin :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; dans l'aire des dialectes d'o&#239;l le fran&#231;ais, t&#244;t promu langue d'&#233;tat, renvoie les autres parlers au rang de patois.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; dans l'aire des dialectes d'oc, la langue occitane, langue de grande culture des &#233;tats m&#233;ridionaux, demeure au Moyen &#194;ge langue d'administration apr&#232;s la conqu&#234;te fran&#231;aise, mais r&#233;gresse au rang de &#8220;patois&#8221; avec la francisation administrative du XVIe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; dans l'aire des parlers francoproven&#231;aux, partag&#233;e au XVIIIe si&#232;cle entre France, Savoie, Cantons suisses, Gen&#232;ve , &#8220;l'idiome natal&#8221;, &#224; la diff&#233;rence des parlers d'oc, n'a jamais &#233;t&#233; langue d'&#233;tat, il n'a jamais port&#233; une litt&#233;rature, ni nourri une conscience unitaire. Avec la rapide francisation des &#233;lites (qui n'emp&#234;che pas une familiarit&#233; maintenue avec &#8220;le patois&#8221;), ces parlers, plus encore qu'en pays d'oc, sont consid&#233;r&#233;s comme abandonn&#233;s au peuple, et sp&#233;cialement &#224; celui des campagnes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas de Gen&#232;ve me paraissait a priori stimulant : ses sp&#233;cificit&#233;s politiques et culturelles, sa modernit&#233;, son ouverture au monde, mais aussi son patriotisme empreint de &#8220;localisme&#8221;, enclos dans une cit&#233; o&#249; tout le monde se conna&#238;t, le rapport complexe de la ville et du terroir, etc. me semblaient offrir aux rapports ordinaires du fran&#231;ais et du patois des distorsions qui pouvaient &#234;tre r&#233;v&#233;latrices. M'interpellait aussi le rythme de la publication dialectale genevoise : ce choix d'&#233;crire dans une langue culturellement inf&#233;rioris&#233;e se prolonge en effet du XVIe si&#232;cle jusqu'au XIXe si&#232;cle : en t&#233;moigne un inventaire remarquable (est-il encore compl&#233;table ? J'ai eu la bonne fortune de contribuer &#224; enrichir quelque peu l'inventaire romand, et je serais heureux de pouvoir entrer en contact avec les chercheurs qui rep&#232;reraient d'autres textes non inventori&#233;s). Mais cet inventaire fait ressortir les discontinuit&#233;s chronologiques de cette production patoise. Il &#233;tait tentant de s'interroger sur leur sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
M'interpellait surtout la nature du parler genevois. Gen&#232;ve, ind&#233;pendante depuis 1530, a en commun avec ses voisins savoyards ou gessiens, non seulement le fran&#231;ais (que les Genevois ma&#238;trisent, et lisent, mieux que beaucoup de r&#233;gnicoles), mais encore le m&#234;me &#8220;idiome natal&#8221;. Pas plus que l'abondante publication fran&#231;aise, la production patoise, ordinairement pr&#233;sent&#233;e comme &#8220;en langage savoyard&#8221;, n'implique donc pas directement, une sp&#233;cificit&#233; genevoise face &#224; ses puissants voisins, France et Savoie. Les deux langues sont communes aux trois &#233;tats, et y partagent le m&#234;me statut de hi&#233;rarchisation diglossique. Cependant, d&#232;s son apparition au XVIe si&#232;cle, l'&#233;criture patoise genevoise (du moins les traces qui nous en restent) est de fa&#231;on dialectique au service d'une affirmation identitaire au sein m&#234;me de la discorde civile. Le premier texte genevois rep&#233;r&#233; (vers 1535) est une chanson de raillerie contre les pr&#234;tres catholiques de la cit&#233; (la R&#233;forme introduite en 1532, est adopt&#233;e en 1536). Le second, en 1547, est un violent placard contre les pasteurs calvinistes. Calvin fait condamner et ex&#233;cuter son auteur pr&#233;sum&#233;, le libre-penseur Jacques Gruet. Dans ces deux textes d'agression, le patois est implicitement pos&#233; comme embl&#233;matique de la &#8220;vraie&#8221; cit&#233; : il est cri du c&#339;ur des Genevois de &#8220;souche&#8221; contre les factions qui, au sein de la cit&#233;, repr&#233;sentent une immixtion ext&#233;rieure : pr&#234;tres au service de l'Ev&#234;que qui ne reconna&#238;t pas l'autonomie de la cit&#233;, pasteurs venus de France avec Calvin qui s'attaquent aux libert&#233;s traditionnelles. Le patois est aussi affirmation identitaire contre la menace savoyarde. On sait, d'apr&#232;s la proc&#233;dure du proc&#232;s de 1547, que Gruet avait &#233;crit d'autres pi&#232;ces patoises, dont une &#8220;rime&#8221; contre le Duc de Savoie. Mais apr&#232;s cette premi&#232;re pouss&#233;e d'&#233;criture, les textes rep&#233;r&#233;s tout au long du XVIIe si&#232;cle semblent ne relever que de ce second registre, patriotique anti-savoyard, et ne passer &#224; la publication qu'&#224; l'occasion de la comm&#233;moration de l'Escalade de 1602.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, cette &#233;criture conna&#238;t des mutations importantes, toujours en rythme discontinu, sur le long terme du XVIIIe si&#232;cle. Une premi&#232;re mutation semble appara&#238;tre &#224; l'extr&#234;me fin du XVIIe si&#232;cle, au moment o&#249; la ville se grossit du flot des r&#233;fugi&#233;s protestants, et se poursuit sur la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle, ann&#233;es de prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique o&#249;, malgr&#233; une contestation croissante, le patriciat dirige sans partage la R&#233;publique. Une seconde mutation se produit vers la fin des ann&#233;es 1760, quand commence le temps des r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 - Sur le premier versant du si&#232;cle, une &#233;criture sans publications ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les derni&#232;res ann&#233;es du XVIIe si&#232;cle en effet semblent &#234;tre une premi&#232;re p&#233;riode-charni&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ville est depuis longtemps, officiellement et culturellement, francis&#233;e au plan de l'&#233;criture : en t&#233;moigne par exemple, sur le plan que nous &#233;voquerons souvent des chansons d'Escalade, la belle langue, forte et savoureuse, des premi&#232;res compositions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dor&#233;navant, c'est dans l'oralit&#233; que la cit&#233; marque sa francisation, en d&#233;gageant le fran&#231;ais acquis des influences patoises. Le premier trait&#233; de correction du langage de Suisse romande est genevois. En 1703, le Conseil enjoignait de l'Audience de faire dor&#233;navant leurs publications en fran&#231;ais, &#8220;et non en langue patoise&#8221;. Mais, et la remarque est valable pour l'ensemble de l'aire occitane et francoproven&#231;ale, &#224; toute victoire du fran&#231;ais correspond une r&#233;action compensatoire dans la fiert&#233; &#8220;patoisante&#8221;. Les derni&#232;res ann&#233;es du XVIIe si&#232;cle semblent donc offrir un n&#339;ud de production patoise qui rappelle celui de la naissance de l'&#233;criture genevoise, au XVIe si&#232;cle. Le patois &#224; nouveau sert une double r&#233;action identitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans le conflit civil, une &lt;i&gt;Chanson en l'honneur des v&#233;ritables citadins de Gen&#232;ve&lt;/i&gt; le patois unit les &#8220;vrais&#8221; Genevois dans un unanimisme mythique contre les r&#233;fugi&#233;s r&#233;form&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, dans le conflit ext&#233;rieur, une pi&#232;ce patoise de 1695-1696, que vient de nous pr&#233;senter brillamment Mr Frutiger, raille &lt;i&gt;L'entreprise des Cur&#233;s contre Gen&#232;ve&lt;/i&gt;. R&#233;action de repliement identitaire contre l'&#233;tranger et plaisir manifeste d'&#233;criture. o&#249; la d&#233;lectation de manier &#8220;l'idiome natal&#8221; sert le patriotisme genevois. On n'y trouve pas trace de justifications d'&#233;criture (vertus expressives de l'idiome, revendication linguistique, etc.) : le plaisir du naturel suffit. L'&#339;uvre est attribu&#233;e &#224; l'orf&#232;vre Jean Mussart, li&#233; familialement au patriciat genevois. On mesure par l&#224; combien l'&#233;criture patoise n'est pas une &#233;criture sociologiquement populaire, mais bien une &#233;criture de l'idiome natal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis, comme au XVIe si&#232;cle, on semble entrer dans une phase de repliement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle en effet, la publication patoise genevoise semble se limiter &#224; quelques occurrences dans l'abondante s&#233;rie fran&#231;aise des chansons d'Escalade. Cette absence presque totale d'impression se retrouve d'ailleurs absence absolue en Savoie et dans les Cantons suisses, et contraste avec la pr&#233;sence, si mince soit-elle, de la publication occitane et parfois francoproven&#231;ale de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette absence tient-elle &#224; un effacement de l'oralit&#233; patoise genevoise devant le fran&#231;ais officiel, appuy&#233; sur une alphab&#233;tisation impressionnante pour l'&#233;poque ? En fait, l'abondance ou la raret&#233; de l'&#233;criture patoise, &#224; Gen&#232;ve comme ailleurs, ne sont pas directement li&#233;es &#224; la vitalit&#233; ou &#224; la d&#233;ch&#233;ance de &#8220;l'idiome natal&#8221;. Ainsi la Savoie, encore massivement dialectophone, le Pays de Vaud, le Canton de Fribourg, o&#249; &#8220;l'idiome natal&#8221; est bien vivant, ne donnent pas alors de textes patois, mais Lyon fort francis&#233; en publie. A Gen&#232;ve, l'oralit&#233; patoisante demeure ordinaire dans le terroir rural &#233;videmment, mais aussi en ville o&#249; elle r&#233;sonne aux oreilles de Rousseau enfant. Le blanc de publication genevoise rel&#232;ve donc sans doute de la disparition de l'idiome que de l'inf&#233;riorisation g&#233;n&#233;rale des patois, et aussi, peut-&#234;tre, d'une certaine distorsion de l'&#233;criture patoise genevoise avec les registres conc&#233;d&#233;s dans la France des Lumi&#232;res &#224; l'&#233;criture de &#8220;l'idiome natal&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, le registre fran&#231;ais de la communication efficace est essentiellement religieux. En France m&#233;ridionale, o&#249; le &#8220;peuple&#8221; a souvent un acc&#232;s malais&#233; au fran&#231;ais et &#224; la lecture, la communication &#233;lites, administration / peuple au plan administratif et politique, est assur&#233;e oralement par des interm&#233;diaires naturels (pr&#234;tres, notaires, r&#233;gents, etc.), qui traduisent les textes fran&#231;ais en &#8220;patois&#8221;. Informer par la publication patoise un peuple qui ne sait pas lire n'aurait gu&#232;re d'int&#233;r&#234;t. Et, dans la mesure o&#249; ce peuple n'apprend &#224; lire qu'en fran&#231;ais, pourquoi recourir au texte patois ? D'ailleurs le pouvoir et les classes dominantes ne poussent gu&#232;re &#224; la francisation, qui s'effectue plut&#244;t par osmose et imitation. Maintenir le peuple dans l'oralit&#233; de sa langue revient d'une certaine fa&#231;on &#224; le maintenir &#8220;&#224; sa place&#8221;, &#224; le d&#233;fausser du d&#233;bat culturalo-politique men&#233; en fran&#231;ais par les &#233;lites &#233;clair&#233;es. Tout au plus utilisent-elles &#8220;l'idiome natal&#8221; dans quelques entreprises d'agression burlesque lors des grandes querelles du si&#232;cle (Jans&#233;nistes, J&#233;suites, Parlements, etc.).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, depuis la r&#233;forme tridentine, l'&#233;glise catholique ne n&#233;glige pas l'usage des parlers vernaculaires pour assurer le contact avec les humbles. Ainsi, les recueils (imprim&#233;s) de cantiques en langue d'oc servent de support &#224; la parole et &#224; la pi&#233;t&#233; populaires m&#233;ridionales. Tout en transgressant ainsi le tabou de publication qui p&#232;se sur les patois, l'Eglise maintient cependant &#8220;l'idiome natal&#8221; en situation d'inf&#233;riorit&#233; diglossique : le pr&#234;che patois, le recueil de cantiques en &#8220;langue vulgaire&#8221; ne sont que des accompagnements de la pastorale fran&#231;aise. Au contraire, en zone francoproven&#231;ale de France et de Savoie, l'&#233;glise catholique privil&#233;gie l'oralit&#233; fran&#231;aise et n'utilise pas l'&#233;criture de l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce fait, le contexte genevois est doublement diff&#233;rent. On ne s'&#233;tonnera gu&#232;re, en mati&#232;re religieuse, de ne pas rencontrer d'&#233;criture du &#8220;patois&#8221; : les calvinistes ont toujours fait de la Lettre fran&#231;aise le fondement de leur enseignement. La m&#233;diation entre Dieu et l'individu est assur&#233;e en dignit&#233; par la langue du Pouvoir. On a imprim&#233; la liturgie anglicane &#224; Gen&#232;ve, pour la communaut&#233; anglicane de la cit&#233;, et un grand nombre de textes religieux sont destin&#233;s, au-del&#224; des Genevois francophones, &#224; l'ensemble des &#233;glises calvinistes et r&#233;form&#233;es de langue fran&#231;aise. Mais on ne rep&#232;re pas la moindre impression de liturgie &#8220;savoyarde&#8221; ou &#8220;occitane&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui ne dispensait pas les pasteurs protestants de recourir, si n&#233;cessaire, &#224; la communication orale la plus efficace. L'anonyme auteur genevois de 1695-1696, &#224; travers un suppos&#233; affrontement burlesque, et patois, entre cur&#233;s savoyards, se paye m&#234;me le luxe de ridiculiser l'&#233;glise catholique qui maintient ses ouailles dans l'ignorance en n'employant pas le parler savoyard. Au cur&#233; de la Roche, qui s'exclame : &#8220;Pourquoi parler d'autres esp&#232;ces de langues / Au paysan que ce qu'il peut entendre ? / Il faudrait dire afin de le rendre meilleur, / Et messes et v&#234;pres en bon savoyard&#8221; , le cur&#233; de Flumet r&#233;pond : &#8220;Savoir parler sans que personne s'en instruise, / Ce sont les secrets de notre sainte m&#232;re l'Eglise&#8221; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais m&#234;me les Protestants soucieux d'une communication orale efficace en patois n'envisagent pas une publication dans l'idiome. C'est par le fran&#231;ais, &#233;crit, port&#233; par la force collective de l'&#233;glise, que s'op&#232;re la m&#233;diation entre la divinit&#233; et l'individu. &#192; cet &#233;gard, l'influence genevoise est d&#233;cisive en ce qui concerne la politique linguistique des communaut&#233;s protestantes occitanophones du Pi&#233;mont (Vaudois) et du Midi de la France, dont les pasteurs avaient tant de contacts avec la cit&#233; du Refuge.&lt;br class='autobr' /&gt;
La publication religieuse est ainsi par d&#233;finition barr&#233;e au patois. En allait-il de m&#234;me pour la publication politique ? La vie politique (agit&#233;e) de la R&#233;publique se soutient d'une extraordinairement abondante publication de brochures. En un temps o&#249;, on l'a vu, le patois est encore vivant &#224; Gen&#232;ve, pouvait-il y trouver une place pratique ou symbolique ? Dans les troubles qui agitent alors la cit&#233; (1707, 1738), des leaders populaires jouent de l'oralit&#233; patoise, sans doute moins par souci de communication efficace que par strat&#233;gie politique : le patois est &#224; la fois repr&#233;sentation du &#8220;peuple&#8221; sociologique, apanage des &#8220;vrais&#8221; Genevois, legs embl&#233;matique d'un pass&#233; mythique auquel se r&#233;f&#232;rent les protestataires. Mais Gen&#232;ve ignore le clivage absolu peuple-&#233;lites, &#224; la fran&#231;aise. Les oppositions sociales qui sous-tendent ses conflits politiques sont transcend&#233;es par la notion de citoyennet&#233;, qu'on en jouisse (enti&#232;rement ou partiellement), ou qu'on y aspire. J'emploie volontairement ce terme de citoyennet&#233;, pris en son sens moderne, d&#233;gag&#233; de la traditionnelle notion de &#8220;bourgeoisie&#8221;, pour insister sur ce qui est en gestation dans une situation o&#249;, &#224; premi&#232;re vue, les revendications d&#233;mocratiques s'inscrivent seulement dans la r&#233;appropriation ou l'&#233;largissement des antiques libert&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or cette appartenance citoyenne rel&#232;ve de la Loi, &#224; laquelle seule le fran&#231;ais est ad&#233;quat. Les protestataires de 1707 savent &#224; l'occasion utiliser oralement le patois, mais l'argumentation &#233;crite en dignit&#233;, si elle surmonte la barri&#232;re de la censure, ne saurait franchir celle de l'inf&#233;riorisation diglossique. Quelle que soit la vitalit&#233; relative du patois en milieu urbain, toute entreprise d'&#233;criture &#8220;s&#233;rieuse&#8221; de l'idiome n'appara&#238;trait-elle pas d&#233;plac&#233;e ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'absence de publication patoise dans la communication efficace genevoise a donc un tout autre sens qu'en France et qu'en Savoie. Certes, partout le fran&#231;ais est langue du pouvoir. Mais la monarchie absolue ne recherche pas vraiment que le peuple ait acc&#232;s &#224; la langue de majest&#233;, impos&#233;e en communication descendante. A Gen&#232;ve, par contre, s'est mise en place, sans th&#233;orisation, mais par le relais &#233;vident de la conception religieuse de la Langue, une autre conception qui d&#233;passe l'imitation formelle de la norme fran&#231;aise : les rapports de l'individu-citoyen et de la Loi se font dans la m&#233;diation de l'unique langue citoyenne, virtuellement commune &#224; tous, et donc officiellement impos&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la France des Lumi&#232;res, m&#234;me si les publications les plus nombreuses sont &#224; caract&#232;re religieux, le vrai registre de l'&#233;criture de &#8220;l'idiome&#8221; occitan et francoproven&#231;al est celui du divertissement dans la connivence bourgeoise. Les auteurs trouvent dans le naturel de l'oralit&#233; patoise un contraste savoureux avec le fran&#231;ais du &#8220;Bon Ton&#8221;. &#8220;Bon Ton&#8221; dont ils rel&#232;vent pourtant : il faut avoir franchi la barri&#232;re de l'&#233;ducation pour se permettre l'&#233;criture patoise. En ce domaine cependant, l'originalit&#233; n'est pas d'&#233;crire, mais de publier. Pour l'essentiel, ces textes de plaisante transgression compensatoire demeurent manuscrits. Car la publication implique la socialisation et se heurte un tabou traditionnel p&#232;se sur l'impression de l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour lever ce tabou, la publication occitane peut recourir &#224; la justification historique majeure des Troubadours ; faute de cette r&#233;f&#233;rence, la publication francoproven&#231;ale de Grenoble, Saint-&#201;tienne, Lyon ne peut que s'en tenir &#224; l'exaltation des vertus sp&#233;cifiques de l'idiome. La Savoie est bloqu&#233;e par l'imitation rigide des normes fran&#231;aises : seuls quelques eccl&#233;siastiques se risquent &#224; rimer, mais sans publier ; pour le formalisme savoyard, &#8220;l'idiome natal&#8221;, abandonn&#233; au peuple, ne saurait relever du champ de l'&#233;criture, encore moins de la publication. On laisse cette fantaisie aux lettr&#233;s pi&#233;montais, beaucoup moins complex&#233;s. De m&#234;me, la publication patoise est totalement absente des Cantons suisses francophones (o&#249; les traces rep&#233;r&#233;es d'&#233;criture manuscrite sont extr&#234;mement rares).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la diff&#233;rence de la Savoie et des Cantons, Gen&#232;ve conna&#238;t dans la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle l'&#233;criture de l'idiome natal. Cependant, &#224; la diff&#233;rence de la France, cette &#233;criture manuscrite ne s'accompagne pas de publications. Ses traces et son ampleur sont donc difficilement rep&#233;rables. Pourquoi ne passe-t-elle pas &#224; l'impression ? Il est certain par exemple que l'impression de La Conspiration de Compesi&#232;res aurait pu difficilement &#234;tre tol&#233;r&#233;e par les autorit&#233;s genevoises, soucieuses de ne pas irriter la Savoie par la mise en spectacle &#224; chaud de p&#233;rip&#233;ties r&#233;centes. Mais imprime-t-on pour autant des textes de pur divertissement ? Tout au plus rep&#232;re-t-on, sur le mod&#232;le d'un texte fran&#231;ais du XVIe si&#232;cle, ces plaisants Cris de Gen&#232;ve plusieurs fois parus en feuille volante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport genevois &#224; l'&#233;criture patoise est donc ambigu. D'une part, &#224; la diff&#233;rence de la Savoie, la francitude linguistique semble ici, comme dans les cit&#233;s du sud de la France, suffisamment int&#233;rioris&#233;e, rassurante et ordinaire pour que la connivence bourgeoise ne consid&#232;re pas p&#234;cher ni d&#233;choir en recourant malicieusement au vieux parler d'enfance. D'autre part, on ne va pas jusqu'&#224; suivre Grenoble, Lyon ou Marseille jusqu'&#224; la publication. Les normes diglossiques sont encore trop contraignantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut, pour sauter le pas, une autorisation inscrite par l'Histoire dans la conscience genevoise : l'&#233;chec de l'entreprise du duc de Savoie contre Gen&#232;ve en 1602. La comm&#233;moration de l'Escalade autorise une rupture de ce tabou de publication. Parmi les nombreux textes fran&#231;ais publi&#233;s &#224; cette occasion depuis le d&#233;but du XVIIe se glissent quelques textes patois, qui participent du m&#234;me registre patriotique et anti-savoyard. Bien que la chronologie des chansons d'Escalade ne soit pas &#233;tablie (la plupart des feuilles ne sont pas dat&#233;es), il semble que les d&#233;buts du XVIIIe si&#232;cle aient infl&#233;chi les registres de la c&#233;l&#233;bration. Tout en perp&#233;tuant l'impression de textes patois ant&#233;rieurs d&#233;j&#224; &#8220;patrimoniaux&#8221;, comme le c&#233;l&#232;bre C&#233; qu'&#233; lain&#244;, on passe de l'exaltation patriotique &#224; la mise en forme plaisante des rapports de voisinage et de compl&#233;mentarit&#233; &#233;conomique entre Savoyards et Genevois. En t&#233;moignent plusieurs publications datables de la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle par des indications contenues dans le texte. Ces registres nouveaux contrastent avec les textes ant&#233;rieurs. Du C&#233; qu'&#233; lain&#244;, (datable de la seconde moiti&#233; du XVIIe si&#232;cle ?) un recueil paru &#224; Gen&#232;ve sous l'Empire &#233;crit que cette chanson &#8220;est consid&#233;r&#233;e comme le morceau le plus purement &#233;crit en langue romance savoyarde qui nous ait &#233;t&#233; conserv&#233;&#8221;. Il ajoute, en ce qui concerne des pi&#232;ce datables de la premi&#232;re moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle : &#8220;Les deux suivantes, fort post&#233;rieures pour la date, fort inf&#233;rieures pour le m&#233;rite&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces chansons de l'Escalade sont toujours pr&#233;sent&#233;es comme &#233;tant &#8220;en langage savoyard&#8221;. Et quand elles opposent le Savoyard et le Genevois, il n'y a pas de partage des langues : les deux protagonistes s'affrontent en en plaisante joute patoise. Ce type de publication n'est donc pr&#233;cis&#233;ment genevois que dans la mesure o&#249; &#8220;l'autorisation&#8221; (psychologique et id&#233;ologique) d'imprimer du patois ne rel&#232;ve que d'une sp&#233;cificit&#233; genevoise (la c&#233;l&#233;bration de l'Escalade) et non d'une imitation de mod&#232;les ext&#233;rieurs d'&#233;criture (fran&#231;ais ou savoyards).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 - Le temps des R&#233;volutions : un passage &#224; la publication.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'affaire de la condamnation des livres de Rousseau (1762-1768), Gen&#232;ve frappe les premiers coups des r&#233;volutions europ&#233;ennes, dans l'affrontement entre N&#233;gatifs (patriciens), Repr&#233;sentants (qui contre l'oligarchie veulent redonner son pouvoir au Conseil G&#233;n&#233;ral des Citoyens et Bourgeois), Natifs (descendants des r&#233;fugi&#233;s huguenots, qui r&#233;clament l'&#233;galit&#233; &#233;conomique et la citoyennet&#233; politique dont ils sont priv&#233;s). L'utilisation identitaire de l'idiome va prendre sa place dans le conflit civil.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin des ann&#233;es 1760 m'appara&#238;t &#224; cet &#233;gard comme une rupture du point de vue de la socialisation des textes : on passe d'une &#233;criture manuscrite de l'intimit&#233; bourgeoise &#224; une publication sur la place publique, d'une &#233;criture de divertissement et de moquerie &#224; une &#233;criture d'argumentation qui accompagne ce temps des r&#233;volutions : la fin des ann&#233;es 1760 et les ann&#233;es 1770 qui pr&#233;parent la secousse de 1781-82, puis les bouleversements li&#233;s &#224; la r&#233;volution fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est sur cette rupture et sur les textes alors publi&#233;s qu'a port&#233; l'essentiel de ma r&#233;flexion dans &lt;i&gt;Une Naissance suspendue&lt;/i&gt;. La mise en perspective historique s'accompagne d'une restitution des textes de cette p&#233;riode. Ils &#233;taient tr&#232;s difficilement accessibles : quelques exemplaires conserv&#233;s, parfois un seul. Et, la diff&#233;rence de textes patois ant&#233;rieurs, ils n'avaient jamais &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233;s. Est-ce seulement parce que, &#224; la diff&#233;rence des textes r&#233;&#233;dit&#233;s, ils sont apparus aux amateurs de &#8220;l'idiome natal&#8221; comme d&#233;pourvus de la saveur propre &#224; l'&#233;criture patoise, et aux historiens en redondances du propos fran&#231;ais dominant ? Cette absence de r&#233;&#233;dition proc&#232;de-t-elle d'un blanc (plus difficilement analysable) de la conscience genevoise ? Les textes m&#233;ritaient en tout cas d'&#234;tre vers&#233;s au dossier de l'histoire de la Cit&#233; et de la sociolinguistique historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet usage de &#8220;l'idiome natal&#8221; dans les conflits civils genevois montre combien, par rapport au fran&#231;ais, le statut du patois n'est pas univoque.&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve la traditionnelle fonction d'exultation et de rassemblement identitaire : le patois est cri du c&#339;ur. L'argumentation &#233;crite a &#233;t&#233; fran&#231;aise, mais, apr&#232;s l'affrontement physique, comme en 1767 par exemple, le patois accompagne la victoire d'une chanson de liesse. Sur le mod&#232;le d'une chanson d'Escalade, elle est signe d'unanimit&#233; retrouv&#233;e dans le triomphe des &#8220;vrais&#8221; Genevois (en l'occurence les Repr&#233;sentants) sur ceux qui avaient fait appel &#224; la France et aux Cantons pour maintenir leur pouvoir. Cette double fonction symbolique ne peut &#234;tre op&#233;rante bien s&#251;r que si on a encore le patois dans l'oreille, sinon en bouche. Mais elle n'implique pas la publication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une mutation importante s'op&#232;re de la fin des ann&#233;es 60 &#224; la crise de 1781-1782, quand, dans le camp des Repr&#233;sentants, certains choisissent de recourir &#224; la prose d'argumentation patoise dans le combat contre l'oligarchie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces textes, sans d&#233;laisser compl&#232;tement les registres de la d&#233;rision et de l'agressivit&#233;, s'attachent surtout &#224; fournir une explication de la situation et une argumentation politique. Ils impliquent donc pleinement le passage &#224; la prose. Une prose qui est reflet de l'explication orale, retient de la parole populaire son naturel mais refuse le jeu syst&#233;matique du d&#233;paysement langagier. Le fait est d'autant plus int&#233;ressant que les auteurs sont &#224; l'&#233;vidence de bons connaisseurs ou pratiquants de l'idiome. Ces textes de communication efficace sont imprim&#233;s et diffus&#233;s. Certes, sous r&#233;serve d'inventaire, ils semblent &#234;tre apparus en nombre limit&#233;, mais cette pr&#233;sence, aussi r&#233;duite soit-elle, est une vraie nouveaut&#233;, qui contraste avec l'absence de textes d'argumentation patoise dans les &#233;tats voisins : le recours &#224; une &#233;criture patoise mise en normalit&#233; relative proc&#232;de donc du d&#233;bat politique, de l'aspiration d&#233;mocratique, et non d'une &#8220;pression patoisante&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En cette seconde moiti&#233; du si&#232;cle en effet, l'oralit&#233; patoise, toujours importante (citadins adultes, paysans du terroir, immigr&#233;s savoyards), se r&#233;tracte lentement. Il semble plut&#244;t que la publication de tels textes implique une certaine d&#233;culpabilisation dans l'usage du patois en mati&#232;re d'argumentation &#233;crite : on ne rel&#232;ve pas dans ces textes, &#224; la diff&#233;rence de textes identiques qui seront publi&#233;s sous la R&#233;volution fran&#231;aise, de justifications du type : &#8220;Je vais vous dire cela en patois parce que je ne sais parler le fran&#231;ais&#8221;, ou &#8220;parce que vous comprenez mal le fran&#231;ais&#8221;. On consid&#232;re comme acquise la g&#233;n&#233;ralisation de l'instruction (fran&#231;aise) permettant la lecture, y compris celle du patois (orthographi&#233; selon les normes fran&#231;aises). Pour autant les destinataires sont-ils &#8220;cibl&#233;s&#8221; dans les couches de la population les plus attach&#233;es &#224; l'oralit&#233; patoise ? L'usage du patois a-t-il une port&#233;e symbolique d&#233;passant cettecommunication imm&#233;diatementefficace ? On peut seulement remarquer que ces textes, tout en posant le parler genevois en repr&#233;sentant du bon sens populaire contre l'oligarchie et les puissants, ne situent pas les suppos&#233;s auteurs dans des couches sociales urbaines o&#249; les Repr&#233;sentants puisent le gros de leurs troupes. Bien que, &#224; l'&#233;vidence, ces textes peuvent ou doivent &#234;tre lus par tous, c'est le batelier du lac , ou le paysan du terroir qui s'expriment. Et m&#234;me si la parole du paysan du Mandement &#233;voque pour le citadin une forte conscience protestataire, l 'origine sociologique &#8220;basse&#8221; de l'&#233;metteur r&#233;duit consid&#233;rablement ce qui aurait pu &#234;tre reconnaissance en normalit&#233; de la langue populaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, le parti d&#233;mocratique genevois ne se donne pas vraiment les moyens de son audace linguistique. D'autres publications en t&#233;moignent sur un plan quelque peu diff&#233;rent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d'une part difficile de se d&#233;gager des formes ant&#233;rieures de l'&#233;criture patoise. Ainsi, dans un pamphlet contre le leader des Natifs Cornuaud cohabitent la forme traditionnelle (une chanson de raillerie) et la forme nouvelle (un texte d'argumentation en prose). Cette prose, qui se veut reflet du naturel populaire (sans recherche excessive de pittoresque langagier cependant), n'est donc pas imitation du mod&#232;le textuel fran&#231;ais. Le patois est ici, dans le cadre d'une connivence citadine, implicitement pos&#233; en bien commun de tous les &#8220;vrais&#8221; Genevois, contre les Natifs descendants d'&#233;trangers. Il ne vise pas &#224; suppl&#233;er l'argumentation fran&#231;aise, mais &#224; la doubler d'une agression redoutable, qui d&#233;concerte la francitude studieusement acquise de l'autodidacte Cornuaud. N'est-il pas d'ailleurs significatif que les Natifs semblent n'avoir eu recours qu'&#224; l'&#233;criture fran&#231;aise, celle de la Loi et de la dignit&#233; citoyenne &#224; laquelle ils aspirent ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il semble d'autre part pratiquement impossible de pr&#233;senter directement en patois une argumentation d'ordre g&#233;n&#233;ral, et non circonstanciel, qui repr&#233;senterait le point de vue du citadin. Ainsi un long et curieux Entretien d'un Genevois avec un Savoyard illustre le rapport ambigu des langues, fran&#231;ais et patois. Dans le traditionnel face &#224; face des textes de l'Escalade, on l'a vu, le Genevois et le Savoyard s'affrontaient en vers patois. Par contre, dans ce texte datable de 1778, le dialogue oppose les langues dans la compl&#233;mentarit&#233; de voisinage (le Genevois visite son enfant plac&#233; en nourrice chez le Savoyard, un tailleur de Carouge). Cette prose est l&#224; aussi le reflet de l'oralit&#233; &#8220;naturelle&#8221; : on ne parle pas en vers. Au Genevois le fran&#231;ais de la ville, de la modernit&#233;, du prestige, au Savoyard le patois du terroir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte n'est rep&#233;r&#233; dans aucune des bibliographies dialectales, alors qu'il n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; l'enqu&#234;te politique de Rivoire . Il ne figure pas dans la bibliographie romande (&#233;tait-il inconnu ou est-ce parce que le paysan-tailleur habite Carouge, alors savoyarde ?). Il ne figure pas dans la bibliographie savoyarde (&#233;tait-il inconnu, ou est-ce parce qu'il est r&#233;pertori&#233; dans l'impression genevoise ?).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Savoyard montre au Genevois combien serait dommageable pour la R&#233;publique une concurrence horlog&#232;re envisag&#233;e &#224; partir de Carouge et Versoix. Il d&#233;fend la monarchie savoyarde et son clerg&#233;, en montrant qu'il y en fait plus de solidarit&#233;, d'&#233;galit&#233;, voire de libert&#233; chez lui que dans la R&#233;publique ! Cette mise en sc&#232;ne linguistique ne laisse pas la plus mauvaise part au Savoyard et &#224; son patois. Son apologie de la monarchie savoyarde fait preuve d'un bon sens critique par rapport aux lacunes de la d&#233;mocratie genevoise, critique qui profite &#224; certaines factions genevoises tout autant qu'au Duc de Savoie. Le face &#224; face du Genevois et du Savoyard renvoie donc par la parole patoise des &#8220;v&#233;rit&#233;s&#8221; que, en fait, des Genevois adressent &#224; d'autres Genevois, tout en laissant au Genevois la langue des Lumi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture patoise a &#233;t&#233; &#224; l'occasion une arme efficace des Repr&#233;sentants. Elle dispara&#238;t avec la d&#233;faite de 1782 des registres de la d&#233;mocratie genevoise. Par contre, au lendemain de cette d&#233;faite, la publication patoise est renvoy&#233;e aux bourgeois genevois, en d&#233;rision victorieuse, par une chansons suppos&#233;e &#233;maner d'un paysan de la Vaud, qui se gausse de ces Messieurs de Gen&#232;ve : ils se croyaient grands de parler fran&#231;ais, voulaient se gouverner et n'ont m&#234;me pas su combattre. L&#224; encore, dans cet aller-retour fran&#231;ais-patois, il est clair que ce n'est pas l'ad&#233;quation de l'&#233;crit &#224; la pratique orale v&#233;ritable qui compte, mais bien la mise en repr&#233;sentation, valorisante ou d&#233;valorisante, de l'adversaire dans son statut linguistique. Nous revenons au traditionnel registre de l'&#233;criture patoise : versification, d&#233;rision ou unanimisme proclam&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, m&#234;me limit&#233;e, dans l'&#233;tat actuel de nos connaissances, &#224; quelques dizaines de pages imprim&#233;es, la publication patoise de Gen&#232;ve ouvrait des pistes que l'on retrouvera dans la r&#233;volution fran&#231;aise. Elle &#233;tait ce faisant en compl&#232;te distorsion avec ce qui se jouait au m&#234;me moment dans l'&#233;criture patoise des Cantons suisses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pays de Vaud (bernois) et le Canton de Fribourg &#233;taient tous deux, &#224; la diff&#233;rence de Gen&#232;ve, sans aucune tradition d'&#233;criture patoise. Les ann&#233;es 1780 y voient na&#238;tre une tentative de litt&#233;rature patriotique dans &#8220;l'idiome natal&#8221;, accompagn&#233;e de valorisation du parler natal. En Pays de Vaud, divertissement langagier d'abord, puis d&#233;paysement litt&#233;raire et nostalgie patrimoniale que le doyen Bridel va mettre au service d'un patriotisme helv&#233;tique. On sent ici les influences directes d'une mode fran&#231;aise, propag&#233;e par le Journal de la langue fran&#231;aise de Domergue. Dans le Canton de Fribourg, le Gru&#233;rien Python veut faire &#339;uvre pleinement litt&#233;raire : il traduit Virgile en se justifiant par l'antique dignit&#233; et les vertus expressives de la langue de la Gruy&#232;re. L&#224; aussi sont &#224; l'&#339;uvre les influences fran&#231;aises, en particulier les r&#233;centes imitations de Virgile en occitan. La lev&#233;e du tabou d'&#233;criture et de publication s'op&#232;re dans une &#233;closion soudaine, ouverte aux nouveaux courants de la sensibilit&#233; europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
On mesure la diff&#233;rence genevoise : les textes qui se publient dans la R&#233;publique ne sont en rien d&#233;fense et illustration d'un parler genevois. Ni litt&#233;raire, ni &#8220;ethnique&#8221;, l'intervention dialectale genevoise ne se situe que par rapport aux luttes sociopolitiques qui d&#233;chirent la cit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En France, la R&#233;volution va bient&#244;t gauchir le statut des parlers occitans et francoproven&#231;aux, abandonn&#233;s au &#8220;peuple sociologique&#8221;. Le recours &#224; &#8220;l'idiome natal&#8221; ne pouvait-il pas contribuer &#224; l'information des couches populaires qui ma&#238;trisaient mal le fran&#231;ais ? Ne risquait-il pas aussi de cristalliser des symbolisations par d&#233;finition contraires &#224; la volont&#233; citoyenne sous sa forme la plus g&#233;n&#233;rale, voire de concr&#233;tiser des diff&#233;renciations mena&#231;antes : patois, langue de l'Autre sociologique ou ethnique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Gen&#232;ve participe &#224; sa fa&#231;on de cette dialectique, qu'elle avait anticip&#233;e avec les textes des ann&#233;es 1760-1770. Lors des premiers troubles de 1789, le pasteur Chenevi&#232;re, r&#233;volutionnaire mod&#233;r&#233;, fait chanter &#224; la milice bourgeoise dont il est aum&#244;nier, des couplets patois vantant l'amiti&#233; (soi-disant) retrouv&#233;e apr&#232;s les premiers affrontements. Ici, le patois (imprim&#233;) est clairement symbole d'unanimisme, mis en sc&#232;ne une fois de plus dans le moule d'une chanson d'Escalade, comme embl&#233;matique du bon vieux temps (r&#234;v&#233;) o&#249; les bons Genevois vivaient en amiti&#233;, et fait m&#234;me appel, avec &#8220;le cousin de la Bredanna&#8221;, &#224; un bien probl&#233;matique Rousseau ami du patois .&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_201 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L266xH300/pictet-22119.jpg?1792441979' width='266' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la situation d&#233;mentira vite cette illusion. Alors que les r&#233;volutionnaires, fid&#232;les en cela au mod&#232;le fran&#231;ais dominant, n'utilisent qu'une &#233;criture fran&#231;aise, la publication patoise r&#233;appara&#238;t alors d&#233;but 1793, utilisant les registres exp&#233;riment&#233;s dans les ann&#233;es 1770, mais dans un retournement inattendu. Le patricien Pictet de Rochemont fait publier une s&#233;rie de longs pamphlets anonymes en prose patoise argumentative : il fait s'entretenir deux citoyens, dont un au moins est paysan d'un Mandement toujours favorable aux th&#232;ses d&#233;mocratiques. Au nom du bon sens populaire, les quatre dialogues &#8220;entre Jaquet et Jean-Marc&#8221; d&#233;noncent la nouvelle Assembl&#233;e nationale, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative jug&#233;e d&#233;magogique, et la menace d'&#233;galitarisme social qu'elle porte. La langue est excellente et montre combien la connaissance de l'idiome pouvait persister dans les couches dirigeantes de la soci&#233;t&#233; genevoise. Le propos de Pictet est directement li&#233;, en communication efficace, &#224; l'instauration du suffrage universel et &#224; la consultation d&#233;cisive de 1793. Avec cet effort d&#233;sesp&#233;r&#233;, qui violente les conventions diglossiques, il s'agit de toucher l'ensemble des citoyens : ceux qui pourraient mal comprendre le fran&#231;ais, mais plus largement tous ceux qui sont sensibles au signe de reconnaissance patoise des &#034;vrais&#8221; Genevois, face &#224; la menace fran&#231;aise et aux &#8220;Bonnets Rouges&#8221; suppos&#233;s la servir. et qui ne sera pas vain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet usage du patois dispara&#238;t avec la disparition du d&#233;bat politique. La victoire des r&#233;volutionnaires ne s'accompagne que de textes en fran&#231;ais. Leur d&#233;faite voit r&#233;appara&#238;tre le texte patois imprim&#233; : on en revient &#224; la chanson de moquerie, qui &#233;crase les vaincus, et ressoude la communaut&#233; genevoise dans une connivence r&#233;jouie. Maigre compensation &#224; la disparition de la R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la &#8220;r&#233;union&#8221; &#224; la France, la p&#233;riode imp&#233;riale s'accompagne significativement d'un d&#233;placement de l'int&#233;r&#234;t pour le patois. La fonction patrimoniale l'emporte, avec la premi&#232;re r&#233;&#233;dition (dont le ma&#238;tre d'&#339;uvre semble bien &#234;tre Sismondi) de chansons patoises de l'Escalade. L'optique est celle de la curiosit&#233; romaniste europ&#233;enne. Le parler de Gen&#232;ve est pr&#233;sent&#233; comme un rameau (moribond) de la langue romane m&#233;ridionale, et les chansons en t&#233;moignages linguistiques. &#8220;Ce petit recueil peut devenir pr&#233;cieux non-seulement aux Genevois et &#224; ceux qui s'occupent de l'histoire de ce D&#233;partement, mais encore des (sic) Philologues, qui verront combien la langue Romance a de rapports avec le Portugais, l'Espagnol, le Proven&#231;al ou l'Italien, ou plut&#244;t combien sont rapproch&#233;s tous les dialectes de la langue unique du midi de l'Europe&#8221;. Les textes sont donn&#233;s sans traduction, signe &#233;vident de la normalit&#233; relative de l'idiome.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais, dans les ann&#233;es 1810-1840, et dans un contexte de recul rapide de l'usage du patois, Gen&#232;ve ne participera pas publiquement aux efforts de cr&#233;ation d'une litt&#233;rature patoise romande, dont les centres seront Vaud et surtout Fribourg. Mais nous entrons ici dans une autre histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, &#224; la fin de l'&#226;ge des Lumi&#232;res, Gen&#232;ve a-t-elle &#233;t&#233;, en mati&#232;re d'&#233;criture patoise, anticipatrice originale (et solitaire) d'entreprises de communication efficace bient&#244;t reprises par la R&#233;volution fran&#231;aise. Mais aux d&#233;buts du romantisme, alors que l'int&#233;r&#234;t pour les patois et leur &#233;criture s'inscrivent dans la nouvelle sensibilit&#233; europ&#233;enne, Gen&#232;ve r&#233;affirme son souci de correction dans l'oralit&#233; fran&#231;aise , et perp&#233;tue r&#233;solument la seule &#233;criture fran&#231;aise, qui avait depuis trois si&#232;cles si fortement servi l'image de la R&#233;publique dans toute l'Europe .&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Merle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. : &lt;a href='https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue. Conclusion</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article604</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article604</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:45:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Suisse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Au terme de cette rapide &#233;tude, insistons sur les ressemblances de ces &#233;critures avec les &#233;critures dialectales de France, mais aussi sur leurs originalit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant 1789, le fran&#231;ais est un &#233;l&#233;ment du prestige social. Le peuple doit demeurer &#224; sa place, dans ses &#8220;patois&#8221;. La publication dialectale efficace est le fait de la seule (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-3-44308.jpg?1791715833' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette rapide &#233;tude, insistons sur les ressemblances de ces &#233;critures avec les &#233;critures dialectales de France, mais aussi sur leurs originalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1789, le fran&#231;ais est un &#233;l&#233;ment du prestige social. Le peuple doit demeurer &#224; sa place, dans ses &#8220;patois&#8221;. La publication dialectale efficace est le fait de la seule &#233;glise catholique. La publication pour le plaisir, rare en France, occupe surtout des registres compensatoires du Bon Ton : familiers, triviaux. Elle est inconnue en Suisse et Savoie, trop bonnes &#233;l&#232;ves. Mais si la Savoie, peu s&#251;re d'affirmer ainsi sa personnalit&#233;, persiste dans son silence, l'originalit&#233; suisse est de se saisir, en quelques ann&#233;es de pr&#233;-R&#233;volution, des tentatives fran&#231;aises : Vaud protestant compense sa francitude d'une &#233;criture famili&#232;re, Fribourg catholique tente l'aventure litt&#233;raire qui r&#233;habilite le patois vivant en idiome national. Le francoproven&#231;al couvre ainsi des registres qu'il ne conna&#238;t pas en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution qui veut que chacun soit &#233;duqu&#233; dans la langue nationale, afin de comprendre la loi sans interm&#233;diaires, pose dans sa pratique, la possibilit&#233; d'une &#233;criture politique de l'idiome. Comment ne pas souligner que la R&#233;publique de Gen&#232;ve avait d&#233;j&#224;, particuli&#232;rement &#224; partir des ann&#233;es 1760 en ce qui concerne l'&#233;criture politique, pos&#233; ces questions et tent&#233; de leur donner r&#233;ponses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 ans de guerres habituent des millions de jeunes Fran&#231;ais &#224; la langue de l'&#233;tat-nation. Savoyards et Suisses participent de ce brassage. A la ch&#251;te de l'Empire, si les idiomes demeurent usuels pour nombre de Fran&#231;ais, de Savoyards, de Suisses, la diffusion du fran&#231;ais, confort&#233;e par les progr&#232;s de l'instruction, de la lecture, est un fait d'&#233;vidence. Le fran&#231;ais, ma&#238;tre de l'&#233;crit, p&#233;n&#232;tre l'oralit&#233;. C'est alors que se fortifient, de fa&#231;on clairement compensatoire, les tentatives d'&#233;criture dans l'idiome. Ce mouvement, important dans le sud-est de langue d'oc, aboutit &#224; partir de 1841, &#224; un regroupement &#8220;renaissantiste&#8221; des auteurs. Par contre, quelle que soit la vivacit&#233; et la tonicit&#233; des entreprises d'&#233;criture en francoproven&#231;al, pareil renaissantisme ne se manifeste pas dans les r&#233;gions fran&#231;aises de parlers francoproven&#231;aux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence de la Savoie ballot&#233;e entre deux &#233;tats, la Suisse confirme alors son ind&#233;pendance. Mais Suisse romande et Savoie se placent d&#233;finitivement dans la mouvance culturelle de la France, dont elles vont accepter et mettre en oeuvre plus que jamais les id&#233;ologies de la langue. L'originalit&#233; savoyarde est de bloquer alors les conditions d'une naissance de l'&#233;criture dans l'idiome, dont les fruits retard&#233;s n'apppara&#238;tront que plus tard, avec par exemple la haute figure d'Am&#233;lie Gex. L'originalit&#233; suisse est de proposer, en quelques ann&#233;es, autour de 1840, les ambitions (abandonn&#233;es en France) et les moyens d'une grande &#233;criture moderne du francoproven&#231;al. A cet &#233;gard, la Suisse propose les th&#232;mes qui sont en France ceux de Jasmin et seront ceux du Felibrige. L'originalit&#233; suisse est aussi de mettre en &#339;uvre une autocensure linguistique bien plus forte que celle agissant dans les r&#233;gions fran&#231;aises de langue d'oc, autocensure telle que ce qui aurait pu &#234;tre entreprise d'importance europ&#233;enne est vite confin&#233; dans les d&#233;lices de la convivialit&#233; patoise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue - Pays de Vaud et Fribourg jusqu'en 1815</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article610</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article610</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:45:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Fribourg</dc:subject>
		<dc:subject>Vaud</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Python</dc:subject>
		<dc:subject>Castella</dc:subject>
		<dc:subject>Pettolaz</dc:subject>
		<dc:subject>Gremaud</dc:subject>
		<dc:subject>Vuippens</dc:subject>
		<dc:subject>Marindin</dc:subject>
		<dc:subject>Dupasquier</dc:subject>
		<dc:subject>d'Affry</dc:subject>
		<dc:subject>Ranz des vaches</dc:subject>
		<dc:subject>Bridel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; La dominance pr&#233;coce du fran&#231;ais ne rel&#232;ve pas ici de l'influence directe d'un &#233;tat-nation, mais de normes sociolinguistiques re&#231;ues de France et de Savoie. Mim&#233;tisme culpabilisant : la publication dans l'idiome, tol&#233;r&#233;e en France, est ici totalement absente avant les ann&#233;es 1780. Or, &#224; la fin du 18e si&#232;cle, Vaud et Fribourg sont le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot445" rel="tag"&gt;Fribourg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot453" rel="tag"&gt;Vaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot768" rel="tag"&gt;Python&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot769" rel="tag"&gt;Castella&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot770" rel="tag"&gt;Pettolaz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot771" rel="tag"&gt;Gremaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot772" rel="tag"&gt;Vuippens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot773" rel="tag"&gt;Marindin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot774" rel="tag"&gt;Dupasquier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot775" rel="tag"&gt;d'Affry&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot776" rel="tag"&gt;Ranz des vaches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot779" rel="tag"&gt;Bridel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-3-44308.jpg?1791715833' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La dominance pr&#233;coce du fran&#231;ais ne rel&#232;ve pas ici de l'influence directe d'un &#233;tat-nation, mais de normes sociolinguistiques re&#231;ues de France et de Savoie. Mim&#233;tisme culpabilisant : la publication dans l'idiome, tol&#233;r&#233;e en France, est ici totalement absente avant les ann&#233;es 1780. Or, &#224; la fin du 18e si&#232;cle, Vaud et Fribourg sont le berceau d'une tentative litt&#233;raire dialectale d'autant plus inattendue que l'&#233;criture francoproven&#231;ale est alors occult&#233;e en France (en dehors du foyer for&#233;zien) et en Savoie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe apparent, avant le bouleversement r&#233;volutionnaire, l'&#233;tat f&#233;d&#233;ral germanophone respecte la francitude de ces zones (anciennement savoyardes) dont l'oralit&#233; est largement francoproven&#231;ale, la culture &#233;crite et la tradition administrative fran&#231;aises. Les dirigeants bernois, soucieux de communication efficace, n'imposent pas l'allemand administratif aux Vaudois, leurs sujets depuis 1536. Indiff&#233;rents &#224; la pratique populaire du patois, les Bernois sont sensibles au prestige du fran&#231;ais, langue des cours, des &#233;lites, donc des notables dont ils ont besoin pour administrer. Et, pour la bonne soci&#233;t&#233; vaudoise, la francitude, participation &#224; la culture des Lumi&#232;res, est affirmation de dignit&#233;. Moins tol&#233;rante, l'oligarchie germanophone du canton de Fribourg (entr&#233; dans la Conf&#233;d&#233;ration en 1481) a remplac&#233; le fran&#231;ais par l'allemand administratif ; elle devra cependant transiger : le fran&#231;ais est conserv&#233; en Gruy&#232;re, pris &#224; la Savoie en 1535, et la germanisation de la soci&#233;t&#233; &#233;choue, malgr&#233; le ralliement des patriciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la situation n'est pas identique dans les deux zones voisines, et de parlers tr&#232;s proches. En pays de de Vaud :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'La langue du gouvernement, de la chaire, du barreau et de l'instruction publique est la fran&#231;aise. On la parle assez purement, quoique avec un accent tra&#238;nant, &#224; Lausanne et dans nos autres villes, et tous les habitans de la campagne la comprennent et s'en servent au besoin. Mais dans leur vie domestique et entr'eux, les paysans employent le patois qu'ils appellent Roman ou Reman'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph.S.Bridel, Essai statistique sur le Canton de Vaud, Zurich, Orell Fussli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites urbaines comprennent, et pratiquent, &#224; l'occasion, un idiome de plus en plus francis&#233; auxquel elles tiennent peu. Vaud protestant a vite bascul&#233; dans l'oralit&#233; fran&#231;aise. A l'&#233;vidence, le partage religieux a influ&#233; sur le destin de l'idiome : &#224; Fribourg poursuit Bridel,&lt;i&gt;'le vieux patois s'est conserv&#233; sans alt&#233;ration'&lt;/i&gt;. Malgr&#233; le statut de langue haute du fran&#231;ais, l'idiome est encore national, vivant dans toutes les couches de la soci&#233;t&#233; de ce canton catholique. La ruralit&#233; &#8220;b&#233;otienne&#8221; de Fribourg en est d'autant plus raill&#233;e par certains Vaudois. Il semblerait que les &#233;tudes sur l'idiome n'aient exist&#233; au 18e s. qu'en zone vaudoise, comme en conscience de la d&#233;faite du parler natal. Sa vitalite (relative) dans le canton de Fribourg ne suscite pas d'&#233;tudes de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que m&#251;rit la secousse r&#233;volutionnaire, quel est le statut du &#8220;romand&#8221; ? En Pays de Vaud, la bourgeoisie &#233;clair&#233;e est embarrass&#233;e de ce legs de l'histoire, dont elle n'a fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Viret, Pierre, d'Orbe, 1511-1571, disciple vaudois de Farel, disait &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ne peut faire usage ni dans sa dimension &#8220;nationale&#8221; ni dans sa r&#233;duction sociologique. Sa conscience linguistique se situe mal entre la p&#233;joration (parler abandonn&#233;e aux ruraux), et la fiert&#233; patriotique d'y retrouver la langue qui engendra les Troubadours. Bertrand en t&#233;moigne au passage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'unique ouvrage suisse du si&#232;cle en traitant, E. Bertrand, Recherches sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et informe l'Europe cultiv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Court de Gebelin, Dictionnaire &#233;tymologique de la langue fran&#231;aise, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des &#233;rudits (pasteurs, professeurs) produisent vocabulaires, grammaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grammaire patoise du pays de Vaud, B.M.Rouen, ms 2402. Les vocabulaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais si l'idiome ne s'imprime pas, quelques traces manuscrites t&#233;moignent d'un &#233;cart&#232;lement d'&#233;criture : dans &lt;i&gt;Lo Conto dau Craizu&lt;/i&gt;, compos&#233;e vers 1730, De la Rue, secr&#233;taire du Grand Baillif de Lausanne, met en sc&#232;ne pour la d&#233;lectation des amateurs la parole na&#239;ve d'un vieux paysan. Aux antipodes de cet usage &#8220;non litt&#233;raire&#8221; pointe la tentation d'utiliser le patois en langue : selon Bertrand, Clerc, professeur &#224; Lausanne, a traduit Ovide au d&#233;but du 18e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Fribourg, seul un usage manuscrit situ&#233; hors de toute ambition d'&#233;criture semble attest&#233;. L'usage est vecteur de satire ou de convivialit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication dans l'idiome natal, depuis toujours inconnue ici, appara&#238;t, peut-&#234;tre en sympt&#244;me de d&#233;faite, en ces ann&#233;es l780 o&#249; la victoire du fran&#231;ais appara&#238;t in&#233;luctable. Dans les deux zones, cette naissance semble li&#233;e par des m&#233;diations complexes &#224; l'&#233;panouissement des Lumi&#232;res, au bouillonnement pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Telles ces fleurs quelques heures apparues dans le d&#233;sert, l'entreprise litt&#233;raire se r&#233;v&#232;le subitement, pour dispara&#238;tre presqu'aussit&#244;t. Non sans avoir parcouru, dans sa vie &#233;ph&#233;m&#232;re, les registres contradictoires lentement explor&#233;s, au fil des g&#233;n&#233;rations, dans les zones fran&#231;aises &#224; idiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la Suisse al&#233;manique, la 'Romandie' est grosse du pr&#233;-romantisme europ&#233;en. Mais l'idiome ne participe pas, initialement, de ces &#233;mois : depuis Paris Rousseau popularise l'air de ce &lt;i&gt;Ranz&lt;/i&gt;, embl&#233;matique de 'l'affection native', il en n&#233;glige les paroles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.J.Rousseau, &#8220;Air suisse appel&#233; le rans des Vaches&#8221;, Dict. de Musique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La reconnaissance et l'&#233;criture de l'idiome, &#224; la diff&#233;rence de ce qui peut se passer en France, ne rel&#232;veront qu'indirectement de la r&#233;sonance aux courants de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers signes viennent du Canton de Fribourg : apparemment excentr&#233;, il est en fait, par le commerce du gruy&#232;re, le mercenariat, ouvert aux id&#233;es nouvelles. Or son patriciat, destructeur des antiques institutions, dirige seul, face &#224; l'hostilit&#233; populaire et bourgeoise. En l78l, la r&#233;volte paysanne, encadr&#233;e par des bourgeois et des &#8220;talents&#8221;, est &#233;cras&#233;e. Un des chefs, l'avocat Castella, a pu fuir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Nicolas Andr&#233; Castella, populaire par sa d&#233;fense des droits des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inventaire de ses papiers entraine de nombreuses inculpations, et un incident r&#233;v&#233;lateur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;L'avocat Python&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Python est n&#233; en 1744 &#224; Arconciel, entre Gruy&#232;re et Fribourg. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, dont on lut une lettre patoise &#224; Castella, &#233;crite en hiver, qui parle trop librement des affaires de Gen&#232;ve et d'Am&#233;rique, &#233;tant plus suspect que le pr&#233;c&#233;dent, a &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233; &#224; condition que si, aujourd'hui, dans les papiers qu'il ira lui-m&#234;me chercher chez &lt;/i&gt;&lt;i&gt;lui avec des officiers de justice, on ne trouve rien qui le rende coupable, cela en restera l&#224;, &#224; l'avocatie pr&#232;s dont il doit &#234;tre priv&#233;. Mais que si quelque papier le rend encore plus suspect, il sera de nouveau emprisonn&#233;, et le rapport fait en Deux-Cents. Au reste, cet homme a parl&#233; de la Handfeste des Comtes de Kybourg&lt;/i&gt; ( charte de 1249)&lt;i&gt; qu'il a chez lui et qu'il a &#233;t&#233; charg&#233; de traduire en fran&#231;ais. Apparemment que c'&#233;tait Raccaud&lt;/i&gt; (un des chefs de la r&#233;volte) &lt;i&gt;qui l'en avait charg&#233;, et que ce titre a servi de pr&#233;texte aux auteurs de la r&#233;volte pour s&#233;duire le pauvre peuple&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diesbach, &#8220;Journal d'un contemporain &#8221;. L'Emulation, Fribourg, 1853.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on ne fait pas mention d'autres textes en patois. Mais la lettre (non conserv&#233;e), dont on souligne implicitement le caract&#232;re inusit&#233;, ne suscite pas de remarques sur son choix de langue. Elle n'est incrimin&#233;e que pour son contenu, sans pour autant, &#233;videmment, que le patois soit reconnu &#224; l'&#233;gal de la langue haute. Quel sens donner &#224; cet usage priv&#233; ? D&#233;jouer la censure ? A l'&#233;vidence, une lettre patoise ne d&#233;concerte pas ces notables. Se faire plaisir ? Sans doute. Le patois d&#233;passe-t-il ici les registres habituels de la moquerie, ou de la connivence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Etrennes Fribourgeoises, t.II, 1866, A.Daguet donne un billet de 1761 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Il est &#233;videmment exclu que l'usage du patois marque l'inf&#233;riorit&#233; culturelle : un ami de Python, Pettolaz, soulignera &lt;i&gt;&#8220;le caract&#232;re franc et jovial de cet homme, qui, malgr&#233; son apparente simplicit&#233;, n'en est pas moins l'avocat le plus instruit du canton&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Bridel, 25 juin 1792, in P.Aebischer, &#8220;Le Doyen Bridel et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Appara&#238;t-il &#224; ses amis comme le tenant maniaque de l'&#233;criture de l'idiome, que l'on tol&#232;re mais qui amuse ? Pour un esprit &#233;clair&#233;, ouvert au monde et de culture fran&#231;aise, l'&#233;criture de l'idiome, loin d'&#234;tre cl&#244;ture localiste, pass&#233;iste, ne peut-elle &#234;tre connivence patriotique, prise de distance avec un patriciat germanophone par ostentation sociale, sympathie pour le monde rural qui lutte ? L'idiome ne semble pas en tout cas &#234;tre une arme publique : alors que le relais de la contestation est pris, pour des ann&#233;es, par la bourgeoisie, c'est en fran&#231;ais mordant que Castella et Python, participent (anonymement) &#224; la guerre des pamphlets qui suit la r&#233;volte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans la satire Le Tocsin Fribourgeois, 1783, le patois perce par quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre l786 le professeur de belles-lettres Lanteires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanteires, Jean, Lausanne, 1756-1797. Sa famille est d'origine languedocienne.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cr&#233;e le &lt;i&gt;Journal de Lausanne&lt;/i&gt;, premier journal de la cit&#233;. D&#232;s le 16 juin l787, &#224; l'exemple du &lt;i&gt;Journal de la Langue Fran&#231;oise&lt;/i&gt;, de Domergue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. R.Merle, &#8220;L'&#233;criture du proven&#231;al, 1775-1840&#8221;, C.I.D.O, B&#233;ziers, 1990.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; plus que de la presse fran&#231;aise de province, il s'ouvre au dialecte avec &lt;i&gt;La Cliotsa&lt;/i&gt; (&#8220;la Cloche&#8221;), dialogue non traduit entre un paysan et un chaudronnier ambulant. C'est dire que la plupart des lecteurs, par d&#233;finition cultiv&#233;s, comprennent l'idiome. L'all&#232;gre sautillement de l'octosyllabe propose une ruralit&#233; na&#239;vement matoise, ext&#233;rieure &#224; la culture et par l&#224; d&#233;lectable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dialogue en Patois du Pays-de-Vaud. LA CLIOTSE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-&#234;tre la na&#239;vet&#233;, le ton de la plaisanterie rustique, qu'on remarque dans ce Dialogue, &amp; surtout la consid&#233;ration de ce qu'il contribue &#224; la vari&#233;t&#233; que nous nous sommes impos&#233;s, pourront nous excuser de l'avoir ins&#233;r&#233;, m&#234;me aupr&#232;s de nos lecteurs, qui ignorent l'Idiome dans lequel il est &#233;crit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo Magnin Pierro et Djonin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Djonin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ai ! Dieu vos aidai, Ma&#238;tr&#233; Pierro,&lt;/i&gt;Eh ! Dieu vous aide, ma&#238;tre Pierre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Recueil ...suivant les divers dialectes de la Suisse fran&#231;aise, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne vos &#233; vu du ne f&#233; guerro.&lt;/i&gt;Il y a longtemps que je ne vous ai vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo Magnin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah ! serviteu, l'ami Djonin ;&lt;/i&gt;Ah ! serviteur, l'ami Jannin,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tot tsi vos se poart&#233; te bin.&lt;/i&gt;Tout chez vous se porte-t-il bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Ma fai ad&#233; comin vos fed&#233;,&lt;/i&gt;Ma foi toujours comme vous savez ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voliai vos rin no veni verr&#233;,&lt;/i&gt;Voulez-vous pas venir nous voir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ma ne faudrai pas bin tarda,&lt;/i&gt;Mais il ne faudrait pas bien tarder,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Noutr&#233;s poais pressons d&#233; ferra ;&lt;/i&gt;Nos porcs pressent de ferrer ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et nin coqui&#233; tracasseri&lt;/i&gt;Et nous avons quelques tracasseries&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que voedr&#233; fair&#233; resservi.&lt;/i&gt;Que je voudrais faire resservir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo M.L'ai aodri fair&#233; na tornaye.&lt;/i&gt;J'irai y faire ma tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Ma dit&#233;s, m&#233; vint na pinsaye,&lt;/i&gt;Mais il me vient une pens&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y&#233; na villie cliotse imbertcha,&lt;/i&gt;J'ai une vieille cloche &#233;br&#233;ch&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se la volia atseta ;&lt;/i&gt;Si vous la vouliez acheter ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yen su on pou imbarrassi,&lt;/i&gt;J'en suis un peu embarrass&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pardrai vos l'arrai bon martsi.&lt;/i&gt;Pardi vous l'aurez bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Faudr&#233; la vairr&#233;.&lt;/i&gt;Il faudrait la voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Lo vu bin,&lt;/i&gt;Je le veux bien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et dau prix vos serrai contint ;&lt;/i&gt;Et du prix vous serez content ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Veni tsi nos cutsi sta n&#233;,&lt;/i&gt;Venez chez nous coucher cette nuit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne farins pardai le brec&#233; :&lt;/i&gt;Nous ferons pardi des gauffres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vos bairrai dao vin d&#233; mon cru,&lt;/i&gt;Vous boirez du vin de mon cru,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que n'est pas dai plie mau venu.&lt;/i&gt;Qui n'est pas des plus mal venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Ma fai ne lo refuso pas,&lt;/i&gt;Ma foi je ne le refuse pas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Teni, vo z&#233; ad&#233; ama ;&lt;/i&gt;Tenez, je vous ai toujours aim&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et se pu vos rindr&#233; servisso,&lt;/i&gt;Et si je peux vous rendre service,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voaique ma man.&lt;/i&gt;Voil&#224; ma main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Ye vos remacho.&lt;/i&gt;Je vous remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Y&#233; v&#233; prindr&#233; ma martchandi.&lt;/i&gt;Je vais prendre ma marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Alla gailla &amp; vos coaiti.&lt;/i&gt;Allez vite et vous d&#233;p&#234;chez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.M&#233; voaits&#233;, y&#233; prai mon sats&#233;t ;&lt;/i&gt;Me voici, j'ai pris mon sac ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Partins, n'aoblia pas lo bidet.&lt;/i&gt;Partons, n'oubliez pas le cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Ah ! sin l'aoblaye que lo vus,&lt;/i&gt;Ah ! sans l'oublier que je veux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M'a cota trinta bios ecus,&lt;/i&gt;Il m'a co&#251;t&#233; trente beaux &#233;cus ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'est ma fai d&#233; na boena race,&lt;/i&gt;Il est ma foi de bonne race,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aomeillo comm'on tsin de tsasse ;&lt;/i&gt;Docile comme un chien de chasse ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vodr&#233; in avai encoa doux,&lt;/i&gt;Je voudrais en avoir encore deux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De mon coesin Djaquie Pellioux ;&lt;/i&gt;De mon cousin Jacques Pellieux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Me faut avai on boenapliai,&lt;/i&gt;Il me faut avoir un bon attelage,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Porri fair&#233; coquie tserrai ;&lt;/i&gt;Pour faire quelques charrois ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yarri de l'ardzin franc &amp; net,&lt;/i&gt;J'aurai de l'argent sec et net,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por payi coquies interets :&lt;/i&gt;Pour payer quelques int&#233;r&#234;ts :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Diabe sai f&#233; d&#233; staos devalles,&lt;/i&gt;Diantre soit fait de ces dettes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le m&#233; font veri les cervalles.&lt;/i&gt;Elles me font tourner la cervelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Lien a zu ad&#233; d&#233; tot tin.&lt;/i&gt;Il y en a eu de tout temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Vai, ma ye m'in passer&#233; bin.&lt;/i&gt;Oui, mais je m'en passerais bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Nos voaits&#233; astou ao velladzo.&lt;/i&gt;Nous voici bient&#244;t au village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.On m'a de que Monsieu lo Dzedzo&lt;/i&gt;On m'a dit que Monsieur le Juge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vendai enna pousa per pia,&lt;/i&gt;Vendait une pose par pie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vaudr&#233; l'avai contr&#233; mon pra,&lt;/i&gt;Je voudrais l'avoir contre mon pr&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fari vaillai commin fau,&lt;/i&gt;Je la ferai valoir comme il faut,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Etyarri dao blia bon &amp; biau.&lt;/i&gt;Et j'aurai du bl&#233; bon et beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Me faudr&#233;t astou rebati&lt;/i&gt;Il me faudra bient&#244;t reb&#226;tir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Noutro tai contr&#233; lo dzordzi,&lt;/i&gt;Notre toit du c&#244;t&#233; du vent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La ! faut ad&#233; prindr&#233; pachence,&lt;/i&gt;L&#224; ! faut toujours prendre patience,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo mo n'est pas tot de na rentse.&lt;/i&gt;Le mal n'est pas tout d'une venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M.Nos voaits&#233; enfin arreva,&lt;/i&gt;Nous voici enfin arriv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Allins gailla nos reposa,&lt;/i&gt;Allons bravement nous reposer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;F&#233;na, f&#233;na !&lt;/i&gt;Femme, femme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Margoton.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traiso ma vatse.&lt;/i&gt;Je trais ma vache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Vins vito c&#233;, &amp; t&#233; d&#233;patse.&lt;/i&gt;Viens vite ici et te d&#233;p&#234;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Margoton.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#233; fio que te n&#233;s pas voaisu,&lt;/i&gt;Je crois que tu n'es pas &#224; vide,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Crouyo tsin, t&#233; bin atendu,&lt;/i&gt;Mauvais chien je t'ai bien attendu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te revins a dai ball&#233;s haur&#233;s :&lt;/i&gt;Tu reviens &#224; de belles heures :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tandur que te ne fas qu&#233; bair&#233;,&lt;/i&gt;Tandis que tu ne fais que boire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#233; faut ice m&#233;scormantsi&lt;/i&gt;Il me faut ici m'&#233;chiner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du n'aub'a l'autra sin botsi.&lt;/i&gt;D'une aube &#224; l'autre sans cesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Vins c&#233;, t&#233; dio.&lt;/i&gt;Viens ici, je te dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Margoton.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est te tot &#231;oce.&lt;/i&gt;Qu'est-ce que tout ceci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D.Teni, Pierro, voaique ma cliotse.&lt;/i&gt;Tenez, Pierre, voil&#224; ma cloche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, le 21 juillet 1787, un autre texte situe, sans explications, l'idiome dans un tout autre registre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TRADUCTION en Patois du Pays-de-Vaud, d'un morceau du Roman du Ministre de Wakefield, Tome I, page 7.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait inutile de dissimuler la satisfaction que j'avais, quand je voyais mes petits autour de moi : mais celle de ma femme &#233;tait encor, pour ainsi dire, plus grande que la mienne, quand ceux qui nous faisaient visite, venaient &#224; dire : &#8220;En v&#233;rit&#233;, Madame Primrose, vous avez les plus beaux enfans de tout le pays ! &#8221;. &#8220;Ah ! voisin, r&#233;pondait-elle, ils sont comme Dieu les a faits ; assez beaux, s'ils sont assez bons ; car beau est, qui bien fait&#8221;. En m&#234;me tems, elle disait &#224; ses filles de tenir leur t&#234;te droite ; &amp;, pour ne rien dissimuler, elles &#233;taient effectivement fort jolies&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne servetrai rin det catsi la dzouye qu'av&#233;, quand vay&#233; mets petits daiveron met : ma la dzouye det ma f&#233;na &#233;tai, faut te deret, encora pllie granta qui&#232; la minna, quand lets dzins que veniont nos trova set mettiont &#224; deret : &#8220;Certa, Tanta Primmarousa, vo ai lets pllie biaux infans det tot lo pa-i&#8221;. &#8220;Medai ! vesin, se le desai, sont comin lo bonDieu lets a f&#233; ; prao biaux, se sont prao bons ; car biau est, que bin fa&#8221;. Adon, le desai a noutrets felli&#233;s det set teni drait&#233;s ; &amp; por deret la vereta, l'&#233;tiont, sin l'autro, bin gal&#233;ses. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette curieuse entreprise (prose et traduction du c&#233;l&#232;bre roman &#8220;sensible d'Olivier Goldsmith, paru en 1766) n'a pas d'&#233;quivalents dans les productions occitane et francoproven&#231;ale du temps. &lt;i&gt;La Cliotsa&lt;/i&gt; maintenait l'idiome dans le domaine de la plaisanterie famili&#232;re, la traduction en prose, dans un registre &#224; la fois noble et familier, l'&#233;l&#232;ve &#224; la Lettre moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, c'est la cr&#233;ation d'un journal d'expression fran&#231;aise qui permet la premi&#232;re publication de textes dialectaux. Elle atteste que des amateurs &#233;crivent, dans leur quant-&#224;-soi. L'un de ces anonymes est cependant ais&#233;ment rep&#233;rable. On peut en effet rapprocher ces occurences dialectales de l'entreprise initi&#233;e alors par le jeune Bridel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bridel, Philippe Sirice, 1757-1845. N&#233; &#224; B&#233;gnins, en pays de Vaud, Bridel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ses publications veulent, par l'imitation des grandes oeuvres contemporaines, fonder une litt&#233;rature helv&#233;tienne d'expression fran&#231;aise, inspir&#233;e des m&#339;urs, paysages et sujets nationaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Bridel, &#8220;Discours pr&#233;liminaires sur la po&#233;sie nationale&#8221;, Po&#233;sies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment ignorer la r&#233;alit&#233; de l'idiome ? Le pasteur, porteur de la francophonie, ne saurait d&#233;daigner la langue populaire. Mais au del&#224; d'une comunication efficace orale, il s'int&#233;resse au patois, signifiant tant du &#8220;peuple&#8221; que de la &#8220;nation&#8221;. Bridel, ami de Lanteires, n'est pas &#233;tranger &#224; la publication des deux textes qui situent cette &#233;criture entre la parole populaire intraduisible (&lt;i&gt;La Cliotsa&lt;/i&gt; ), et &#8220;le comme si&#8221; d'une prose majeure (la traduction, dont il est sans doute l'auteur). Ouverture et fermeture ? La plaisanterie paysanne pose l'idiome, en compensation savoureuse d'une culture toute fran&#231;aise. La traduction ouvre le patois aux autres cultures, &#224; l'universel. De l&#224; &#224; tenter l'aventure litt&#233;raire &#8220;nationale&#8221; ... Ce serait difficile quand, m&#234;me en Suisse al&#233;manique o&#249; na&#239;t l'idylle dialectale, des auteurs choisissent le fran&#231;ais pour chanter la vie simple et la beaut&#233; des montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'av&#232;nement d'une litt&#233;rature 'nationale' dans l'idiome viendra du canton de Fribourg. Elle s'autorise, dans la mode du temps, de l'imitation de l'antique : en l788, Python, qui a recouvr&#233; sa charge d'avocat, commence &#224; publier en fascicules ses &lt;i&gt;Bucolicos&lt;/i&gt;, traduites de Virgile (ce mode de publication explique l'inexactitude des indications bibliographiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ebert,Allg.bibliographisches lexicon, Leipzig, 1830, Kuenlin, Dict.du canton (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Le titre est fracassant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;BUCOLICOS d&#232; Virjile, in dix &#233;clogu&#232;s, traduit&#232;s in Vers h&#232;ro&#239;cos &amp; Dialecte Gruv&#232;ren, per on Po&#235;te Helv&#232;to-Nuithonien, et d&#232;diay&#232;s &#224; tits l&#232;s Compatriotos, Amataurs d&#232; la Po&#235;sie &amp; Protecteurs deis Hienh&#232;s &amp; deis Arts. Prix, 7 bat&#231;es l'Ecl&#244;ga per Souscription, si non, 8 b. 3 kr. A Fruabouarg in Suisse, Vers Beat-Luvis Piller, Imprimeur d&#232; LL.EE. 1788.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Python fait doublement sortir du n&#233;ant l'&#233;criture de l'idiome natal : il l'affirme tant par sa traduction en vers que par sa glose en prose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;fahe&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de l'&#233;dition originale. Les &#233;ditions ult&#233;rieures offrent quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; possement&#232; on yageo l'ovrageo prom&#232;s : vei, vueitidez-lo c&#233;. Se gl-&#233; t&#231;aum &#224; datto, n'est zau qu&#232; dins la yuva d&#232; mix pl&#233;re &#224; m&#232;s Lecteurs&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On mesure d&#232;s la premi&#232;re phrase la difficult&#233; de concilier la notation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Addonc ressuscitar on lingageo insev&#232;li dins l'obscurit&#224; dupus diora do&#251;s mille ans, ind &#233;tablir &amp; assignar &#224; t&#231;aqu&#232; partia de l'or&#233;son s&#232;s reigl&#232;s particul&#239;r&#232;s, les f&#233;re &#224; geu&#239;r le b&#238; premir yageo tant in prosa, qu'in vers, n'est pas on&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;T&#226;che&#8221; est masculin.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; t&#226;t&#231;o asse facilo &#224; rimplar, qu'on le s&#232; porreit ben imaginar au premier abouard. M'ind sus ter&#237; portant, &amp; avuei la satisfaction qu&#232;, se moun ovrageo n'a pas oncora totta la perfection d&#233;sirabla, l&#232;s pein&#232;s incro&#239;ables que m&#232; sus baill&#232;s por la lei &lt;/i&gt;&lt;i&gt;procurar, deivont rendre mes f&#244;t&#233;s excusabl&#232;s, sur-tot s'on vaut ben consid&#232;rar qu'&#224; l'aventageo d'&#238;hre le premir d&#232; soun esp&#233;ce, eil r&#232;unet oncora ci d&#232; dissipar totalament l'erreur y&#244; una bouna impartia de m&#232;s compatriotos sont zaus tant qu'ora, qu'oun idi&#244;mo apport&#224; et plant&#224; dins laur pays per l&#232;s maitr&#232;s de l'univers, oun idi&#244;mo qu&#232; d&#232;rouv&#232; les tr&#232;s quarts d'au latin, et le risto dau grec et d&#232; l'h&#233;breux, cons&#232;quament deis tr&#232;s linvu&#232;s les ples s&#231;avant&#232;s, l&#232;s ples ret&#231;&#232;s, l&#232;s ples balles &amp; l&#232;s ples polli&#232;s, manqueit d&#232; termos, d&#232; biait&#225;s, d&#232; reigl&#232;s, d&#232; principes, et singul&#239;rement qu'&#244;sse le def&#244;t d'h&#238;re inscriptiblo. Effectivament se gl-&#233;criso datto deis caract&#233;ros que t&#231;acon s&#231;at liaire dau premir co&#251;p, &#224; qu&#244;qu&#232;s pitit&#232;s observations pr&#238;s, et qu'on trov&#233;ret c'-apr&#238;s, sa scriptitibilit&#225; n'esh-e pas d&#233;mohra&#239;e ? se les termos dont ll'est compos&#225;, sont prau abondents por translatar les linvu&#232;s tant vivent&#232;s qu&#232; mouart&#232;s, sa ret&#231;&#232;he n'esh-e pas messa in &lt;/i&gt;&lt;i&gt;evidenhe ? se l&#232;s rac&#232;n&#232;s d&#232; haus termos, dont ne diff&#233;ront sovent pas d'au tot, quement homo, terra, planta, semen, etc. et deis yageos qu&#232; d'ouna lettra, d'ouna sillaba, aut d&#232; termin&#232;son, quement &#226;pro, corna, dona, vin, pan, fam, seits, utilo, solido, etc., sont plein&#232;s d'&#233;nergie, d&#232; grah&#232;s et d&#232; biait&#225;s, nequ&#233; porret contestar haus pr&#233;rogativ&#232;s &#224; laurs d&#233;rouv&#225;s ? Se tott&#232;s les linvu&#232;s d'au mondo ll'ant deis principes g&#233;nerols et quemons intr&#232; laurs, se t&#231;acouina ll'a sa fahon particul&#239;re d&#232; declinar, conjugar et d&#232; plaih&#239;r l&#232;s mots dins la construction, in on mot, se t&#231;acouna ll-a sa syntaxe &#224; part, per quena r&#233;son &amp; fatalit&#225; esh-e qu&#232; la no&#251;hra ind sereit priva&#239;e ? L&#232;s a donc quement les &#244;tr&#232;s avuei laurs ret&#231;&#232;h&#232;s, grah&#232;s, biaut&#225;s ; &amp; ne ley a qu'&#224; liaire sti pitit essai qu'ind puble&#239;o, por s'ind convaincre. La mateire qu'ind f&#226;t le souget ll-est l&#232;s BUCOLICOS DE VIRGJILE, seit d&#239;x t&#231;ants d&#232; Bergirs nomm&#225;s Ecl&#244;gu&#232;s, traduits in vers h&#233;ro&#239;c&#244;s remands et dialecte gruv&#232;ren. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Mateire qu'&#233; crussa d'&#244;tant mex deveit &#238;hre goh&#226;&#239;e, qu&#232; la ya pastorala f&#226;t et l&#232;s d&#233;lic&#232;s et l'ouna deis ples gross&#232;s ret&#231;&#233;h&#232;s d&#232; la Patria. Se gl-&#233; d&#233;ven&#226; giusto, &amp; rendu &#224; mins-mol ne vus pas dre l&#232;s biaut&#225;s (car n'arri giam&#233;s la feibl&#232;he et la pr&#233;somption d&#232; le creire) mas l'id&#233; d&#232; moun inimitablo Oteur, m&#232; creiri prau d&#233;domag&#237; d&#232; m&#232;s pein&#232;s, et mon content&#233;ment sereit &#224; son comblo, se mon pitit ovrageo poveit on moment amusar s&#232;s lecteurs, et se ll-aveit le bounhaur d&#232; laur pl&#233;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por facilitar la lectura d'on lingageo imprima por le premir yageo, on trov&#233;ret c'-apr&#238;s qu&#244;qu&#232;s Observations sus l&#232;s lettr&#232;s dont la prononciation subit le mex d&#232; variations.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;./../ C, pr&#232;c&#232;d&#225; d'on t, &amp; c&#233;dill&#225; d&#233;vant tott&#232;s l&#232;s voyell&#232;s s&#232; prononh&#232; quement z aut tz deis Allemands. Ch, quement dins le franch&#233;s, hormis dins l&#232;s mots que vignont d'au grec, y&#244; s&#232; prononh&#232; quement k. Ch, pr&#232;c&#232;da d'on s prend la prononciation d'au tsch deis &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Allemands./.../ G, d&#233;vant e, totaivi quement s'&#238;r&#232; pr&#233;c&#233;d&#226; d'on d. G, d&#233;vant i totaivi quement dins l'italien. Gl solets, item dins eigl, eigland, Gl&#244;do, glena, glenar, quement l'elle mollia deis franch&#233;s. H aspira&#239;e, quement dins le franch&#233;s. H non aspira&#239;e, d&#232;-m&#238;mo. H dauhe aut c&#233;dilla&#239;e, quement s'&#238;r&#233; pr&#232;c&#232;da&#239;e d'oun s. J counsouna aut d&#233;vant les vo&#239;ell&#232;s, quement dins le franch&#233;s. I vo&#239;ella, m&#238;ma t&#231;ousa. LL sollet&#232;s aut dins eill, add&#237;s quement l'elle mollia deis franch&#233;s. OL, quement &#244;, aut totaivi grand, sof dins sol, quand signifi&#232; s&#233;lau, terrein, aut notta, y&#244; sont courts, quement dins b&#233;-mol.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc du premier exemple publi&#233; de prose patoise (poursuivie dans l'introduction de chaque &#233;glogue) : Python ne la traduit pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction J.L.Moratel, Bibl. romane de la Suisse, Lausanne, Blanchard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne l'accompagne pas de notes. Signe qu'il consid&#232;re s'adresser &#224; un public national majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici pourtant une fois l'ouvrage promis : oui, voyez-le ci. Si j'ai ch&#244;m&#233; avec, ce n'a &#233;t&#233; que dans la vue de mieux plaire &#224; mes lecteurs. Alors ressusciter un langage enseveli dans l'obscurit&#233; depuis bient&#244;t mille ans, en &#233;tablir et assigner &#224; chaque partie de l'oraison ses r&#232;gles particuli&#232;res, les faire jouer la belle premi&#232;re fois tant en prose qu'en vers, ce n'est pas une t&#226;che aussi facile &#224; remplir qu'on se le pourrait bien imaginer au premier abord. Je m'en suis tir&#233; pourtant, et avec la satisfaction que, si mon ouvrage n'a pas encore toute la perfection d&#233;sirable, les peines incroyables que je me suis donn&#233;es pour la lui procurer, doivent rendre mes fautes excusables, surtout si l'on veut bien consid&#233;rer qu'&#224; l'avantage d'&#234;tre le premier de son esp&#232;ce, il r&#233;unit encore celui de dissiper totalement l'erreur o&#249; une bonne partie de mes compatriotes ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, qu'un idi&#244;me apport&#233; et plant&#233; dans leur pays par les ma&#238;tres de l'univers, un idi&#244;me qui d&#233;rive les trois quarts du latin et le reste du grec et de l'h&#233;breu ; cons&#233;quemment des trois langues les plus savantes, les plus riches, les plus belles et les plus polies, manque de termes, de beaut&#233;s, de r&#232;gles, de principes, et singuli&#232;rement qu'il ait le d&#233;faut d'&#234;tre inscriptible. Effectivement si je l'&#233;cris avec des caract&#232;res que chacun sait lire du premier coup, &#224; quelques petites observations pr&#232;s, et qu'on trouvera ci-apr&#232;s, sa scriptibilit&#233; n'est-elle pas d&#233;montr&#233;e ? Si les termes dont il est compos&#233;, sont assez abondants pour translater les langues tant vivantes que mortes, sa richesse n'est-elle pas mise en &#233;vident ? Si les racines de ces termes, dont ils ne diff&#232;rent souvent pas du tout, comme &lt;i&gt;homo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;terra&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;planta&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;semen&lt;/i&gt;, etc., et des fois que d'une lettre, d'un syllabe, ou de terminaison, comme &lt;i&gt;&#226;pro&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;corna&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dona&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;vin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;pan&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fam&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;seits&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;utilo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;solido&lt;/i&gt;, etc., sont pleines d'&#233;nergie, de gr&#226;ces et de beaut&#233;s, qui pourra contester ces pr&#233;rogatives &#224; leurs d&#233;riv&#233;s ? Si toutes les langues du monde ont des principes g&#233;n&#233;raux et communs entre elles, si chacune a sa fa&#231;on particuli&#232;re de d&#233;cliner, de conjuguer et de ployer les mots dans la construction ; en un mot, si chacune a sa syntaxe &#224; part, par quelle raison et fatalit&#233; est-il que la n&#244;tre en serait priv&#233;e ? Elle les a donc comme les autres, avec leurs richesses, gr&#226;ces, beaut&#233;s, et il n'y a qu'&#224; lire ce petit essai que j'en publie, pour s'en convaincre. La mati&#232;re qui en fait le sujet est les Bucoliques de Virgile, soit dix chants de bergers, nomm&#233;s Eclogues, traduits en vers h&#233;ro&#239;ques romans et dialecte gruy&#233;rien. Mati&#232;re que j'ai crue d'autant plus devoir &#234;tre go&#251;t&#233;e, que la vie pastorale fait et les d&#233;lices et l'une des plus grandes richesses de la patrie. Si j'ai devin&#233; juste et rendu &#224; moins mal, je ne veux pas dire les beaut&#233;s (car je n'aurai jamais la faiblesse et la pr&#233;somption de le croire), mais l'id&#233;e de mon inimitable auteur, je me croirai assez d&#233;dommag&#233; de mes peines et mon contentement serait &#224; son comble, si mon petit ouvrage pouvait un moment amuser ses lecteurs et s'il avait le bonheur de leur plaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faciliter la lecture d'un ouvrage imprim&#233; pour la premi&#232;re fois, on trouvera ci-apr&#232;s quelques observations sur les lettres dont la prononciation subit le plus de variations&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le po&#232;me appara&#238;tra sans doute artificiel aux dialectophones &#8220;naturels&#8221; : ind&#233;pendamment du choix du sujet, on a reproch&#233; &#224; Python sa syntaxe fran&#231;aise, son lexique francis&#233; : faut-il pour autant se moquer ? Dans sa po&#233;tique, Python n'est pas plus illisible que bien des auteurs fran&#231;ais d'alors. Dans son choix de langue, il a risqu&#233; l'aventure de la dignit&#233; litt&#233;raire, sans la fabrication de l'ordinaire pittoresque compensatoire, mais r&#233;ducteur. L'enjeu n'est pas de r&#233;habiliter le parler du peuple sociologique mais celui d'un Peuple-Nation, aussi minuscule et isol&#233; soit-il. Le dialecte gru&#233;rin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arconciel est aux limites du parler de la Gruy&#232;re et de celui des r&#233;gions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (parler de la montagne et des bergers) appara&#238;t &#224; Python doublement efficace : parfaitement adapt&#233; au th&#232;me bucolique, il permet d'utiliser l'idiome national en puret&#233; et dignit&#233; maintenues. Cette &#233;criture est patriotique : la pr&#233;face comme en r&#233;v&#233;lation son absolue nouveaut&#233;, la difficult&#233; extr&#232;me de passer d'un parler (oralit&#233;) &#224; une Langue &#233;crite. Cette affirmation nationalitaire est implicite dans la traduction : &lt;i&gt;Bucolica, Ecloga I. Bucolicos, Ecl&#242;ga I&lt;/i&gt;. ... Le face &#224; face latin-dialecte, page contre page, exclut le fran&#231;ais, (bien que manifestement le latin ait &#233;t&#233; traduit en vers fran&#231;ais beaucoup plus abondant, puis le fran&#231;ais en dialecte : &#224; l'&#233;vidence, les normes de la po&#233;sie fran&#231;aise du temps sous-tendent cet premier essai dans l'idiome). Le dialecte, que Python se garde bien d'appeler patois, est m&#233;diation entre la communaut&#233; r&#233;elle (l'ethnie francoproven&#231;ale de Fribourg), et l'universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Python a-t-il &#233;t&#233; inspir&#233; par des textes occitans, connus par les nombreux contacts de Fribourg avec la France ? La pr&#233;face, quelques passages, &#233;voquent Goudoulin et le &lt;i&gt;Miral Moundi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les similitudes entre la description de l'&#226;ge d'or dans la IVe &#233;glogue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a pu conna&#238;tre par le &lt;i&gt;Journal de la Langue Fran&#231;oise&lt;/i&gt; les &lt;i&gt;Georgiques&lt;/i&gt; patoises de Peyrot. Mais dans le canton de Fribourg, o&#249; l'idiome est encore &#8220;national&#8221;, et o&#249; le peuple s'agite contre l'oligarchie germanophone, le dialecte participe peut-&#234;tre aussi d'une conscientisation ambigu&#235; : paysans et bourgeois r&#233;clament le retour aux antiques chartes et privil&#232;ges, la prise de conscience r&#233;volutionnaire passe par la r&#233;appropriation d'un pass&#233; jug&#233; idyllique. Le patois, venu de ce lointain pass&#233;, et toujours vivant, n'est-il pas ainsi signifiant national du peuple et de son pass&#233; de libert&#233; face au pouvoir ? Sans doute Python ne traite aucunement de politique dans ses &lt;i&gt;Bucolicos&lt;/i&gt;, mais on se souvient de sa participation aux &#233;v&#233;nements de 1781, et de sa lettre patoise. Le parler de la Gruy&#232;re pastorale n'est-il pas symbole de la lutte pour la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf.P.Sciob&#233;ret. &#8220;Revue bibliographique. Biblioth&#232;que de la Suisse Romane&#8221;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Sans doute, indirectement, l'apparition d'une litt&#233;rature &#8220;nationale&#8221; peut proc&#232;der ici de ce statut du patois. Il pouvait difficilement en &#234;tre de m&#234;me en Pays de Vaud o&#249; le r&#233;gime bernois &#233;tait plus rejet&#233; par les notables que par le peuple. Ainsi, &#224; partir d'un m&#234;me donn&#233; linguistique romand, se d&#233;veloppent des usages diff&#233;rents dans l'&#233;criture de l'idiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers vers de la premi&#232;re &#233;glogue ont &#233;t&#233; le plus souvent cit&#233;s. Ils donnent le ton de toute l'&#339;uvre : Tityre a obtenu de C&#233;sar le privil&#232;ge de demeurer sur sa terrre dont M&#233;lib&#233;e et les autres paysans sont chass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lib&#233;.M&#233;lib&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A l'ombro d'on foh&#237; co sur plauma asset&#224;, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}A l'ombre d'un h&#234;tre, comme sur plume assis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quen geo&#251;yo qu&#232; le tio, quena f&#233;licit&#225; !&lt;/i&gt;Quelle joie que la tienne, quelle f&#233;licit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232;-m&#238;mo qu&#232; derreir on redi&#244; de fen&#238;hra&lt;/i&gt;De m&#234;me que derri&#232;re un rideau de fen&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te mein&#232;s, &#244; Tityre, et ta musa t&#231;amp&#238;hra &lt;/i&gt;T u joues, &#244; Tityre, et ta muse champ&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rend dus-desos t&#232;s deigts deis accouards ravessents ; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rend de dessous tes doigts des accords ravissants ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te mein&#232;s, les &#232;chos r&#232;p&#232;ton l&#232;s accents.&lt;/i&gt;Tu joues, les &#233;chos r&#233;p&#232;tent tes accents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#226;s nos (tolla est d'au souart l'ingiusta barbaria !)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Mais nous, telle est du sort l'injuste barbarie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos quihims &#224; regr&#232;t no&#251;hra tch&#237;ra patria,&lt;/i&gt;Nous quittons &#224; regret notre ch&#232;re patrie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Acculleits&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le participe, qui n'a pas de rapport avec le fran&#231;ais &#8220;accueilli&#8221; a ici le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; por allar dau mondo ne sc&#233;s y&#244;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chass&#233;s pour aller du monde je ne sais o&#249;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232;s humains effre&#239;r d'intendre no&#251;hr&#232;s mols ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Les humains effrayer d'entendre nos maux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tandis qu&#232; repos&#232;nt sur le lys, la gottrausa&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;goitreuse&#8221;, d&#233;signation populaire du narcisse.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Tandis que reposant sur le lis, le narcisse,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dins t&#232;s sutti&#232;s t&#231;anhons te vent&#232;s ta grahiausa&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;gracieuse&#8221; est ici encore d&#233;signation populaire (et non pr&#233;cieuse) de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Dans tes habiles chansons tu vantes ta gracieuse &lt;i&gt;Per s&#232;s t&#231;ermos pussents staus bo&#251;s sont imb&#232;lis,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Par ses charmes puissants ces bois sont embellis ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tot r&#233;hraun&#232;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;r&#233;hrauna, r&#233;rouna, mot populaire et non du langage orn&#233; : r&#233;sonner, au sens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; per-ce dau nom d'Amaryllis.&lt;/i&gt;Tout r&#233;sonne par ici du nom d'Amaryllis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tityre&lt;/i&gt;.Tityre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On Di&#251; (car d&#232; ci nom quen mortel est ples digno ?) &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un Dieu (car de ce nom quel mortel est plus digne ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On Di&#251; saulo est l'oteur d&#232; ci benfeit insigno.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Un Dieu seul est l'auteur de ce bienfait insigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Deis immortels au rang m&#226;s dus-ora b&#234;ta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;un exemple des nombreuses inversions forc&#233;es que Python affectionne.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Des immortels au rang mais d&#232;s &#224; pr&#233;sent mis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cil H&#233;ros m&#232; verret, berg&#237;r, sur s&#232;s aurt&#225;s,&lt;/i&gt;Ce h&#233;ros me verra, berger, sur ses autels,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por rendre &#224; m&#232;s souhaits son d&#233;ismo propiho, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Pour rendre &#224; mes souhaits son d&#233;isme propice,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aufrir d'on tendro aign&#237; le sanglent sacrifiho&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Offrir d'un tendre agneau le sanglant sacrifice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alexandrins, &#224; l'&#233;vidence pens&#233;s en fran&#231;ais, sont artificiellement compliqu&#233;e d'inversions, mais travers&#233;s aussi de mots du vrai langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232; mousavo, &#244; vesin, dins moun erreur pr&#232;vonda, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je croyais, &#244; voisin, dans mon erreur profonde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;/.../&lt;/i&gt;O&#249; nos confr&#232;res vont vendre leurs moutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comparavo co cen l&#232;s velards a la vela, &lt;/i&gt;(Je) comparais comme cela les hameaux &#224; la ville,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232;s sapp&#238;s orgolliaus &#224; la vuabla&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grande cl&#233;matite des arbres, invouablh&#226;, fourvoyer, id&#233;e de : charme, magie&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; d&#232;bila, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Les sapins orgueilleux &#224; la cl&#233;matite d&#233;bile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Eis timidos agn&#238;s l&#232;s ples friaus deis baus &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Aux timides agneaux les plus terribles des b&#339;ufs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232; l'ohol te r&#232;paus prendre la guevernanhe. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la maison tu repeux prendre le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et dremeit quand t'arris ouna vuerba&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etendue du champ que l'on laboure sans d&#233;teler, temps mis &#224; faire ce labour, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; co cen,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dormi quand tu auras un moment comme cela...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lib&#233;e envie le destin de Tityre : ces vers, difficilement lisibles aujourd'hui, peuvent appara&#238;tre en r&#233;ussite pour le go&#251;t du temps, et veulent souligner l'ad&#233;quation au th&#232;me antique de la langue pastorale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te ne quih&#232;r&#237;s pas staus pr&#225;s add&#237;s hloris,&lt;/i&gt; Tu ne quitteras pas ces pr&#233;s toujours fleuris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yo t&#232;s tendr&#232;s t&#231;anhons int&#231;antont l&#232;s esprits ; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; tes tendres chansons enchantent les esprits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#232;s mutons attentifs eis sons d&#232; ta hlottetta,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes moutons attentifs aux sons de ta petite fl&#251;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vindront danh&#239;r in folla au-touar d&#232; ta houletta,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viendront danser en foule autour de ta houlette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;/.../&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tandis qu'on t&#231;errotton d&#232; l'&#232;courgia pressent &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'un charretier du fouet pressant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On mogean&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;mogeon, modjon, modzon, veau m&#226;le, jeune b&#339;uf ou taureau.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; que tr&#251;p plan va son sillon tracent, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bouvillon qui trop lentement va son sillon tra&#231;ant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por calmar soun humaur neire et m&#232;lancholica, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour calmer son humeur noire et m&#233;lancolique,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232;hl&#232;ret s&#232;s t&#231;anhons ais sons d&#232; ta musica.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;lera ses chansons au son de ta musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;Ecl&#244;ga II&lt;/i&gt; a pos&#233; probl&#232;me &#224; Python. Comment pr&#233;senter au public &#8220;national&#8221; l'amour homosexuel de Corydon pour &lt;i&gt;&#8220;Alexis, on g&#233;onno &#233;hl&#225;vo attatchi &#224; Pollion&#8221;&lt;/i&gt; ? Il donnera une seconde version, o&#249; la passion va &#224; une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'Alexis, qu'in biaut&#225; son simblablo n'aveit,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'Alexis qui en beaut&#233; son semblable n'avait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et que pl&#233;re in tr&#233;tot &#224; son Maitr&#232; saveit,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qui plaire en tr&#232;s-tout &#224; son ma&#238;tre savait,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le berg&#237;r Corydon invidaus sin p&#226;r ll-ir&#232;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le berger Corydon d&#233;sireux sans pair &#233;tait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A tracuar per l&#232;s bo&#251;s, l&#232;s bossons, l&#232;s brev&#237;res,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A traverser par les bois, les buissons, les bruy&#232;res,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le geouar &#224; le t&#231;ertch&#237;r bet&#225;v&#232; ben sovent,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour &#224; le chercher il mettait bien souvent,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et corresseit l&#232;s geaurs&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le fran&#231;ais r&#233;gional joux, chaux.&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, l&#232;s montagn&#232;s por ren. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et courait les f&#244;rets, les montagnes pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O cruel Alexis ! M&#232;s airs tam po&#251; t'estim&#232;s : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O cruel Alexis ! Mes airs si peu tu estimes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ton caur ne totc&#232;ront m&#232;s torrents d&#233; l&#233;grem&#232;s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exemple encore d'inversion forc&#233;e.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton c&#339;ur ne toucheront mes torrents de larmes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#226;s la mindra pid&#239; d&#232; m&#232;s mols te n'arris,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas la moindre piti&#233; de mes maux tu n'auras,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Infin per t&#232;s rigaurs murir te m&#232; farris ?&lt;/i&gt; Enfin par tes rigueurs mourir tu me feras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ora te veis portant la vat&#231;e cutchia &#224; l'ombro,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A pr&#233;sent tu vois pourtant la vache couch&#233;e &#224; l'ombre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le linzert catch&#237; d&#232;sos l'arbusto sombro ;&lt;/i&gt; Et le l&#233;zard cach&#233; sous l'arbuste sombre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Testyllis eis Seitaurs dau geouar au pl&#233;s gr&#244;s t&#231;&#244;d,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Testylis aux faucheurs du jour au plus gradn chaud,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por rendre la vigaur perdia per l&#232;s travols,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre la vigueur perdue par les travaux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Baill&#237;r lah&#237;, sabrei, salarda ragotenta,&lt;/i&gt; Donner lait, ser&#233;, salade rago&#251;tante,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dau serpollet pel&#225; d&#232; l'ol et d&#232; la mentha. &lt;/i&gt;Du serpolet pil&#233;, de l'ail et de la menthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah ! Mon sou&#228;rt qu&#232; d&#232; gros ll-est different dau laur !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! mon sort que de beaucoup est diff&#233;rent du leur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232;, d'on s&#232;lau bourlent supportent la ravaur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;fort rayonnement de chaleur, tremblement de l'air chaud.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, d'un soleil br&#251;lant supportant la touffeur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232; corre apr&#237;s t&#232; n'&#233; d'&#244;tra consolation&lt;/i&gt; De courir apr&#232;s toi je n'ai d'autre consolation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu&#232; d'o&#251;re d&#232; grelets r&#232;hrounar l&#232;s bossons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que d'entendre de grillons r&#233;sonner les buissons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Atant ll-uss&#232; vaillu d'Amaryllis hent yageos &lt;/i&gt;Autant il e&#251;t valu d'Amaryllis cent fois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232;s bil&#232;s avalar, supportar l&#232;s outrageos,&lt;/i&gt; Les biles avaler, supporter les outrages,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et M&#232;nalcas servir dus l'&#244;ba tant qu'au nex,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et M&#233;nalcvas servir d&#232;s l'aube jusqu'au soir,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tot neir&#225; que l'&#232;heit, et per blanc que te s&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout noiraud qu'il &#233;tait et par blanc que tu sois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O bil infant ! Giaim&#233;s &#224; ton teint trup ne fia :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O bel enfant ! Jamais &#224; ton teint trop ne te fie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le blanc cussillon t&#231;eit, la gresella est migia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le blanc tro&#232;ne tombe, la groseille est mang&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinqui&#232;me &#233;glogue rompt avec le mod&#232;le formel suivi jusqu'alors : des vers de six pieds alternant avec les alexandrins. Dans la sixi&#232;me, Sil&#232;ne c&#233;l&#232;bre, en style noble, la naissance de la terre et l'empire du soleil :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dau h&#239;l ren n'&#237;r&#232; oncor. Ouna massa inf&#232;conda&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du ciel rien n'&#233;tait encore. Une masse inf&#233;conde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Form&#225;ve on vasto amas d'Atomos confondus,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formait un vaste amas d'atomes confondus,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dins les d&#232;serts dau vudo &#224; l'hazard r&#232;pendus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;serts du vide au hasard r&#233;pandus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ci n&#233;ant pre sa fin, l'univers l'existanhe ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n&#233;ant prit sa fin, l'univers l'existence ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Atomo r&#232;uni baille &#224; tot la n&#232;ssanhe,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atome r&#233;uni donna &#224; tout la naissance,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Forma l&#232;s &#232;l&#232;mens, que per d'heureus accou&#226;rds&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forma les &#233;l&#233;ments, qui par d'heureux accords&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Formiront &#224; laur touar tits l&#232;s li&#251;s, tits l&#232;s cou&#226;rps.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Form&#232;rent &#224; leur tour tous les lieux, tous les corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232;s plann&#232;s d&#232; Cybella et l&#232;s t&#231;amps d&#232; N&#232;r&#226;ye&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plaines de Cyb&#232;le et les champs de N&#233;r&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Priront laurs rangs ples b&#226;s qu&#232; la sph&#237;ra ether&#226;ye,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prirent leurs rangs plus bas que la sph&#232;re &#233;th&#233;r&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et sur haus sombros li&#250;s, l&#232;s mud&#232;s regions,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sur ces sombres lieux, les muettes r&#233;gions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y&#244; le t&#232;pas condit s&#232;s bl&#233;v&#232;s l&#233;gions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; le tr&#233;pas conduit ses bl&#234;mes l&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quin spectaclo pompaus ! Dau mondo oncora geo&#251;no&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel spectacle pompeux ! Du monde encore jeune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quen fut l'&#233;houn&#232;ment, quand l'oba sus le Rho&#251;no&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel fut l'&#233;tonnement, quand l'aube sur le Rh&#244;ne,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le prem&#237;r yageo auvrent on h&#239;l tot luminaus, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois ouvrant un ciel tout lumineux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fet lire &#224; l'i&#232; t&#231;erm&#225; l'Ampiro dau s&#232;lau !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fit luire &#224; l'&#339;il charm&#233; l'empire du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la parution des premiers fascicules de Python, Bridel est mis en contact par Lanteires avec un collaborateur du &lt;i&gt;Journal de Lausanne&lt;/i&gt;, le jeune gru&#233;rin Pettolaz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pettolaz L&#233;on Pierre, 1765-1811, curial de la justice de Charmey (&#224; l'est de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, prudemment ouvert aux id&#233;es nouvelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.Aebischer, &#8220;Le Doyen Bridel et les patois fribourgeois, d'apr&#232;s sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bridel demande des renseignements sur l'idiome, les chansons, le texte de ce qu'il n'appelle pas encore le &lt;i&gt;Ranz des Vaches&lt;/i&gt;. Pettolaz, dont l'enqu&#232;te patoise n'est pas vraiment le souci majeur, pr&#233;f&#232;re disserter de l'actualit&#233; : la correspondance commence en l789 ! Il t&#233;moigne cependant de pr&#233;suppos&#233;s linguistiques sans doute ordinaires dans la Gruy&#232;re : le gru&#233;rin, parce qu'il est langue d'un peuple pastoral, et parce qu'il a re&#231;u des &#233;migrants l'influence du fran&#231;aise, est le plus doux, le plus agr&#233;able des parlers du canton ; par contre le parler des basses r&#233;gions de la Broye est langage m&#226;le, &#233;nergique, mais un peu fruste d'un peuple de paysans ; entre les deux, le parler de Fribourg qualifi&#233; sans charit&#233; de patois &lt;i&gt;&#8220;baroque&#8221;&lt;/i&gt;. Pour Pettolaz, comme sans doute la plupart de ses contemporains, l'&#233;criture du patois se r&#233;sume &#224; la bonne humeur railleuse de la ronde chant&#233;e, la &lt;i&gt;coraula&lt;/i&gt;, dont il communique quelques strophes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette Tsansson novalla, se chantant sur un air alpestre sera publi&#233;e, sous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il semble avoir du mal &#224; se procurer. Significativement, ce sont des eccl&#233;siastiques, sans doute plus proches de ces survivances populaires, qui les ont d&#233;nich&#233;es. Bridel est d&#233;&#231;u : il attendait du peuple de la montagne une po&#233;sie grave et majestueuse, non des couplets d&#233;lur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Pettolaz, ami de Python, communique aussi, dans sa nouveaut&#233;, la traduction de Virgile : il l'estime trop proche du fran&#231;ais litt&#233;raire, trop &#233;loign&#233; du g&#233;nie &#233;nergique et na&#239;f de l'idiome. Bridel jugera de m&#234;me et conseille &#224; l'auteur &lt;i&gt;'au lieu de traduire, composer des pi&#232;ces originales soit en vers, soit en prose ; quelque idile dans le go&#251;t de Gessner ; quelque dialogue entre des paysans ; y encadrer quelque anecdote de votre pays ; en faire conna&#238;tre les m&#339;urs et l'esprit'&lt;/i&gt;. C'&#233;tait mal comprendre le sens de l'entreprise, nationale au sens fort, que Python poursuit par la r&#233;daction d'une grammaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. correspondance de Pettolaz, (Aebischer, op.cit.) : la lettre du 25 juin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n&#233;cessaire au statut de Langue qu'il veut donner &#224; l'idiome (alors que Bridel, aux ambitions mineures, collecte des proverbes et pr&#233;pare un lexique : broderies de collectionneur sur une d&#233;faite assum&#233;e du patois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inform&#233; par Pettolaz, le &lt;i&gt;Journal de Lausanne&lt;/i&gt; publie le 8 mai 1790 un extrait de Python, arriv&#233; &#224; sa cinqui&#232;me &#233;glogue, mais ce salut r&#233;ducteur pr&#233;sente en &#8220;patois&#8221; ce que Python traite en Langue. Les gr&#226;ces appr&#234;t&#233;es pouvaient-elles toucher le public ? ou le d&#233;concerter apr&#232;s les prestations de Bridel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Belles-Lettres. Fragment de la cinqui&#232;me Eclogue de Virgile, traduite en vers patois de Gruy&#232;re.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232;nalcas&lt;/i&gt;.M&#233;nalcas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Profitins, cher Mopsus, deis pr&#233;cieus momens,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitons, cher Mopsus, des pr&#233;cieux moments&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que nos baill&#232; in staus li&#251;s dau vipro l'agr&#232;ment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous donne en ces lieux du soir l'agr&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232; t&#231;anto ; avuei gr&#224;he, t&#232;, te mein&#232;s la hlotta ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je chante ; avec gr&#226;ce, toi, tu joues de la fl&#251;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Eprauvims on concert asset&#224;s sur sta motta.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons un concert, assis sur cette motte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mopsus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;/.../&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tes accents ll-ant por m&#232; l&#232;s t&#231;ermos les ples daus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes accents ont pour moi les charmes les plus doux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#224;s deis vents dau Cutcent la badina fohl&#224;ie,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des vents du couchant la badine haleine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Brein&#232; tr&#251;p le foh&#237;, que t&#238;nt sta plaihe ombr&#224;&#239;e ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agite trop le h&#234;tre qui tient cette place ombrag&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Allims d&#232;fos sti pins, aut, se te l'am&#232;s mix,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons sous ce pin, ou, si tu l'aimes mieux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Allims dins l'antro frec que n'ind est qu'&#224; tr&#232;s pids :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons dans l'antre frais qui n'est qu'&#224; trois pieds :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ouna vigne servage ins d&#232;caur&#232; l'intr&#224;&#239;e,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vigne sauvage en d&#233;core l'entr&#233;e ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A Fauno dus tot temps ha grotta est consacr&#224;&#239;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Faune d&#232;s tout temps cette grotte est consacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ley men&#232;ri t&#232;s p&#226;s ; le t&#232;s no&#251;bl&#233;s t&#231;anhons&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y conduirai tes pas : l&#224; tes nobles chansons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M'aufrehront dau pl&#233;sir &amp; d'utiles lehons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'offriront du plaisir et d'utiles le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#226;s, se durs sont m&#232;s vers, ben perdonna &#224; m&#232;s Mus&#232;s&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si durs sont mes vers, bien pardonne &#224; mes muses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ci d&#232;f&#244;t d'agr&#232;ment que ma geo&#251;nehe excus&#232;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;faut d'agr&#233;ment que ma jeunesse excuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#232;nalcas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#232; t&#232;s t&#231;ampihros airs r&#232;cita l&#232;s ples bils&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tes champ&#234;tres airs r&#233;cite les plus beaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tityre on boquenet vuerde prau l&#232;s troppis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tityre un instant garde bien les troupeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#231;anta C&#243;drus, que mueirt, por sovar sa patria ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chante Codrus qui meurt pour sauver sa patrie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#231;anta dau tendro Alcon la piausa industria,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chante du tendre Alcon la pieuse industrie,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quand perhe d&#232; ci tret sur le cou d&#233;cotchi&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il perce de ce trait, sur le cou d&#233;coch&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La serpent que tigneit sur son fes intr&#232;fitchi ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le serpent qui tenait son fils entrelac&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;/.../&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Incontre t&#232; Amyntas, mogr&#224; soun arroganhe,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant toi, Amyntas malgr&#233; son arrogance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ll-est co le gr&#224;ta-cul pris d'on roseit brellent,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Est comme l'&#233;glantier pr&#232;s d'un rosier brillant,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le meleir qu'au pommier le c&#232;d&#232; dus tot lien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;{}Le sauvageon qui au pommier le c&#232;de de tout loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette publication, Pettolaz &#233;crit &#224; Lanteires le 16 mai 1790&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.Aebischer, op.cit. Nouvelles Etrennes fribourgeoises, t.LX, Fribourg, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du parler gru&#233;rin :&lt;i&gt;&#8220;je crois cependant que la prose lui convient mieux et que, de cette mani&#232;re, on pourroit esp&#233;rer de r&#233;ussir jusqu'&#224; un certain point&#8221;&lt;/i&gt;. Lanteires r&#233;pond : &lt;i&gt;&#8220;la prose est bien plus susceptible de recevoir la na&#239;vet&#233; et l'&#233;nergie de cet idiome que ne l'est la po&#233;sie, que ne le sont les vers o&#249; l'on ne peut &#233;viter de faire quelques tours de force&#8221;&lt;/i&gt;. Ce point de vue, qui conforte la tentative de traduction du &lt;i&gt;Vicaire de &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Wakefield&lt;/i&gt;, diff&#232;re de celui alors port&#233; en France sur la production occitane : l'idiome est jug&#233; particuli&#232;rement adapt&#233; &#224; la po&#233;sie amoureuse ou plaisante, mais on ne l'utilise pas en prose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal publie cependant aussit&#244;t (23 janvier 1790), sans pr&#233;sentation ou explication, les dix strophes d'une romance anonyme, dont Bridel assurera plus tard la paternit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf.Conservateur Suisse, 1815, graphie diff&#233;rente et quelques modifications.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : elle transpose dans la r&#233;alit&#233; suisse les gr&#226;ces &#224; la mode du &lt;i&gt;Il pleut berg&#232;re&lt;/i&gt; de Fabre d'Eglantine. Florian vient de glisser dans &lt;i&gt;Estelle&lt;/i&gt;, au grand plaisir du public de langue d'oc, une chanson de berg&#232;re en occitan. Dans et par la dominance culturelle absolue du fran&#231;ais se r&#233;v&#232;le la possibilit&#233; d'une &#233;criture mineure de l'idiome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chanson en patois du Pays-de-Vaud.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La cara de Pllodze.&lt;/i&gt;L'Averse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Bridel, Conservateur Suisse, 1815.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ie pliao, ie pliao, ma mia !&lt;/i&gt; Il pleut, il pleut, ma mie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Releiva t&#233;ts gredons,&lt;/i&gt;Retrousse tes jupons,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sauvins no &#224; la chotta,&lt;/i&gt;Sauvons nous &#224; l'abri,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ramassa tets mutons :&lt;/i&gt;Rassemble tes moutons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oute dessu sla brantse&lt;/i&gt;Entends tu sur ces branches&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comin pliao sin potsi ?&lt;/i&gt;Comme il pleut sans cesser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo tin est nai quo l'intse&lt;/i&gt;Le temps est noir comme l'encre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Commincet d'inludzi.&lt;/i&gt;Il commence &#224; &#233;clairer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On remarquera la difficult&#233; que Bridel (comme tout locuteur du fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans sa jeune existence, le &lt;i&gt;Journal de Lausanne&lt;/i&gt; avait fait belle place &#224; l'idiome, que les feuilles des grandes villes fran&#231;aises ignorent le plus souvent. Le ph&#233;nom&#232;ne est curieux dans une zone o&#249; la revendication identitaire est apparemment tr&#232;s faible, la tradition d'&#233;criture inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; Python &#233;crit chaque semaine une lettre patoise &#224; Pettolaz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. P.Aebischer, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La derni&#232;re lettre &#233;voqu&#233;e (25 juin 1792), que Pettolaz r&#233;sume en fran&#231;ais, montre que Python traite toujours de l'actualit&#233; : il regrette que le contingent fribourgeois fasse mauvaise figure parmi les contingents conf&#233;d&#233;r&#233;s, &#233;voque des d&#233;sertions. Quelle position politique cela implique-t-il ? Les &#233;v&#233;nements &#233;teignent-ils alors l'&#233;criture de ce progressiste, dont nous n'avons ensuite plus trace ? La publication des dix &#233;glogues, poursuivie jusqu'&#224; la sixi&#232;me, s'ach&#232;ve sur l'argument de la septi&#232;me. Sans doute, la souscription avait &#233;t&#233; d&#233;cevante, mais l'ouvrage &#233;tait connu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple infra la lettre de l'officier pendant la campagne de Russie.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La conjoncture a-t-elle &#233;t&#233; d&#233;terminante, ou Python dispara&#238;t-il ? Nous ignorons la date de son d&#233;c&#232;s. Alors que la paysannerie gru&#233;rienne soutient la r&#233;volution, la fonction embl&#233;matique 'nationale' de l'idiome ne semble-t-elle plus pertinente ? Castella, qui s'adresse depuis Paris &#224; ses compatriotes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettres aux communes des villes, bourgs et villages de la Suisse et de ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est &#233;videmment pas effleur&#233; par l'id&#233;e d'&#233;crire en patois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant que la R&#233;volution d&#233;ferle sur l'Europe, et sur la Suisse, Bridel continue son enqu&#232;te sur l'idiome depuis B&#226;le o&#249; il est pasteur. Mais son patriotisme ne s'exprime qu'en fran&#231;ais : ainsi en 1792 dans le populaire &lt;i&gt;Sur les montagnes de Gruy&#232;re&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pu rep&#233;rer une lettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Correspondance Bridel, Bibl. cantonale et universitaire Dorigny, IS4177 35&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (non mentionn&#233;e dans les bibliographies patoises) adress&#233;e &#224; Bridel par le juge Veillon, de Bex&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La famille Veillon est une vieille famille de la bourgeoisie de Bex (Vaud).&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exercice amus&#233;, et familier, rompt le Bon Ton de leurs lettres (l'ensemble de la correspondance re&#231;ue par Bridel est en fran&#231;ais). Cet unique texte patois &#233;claire la fa&#231;on dont pouvait &#234;tre acueillie son enqu&#234;te sur le patois, et plus largement du statut de l'idiome. Le correspondant s'excuse de son retard (preuve d'un int&#233;r&#234;t mod&#233;r&#233; pour l'enqu&#234;te ?), r&#233;pond &#224; la demande de proverbes, donne de ses nouvelles et des nouvelles du temps, dans le retour linguistique &#224; une sorte de connivence enfantine, de simplicit&#233; originelle perdue. Ce registre volontariste, pour &#234;tre provisoirement lib&#233;rateur, n'est gu&#232;re tenable. D'ailleurs le correspondant insiste sur la mort du patois, en se d&#233;faussant sur sa femme de la responsabilit&#233; du jugement. Il signale cependant l'existence d'un amateur, dont l'existence a sans doute d&#251; piquer la curiosit&#233; de Bridel. Le profil de ce pasteur auteur patoisant correspond tout &#224; fait &#224; celui des &#233;crivants patois du temps, mais il ne semble pas avoir laiss&#233; de traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Ne me gronda pas frare, Ministre du bon Dieu, di que y&#233; receu ta lettra, laya granten, ye &#233;ta d'en ona couzon terriblia por te faire ouna reponse, que pusse te fere plaisir, ma ye su villoz, ye gruloz, ye ona peine d'&#233;crire, que te ne pourra pas te l'imagina. N&#233; pas le tot, la memoire me &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fa fau bon, ye aublia la maitia de ce que ye s&#231;av&#233;, &amp; de cen que ye ne s&#231;avez pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te vau des proverbes, ye ne crayoz pas de t'en aprendre, que liau que te s&#231;a za. Gran d'avenas &amp; pai perci se rencontra volonti. L&#233; bin veretrabloz. Ma l&#233; mendroz cayon, on la meillau merdaz, on le vay ti le zor, s'acompli. Et que liau que mereton le m&#233;, son liau que ne sont pas recompen&#231;a. Avoez putans &amp; larons, fau faire l&#233;s messons. La &#233;ta la mouda de to ten. Et poy, fau prendre pachenche. On a biau fere, on ne vindra jamais a b&#233;, d'empazi, y lare de roba, &amp; y putans de putanna. Ce te trauve bin de voigny tard, &#224; tes infans, ne l'aprend pas. Ho cen est bin ver&#233;tablioz. Car por on yazo, que rencontre bin de voigny tard, on sara trompa 20 yazoz.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Me vayze au be de mon latin, &amp; te der&#233; avou&#233; reson, que ne s&#231;u qu'au anoz. Pachence&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Exclamation populaire : pachenche, &#8220;patience&#8221;. Clin d'&#339;il : elle ponctue le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;y&#233; passa on bon hivert, &amp; ma fenaz m'a bin tenu au zau. ye en avez bin faute, car &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l'a fi on &#224; frey, terribliaz, y&#233; bin sonzy ay pourres zens, &amp; liaux miserables bregands, qu'on f&#233; la guerraz lo l'hivert, ne les &#233;s pas pliens, car meretavons bin tot cin que l'on soufert.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por le fran&#231;ois, que y amavoz tant ne sont que day brigands. liau pourrroz holandois, von pays la sau&#231;a d'ay 80 menetray &amp; jouerus que son entraz d'en la velaz d'Amsterdam, &amp; n&#244;tr&#233;s pourroz Suisses, qu'on eta prey, quemen day aluvetes au felard, &amp; renvoy&#233; d'en lau pays, fudre que se bouteyons &#224; travailly &#224; la terraz. Ma l&#233;s Mons&#231;us, que ne s&#231;avons fere que dey villoz solars, sarons &#224; plaindre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Noutron patoy ne difere que pou de c&#233; du pays de Vaud. Le notroz tin on pou d'au Savoyard, ne dien la clo, le pro, &amp; au Pays de Vaud, la clia, le pra&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bex, au sud du L&#233;man,sur la route du Valais, est en effet proche de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ta bin day salutations, d'au Frare Bournet, d'au Doyen d'Ullon &amp; d'au compare Recou. Ma fenaz que tame autant que son /mot illisible/ te salu&#235; asse &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bien de tot son coeur. Elle vau que te diessoz que nion ne s&#231;a mis le patois, que le Ministre Rodolph Chatelannat de Nods&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nods, dans la partie fran&#231;aise du canton de Berne, &#224; quelques kms au nord du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Il a f&#233;, d'ay rimmes, d'ay zan&#231;ons &amp; de comptoz en patoy, asse bin f&#233;, que le conte d'au Crayz&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Conte du Crayzu, dont la remarque de Veillon confirme la c&#233;l&#233;brit&#233; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(sic).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Te ne me dis rin de ta fenaz, ye te pr&#233;yoz de la bin salua quemon ouna bonne amya, de memoz que le fellu Ricou &amp; sa fenaz que ye felicitoz de l'ay ay f&#233; on bouboz. Te pau conta que nion d'en lo le monde que t'ame m&#233; qu&#233; m&#233;, &amp; que ye vudris bin que te fusse mon vizin, ye payer&#232;s on pot de bon coeur, c'en compta le restoz. Ecrit me toparay, yari grand pliesi d'avay de te novalles. Manda m&#233; le discours qu'on a f&#233; &#224; Mr.Barthelemy&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il semble s'agir du diplomate repr&#233;sentant la France.&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &#224; Dieu Bonzor, le Bon Dieu te begne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bex le 13e.fev.1795&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffre malais&#233; &#224; lire : 4 ? sans doute 5 (victoires fran&#231;aises en Hollande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Veillon Juge.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lo raclo que ce moque de l'ecove. Poeta tsatta a bi menon. Quan le bin le prau. Qui repond appond. Quand chacun saide nion ne se creive. Mort de fenna &amp; via de chevau sont la richesse de lotto. La devend(r)e amara mi creva ques atres djors ressemblia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Glossaire ds patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne me gronde pas, fr&#232;re, Ministre du Bon Dieu, d&#232;s que j'ai re&#231;u ta lettre il y a longtemps, j'ai &#233;t&#233; dans un souci terrible pour te faire une r&#233;ponse qui puisse te faire plaisir, mais je suis vieux, je tremble, j'ai une peine &#224; &#233;crire que tu ne pourrais t'imaginer. Ce n'est pas le tout, la m&#233;moire me fait faux bond, j'ai oubli&#233; la moiti&#233; de ce que je savais, et de ce que je ne savais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu veux des proverbes, je ne crois pas t'en apprendre, sinon ceux que tu sais d&#233;j&#224;. Grain d'avoine et pois perc&#233; se rencontrent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Curieuse forme : on attendrait soit rencontre (auou) au singulier, soit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; volontiers. C'est bien vrai. Mais : les cochons les plus petits ont la meilleure merde, on le voit tous les jours s'accomplir. Et que ceux qui m&#233;ritent le plus, sont ceux qui ne sont pas r&#233;compens&#233;s. Avec putains et voleurs, il faut faire les moissons. &#199;a a &#233;t&#233; la mode de tout temps. Et puis, il faut prendre patience, on a beau faire, on ne viendra jamais &#224; bout d'emp&#234;cher les (aux) voleurs et les putains de faire les putains (on pourrait comprendre aussi : les d&#233;bauch&#233;s de se livrer &#224; la d&#233;bauche). Et si tu trouves bien de semer tard, &#224; tes enfants ne l'apprends pas. - Tout&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ho ? (comprendre &#8220;oh&#8221;). To, &#8220;tout&#8221; est bien plus probable par le sens.&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cela est bien vrai. Car pour une fois qu'on se trouve bien (litt. qu'(il) rencontre bien) de semer tard, on serait tromp&#233; 20 fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voici au bout de mon latin, et je te dirai que je ne suis rien qu'un&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire on&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#226;ne. Patience, j'ai pass&#233; un bon hiver, et ma femme m'a bien tenu au chaud. J'en avais bien besoin, car il a fait un&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mire ona, &#8220;une&#8221;. Le mot frey est f&#233;minin en patois dans ce sens.&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; froid terrible, j'ai bien song&#233; aux pauvres gens, - et ces mis&#233;rables brigands&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire bregands ? semble plut&#244;t bri, graphie influenc&#233;e par la forme fran&#231;aise.&#034; id=&#034;nh2-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui ont fait la guerre tout l'hiver, je ne les ai pas plaints, car ils m&#233;ritaient bien tout ce qu'ils ont souffert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Fran&#231;ais, que j'aimais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On attendait amavo.&#034; id=&#034;nh2-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; tant, ce ne sont que des brigands. Ces pauvres Hollandais vont payer la sauce des 80 m&#233;n&#233;triers et joueurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Curieuse graphie : quel mot patois repr&#233;sente-t-elle exactement ? Le radical (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (instrument, jeux de hasard ?) qui sont entr&#233;s dans la ville d'Amsterdam, et nos pauvres Suisses, qui ont &#233;t&#233; pris comme des alouettes au filet et renvoy&#233;s dans leur pays, il faudra qu'ils se mettent &#224; travailler &#224; la terre. Mais les &#8220;Monsieurs&#8221;, qui ne savent faire que des vieux souliers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;User ses souliers &#224; tra&#238;nasser. Cf. d'Hartel, Dictionnaire du bas langage, 1808.&#034; id=&#034;nh2-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, seront &#224; plaindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre patois ne diff&#232;re que peu de celui du pays de Vaud. - Le n&#244;tre tient un peu du Savoyard, nous dison &#8220;la clo, le pro&#8221; (pour la clef, le pr&#233;) et au Pays de Vaud &#8220;la clia, le pra&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as bien des salutations du Fr&#232;re Bornet, du Doyen d'Ollon et du Comp&#232;re Ricou (ou Ricoud). Ma femme qui t'aime autant que son (illisible) te salue aussi de tout son c&#339;ur. Elle veut que je te dise que personne ne sait plus le patois, sinon le Pasteur Rodolphe Chatelennat de Nods. Il a fait des rimes, des chansons et des contes en patois, aussi bien faits que le conte du Craizu. Tu ne me dis rien de ta femme, je te prie de la bien saluer - comme une bonne amie, de m&#234;me que le filleul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;fillu corrig&#233; en fellu, forme plus patoise que fi.&#034; id=&#034;nh2-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ricou et sa femme que je f&#233;licite de lui avoir fait un gar&#231;on. Tu peux compter que personne dans le monde ne t'aime plus que moi, et que je voudrais bien que tu fusses mon voisin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Curieuse graphie, on attendrait vezin.&#034; id=&#034;nh2-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je payerais un pot de bon c&#339;ur, sans compter le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecris-moi tout de m&#234;me, j'aurais grand plaisir d'avoir de tes nouvelles. Envoie-moi le discours qu'on a fait &#224; Mr Barth&#233;l&#233;my. Adieu, Bonjour, le Bon Dieu te b&#233;nisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bex, le 13e fev. 1795&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#226;ble qui se moque de l'&#233;couvillon. Vilaine chatte a beaux(x) chatons(s). Quand c'est bien c'est assez. Qui r&#233;pond appond (ajoute, rench&#233;rit). Quand chacun s'aide (s'aider en SR = aider), personne ne cr&#232;ve. Mort de femme et vie de cheval font la richesse de la maison. Le vendredi aimerait mieux crever qu'aux autres jours ressembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre est adress&#233;e : &lt;i&gt;&#8220;A Monsieur, Monsieur le Ministre Bridel, Premier Pasteur Fran&#231;ois A Bale&#8221;&lt;/i&gt;, et porte en surcharge : &lt;i&gt;&#8220;Ne m'envoyez pas le discours &#224; Mr.Barthel&#233;my, je viens d'en recevoir un&#8221;&lt;/i&gt;. Preuve, s'il en &#233;tait besoin, de la normalit&#233; du fran&#231;ais langue haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1798, la R&#233;volution fait des habitants de la Conf&#233;d&#233;ration des citoyens &#233;gaux en droit : cette &#233;galit&#233; exige l'&#233;galit&#233; des langues. Mais les notables r&#233;volutionnaires, pas plus que leurs homologues fran&#231;ais, n'envisagent que la langue du peuple puisse &#234;tre officialis&#233;e : le fran&#231;ais est plus que jamais langue standard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces temps troubl&#233;s, l'&#233;criture du patois ne viendra pas du milieu des &#233;rudits amateurs de l'idiome, dont Bridel est bon exemple : le patois demeure pour ces originaux, en g&#233;n&#233;ral peu favorable aux temps nouveaux, refuge rassurant. Il n'est ni arme d'intervention, ni m&#234;me connivence face &#224; la domination fran&#231;aise. La publication patoise sera le fait d'un pol&#233;miste contre-r&#233;volutionnaire vaudois, avec un pamphlet r&#233;pandu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;La Pinte o&#249; l'on va, ou le Poile &#224; Jean-Pierre, Ma&#238;tre Cordonnier en fait de ressemellage, contenant des Discours partag&#233;s en diverses sc&#232;nes. Le tout v&#233;ritable, et mis en &#233;crit par le citoyen Jean-Joseph Gremaud de Vuippens&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit manifestement d'une couverture plaisante, comme le nom suppos&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, Canton de Fribourg, duquel vous en apprendrez davantage si vous tournez le feuillet. A Vuippens, l'an 3 de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;R&#233;publique une et indivisible, soit l'an M.DCCCI comme disent les simples&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces simples sont les bonnes gens de la campagne, pr&#233;munis de la d&#233;magogie par un bon sens natif. Leur parole, qui ne peut &#234;tre que patoise, est contrepoint savoureux au fran&#231;ais d&#233;clamatoire (mais marqu&#233; de dialectalismes) des membres d'une soci&#233;t&#233; populaire de petite ville, artisans pour la plupart. Le patois, comme le fran&#231;ais, appara&#238;ssent au premier degr&#233; en repr&#233;sentation sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce, sans viser une repr&#233;sentation que la circonstance interdisait, prend place dans la campagne de pamphlets qui utilisent le sens commun contre la nouveaut&#233; r&#233;volutionnaire. L'auteur suppos&#233; est Bourgeois, ancien ch&#226;telain des Cl&#233;es (entre Lausanne et Yverdon), pamphletaire actif. L'enjeu est direct, comme &#224; Gen&#232;ve en 1793 : les r&#233;volutionnaires poussent en effet les paysans &#224; l'assaut contre la f&#233;odalit&#233;. La r&#233;volte des &lt;i&gt;Bourla-papey&lt;/i&gt;, &#8220;br&#251;le-papiers&#8221;, qui &#233;clatera en 1802, est alors pr&#233;par&#233;e entre Morges et la Sarraz (c'est la r&#233;gion de Bourgeois) et &#224; Yverdon (o&#249; la pi&#232;ce est imprim&#233;e). A l'appel de petits notables, les paysans envahissent les propri&#233;t&#233;s aristocratiques, br&#251;lent les titres. Les r&#233;volt&#233;s seront d&#233;sign&#233;s par l'appellation de &lt;i&gt;Bourla-Papey&lt;/i&gt;, mais le dialecte n'appara&#238;t &#224; la publication que dans cette pi&#232;ce anti-r&#233;volutionnaire, o&#249; il est cens&#233; repr&#233;senter le bon sens de paysans ignorants, int&#233;ress&#233;s, mais fonci&#232;rement sains. L'auteur vise &#224; la fois le public populaire et celui des bourgeois raisonnables, auxquels on montre que l'attaque contre les derniers droits f&#233;odaux peut se transformer en demande de suppression des fermages, et m&#234;me en exigence partageuse. L'ironie a peut-&#234;tre port&#233; sur un public,&lt;i&gt;&#8220;Citoyen-public&#8221;&lt;/i&gt;, alors fort h&#233;sitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patois est implicitement pr&#233;sent&#233; comme le bien des vrais Suisses, face &#224; des francophones d&#233;magogues vendus &#224; la France, et dont les anc&#234;tres ne sont pas Suisses, mais Fran&#231;ais ou Allemands. Mais Bourgeois g&#232;re son paradoxe, en d&#233;fendant par ailleurs (en fran&#231;ais) le pouvoir al&#233;manique de Berne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son &lt;i&gt;Avertissement&lt;/i&gt; ironique pr&#233;sente l'auteur comme un r&#233;dacteur de cat&#233;chismes de la &lt;i&gt;bonne cause&lt;/i&gt; r&#233;volutionnaire, qui a convoqu&#233; sans succ&#232;s, le 10 octobre, les paysans du L&#233;man&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Janv. 98, le Pays de Vaud devient R&#233;publique L&#233;manique, int&#233;gr&#233;e fin 98 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#8220;pour donner des croquignoles aux gouvernants, pour arranger tout &#224; notre guise, et pour faire un gouvernement qui auroit &#233;t&#233; le Parangon de tous les gouvernements de la terre&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A l'automne 1800, une adresse des campagnards vaudois a exig&#233; la fin des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;C'est implicitement souligner le r&#244;le de la propagande &#233;crite, dont il va jouer. &lt;i&gt;&#8220;Je puis bien vous jurer de bonne foi, qu'il n'y a pas dans tout cet &#233;crit un mot qui ne se soit dit chez moi, ni un coup qui ne s'y soit donn&#233;, puisque c'est l&#224; o&#249; est le poile &#224; Jean-Pierre ; encore ce poile menace-t-il ruine, comme mes pauvres culottes. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Salut et fraternit&#233; en la r&#233;publique une et indivisible&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Pierre repr&#233;sente la pl&#232;be r&#233;volutionnaire, inculte, brutale, grossi&#232;re. Il envoie sa femme Salom&#233; chercher du vin : &lt;i&gt;&#8220;Ce sont de terribles soulons que ces hommes. O mon Dieu !&#8221; &lt;/i&gt;s'&#233;crie Salom&#233;. &lt;i&gt;&#8220;Nous devons d&#233;ja du vin pour plus de deux-cents &#233;cus &#224; monsieur Cron&#224;&#8221;. Jean-Pierre en col&#232;re : &#8220;Tais-toi, salope, avec ton monsieur ; sais-tu pas dire citoyen ? Salom&#233;, essuyant ses yeux avec son tablier : &#8220;Oui, pardine, citoyen ! c'est bien &#231;&#224; qui nous fait vivre&#8221;. Il la bat.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samuel, un autre &#8220;patriote&#8221;, entre et s&#233;pare le couple. Jean-Pierre lui reproche de tourner autour de sa femme. Ils se battent. Entre Verain, Pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; des fr&#232;res et amis, dont le si&#232;ge est au Poile &#224; Jean-Pierre (&#233;choppe-cabaret). Il les s&#233;pare. &#8220;&lt;i&gt;Citoyens, que &#231;a va-t'i &#224; dire ? s&#233;parez-vous au nom de la loi. Est-ce ainsi que des r&#233;publicains &lt;/i&gt;&lt;i&gt;doivent se traiter ? gardez les tappes pour les b.....s&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le vocabulaire du P&#232;re Duch&#234;ne, depuis longtemps pass&#233; de mode en France.&#034; id=&#034;nh2-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; qui ne le sont pas&#8221;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Entre Piotonet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Salut, citoyen pr&#233;sident : salut &#224; vous autres ; vous &#234;tes bien &#233;chauff&#233;s par ici ; c'est contre ces sacr&#233;s chiens d'aricots, sans doute ; mordieu, on les tient cette fois ; nous les arrangerons, laissez-faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Y a-t'i du nouveau, citoyen Piotonet ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; . Ah ! du nouveau ... du nouveau. Il y a d'abord que ceux du Ch&#233;sar ne sont pas encore au pas. Il faut pardieu civiliser ces sacr&#233;s m&#226;tins&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La montagne est refuge des valeurs pour le ch&#226;telain, comme elle est &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. J'y avois envoy&#233; Michotin pour cela ; mais les b.....s ne veulent pas entendre raison ; ils ont bien refus&#233; de planter un nouvel arbre de la libert&#233; qu'on leur a fait couper et qui a plus de septante pieds de long ; et ils n'ont rien qu'un fichu petit rougeon* d'arbre qui n'en a pas vingte-quatre : il faut, sacre-dieu, qu'on les vous &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tanne comme les cuirs de mon grand creu*&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Piotonet est donc charcutier, boucher ? .Cf. infra les allusions &#224; ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; il n'y a pas de quartier d'abord.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Bien dit, citoyen Piotonet ; je me suis toujours d&#233;fi&#233; d'eux ; ces gens de la montagne sont des diables &#224; qui on ne fait pas accroire ce qu'on veut, au moins. Il y a longtemps que je les connois.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Je veux que la gangr&#232;ne me ronge, si je n'en viens pas &#224; bout ; laissez-moi faire : je ne veux que boire un coup et je vous vas l&#224; haut : je vous civiliserai cette f....e canaille, ou je leur ferai manger leurs roches. Allons, de l'eau-de-vie, entends-tu, Jean-Pierre, ne me fais, sacredieu, pas attendre, ou je te tanne aussi les &#233;paules.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils boivent, tout en maudissant les aristocrates (les &lt;i&gt;aricots&lt;/i&gt; !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Eh ! sacredieu, va prendre un de ces fo..... zaricots pour me d&#233;boucher tout &#231;&#224; ; ils ont le nez assez long pour aller jusqu'au fond de la bouteille.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. La fi&#232;vre me serre les boyaux, si je ne veux pas le leur allonger depuis le plancher jusqu'&#224; terre (ils rient).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; boit. Allongez, allongez, citoyen pr&#233;sident, jusqu'&#224; ce que le diable fasse un trou avec sa criape depuis l'enfer et qu'il les accroche tous par le nez pour les tirer l&#224;-bas. (ils rient). (&#224; Samuel) allons, verse-m'en encore un ; remplis-le cette fois, ou je te tortille comme un tire-bouchon.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Vous &#234;tes bien rude, citoyen Piotonet. Un peu de patience.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Patience. Qui, moi ? Je veux bien qu'on fasse des andouilles de ma froissure si j'ai jamais connu la patience. Tonn&#232;re (sic) de Dieu, il n'y a que les &#226;nes qui soient patiens. A votre sant&#233;, pr&#233;sident V&#233;rain (Il choque le verre avec Verain).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. A la v&#244;tre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; apr&#232;s avoir bu. Adieu soyez, citoyen pr&#233;sident. -Adieu et salut r&#233;publicain &#224; vous autres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; l'arr&#234;tant. Un moment, citoyen Piotonet : il faut dire &#224; ces &#233;gar&#233;s que s'ils ne changent pas tout le droit ...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;rain promet de leur envoyer les troupes, de tuer, brigander, donner du &lt;i&gt;&#8220;&#231;a ira, du feu et de la guillotine&#8221;&lt;/i&gt;, car, comme l'affirme l'homme de m&#233;tier Piotonet &lt;i&gt;&#8220;un cochon de lait ne vaut rien r&#244;ti, si l'on ne lui coupe la t&#234;te tout de suite&#8221;&lt;/i&gt;. Ils sont d'ailleurs prets &#224; guillotiner leur propre famille, &lt;i&gt;&#8220;tout comme si c'&#233;tait des oies&#8221;, &#8220;s'il s'agit du salut de la patrie&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On attend par contre les &lt;i&gt;&#8220;fr&#232;res de la campagne&#8221;&lt;/i&gt;, jug&#233;s plus r&#233;cup&#233;rables que ceux de la montagne, pour leur faire voter une motion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Vous sentez bien que si l'on ne profite pas du moment pour tout jeter par terre ; pour exciter les paysans &#224; bruler les ch&#226;teaux de ces b....s de seigneurs, &#224; tuer les zaricots, nous ne serons pas les plus forts.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Oui, mais ... cela demande r&#233;flexion et de la prudence.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Piotonet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Des r&#233;flexions ? De la prudence ? Eh ! sacredieu, c'est avec &#231;&#224; qu'on perd tout : il faut enj&#233;oler ces paysans, faites-les bien boire ; dites-leur qu'ils ne paieront plus rien, qu'ils pourront prendre tous les biens des zaricots, qu'ils seront tous riches, et pardine, vous en viendrez &#224; bout. Parlez-leur de ce que nos fr&#232;res de la grande nation ont fait au commencement. Le diable m'extermine s'il ne faut pas forcer les paysans &#224; tuer ; tenez, il faut qu'ils boivent du sang ; j'en boirois, sacredieu, un pot sans me reprendre pour leur donner l'exemple ; mettez-y un peu du v&#244;tre, pr&#233;sident, pr&#234;chez-les, pour que quand je reviendrai tout soit pret ; entendez-vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Laissez-faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans arrivent avec le vice-pr&#233;sident Crotillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Citoyens, voici des freres et amis des villages que je vous am&#232;ne pour fraterniser avec nous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; aux paysans. Ils sont les bien venus, (&#224; Crotillon) faites placer nos fr&#232;res des villages, on leur accorde les honneurs de la s&#233;ance. (Ils s'asseyent tous sur des bancs des deux c&#244;t&#233;s d'une longue table, le Pr&#233;sident est en haut sur une escabelle).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, tousse et se mouche. Citoyens ! .. S'il fut jamais rien de beau dans le monde, c'est la libert&#233; ; c'est la lumi&#232;re qui &#233;claire le monde ; c'est le soleil qui nous r&#233;chauffe, c'est ... en un mot c'est tout ...(avec emphase). Mais quand je dis que c'est tout, je me trompe ; j'oubliois l'&#233;galit&#233;, cette autre lumi&#232;re qui &#233;galise les hommes, qui, pour satisfaire &#224; tous leurs besoins, fait que tous les biens sont communs ; c'est l&#224;, la lumi&#232;re qui a devanc&#233; le monde, qui change, qui alt&#232;re ...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Marubet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. O&#239;, pardai, l&#233; bin v&#233;r&#233; ! y&#233; na sai dau diab&#242; ... chai bai ton rin din stu out&#244; ? (Oui pardieu, c'est bien &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vrai ! j'ai une soif du diable ... Ne boit-on rien dans cette maison ?)&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction des interventions patoises : Glossaire des patois de la Suisse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;ean-Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#224; Samuel. Samuel, va t'en demander du vin &#224; ta comm&#232;re ... mais, mordieu, ne va pas me rester trop &#224; sc't&#233; cave.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Allons donc, jeanfesse, ne ris pas toujours. (Il sort).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, toujours avec emphase. Par cette explication d&#233;finitive, vous savez donc, citoyens, que c'est par la libert&#233; que nous sommes libres, et par l'&#233;galit&#233; que nous sommes &#233;gaux ; de sorte que le bien d'autrui est &#224; nous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;onatan Borgognon.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; M&#224; dit&#233; vai, citoyen monsieu, escusad&#233; se vopli&#233; ; l'on parla per tzi no d&#233; celia &#233;galit&#233; : m'avon promet d&#233; m&#233; bailli le pra dau tzat&#233; que totz&#233; mon pra de la Corn&#233;ttaz ; m&#233;t&#233; refia sur cin, y av&#233; dza tr&#233; on caro de l'adze, y a v&#233; bueta de la drudze, r&#233;sp&#233;tin voutro noneu ; &#233; bin ; ne ma te pa failiu r&#233;prindr&#233; ma drudze, &#233; reclioure l'adze. Etz&#242; l'&#233;galit&#224;, qu&#233; cin nique ? - Voique &lt;/i&gt;&lt;i&gt;portan cin que m&#233; areva. (Mais dites-moi, citoyen monsieur, excusez s'il vous plait ; on a parl&#233; chez nous de cette &#233;galit&#233; : on m'avait promis de me doner le pr&#233; du ch&#226;teau qui confine &#224; mon pr&#233; de la Cornettaz ; je m'&#233;tais fi&#233; &#224; cela, j'avais d&#233;j&#224; arrach&#233; un coin de la haie, j'avais mis du fumier, sauf v&#244;tre respect ; eh bien, n'ai-je pas d&#251; reprendre mon fumier et refermer la haie ! Est-ce l'&#233;galit&#233; que cela ? Voil&#224; pourtant ce qui m'est arriv&#233;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Citoyen, vous ne deviez point &#244;ter votre fumier ni refermer l'aye, puisque ce pr&#233; vous convient, il est &#224; vous. Ce sont l&#224; les droits de l'homme.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;onatan Borgognon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Vo dit&#233; bin ; ma lai mon soci ; yav&#233;, bio d&#233;r&#233;, l'agean &#233; la municipalita s&#233; son bueta d&#233;voron m&#233; din noutra Cu&#233;mena, ne s&#233; pa cin que mon de ; tantia que lo signeu a volli&#226; ravai son pra, &#233; n&#233; ma fai rin zu qu&#233; la vergogna. L&#233; Brindz&#233; ; vo c&#233;d&#233; prau, l&#233; gro Brindz&#233;, l&#233; dou frar&#233; m&#233; vezin, in on volliu f&#233;r&#233; a tan &#224; la Trapasanna qu&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pardai na tota buena v&#233;gne : la falu qu&#233; l&#244;sson basta to comin m&#233; ; lo signeu ne loza pas bailli on carqui&#233;. (Vous d&#238;tes bien ; mais on m'y a forc&#233; ; j'avais beau dire, l'agent et la municipalit&#233; s'en sont pris &#224; moi dans notre commune, je ne sais pas ce qu'ils m'ont dit, toujours est-il que le seigneur a voulu r&#233;cup&#233;rer son pr&#233;, et je n'ai ma foi eu que la honte. Les Brindz&#233;, vous savez bien, les grands Brindz&#233;, les deux fr&#232;res, mes voisins, ont voulu en faire autant &#224; la Trapasanna qui est par dieu une tr&#232;s belle vigne. Il a fallu qu'ils renoncent tout comme moi. Le seigneur ne leur a pas donn&#233; une parcelle).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Citoyen Verain, il faut d&#233;noncer cela &#224; la soci&#233;t&#233; ; il faut faire rendre justice &#224; ces citoyens. N'est-il pas honteux que dans le si&#232;cle de la lumi&#232;re et de de l'&#233;galit&#233;, des fr&#232;res, des citoyens ne puissent pas prendre sur la terre tout ce qui est &#224; leur convenance ? et &#244;ter aux inf&#226;mes aristocrates ce qu'ils ont vol&#233; au peuple souverain ; je dis vol&#233;, car tout ce &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que je n'ai pas, c'est autant qu'on me vole.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le p&#232;re Pontrulaz&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. La ma fion r&#233;son. (Il a ma foi raison).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guillaume Laffe&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Set pardai bin v&#233;r&#233; ; pr&#233;dz&#233; bin ormint&#233; stu compagnon citoyen. (C'est pardieu bien vrai. Il parle au moins bien ce compagnon citoyen).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Fantin.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Ba, ba ; ma fai l'&#233;galita, c&#233; de bair&#233; can on na sai. Allons citoyen cabareti&#233;, na botoillie. (Ma foi l'&#233;galit&#233;, c'est de boire quand on a soif. Allons citoyen cabaretier, une bouteille).(Samuel entre avec un panier de bouteilles, Salom&#233; porte des verres).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph Marubet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Voi qu&#233; par diau dau vin : (&#224; Salom&#233;) atzi v&#242; Salom&#233;. (Voil&#224; pardieu du vin ; bonjour Salom&#233;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salom&#233;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Bonjour, citoyen.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph Marubet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Quai-v&#242; vui ? vozit&#233; a ce rodze u&#233; la cr&#233;ta d&#233; noutro p&#251; ? (Qu'avez-vous aujourd'hui ? Vous &#234;tes aussi rouge que la cr&#234;te de notre coq).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, avec humeur. Ce qu'elle a ! ... hom, Samuel, tu es diablement rest&#233; &#224; ste cave.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salom&#233;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, en levant les &#233;paules. Rest&#233; ! h&#251; ... apparemment. N'a-t-il pas fallu mettre la boite ; tu ne l'avois pas oubli&#233;e peut-&#234;tre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Va-t-en au diable avec ta bo&#238;te. Samuel n'oublie rien lui.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, en col&#232;re. Le diable me d&#233;chire les ongles, si je ne tombe pas dessus, vois-tu bien ; redis seulement une parole.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, d'un ton imposant. Paix-l&#224; ! Paix-l&#224; !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Janf ....&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; d'un ton ferme et imp&#233;ratif. Taisez-vous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salom&#233;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#224; Jean-Pierre. Oui ; tais-toi, tzancre de c&#251; de p&#233;dze&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la seule irruption patoise dans le propos de Salom&#233;. Le patois ne lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. (elle s'enfuit).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, voulant lui courir apr&#232;s. Attends-moi, chienne de carogne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; l'arr&#234;tant. Citoyen, mettez-vous au pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;ean-Pierre &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;se d&#233;battant. Laissez-moi donc, je m'y mettrai quand j'aurai &#233;trangl&#233; cete b......se.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ave dignit&#233;. Citoyen, Jean-Pierre, j'ai choisi votre bouchon, pour le sanctuaire de nos assembl&#233;es, parce que je vous ai cru un bon r&#233;publicain. Mais vous vous disputez avec votre femme, et ... (Samuel lui verse &#224; boire apr&#232;s avoir bu) Voil&#224; du vin qui ne vaut pas le diable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une altercation sur la qualit&#233; du vin, on boit &#224; la sant&#233; de Salom&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; apr&#232;s avoir bu. Citoyens. Cette sant&#233; est honn&#234;te ; j'aime bien la citoyenne Salom&#233; ; mais nous devons aimer premi&#232;rement la r&#233;publique. Je vous invite &#224; boire tous &#224; cette sant&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cueta&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Diab&#244; lo pa, que lai baiv&#242;. C&#233; tzarlatan crot&#251;, c&#233; tzancro d&#233; tz&#233;r&#233;, qu'&#233;tai venu &#224; la revoluchon no prom&#233;tr&#233; que no ne payerin pli&#233; rin, et voique portan que l'on rebueta l&#233; cins&#233; ; comin faute fair&#233; ora por pa&#239; lo trai por mill&#233; de celia ministrative, &#233; l&#233; cins&#233; d&#233; stau zan &lt;/i&gt;&lt;i&gt;passa ? (Pas question que j'y boive. Ce charlatan v&#233;rol&#233;, ce salaud qui &#233;tait venu &#224; la r&#233;volution nous promettre que nous ne payerions plus rien, et voil&#224; pourtant qu'on a r&#233;tabli les censes. Comment faut-il faire maintenant pour payer le trois pour mille de cette chambre administrative et les censes de ces ann&#233;es pass&#233;es ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Brache&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. L&#233; asse bin venu per tzi no por cin nique ; m'a imb&#233;ta &#233; pui voaiqu&#233; comin cin va avou&#233; le pa&#239;san ; l&#233; gro l&#233; medzon ad&#233;. (Il est aussi bien venu chez nous pour celui-ci. Il m'a emb&#234;t&#233; et puis voil&#224; comment &#231;a va avec les paysans, les gros les mangent toujours).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Non, sacredieu, ils ne vous mangeront pas ; nous allons bient&#244;t rendre tous ces gros b..... aussi minces que du papier. &#199;&#224; buvons encore un coup et nous parlerons d'affaires. (Ils boivent tous &#224; plusieurs reprises). Avec la permission du citoyen Verain notre digne pr&#233;sident, je l'invite &#224; vous porter &#224; une action aussi honorable que profitable, &#224; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;nous tous ; j'esp&#232;re qu'il voudra bien ouvrir la bouche.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; avec un ton de Pr&#233;sident, apr&#232;s avoir touss&#233; plusieurs fois. Silence (il fait encore une pause). Citoyens, amis et fr&#232;res. Il n'est pas douteux que le crime ne soit riche et que la vertu ne soit pauvre. On l'a d&#233;j&#224; vu du tems de Lazare, et on le voit encore de nos jours. Or, Dieu nous a donn&#233; la raison pour nous conduire ; il faut donc s'en servir quand on en a de besoin&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression directement venue du dialecte.&#034; id=&#034;nh2-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Vous &#234;tes tous des gens de la campagne, des paysans, vous gagnez votre pauvre vie en vous morfondant de peine ; vos champs sont engraiss&#233;s de votre sueur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; l'interrompant. Ma fai, por m&#233; ne scho pas prau por cin ; bueto a d&#233; doz&#233; tz&#233; d&#233; fem&#233; per pousa ; cin vau ancoi mi qu&#233; d&#233; tan cha. (Ma foi, pour moi je ne sue pas tellement pour &#231;a, je mets toujours douze chars de fumier par pose&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pose : unit&#233; de mesure agraire, 45 ares.&#034; id=&#034;nh2-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, furieux. Tais-toi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; reprenant son discours plus emphatiquement. Engraiss&#233;s de votre sueur ! ... Vous avez des enfans qu'il faut nourrir, et vous manquez de pain ! (Il grimace comme s'il pleuroit). Tenez, citoyens, cela me fend le c&#339;ur ! Vous payez de redevances f&#233;odales ; vous &#234;tes &#233;cras&#233;s, ruin&#233;, abym&#233;s. (d'un ton grave) Citoyens, ce n'est pas pour les habitans des villes, pour des patriotes tels que nous que je parle, nous ne payons rien de tout cela, nous sommes francs. Mais vous ! &#199;&#224; mes amis, il est tems que &#231;a finisse ; il est tems de punir les voleurs, et d'&#244;ter &#224; celui qui a de trop. (Il s'interrompt). N'&#234;tes-vous pas tous de cet avis, citoyens ? (apr&#232;s une pause) Vous m'approuvez tous, car qui ne dit mot consent. Or, voici ce que j'ai &#224; vous proposer. Les ch&#226;teaux de vos seigneurs sont des tanni&#232;res de loups et de renards, il faut les d&#233;truire ; les maisons des riches sont des cavernes de voleurs, il faut les d&#233;truire ; les titres des nobles, sont des patentes de brigands, il faut les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&#233;truire ; les actes pour les droits f&#233;odaux, sont des paperasses de Satan, il faut les d&#233;truire ; ceux qui les poss&#232;dent sont des hommes qui vous volent depuis que Dieu a cr&#233;&#233; le monde, il faut les d&#233;truire ; et pour ce qui est des dixmes, des lods, des censes, il faut les d&#233;truire ; et quand aux obligations, aux c&#233;dules, il faut ...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; se leve et dit avec force. Les bruler ; &#231;&#224; ne perdez point de tems, mettez le feu &#224; tous les ch&#226;teaux, et brulez-moi avec, tous ces sacr&#233;s zaricots, ces tyrans, ces seigneurs, toute cette s&#233;quelle du diable, exterminez-les ; et quand vous les aurez tous massacr&#233;s, vous n'avez qu'&#224; nous appeler et nous vous aiderons &#224; piller leur bien. Allons, citoyens, je vous invite, avec la permission du citoyen pr&#233;sident, dont je suis le vice, &#224; boire &#224; la destruction des tyrans. (Il boit, tous en font autant, et les paysans crient :)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;ous les paysans&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ensemble : Qui vive !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en fureur. Les tyrans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabriel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pantaru&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. N'a pa ma fai ; ma stu l&#233; que l&#233; buet&#233;r&#233; din lo crau. (ma foi non, mais celui qui les mettra dans le trou).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. A la bonne heure. Je ne veux boire aux tyrans qu'avec leur sang.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; avec emphase. Brav&#242;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danier&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Jamo ancoi mi on verro d&#233; stu vin, que na botoillie d&#233; san d&#233; chr&#233;quien&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;volte des Bourla-Papey ne sera en effet pas sanglante : elle se fera au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. (J'aime encore mieux un verre de ce vin qu'une bouteille de sang de chr&#233;tien). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; le regardant avec indignation. Non pas moi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ma fai, n'amm&#242; pas l&#242; san. (Ma foi, je n'aime pas le sang).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; indign&#233;. Tu n'es pas digne de nous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ne pu pa pire medzi lo san d&#233; noutr&#233; zanim&#242;, comin b&#233;r&#233; yo lo voutr&#242;. (Je ne peux m&#234;me pas manger le sang de nos animaux, comment boirais-je le v&#244;tre ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en fureur. Ose-tu bien, me comparer &#224; ces cochons ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Na paradai, ne son pas a ce gra qu&#233; vo. Ma voi que ... libert&#233;, &#233;galit&#233;. (Ils boivent). (Non pardieu, ils ne sont pas aussi gras que vous. Mais voil&#224; ...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Citoyen pr&#233;sident. Tous nos fr&#232;res des villages ici pr&#233;sents, ont sign&#233; l'adresse aux autorit&#233;s du L&#233;man&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adresse de l'automne 1800 demandant l'abolition des droits f&#233;odaux. Cf. supra.&#034; id=&#034;nh2-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. (aux paysans) J'esp&#232;re qu'aucun de vous n'osera me contredire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabriel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pantaru&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. O&#239;, l&#233; bin ver&#233;. -Ma qu&#233; tzin que v&#242; n&#242; zai f&#233; &#224; segni ? (Oui c'est bien vrai. Mais que nous avez-vous fait signer ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Que vous ne voulez plus payer de droits f&#233;odaux&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Gabriel P.Chamorel, La liquidation des droits f&#233;odaux dans le Canton de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, qui sont une invention du diable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abram&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Piedr&#244;nna&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ma fai, se vignon d&#233; l&#251;, fau que l&#233; repringn&#233;. (Ma foi, s'ils viennent de lui, il faut qu'il les reprenne).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Brache&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Tzacon son bin ; voique. (Chacun son bien, voil&#224;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, s'&#233;chauffant. Vous avez protest&#233;, qu'alors vous resteriez Helv&#233;tiens&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;publique Helv&#233;tique. Cf. note supra.&#034; id=&#034;nh2-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jaques&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fistulon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; ivre. Qu&#233; tzo qu&#233; cin, Helv&#233;tien ? -Diabe lo pa se yen v&#251; m&#233;, ne vu pas &#234;tro un fran&#231;ai ; vu resta Suisse, sacredieu. (Il frappe du poing sur la table). Mon p&#232;re l&#233;tai ; mon p&#232;re-grand ace bin ; &#233;t m&#233; su Suisse comin leur ; on bon Suisse, intind&#233; v&#242; bin. (Qu'est-ce que cela, Helv&#233;tien. Je n'en veux plus, je ne veux pas &#234;tre un Fran&#231;ais, je veux rester Suisse, sacredieu. Mon p&#232;re l'&#233;tait, mon grand-p&#232;reaussi, et moi je suis Suisse comme eux ; un bon Suisse, entendez-vous bien ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, d'un ton de docteur. Apprenez que, Helv&#233;tien et Suisse, c'est la m&#234;me chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gabriel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pantaru&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ma dit&#233; vai, citoyen, sin oblia voutr&#242; d&#233;re : y&#233; tan o&#239;u parla de sliau chouan : etz&#242; no, au bin l&#233; z&#244;tr&#242; ? (Mais dites-moi, citoyen, sans oublier votre dire. J'ai tant entendu parler de ces &lt;/i&gt;&lt;i&gt;chouans. Est-ce nous ou bien les autres ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Eh ! f..tu imb&#233;cille, sais-tu pas que les chouans sont de ces coquins, de ces brigands.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Des zaricots.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois-Louis Pioutaz.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Vai d&#224; ? -Ma fai ne m&#233; tzo pas pli&#233; de stau zaricots que d&#233;na favioul&#224;. (Oui-da. Ma foi, je ne me soucie pas plus des ces aristos que d'un haricot).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pere Pontrulaz.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Ta pardai bien r&#233;zon, Fran&#231;ois-Louis. (Ils rient tous, puis ils boivent en choquant les verres). (Tu as pardi bien raison, Fran&#231;ois-Louis).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois-Louis Pioutaz.&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; A&#231;&#224;, cabarequi&#233;, voique l&#233; botoilli&#233; qu&#233; son ace voig&#233; qu&#233; ma goirdze. (A Samuel qui prend les bouteilles et sort) trait&#233; zin orminthe que noss&#233; min d&#233; p&#233;pin. (Ah &#231;a cabaretier, voil&#224; que les bouteilles sont aussi vides que ma gorge. Tirez-en (du vin) au moins qui n'ait pas de p&#233;pins).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; d'un ton imposant. Citoyens, ensuite de l'adresse que vous avez sign&#233;e, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;il faut tous vous mettre au pas, et refuser de payer les censes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joseph&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Marubet&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Tzancre la pa no l&#233; payien ; laissi pire f&#233;r&#233; ; se lo receviau vin tzi n&#242;, le diab&#242; involai se sa racklieta mont&#233; la cout&#224;. (Pas question que nous les payions ; laissez donc faire. Si le receveur vient chez nous, le diable m'emporte s'il monte jusqu'ici avec sa raclette (de mesure)).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; vivement. Si fait pardieu, laissez-la monter et payez.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; furieux. Que dis-tu ? ... payer les censes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. La diable qui s'en d&#233;dit. Patience, citoyen, pr&#233;sident, patience, vous serez de mon avis. (Il &#233;l&#232;ve la voix) Citoyens, je vous invite &#224; payer les censes avec de la graine qui coute quinze baches* la livre, et des belosses* qui cassent les dents.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &#233;clatant de joie. C'est pardieu bien dit &#231;a !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samuel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, posant par-tout des bouteilles. Pour cette fois, en voici du tout bon.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;, apr&#232;s avoir fait signe de remplir les verres. Citoyens, je vous invite &#224; boire &#224; la sant&#233; du citoyen Crotillon qui a si bien parl&#233;. (Ils choquent tous les verres et boivent).(Apr&#232;s un silence, il reprend avec le ton d'un pr&#233;sident) : Citoyens ! je vous l'ai d&#233;j&#224; dit, et je le r&#233;p&#232;te &#224; tous les fr&#232;res et amis. Il y a assez longtems que nos inf&#226;mes tyrans nous volent ; il y a assez longtems que vous payez et vos p&#232;res aussi ;voyez o&#249; le crime remonte ! voyez tout ce qu'on vous vole ! (avec emphase) Cesse, pauvre peuple ! d'&#234;tre la victime des tyrans et de leur conduite abominable ; leur heure a sonn&#233;, ne leur paie plus rien, et d&#233;truis ces oligarques. Car ... rien de plus injuste que de payer ce qu'on doit : (&#224; Daniel Fantin) n'est-il pas vrai &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ne dio pas qu&#233; na. No volien f&#233;r&#233; to comin vo no dit&#233;. Per &#233;zimplio ; ne zin noutre namoudiachon de la Praiza, lo citoyen Muedret, qua zu c&#233; bin de son p&#233;re, no za ad&#233; f&#233; &#224; pa&#239; lamoudiachon tu l&#233; zan ; no lai daivin &lt;/i&gt;&lt;i&gt;dou cin z&#233;cu ; lia ne s&#233; gu&#233;re d'an que no le pa&#239;en dince. C&#233; atan que stu compagnon no rob&#233; ; no le vu padai plie pa&#239;. (Je ne dis pas non. Nous allons faire exactement comme vous nous dites. Par exemple, nous avons notre fermage de la Prise ; le citoyen Muedret qui a h&#233;rit&#233; ce bien de son p&#232;re, nous a toujours fait payer le fermage tous les ans. Nous lui devons deux cents &#233;cus. Il y a je ne sais combien d'ann&#233;es que nous le payons ainsi. C'est autant que ce compagnon nous vole ; je ne le payerai pardieu plus).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Oh ! c'est bien diff&#233;rent, le citoyen Muedret est un parfait patriote, m&#234;mement des meilleurs qu'il y ait ; son bien est &#224; lui, vous le lui avez amodi&#233; ; au lieu que les d&#238;mes et les censes se l&#232;vent sur les champs que vous cultivez, que vous labourez.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. C&#233; pardai la mim&#226; tzousa : no labaurin tu l&#233; tzan de noutre namoudiachon, se c&#232; qu&#224; l&#233; tzan ne dai plie rin ai Signe&#251;, no ne daivin plie rin non plie &#224; c&#233; qua l&#233; tzan. (C'est pardieu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;la m&#234;me chose. Nous labourons tous les champs de notre fermage ; si celui qui a les champs ne doit plus rien au seigneur, nous ne devons plus rien non plus &#224; celui qui a le champ).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; avec humeur. Ce n'est pas la m&#234;me chose : car qui dit des Seigneurs dit des voleurs, et c'est pour tous les exterminer que la r&#233;volution a &#233;t&#233; faite. Mais un patriote, un r&#233;publicain comme le citoyen Muedret, doit retirer la rente de ses pr&#233;s et de ses champs, puisqu'ils sont &#224; lui et qu'il les a eus de son p&#232;re et de son p&#232;re-grand ; il ne doit plus payer ni d&#238;me, ni cense ; cela est clair.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Brache&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Dion por tan que stu citoyen, au bin son p&#232;re-gran, a zau zu aberdzi c&#233; bin qu'&#233;tai au signeu, que ne s&#233; rin ratenu que l&#242; dim&#242; &#233; la cinsa ; &#233; que lo lan za bailli pire por cin zique. (On dit pourtant que ce citoyen ou bien son grand-p&#232;re a autrefois pris en fermage ce bien qui &#233;tait au seigneur, qui n'a rien retenu pour lui que la d&#238;me et les &lt;/i&gt;&lt;i&gt;censes et qu'il le leur a donn&#233; seulement contre cela).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en col&#232;re. Qu'importe ? Le seigneur a donn&#233; ce bien ; et il &#233;toit un coquin de vouloir qu'on lui paya&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est difficile de dire s'il s'agit de n&#233;gligences de composition ou de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; la dixme et les censes, ce qu'on donne est bien donn&#233;, et il est d&#233;fendu de se rien retenir quand on donne. Voil&#224; le fait (&#224; Fantin). Et toi tu dois payer la rente d'un bien qu'on ta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;id.&#034; id=&#034;nh2-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; remis &#224; cette condition, car la loi le veut, elle d&#233;fend le vol, et punit les voleurs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ma, se fau puni l&#233; voleu ; ne fau do pa f&#233;r&#233; comin leur ; por qu&#233; prin ton le bin d&#233; sliau f&#233;au dau ; dit&#233; vai citoyen pr&#233;sidan ? (Mais, s'il faut punir les voleurs, il ne faut donc pas faire comme eux. Pourquoi prend-on le bien des f&#233;odaux ? dites-moi citoyen pr&#233;sident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; avec humeur. Parce que c'est bien fait.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Et m&#233; ne f&#233;r&#233; yo pas a ce bin de ne rin pa&#239; au citoyen Muedret ? (Et moi je ne ferais pas aussi bien de rien payer au citoyen Muedret ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Verain en buvant. Non ; parce que ce qui est &#224; lui, lui appartient, et qu'il ne faut pas que ces coquins d'aricots ayent quelque chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Danier&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. A, vo vompringno ora ; ne fau pas s&#233; laissi roba, ma fau roba l&#233; zotro. (Ah, je vous comprends maintenant. Il ne faut pas se laisser voler, mais il faut voler les autres).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; buvant toujours. C'est cela.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Cueta&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Ma &#233;cutad&#233; : lon bin de per tzi n&#242; ; que l'avon f&#233; on trequemaquadzo, ne s&#233; comin ; tantia que to cin nique n&#233;tai rin qu&#233; por f&#233;r&#233; na tze cagnie, &#233; que can l'on s&#233; batr&#233; l&#233; zon, l&#233; zotr&#242; ; au bin can on s&#233; disput&#233;r&#233;, l&#233; franc&#233; vidront no prindr&#233;, por no bueta tu d'accoua. Craid&#233; vo cin citoyen. (Mais &#233;coutez. On a bien dit chez nous qu'ils avaient fait un traquenard, je ne sais comment ; toujours est-il que tout ceci &lt;/i&gt;&lt;i&gt;n'&#233;tait que pour cr&#233;er une querelle et quand on se disputera, les Fran&#231;ais viendront nous occuper, pour nous mettre tous d'accord. Croyez-vous &#231;a, citoyen ? )&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en col&#232;re. Ce sont des discours d'aricots. La grande nation n'a jamais tromp&#233; personne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en col&#232;re. Rien n'est plus vrai ; et je d&#233;noncerai le premier b..... qui osera dire le contraire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; prenant le ton du pr&#233;sident. Voil&#224; le propos d'un citoyen qui a bien m&#233;rit&#233; de la patrie. (Ils boivent tous).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Que sert, citoyen pr&#233;sident, de bien m&#233;riter de la patrie tant que les tyrans la gouverneront ! Ne faudroit-il pas faire une motion pour les mettre &#224; bas ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Bien dit, citoyen Crotillon ; j'opine au retour du directoire, et &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration des Conseils&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nostalgique de la R&#233;publique L&#233;manique, juge-t-il le r&#233;gime actuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ... Citoyens, qu'on remplisse les verres, qu'on se l&#232;ve tous et qu'on boive &#224; la sant&#233; du brave &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ex-directeur Ochs&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La constitution d&#233;mocratique de la R&#233;publique helv&#233;tique (1798) est due au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Qu'il vive ! (Ils crient tous de m&#234;me et boivent).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Abram&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Pi&#233;dronna&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Qu&#233; tzin qu&#233; c&#233; Oxe ? mon bin de que c&#233;tai na b&#233;ta, comin vo derai noutr&#224; m&#244;tail&#224;. Ete ver&#233; cin ? (Qu'est-ce que cet Ochs ? on m'a bien dit que c'&#233;tait une b&#234;te, comme qui dirait ma Motaila (nom de vache tachet&#233;e). Cela est-il vrai ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; en colere. C'est le propos d'un infame aristocrate ... Ochs, signifie bien un b&#339;uf, mais c'est un nom de famille, aussi honorable que celui de Verain que je porte.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Brache&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. Verain ! &#233;h ! bin voiti d&#233; portan cin que ce, no dien Verain, no z&#244;tro &#224; l&#233;gue d&#233; noutr&#233; zanim&#242;, resp&#233;tin l&#242;ue&#251;. (nous appelons pourtant &#8220;verain&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;rin, v&#233;rain : &#8220;venin&#8221; en occitan et francoproven&#231;al. D'o&#249; le sens de &#8220;purin&#8221;.&#034; id=&#034;nh2-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'eau (urine) de nos animaux ...)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; furieux. C'est ce que vous dites mal, sacredieu ; tous les Verain viennent de Champagne en Picardie ; le premier &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de notre famille qui est venu dans la Suisse &#233;tait un gros marchand qui vendoit des lunettes. Voil&#224; sacrebleu, mon anc&#234;stre (sic) ; il y a deux cents ans de &#231;a. On en tira le potr&#233; quand il fut mort ; je l'ai encore sur mon &#233;tabli ; il lui ressemble comme si c'&#233;tait lui. - Il m'a pardieu bien fallu donner deux &#233;cus neufs pour le faire tirer par un peintre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crotillon&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. C'est vrai au moins ! et les Crotillons, ne viennent ils pas d'Auxebourgue ? J'ai encore vu mon grand-p&#232;re qui parloit allemand, et qui m&#234;mement faisoit des peignes ; j'en ai encore un par chez nous qu'il a fait et qui est tout neufe (sic).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Fantin&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;. V&#244; ne v&#242; pegni don dzam&#233;, citoyen ? (Vous ne vous peignez donc jamais).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Verain&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; avec emphase. Citoyens : malgr&#233; la gloire de mon anc&#234;stre, j'aime l'&#233;galit&#233;, et je ne reconnois que les autorit&#233;s du L&#233;man.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suit une violente algarade : Gabriel Pantaru demande si &lt;i&gt;&#8220;celiau z&#244;torit&#233;&#8221;&lt;/i&gt; sont celles de Berne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bourgeois publie sous le nom de P.Z.Chantelaz, pasteur, un ouvrage fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nos p&#232;res r&#233;p&#232;te-t-il, qui &lt;i&gt;&#8220;baillivon dau pan &#224; noutr&#233; pour&#242;&#8221;&lt;/i&gt; ou celles d'aujourd'hui qui rongent les pauvres, Verain veut l'&#233;trangler pour ce blasph&#232;me. L'incident est noy&#233; dans des toasts, et les dirigeants, ivres, demandent que &lt;i&gt;&#8220;apr&#232;s que nos fr&#232;res des villages auront brul&#233; tous les ch&#226;teaux&#8221;&lt;/i&gt;, on pende les seigneurs. Mais ce d&#233;lire est interrompu par l'annonce du pillage du village par une colonne de partageux. Un officier fran&#231;ais intervient, ram&#232;ne l'ordre, dissout le club et renvoie les paysans &#224; une saine id&#233;ologie de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Bourgeois, texte d'intervention imm&#233;diate, sera plusieurs fois donn&#233; au 19e si&#232;cle en exemple d'&#233;criture patoise juste et savoureuse : il est pourtant en ce domaine, et &#224; l'&#233;vidence, un texte pi&#233;g&#233;. Devant la conjonction d&#233;cisive des r&#233;volutionnaires urbains et d'une paysannerie exasp&#233;r&#233;e par les survivances f&#233;odales, Bourgeois essaie de scinder les deux composantes du mouvement qui se pr&#233;pare. Le parler populaire n'intervient qu'en repr&#233;sentation sociologique des paysans, il s'oppose au fran&#231;ais mal d&#233;grossi des artisans r&#233;volutionnaires, mais en fait le jeu politique de Bourgeois, comme d'une bonne part de &#8220;l'aristocratie&#8221; vaudoise, est, en acceptant de fa&#231;on r&#233;aliste la tutelle fran&#231;aise, d'utiliser l'aspiration &#224; l'ordre social que manifeste le Consulat fran&#231;ais. L'intervention politique ne se poursuivra pas par un int&#233;r&#234;t pour l'idiome, une &#233;criture de maintenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la remise en ordre napol&#233;onienne, dans la Suisse qui devient f&#233;d&#233;rale, le pays de Vaud devient Canton. Cette nouvelle structure, en rendant l'instruction obligatoire en 1806, fait triompher le fran&#231;ais : &lt;i&gt;&#8220;Les R&#233;gens interdiront &#224; leurs &#233;coliers, et &lt;/i&gt;&lt;i&gt;s'interdiront absolument &#224; eux-m&#234;mes, l'usage du patois, dans les heures de l'Ecole et, en g&#233;n&#233;ral, dans tout le cours de l'enseignement&#8221;&lt;/i&gt;. Le temps est venu ici des entreprises culpabilisantes de correction du langage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.Develey, Observations sur le langage du Pays de Vaud, 1808, r&#233;ed. 1824, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autour de 1800, l'oralit&#233; de Lausanne devient fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de l'idiome ne saurait donc qu'&#234;tre compensatoire : pour l'anniversaire de la premi&#232;re assembl&#233;e du Grand Conseil Vaudois, le pasteur Marindin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Joseph Marindin, de Vevey, mort en 1816. D'autres sources attribuent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; compose la &lt;i&gt;Chanson pour la f&#234;te du 14 Avril&lt;/i&gt; qui, plus tard &#233;dit&#233;e, devient une sorte d'hymne patois de l'ind&#233;pendance vaudoise. Mais &#224; la diff&#233;rence des embl&#233;matiques couplets genevois de l'Escalade, ce texte qui veut &#8220;faire peuple&#8221; est vision et parole d'une micro-d&#233;mocratie rurale, il n'est pas v&#233;ritablement &#8220;national&#8221;. Sous l'&#233;gide de la religion, on affirme aux paysans que le nouveau r&#233;gime, en r&#233;glant le probl&#232;me des droits f&#233;odaux, leur assure la prosp&#233;rit&#233;. On remarquera la prudence avec laquelle sont abord&#233;s les nouveaux rapports avec l'ancienne suzeraine Berne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por la fita d'au quatorze &lt;/i&gt;Pour la f&#234;te du quatorze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction Recueil Corbaz, Lausanne, 1842.&#034; id=&#034;nh2-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y&#233; f&#233; mon bet det tzanson &lt;/i&gt;J'ai fait mon bout de chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se la rimma l'est betorse&lt;/i&gt; Si la rime est mauvaise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yari por m&#233; la raison &lt;/i&gt;J'aurai pour moi la raison ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Car y&#233; prai por refrin &lt;/i&gt;Car j'ai pris pour refrain&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ci qu'ame bin sa patrie&lt;/i&gt; Celui qui aime bien sa patrie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sara todzo prau contin &lt;/i&gt;Sera toujours assez content&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gar&#231;ons et les filles se sont endimanch&#233;s, la milice du village fait l'exercice, puis le pasteur pr&#234;che. Le pays est en paix, les champs sont beaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La montra l&#232; zavintadze &lt;/i&gt;Il a montr&#233; les avantages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que no devin au Seigneu, &lt;/i&gt;Que nous devions au Seigneur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La de se vo zit&#232; sadze &lt;/i&gt;Il a dit si vous &#234;tes sages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vo zarai prau d&#233; bounheu ; &lt;/i&gt;Vous aurez assez de bonheur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vo n'ai pa m&#233; l&#232; focadze, &lt;/i&gt;Vous n'avez plus de focage,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dim&#232;, cince et tzet&#233;ra ; &lt;/i&gt;D&#238;mes, censes et c&#233;t&#233;ra ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Din ci benirau veladze, &lt;/i&gt;Dans ce bienheureux village&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sin lo pas qu'on l&#232; verra ; &lt;/i&gt;Jamais on ne les verra ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'ai vopas por la governe&lt;/i&gt; N'avez-vous pas pour le gouvernement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dai dzins d&#232; noutron pays, &lt;/i&gt;Des gens de notre pays,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quan-bin n&#232; san pas d&#232; Berne&lt;/i&gt; Quand m&#234;me ils ne sont pas de Berne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toparai san no zamis. &lt;/i&gt;Egalement ce sont des amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tous vont boire &#224; la sant&#233; de la patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te imp&#233;riale sur les patois, lanc&#233;e en 1807, sollicite les &#233;rudits de Suisse romande et aura des retomb&#233;es importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Fribourg, l'enqu&#234;te, comme souvent, est confi&#233;e &#224; des eccl&#233;siastiques qui r&#233;pondent &#224; la demande expresse de noter les moindres diff&#233;rences dialectales. Sont donc envoy&#233;es des traductions en &lt;i&gt;parler roman&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;gru&#233;rin&lt;/i&gt; de la montagne, &lt;i&gt;broyard&lt;/i&gt; du bas-pays, (dues au chanoine Fontaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le chanoine Fontaine, en contact avec le Doyen Stalder qui r&#233;unit les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et &lt;i&gt;quetzou&lt;/i&gt; de la partie moyenne du canton. L'enqu&#234;te et les publications qui la suivent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F.J.Stalder, Die landessprachen der Schweiz, Aarau, Sauerl&#228;nder, 1819, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contribue &#224; figer la conscience dialectale fribourgeoise et p&#232;seront sur les tentatives d'&#233;criture. En t&#233;moigne la r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8221;Courtion, ce 10e avril 1812&#8221;. Cf. archives d'&#233;tat, Fribourg, enveloppe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du cur&#233; Dupasquier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proth&#233;e Dupasquier, cur&#233; de Courtion entre 1811 et 1838, ann&#233;e de sa mort.&#034; id=&#034;nh2-93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; Fontaine qui lui a confi&#233; &lt;i&gt;&#8220;la commission singuli&#232;re&#8221;&lt;/i&gt; de traduire la parabole. Il insiste sur la difficult&#233; d'&#233;crire un parler par d&#233;finition oral :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la traduction &lt;i&gt;&#8220;s'est trouv&#233;e d'abord pr&#234;te, au moins sous l'un des dialectes, le gruy&#233;rin ; mais la partie de l'orthographe, dans celui-ci surtout, le moyen de la pr&#233;ciser et de la justifier avec cons&#233;quence, hoc upus, hic labor est. Je crois m&#234;me qu'il sera impossible de l'&#233;crire absolument. Il n'en sera pas tout &#224; fait ainsi des deux autres ; le Broyard se prononce avec beaucoup de rapprochement du fran&#231;ois, et quant au Quetzo, il y servira ce qui aura &#233;t&#233; dit en parlant des majeures difficult&#233;s du gru&#233;rin&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &lt;i&gt;Observations&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B.Cant.Fribourg, 535, 3. Elles sont &#233;t&#233; en partie donn&#233;es in P.Aebischer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur l'idiome sont r&#233;v&#233;latrices d'une conscience diglossique. Diglossie interne tout d'abord : &#224; la diff&#233;rence du Gru&#233;rin Pettolaz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. ci-dessus.&#034; id=&#034;nh2-95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le pr&#234;tre du bas-pays, ne magnifie pas le parler de la montagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Un premier aper&#231;u qu'il est utile d'avoir en vue en fesant la lecture de chacun de nos patois, c'est qu'&#224; mon avis, des trois dialectes, celui de la montagne, du pays moyen et du plat-pays, autrement dit le gu&#233;rien, le qu&#232;tzo, le broyard, ce dernier seroit le plus d&#233;li&#233;, le plus fin et le plus mani&#233;r&#233; ; le qu&#232;tzo le plus grave, le plus m&#226;le ; le gru&#233;rien le plus agreste et le plus sauvage ; ce qui seroit surtout vrai &#224; dire, en parlant de celui de Mon-bovon et Lessoc, dont le jargon est tellement rev&#234;che, barbare et r&#233;voltant, que les indig&#232;nes eux-m&#234;mes s'en aper&#231;oivent et qu'ils s'en contiennent autant qu'ils le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;peuvent quand ils sont hors de leurs foyers&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; de noter l'idiome renforce l'&#233;clatement dialectal :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le Broyard quoique par sa prononciation &#233;galement &#233;loign&#233; du fran&#231;ois que le qu&#232;tzo, se trouve pourtant bien plus facile &#224; orthographier ; mais le gru&#233;rien est incontestablement le plus mal-ais&#233;, vu qu'il y entre des sons, soit des articulations ou inflexions inconnues &#224; la langue fran&#231;oise et pour l'orthographe desquels il semble qu'il y ait &#224; recourir non seulement au latin et &#224; l'allemand, mais m&#234;me au grec, et encor avec tous ces emprunts notre scription demeurera bien imparfaite ... Si l'on devoit reconno&#238;tre de dialectes fribourgeois autant qu'il existe de prononciations sensiblement discr&#233;pantes, il en r&#233;sulteroit non seulement trois, mais trente trois fois &lt;/i&gt;&lt;i&gt;trois, c'est-&#224;-dire presqu'autant qu'on comptera de villages dans le canton&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le patriotisme assum&#233;, il confine l'&#233;criture de l'idiome aux registres mineurs de compensation diglossique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Une autre observation pour revendiquer l'honneur de notre Patois seroit que son m&#233;rite et ses beaut&#233;s ne sont gu&#232;re de nature &#224; trouver place dans un sujet grave et s&#233;rieux, comme l'est le sujet donn&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Parabole de l'Enfant prodigue.&#034; id=&#034;nh2-96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; : ce qu'il y a de plus saillant dans le patois, les termes burlesques, gaillards, badins ; et par l&#224; sans doute indignes de figurer dans un sujet sacr&#233; tel que l'Embl&#232;me du Dieu des mis&#233;ricordes pardonnant au P&#233;cheur repenti. Les sujets &#224; faire sortir ce que le patois contient de plus saillant ne s&#231;auroient donc &#234;tre que des sujets l&#233;gers et comiques ; ou tout au plus s&#233;rieux dans le genre des occupations, des entretiens et du commerce d'ailleurs des habitants &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de la campagne (et de quelques villes) entr'eux : en cons&#233;quent monsieur le Ministre Bridel ayant tr&#232;s bien choisi, amen&#233; les sujets peut-&#234;tre &#224; leur perfection. Monsieur Auderset, chappelain actuel de Couschelmuth a fait de la premi&#232;re El&#233;gie latine du Lusus allegoricus une traduction patoise en prose avec argumentation&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Joseph Auderset, pr&#234;tre &#224; Guschelmuth de 1805 &#224; 1810. En pays (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, qui est tr&#232;s amusante et a bien son m&#233;rite ; &#224; quoi n'aura pas peu contribu&#233; la nature du sujet : une mouche inconsid&#233;r&#233;e qui va se plonger &#224; corps perdu dans du lait frais et s'y noya, pr&#233;sente des d&#233;tails infinis et en nombre et en vari&#233;t&#233;, et tous du domaine de notre idiome. Avant ceux-ci Mr l'avocat Python avoit pouss&#233; dans le genre conforme, mais faute d'avoir &#233;gard aux temps, aux lieux, aux personnes il s'est r&#233;duit &#224; n'&#234;tre non seulement pas appr&#233;ci&#233;, mais &#224; n'&#234;tre pas m&#234;me entendu hormis de ceux qui comprennent les &#233;clogues de Virgile&#8221;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, bien que l'enqu&#234;te souligne l'impossibilit&#233; d'&#233;crire le patois, et avalise les comportements diglossiques, Python est &#224; nouveau pr&#233;sent&#233;. La conscience linguistique fribourgeoise est ainsi presque officiellement stimul&#233;e. On ne s'&#233;tonne donc pas de trouver dans cette publication de 1810, &#224; c&#244;t&#233; d'un extrait de Python&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Helvetischer Almanach f&#252;r dans Jahr 1810, Z&#252;rich.&#034; id=&#034;nh2-98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une notice sur le patois fribourgeois et une &lt;i&gt;Choraula&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#8220;Ingrat ! Te t'is deshonora&#8221;&lt;/i&gt;, attribu&#233;es l'une et l'autre au chanoine Fontaine qui avait r&#233;dig&#233; l'essentiel de la r&#233;ponse &#224; l'enqu&#234;te. Bridel la fait conna&#238;tre aussit&#244;t &#224; toute la Suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;La Berg&#232;re abandonn&#233;. Ronde en patois fribourgeois&#8221;, Etrennes hlev&#233;tiennes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pleine &#233;poque imp&#233;riale, un curieux document&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;de D(iesbach), M(ax), &#8220;Lettre d'un officier suisse pendant la campagne de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; atteste d'un usage du dialecte comme langue secr&#232;te, et donc indirectement de sa vitalit&#233;. De la lointaine Russie, le Colonel d'Affry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Philippe comte d'Affry, Fribourg 1772-1818. Sert la France : garde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;crit &#224; sa s&#339;ur en esp&#233;rant d&#233;jouer la surveillance de la police imp&#233;riale, qui filtre le courrier et veut emp&#234;cher que la situation v&#233;ritable soit connue. La lettre atteste donc de la vitalit&#233; de l'idiome dans la bonne soci&#233;t&#233; fribourgeoise (le fr&#232;re &#233;crit, la s&#339;ur r&#233;pondra) et de son statut de langue orale. La remarque finale montre que Python est &#224; la fois r&#233;f&#233;rence reconnue et non imit&#233;e : le patois ne s'&#233;crit pas. Par l&#224; m&#234;me le choix graphique de l'officier nous donne de pr&#233;cieuses indications sur la prononciation. Cette lettre est extr&#232;mement int&#233;ressante par son registre : ici, aucune connivence patoisante, aucun jeu compensatoire sur la diglossie. La franchise directe est celle de toute langue d&#233;barrass&#233;e des superfluit&#233;s de la rh&#233;torique. Le vocabulaire est celui d'une bonne langue d'usage, sans recherche aucune de pittoresque, et pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Madame de Boccard, Hubert, de Jetzwill, Fribourg, Suisse.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3 8bre, Polotzky&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La lettre montre l'&#233;tat de d&#233;labrement de l'arm&#233;e de Napol&#233;on, qui quittera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vo charai epay ben&#233;je de chavay au justou chan que no fan p&#233; ch&#226;tre. Vo charai don que la vella d&#233; Moskou l'est zauva bourlaye l'autri. Lou fu lia doura chai zoua. Nequ&#233; l'a imprinte niont n&#233; lou cha. Nos chan faiblious por chan que la puvra, la mig&#233;re, la fam nos zan mau adouba. M&#233; de la meitty d&#233; tzavo chon fotu ; les groch&#233;s pic&#233;s chon appl&#233;yies avou&#233; dei ba&#251; que cre&#239;von perto thu les tz&#233;raires. No zan m&#233; de 80 mille crouyous chuda en d&#233;rai que robont, bourlont, destrugeont tot et tiant les pourrous paygeans que nos amont quement lou tzancrous rozay. Noutron chign&#226;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Empereur.&#034; id=&#034;nh2-103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; lia ben gagni, ma n'en da tru cott&#226;. M'an achura que Michel&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Mar&#233;chal Michel Ney.&#034; id=&#034;nh2-104&#034;&gt;104&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; n'a pas m&#233; d&#233; chin mille, tit les autrous chont tia o frou de chervichou. Avou&#233; les outrous l'iest lou mimou aff&#233;re &#224; pou pri. Vo n&#233; paud&#233; pas chavay quement no chan, faut lou veire por lou creire. Achebin stou allemands &lt;/i&gt;&lt;i&gt;modont ; les Bavarois n&#233; chont pas chai mille, l'irant 29 mille ; van vers l'au &#224; l'otho et nos mandont f&#233;re &#224; fotre. Che chan dure grand-tin fournetr&#233; quement l&#233; d'avau&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allusion aux d&#233;faites fran&#231;aises d'Espagne, o&#249; la population s'&#233;tait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-105&#034;&gt;105&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Tot lou mondou chen mecliet acheben p&#233; ch&#226;tre. La balla rolliat d'au 7 nos ja cota 35 tzapis borda&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La bataille de la Moskova, 7 septembre 1812, o&#249; nombre de g&#233;n&#233;raux avaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-106&#034;&gt;106&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Dzudzid&#233; d'au r&#238;stou, on n'a dzam&#233; ran yu d&#233; parey. No ch&#233; que no chan moda 54 mille, no ne richtan pas 15. Noutron corps l'ia zau ondz&#233; combats. Fa me lou pli&#233;gi d&#233; liaire ma lettra &#224; la m&#233;re, ma &#224; nion d'outrou et portant &#224; la tanta D&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La conseill&#232;re de Diesbach n&#233;e d'Affry.&#034; id=&#034;nh2-107&#034;&gt;107&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Berlen&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Castella de Berlens, colonel au 2e r&#233;giment suisse.&#034; id=&#034;nh2-108&#034;&gt;108&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'i a la gotta. Lou fe d&#233; Quaquillon&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine fils de Georges-Aloys de Gottrau, de Granges, capitaine au 2e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-109&#034;&gt;109&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'iest moua huet. Hubert&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hubert de Boccard, lieutenant.&#034; id=&#034;nh2-110&#034;&gt;110&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; l'iest zau ben maladou, ma l'iest r&#233; bon. M&#232; ne va pas tant mau. Louvin l'iest tzancrament tzie, doux &#233;cu nau la botoille. Fa m&#233; lou pliegi d&#233; m&#233; r&#233;pondr&#233; en patay et de m&#233; marqua tot chan que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;diont &#224; Berna d'au pays yo chu zau l'ia 4 ans&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Espagne.&#034; id=&#034;nh2-111&#034;&gt;111&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. No ne chavons ran que per dei pitits &#8220;panflets&#8221; que les outrous nos baillont, imprima en franch&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T&#233; pu pas dere grand novi, que t'amou ben, n'est pas novi ma benver&#233;. Embrache ton Hubert por me et mes reschpet au villou. N&#233; ch&#233; pas che te poret vini frou de mon orthographe, ma parlou pis patay que ne l'ecri-jou. M'aret fallu l'avocat Python por m&#233; lou motra.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Traduction&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction Etrennes fribourgeoises.&#034; id=&#034;nh2-112&#034;&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous serez, sans doute, bien aises de savoir au juste ce que nous faisons par ici. Vous saurez donc que&lt;/i&gt; la&lt;i&gt; ville de Moscou a &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e derni&#232;rement. Le feu a dur&#233; six jours. On ne sait pas qui a mis le feu. Nous sommes faibles, car la poudre, la mis&#232;re, la faim nous ont mal arrang&#233;s. Plus de la moiti&#233; des chevaux sont f....., les grosses pi&#232;ces sont attel&#233;es avec des b&#339;ufs qui cr&#232;vent partout sur les chemins. Nous avons plus de 80 mille &lt;/i&gt;&lt;i&gt;mauvais soldats en arri&#232;re qui volent, br&#251;lent, d&#233;truisent tout et tuent les pauvres paysans qui nous envoient &#224; tous les diables. Notre seigneur a bien gagn&#233; la victoire, mais elle lui a trop co&#251;t&#233;. On m'a assur&#233; que Michel n'a pas plus de cinq mille hommes, le reste est tu&#233; ou hors de service ; quant aux autres, il en est &#224; peu pr&#232;s de m&#234;me. Vous ne pouvez pas vous figurer dans quel &#233;tat nous sommes ; il faut le voir pour le croire. Les Allemands aussi s'en vont ; les Bavarois ne sont plus six mille ; ils &#233;taient 29 mille. Ils rentrent &#224; la maison et nous envoient faire f..... Si cela dure longtemps, cela finira comme par l&#224;-bas. Tout le monde s'en m&#234;le aussi par ici. La belle ross&#233;e du 7 nous a co&#251;t&#233; 35 chapeaux gans&#233;s. Jugez du reste, on n'a jamais rien vu de pareil. Nous ici qui &#233;tions 54 mille &#224; notre d&#233;part, nous ne sommes plus 15 mille. Notre corps a eu onze combats.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fais moi le plaisir de lire cette lettre &#224; la m&#232;re et &#224; personne d'autre sauf &#224; la tante &lt;/i&gt;&lt;i&gt;D.. Berlens a la goutte. Le fils de Quaquillon est mort aujourd'hui. Hubert a &#233;t&#233; bien malade, mais il est de nouveau bon. Moi je ne vais pas tant mal. Le vin est terriblement cher, deux &#233;cus neufs la bouteille. Fais moi le plaisir de me r&#233;pondre en patois et de m'indiquer ce que l'on dit &#224; Berne du pays o&#249; j'ai &#233;t&#233; il y a quatre ans. Nous ne savons rien, sauf par de petits pamphlets imprim&#233;s en fran&#231;ais que les autres nous donnent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne puis pas te dire grands nouveaux si ce n'est que je t'aime bien ; ce n'est pas nouveau mais bien vrai. Embrasse ton Hubert pour moi et mes respects au vieux. Je ne sais pas si tu pourras te tirer de mon orthographe mais je parle mieux le patois que je ne l'&#233;cris. Il m'aurait fallu l'avocat Python pour me l'enseigner. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi en terre catholique fribourgeoise, le patois demeure vivace, m&#234;me en ville, et l'enseignement mutuel du p&#232;re cordelier Girard peut faire de l'idiome natal, sans m&#233;pris, l'auxiliaire de l'apprentissage du fran&#231;ais. Dans un apparent silence m&#251;rissent les conditions d'une renaissance de la publication litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Pays de Vaud, l'enqu&#234;te de 1807 a aussi des retomb&#233;es. Bridel r&#233;dige la parabole du district de Montreux, devient membre de l'Acad&#233;mie celtique o&#249; les &#233;rudits de l'Empire &#233;tudient les origines de la langue et les parlers vernaculaires, sur lesquels il informe Raynouard. Bridel n'est gu&#232;re favorable au r&#233;gime, mais par son initiative linguistique, l'Empire lui permet d'affirmer un int&#233;r&#234;t pour les patois et la montagne, en refuge contre les temps nouveaux. Depuis 1796 pasteur &#224; Chateau-d'&#338;x, localit&#233; vaudoise sur le flanc sud de la Gruy&#232;re, en zone de vitalit&#233; patoise, puis &#224; Monteux apr&#232;s 1805, il est d&#233;sormais au contact direct des patoisants : &lt;i&gt;&#8220;A Ch&#226;teau-d'&#338;x, ... au commencement du XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, un pasteur n'aurait pu se passer du dialecte ... ; car, dans la Gruy&#232;re, le fran&#231;ais n'&#233;tait gu&#232;re &lt;/i&gt;&lt;i&gt;parl&#233; et l'idiome local avait encore toute la dignit&#233; d'une langue&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Reynold, Histoire de la litt&#233;rature suisse au XVIIIe si&#232;cle, t.1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-113&#034;&gt;113&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ajoute-t-il dans son &lt;i&gt;Conservateur Suisse&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Etrennes Helv&#233;tiennes publi&#233;es &#224; partir de 1783 sont en partie r&#233;&#233;dit&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-114&#034;&gt;114&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;&#233;dition de ses anciennes pi&#232;ces, des morceaux patois qui concr&#233;tisent ses appr&#233;ciations de 1789-1791 : le patois peut &#234;tre langue d'&#233;criture. &lt;i&gt;&#8220;Notre patois est assez doux et a les inflexions de l'Italien. Il est energique, expressif, na&#239;f et plein de mots qui n'ont pas de synonymes en fran&#231;ais. Il se pr&#234;te tr&#232;s-bien &#224; la po&#233;sie et sa cadence est sonore&#8221;&lt;/i&gt;. Le patois ne saurait occuper des registres s&#233;rieux. Bridel donne en illustration un passage du &lt;i&gt;Conte du Craizu&lt;/i&gt;, connu des amateurs, et qui vient de conna&#238;tre l'&#233;dition (le titre mentionne le canton de Vaud, cr&#233;&#233; en 1803). Mais selon Bridel, le patois convient aussi, et peut-&#234;tre mieux &#224; la prose, reflet de la parole populaire. Ainsi donne-t-il, sans toutefois les signer, deux pi&#232;ces de son cru, qui seront re&#231;ues en mod&#232;les d'&#233;criture patoise. &lt;i&gt;&#8220;On trouve dans le dernier volume du Conservateur Suisse deux jolies histoires en bon patois Vaudois, qui peignent tr&#232;s-na&#239;vement les m&#339;urs de nos paysans&#8221;&lt;/i&gt; &#233;crit Bridel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bridel, Essai Statistique sur le Canton de Vaud. Zurich, Orell Fussli, 1818.&#034; id=&#034;nh2-115&#034;&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Bridel y fait &#339;uvre morale et &#8220;civilisatrice&#8221; : il oppose la brutalit&#233; &#233;go&#239;ste des jeunes villageois &#224; la ferme sagesse du syndic. Cette reprise de parole populaire pouvait-elle initier un essor de l'&#233;criture dialectale ? L'&#233;dition patoise en Pays de Vaud semble bien compensatoire d'une francisation triomphante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la cr&#233;ation, la fabrication patrimoniale est d&#233;sormais &#224; l'oeuvre. Les premi&#232;res ann&#233;es du si&#232;cle connaissent une mise en valeur du caract&#232;re 'national' vaudois, ou fribourgeois, par des pi&#232;ces bonhommes, famili&#232;res, connues depuis longtemps par les manuscrits : L'&#233;dition lausannoise du &lt;i&gt;Conte du Craizu&lt;/i&gt; venait de donner le signal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus significative encore est la fabrication du &lt;i&gt;Ranz des Vaches&lt;/i&gt;, dont le ricochet Suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Ran de Vaches des Ormonts&#8221;, Acht Schweizer-K&#252;hreihen mit Musik und texte. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-116&#034;&gt;116&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;-Paris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tarenne, G., Recherches sur les ranz des vaches, ou sur les chansons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-117&#034;&gt;117&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;-Suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B(ridel), P(hilippe), &#8220;Ranz des vaches&#8221;, (avec traduction), Conservateur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-118&#034;&gt;118&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fixe la forme qui selon Bridel, variait de village &#224; village. La publication parisienne (&#224; laquelle Bridel a particip&#233;), la premi&#232;re qui accorde une attention sp&#233;cifique aux textes romands, donne la version gru&#233;rienne du &lt;i&gt;Ranz&lt;/i&gt;, bient&#244;t &#8220;officielle&#8221;, et l'accompagne de glose. Bridel r&#233;percute aussit&#244;t : ainsi, une fois de plus, la reconnaissance fran&#231;aise assure la prise en compte par les Suisses de l'expression dans l'idiome. Alors que la paysannerie de la Gruy&#232;re en tient pour la chanson fran&#231;aise ou la &lt;i&gt;coraula&lt;/i&gt; d&#233;lur&#233;e, Bridel pose ce texte (r&#233;cent) en symbole ancestral de l'&#226;me suisse (les couplets sont narquois, le refrain et la m&#233;lodie nostalgiques) et le &lt;i&gt;Ranz&lt;/i&gt; devient national : il figure dans les textes des f&#234;tes vigneronnes du Leman, d&#232;s l8l9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bridel n'&#233;chappe pas &#224; la contradiction qui traverse les amateurs de patois : son int&#233;r&#234;t pour l'idiome, bien commun patrimonial, ne peut &#234;tre que nostalgie collectionneuse devant la victoire souhait&#233;e du fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Bridel, Essai Statistique sur le Canton de Vaud. Zurich, Orell Fussli, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-119&#034;&gt;119&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Comme (heureusement pour les progr&#232;s de l'instruction publique dans nos campagnes) le patois s'abolit peu &#224; peu parmi nous, et que le temps approche o&#249; il ne se parlera plus, j'ai entrepris, avant qu'il f&#251;t oubli&#233;, un Glossaire ou Vocabulaire patois'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stimul&#233; par les publications fribourgeoises, il donne une bonne description de l'idiome, pr&#233;sente les diff&#233;rences, mais insiste sur l'unit&#233; des patois de Vaud et de Fribourg. Comme nombre d'auteurs du temps, il privil&#233;gie l'origine celtique : Bridel se ralliera aux origines latines en lisant Raynouard, dont il devient le correspondant. Il souligne les difficult&#233;s orthographiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;L'orthographe du patois n'&#233;tant pas fix&#233;e, il s'&#233;crit comme il se prononce sans lettre muette ou inutile ; il faudrait m&#234;me pour certain son tel caract&#232;re que le Fran&#231;ais n'a point&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a conscience de l'importance de la documentation accumul&#233;e mais aussi de sa solitude d'&#233;rudit patoisant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le Doyen Bridel, pasteur &#224; Montreux, a form&#233; un Glossaire du patois de la Suisse Romande de pass&#233; 2000 mots avec leurs &#233;tymologies. Le m&#234;me a aussi une collection de livres et de manuscrits relatifs &#224; l'histoire de la Suisse : c'est la seule biblioth&#232;que helv&#233;tique du Canton de Vaud&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend que Bridel en d&#233;finitive privil&#233;gie la pr&#233;sentation savoureuse de la sagesse populaire, par ces proverbes patiemment collect&#233;s. L'&#233;pitaphe qu'il se donne est significative de ce patriotisme r&#233;sign&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon Epitaphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'amave son pahi, lai a fai koki&#233; bein ; &lt;/i&gt;Il aimait son pays, (il) lui a fait quelque bien,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Diu l'aberdjei l&#233;-n'o, et lo tignie por sein ! &lt;/i&gt;Dieu le recueille au ciel et le tienne pour sien !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph.S.Bridel, &lt;i&gt;Essai statistique sur le Canton de Vaud&lt;/i&gt;, Zurich, Orell Fussli, 1815.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Viret, Pierre, d'Orbe, 1511-1571, disciple vaudois de Farel, disait &#234;tre &lt;i&gt;&#8220;retomb&#233; en son patois&#8221;&lt;/i&gt; pour mieux se faire comprendre. Mais cet usage semble avoir &#233;t&#233; oral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'unique ouvrage suisse du si&#232;cle en traitant, E. Bertrand, &lt;i&gt;Recherches sur les Langues anciennes et modernes de la Suisse, Et principalement du Pays de Vaud&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Philibert, 1758, indique seulement : &lt;i&gt;&#8220;Dialectes modernes des Suisses Fran&#231;ois : Il y a dans ce jargon divers dialectes. Les principaux sont celui des environs du Lac-Leman dans le Pa&#239;s de Vaud, celui des montagnes d'Aigle &amp; de Valais, celui des Fribourgeois, celui des Neufch&#226;telois, enfin celui de l'Ev&#234;ch&#233; de B&#226;le. /.../ Quelques dialectes de notre patois du Pa&#239;s-de-Vaud, qui souvent n'est qu'un latin mal construit &amp; mal prononc&#233;, approchent extr&#232;mement de cette langue Romance du XIe si&#232;cle. On peut s'en convaincre par la comparaison. J'en dis autant du Savoyard, du jargon du Pa&#239;s-de Gex, du Fribourgeois, du Neufchatelois&#8221;&lt;/i&gt;. Elie Bertrand, 1713-1797, pasteur &#224; Berne, Neuch&#226;tel, Yverdon, naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Court de Gebelin, &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;tymologique de la langue fran&#231;aise, Le Monde primitif&lt;/i&gt;, Paris, 1778. Il repr&#233;senta les r&#233;form&#233;s fran&#231;ais en Suisse protestante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Grammaire patoise du pays de Vaud&lt;/i&gt;, B.M.Rouen, ms 2402. Les vocabulaires manuscrits vaudois du magistrat Seigneux de Correvon, du pasteur Muret, des professeurs De Loys, Ruchat, Chavannes, (Cf.Court de Gebelin et Bridel) semblent perdus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.J.Rousseau, &#8220;Air suisse appel&#233; le rans des Vaches&#8221;, &lt;i&gt;Dict. de Musique&lt;/i&gt;, Paris, Duchesne, 1768.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Nicolas Andr&#233; Castella, populaire par sa d&#233;fense des droits des Communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Python est n&#233; en 1744 &#224; Arconciel, entre Gruy&#232;re et Fribourg. Le professeur Francis Python a pu retrouver sa date de naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diesbach, &#8220;Journal d'un contemporain &#8221;. &lt;i&gt;L'Emulation, &lt;/i&gt;Fribourg, 1853.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Etrennes Fribourgeoises&lt;/i&gt;, t.II, 1866, A.Daguet donne un billet de 1761 trouv&#233; &lt;i&gt;&#8220;dans les papiers d'un haut magistrat de cette &#233;poque&#8221;&lt;/i&gt;, qui ridiculise un serviteur du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Bridel, 25 juin 1792, in P.Aebischer, &#8220;Le Doyen Bridel et les patois fribourgeois...&#8221;, &lt;i&gt;Nouvelles Etrennes Fribourgeoises&lt;/i&gt;, t.IX, 1927. Sur Pettolaz, cf. infra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans la satire &lt;i&gt;Le Tocsin Fribourgeois&lt;/i&gt;, 1783, le patois perce par quelques mots ironiques : les patriciens qui ont r&#233;duit un peuple libre &#224; la &lt;i&gt;&#8220;pitoyable qualit&#233; de Sujets&#8221;&lt;/i&gt;, descendent &lt;i&gt;&#8220;de ceux qui n'&#233;taient que des savetiers, des ramoneurs, des gadouards, soit patifoux, des corbeillers &amp; autres man&#339;uvriers des plus basses professions&#8221;&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;cerdos&lt;/i&gt;, (ici savetiers).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lanteires, Jean, Lausanne, 1756-1797. Sa famille est d'origine languedocienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. R.Merle, &lt;i&gt;&#8220;L'&#233;criture du proven&#231;al, 1775-1840&lt;/i&gt;&#8221;, C.I.D.O, B&#233;ziers, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &lt;i&gt;Recueil ...suivant les divers dialectes de la Suisse fran&#231;aise,&lt;/i&gt; Lausanne, Corbaz, 1842.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bridel, Philippe Sirice, 1757-1845. N&#233; &#224; B&#233;gnins, en pays de Vaud, Bridel pr&#233;cise souvent qu'il est usager naturel de l'idiome, parler de son enfance. Vicaire de Prilly en 1781, pasteur &#224; B&#226;le en 1786.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Bridel, &#8220;Discours pr&#233;liminaires sur la po&#233;sie nationale&#8221;, &lt;i&gt;Po&#233;sies helv&#233;tiennes&lt;/i&gt;, Lausanne, 1782. Ses &lt;i&gt;Etrennes Helv&#233;tiennes&lt;/i&gt; sont publi&#233;es &#224; partir de 1783.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ebert,&lt;i&gt;Allg.bibliographisches lexicon&lt;/i&gt;, Leipzig, 1830, Kuenlin, &lt;i&gt;Dict.du canton de Fribourg&lt;/i&gt;, 1832. H.Charles, Daguet connaissent 2, 3 &#233;glogues. Pour Br&#252;lhart, &lt;i&gt;Etude historique sur la Litt. Fribourgeoise&lt;/i&gt;, Fribourg, 1907, la 1&#232;re et les &lt;i&gt;Bucolicos&lt;/i&gt; sont deux ouvrages distincts, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte de l'&#233;dition originale. Les &#233;ditions ult&#233;rieures offrent quelques diff&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On mesure d&#232;s la premi&#232;re phrase la difficult&#233; de concilier la notation phon&#233;tique et le respect de normes &#233;tymologiques et grammaticales : &lt;i&gt;ouvrageo&lt;/i&gt; ne note pas la prononciation &lt;i&gt;j&lt;/i&gt; = &lt;i&gt;dj&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;datto&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;d'atot&lt;/i&gt;, &#8220;d'&#224; tout&#8221;) ne note pas la structure lexicale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;T&#226;che&#8221; est masculin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction J.L.Moratel, &lt;i&gt;Bibl. romane de la Suisse&lt;/i&gt;, Lausanne, Blanchard, 1855. Id. infra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arconciel est aux limites du parler de la Gruy&#232;re et de celui des r&#233;gions m&#233;dianes du canton.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. les similitudes entre la description de l'&#226;ge d'or dans la IVe &#233;glogue et celle du long po&#232;me toulousain dat&#233; de 1781.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.P.Sciob&#233;ret. &#8220;Revue bibliographique. Biblioth&#232;que de la Suisse Romane&#8221;. &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt;, Tome 4, Fribourg, Schmid-Roth. 1855.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le participe, qui n'a pas de rapport avec le fran&#231;ais &#8220;accueilli&#8221; a ici le sens fort et tr&#232;s concret de &#8220;chass&#233; (comme le troupeau) par le berger arm&#233; de son b&#226;ton&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;goitreuse&#8221;, d&#233;signation populaire du narcisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;gracieuse&#8221; est ici encore d&#233;signation populaire (et non pr&#233;cieuse) de l'amie, de l'aim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;r&#233;hrauna&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;r&#233;rouna&lt;/i&gt;, mot populaire et non du langage orn&#233; : r&#233;sonner, au sens fort de retentir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;un exemple des nombreuses inversions forc&#233;es que Python affectionne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grande cl&#233;matite des arbres, &lt;i&gt;invouablh&#226;&lt;/i&gt;, fourvoyer, id&#233;e de : charme, magie&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etendue du champ que l'on laboure sans d&#233;teler, temps mis &#224; faire ce labour, moment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;mogeon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;modjon&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;modzon&lt;/i&gt;, veau m&#226;le, jeune b&#339;uf ou taureau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le fran&#231;ais r&#233;gional &lt;i&gt;joux&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;chaux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exemple encore d'inversion forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;fort rayonnement de chaleur, tremblement de l'air chaud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pettolaz L&#233;on Pierre, 1765-1811, curial de la justice de Charmey (&#224; l'est de Bulle). Notaire en 1791. Membre du S&#233;nat helv&#233;tique en 1799, de la Di&#232;te g&#233;n&#233;rale en 1801, contribue au r&#232;glement de la question des d&#238;mes dans la nouvelle Suisse unitaire. (Cf.infra, les &lt;i&gt;&#8220;Bourla-Papey&#8221;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.Aebischer, &#8220;Le Doyen Bridel et les patois fribourgeois, d'apr&#232;s sa correspondance avec P.L.Pettolaz&#8221;, &lt;i&gt;Nouvelles Etrennes Fribourgeoises&lt;/i&gt;, t.IX, 1927.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette &lt;i&gt;Tsansson novalla, se chantant sur un air alpestre&lt;/i&gt; sera publi&#233;e, sous le titre de &lt;i&gt;La Chanson du Mol&#233;son&lt;/i&gt; dans les &lt;i&gt;Alpenrosen&lt;/i&gt; de 1824 (article &#8220;Coraula&#8221;, par Fran&#231;ois Kuenlin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. correspondance de Pettolaz, (Aebischer, op.cit.) : la lettre du 25 juin 1792 dit que Python en a fait dessiner le frontispice : elle semble donc pr&#234;te pour l'impression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.Aebischer, op.cit. &lt;i&gt;Nouvelles Etrennes fribourgeoises&lt;/i&gt;, t.LX, Fribourg, 1927, p.139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.&lt;i&gt;Conservateur Suisse&lt;/i&gt;, 1815, graphie diff&#233;rente et quelques modifications.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : Bridel, &lt;i&gt;Conservateur Suisse&lt;/i&gt;, 1815.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On remarquera la difficult&#233; que Bridel (comme tout locuteur du fran&#231;ais r&#233;gional) a pour traduire des termes patois ordinaires : ici jeu sur la lueur de l'&#233;clair.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. P.Aebischer, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple infra la lettre de l'officier pendant la campagne de Russie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lettres aux communes des villes, bourgs et villages de la Suisse et de ses alli&#233;s, ou l'aristocratie suisse d&#233;voil&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, 1790. Castella drige &#224; Paris le Club Helv&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Correspondance Bridel, Bibl. cantonale et universitaire Dorigny, IS4177 35&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La famille Veillon est une vieille famille de la bourgeoisie de Bex (Vaud).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Exclamation populaire : &lt;i&gt;pachenche&lt;/i&gt;, &#8220;patience&#8221;. Clin d'&#339;il : elle ponctue le &lt;i&gt;Conte du Craizu&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bex, au sud du L&#233;man,sur la route du Valais, est en effet proche de la fronti&#232;re savoyarde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nods, dans la partie fran&#231;aise du canton de Berne, &#224; quelques kms au nord du lac de Bienne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;Conte&lt;/i&gt; &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Crayzu&lt;/i&gt;, dont la remarque de Veillon confirme la c&#233;l&#233;brit&#233; dans le milieu des amateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il semble s'agir du diplomate repr&#233;sentant la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chiffre malais&#233; &#224; lire : 4 ? sans doute 5 (victoires fran&#231;aises en Hollande fin 1794, d&#233;but 1795).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Glossaire ds patois de la Suisse romande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Curieuse forme : on attendrait soit rencontre (auou) au singulier, soit rencontron (pluriel).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ho&lt;/i&gt; ? (comprendre &#8220;oh&#8221;). &lt;i&gt;To&lt;/i&gt;, &#8220;tout&#8221; est bien plus probable par le sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;i&gt;on&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mire &lt;i&gt;ona&lt;/i&gt;, &#8220;une&#8221;. Le mot frey est f&#233;minin en patois dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &lt;i&gt;bregands&lt;/i&gt; ? semble plut&#244;t &lt;i&gt;bri&lt;/i&gt;, graphie influenc&#233;e par la forme fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On attendait amavo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Curieuse graphie : quel mot patois repr&#233;sente-t-elle exactement ? Le radical est bien celui de jouer. On attendrait &lt;i&gt;jouer&#233;&lt;/i&gt; = fran&#231;ais &#8220;jouerau&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;User ses souliers &#224; tra&#238;nasser. Cf. d'Hartel, &lt;i&gt;Dictionnaire du bas langage&lt;/i&gt;, 1808.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;fillu&lt;/i&gt; corrig&#233; en &lt;i&gt;fellu&lt;/i&gt;, forme plus patoise que &lt;i&gt;fi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Curieuse graphie, on attendrait &lt;i&gt;vezin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit manifestement d'une couverture plaisante, comme le nom suppos&#233; de l'auteur : il n'existe pas d'imprimeur &#224; Vuippens ; les &#233;v&#233;nements &#233;voqu&#233;s, le parler employ&#233; sont ceux du Pays de Vaud. Une pr&#233;cision par rapport &#224; l'article &#034;Suisse. Ecriture des patois. R&#233;publique helv&#233;tique :&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la publication du livre, puis des extraits sur mon blog pr&#233;c&#233;dent, j'avais re&#231;u de Jean-Claude Romanens l'importante pr&#233;cision suivante. Merci encore &#224; Monsieur Romanens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Monsieur,&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai visit&#233; avec plaisir votre site que j'ai trouv&#233; passionnant et vraiment bien con&#231;u. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; interpell&#233; par le contenu d'une de vos pages cependant et notamment par ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il s'agit manifestement d'une couverture plaisante, comme le nom suppos&#233; de l'auteur (Jean-Joseph Gremaud) : il n'existe pas d'imprimeur &#224; Vuippens ; les &#233;v&#233;nements &#233;voqu&#233;s, le parler employ&#233; sont ceux du Pays de Vaud&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis g&#233;n&#233;alogiste suisse et j'ai particuli&#232;rement &#233;tudi&#233; l'histoire de la paroisse de Vuippens.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'attire votre attention sur le fait que Jean-Joseph Gremaud, ancien meunier et bourgeois de Vuippens a r&#233;ellement exist&#233; et fut l'auteur notamment d'une nouvelle Constitution pour l'Helv&#233;tie en 1800 qui ne vit jamais le jour. Ces faits historiques ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;s d&#233;j&#224; il y a plusieurs ann&#233;es par les recherches de l'historien franco-suisse Alain-Jacques Tornare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourriez-vous me dire o&#249; je pourrai me procurer une copie de ce pamphlet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore merci pour tout votre travail si pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meilleures salutations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude Romanens&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Janv. 98, le Pays de Vaud devient R&#233;publique L&#233;manique, int&#233;gr&#233;e fin 98 dans la R&#233;publique Helv&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A l'automne 1800, une adresse des campagnards vaudois a exig&#233; la fin des d&#238;mes et titres f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le vocabulaire du P&#232;re Duch&#234;ne, depuis longtemps pass&#233; de mode en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La montagne est refuge des valeurs pour le ch&#226;telain, comme elle est &#224; &#8220;civiliser&#8221; pour le patriote.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Piotonet est donc charcutier, boucher ? .Cf. infra les allusions &#224; ses andouilles, sa froissure ...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction des interventions patoises : Glossaire des patois de la Suisse romande.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la seule irruption patoise dans le propos de Salom&#233;. Le patois ne lui &#233;chappe que dans l'insulte. Bonne illustration du statut du patois en ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression directement venue du dialecte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pose : unit&#233; de mesure agraire, 45 ares.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;volte des &lt;i&gt;Bourla-Papey &lt;/i&gt;ne sera en effet pas sanglante : elle se fera au cri de &#8220;Paix aux hommes, guerre aux papiers&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adresse de l'automne 1800 demandant l'abolition des droits f&#233;odaux. Cf. supra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Gabriel P.Chamorel, &lt;i&gt;La liquidation des droits f&#233;odaux dans le Canton de Vaud&lt;/i&gt;, 1798-1820. Lausanne, Roth et Cie, 1944.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La R&#233;publique Helv&#233;tique. Cf. note supra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est difficile de dire s'il s'agit de n&#233;gligences de composition ou de fautes volontaires pour d&#233;valoriser dans l'habillement orthographique le discours de Verain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;id.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nostalgique de la R&#233;publique L&#233;manique, juge-t-il le r&#233;gime actuel insuffisamment avanc&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La constitution d&#233;mocratique de la R&#233;publique helv&#233;tique (1798) est due au B&#226;lois Peter Ochs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;V&#233;rin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;v&#233;rain&lt;/i&gt; : &#8220;venin&#8221; en occitan et francoproven&#231;al. D'o&#249; le sens de &#8220;purin&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bourgeois publie sous le nom de P.Z.Chantelaz, pasteur, un ouvrage fran&#231;ais pronant le retour &#224; Berne, et signe en 1802 la p&#233;tition en ce sens. &lt;i&gt;&#8220;Mon livre que j'ai fait pour ceux-l&#224; de notre pays, qui sont toujours rest&#233;s des braves et pour ceux qui veulent le redevenir&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E.Develey, &lt;i&gt;Observations sur le langage du Pays de Vaud&lt;/i&gt;, 1808, r&#233;ed. 1824, Lausanne, Lacombe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Joseph Marindin, de Vevey, mort en 1816. D'autres sources attribuent la chanson &#224; Timoth&#233;e Marindin, 1768-1816, professeur de litt&#233;rature fran&#231;aise &#224; Lausanne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction &lt;i&gt;Recueil&lt;/i&gt; Corbaz, Lausanne, 1842.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le chanoine Fontaine, en contact avec le Doyen Stalder qui r&#233;unit les paraboles suisses, les envoie &#224; Paris accompagn&#233;es d'une &lt;i&gt;Dialectologie&lt;/i&gt; et les publie en 1819. Charles Aloys Fontaine, Fribourg 1754-1834, p&#233;dagogue disciple du p&#232;re Girard, partisan du renouveau religieux. Son int&#233;ret pour le patois s'inscrit dans ces engagements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F.J.Stalder, &lt;i&gt;Die landessprachen der Schweiz, Aarau, Sauerl&#228;nder&lt;/i&gt;, 1819, p.374-378.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8221;Courtion, ce 10e avril 1812&#8221;. Cf. archives d'&#233;tat, Fribourg, enveloppe de documents sur les patois r&#233;unis par A.Daguet. La lettre a &#233;t&#233; publi&#233;e : P.Aebischer, &#8220;Un cur&#233; de Courtion patoisant&#8221;, &lt;i&gt;Etrennes Fribourgeoises&lt;/i&gt;, T.LXII, 1929.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Proth&#233;e Dupasquier, cur&#233; de Courtion entre 1811 et 1838, ann&#233;e de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B.Cant.Fribourg, 535, 3. Elles sont &#233;t&#233; en partie donn&#233;es in P.Aebischer, art.cit. supra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Parabole de l'Enfant prodigue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Joseph Auderset, pr&#234;tre &#224; Guschelmuth de 1805 &#224; 1810. En pays catholique, comme en pays protestant, on retrouve ces eccl&#233;siastiques amateurs d'&#233;criture dialectale plaisante. Quelle &#339;uvre latine traduit ce manuscrit perdu ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Helvetischer Almanach f&#252;r dans Jahr 1810&lt;/i&gt;, Z&#252;rich.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;La Berg&#232;re abandonn&#233;. Ronde en patois fribourgeois&#8221;, &lt;i&gt;Etrennes&lt;/i&gt; &lt;i&gt;hlev&#233;tiennes&lt;/i&gt;, 1811, n&#176;29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;de D(iesbach), M(ax), &#8220;Lettre d'un officier suisse pendant la campagne de Russie&#8221;,&lt;i&gt;Etrennes Fribourgeoises&lt;/i&gt;, t.XXXI (1897), pp.56-60. Il n'y a aucune raison de douter de l'authenticit&#233; de la lettre, de Diesbach, parent de l'auteur (Cf. allusion &#224; la tante D.) a acc&#232;s aux papiers de famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Philippe comte d'Affry, Fribourg 1772-1818. Sert la France : garde suisse jusqu'en 1792, r&#233;giments suisses de l'Empire, garde royale apr&#232;s 1815.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La lettre montre l'&#233;tat de d&#233;labrement de l'arm&#233;e de Napol&#233;on, qui quittera Moscou le 19 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Empereur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-104&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-104&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;104&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Mar&#233;chal Michel Ney.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-105&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-105&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;105&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allusion aux d&#233;faites fran&#231;aises d'Espagne, o&#249; la population s'&#233;tait soulev&#233;e contre l'occupant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-106&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-106&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;106&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La bataille de la Moskova, 7 septembre 1812, o&#249; nombre de g&#233;n&#233;raux avaient &#233;t&#233; bless&#233;s ou tu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-107&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-107&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;107&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La conseill&#232;re de Diesbach n&#233;e d'Affry.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-108&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-108&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;108&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Castella de Berlens, colonel au 2e r&#233;giment suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-109&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-109&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;109&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine fils de Georges-Aloys de Gottrau, de Granges, capitaine au 2e r&#233;giment suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-110&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-110&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;110&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hubert de Boccard, lieutenant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-111&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-111&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;111&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-112&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-112&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;112&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction &lt;i&gt;Etrennes fribourgeoises&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-113&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-113&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;113&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De Reynold,&lt;i&gt; Histoire de la litt&#233;rature suisse au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, t.1, Lausanne, 1909.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-114&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-114&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;114&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les &lt;i&gt;Etrennes Helv&#233;tiennes&lt;/i&gt; publi&#233;es &#224; partir de 1783 sont en partie r&#233;&#233;dit&#233;es sous le titre de &lt;i&gt;Conservateur Suisse&lt;/i&gt;, de 1813 &#224; 1817. Cf. r&#233;ed. du &lt;i&gt;Conservateur Suisse&lt;/i&gt;, 1855-1858.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-115&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-115&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;115&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bridel, &lt;i&gt;Essai Statistique sur le Canton de Vaud.&lt;/i&gt; Zurich, Orell Fussli, 1818.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-116&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-116&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;116&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Ran de Vaches des Ormonts&#8221;, &lt;i&gt;Acht Schweizer-K&#252;hreihen mit Musik und texte&lt;/i&gt;. Bern, Haller, 1805. Les Ormonts : en pays de Vaud, au sud de la Gruy&#232;re. &lt;i&gt;Sammlung von Schweizer-K&#252;hreihen und alten Volksliedern&lt;/i&gt;, Bern, Burgdorfer, 1812. 1818.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-117&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-117&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;117&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tarenne, G., &lt;i&gt;Recherches sur les ranz des vaches, ou sur les chansons pastorales des bergers de la Suisse ; avec musique&lt;/i&gt;, Paris, 1813.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-118&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-118&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;118&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B(ridel), P(hilippe), &#8220;Ranz des vaches&#8221;, (avec traduction), &lt;i&gt;Conservateur suisse&lt;/i&gt;, t.I, 1813.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-119&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-119&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;119&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Bridel, &lt;i&gt;Essai Statistique sur le Canton de Vaud.&lt;/i&gt; Zurich, Orell Fussli, 1815, 1818.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue - Suisse 1815-1842</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article612</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article612</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:45:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Fribourg</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Olivier (Juste)</dc:subject>
		<dc:subject>Daguet</dc:subject>
		<dc:subject>Bornet</dc:subject>
		<dc:subject>Python</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s 1815, alors qu'apparaissent en France nombre d'auteurs dialectaux, les Suisses, &#224; partir des textes de l'enqu&#234;te imp&#233;riale, s'en tiennent au mieux &#224; un regard sur l'idiome sans envisager son &#233;criture. La naissance de cantons romands, dans un &#233;tat &#224; nouveau d&#233;centralis&#233;, permettait-elle de porter plus d'attention aux parlers (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot445" rel="tag"&gt;Fribourg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot765" rel="tag"&gt;Olivier (Juste)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot766" rel="tag"&gt;Daguet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot767" rel="tag"&gt;Bornet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot768" rel="tag"&gt;Python&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-3-44308.jpg?1791715833' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1815, alors qu'apparaissent en France nombre d'auteurs dialectaux, les Suisses, &#224; partir des textes de l'enqu&#234;te imp&#233;riale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F.J.Stalder, Die Landessprachen der Schweitz, Aarau, Sauerl&#226;nder, 1819.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'en tiennent au mieux &#224; un regard sur l'idiome sans envisager son &#233;criture. La naissance de cantons romands, dans un &#233;tat &#224; nouveau d&#233;centralis&#233;, permettait-elle de porter plus d'attention aux parlers vernaculaires ? La Suisse, &#233;tat bilingue, contourne l'id&#233;ologie de LA langue nationale propag&#233;e depuis le 16e si&#232;cle par les &#233;tats centralis&#233;s, mais la rejoint dans sa francophonie par la non-reconnaissance des parlers romands. L'abandon du principe de l'&#233;galit&#233; des citoyens confirme le poids des notables francis&#233;s et donc la francisation officielle. De son c&#244;t&#233;, le mouvement d&#233;mocratique n'utilise pas le parler populaire, sinon par quelques couplets de circonstance autour de 1830, quand Vaud r&#233;vise sa constitution.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Sans doute, cette absence de l'idiome permet aux &#233;rudits de le prendre en compte sans mettre en danger un ordre paternaliste et francisateur : le &#8220;patois&#8221; n'est pas arme du peuple. Il ne saurait non plus porter un mouvement nationalitaire : certes, le souci culpabilisant de correction du langage dessine en creux un ensemble suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A.G (Guillebert), Le Dialecte neuchatelois, Neuchatel, Wolfrath, 1825. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, proche des parlers d'oc, les &#233;tudes romanistes le situent dans les ensembles-gigognes romand, &#8220;francoproven&#231;al&#8221;, roman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A.W.de Schlegel, &#8220;Les patois qu'on parle aujourd'hui en Savoie et dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette conscience ne suscite pas un mouvement qui r&#233;habiliterait l'idiome en bien commun des Suisses romands et en rameau d'une grande langue vaincue par l'histoire : l'&#233;rudit &#8220;national&#8221; Bridel traite du vaudois (si l'idiome varie dans le canton, le fond est le m&#234;me), non du romand, m&#234;me si les affinit&#233;s avec Fribourg lui sont &#233;videntes. Accepter l'inf&#233;riorisation linguistique et culturelle du parler de la petite patrie, mais insister sur son expressivit&#233; , telle est la position ambigu&#235; de Bridel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph.Bridel, Essai Statistique sur le Canton de Vaud, 2e &#233;d., Zurich, Orell (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Gen&#232;ve ignore ces &#233;tats d'&#226;me : l'&#233;criture de l'idiome a cess&#233; avec la fin des d&#233;chirements civils de la R&#233;volution. La Republique r&#233;tablie en 1814 d&#233;cide en 1815 d'entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration. La cit&#233;, d&#233;sormais helv&#233;tique, confirme sa francitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(Gaudy-Le Fort), Glossaire Genevois, Gen&#232;ve, Sesti&#233;, 1820. Ouvrage de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et s'en tient, sauf exceptions peu signifiantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couplets sur le pont de la London, par M.Coquet, r&#233;gent. 1829.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; la restitution r&#233;it&#233;r&#233;e du patrimoine de l'Escalade : affimation patriotique face &#224; une Savoie qui n'est plus mena&#231;ante.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Gen&#232;ve appara&#238;t comme un mod&#232;le pour la Suisse romande, dont la francisation fascine en Suisse al&#233;manique. Bonstetten&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ch.V de Bonstetten (1745-1832), L'Homme du Midi et l'Homme du Nord, Gen&#232;ve, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; incite ses compatriotes &#224; abandonner un dialecte parl&#233; m&#234;me dans les conseils :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;&#8220;Il y a environ cent ans que la Suisse fran&#231;oise a commenc&#233; &#224; renoncer &#224; son patois. ...Le langage n'est pas une parure, mais un v&#234;tement qui touche &#224; l'&#226;me par tous ses points. Qui voudroit &#234;tre v&#234;tu de haillons sales et d&#233;go&#251;tants ? ... La forme r&#233;publicaine sert au d&#233;veloppement de l'esprit national, ce qui est toujours un bien ; mais en obligeant l'homme qui pense, &#224; s'exprimer dans la langue de l'homme qui ne pense pas, elle retarde les progr&#232;s naturels du langage. ...C'est par le langage qu'on apprend &#224; penser, surtout &#224; d&#233;velopper &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sa pens&#233;e. ... C'est par la langue polie qu'une nation participe aux progr&#232;s des lumi&#232;res&#8221;. &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Quand Bonstetten, distinguant le langage de l'harmonie, pr&#244;ne l'allemand standard mais &#233;crit en fran&#231;ais, comment des Romands envisageraient-ils une &#233;criture de l'idiome ? La r&#233;ponse de la jeune g&#233;n&#233;ration moderniste implique un regard &#8220;national&#8221; : en 1837, dans un ouvrage r&#233;pandu, J.Olivier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juste Olivier (1807-1876), Le Canton de Vaud, sa vie et son histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; souligne que &lt;i&gt;&#8220;ces diff&#233;rences ne sont qu'ext&#233;rieures, et n'attaquent point l'unit&#233; fondamentale de la langue&#8221;&lt;/i&gt;. Certes,&lt;i&gt; &#8220;c'est un patois, c'est-&#224;-dire &#224; peine une langue&#8221;&lt;/i&gt;, mais l'attention port&#233;e aux &#233;carts extr&#232;mes (Valais, Jura) ne fait pas &#233;clater son unit&#233;. Par sa parent&#233; avec le savoyard et la langue d'oc, le Romand est un rameau de la vieille langue romane, qui couvre la Catalogne, la France du Sud, l'Italie du Nord. Pourquoi le m&#233;priser ? Olivier propose alors une lucide et audacieuse r&#233;flexion sur l'idiome :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Or o&#249; en est de son d&#233;veloppement historique cette langue romande /.../ A quel &#226;ge en est-elle de sa vie ? vous savez qu'elle va mourir. Et cependant, en soi, elle est tr&#232;s-jeune. Quoiqu'elle ait vu de longs jours, elle est tout au commencement de la vie./.../ Vous sentez dans ce patois un mode d'&#234;tre non accompli toujours rest&#233; &#224; son commencement./.../ Vous le voyez, c'est une masse bouillonnante comme au premier jour et qui ne s'&#233;teindra que bouillonnante encore ; une vie o&#249; la corruption du d&#233;clin se m&#234;le &#224; celle de la barbarie primitive, et pr&#233;cis&#233;ment, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;en cela, c'est un patois et non une langue litt&#233;raire. S'il en &#233;tait diff&#233;remment, au lieu d'un patois, au lieu de la langue de nos p&#232;res, amoncellement confus de tout ce qui constitue la vie, ce serait un corps d&#233;velopp&#233;, ayant sa compl&#232;te existence ; ce serait la langue des fils'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'acceptation de la dominance du fran&#231;ais civilisateur s'accompagne d'une pi&#233;t&#233; filiale pour la langue des p&#232;res.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'En lui, toute chaleur et toute vie ne sont pas &#233;teintes : il serait facile de les ranimer, de les entretenir, et d'en tirer une derni&#232;re flamme &#233;pur&#233;e. Notre Romand, j'en suis convaincu, est susceptible d'&#234;tre cultiv&#233; avec succ&#232;s. Il poss&#232;de encore de grandes richesses, il a des mots et des tournures d'une puissante &#233;nergie, la na&#239;vet&#233; des vieux langages, de l'aisance dans ce qui lui est propre, de la facilit&#233; dans ses emprunts, et dans les sons, de l'harmonie et de la couleur. La grossi&#232;ret&#233; ou la vulgarit&#233; qui peuvent le d&#233;parer encore &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tomberont d'elles-m&#234;mes, &#224; mesure que sa popularit&#233; d&#233;cro&#238;tra ; comme aussi ce qui lui manque, il l'acquerrait par un maniement plus soign&#233;, et par la r&#233;union de toutes ses forces &#233;gar&#233;es et sans lien. Fondre en une langue litt&#233;raire et non plus seulement usuelle les dialectes particuliers, donner quelque r&#233;gularit&#233; &#224; cet ensemble qui au lieu de faire perdre &#224; notre Romand de sa vari&#233;t&#233; le ferait davantage saillir ; le consacrer, ainsi refait et accompli, &#224; exprimer certains faits de notre histoire ou de notre vie qui auraient besoin de lui pour rev&#234;tir avec leur couleur v&#233;ritable leur v&#233;ritable esprit ; se garder par l&#224; un petit bien &#224; soi, &#224; c&#244;t&#233; de celui qu'il faut partager avec tout le monde, ne serait une entreprise ni vaine ni folle &#224; tenter'. &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Olivier pose ainsi, plus audacieusement que les Renaissantistes d'oc et avant Mistral, un avenir possible pour l'idiome, mais il se contente d'annoncer un recueil de chansons populaires. Sans doute part-il de ce qui existe pour toucher un large public, et ressent-il cet enracinement comme pr&#233;alable &#224; la naissance d'une litt&#233;rature. L'&#233;chec du projet montre que le public vaudois n'&#233;tait gu&#232;re sensibilis&#233;, mais la graine &#233;tait sem&#233;e d'un sursaut cr&#233;atif.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Ce sursaut viendra de Fribourg, o&#249; la situation est complexe : face &#224; l'allemand, le patois peut participer positivement de la pouss&#233;e francophone&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Franz Kuenlin, Dictionnaire g&#233;ographique...du canton de Fribourg, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais &#224; l'int&#233;rieur de cette francophonie, il est combattu : l'orientation du p&#232;re Girard, qui voyait dans le patois un auxiliaire et non un ennemi de l'enseignement du fran&#231;ais, est abandonn&#233;e en 1823 par les responsables de l'enseignement, parmi lesquels Hubert Charles, que nous allons retrouver. Entre 1815 et 1840, de nombreuses &#233;ditions bernoises, zurichoises, etc., popularisent en Suisse des chansons &#8220;nationales&#8221; allemandes, mais aussi fribourgeoises, &lt;i&gt;ranz&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;choraulas&lt;/i&gt;, (texte romand, et traduction), et parfois vaudoises. La mode romantique veut y trouver l'&#226;me d'un peuple, et de jeunes intellectuels (ainsi J.F.Bussard en 1832&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sa ballade sur l'esprit de la montagne Jean de la Bolli&#233;ta, F.Kuenlin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) assumant cette sp&#233;cificit&#233; ethnique quelque peu fabriqu&#233;e de l'ext&#233;rieur, participent d'un tissu relationnel dans lequel va m&#251;rir une amorce de mouvement litt&#233;raire nationalitaire. Son inspiration rel&#232;ve de l'id&#233;ologie romantique qui traverse la jeunesse europ&#233;enne.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;En 1841, l'&#233;glogue &lt;i&gt;Les Tz&#233;vreis&lt;/i&gt; (&#8220;Les chevriers&#8221;) du jeune fribourgeois Bornet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Bornet, 1818-1880, de la Tour de Tr&#234;ne, pr&#232;s de Bulle (Gruy&#232;re). Cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (dont Bussard est le professeur), montre qu'Olivier a &#233;t&#233; entendu. Il est significatif que ce premier texte &#8220;patois&#8221; soit &#339;uvre de jeune homme (Bornet, maintenant &#233;tudiant de 23 ans, l'aurait &#233;crit sur les bancs du coll&#232;ge) et soit r&#233;v&#233;l&#233; par &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt;. de Fribourg : cr&#233;&#233;e en 1841 en septembre 1841 par le jeune A. Daguet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Daguet (1816-1894), professeur de l'&#233;cole moyenne, disciple de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle veut regrouper les talents, soutenir la marche du canton vers le progr&#232;s mat&#233;riel et moral, donner &#224; ses habitants confiance dans leurs possibilit&#233;s, vivifier le patriotisme fribourgeois par la modernit&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'L'Emulation ayant pour but aussi la Culture intellectuelle, consacrera &lt;/i&gt;&lt;i&gt;quelques unes de ses colonnes &#224; l'Histoire et &#224; la Litt&#233;rature. Dans cette partie encore, elle cherchera &#224; &#234;tre nationale, le cachet de la nationalit&#233; pouvant seul lui faire trouver gr&#226;ce aux yeux de l'&#233;tranger./.../ Elle vouera quelque &#233;tude &#224; cette belle langue romande, riche de mille nuances inconnues &#224; la langue classique, dont nous poss&#233;dons un monument si curieux dans la traduction des Bucoliques Virgiliennes, par l'avocat Python. Tout ouvrage fribourgeois ou suisse, qui rentrera dans le cadre de l'Emulation , aura droit &#224; une recension &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bienveillante'. &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le lien est pos&#233; dans la modernit&#233; entre la n&#233;cessaire francitude et la reconnaissance filiale de l'idiome, langue de tous les Romands, et non patois. Dans un canton encore dialectophone, cette prise en compte est affirmation symbolique par rapport &#224; la francitude souhait&#233;e. Elle marque une diff&#233;rence 'nationale' indispensable pour &#234;tre reconnu par le foyer civilisateur fran&#231;ais que l'on veut int&#233;grer.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;D&#232;s le n&#176;8, d&#233;cembre 1841, le journal s'ouvre &#224; l'idiome. Bornet y pr&#233;sente, sans traduction, ses &lt;i&gt;Tz&#233;vreis&lt;/i&gt; :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Litt&#233;rature romande. Les Tz&#233;vreis, conto gru&#233;rin :&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Pour ce premier essai dans l'idiome maternel, j'ai cru devoir choisir un sujet dans la vie pastorale,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;afin de me conformer autant que possible &#224; son caract&#232;re essentiellement champ&#234;tre'&lt;/i&gt;. Suivent les habituelles consid&#233;rations inscrites dans les comportements diglossiques : '&lt;i&gt;Le patois gru&#233;rin n'est pas comme bien d'autres qui, d&#233;riv&#233;s par corruption, conservent toujours une physionomie b&#226;tarde, et deviennent les satellites forc&#233;s de leur langue-m&#232;re : mais il a son g&#233;nie particulier, ses radicaux, ses formes &#224; lui propres&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La distinction est &#233;tablie depuis longtemps entre les patois fran&#231;ais, re&#231;us (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;./.../ Cette langue si douce et si gracieuse dans la bouche des naturels Gru&#233;rins devient dure et sauvage dans celle d'un lecteur fran&#231;ais et m&#234;me d'un Fribourgeois &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qui n'en a pas l'usage /.../ elle a des sons qui ne trouvent point de signes correspondants dans les alphabets vulgaires'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Pris d&#233; l'ivue &#233;ssindu, du Gruire in amont,&lt;/i&gt;Pr&#232;s de l'eau &#233;tendu, d&#232;s Gruy&#232;res enhaut,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Tot le gal&#233; pa&#239;s que fourn&#233; &#224; Montbovon,&lt;/i&gt;Tout le joli pays qui finit &#224; Montbovon,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Y&#244; l&#233; fill&#233;s, que diont, ne chont pas di gauchir&#233;s&lt;/i&gt;O&#249; les filles, dit-on, ne sont pas gauch&#232;res,&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;P&#233;re-Grand le dejei, liest le pa&#239;s di chivr&#233;s ;&lt;/i&gt;{}Grand-p&#232;re le disait, c'est le pays des ch&#234;vres ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;(Gal&#233;j&#233;s d'Entiemmont, ne parlo pas d&#233; vos) ....&lt;/i&gt;(Jolies d'Entremont, je ne parle pas de vous) ...&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le long po&#232;me, sur un th&#232;me qui court de Virgile &#224; Mistral, montre l'affrontement de deux jeunes bergers pour la main de la berg&#232;re Gotton : le combat de leurs deux boucs meneurs de troupeau d&#233;cidera de son choix. Borlet vivifie le propos, qui aurait pu &#234;tre scolaire, d'une fra&#238;cheur juv&#233;nile p&#233;n&#233;tr&#233;e, comme dans la pr&#233;face de Python, du sentiment presque religieux de la R&#233;v&#233;lation : au risque pour l'auteur d'y perdre son statut de lettr&#233;, &#233;crire l'idiome est le faire basculer en Apparition dans un univers o&#249; il n'a jamais eu place. Le murmure quotidien, et m&#233;pris&#233;, se m&#233;tamorphose dans l'&#233;criture en entit&#233; fascinante. La d&#233;marche n'a rien d'artificiel : Bornet partage avec nombre de ses contemporains ce constat de l'ad&#233;quation de l'idiome au registre virgilien.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le genre pastoral convient &#224; merveille &#224; la port&#233;e de notre dialecte. Une exp&#233;rience que nous avons tous faite sur les bancs du coll&#232;ge, c'est qu'en traduisant les Bucoliques de Virgile, le mot patois correspondant coulait tout naturellement de notre plume, tandis qu'il nous fallait un travail consid&#233;rable pour rendre la m&#234;me expression en fran&#231;ais passable&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.Sciob&#233;ret. &#8220;Revue bibliographique. Biblioth&#232;que de la Suisse Romane&#8221;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Il traite le dialecte en langue en l'habillant d'une orthographe &#224; la fois fid&#232;le &#224; la prononciation et aux normes grammaticales fran&#231;aises. D&#232;s le n&#176; suivant, H.C (Charles Hubert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Hubert, de Riaz, 1793-1882, magistrat, sera d&#233;put&#233;, conseiller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) remet les choses en place : le notable conservateur tance son cadet et coupe net l'entreprise. La rapidit&#233; et la brutalit&#233; de l'intervention, de la part d'un sp&#233;cialiste de l'&#233;ducation et de la francisation, montre que la justesse du ton de Bornet, populaire sans vulgarit&#233;, po&#233;tique sans affectation, a r&#233;v&#233;l&#233; les possibilit&#233;s expressives du patois et emport&#233; des adh&#233;sions : Charles a conscience d'un danger.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Je viens de lire dans le dernier n&#176; de l'Emulation une bucolique ou &#233;glogue en vers patois du dialecte gru&#233;rin. Je dis bucolique ou &#233;glogue, suivant qu'on se reporte par la pens&#233;e &#224; Th&#233;ocrite ou &#224; Virgile, dont elle para&#238;t &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#234;tre une r&#233;miniscence. Cette pi&#232;ce n'est assur&#233;ment pas d&#233;pourvue d'int&#233;r&#234;t, ni d'une certaine douceur de langage pour le petit nombre de ceux qui peuvent en juger'&lt;/i&gt;. H.C dit ne pas conna&#238;tre le jeune auteur. &lt;i&gt;'Mais, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il est jeune, on serait f&#226;ch&#233; qu'il f&#238;t fausse route ; et comme il annonce et semble provoquer de la part de ses concitoyens d'autres productions dans le m&#234;me idiome, il n'est pas inutile d'examiner s'il convient d'encourager de pareilles dispositions'&lt;/i&gt;.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'L'usage de la langue fran&#231;aise, il faut le dire, ne date presque que d'hier dans le canton de Fribourg. Celui du patois &#233;tait g&#233;n&#233;ral, m&#234;me dans les premi&#232;res classes de la soci&#233;t&#233;, et on peut en reconna&#238;tre aujourd'hui des traces dans plus d'une bonne maison. Cette mani&#232;re de vivre avait bien son bon c&#244;t&#233; sans doute, comme toute chose en ce bas monde. Elle supposait de la bonhommie et des habitudes &lt;/i&gt;&lt;i&gt;patriarcales /.../ Aussi pensait-on peu aux lettres et aux sciences ; et le canton ne s'en est malheureusement que trop ressenti.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;L'avocat Python avait cherch&#233;, &#224; la fin du si&#232;cle dernier, &#224; r&#233;gulariser, &#224; l&#233;gitimer, pour ainsi dire, cet &#233;tat de choses par sa grammaire et sa traduction de la premi&#232;re &#233;gloge de Virgile en vers patois. C'est un tour de force auquel on sourit d'abord, mais dont on ne tarde pas &#224; reconna&#238;tre l'inutilit&#233; et m&#234;me la futilit&#233;. En effet, il ne suffit pas, pour cr&#233;er une langue, que quelques individus se disent : 'cr&#233;ons une langue nouvelle'. Elle ne peut &#234;tre que le produit du temps et d'une grande agglom&#233;ration d'hommes. Et puis, quand on a &#224; c&#244;t&#233; de soi un langage tout form&#233; depuis des si&#232;cles et r&#233;pandu dans une grande partie de l'univers, ce serait folie de chercher &#224; polir, &#224; vivifier un idiome qui, quoiqu'on fasse, ne sera jamais qu'un baragouin inintelligible &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pour quiconque ne l'a jamais parl&#233; d&#232;s sa jeunesse'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;H.C conc&#232;de qu'il est int&#233;ressant d'&#233;tudier l'idiome, dans ses &#233;tymologies et ses rapports avec les langues voisines, mais sans plus.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'On peut remarquer &#224; cette occasion que le patois subit dans ce moment une m&#233;tamorphose et qu'il se francise &lt;/i&gt;&lt;i&gt;de plus en plus. Ce n'est pas qu'il y gagne, au contraire ; mais c'est l'effet de relations plus fr&#233;quentes avec l'Etranger comme aussi d'une plus grande connaissance et habitude des livres. Pour qui veut prendre la peine de l'observer, il y a une diff&#233;rence tr&#232;s sensible entre le langage du bon vieux temps, repr&#233;sent&#233; par les personnes &#226;g&#233;es ou les habitants des hameaux recul&#233;s et celui de la g&#233;n&#233;ration nouvelle. C'est chose regrettable sans doute, quoique naturelle ; car nous n'avons pas la pr&#233;tention de r&#233;former le langage du peuple, respectable par son antiquit&#233; et sa nationalit&#233;. Nos observations ne s'adressent qu'aux amis de la litt&#233;rature. Nous n'entendons pas m&#234;me d&#233;sapprouver qu'on fasse de temps en temps des chansons patoises qui peuvent avoir leur m&#233;rite de circonstance ; mais nous croyons devoir pr&#233;munir les jeunes gens, dans leur propre int&#233;r&#234;t, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contre un go&#251;t et une tendance qui ne manqueraient pas de leur faire tort.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Puisqu'aujourd'hui nous parlons la langue fran&#231;aise, c'est la langue fran&#231;aise que nous devons &#233;tudier et celle dans laquelle il faut &#233;crire, sous peine de n'&#234;tre compris de personne.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Nous avons d&#233;j&#224; assez de peine, nous autres Suisses, de nous d&#233;barrasser de tous nos idiotismes, de nos germanismes, sans ajouter encore &#224; la confusion par un m&#233;lange de patois./.../&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Tous les peuples ont leur patois ; parce que partout il y a malheureusement une grande masse de population rude et inculte. Elles sont rares les contr&#233;es qui, comme la Toscane, sont peupl&#233;es d'&#234;tres si bien organis&#233;s, que le simple paysan y parle aussi correctement qu'on cause dans les salons./.../ Combien n'y-a-t-il pas, en effet, de dialectes particuliers en Italie ! le pi&#233;montais, le lombard, le bolonais, le v&#233;nitien, le napolitain, etc ; tous cent &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fois plus doux, plus souples, plus riches et plus maniables que le n&#244;tre ; mais ils ont tous d&#251; baisser pavillon devant celui de la Toscane, qui a &#233;t&#233; reconnu pour le plus poli, le plus beau, et qui d&#232;s lors est devenu exclusivement la langue des lettr&#233;s, des savants et de la bonne soci&#233;t&#233;. Le proven&#231;al, apr&#232;s avoir r&#233;gn&#233; sur une partie de l'Europe, a subi le m&#234;me sort, quoique bien sup&#233;rieur dans le fond &#224; la langue fran&#231;aise d'aujourd'hui, car il &#233;tait de bon ton de l'apprendre m&#234;me en Italie. Vers l'&#233;poque de la renaissance, il est tomb&#233; tout-&#224;-fait, au point de n'&#234;tre plus que l'idiome du peuple. La langue d'oil a vaincu celle d'oc, parce qu'elle &#233;tait devenue celle de la partie la plus &#233;clair&#233;e, la plus polie et la plus influente de la nation.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Si donc il m'&#233;tait permis de donner un conseil aux jeunes gens qui se sentent une vocation pour le culte des muses, le plus beau, le plus s&#233;duisant de tous, je leur dirais : laissez-l&#224; votre patois, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;d&#233;barbouillez-vous en de votre mieux, lisez et relisez les classiques anciens et modernes. Nocturan versate manu, versate diurna'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Le jeune Alexandre Daguet r&#233;pond dans le n&#176; suivant :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Nous les Fribourgeois, les Suisses romans, nous avons deux langues. Le Fran&#231;ais d'abord, notre langue litt&#233;raire, langue de Racine, de Chateaubriand, de quarante millions d'hommes, que dis-je, de la civilisation, de l'humanit&#233; toute enti&#232;re./.../ Mais &#224; c&#244;t&#233; de la langue classique, nous en avons encore une autre, langue vulgaire, pauvre petite &lt;/i&gt;&lt;i&gt;langue, bien humble, se cachant dans les petits coins, aimant la campagne, mais vieil et doux idiome, singuli&#232;rement na&#239;f, pittoresque, &#233;nergique, voix des vall&#233;es et des monts alpestres, bruit de cascades et de torrents, son de clochettes de troupeaux, idiome pastoral comme on n'en vit gu&#232;re, fait au foyer et bon enfant comme on n'en verra jamais, idiome m&#233;lodieux qui nous endormait au berceau, nous fit sauter de joie sur les genoux de nos grands-m&#232;res, et idiome si m&#233;lancolique, si embaum&#233; de l'air de la patrie qu'il donne la mort &#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;l'armailli&lt;/i&gt; (le berger) &lt;i&gt;sur la rive &#233;trang&#232;re. Oui, le Ranz des Vaches est en patois ! Et vous voulez abolir le patois roman ?'&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Daguet se place sous l'autorit&#233; de l'ouvrage de J.Olivier. Il pose Bornet en disciple de Python, qu'il cite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais les citations sont reprises de l'ouvrage de J.Olivier, et Daguet ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et dont il loue le vers &lt;i&gt;&#8220;o&#249; la tristesse &lt;/i&gt;&lt;i&gt;contenue et br&#251;lante &#233;clate comme &lt;/i&gt;&lt;i&gt;une harmonie enflamm&#233;e, ... soleillant, coul&#233; en or, et que l'on croirait tir&#233; de l'espagnol'&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.Olivier, op.cit., &#233;voque la parent&#233; du romand avec le catalan et &#8220;cette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme Walter Scott ou Goldoni, Bornet, po&#232;te &lt;i&gt;'national'&lt;/i&gt;, r&#233;concilie le peuple et la litt&#233;rature :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Inspir&#233; par l'amour du lieu natal et de l'idiome maternel, il a compos&#233; son conte des Z&#233;vreis , tout riant de gr&#226;ce, tout parfum&#233; de l'ambroisie des montagnes, fier et tendre &#224; la fois, aurore et cr&#233;puscule/.../ Mais c'est que, dans tous les pays, la po&#233;sie du sol, po&#233;sie ill&#233;ttr&#233;e et vulgaire si vous voulez, fl&#233;trie m&#234;me par les savants d&#233;daigneux du nom de baragouin, a toujours eu un attrait incomparable pour les &#226;mes &#233;prises du naturel na&#239;f et du national en litt&#233;rature'. &lt;/i&gt;Bornet &lt;i&gt;&#8220;a os&#233; un po&#232;me original, &#224; lui, sans r&#233;miniscences anciennes, dans le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;parler d'or de Gruy&#232;re. Inspir&#233; par l'amour du lieu natal et de l'idiome maternel...&#8220;&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;Ne croit-on pas lire, 17 ans avant &lt;i&gt;Mireio&lt;/i&gt;, la pr&#233;sentation du jeune Mistral ? Mais Mistral n'a que 12 ans. H.Charles r&#233;pond aussit&#244;t :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Point d'ostracisme pour personne, et &#224; plus forte raison pas pour le patois, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;le plus ancien habitant du pays. La question est uniquement de savoir si on doit &#233;crire dans cet idiome, s'il faut encourager les jeunes gens qui annoncent des dispositions &#224; s'en servir'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;La r&#233;ponse est &#233;videmment non : certes, le patois, comme le vieux fran&#231;ais, est concret, savoureux, pittoresque. Moli&#232;re n'a pas d&#233;daign&#233; de le placer en bouche de certains personnages, par souci de vraisemblance et par plaisir.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Mais ce ne sont pas l&#224; les morceaux que l'on admire, ceux auxquels on revient toujours avec plaisir. Ce privil&#232;ge n'est r&#233;serv&#233; qu'aux passages qui r&#233;unissent la beaut&#233; des sentiments &#224; la puret&#233; du style./.../ Les patois dont se servent Manzoni, Walter Scott sont des idiomes qui ont &#233;t&#233; longtemps ceux d'une nation tout enti&#232;re, qui se sont &#233;crits, qui peuvent s'&#233;crire encore, qui ne diff&#232;rent du langage ordinaire que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;par un degr&#233; inf&#233;rieur de perfection. Mais qui a jamais &#233;crit en patois chez nous jusqu'&#224; l'avocat Python ? O&#249; sont les r&#232;gles de l'orthographe, de la grammaire, de la prononciation ? Y-a-t-il parfaite identit&#233; entre l'idiome des Broyards, des Quetzo et des Gruy&#233;rins ? Il y a plus, le Gruy&#233;rin de Bulle est-il le m&#234;me que celui de Montbovon ? Chacun devra-t-il &#233;crire dans son dialecte, ou bien fera-t-on un langage &#233;clectique de tous ces baragouins ? En r&#233;sum&#233;, je suis sensible, autant que qui que ce soit, aux gr&#226;ces de notre vieille langue romane. Je l'aime dans les Koraules , dans les chansons, et surtout dans le ranz-des-vaches. C'est qu'on y trouve les vrais sentiments du peuple, tant&#244;t de la gaiet&#233;, tant&#244;t de la malice ou une douce m&#233;lancolie ; c'est que ces chants sont l'&#339;uvre des gens d'esprit d'alors, gens qui ne connaissaient aucune autre esp&#232;ce d'idiome, et qui ont donn&#233; &#224; celui de leur &#233;poque toute la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;perfection dont il leur paraissait susceptible. On fait bien encore quelquefois des chansons patoises. Il ne manque pas de malins, toujours prets &#224; s'&#233;gayer, lorsqu'un &#233;v&#233;nement tragi-comique y donne lieu. Mais quelle diff&#233;rence entre ces accents et ceux du temps pass&#233; ! Ce n'est plus ni la m&#234;me langue, ni la m&#234;me finesse, ni la m&#234;me sensibilit&#233;. C'est du commun, du tout commun. Pourquoi ? parce que les productions de l'ancien temps sortaient de la t&#234;te des hommes d'&#233;lite de l'&#233;poque, tandis que celles d'aujourd'hui sont l'&#339;uvre du premier venu.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;Maintenant, voulez-vous que les hommes d'&#233;lite d'&#224;-pr&#233;sent ou de l'avenir se servent d'un instrument ingrat, informe, pour n'&#234;tre compris de personne, au lieu de r&#233;veiller des &#233;chos qui peuvent &#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;s au loin ? Voulez-vous qu'ils restent ignor&#233;s, au lieu de faire honneur &#224; leur pays ? /.../ Ce serait assur&#233;ment le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;servir bien mal, que de le rendre captif dans les entraves d'un jargon inintelligible. Nous avons deux langues, comme vous le dites fort bien, la romane et la fran&#231;aise. C'est un inconv&#233;nient, un obstacle &#224; nos progr&#232;s. Le fran&#231;ais nuit au roman, /.../ et le roman nuit encore plus au fran&#231;ais. Exceller dans l'un et l'autre, n'est pas possible. Il ne s'agit que de savoir auquel des deux on doit donner la pr&#233;f&#233;rence. Le choix &#224; mon avis n'est pas douteux entre la langue de la civilisation et l'idiome incorrect d'une petite peuplade cach&#233;e au fond des Alpes'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;On ne peut qu'&#234;tre fascin&#233; par cette condensation de toutes les ali&#233;nations diglossiques : le d&#233;bat fribourgeois cristallise, en quelques semaines, ce que des g&#233;n&#233;rations de cr&#233;ateurs occitans avaient plus ou moins clairement formalis&#233;. Bornet se taira, un temps, et Hubert Charles apparemment triomphe. L'interdiction d'&#233;criture dialectale, qui ne d&#233;pend pas ici d'une quelconque &#8220;r&#233;pression jacobine&#8221;, renvoie l'idiome &#224; la seule nostalgie patrimoniale :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'Je n'ai eu dans cet article d'autre but que celui de me rendre compte &#224; moi-m&#234;me du plaisir qu'on trouve dans les productions du bon vieux temps, et de faire voir l'impossibilit&#233; de raviver, de rajeunir un langage, int&#233;ressant sans doute, comme reflet du pass&#233;, mais &#233;vinc&#233;, totalement &#233;clips&#233; aujourd'hui par celui qui a pris sa place'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;En 1842, Bornet pose la salvation de la langue par la Lettre, dans son ad&#233;quation &#224; la nation pastorale gru&#233;rine. Selon Daguet, qui clot la pol&#233;mique avec Charles, &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt; a re&#231;u de nombreux encouragements et des textes en &lt;i&gt;&#8220;langue romane&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut penser au professeur de droit Bussard (cf. supra), au jeune Jean (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Bornet clot aussi la pol&#233;mique &#224; sa fa&#231;on par une po&#233;sie, fran&#231;aise cette fois, et quelque peu r&#233;sign&#233;e &#224; la hi&#233;rarchie des langues : lyre fran&#231;aise et musette patoise... Cette m&#234;me ann&#233;e, le jeune cr&#233;ateur Bornet est fossilis&#233; en patrimoine dans un recueil fourni publi&#233; par fascicules &#224; Lausanne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Recueil de morceaux choisis en vers et en prose en patois suivant les divers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que l'&#233;diteur pr&#233;sente ainsi :&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;&lt;i&gt;'La langue que parlaient nos p&#232;res dispara&#238;t peu &#224; peu ; bient&#244;t on ne trouvera personne qui en fasse usage, tant on prend soin de la bannir du foyer domestique. Il n'y a plus que quelques localit&#233;s dans les cantons de Fribourg et de Vaud, o&#249; l'on conserve l'usage du patois ; l&#224; on n'a pas, comme dans bien d'autres endroits, honte de parler le langage de nos a&#239;eux : est-ce un mal ? ou est-ce un bien ? Nous croyons qu'il en est comme de bien d'autres choses, qu'il y a du bien d'un c&#244;t&#233; et du mal de l'autre. Les enfans qui ne connaissent que le patois sont hors d'&#233;tat de comprendre les livres qui servent &#224; leur instruction. Ceux qui ne savent parler et lire que le fran&#231;ais se croient des savants, et assez souvent ils se &lt;/i&gt;&lt;i&gt;permettent de m&#233;priser leurs parents lorsque ceux-ci ne peuvent s'exprimer qu'en patois. Le patois est un langage &#233;nergique, qui a des expressions dont on ne trouve aucun mot correspondant en fran&#231;ais. Suivant les localit&#233;s, le patois est plus ou moins rude dans sa prononciation, plus ou moins agr&#233;able : il en est de m&#234;me du fran&#231;ais, de l'allemand et de presque toutes les langues. Comme il n'existe ni grammaire, ni dictionnaire pour le patois, il r&#233;sulte que chacun l'&#233;crit &#224; sa mani&#232;re'.&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt;L'ouvrage, dont la mati&#232;re provient surtout des collections de Bridel, se veut monument aux &lt;i&gt;'antiquit&#233;s nationales'&lt;/i&gt;, non manifeste renaissantiste. Cette somme, pr&#233;sent&#233;s sans souci chronologique ou biographique, s'accompagne, &#224; la diff&#233;rence des publications pr&#233;c&#233;dentes, comme celle de &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt;, de traductions et d'un lexique : signe que le dialecte n'est plus totalement accessible &#224; nombre de lecteurs. Cet inventaire d&#233;sordonn&#233; et bon enfant cl&#244;t provisoirement le d&#233;bat sur l'&#233;criture dans l'idiome, mais il le pose dans un cadre romand, et non plus cantonal.&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Pour les plus lucides, le seul avenir aurait &#233;t&#233; l'usage 'national' de l'idiome que souhaitait Python, mais il est trop tard. Que peut la salvation litt&#233;raire contre les choix de langue de la soci&#233;t&#233; civile ? L'&#233;criture patoise, abandonn&#233;e aux chansonniers populaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le Grand Bredi, chansonnier ambulant, &#8220;Explication d'une Chanson en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aux nostalgies conviviales des mainteneurs, meurt de ne porter ni enjeu politique, social, culturel, ni aspiration nationalitaire, et non d'&#234;tre &#233;touff&#233;e par un pouvoir central. D'ailleurs, elle n'avait point&#233; en lettre qu'&#224; Fribourg, o&#249; cette aspiration &#233;tait encore pr&#233;sente. La r&#233;f&#233;rence &#224; Jasmin, &#224; Mistral, soutiendra les tentatives d'&#233;criture &#224; venir. Est-ce seulement faute de g&#233;nie qu'elles n'aboutiront pas ? Mistral sera d'abord reconnu par Paris. Ce d&#233;tour &#233;tait-il possible dans une Conf&#233;d&#233;ration sans capitale vraie ? Paris pouvait-elle reconna&#238;tre une &#233;criture suisse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Journal des D&#233;bats rendra compte, de fa&#231;on peu encourageante, du po&#232;me de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Olivier, qui ira y vivre, n'y sera qu'auteur fran&#231;ais. Il reste que cette flamb&#233;e soudaine, aux confins de la francophonie, avait pos&#233; le choix dont Mistral fera plus tard l'usage que l'on sait.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F.J.Stalder, &lt;i&gt;Die Landessprachen der Schweitz&lt;/i&gt;, Aarau, Sauerl&#226;nder, 1819.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A.G (Guillebert), &lt;i&gt;Le Dialecte neuchatelois&lt;/i&gt;, Neuchatel, Wolfrath, 1825. &lt;i&gt;&#8220;J'aurais pu l'intituler Dialecte Suisse ... car la plupart des locutions que je rel&#232;ve, ont cours dans toute la Suisse fran&#231;oise&#8221;&lt;/i&gt;. Il re&#231;oit les &lt;i&gt;&#8220;gasconismes&#8221; &lt;/i&gt;comme apport&#233;s par les r&#233;fugi&#233;s r&#233;form&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A.W.de Schlegel, &lt;i&gt;&#8220;Les patois qu'on parle aujourd'hui en Savoie et dans le pays de Vaud, qui en faisoit autrefois partie, dans le Bas-Valais et dans quelques districts du canton de Fribourg, sont des dialectes de l'ancien proven&#231;al&#8221;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Observations sur la langue et la Litt&#233;rature proven&#231;ales, &lt;/i&gt;Paris, Lib. grecque-latine-allemande, 1818.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph.Bridel, &lt;i&gt;Essai Statistique sur le Canton de Vaud, &lt;/i&gt;2e &#233;d., Zurich, Orell Fussli. 1818.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(Gaudy-Le Fort), &lt;i&gt;Glossaire Genevois, &lt;/i&gt;Gen&#232;ve, Sesti&#233;, 1820. Ouvrage de correction du langage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Couplets sur le pont de la London&lt;/i&gt;, par M.Coquet, r&#233;gent. 1829.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ch.V de Bonstetten (1745-1832), &lt;i&gt;L'Homme du Midi et l'Homme du Nord&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Paschoud, 1824.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Juste Olivier (1807-1876), &lt;i&gt;Le Canton de Vaud, sa vie et son histoire&lt;/i&gt;, Lausanne, Ducloux, 1837.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Franz Kuenlin, &lt;i&gt;Dictionnaire g&#233;ographique...du canton de Fribourg&lt;/i&gt;, L.Eggendorffer, 1832 : &lt;i&gt;&#8220;L'invasion du patois et du fran&#231;ais dans les paroisses allemandes est sensibles depuis 15 &#224; 20 ans, et telle localit&#233; qui jadis &#233;tait allemande, par exemple La-Roche, Praroman, Marly, est maintenant toute romande&#8221;&lt;/i&gt;. F.Kuenlin, 1781-1840, contribuera par ses productions historiques, &#224; faire conna&#238;tre les textes fribourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sa ballade sur l'esprit de la montagne &lt;i&gt;Jean de la Bolli&#233;ta&lt;/i&gt;, F.Kuenlin, op.cit. Jean-Fran&#231;ois Bussard, 1800-1853, d'Epagny (Gruy&#232;re), avocat, professeur de droit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Bornet, 1818-1880, de la Tour de Tr&#234;ne, pr&#232;s de Bulle (Gruy&#232;re). Cf. Jean Humbert, &lt;i&gt;Louis Bornet et le patois de la Gruy&#232;re&lt;/i&gt;, ed.du Comt&#233;, Bulle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Daguet (1816-1894), professeur de l'&#233;cole moyenne, disciple de Girard, a cr&#233;&#233; en 1838 la Soci&#233;t&#233; d'Emulation dont &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt; na&#238;t en 1841.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La distinction est &#233;tablie depuis longtemps entre les patois fran&#231;ais, re&#231;us comme fran&#231;ais d&#233;grad&#233;, et les parlers m&#233;ridionaux issus directement du latin, consid&#233;res donc en langue et non en patois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.Sciob&#233;ret. &#8220;Revue bibliographique. Biblioth&#232;que de la Suisse Romane&#8221;. &lt;i&gt;L'Emulation&lt;/i&gt;, Tome 4, Fribourg, Schmid-Roth. 1855.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Hubert, de Riaz, 1793-1882, magistrat, sera d&#233;put&#233;, conseiller d'&#233;tat, directeur de l'Instruction publique. Notable conservateur et antiromantique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais les citations sont reprises de l'ouvrage de J.Olivier, et Daguet ne conna&#238;t que trois des &#233;glogues : il les &#233;voque en reflet d'un Python bon vivant, quelque peu avin&#233;. Tradition orale ? affabulation ? Bornet, dans sa pr&#233;sentation, n'avait pas mis Python en avant. La r&#233;f&#233;rence appara&#238;t plus embl&#233;matique quinspiratrice. Les go&#251;ts litt&#233;raires, les registres, le ton de Bornet et Daguet sont autres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.Olivier, op.cit., &#233;voque la parent&#233; du romand avec le catalan et &lt;i&gt;&#8220;cette esp&#232;ce de tradition courant parmi nous, que notre patois ressemble &#224; une langue parl&#233;e en Espagne&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut penser au professeur de droit Bussard (cf. supra), au jeune Jean Joseph Chenaux, 1822-1883, futur cur&#233; et auteur patoisant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Recueil de morceaux choisis en vers et en prose en patois suivant les divers dialectes de la Suisse fran&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#231;aise. Recueillis par un amateur.&lt;/i&gt; Lausanne, d&#233;p&#244;t bibliographique B.Corbaz, 1842. Benjamin Corbaz (1786-1847), libraire &#224; Lausanne, &#233;dite la &lt;i&gt;Biblioth&#232;que populaire &#224; l'usage de la Jeunesse Vaudoise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le Grand Bredi, chansonnier ambulant, &lt;i&gt;&#8220;Explication d'une Chanson en patois, compos&#233;e par moi, Fran&#231;ois Grize, en prison &#224; Grandson&#8221;&lt;/i&gt;, Yverdon, 1839.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;Journal des D&#233;bats&lt;/i&gt; rendra compte, de fa&#231;on peu encourageante, du po&#232;me de Bornet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue. Gen&#232;ve jusqu'en 1815</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article605</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article605</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:44:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Rousseau</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Savoie</dc:subject>
		<dc:subject>Pictet de Rochemont</dc:subject>
		<dc:subject>Cornuaud</dc:subject>
		<dc:subject>Chenevi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Gen&#232;ve</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Chanson de l'Escalade en Langage Savoyard, titrent les feuilles volantes c&#233;l&#233;brant la f&#234;te nationale : de fait, la R&#233;publique parle un haut-savoyard (quelque peu marqu&#233; d'occitanismes par les r&#233;fugi&#233;s r&#233;form&#233;s) et soumis comme en Savoie &#224; la dominance du fran&#231;ais. Mais ici l'idiome natal conna&#238;t l'impression. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'ind&#233;pendance a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot261" rel="tag"&gt;Rousseau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot472" rel="tag"&gt;Savoie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot554" rel="tag"&gt;Pictet de Rochemont&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot618" rel="tag"&gt;Cornuaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot619" rel="tag"&gt;Chenevi&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot778" rel="tag"&gt;Gen&#232;ve&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-3-44308.jpg?1791715833' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chanson de l'Escalade en Langage Savoyard&lt;/i&gt;, titrent les feuilles volantes c&#233;l&#233;brant la f&#234;te nationale : de fait, la R&#233;publique parle un haut-savoyard (quelque peu marqu&#233; d'occitanismes par les r&#233;fugi&#233;s r&#233;form&#233;s) et soumis comme en Savoie &#224; la dominance du fran&#231;ais. Mais ici l'idiome natal conna&#238;t l'impression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ind&#233;pendance a confirm&#233; au 16e s. le statut haut du fran&#231;ais, langue de l'&#233;tat, de la culture, de l'&#233;ducation, l'idiome demeure parole commune et parasite le fran&#231;ais acquis : significativement le premier trait&#233; de correction du langage de Suisse romande est genevois (F. Poulain de la Barre, &lt;i&gt;Essai des remarques particuli&#232;res sur la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;langue fran&#231;aise pour la ville de Gen&#232;ve&lt;/i&gt;, 1691). En 1703 les huissiers du Conseil sont somm&#233;s de ne plus s'exprimer en&lt;i&gt;&#8221;langue patoise&#8221;&lt;/i&gt;. Dans les &lt;i&gt;Confessions&lt;/i&gt;, Rouseau conte comment, en 1724-1725, les gamins de la cit&#233; raillent son cousin Bernard : &lt;i&gt;&#8220;Dans le patois du pays on lui donna le surnom de Barn&#226; Bredanna, et sit&#244;t que nous sortions nous n'entendions que Barn&#226; Bredanna tout autour de nous. Il endurait cela plus tranquillement que moi. Je me f&#226;chai, je voulus me battre&#8221;&lt;/i&gt;. L'idiome vit chez les enfants, mais Rousseau, porteur ici de l'id&#233;ologie dominante, ne l'&#233;voque qu'en usage de d&#233;rision. Apr&#232;s 1750 le fran&#231;ais, d&#233;j&#224; ma&#238;tre de l'&#233;crit, gagne l'oralit&#233; citadine, mais l'idiome demeure familier aux citadins qui l'ont parl&#233; dans leur jeunesse, le parlent dans le terroir, aux arrivants des r&#233;gions voisines. Les pamphlets dialectaux en t&#233;moignent : la syntaxe, le vocabulaire politique (qui n'a pas d'&#233;quivalent dialectal) sont fran&#231;ais, mais les formes verbales sont s&#251;res ; en plaisir de d&#233;paysement culturel la graphie oublie les signes non prononc&#233;s (&lt;i&gt;s&lt;/i&gt; des pluriels, &lt;i&gt;r&lt;/i&gt; des infinitifs, etc), mais saisit les correspondances idiome-fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, l'idiome demeure langue ordinaire du terroir. Ce partage fran&#231;ais-ville / patois-campagne permet en France une mise en &#233;criture de la parole paysanne pour le plaisir des amateurs cultiv&#233;s : l'idiome repr&#233;sente la diff&#233;rence sociologique et l'unit&#233; provinciale. Mais &#224; Gen&#232;ve la cit&#233; est &#233;tat, majoritairement urbain (26.000 h. en ville, 4.000 dans le terroir), et, au del&#224; du modeste terroir, l'idiome ne peut que renvoyer &#224; la Savoie, famili&#232;re, nourrici&#232;re, mais &#233;trang&#232;re, voire hostile : son &#233;criture en sera gauchie, elle ignore la connivence o&#249; Marseille et Lyon se reconnaissent. Seule l'accumulation des &lt;i&gt;Cris de Gen&#232;ve&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed. critique. J.Jeanjaquet, Bulletin du Glossaire des patois de la Suisse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (du &lt;i&gt;Raclia Semena&lt;/i&gt; &#8220;racle chemin&#233;e&#8221; du ramoneur &#224; la pirouette carnavalesque : &lt;i&gt;Ma semise brule / Zai le fua &#251; c&#251;&lt;/i&gt;) sert par son r&#233;alisme forc&#233; un d&#233;paysement int&#233;rieur, mais t&#233;moigne de la pr&#233;gnance du fran&#231;ais : la pi&#232;ce est imit&#233;e des &lt;i&gt;Cent et sept cris que l'on crie journellement &#224; Paris&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le patois soude l'identit&#233; genevoise contre intrus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1547, un placard patois (qui co&#251;te la vie &#224; son auteur), d&#233;nonce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ennemis. La Cit&#233; le maintient embl&#233;matiquement dans l'hymne &lt;i&gt;C&#233; qu'&#232; laino, le ma&#238;tre d&#233; bataill&#233;&lt;/i&gt; (&#8220;celui qui est en haut&#8221;), relatant l'&#233;chec de &lt;i&gt;l'Escalade&lt;/i&gt; savoyarde de l602. Paradoxe, l'idiome, d&#233;sign&#233; comme &lt;i&gt;&#8220;langage savoyard&#8221;&lt;/i&gt;, c&#233;l&#232;bre l'ind&#233;pendance gagn&#233;e sur la Savoie. Pour la comm&#233;moration annuelle, les&lt;i&gt;Chansons de l'Escalade&lt;/i&gt; (cit&#233;es en fran&#231;ais dans les &lt;i&gt;Cris de Gen&#232;ve&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Asseta ma Zerba / Chanson d'Escalade&lt;/i&gt;) s'ouvrent au parler natal. L'inventaire de ces feuilles p&#233;rissables ne peut &#234;tre exhaustif, mais permet quelques constatations : le fran&#231;ais domine, les textes patois sont rares, accompagn&#233;s de fran&#231;ais. Les r&#233;cits de l'Escalade datent du 17e si&#232;cle, leur perp&#233;tuation rel&#232;ve de la fiert&#233; patriotique : au 18e on abandonne ce registre pour ironiser sur l'in&#233;vitable voisinage avec le Savoyard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Y a ben cent trante nou ans&#8221;, &#8220;Y a ben cent quarante trai ans&#8221;. Le Recueil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi l'idiome, sans rivaliser avec la langue haute, donne une tonalit&#233; plus affective au repas de l'Escalade, puis &#233;gaye une journ&#233;e dont la solennit&#233; s'att&#233;nue (la f&#234;te est &#233;cartel&#233;e entre la volont&#233; citoyenne, et la peur de m&#233;contenter le puissant voisin). Signe identitaire sur ce long terme, l'idiome peut s'&#233;crire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. ms. de la 1ere moiti&#233; du 18e s. : satires historiques, tirades dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais n'appara&#238;t &#224; l'impression que dans ces chansons : sa place, pour &#234;tre celle de la c&#233;l&#233;bration, n'est plus celle de la normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &#224; la fin des ann&#233;es 1760 par une originale prose politique, l'idiome intervient dans un d&#233;bat qui s'aiguise. &lt;i&gt;L'atome politique&lt;/i&gt; genevois en effet, de par ses institutions, a une responsabilit&#233; citoyenne inconnue en Pays de Vaud sujet de Berne, en France et en Savoie. L'oligarchie (n&#233;gociants, financiers) a r&#233;duit &#224; peu le r&#244;le du Conseil G&#233;n&#233;ral, assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des citoyens. Elle contr&#244;le le Petit Conseil et le Conseil des 200 qui prennent les d&#233;cisions : recrut&#233;s par cooptation, ils s'&#233;lisent r&#233;ciproquement. La bourgeoisie artisanale (le tiers de la population) soutient le parti des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;, qui, contre l'oligarchie des &lt;i&gt;Negatifs&lt;/i&gt;, veut redonner son pouvoir au Conseil G&#233;n&#233;ral. Mais ces d&#233;mocrates s'opposent aux &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; (descendants des r&#233;fugi&#233;s huguenots) et aux &lt;i&gt;Etrangers&lt;/i&gt; attir&#233;s par la prosp&#233;rit&#233; de l'horlogerie : ils refusent &#224; ces concurrents (pr&#232;s des deux tiers de la population) &#233;galit&#233; &#233;conomique et citoyennet&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte politique, intense et complexe, est aussi bataille de plume pour gagner ou conforter une opinion o&#249; les lecteurs sont l&#233;gion, les &#233;crivants nombreux. La surabondante publication du si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emile Rivoire, Bibliographie historique de Gen&#232;ve au XVIIIe si&#232;cle, Gen&#232;ve, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (quelques 6.000 pi&#232;ces) est fran&#231;aise. M&#234;me si leur oralit&#233; demeure plus ou moins patoisante, &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#8220;ces hommes instruits et sens&#233;s dont, sous le nom d'Ouvriers et de peuple, on a chez les autres Nations des id&#233;es si basses et si fausses&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rousseau, Pr&#233;ambule du Discours sur l'in&#233;galit&#233;.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, participent du respect de la lettre fran&#231;aise. Ne cherchons pas chez eux une propension &#224; l'&#233;criture de l'idiome : Rousseau les repr&#233;sente bien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le patois des dames de Montpellier le navre. Sur son fran&#231;ais, cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout au plus le patois se r&#233;v&#232;le dans la connivence d'un mot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marqua rel&#233;gu&#233; dans le fond des bois, 1766.&#8220;Citoiens, ... rel&#233;gu&#233;s (sic) le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la saillie d'une chanson. Ainsi sur un sch&#233;ma de chanson d'Escalade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vaissia ce zeur d'Escalada / Y no fau bin diverti ; / Mezin la bouna salada, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces couplets manuscrits (non traduits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Couplets sur la mediation de 1766&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rejet&#233;s par le Conseil G&#233;n&#233;ral, les dirigeants font appel aux M&#233;diateurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos h&#233; viu dans noutrus (sic) Vela&lt;/i&gt;Nous avons vu dans notre ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Venir loux Mediateurs&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt; :&lt;/i&gt;Venir les M&#233;diateurs :&lt;i&gt;Il no lon baliat bela,&lt;/i&gt;Ils nous l'ont baill&#233; belle,&lt;i&gt;Y lon crut nos fare peur.&lt;/i&gt;Ils ont cru nous faire peur.&lt;i&gt;Le ver&#233; nos revenir &amp;c.&lt;/i&gt;Le verrons-nous revenir &amp;c.&lt;i&gt;Il on met trempa la bo&#239;at&lt;/i&gt;Ils ont mis tremper la lessive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; fare le blanchiment :&lt;/i&gt;Pour faire le nettoyage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On nat ren viu dans la via&lt;/i&gt;On n'a jamais vu dans la vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De pe mal blenchy que cen.&lt;/i&gt;De (linge) plus mal blanchi que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il lon garda leu linsua&lt;/i&gt;Ils ont gard&#233; la 1&#232;re eau de lessive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; faire le remolion /.../&lt;/i&gt;Pour faire la seconde eau /.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hiet le 15 de Decembre&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 15 d&#233;c. 1766, appuy&#233; par une foule arm&#233;e, le Conseil G&#233;n&#233;ral o&#249; dominent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;C'est le 15 d&#233;cembre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'an 7 cent soixante 6,&lt;/i&gt;L'an 1766,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qui lon volut nos surprendre /.../&lt;/i&gt;Qu'ils ont voulu nous surprendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il no-on fait la menasse&lt;/i&gt;Ils nous ont fait la menace&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que si no le refousion&lt;/i&gt;Que si nous le refusions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No n'avion aucune grasse&lt;/i&gt;Nous n'avions aucune gr&#226;ce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De la France &amp; des Cantons. /.../&lt;/i&gt;De la France et des Cantons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple fait honte aux dirigeants, et refuse la m&#233;diation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Per v&#244;, vos ette esclavo&lt;/i&gt;Pour vous, vous &#234;tes esclaves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais no ne le sarin pas.&lt;/i&gt;Mais nous ne le serons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No ne volin point d'entraves,&lt;/i&gt;Nous ne voulons point d'entraves,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No volin qu'on parlait net.&lt;/i&gt;Nous voulons qu'on parle net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image de la lessive, les irr&#233;gularit&#233;s orthographiques indiquent-elles une origine populaire ou un jeu de lettr&#233; ? En fait l'idiome, cri affectif, unit la Cit&#233; dans le danger. Par le refrain, trop connu pour &#234;tre not&#233;, le dialecte oppose au d&#233;chirement civil un unanimisme ant&#233;rieur suppos&#233;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;L'ouverture traditionnelle implique une coh&#233;sion citadine (&#8220;nous...notre&#8221;), populaire et nationale. L'idiome est signe identitaire contre les &#233;trangers, et les oligarques qui les ont appel&#233;s. Dans ce texte d'exultation, le d&#233;bat politique n'est pas &#233;voqu&#233;, mais son enjeu est fi&#232;rement mis en valeur. Le partage des langues fait ici du patois la langue du c&#339;ur, du fran&#231;ais celle de l'argumentation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#226;pre d&#233;bat qui suit la condamnation de Rousseau par le Petit Conseil en 1762 aux pol&#233;miques &lt;i&gt;N&#233;gatifs-Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; de 1767, tout est fran&#231;ais. Or en d&#233;cembre 1767 est publi&#233; un texte politique dialectal en prose argumentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un titre (&#224; l'orthographe fautive, volontairement ?) qui n'annonce pas la suite patoise, la &lt;i&gt;Lettre d'un Batellier&lt;/i&gt; propose un sch&#233;ma qui sera repris : un homme du peuple r&#233;pond, sans pittoresque affect&#233;, mais avec la simplicit&#233; directe et la bonhomie convenant au dialecte, &#224; une suppos&#233;e (?) lettre sur les affaires du temps : il n'est pas sp&#233;cialiste de l'&#233;criture, mais tant d'autres &#233;crivent sans savoir (&#167;1). Le d&#233;calage entre le statut et le propos de l'auteur peut amuser, mais le batelier est bien porte-parole des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; : pourquoi ne pas choisir un de ces artisans qui forment le gros de leurs troupes ? Est-ce l'indice que ces autodidactes ne se reconnaissent que dans la francitude, sans pour autant d&#233;daigner le plaisir du patois s'il renvoie aux marges sociologiques de la cit&#233; ? A l'image des textes de Lyon, Avignon, Marseille, le batelier (quelque peu passeur clandestin, &#167;8) est-il st&#233;r&#233;otype de l'exotisme int&#233;rieur, sp&#233;cialiste de l'ultime parole dialectale urbaine ? Ou le texte s'adresse-t-il particuli&#232;rement &#224; cette importante corporation ? En tout cas, publi&#233;e sans traduction ni notes, cette prose suppose des lecteurs naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au confr&#232;re angoiss&#233; par l'affrontement civil (&#167;2), le batelier fixe les responsabilit&#233;s (faute de proposer un accomodement, les &lt;i&gt;Negatifs&lt;/i&gt; seront responsables des troubles, &#167;2), puis propose une claire argumentation (&#167;3) : les dirigeants ne sont pas logiques : ils changent la loi &#233;lectorale sans le consentement du Conseil G&#233;n&#233;ral, se donnent &#8220;le droit N&#233;gatif&#8221; de refuser les repr&#233;sentations du C.G, mais confirment les dispositions de 1738 garantissant au C.G le pouvoir l&#233;gislatif et celui de rejeter les candidats syndics. Le propos (pens&#233; en fran&#231;ais ?) utilise la citation fran&#231;aise, sans jouer sur une expressivit&#233; sp&#233;cifique : l'idiome se justifie par le prosa&#239;sme d'une parole populaire, &#233;cho du discours fran&#231;ais. Les discours fran&#231;ais des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; proposent alors ces m&#234;mes arguments, mais le registre de ces avocats, hommes d'affaires, etc., est &#233;videmment diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du &#167;3, (&lt;i&gt;Aliboron de Binet&lt;/i&gt;, ch&#251;te triviale : &lt;i&gt;vos me fassit su&#226; &#249; grou de l'Hiver &lt;/i&gt;&#8220;vous me faites suer au gros de l'hiver&#8221; : la lettre est publi&#233;e en d&#233;cembre), au &#167;4, le dialecte permet dans la violente attaque personnelle contre Binet, opportuniste sans principes ni capacit&#233;s, une brutalit&#233; que le fran&#231;ais supporterait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#167;5-6 d&#233;noncent les modalit&#233;s d'emprisonnement, qui conviennent au correspondant. Exemple v&#233;cu : le valet d'&#233;curie de Bonnet (un Bonnet est syndic) a renvers&#233; une femme en menant ses chevaux &#224; l'abreuvoir. Il s'enfuit. On porte plainte contre le valet de Lapierre, beau-fr&#232;re de Bonnet. En pleine nuit, un Auditeur de la justice (charge &#233;lective) vient, sans s'expliquer, faire lever le valet, pourtant fi&#233;vreux, de Lapierre, et le conduit en prison. Le lendemain, son ma&#238;tre finit par conna&#238;tre la raison de l'arrestation, et fait lib&#233;rer son valet par l'Auditeur penaud. L'idiome se justifie ici par l'ordinaire conversation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte se cl&#244;t (&#167;7-8) sur un probl&#232;me qui touche le batelier : contrairement &#224; son correspondant, il proteste contre l'augmentation de la surveillance sur la p&#234;che, li&#233;e &#224; la propension des oligarques (&#8220;Ils&#8221;) &#224; d&#233;cider sans l'aval du Conseil G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LETTRE D'UN BATELLIER, A UN DE SES CONFRERE&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;MON CHER CONFRERE,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;1Ze vegne de res&#233;vay la Letra que voutra maladi vos &#224; m&#232; dans l'obligation de m&#233;crir&#233;, pe savay mon chantyment s&#249; ben des chuses ; y n&#233; pas on petit &lt;/i&gt;&lt;i&gt;embarra par m&#232; que de r&#233;pondr&#233; a totte voutr&#232; question, car voz savit que ze ne say ne on Rossier, ne Avocat. Mais ze faray quement tan d'attro qu&#233;crivont le pley chovant sans savay qu&#233;t.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;2Voz me marqua que voz tremblia de vy noutra pourra Vella hu bor du pr&#233;cipico, zy vay&#235; tot quement voz, mais aqoui en est la fauta, qua cell&#232;us qui puvont fare d&#232;z propositions daquemoudament &amp; que si refusont, car y ne faut pas sattendr&#232; a men de paix attramant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;3 Vos veyi qui se tegnon fier avoy leus Prononc&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui, &#8220;Qu'ils&#8221; : les &#8220;aristocrates&#8221; des 200. Leur Prononc&#233; des Garants, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, qu'on ne sa cequi&#233;t qui sembli&#233; leus bailli a on endray &amp; leus outes a lattro ; car apr&#232;s avay senzia la Loix de l'Election, sans le consentement du Conseil G&#233;n&#233;ral, apr&#232;s avay baillia &#249; Conseil le dray N&#233;gati, y dion (&#224; page 17 du prononc&#233;) &#8220;qui Confirment au surplus &#224; chacun des Ordres qui composent le Gouvernement de Geneve ses droits &amp; attributions particuli&#232;res, provenant de la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Loi fondamantale de l'Etat, &amp; nom&#233;men (sic)du R&#233;glement de 1738, que nous Confirmons &amp; garantissons de nouveau en tout son contenu&#8221;. Voz devit ben vit qui noz garantaisson la legn&#233; de Novella Election, le povay L&#233;gislatif ; le povay de rejeta le tot &#249; la partia de celeus que nos son pr&#233;senta p&#233; Sandequo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La M&#233;diation de 1738 a garanti au Conseil G&#233;n&#233;ral le pouvoir l&#233;gislatif, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, quan y ne no sont pas agriablo &amp; que quan y dion qui faut l&#233; prendr&#233; dans le Conseil actuel, il entendont ben qui faut qui nos saye agriable, &amp; que tot c&#233; galimatia ne signifie ran, &amp; qui no metton quement nos &#233;tivons avant qui vegnisson, &amp; quant vos mala parla de voutron maittre Aliboron de Binet&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abraham G&#233;d&#233;on Binet, Geneve, 1725-1800, n&#233;gociant horloger. Emprisonn&#233; pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &amp; de son projet ; voz me fassit su&#226; &#249; grou de l'Hiver.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167; 4Quement on homo que s&#233; torzo volut m&#233;la de sen qui n'entenday ren ; voz crey qui pouret fare quaqueran de bon ; N&#226; ben luien diquet, y brouiller&#233; noutrou &lt;/i&gt;&lt;i&gt;affares, quement il a fay les senn&#233;, &amp; cr&#233;y m&#233;, y a mais de foli&#233; &amp; de vanita dans son fay que de raison ; car vey&#237; celli hommo y ni a ran qui traitave le Magistrat de Tyran, de fourbe &amp; de monstre, &amp; orandray en di tot le ben que ze voudri povay en dire, ah ! que je vaye ben c&#233; vu&#233;s, il a b&#233;guan de quaque pliac&#233; de la Seigneurie p&#233; fare on buch&#233;, car je ne craye pas qu'il aye bezuan de remise, &#249; ben il esp&#233;re trova quaque fou p&#233; le remonta, queman y sen est trova p&#233; noutron Catton de Cassin, &amp; tant dattro que no ne saven pas&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#232;me constant de la trahison : les aristocrates ach&#232;tent des citoyens en vue.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Bref.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167; 5Voz me dette que voz ni jamais v&#251; fare de condition a celeu qu'on main&#233; en prason, &amp; que voz &#234;tte surprai qu'on truv&#233; a redire de sen qui vulont mettre en praison sans Conditions Nadition&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nadition : &#8220;audition&#8221;. Traitement en fausse na&#239;vet&#233; d'un terme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167; 6Vos n'entendit pas sen qui est. Par Exemplo, voz savy ben qui a quaque tems qui areva que le valet d'&#233;curie du Cousin Bounet, en vegnian daberra sous Sevau &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fit tomba ouna f&#233;na, &amp; qu'on criav&#233; ar&#234;ta, arr&#234;ta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On voit combien l'auteur (ou l'imprimeur) n&#233;glige la norme orthographique.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; quen to lou Diablo, &amp; qu'on ne put l'arr&#233;ta ; mais on su aprochan qoui y &#233;tay, on fut a on Auditeur porta pliante contro le valet de Lapierra de la Vella de Turin, &amp; que cety Auditeur que ne demandav&#233; pas mio qua far&#233; vallay son pr&#233;tendu dray d'empraisena sans Nadition, moda sy Lapierra &amp; demanda hiau etay leu valet, on ly dezay qu'il &#233;tay malade, &amp; qui s'&#233;tay alla dremi a la tombaye de la nay, cety Auditeur volu qu'on le menase a son lyai qui &#233;tay a l'&#233;curie ; tantia qu'on ly m&#232;na, &amp; poy quant il y fut, y ly d&#233;manda si n'&#233;tay pas le vallet de Lapierra, &#224; qu&#233; cety vallet repondy que ouay, &amp; ben ly dezit&#233;, laivat&#233;, &amp; sui m&#233; ; il eut beau ly dir&#233; qui n'avay ren fay, n'y qu&#233; ne devay ren &#224; pressena, tot san ne sarvit &#224; ren qua le mettre en col&#232;r&#233;, &amp; ly dez&#233;, que si ne volay pas sabelli, y le far&#233; marci tot nud, enfin cety pouro diablo fut obligia d'alla dremi en praison, sans savay &lt;/i&gt;&lt;i&gt;parqu&#232; ; imaginavo quainta nay y pacha ; &amp; p&#233; vo fini listoire, le lenman matin, Lapierra fut si Lauditeur p&#233; savay san que son vallet avai fai. Mais l'Auditeur que ne volay pas manqua &#224; la novella mouda denpraisena, ly repondi qui navay point de conte &#224; ly rendre, &amp; le renvoye &#224; sant de sein ; mais cety Lapierra que n&#233; ren on nigau, ne vollut pas sen alla sans savay de qu&#233; y &#233;tay question, &amp; vollay repondre p&#233; son vallet, tentia que Lauditeur fut forcia de ly dir&#233; qu'il avay fait tomba ouna fena en vegnian d'aberra sous seveaux, &amp; qu'on ne savay si &#233;llavay le bray cacha, ne le suittes, &amp; qu'on l'avay empraizena p&#233; pr&#233;caution. O ! quand cety Lapierre entendit cen, il y dezi, Mr. se voz mavia d&#233; sen hier en nay, mon valet narr&#233; pat dremi en praison, car y est le valet de mon beau fr&#233;re Bounet a qoui cen est arreva, &amp; on vo y arred&#233;, mafay cety Auditeur fu ben peneau. Mais qu'en areva tay, y firon sourti le valet de Lapierra de praison sans fray, en ly dezan qu'il &#233;tay &lt;/i&gt;&lt;i&gt;bounirent qui ne fu pas lui qui avay fait tomba la fena, vos d&#233;vi ben chuanty orrendray que lou Empraisenamens, sans Condition Nadition ne vallon ren, car c&#233;zyqu&#233; en est yon &amp; qu'on pour&#233; voz Empraisena sus on faut rapour.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167; 7Voz me marqua encora, que la plainta qu'on a fay sur sen qui metton de la Garnison sur le Lay p&#233; veilly sus la p&#233;s&#233; du Millequenton&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Millecanton&#8221;, frai, petite perche. Le R&#232;glement de la m&#233;diation de 1738 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, voz paray injusta &amp; dette qoui volivo qu'il y metton.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167; 8Ne veyvo pas qui s&#233;njon de leut proupre Autorit&#224;, lous usage, &amp; que quatrafay y etai on Auditeur, avoy d&#233;s auvessi qualavon apr&#232;s lou P&#233;tieu, avoy lou premi Batelli qui trovavon ; &amp; qui est on pousto de pley qui ne day avay, &amp; qui ne puvont pas augmenta l&#233;s poustes de leus autorita, &amp; que si le font p&#233; onna chusa, ils la faront p&#233; onnatra ; veyi la M&#233;diation, selle ne dit pas que la Garda ne pourra &#233;tr&#233; augmentaye que du Consentement du Conseil G&#233;n&#233;ral ; &amp; sen n'&#233;tay pas onna augmentation ? O ! &lt;/i&gt;&lt;i&gt;zen deri ben mais iqu&#233; dessus, mais escouza m&#233; p&#233; ora, y me faut alla prendr&#233; mon Naviau qu&#233; &#233; p&#226;, p&#233; alla m&#233;na &#224; Copet&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coppet, en face d'Hermance, est &#224; la Savoie.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; trais Piemontais &amp; dous Suisse que nont pas ita assura le Governament de leur protection, &amp; apr&#232;s si ze voz sai utille &#224; quaques chusa, voz ny quemanda &#224; celuy qu'a l'honneur d'etre ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voutron tr&#232;s homblo &amp; obeissant Serviteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LA TEMBEURA&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot assez obscur : roulement de tambour, rappel, protestation ?&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y-a-t-il eu d'autres publications de ce genre ? Avec la secousse politique de 1776 des textes d'argumentation dialectale portent &#224; nouveau, de fa&#231;on quelque peu d&#233;fauss&#233;e, l'argumentation des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;. Cette ambigu&#235; reconnaissance de l'idiome &#233;vacue la parole patoise vers le terroir et accepte donc, ou anticipe, la perc&#233;e du fran&#231;ais dans l'oralit&#233; de la ville. Les auteurs suppos&#233;s sont paysans de cette campagne sujette, au sens propre, de la ville. Les villages n'avanceront gu&#232;re de revendication politique avant 1791, mais le paysan cens&#233; s'exprimer ici suit l'actualit&#233;, argumente, ira se faire entendre en ville (&#167;3). Pourrait-il parler autrement que patois ? Sans doute non, mais il dit lui m&#234;me que pour parler net, il faut parler fran&#231;ais : &lt;i&gt;&amp; dainque mon pourami fau leu parla fran&#231;ois &amp; leu dire to net...&#8221; &lt;/i&gt;(&#167;1). Comme en 1767, on ne recherche gu&#232;re le pittoresque : quelques expressions populaires (&lt;i&gt;Centredina&lt;/i&gt;, &#167;1), l'image des b&#234;tes &lt;i&gt;(beque)&lt;/i&gt; noires qui ont la patte faite comme nous la main (&#167;2), le jeu-devinette (&#167;1), la vigueur de &lt;i&gt;rembrelicoca&lt;/i&gt; (&#167;2). Le ton est celui de la conversation, patoise ou fran&#231;aise c'est tout un sans doute. La saveur du texte tient sans doute plus &#224; ce que le paysan, qui s'appr&#234;te &#224; la moisson (&#167;4), juge les politiques &#224; l'aune de la force de travail : de 10 &#224; 30 paires de b&#339;ufs pour labourer le champ (du Conseil) des 200 coupes de bl&#233; et combattre l'ivraie &lt;i&gt;(yvroye)&lt;/i&gt;(&#167;3). Mais qui veut-on toucher v&#233;ritablement ? L'insistance est grande &#224; prouver que le peuple n'est pas born&#233;, b&#234;te (&lt;i&gt;beque&lt;/i&gt;, &#167;1), cr&#233;dule, qu'on ne lui brouillera pas l'esprit (&#167;2), qu'il conna&#238;t les probl&#232;mes (&#167;3), ne tombera pas ainsi &lt;i&gt;(que men san) &lt;/i&gt;dans le &lt;i&gt;pot nai&lt;/i&gt; (&#8220;le pot noir&#8221;), bref que les oligarques ne le tromperont pas. Mais le patois est-il ici vraiment vecteur de communication efficace ou symbole de citoyennet&#233; ? Il est difficile d'en juger. Il n'est sans doute pas indiff&#233;rent que la premi&#232;re &#233;meute paysanne, en f&#233;vrier 1791, m&#232;nera aux portes de Gen&#232;ve ces paysans du Mandement que repr&#233;sente ici le r&#233;solu &lt;i&gt;Dian du Courti&lt;/i&gt; (Jean du Jardin). Le Mandement appara&#238;t-il d&#233;j&#224; comme exalt&#233;, voire mena&#231;ant ? Il s'agit en tout cas d'un texte de pression, destin&#233; &#224; d&#233;cider les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; &#224; r&#233;clamer le &lt;i&gt;bouta defeur&lt;/i&gt; (&#8220;mettre dehors&#8221;), l'&#233;viction des dirigeants. Le temps n'est plus o&#249; les oligarques &#233;taient ma&#238;tres absolus (&#167;1), des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; sont membres du Conseil des 200 : encore faut-il qu'ils ne soient ni l&#226;ches ni tra&#238;tres (&#167;3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LETTRE D'un Citoyen du Mandement &#224; un Manchot de la Champagne&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Mandement, &#224; l'ouest de Gen&#232;ve, au nord du Rh&#244;ne. Gen&#232;ve y a repris le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;MOUN BOUN AMI,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;1Z&#233; bin re&#231;u ta lettra&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#224; encore, nous ne savons pas s'il y a eu ant&#233;rieurement une lettre patoise.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; yo te me marqua que noutrou Messieux&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les oligarques des 200 et du Petit Conseil.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; on r&#233;pondu &#224; noutra requisition du dix de m&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droit de &#8220;repr&#233;sentation&#8221; (d'o&#249; le nom de Repr&#233;sentants). Les dirigeants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &amp; qui dyon dan leu r&#233;ponse qui no zon baillia le Codo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les dirigeants, apr&#232;s 'r&#233;vision', veulent publier en code les lois en vigueur.&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; que no d&#233;mandin en l'ann&#226;ye mille cha sent &amp; cha&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1707, le mouvement populaire avait demand&#233; une r&#233;forme du syst&#232;me d'&#233;lection.&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Centredina si ne no preignon pas p&#233; d&#233; b&#233;que de volai no fare acraire qu'on pu payi onna d&#233;ta avant que de la d&#233;va&#237;. H&#244; no ne sin pas si borna qu'en leu, car se lavivon bin conta y arion viu qui larion aquita la d&#233;ta trent&#233; y on an petou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;31 ans apr&#232;s la m&#233;diation de 1707, (M&#233;diation de 1738), les d&#233;mocrates (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; no ne sin pliei dan c&#233; malireu tan yo y &lt;/i&gt;&lt;i&gt;l&#233;tivon m&#233;tr&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Nous ne sommes plus dans ce malheureux temps o&#249; ils &#233;taient les ma&#238;tres&#8221;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; no povin leu dir&#233; san que no volin, orandrai no ne crayon pas mei &#224; leu gaugne, &amp; dainque mon pourami fau leu parla fran&#231;ois &amp; leu dire to net que celeu que ne payon pa leu d&#233;ta ne puvon pas resta su la chala de moroquin, sai en Conseil sai en Doux Cent : car ze craye bin que p&#233; pou qu'on pliedass&#233;, on l&#233; pore bouta defeur t&#244; donna vougnya, quan bin y&#233; marqua dian ledit de mille cha sent soixant&#233; &amp; huit, que no ne povin en d&#233;moroquina que quatro t&#244; lou zan ; m&#233; quement y son t&#244; banquarouta &#224; la fai, en ne no payan pas, no povin de plian drai l&#233; bouta tau de feur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis 1768, le Conseil G&#233;n&#233;ral peut destituer chaque ann&#233;e 4 membres du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Y lien na portant yon qui no fau conserva, il est on bon payeur y fa bin son possiblio p&#233; no fare payi, m&#233; il est to cholet, y ne pu r&#233;ussi ; te le recognetr&#233; &#224; se que ze v&#233; te dir&#233; ; son niom aprofe grandament de ce que to lo monde meze furto dian le sautan, san ne sa fa pas &lt;/i&gt;&lt;i&gt;coaire, y se meze to cru avoai houille&amp; ven&#233;gro, du pa&#238;vre &amp; de la ch&#226;, te dai bin me comprendr&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Saladin de Crans. Le texte joue , en devinette populaire, sur la description (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;2Y faut que ze te dio orandrai que ze s&#233; de bouna par, qui zon d&#233;mand&#233; d&#233; conseil &#224; celeu Messieux, qui tenion de celeu grousse b&#234;que nair&#233;, quon la pata f&#233;ta queman nozin la man, au sujet de noutra requisition &amp; qui leu zon r&#233;pondu qui ne povion pas fare atraman que de payi cela d&#233;ta, qui no daivon bin l&#233;gitimaman, dai lan mille cha sent trente huit, m&#233; te ne sa pas encora, qui volivon se servi de la prescription, &#233;poai il on d&#233; encora onna chuz&#233;, que &#8220;Codo&#8221; volive dire &#8220;vision&#8221; eu &#8220;revision&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les oligarques violent le r&#232;glement de 1738 en exhumant des lois ant&#233;rieures (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; enfin y se servon de ce qui puvon p&#233; no rembrelicoca l'esprit, m&#233; grace eu bon Dieu, no zen savin mei quen leu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;3Ettai que no ne savin pas qui se son rangazia en lan mille cha sen soixante houit &amp; qui ni a pas lieu p&#233; la prescition, y li en a yon qua d&#233;, no l&#233; zavin bin m&#233;na &lt;/i&gt;&lt;i&gt;p&#233; le na trente cinq an&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&amp; qu'on pore bin en fare encore attant : m&#233; se te vu me craire y no fau alla en v&#233;la &amp; dir&#233; a noutrou Concitoyen qui ne faut pas ce ta fai bailli le tem a la prescrition &amp; se fare payi to de suitta, te mavia bin d&#233; qu'en boutan de noutrou bon Citoyen dian le Dou Cent&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Conseil G&#233;n&#233;ral avait obtenu le droit d'&#233;lire une moiti&#233; des 200.&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; que to &#238;re bin qui veillerion &#224; noutrou drai ; h&#233; bin te t&#233; trompa que ment lou zatro, car il y en &#224; lou trai quar qui ni on pas petou &#233;ta acheta qui se son reviria&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les d&#233;fections de ceux qu'on appelle alors &#8220;les habits tourn&#233;s&#8221;.&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, il y en &#224; por&#233; si eu cha qui v&#226;lon bin saquion dix pare de b&#251; &amp; on &#226;tro qu'en v&#226; bin trente ; m&#233; il est alla labora de feur p&#233; quaque tan, Dieu vollie le ram&#233;na bin tou &#224; sa charua car dai qui ni est pliei noutron san de dou Cent cope &amp; to pers&#233;ma d'yvroye. H&#244; divi il y en bin de celeu que no zin bouta dian le Dou Cent qui vulon no fare acraire que cela r&#233;ponse est on ch&#233;d&#251;vre y faut qui lausson bin pou d&#233;cien de craire qui no faron baili que men san dian le pot nai, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;no ne sin pa tan cr&#233;dulo, &#233;poai no no zi cognessin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;4&lt;i&gt;Enfin mon poure Manchot ze fenaisse en te priant se tapran qu&#226;que ch&#251;ze de nov&#233; &#224; ce sujet de m&#233;crir&#233; &amp; me dire le zeur que te vudr&#233; que no zalin en v&#233;la, de&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De s&#233; bin, &#8220;Je sais bien&#8221;, le texte a commenc&#233; par employer la notation ze.&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; s&#233; bin que no zin noutrou messon &#224; fare, mai quement y&#233; preu tou p&#233; leu r&#233;pondre te por&#233; prendre on zeur de la premire senanna &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;d'Ao&#251;t, car y nia pa daparance qu'on leu r&#233;ponde avan le may de S&#233;tembre ; de sai en attendant le pli&#233;si de te vi &amp; de baire avouait&#233; &#224; la santa de noutrou bon Citoyens de to mon c&#339;ur,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ton bon ami, Dian du Courti. A Choully&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Choully, village du c&#244;teau, commune de Satigny.&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; le 13 Juillet 1776. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduite par une pirouette &#224; propos des lettres imprim&#233;es avant d'&#234;tre re&#231;ues (&#167;1), la r&#233;ponse calme le jeu. Le mod&#233;r&#233; &lt;i&gt;Manchot&lt;/i&gt; partage avec &lt;i&gt;Dian&lt;/i&gt; le point de vue des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; (&#167;3 &#224; 6), et y insiste de fa&#231;on plaisante (&#167;5), mais les magistrats ne sont pas si diables que leurs habits sont noirs, il faut leur faire confiance, particuli&#232;rement &#224; Saladin pour lequel on irait en enfer (&#167;2), les laisser s'habituer au cours nouveau des choses (&#167;2). Les tra&#238;tres ne sont pas si nombreux parmi les &#233;lus aux 200 (&#167;8), il faut &#233;viter les mesures extr&#232;mes, se borner &#224; en mettre quatre dehors (&#167;6). L'argumentation est rigoureuse, calqu&#233;e sur le fran&#231;ais, mais on donne le texte de la m&#233;diation en dialecte. Le Manchot se retrouve sur le registre de &lt;i&gt;Dian&lt;/i&gt; dans l'attaque personnelle enrob&#233;e de fausse prudence : on ne cite pas de nom, tout en laissant mati&#232;re &#224; deviner (&#167;9)... L'insistance avec laquelle on &#233;pluche les textes que les dirigeants veulent tourner, montre combien la connaissance du fran&#231;ais est n&#233;cessaire &#224; la pratique d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie, o&#249; nul ne saurait ignorer la loi (&#167;4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;REPONSE Du Manchot de la Champagne, &#224; Dian du Courty, du Mandement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;1D&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;, &#8220;j'ai&#8221;. De &#8220;je&#8221;, est not&#233; ze dans le texte pr&#233;c&#233;dent. Puis le Manchot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; bin re&#231;ua ta letra dattaye du 13 du corant, ren me ma plai surprai que de l'ava vua imprimay&#233;, le m&#234;me zeur que de l&#233; re&#231;ua, y faut que s&#233; &#224; quoy te la bailliaye p&#233; me l'aporta l'aye f&#233; vi &#224; quaque malins qui noz ons joua s&#233; teur, san taprandra &#224; bin savay &#224; quoy te t&#233; confia, car nion ne d&#233;vai vi cela lettra que m&#233;, z&#233; craye qui n'en sara pas de m&#234;mo de cela ziza.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;2La remarqua que te f&#226; de la manir&#233; que noutrou Messieux ont r&#233;pondu &#224; noutra requition &lt;/i&gt;(sic),&lt;i&gt; ne m&#233; surpran rend du t&#244; ; le&#251; mouda de r&#233;pondra &#224; noutr&#233;s r&#233;pr&#233;sentations n'a pas encore senzia, &amp; quand on na&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;on na pour onna, &#8220;une&#8221;. Indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la coh&#233;rence orthographique.&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; fay on a pray le ton n&#233;gatif on ne le p&#251; pas quitta tant aiziamant ; mai te verr&#233; bin que to san se racoumoudera, car y ne sont pas si Diablio quand leu habits son nay. Epoy &lt;/i&gt;&lt;i&gt;c&#233; que te dit, qui nos faut conserva, y sara bin tou su le p&#233;naclia, y fara bin sen qui pora p&#233; no fare payi ! Eh, se tau lou Magistra &#233;tivon queman lui, nos yrion &#232;s enfers par leux s'y falliva.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;3La remarqua que te f&#226; quon ne p&#251; pas payi onna d&#233;ta avant que la d&#233;vay ; nion ne p&#251; alla contr&#233;, &amp; met ze remarque qui no citon on articlio de la m&#233;diation, qui dit que &#8220;to lous Edits continueron d'&#234;tre observa quemant y s'est pratiqua quenquora&#8221;, que zen ique f&#226; vi que le Codo prescrit p&#233; larticlio quarante dou de la m&#233;diation, ne day pas renfr&#233;ma de vie edits, qui son tomba en dota, mais bin celeux qui ont ita observa quenquora&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est tout l'objet du d&#233;bat.&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;4Ze trouv&#233; qui citon ben larticlio de la m&#233;diation qu&#233; a leux avantaze, car a ne vit que c&#233; qui citon, il arion a pou pray razon, mais y ne citon pas larticlio, qui dit qui sara fait on Codo Zeneral d&#233;s Edits &amp; r&#233;gliaments p&#233; que saquion coniaise les loix, &amp; si soumette avoi &lt;/i&gt;&lt;i&gt;docilita, ze soteni&#244; que c&#233; articlio l'ou oblig&#233; a nos bailli on Codo que renfremay tos lous &#233;dits &#233; r&#233;gliaments, &amp; si s'en trouv&#233; qui ne sayon plait a la mouda, qu'il assemblion le Conseil Zeneral p&#233; l&#233;s aboli &amp; en faro datr&#233; qui leu convenoin &amp; a nos &#233;to.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;5Et si y&#233; vrai qui nen coniaison pas datro quemant idion, y non qua recory &amp; grote de san Gervais, il en troveron bin datro qui ne no on jamais fait vit, y pu bin areva qui nennon aucuna conesanso ; mais va ten vit si vegnon Jean.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;6Ze te deray que zait ben reflaichit sur le rem&#233;do que te vudria quon fise si ne no baillon pas le Codo qui no daivon, mais ze truv&#233;, que le rem&#233;d&#233; est troy rudo, &amp; qui ne faut pas ala se vite en bezogne, no nin ren &#224; crandr&#233; de la prescrition, te sa ben quon nos a det que la borjoisie etay torjor mineura, &amp; dinque no povin torjor revegni, de to san qui porion far&#233; a noutron prejudice, tan que le Conseil General ny ara pas consenti, ze say don de l'avis que si ne no &lt;/i&gt;&lt;i&gt;payon pas, de no en tegni a se que nos in le dray de faro, qui est den bouta quatre defeur, &amp; quand lous attre lou varon defeur, y prendron garde a le&#251;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la position des Repr&#233;sentants mod&#233;r&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;7Tu me surprend bin encora en me desant qu'il on consulta lou Messieux h&#233; b&#233;que naire, ze nari zamais cr&#250; qu'il auzarion le&#250; parla de noutrou afar&#233;, day qui l&#233; consultaron alors du prononc&#233;, &amp; qu'il uron p&#233; tota reponse qui l&#233; recomandave a Dieu, zai bin cr&#251; que cen volay dir&#233; qui ne se m&#233;lerion plet de le&#251;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#167;8&lt;i&gt;Te me marque encora que de celle&#251; que nos in m&#233; en Dou Cent y ni en a pas mais du cart quayon resta d&#233; noutro ; h&#244; p&#233; cent ze craye que te te tromp&#233;, par m&#233; ze nen coniais&#233; que tray u quatre qui on veria quazaqua, hion qua cria en Dou Cent a larnachie &lt;/i&gt;(sic)&lt;i&gt;, on atre, qua d&#233; qui navay pas attan desprit que de bon sent, &amp; lous attro en dezan que la r&#233;ponca &lt;/i&gt;(sic)&lt;i&gt; etay on ch&#233;duvre, mais ze ne cont&#233; pas p&#233; mechant cele&#250; qui non pas encora parla en Dou Cent, peut&#234;tro &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que si non rendet y ne sen panson pas man, &amp; que dian l'ocasion y bailleron le&#250; coup de pistolet coumifau.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;9Ze te conseille poure ami de te mod&#233;ra dian ton jugement, epoi de tespliqua on pou mio en parlant de c&#233; qu&#233; defeur, ze ne poi pas d&#233;vena le quale tantant, par met zen truv&#233; doux qui vallon attant lon que latro &amp; m&#234;me trais, &amp; tos trois defeur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On joue sur le plaisir de l'identification de ces repr&#233;sentants qui sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, mais y en ayon quatriemo, sur quoy y, ne faut pas may conta que s&#251; son frar&#233; Guillaumo, car leux p&#233;r&#233; nouresy a det qu'il on to doux ita englua&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Englua, englu&#233;, s&#233;duit par l'aristocratie. L'insulte des ann&#233;es 1790 est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; p&#233; l'hommo &#233; quatre langua, c&#233; qua fait le dictionnaire de famelliet.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;9En vaiquia preu p&#233; orendray, y me faut alla fr&#233;ma ma m&#233;chon de voy, zay poir&#233; de la plioze, &amp; ze craye encora qui na pas b&#233;soin dalla en vella on arra preut vis&#226; ta lettro, y faron l&#233; chuzet assebin que si no leut usson parla, je te saluo jusqu'u pliaisi de te vi &amp; te dir&#233; de boc&#233; cen que zarai de plait a te dir&#233; a c&#233; sujet, car ze craye qui faut quitta l&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;z&#233;critur&#233;, &amp; que le Diablo s&#233; bouta Imprimeur, pourta te ben y est sen que te conseill&#233;, toun boun amy,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Mancho &lt;/i&gt;(sic)&lt;i&gt; d'Avouilly&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avouilly, Avully, sur le Rh&#244;ne, village de la Champagne, au sud-ouest de Gen&#232;ve.&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. A Avouilly le 19 Juillet 1776.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment appr&#233;cier cette modeste utilisation de l'idiome ? Diffusant les arguments des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; , sans en citer le nom, ces lettres se bornent &#224; opposer &#8220;nous, n&#244;tre&#8221;, signes d'unanimit&#233;, &#224; &#8220;eux, ils, leur&#8221;, d&#233;signant la caste dirigeante. Plaisantes, argument&#233;es, elles peuvent toucher des habitants du terroir dans leur langue, leur montrer que si la cit&#233; leur impose la qualit&#233; de sujet, m&#234;me les plus humbles peuvent participer de la vie d&#233;mocratique. En ville, elles affirment d'autant la cause d&#233;mocratique qu'il s'agit de gagner une partie des &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt;, h&#233;sitants entre&lt;i&gt;Repr&#233;sentants &lt;/i&gt;et&lt;i&gt; N&#233;gatifs&lt;/i&gt;. La parole du terroir conforte d'authenticit&#233; nationale-genevoise l'ordinaire argumentation fran&#231;aise, d&#233;ssaisit l'oligarchie de sa pr&#233;tention de l&#233;gitimit&#233;. Dans l'enjeu de pouvoir, l'&#233;criture de l'idiome d&#233;passe le reflet d'une r&#233;alit&#233; linguistique. Cet &lt;i&gt;orendray&lt;/i&gt;, &#8220;maintenant&#8221;, qui rythme ces pages, signifie moins la normalit&#233; pr&#233;sente du patois que la n&#233;cessit&#233; de l'information et de l'action au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture de l'idiome peut ainsi na&#238;tre du d&#233;chirement civil, mais c'est en fran&#231;ais que Gen&#232;ve se repr&#233;sente dans l'opposition-compl&#233;mentarit&#233; avec ses voisins. Un curieux texte met en sc&#232;ne le citadin, qui parle fran&#231;ais (langue haute, signe de modernit&#233;) et le savoyard (un tailleur), qui pour parler patois n'en repr&#233;sente pas moins le bon sens commun. Ce statut ambigu fait que le texte n'est pris en compte par les bibliographies dialectales de Gen&#232;ve ou de Savoie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B.C.Gen&#232;ve Gf 72. Cf. E.Rivoire, Bibl. hist. de Gen&#232;ve, Gen&#232;ve, 1897. Cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la hi&#233;rarchie sociale et politique de Gen&#232;ve, &#224; ses d&#233;chirements, le Savoyard oppose la convivialit&#233; et l'&#233;galitarisme savoyards, sous l'&#233;gide du cur&#233;, &lt;i&gt;noutron Encura&lt;/i&gt;, et du Prince ; il pr&#233;sente les avantages des villes nouvelles concurrentes de Gen&#232;ve. En r&#233;ponse le prudent citadin, &#224; la charit&#233; mesur&#233;e, fait retomber la responsabilit&#233; du marasme sur les &#233;trangers. Bien repr&#233;sentatif de la x&#233;nophobie (&#224; base &#233;conomique) des &#8220;vrais&#8221; Genevois, y compris les &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; descendants d'&#233;trangers, il ne semble pas en vouloir &#224; ses dirigeants, leur fait confiance dans le d&#233;bat de fond sur les institutions, pratiquement &#233;lud&#233;. Le texte aborde aussi des probl&#232;mes prosa&#239;ques, mais sensibles, propres &#224; la cit&#233; : raret&#233; de l'argent, absence de libert&#233; &#233;ditoriale (jug&#233;e d'un point de vue &#233;conomique et non id&#233;ologique), et m&#234;me &#233;go&#239;sme des boulangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ce texte-chim&#232;re peut-il servir ? La condamnation du syst&#232;me des castes agr&#233;e sans doute plus aux &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; qu'aux &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;. L'attaque contre les &#233;trangers voleurs d'emploi convient aux deux. Mais le texte ne prend gu&#232;re en compte les aspirations d&#233;mocratiques, respecte les dirigeants. L'apologie de la Savoie, des villes nouvelles, l'insistance avec laquelle on y garantit emploi et libert&#233; de culte cachent-elles un appel d'offre aux &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ENTRETIEN D'UN GENEVOIS AVEC UN SAVOYARD.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Genevois va voir un de ses enfants que le Savoyard nourrit &amp; en arrivant ils ont cet entretien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Savoyard. He bon zeur Mons....., vo &#234;t&#233; bin nov&#233; dian c&#233; pa&#239;, y a &#231;an di an que ze ne vozai viu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Genevois. Oui, cela est vrai, mais qui a affaire y pense.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. O voy, ze craie bin, avoy voutron mal&#233;-biann&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Appellation savoureuse des d&#233;chirements genevois. &#8220;mauvais caprice&#8221;&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, ze craie que vo ne finaitri zamai qu&#233; vo ne ze sauci &#233;zarpena.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Ma foi peu m'importe, qu'ils se rangent entr'eux, pour quant &#224; moi je ne m'en m&#234;le plus, &amp; de quelque fa&#231;on que les affaires puissent tourner, je serai strict de ma parole ; &amp; puis d'ailleurs on est sur le point d'&#234;tre tous d'accord&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Projet de r&#233;vision de l'Edit politique est pr&#233;par&#233; en 1778.&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Ma fa y &#232; bin le mio, car t&#244; ce leu brui ne valon ran ; tegni ze vo vo fussia teniu dacour enon mo&#239;, vo aria mio fai, h&#233; poy tegny encor&#233;, ze vo parl&#233; drai, ze t&#244; lou Zenevaizan &#233;tion resta zaquiun zou lou lue de leu terrein &amp; baire avoy leur f&#233;ne&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En regrettant que les Genevois ne soient pas rest&#233;s tranquillement &#8220;boire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; y narion pa due lunetta &#224; lonze vua &#224; leu pourtes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Qu'est-ce donc que vous voulez dire, Nourricier, avec vos lunettes &#224; longue vue &#224; nos portes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Zan que ze voy vo dir&#233;, y ni&#233; pa bin m&#226;le aizi&#233; a d&#233;vena, &#233;ta pa avoi voutron arzan qon b&#226;ta karose&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carouges, localit&#233; savoyarde imm&#233;diatement au sud de Gen&#232;ve. A partir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &amp; ce n&#233; glyse ; &#231;an pora dan pou bin far&#233; du tour &#224; voutra Vella, &#233;ta pa unna lunetta, &amp; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Versoi&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Versoix, localit&#233; fran&#231;aise sur la rive droite du lac, face &#224; Gen&#232;ve. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; quon b&#226;ta, &#233; ai pa t&#244; f&#233; p&#233; v&#244; tegny &#224; l&#233;tran.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Effectivement, il y a du vrai dans ce que vous dites, mais ce n'est pas tout-&#224;-fait la faute du peuple ; on y alloit le plus souvent pour y boire des vins qu'on ne buvoit pas &#224; Gen&#232;ve ; mais &#224; pr&#233;sent on en est bien revenu &amp; il n'y a plus m&#234;me que les &#233;trangers qui y vont, car croyez-vous que cela fasse plaisir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. O y ne fau pa ava zin de d&#234;leu p&#233; zan ; car t&#233;gny, raisenin pou &amp; bin ennon moy, karoze se b&#226;ta &amp; to lou zeur y vin p&#233; gran ; on y bout&#233; onn&#233; glyz&#233; &amp; no&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monnetier est &#224; quelques kilom&#232;tres de Carouge.&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;arin depoy ceti an du&#233; faire, yena le doz&#233; de mai &amp; l&#226;tr&#233; le dou Novembr&#232;, &#233;poy on y &#233;tabliatra d&#232; marci&#224;, dan pou ell&#233; devindra onna vella, noutron bon Ray y boutr&#224; d&#233; franzis&#233; &amp; l&#233; relizion, &#224; zan que ze craie, saron permes&#233;, y ara coman&#231;an d&#233; &#233;tabliesseman p&#233; lou z&#233;tranzi com&#233; p&#233; tou lou atro ; tot&#233; l&#233; martiandi paseron par iqu&#233; ; vo zavi qon &lt;/i&gt;&lt;i&gt;fa lou gran zemin t&#244; espr&#233; : que vo quoteray ta di vegny aze bin que lou atr&#233;, vozi troveri mai de drai que zi vo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publicit&#233; d&#233;taill&#233;e pour la cr&#233;ation savoyarde, pourvue d'une &#233;glise, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Oui, cela est vrai, toute patrie pourroit m'&#234;tre indiff&#233;rente &amp; y trouver les m&#234;mes pr&#233;rogatives, mais tout ce que vous dites l&#224; n'est pas encor sur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. H&#233; n&#233;ta pas d&#233;za to fai. H&#233; poy on atra r&#233;son que ze v&#233; vo dir&#233; pouro ami, y&#233; qon gni congniatra ni ce lou maitrise qu&#233; ne valon ran, ni de ce lou niom de Citoyens, de Natif &amp; tan datre que ze ne cognaise pa, no sarin t&#244; pari en on moy, on ne sa pa t&#244; ce que ce lieu niom vulon dir&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Je vais vous l'expliquer. Il y a &#224; Gen&#232;ve quatre esp&#232;ces de Classes, la premi&#232;re est des Citoyens, la seconde des Bourgeois, la troisi&#232;me des Natifs &amp; la quatri&#232;me d'Habitans ; ceux de la premi&#232;re ont plus de droit que ceux de la seconde, ceux de la seconde plus de droits que ceux de la troisi&#232;me &amp; ceux-ci &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que ceux de la quatri&#232;me, voil&#224; positivement ce que c'est.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. To zan ne va ran, ze nan baillery pa pi onna couquille de niay ; parla de zi no, no sin t&#244; pari, raiserva noutron Encura ; que si n&#244; avion b&#233;zoin duna vantann&#233; de luy dour nuvo p&#233; azeta on par de b&#251;, y no lou barai san inter&#234;t ; eta pas &#231;an on bravo homo ? Ni&#233; pa queman zi vo, se vo avia b&#233;zoin danprunta per ava onna copa de blia, vo ne troveria pa zi vutrou vezin de qu&#233; lava.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Il est bien vrai que l'argent est bien rare dans Gen&#232;ve pour nous autres pauvres gens &amp; qui en a le garde ; mais &#224; quoi faut-il l'attribuer ? A ce que nos Magistrats sont trop occup&#233;s pour pouvoir rem&#233;dier aux abus qui se sont gliss&#233;s imperceptiblement chez nous. Les gens de la Ville, vous ne le croiriez pas, Nourricier, meurent la plus grande partie du tems faute d'ouvrage, de faim &amp; de mis&#232;re ; pendant que pr&#232;s de quatre cent m&#233;nages &#233;trangers, qui ne font rien du tout, y vivent aux d&#233;pens de l'industrie &lt;/i&gt;&lt;i&gt;genevoise. La semaine pass&#233;e, un voisin de notre mont&#233;e, charg&#233; de cinq enfans &amp; sa femme accouch&#233;e ces jours ici d'un sixi&#232;me : bon Bourgeois de la cit&#233;, brave, laborieux, actif, assidu &amp; bon ouvrier, se privant m&#234;me de toutes r&#233;cr&#233;ations pour suvenir &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;aux besoins de sa famille, sa femme laborieuse presque toujours malade : au moment o&#249; il a le plus besoin d'ouvrage est abandonn&#233; des marchands pour qui il travaillait depuis dix ans, lis&lt;/i&gt; (sic) ont pr&#233;f&#233;r&#233; le &lt;i&gt;donner &#224; un &#233;tranger, ensorte&lt;/i&gt; (sic), &lt;i&gt;que cet honn&#234;te homme se trouve r&#233;duit actuellement &#224; la derni&#232;re des mis&#232;res ; n'a plus d'autres ressources que de prendre d'une main son &#233;pouse &amp; de l'autre ses enfans &amp; aller demander ce qu'on ne peut lui refuser. Triste &amp; douloureuse ressource pour un honn&#234;te homme ! qu'un &#233;tranger a conduit &#224; l'H&#244;pital.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. O y est bin triste to zan ; &amp; vo, ne ly ivo ran baillia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le B. J'ai fait ce qu'un honn&#234;te homme devoit faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Dovin &#233;ta que vutrou Messieurs sofraise t&#244; ce leu &#233;tranzi p&#233; vo ruinna, ze mi perdo.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Je vous ai d&#233;j&#224; dit que nos Magistrats &#233;toient trop occup&#233;s pour pouvoir s'occuper de tant d'objets &#224; la fois, mais que, d&#233;barass&#233;s &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;de leurs grandes occupations, nous esp&#233;rons qu'ils rem&#233;dieront avec un vrai plaisir &#224; ce terrible abus ; nous attendons tous de leur amiti&#233; &amp; de leur justice.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. O bin dinze y faut prandr&#233; patienc&#233; &amp; esp&#233;r&#226; qui yra mio p&#233; la suit&#233; : quan noutron Encura no prom&#233;t&#233; quaque ran y est bin promet, &amp; dinque y gni a pa tan de ma.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le B. Mon Dieu non ; nous croyons fermement que dans quatre ans d'ici, tout sera rem&#233;di&#233;, puisqu'on travaille actuellement avec z&#232;le &#224; nous rendre tous heureux, &amp; alors nous aurons encore moins de peur de vos soi-disantes lunettes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Zan que ze vo en ai d&#233;, n&#233; pa p&#233; en ava poir, no zin t&#244; ami &amp; vezin, &amp; to p&#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vivr&#233; an non moy ; mai ze voy dir&#233;, &#233;ta que ze leu &#233;tranzi que venion dins&#233; en Vella, n&#232; payon ran p&#233; y rest&#226;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Non pas encore, &amp; quand &#224; pr&#233;sent, ils y viennent en nombre, font leurs petits ma&#238;tres, occupent de beaux appartemens sans avoir de quoi les payer, ont des ma&#238;tresses, changent de religion comme d'habits, s'ils en ont, se marient, font des enfans, que des fois ils n'ont pas la peine de nourrir, travaillent &#224; tr&#232;s-vils prix afin d'avoir de l'occupation, &amp; par ce moyen ils nous mettent hors d'&#233;tat de pouvoir nourrir &amp; d'&#233;lever nos familles, &amp; voil&#224; comme l'H&#244;pital a toujours plus d'infortun&#233;s &#224; sa charge, mais petit &#224; petit cela se corrigera.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Zan sara bin f&#233;, h&#233; voutrou Messieurs son to de brav&#233; zan, y n'abarzeron pa m&#233; d&#233;tranzi p&#233; lasi de feur leu enfans, vo verri.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Je ne puis que me louer d'eux, &amp; Dieu me garde d'en dire du mal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Tegny, lasin to san l&#233; &amp; bevin on cou san vadra mio. Zame portan bin Zen&#233;va y est onna brava Vella, y a bin de brav&#233; zan, mai ce qui mi d&#233;plai y&#233; que to lou dem&#233;cre &amp; lou desande quanze v&#233; en Vella, ni ny trovin zamay si lou Bolanzies du pan, &amp; quan y ain na, y&#233; torzo to zo, on ne pu pa le mezi, ma fa ze pleigne bin l&#233; pouvre zan, car san ne fa zin de profi u cour.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Oui, cela est encore vrai.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Dio &#233;ta que la fauta vin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Je crois que cela vient de ce qu'il n'y a pas assez de Boulangers, qu'ils se fient sur ce qu'on ne veut pas les augmenter, s'en tiennent fiers &amp; paresseux en s'embarrassant fort peu si les pauvres gens ont du pain ou non, puisque la plus grande partie des Dimanches il &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;n'en ont pas une once &#224; vendre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. San me fa fr&#233;mi, ze nan voi pa m&#233; sava, restin an iqu&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Oui, cela vaut beaucoup mieux, aussi je n'aime pas &#224; en parler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. O si vo pli&#233;, poure, or&#233; qui zi pans&#233;, fadm&#233; le pliaisi de mazeta on par d'heur&#233; p&#233; pova lir&#233; &#224; l'&#233;gys&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Avec plaisir, si j'en trouve ; mais je crois qu'il n'est pas permis de les imprimer &#224; Gen&#232;ve.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. H&#233; queman vata san.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. C'est que les Imprimeurs de Gen&#232;ve n'ont pas la m&#234;me permission que ceux d'Angleterre, de Russie, de Prusse, d'Empire, de Hollande &amp; d'Am&#233;rique ; il faut qu'ils se conforment &#224; divers r&#233;glements qui leur sont prescrits, ensorte &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;que, si on leur faisoit pr&#233;sent d'un manuscrit ou d'un livre, o&#249; dans un an ils feroient leur fortune, si on ne veut pas qu'ils l'impriment, il faut qu'ils y renoncent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Queman, m&#233; que &#231;a qeuderi, ne me sara ta pa parm&#233; de far&#233; tot&#233; sourt&#233; daby, ze voudri bin vi que noutron Encura man empasis&#233;, ze ly dery to nai, bailly m&#233; de qu&#233; vivre m&#233;, ma faine &#233; mou anfans ; n'&#233;ta pa parmi a on maitr&#233; d&#233; far&#233; to san que convin &#224; son m&#233;ty.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Oui, mais la diff&#233;rence d'Imprimeurs &#224; Tailleurs est toute diff&#233;rente.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Ouai, yon fa des laivres &amp; latre d&#233; haby, vaqua la dif&#233;rance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Tenez, Nourricier, tout cela ne fait pas nos affaires &amp; finissons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. Allin y est to d&#234; &amp; to f&#233;, alin baire on cou a la santa de to lou bravo Zenevaizans.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le G. Allons, de bon c&#339;ur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le S. &#233;h m&#233; to pary &amp; que Dieu bainaiss&#233; to.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Sc&#232;ne se passe &#224; Monnety.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1779, au fort d'une guerre de plume &lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; autour du &lt;i&gt;Code g&#233;n&#233;ral des lois&lt;/i&gt;, les pr&#234;tes-noms de 1776 r&#233;apparaissent. Sont-ils inscrits dans la tradition locale ? S'agit-il du/des m&#234;mes auteurs ? On ne constate pas de diff&#233;rence formelle signifiante avec les textes ant&#233;rieurs. L'id&#233;e est reprise (&#167;9) que les gens du peuple ne sont pas tous des niais que l'on trompe ais&#233;ment. L'argumentation contre les &lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt; se double, dans l'attaque personnelle, d'une pol&#233;mique interne au camp &lt;i&gt;Repr&#233;sentant&lt;/i&gt; : suspect&#233; de trahison, &lt;i&gt;ceti renega&lt;/i&gt; qui fait le n&#233;gatif (&#167;4), leur chef Rilliet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;odore Rilliet, 1727-1783, avocat, leader repr&#233;sentant. Publie en 1779 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est malmen&#233;, particuli&#232;rement au &#167;4 : l'idiome, plus qu'en 1776, endosse la fonction de l'invective, &#224; laquelle il convient mieux que le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa r&#233;ponse (&#224; une autre lettre patoise ?) le &lt;i&gt;Manchot&lt;/i&gt; persiste dans l'utilisation de l'image populaire. R&#233;ponse &#224; chaud, dat&#233;e du 4 septembre : la Commission du Code (&#224; majorit&#233; &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;), qui a repouss&#233; le &lt;i&gt;Projet de r&#233;vision de l'Edit politique&lt;/i&gt;, est dissoute le 3 septembre par les 200. Au fort d'une intense guerre de plume, ce texte, qui d&#233;finit de fa&#231;on forte la d&#233;mocratie (&#167;7), montre en d&#233;finitive le r&#244;le majeur du fran&#231;ais imprim&#233;. On remarquera la n&#233;gligence dans la normativit&#233; orthographique (&lt;i&gt;aristoriografe&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;fo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;madition&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;m&#233;diation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;choquon&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;choquont&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;il&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;sandequo&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;sindique&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;grabot&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;grabo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;souverenneta&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;souveraineta&lt;/i&gt;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LETTRE DU MANCHOT DE LA CHAMPAGNE&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, En R&#233;ponse a son Ami J.DU COURTI du Mandement, qui lui avoit &#233;crit le premier Septembre 1779&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;1Zay ben receu ta Letra du premi du corant p&#233; laquala te me marqu&#233; que t&#233; en bon pourtament, ze ten soihaito la continuation de m&#233;mo qua tota ta famell&#233;, m&#233; &amp; tot lous ami de ceteu Carty se pourton ben &amp; te saluon, ze leu ay l&#249; ta letra qui l&#233; a ben fay rir&#233; quand zen ay ita a lendray yo te dit que lou Aristoriografe du 200 disputon la Souveraineta &#251; C.G&#233;n.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Aristocrates (jeu sur le mot : ils &#233;crivent beaucoup) : les 105 N&#233;gatifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &amp; qui sapuion p&#233; san &#224; la Madition &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;de 1738. y craion que ceteu Aristoriografo vegnon to fou : Nos ain l&#249; dian la Mediation &amp; nos y ain trova que chaqu&#233; cor &lt;/i&gt;&lt;i&gt;conserveron leux draits &amp; attribussion prevegnant de la loi fondamantala de l'Eta, &amp; quaucon ourdr&#233; ne p&#249; d&#233;na attinta, ne ren enfreindre &#249; prejudice d&#233; drai &amp; attribution de lattro. P&#233; cons&#233;quand le C.G. day conserva la souveraoneta &amp; aucon attro Conseil ne se pu dir&#233; Souverain sans enfreindre &#251; pr&#233;judice du C.G&#233;r.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bien re&#231;u ta lettre du premier courant dans laquelle tu m'&#233;cris que tu es en bonne sant&#233; ; je t'en souhaite la continuation de m&#234;me qu'&#224; toute ta famille ; moi et tous les amis de ces quartiers se portent bien et te saluent ; je leur ai lu ta lettre, qui les a bien fait rire quand j'en ai &#233;t&#233; &#224; l'endroit o&#249; tu dis que les Aristoriographes du 200 disputent la souverainet&#233; au Conseil G&#233;n&#233;ral et qu'ils s'appuient pour &#231;a sur la M&#233;diation de 1738. Ils croient que ces Aristoriographes deviennent compl&#232;tement fous. Nous avons lu la M&#233;diaton et nous avons trouv&#233; que chaque corps conserve ses droits et attributions provenant de la loi fondamentale de l'Etat, et qu'aucun ordre ne peut porter atteinte ni rien enfreindre au pr&#233;judice des droits et attributions de l'autre. Par cons&#233;quent, le Conseil G&#233;n&#233;ral doit conserver la souverainet&#233; et aucun autre conseil ne peut se dire souverain sans enfreindre au pr&#233;judice du Conseil G&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Glossaire des patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh4-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;2Que ceti renega qua d&#233; qu'on no fasse vi &#224; qu'in endrai de la Meditiou &lt;/i&gt;(sic),&lt;i&gt; on a baillia la Souveraineta &#251; Cons. d&#233; 200, y &#233; ben &#224; lui d&#233;fendu, y na trova ceta fablia que dian sa t&#234;ta chauva. Te me marqu&#233; qu&#233; la compara le M.C. d&#233; 25&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#224; on Moulin, &amp; celi d&#233; 200 &#233; mouni, &amp; lou C.&amp; B&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Conseil G&#233;n&#233;ral, assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Citoyens et Bourgeois.&#034; id=&#034;nh4-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &#224; d&#233; ano, &amp; qu&#233; d&#233; noutre se choquon de la comparaison ; &amp; celeu qui se choquont on tour quant on leu en fara lesplication quemi fau, y truveron qui na pas tant m&#226; raison, vaisia quement : &#233; acompar&#233; le C. &#251; moulin, parce que la le povay executif, &amp; p&#233; cons&#233;quent y day torzo travailli quemant le moulin dai veri. Il acompare le 200 &#233; mouni, ben &lt;/i&gt;&lt;i&gt;entendu celleux qui penson quement lui, &amp; &#233; a raizon. To le mondo sa que lou mouni savon avoy le bla d&#233; attro, fare de la farena p&#233; leux, &amp; &#224; leu exemplo, y vulon de la Souverenneta quapartin a to lou Citoyen &amp; B. agia de 25 ans presid&#233; par les Sindique en fare la leur proupre, te vai ben qui la raison de l&#233; compara &#233; mouni.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi que ce ren&#233;gat ait dit (traduction conjecturale, syntaxe obscure), qu'on nous fasse voir &#224; quel endroit de la M&#233;diation on a donn&#233; la souverainet&#233; au Conseil des 200 ! cela lui est impossible, il n'a trouv&#233; cette fable que dans sa t&#234;te chauve. Tu m'&#233;cris qu'il a compar&#233; le M.C. (Moyen Conseil) des 25 &#224; un moulin, et celui des 200 aux meuniers et les C. et B. (Citoyens et Bourgeois) &#224; des &#226;nes, et que (certains) des n&#244;tres se choquent de la comparaison. Ceux qui se choquent ont tort ; quand on leur en donnera l'explication correcte, ils jugeront qu'il a plut&#244;t raison, voici comment : Il compare le C. (Conseil) au moulin parce qu'il a le pouvoir ex&#233;cutif et par cons&#233;quent il doit toujours travailler comme le moulin doit tourner. Il compare les 200 aux meuniers, ceux, bien entendu qui pensent comme lui, et il a raison. Tout le monde sait que les meuniers savent avoir (prendre) le bl&#233; des autres et en faire de la farine pour eux-m&#234;mes, et, &#224; leur exemple, ils veulent, de la souverainet&#233; qui appartient &#224; tous les C.et B. &#226;g&#233;s de 25 ans pr&#233;sid&#233;s par les syndics, en faire la leur propre, tu vois bien qu'il a raison de les comparer aux meuniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;3Mais en parlant d&#233; mouni &amp; d&#233; leu, ze te vai conta onna petita histoire ; yon de mous ami Dona&#239;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Onex, pr&#232;s de Gen&#232;ve.&#034; id=&#034;nh4-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; parlavey d&#233; mouni avoy on Sandequo, &amp; ceti Sandequo, li des&#233; quon povay pendr&#233; on mouni to lou an, lou fasant teri &#251; four su le qualo qui tombasse, on far&#233; onna bouna justice, on en pourr&#233; ben far&#233; attant &#224; celeu que vulon escamota &#251; C.Gen&#233;ral la Souveraineta.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en parlant des meuniers et des leurs, je vais te conter une petite histoire : un de mes amis d'Onex parlait de meuniers avec un syndic, et ce syndic lui disait qu'on pouvait pendre un meunier par an, les faisant tirer au sort, sur lequel que cela tombe on ferait une bonne justice ; on pourrait en faire autant &#224; ceux qui veulent escamoter au C.G. la souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;4P&#233; lou C.&amp; B. qui son acompara &#233; ano, vaizia dio &#233; la teria sa raison : Il a viu on imag&#233; qu'on vend &#224; la maison de vella qu&#233;, intitula &#8220;le mondo renverssa&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette gravure d'inversion carnavalesque est tr&#232;s r&#233;pandue en France.&#034; id=&#034;nh4-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Ceti imag&#233; represant&#233; &#224; on endray on mouni qu'apourt&#233; trais cha de farena, &amp; lano p&#233; derri avoy on nier de b&#251; &#224; la man, qui li en bailliv&#233; quemant tos lou diablio ; on jurer&#233; de vi noutra favioula avoy sou quatre pay &#224; la t&#234;ta, pliy le ren san oza bailli d&#233; cou de pia p&#233; derry quemant y fazive onna fai &#224; la granda rua. Orendrai te day vi que la comparaison &amp; preu justa, &amp; ze vudri &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ben fare lano pendant on heura porv&#251; que lui f&#251; le mouni, ze le payerit ben larzeman de c&#233; sotize ; noutron sergent no dezive latre zeur que l'&#233;tai fou, ze truve qui n&#233; ren fou &#224; son profit, car son pren garda parqu&#233; &#233; fa le n&#233;gatif on trovera qui&#233; p&#233; se far&#233; d&#233; voix en 200, p&#233; gagni le proc&#233; quila avoy sa s&#233;conda f&#233;nna qui vu tr&#233;ta quemant il a tr&#233;ta la premir&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#232;s en divorce contre Ursule de Planta, sa seconde &#233;pouse, soul&#232;vera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, mais si gagn&#233; son proc&#233; en 200 &#233; ne le gagnera pas avoy son beau frar&#233; que reste a Feneva p&#233; vi la d&#233;finision de to san, mais gara gara, &#233; ne se mosse pa du pia, y&#233; on bon compagnon.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous les C. et B. qui sont compar&#233;s &#224; des &#226;nes, voil&#224; d'o&#249; il a tir&#233; son propos : il a vu une image qu'on vend &#224; la maison de ville, qui est intitul&#233;e &#8220;le monde renvers&#233;&#8221;. Cette image repr&#233;sente &#224; un endroit un meunier qui porte trois sacs de farine, et l'&#226;ne, par derri&#232;re, avec un nerf de b&#339;uf qui lui en donnait comme tous les diables ; on jurerait de voir notre haricot, avec ses 4 poils sur la t&#234;te, plier les reins sans donner de pied par derri&#232;re, il le faisait une fois &#224; la grand'rue. Maintenant tu dois voir que la comparaison est bien juste, et je voudrai bien faire l'&#226;ne pendant une heure pourvu que lui f&#251;t le meunier ; je le payerais bien largement de ses sottises ; notre sergent nous disait l'autre jour qu'il &#233;tait fou ; je trouve qu'il ne l'est gu&#232;re &#224; son profit, car si on prend garde pourquoi il fait le n&#233;gatif, on trouvera que c'est pour se faire des voix aux 200, pour gagner le proc&#232;s qu'il a avec sa seconde femme qu'il veut traiter comme il a trait&#233; la premi&#232;re ; mais s'il gagne son proc&#232;s en 200, il ne le gagnera pas avec son beau-fr&#232;re qui reste &#224; Gen&#232;ve pour voir l'aboutissement de tout cela, mais attention, il ne se mouche pas du pied, c'est un bon compagnon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;5Revegnin a noutrou Aristoriografo, que dion qui se vulon tegni invariablament &#224; la M&#233;dition &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;de 1738. Y fau don p&#233; cen qui fasont anulla to lou edit qui se son fay dai poi, qui &lt;/i&gt;&lt;i&gt;sanzion plusieurs articlo : par exemplo la manir&#233; douta eu 200 le grabot&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grabeau : censure de la gestion et de la conduite des magistrats sortant de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; du C. d&#233; 25. quon leu oute en fasant lou Sandequo su le tablio, &amp; totte les attre chuze quon a sanzia.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; nos Aristoriographes qui disent qu'ils veulent s'(en) tenir invariablement &#224; la M&#233;diation de 1738. Il faut donc pour &#231;a qu'ils fassent annuler tous les &#233;dits qui se sont faits depuis, qu'ils changent plusieurs articles : par exemple la mani&#232;re d'&#244;ter aux 200 la censure (grabeau) du Conseil des 25, qu'on leur &#244;te en faisant les syndics sur le tableau et toutes les autres choses qu'on a chang&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;6On parle douta &#233; 200 le grabot d&#233; 25, y faudra ben ne pas ublia de fare dinqu&#233; to lous an, car si no ni fasion pas, y pourrion ben no joui le teur &#233; fare cheuta &#251; grabo &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt;netrou bravo que no zin raison de conserva, car on en p&#251; conta 22 de bravo, on na ben fait de conserva u Souv. c&#233; drait que surament y &lt;/i&gt;&lt;i&gt;vudrion ben povay nos outa, h&#233; sil &#233;tivon Souverain en 200 quement quaquion on voulu dir&#233;. Nos arion tai fait d&#233; loix dinqu&#233;, vaisia onna pruva qui ni a men de Souverain que le C.Gen., quant on fa lou Sandequo, le premi ran conte u Souverain de to cen que c&#233; pacha pendant lan de son Sindicat, le Liutenant la m&#234;ma chuza, &amp; en teran son sap&#233; ne ditt&#233; pas M.&amp; T.H.S.S&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Messieurs et tr&#232;s hautes seigneuries&#8221; : reconnaissance de la souverainet&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. Cell&#233; du&#233; raison ne sonti pas vi, qui nia men datro Souverain que le C.G&#233;neral qu&#233; compoza de to lou ourdre de l'Eta duamant assembla presida p&#233; l&#233; Sandequo.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle d'&#244;ter aux 200 le grabeau des 25 ; il faudra bien ne pas oublier de faire ainsi tous les ans, car si nous ne le faisions pas, ils pourraient bien nous jouer le tour et faire sauter au grabeau nos braves que nous avons raison de conserver, car on en peut compter 22 de braves. On a bien fait de conserver au Souverain ce droit que s&#251;rement ils voudraient bien pouvoir nous &#244;ter h&#233; s'ils &#233;taient souverains aux 200 comme certains ont voulu dire. Nous auraient-ils fait de telles lois ? voil&#224; une preuve qu'il n'y a pas d'autre souverain que le Conseil G&#233;n&#233;ral : quand on &#233;lit (fait) les syndics, le premier rend compte au Souverain de tout ce qui s'est pass&#233; l'ann&#233;e de son syndicat, le lieutenant la m&#234;me chose, et, en tirant son chapeau, ne dit-il pas M. et T.H.SS. ? Les deux raisons ne font-elle pas voir qu'il n'y a point d'autre souverain que le Conseil G&#233;n&#233;ral qui est compos&#233; de tous les ordres de l'Etat d&#251;ment assembl&#233;s, pr&#233;sid&#233; par les Syndics ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;7Y faut ben remarqua ouna chuza, quan no sen asemblia en C.G&#233;n., l&#233; Conseilli d&#233;ta ne son pas plet que no, no sen Conseilli quement leu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien remarquer une chose, quand nous sommes assembl&#233;s en Conseil G&#233;n&#233;ral, les Conseillers d'Etat ne sont pas plus que nous, nous sommes Conseillers comme eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;8Zary ben dattre chuz&#233; &#224; te dire p&#233; prova la Souveranneta du C.G&#233;n., mais &lt;/i&gt;&lt;i&gt;on vain de me dire quon membre du 200, qui n&#233; pas de celleu quon accompare h&#233; mouni, a d&#233; en 200 to se qui avait adire &#224; c&#233; sujet, &amp; que n&#244; arain dans pou son discor imprima, Cen sara ben bon p&#233; mettre u fait celleu qui ni sont pas &amp; leux empasi de bailly a gaus&#233;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Preuve, s'il en &#233;tait besoin, de la supr&#233;matie du fran&#231;ais dans le d&#233;bat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais bien d'autres choses &#224; te dire pour prouver la souverainet&#233; du C.G. mais on vient de me dire qu'un membre des 200, qui n'est pas de ceux qu'on compare aux meuniers, a dit devant les 200 tout ce qu'il y avait &#224; dire &#224; ce sujet, et que nous aurons d'ici (dans) peu son discours imprim&#233;. Ce sera bien bon pour mettre au fait ceux qui n'y sont pas et les emp&#234;cher de se tromper (litt. : donner &#224; gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#167;9Deria te ben que magra que c&#233; brave avocat leux a fait vi cliar quement le jeur, qui ne povivon pas suivant la loi traita atra chuza que cen que leux pourt&#233; le C. d&#233; 25, &amp; quil on traita &amp; aprova ; y non pas lasia que de traita totatre chuze, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;ze ne say qu&#233;mant y se tireron douna parire infraction, y naron pas a fare a d&#233; nigau y en a parmi no quen savon attan que leu, en attendant l'&#233;f&#233; que fara la sotiz&#233; qu'il on faita, nos allin avoy lou representan &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la premi&#232;re fois que le nom est donn&#233;.&#034; id=&#034;nh4-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;de ceteux carti baire on coup a la santa d&#232; 1095 de latre zeur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Conseil G&#233;n&#233;ral regroupe pr&#232;s de 1400 citoyens, dont 600 de la Fabrique.&#034; id=&#034;nh4-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; &amp; a celeux quen ogmanteron le nombro, ne manqua pas si a quaquechuse de no- de mi &#233;crire car ze sari ben facia de ne pas trova &#233; bouna f&#233;te. Ze te salue &amp; say Cordialament :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ton tr&#232;s Humb. &amp; Ob. Serviteur. Le Manchot, A Avoully le 4 Sept. 1779.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure-toi (litt : dirais-tu bien) que ce brave avocat leur ait fait voir clair comme le jour qu'ils ne pouvaient pas suivant la loi traiter d'autre chose que de ce que leur fournit (porte) le conseil des 25 (et qu'ils ont trait&#233; et approuv&#233;), ils n'ont pas manqu&#233; (ou cess&#233; ? litt. laiss&#233;) de traiter de tout autre chose ; je ne sais comment ils se tireront d'une pareille infraction. Ils n'auront pas &#224; faire &#224; des sots, il y en a parmi nous qui en savent autant qu'eux ; en attendant l'effet que fera la sottise qu'ils ont faite, nous allons avec les repr&#233;sentants de ces quartiers boire un coup &#224; la sant&#233; de l'autre jour et &#224; ceux qui en augmenteront le nombre. Ne manque pas s'il y a quelque chose de nous (qui nous concerne) de me l'&#233;crire, car je serais bien f&#226;ch&#233; de ne pas me trouver aux bonnes f&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'idiome ne pouvait &#234;tre pour les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; une arme v&#233;ritable : le texte du &lt;i&gt;Manchot&lt;/i&gt; semble isol&#233; dans l'offensive anti-&lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt; de 1779-1780. Mais la d&#233;rision dialectale des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; vise aussi le chef&lt;i&gt;Natif&lt;/i&gt; Isaac Cornuaud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isaac Cornuaud, Gen&#232;ve, 1743-1820. Ses grands-parents &#233;taient des r&#233;fugi&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa lutte pour les droits des &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt;, Cornuaud s'oppose aux &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; et n'h&#233;sitera pas &#224; aider les &lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt;. Son opuscule, &lt;i&gt;'Les Aveugles devenus oculistes'&lt;/i&gt; (d&#233;c. 1779), d&#233;cha&#238;ne une pol&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Il paraissait d'ailleurs une quantit&#233; de brochures, toutes plus virulentes les unes que les autres. Il y en eut sur le nombre deux dirig&#233;es uniquement contre moi, l'une en patois savoyard&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Savoyard&#8221;, appellation ordinaire de l'idiome. Il est &#8220;langage&#8221; pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, suivie de couplets dans le m&#234;me jargon o&#249; les injures me furent prodigu&#233;es, l'autre en bon fran&#231;ais o&#249; l'on m'accusait de me parer des plumes du paon en pretant mon nom aux brochures que je publiais, et de quelques-unes desquelles l'auteur faisait un &#233;loge exag&#233;r&#233;&#8221;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires d'Isaac Cornuaud, publi&#233;s par Mlle E.Cherbuliez, Gen&#232;ve, Jullien, 1912.&#034; id=&#034;nh4-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; ont donc eu recours contre lui &#224; l'intervention dialectale : le ton familier de leur texte, paru le 15 f&#233;vrier 1780, et r&#233;&#233;dit&#233;, se d&#233;marque des registres d'argumentation de Cornuaud : il s'agit moins d'argumenter que de blesser. Cornuaud ne trouve le soutien que d'un &#8220;nigaud&#8221; (&lt;i&gt;Natif&lt;/i&gt; comme lui ?) qui ram&#232;ne l'exigence d'&#233;galit&#233; &#233;conomique &#224; un int&#233;r&#234;t &#233;go&#239;ste. De fait, bien des &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; h&#233;sitent &#224; le suivre et &#8220;ne disent rien&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;REMERCIEMENT de Nigoudet de Malagnou&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#224; proximit&#233; de Gen&#232;ve, au sud-ouest.&#034; id=&#034;nh4-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &#224; Monce Isacc Cornio&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On mesure le sens de la modification orthographique.&#034; id=&#034;nh4-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Gran maci, Monce cornio ; O ! jamai on pari homo &#224; vo. Ah ! parla m&#233; de celleu que savon conta leu raison, &amp; que savon far&#233; lou zimportant, en critiquant su to ; y met avis que vo d&#233;vria travailli &#224; c&#233; codo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. supra, les discussions sur le code.&#034; id=&#034;nh4-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, que baille tant de couzon, asse-bin, ze crayo qui l'accoullon le manzo apr&#224; la remache ; &#224; c&#233; dou cent&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Conseil des 200.&#034; id=&#034;nh4-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, y ne s'entandon ran, y fon torzo apr&#224;s &#224; se marmezi : se z&#233;tiou avoi leu, ze leu parleri cliar, ze leur deri, M&#233;ssieurs, vo cr&#233;yi qui est san san &amp; san, na, vo vo trompa, car y est san, san &amp; san. Ne trovavo pas monce cornio, que zai raison ? Se vo voli y travailli, ze pori san vanita vo bailli on cou de man. D'abor, ze vudri &lt;/i&gt;&lt;i&gt;povai vendr&#233; mon sarvagnin to l'an p&#233; l&#233; cav&#233;, zacetteri d&#233; v&#233;gni&#233; dian le languedo&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allusion &#224; l'origine languedocienne des Natifs ? &#224; leurs revendications (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;, &amp; ze vendri asse-bin to l'an du mouscadet &amp; du mouscat sarvagnin : vaiquia on articlo du codo. Vo v&#233;yi bin que ze ne sai pas en ari de dir&#233; m&#233; raison ; teni monce cornio, ze vo zamo de to mon c&#339;ur, &#224; causa de voutron pouro par&#233;, qu'&#233;tait ma fai on bounomo, de bon rancontro,&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot est masculin. Bon exemple de la s&#251;ret&#233; patoise de l'auteur.&#034; id=&#034;nh4-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; no zain bin biu d&#233; demi po si no ; vo d&#233;vria porai dir&#233; &#224; quaqu&#232; ami, &#224; l'oreille, d'&#233;crir&#233; asse bin que vo quaqu&#233; nourm&#233;, quan y ne saret que p&#233; far&#233; d&#233; pana-c&#250; ; y vo faut torzo far&#233; parla lou natifo quan m&#233;mo y ne dion ran, quaquion vo zan sara bon gra, y sara p&#233; profita de la roseri qui y a avoi lou dou cent &amp; lou bourgeois, lou represantant ne coseron pas tant, &amp; lou zatro ne bruleron pas voutrou zecrits &#224; causa que saquion a fauta de tot&#233; s&#233; couquelli&#233;, car ze vayo preu qui n'est pas sans raizon que vo zy fait imprima voutra letra.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alin, alin, corazon, sus monce cornio ! accouli vo, bouta de loullio su le fua, car san vo y etai tot perdu, nion n'aret sonzia &#224; no dian c&#233; codo ; de sourta que no dou no povin far&#233; c&#233; grand ovrazo don y font tant de cancan, &amp; no b&#233;rin quaqu&#233; bon cou de sarvagnin si no en fassant noutr&#233; z&#233;critur&#233;, &amp; poi saquion dera que, san nigoudet &amp; cornio, tot s'en ir&#233; avo l'aigu&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enfin ! Di y benaice tot ; ze sai vou-bounami.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remerciement de Nigoudet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Glossaire des patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh4-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand merci, monsieur &#8220;Cornio&#8221;, Oh ! jamais (je n'ai vu, connu) un homme pareil &#224; vous. Ah ! parlez-moi de ceux qui savent exposer leurs opinions et qui savent faire les importants en critiquant (sur) tout. Il m'est d'avis que vous devriez travailler &#224; ce code qui donne tant de souci ; d'ailleurs (litt. aussi), je crois qu'ils jettent le manche apr&#232;s le balai ; chez ces 200, ils ne s'entendent pas, ils sont toujours &#224; se chamailler. Si j'&#233;tais avec eux, je leur parlerais clair, je leur dirais : Messieurs, vous croyez que c'est &#231;a, &#231;a, et &#231;a, vous vous trompez, car c'est &#231;a, &#231;a, et &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne trouvez-vous pas, monsieur &#8220;Cornio&#8221;, que j'ai raison ? Si vous voulez y travailler, je pourrais sans vanit&#233; vous donner un coup de main. D'abord je voudrais pouvoir vendre mon salvagnin (nom d'un vin, c&#233;page) toute l'ann&#233;e dans les caves, j'ach&#232;terais des vignes dans le Languedoc, et je vendrais aussi toute l'ann&#233;e du muscadet et du muscat salvagnin ; voil&#224; un article du code. Vous voyez que je ne suis pas en retrait pour dire mes arguments. Tenez, monsieur &#8220;Cornio&#8221;, je vous aime de tout mon c&#339;ur, &#224; cause de votre pauvre p&#232;re, qui &#233;tait ma foi si bonhomme, de bon contact ; nous avons bu bien des demi-pots chez nous. Vous devriez pourtant dire &#224; quelques amis (sing ?) &#224; l'oreille, d'&#233;crire, tout comme (aussi (bien) que) vous, quelques satires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Norme&#8221; est le nom donn&#233; &#224; ces pi&#232;ces politiques versifi&#233;es depuis le XVIIIe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quand ce ne serait que pour (en) faire des torche-cul ; il vous faut toujours faire parler les natifs ; m&#234;me s'ils ne disent rien, quelqu'un vous en saura gr&#233; ; ce sera pour profiter de l'animosit&#233; (grogne ? m&#233;sentente ?) qu'il y a entre (avec) les 200 et les bourgeois ; les repr&#233;sentants ne causeront pas tant et les autres ne br&#251;leront pas vos &#233;crits parce que chacun a besoin de toutes ces coquilles, car je vois bien que ce n'est pas sans raison que vous avez fait imprimer votre lettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, allons, courage, sus Monsieur &#8220;Cornio&#8221;, ! Prenez courage, jetez de l'huile sur le feu, car sans vous, tout &#233;tait perdu, personne n'aurait song&#233; &#224; nous dans ce code ; de sorte que nous deux nous pouvons faire ce grand ouvrage dont on fait tant de cancans et nous boirons quelques bons coups de salvagnin en faisant nos &#233;critures et chacun dira que sans Nigoudet et Cornio tout s'en irait &#224; vau l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vaisia ouna sanfon que d&#233; bevieu santavont latre zeur si no, sur l'air le verraino no revegni &amp;c.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de la chanson de l'Escalade d&#233;j&#224; utilis&#233;e par les couplets de 1766 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;III.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No veyon dian noutra vellaP&#233; d&#233;truir&#233; tou confrar&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On certain Isacc Tuyau&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mauvais et fr&#233;quent jeu de mot sur &#8220;cornet&#8221; : &#8220;tuyau&#8221;, &#8221;canon&#8221;.&#034; id=&#034;nh4-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,Etr&#233; cholet du meti,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que s'est bouta en cervellaTe baissi crayan bi fart&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'&#233;tr&#233; Voltaire u Roussio&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis Ferney Voltaire soutient les Natifs. Cornuaud a lu Rousseau, mais ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; :D'on car d'&#233;cu p&#233; etui&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour payer ses dettes, Cornuaud a travaill&#233; dur et tir&#233; sur les tarifs des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Poure Isac (sic) tuyau, Poure isac tuyau,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Valay mio far&#233; d&#233; chiffro&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cornuaud, apr&#232;s sa faillite de monteur de boites, apprend l'arithm&#233;tique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,Valay mio fare d&#233; chiffro,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Poure isac tuyauPoure isac tuyau&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Va mio fare d&#233; z&#233;ro.Va mio fare d&#233; z&#233;ro.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;III.IV.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avoi ta bella b&#233;sogn&#233;Avoi l&#233; plonm&#233; d&#233; zatro,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;T'en as bintou rabattu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il enseigne les math&#233;matiques puis vit de sa plume avec l'appui financier du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,Orendrai te fa l'auteur&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette accusation est &#233;galement port&#233;e par la publication en fran&#231;ais.&#034; id=&#034;nh4-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tas eu tata la vargogn&#233;,Que sai ceti u bin l'atro,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tas bintou montra le cu :On cognai preu l'empoutieu&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;V.VI.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ze soito que tou zovrazo,Dedian noutra r&#233;publica,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que brillon dian tou &#233;crit,Ne no faut pas d&#233; pedan,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Profition dian ton mainnazo,N'&#233;crit que p&#233; te pratiqu&#233;,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; payi tou cr&#233;anci :Et te sar&#233; pleit prudent :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chanson qui accompagne cette prose cruelle a eu un certain succ&#232;s, Cornuaud en t&#233;moigne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Peu de jours apr&#232;s la publication de ma lettre, me promenant seul sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'attaque dialectale, &#224; nouveau attribu&#233;e &#224; un habitant du terroir, d&#233;s&#233;quilibre doublement l'autodidacte. La parole patoise raille ses publications fran&#231;aises : se prend-il pour Rousseau ? Dans la division civile cette cruelle mise en sc&#232;ne du parler natal veut repr&#233;senter le sens commun de la cit&#233;, face aux brochures dangereuses d'un autodidacte qui se croit lettr&#233;. Une fois de plus, l'usage de l'idiome se comprend en contrepoint de l'usage du fran&#231;ais, dont il proc&#232;de. C'est l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; ridicule de Cornuaud qui est vis&#233;e, non le fran&#231;ais. Mais quand ils passent &#224; l'argumentation, les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; utilisent le fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Petit dialogue entre David Matagrin et Alphonce Pique Loeil Citoyen du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse de Cornuaud est significative de son ali&#233;nation diglossique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#233;galement sa remarque, &#233;voqu&#233;e supra, &#224; propos du patois.&#034; id=&#034;nh4-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il riposte en effet par un pamphlet : &lt;i&gt;De la part des gens de bien de tous les partis, 19 ao&#251;t 1780&lt;/i&gt;, adress&#233; &lt;i&gt;&#8220;A &lt;/i&gt;&lt;i&gt;tous les Libellistes pass&#233;s, pr&#233;sens et &#224; venir ; &#224; tous les Calomniateurs publics ; tant ceux qui savent l'orthographe, le fran&#231;ois &amp; m&#234;me le latin, que ceux qui ont occup&#233; le &lt;/i&gt;&lt;i&gt;banc des &#226;nes&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &amp; qui l'occupent encore, quel que soit le jargon ou patois qu'ils emploient.&lt;/i&gt; L'autodidacte a trop durement gagn&#233; sa culture pour concevoir que l'on &#233;crive autrement qu'en fran&#231;ais. De plus sa revendication de &lt;i&gt;Natif&lt;/i&gt; se fonde sur le droit de nature (non, comme celle des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;, sur la r&#233;cup&#233;ration de droits anciens). Le patois ne peut donc lui appara&#238;tre, &#224; certains &#233;gards, comme embl&#233;matique d'un pass&#233; idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les textes dialectaux des ann&#233;es 1760-1770 d&#233;fendent les id&#233;es du parti d&#233;mocratique des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;, dont ils soulignent implicitement l'enracinement populaire et &#8220;vraiment&#8221; genevois. Ils t&#233;moignent aussi du statut marginal de cette &#233;criture : l'idiome n'est pas employ&#233; en propagande directe, &#233;manant d'un parti, mais en d&#233;l&#233;gation de parole populaire du seul terroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution genevoise de 1781 satisfait les revendications des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt;, enfin unis : leur victoire ne semble pas s'&#234;tre accompagn&#233;e d'une utilisation du dialecte. La reconnaissance du peuple ne passait pas par celle d'un idiome inf&#233;rioris&#233;. Mais en 1782 les troupes fran&#231;aises, sardes et bernoises rendent le pouvoir aux patriciens qui nieront le dialecte jusque dans sa fonction embl&#233;matique nationale : pour gratifier la Savoie qui les a sauv&#233;s, ils abolissent la f&#234;te de l'Escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une dialectique &#233;clairante, une feuille volante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tzanson novalla sur l'air : Et ho ! lon la. Per on Paysan d&#232; La Vaux. (1782).&#034; id=&#034;nh4-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vient alors, en d&#233;l&#233;gation de parole paysanne vaudoise (Vaud est sujet de Berne), se gausser de ces bourgeois qui voulaient &#234;tre leurs ma&#238;tres. Le soi-disant paysan suisse inflige aux Genevois, dont l'&lt;i&gt;hybris&lt;/i&gt; politique est aussi d&#233;sign&#233;e par l'usage du fran&#231;ais, l'humiliation d'&#234;tre tanc&#233;s en dialecte. Ce patois, suspect repr&#233;sentant du bon sens populaire, pose une opinion suisse unanime derri&#232;re les troupes des Cantons. La sagesse commandait de capituler devant 11.000 assi&#233;geants, mais le texte ne mentionne que le nombre, modeste, des soldats suisses, sans &#233;voquer les forces bien sup&#233;rieures de la France et de la Savoie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TZANSON NOVALLA sur l'air : Et ho ! lon la Per on paysan de La Vaux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&lt;i&gt;Ora , chers Cameradoz&lt;/i&gt;Maintenant, chers camarades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction Glossaire des patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh4-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;E ho ! lon la,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ye men v&#232; vo tzanta, la la, bis&lt;/i&gt;Je m'en vais vous chanter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dai guerrier de coradzo&lt;/i&gt;Des guerriers courageux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ho ! lon la,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vo serrai contenta, la la, bis&lt;/i&gt;Vous serez contents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;i&gt;L&#232; Bordzai de Dzeneva&lt;/i&gt;Les bourgeois de Gen&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No vant d'abor montra&lt;/i&gt;Vont d'abord ( &#224; l'instant, bient&#244;t) nous montrer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que savan per la guerra&lt;/i&gt;Qu'ils savent par la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se fer&#232; renomma.&lt;/i&gt;Se faire &#8220;renommer'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&lt;i&gt;A leur granta vaillience,&lt;/i&gt;A leur grande vaillance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne p&#251; rein compara&lt;/i&gt;Je ne puis rien comparer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Selon ma pr&#233;voyience&lt;/i&gt;Selon mes pr&#233;visions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le vos &#233;bayetra.&lt;/i&gt;Elle vous &#233;bahira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&lt;i&gt;Lo peuplio de slia vela,&lt;/i&gt;Le peuple de cette ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Don on a tant parla,&lt;/i&gt;Dont on a tant parl&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'avai s&#232; bouta en t&#234;ta&lt;/i&gt;Se mit (s'est mis ?) en t&#234;te d'avoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Souveraineta.&lt;/i&gt;La souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&lt;i&gt;Lou meti, lou commerce&lt;/i&gt;Leurs m&#233;tiers, leur commerce&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'avian abandouna,&lt;/i&gt;Ils avaient abandonn&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'ant gout qu'a la science&lt;/i&gt;Ils n'ont go&#251;t qu'&#224; la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Daiz afaires d'Etat.&lt;/i&gt;Des affaires d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&lt;i&gt;A aucun autro peuplio&lt;/i&gt;A aucun autre peuple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne voliant ressemblia,&lt;/i&gt;Ils ne veulent (voulaient ) ressembler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S&#232; crayan d'ouna classa&lt;/i&gt;Ils se croyaient (se croyant ?) d'une classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que falliai coronna.&lt;/i&gt;Qu'il fallait couronner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&lt;i&gt;Magistra, ind&#233;pendince&lt;/i&gt;Magistrats, ind&#233;pendance,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ye pretindian bouta&lt;/i&gt;Ils pr&#233;tendaient installer, (mettre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et &#224; leur convegnience,&lt;/i&gt;Et &#224; leur convenance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232; porai ti cassa.&lt;/i&gt;Pouvoir tous les r&#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&lt;i&gt;Sur cein l'Etat de Berna&lt;/i&gt;Sur ce l'Etat de Berne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que l&#232; vai agita,&lt;/i&gt;Qui les voit agit&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lau fa ouna proposita&lt;/i&gt;Leur fait une proposition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por l&#232; tranquilisa.&lt;/i&gt;Pour les tranquilliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&lt;i&gt;Ma n'in-n'an tenu conto,&lt;/i&gt;Mais ils n'en ont pas tenu compte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se san m&#233;mo choqua, &lt;/i&gt;ils se sont m&#234;me vex&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que to coumin dai Prin&#231;oz&lt;/i&gt;De ce que tout comme des Princes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne fussan pas traita.&lt;/i&gt;Ils ne fussent pas trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&lt;i&gt;Slia novalla Nobliesse&lt;/i&gt;Cette nouvelle noblesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Zentis (&#8220;Noble&#8221;) in chanson de l'Escalade, supra &#8220;Savoie&#8221;.&#034; id=&#034;nh4-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Prin le parti d'arma&lt;/i&gt;Prend le parti d'armer (de s')&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le vau montra sa force&lt;/i&gt;Elle veut montrer sa force&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S&#232; f&#232;re respecta.&lt;/i&gt;Se faire respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&lt;i&gt;Tot autor de la vela,&lt;/i&gt;Tout autour de la ville,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#232; canon fan branqua&lt;/i&gt; (sic)&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;Ils font braquer les canons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne l'ai ya mein d&#232; porta&lt;/i&gt;Il n'y a pas de porte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que n'ein sai bein garnia.&lt;/i&gt;Qui n'en soit bien garnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&lt;i&gt;Por sotenir on sidzo,&lt;/i&gt;Pour soutenir un si&#232;ge,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pindein l'&#233;ternita ;&lt;/i&gt;Pendant l'&#233;ternit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'avant fai dai zovradso&lt;/i&gt;Ils avaient fait des ouvrages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que le diable inveinta.&lt;/i&gt;Que le diable inventa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13&lt;i&gt;Y&#232; s&#232; trouvan grand nombro&lt;/i&gt;Ils se trouvent (un) grand nombre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et to plien de fierta,&lt;/i&gt;Et tout pleins de fiert&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;tan bein houit mil&#232; homo,&lt;/i&gt;Ils &#233;taient bien 8000 hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Equipa ein sorda.&lt;/i&gt;Equip&#233;s en soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14&lt;i&gt;Ein jurein,&lt;/i&gt; Dieu me damne,En jurant, &lt;i&gt;Dieu me damne&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dezan l&#232; Genevoua,&lt;/i&gt;Disent les Genevois,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Suisses s'avancent,&lt;i&gt;Si les Suisses s'avancent,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On les &#233;crasera.&lt;i&gt;On les &#233;crasera.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15&lt;i&gt;Cepindein sliau bon Suisse&lt;/i&gt;Cependant ces bons Suisses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne s'&#233;pouairiran pas,&lt;/i&gt;Ne s'effray&#232;rent pas,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou tropa de dou mil&#232;&lt;/i&gt;Leur troupe de 2000 (hommes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S'approutz&#232; dai remparts.&lt;/i&gt;S'approche des remparts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16&lt;i&gt;Vo vo bouta en peina,&lt;/i&gt;Vous vous mettez en peine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ye vo vayo treimblia,&lt;/i&gt;Je vous vois trembler&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por slia petita tropa,&lt;/i&gt;Pour cette petite troupe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por slia bravoz sordats.&lt;/i&gt;Pour ces braves soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17&lt;i&gt;L&#232; ver&#232; que houit mil&#232; homo,&lt;/i&gt;Il est vrai que 8000 hommes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Coumen l'&#233;tan pousta,&lt;/i&gt;Comme ils &#233;taient post&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contr&#232; c&#233; pou d&#232; mondo,&lt;/i&gt;Contre ce peu de monde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aran bein p&#251; to tia.&lt;/i&gt;Auraient bien pu tout tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18&lt;i&gt;M&#226; d&#232; c&#339;ur por combattr&#232;,&lt;/i&gt;Mais de courage pour combattre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne sin san rein trova,&lt;/i&gt;Ils ne s'en sont pas trouv&#233; (aucun),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nant zu qu&#232; la vergogne,&lt;/i&gt;Ils n'ont eu que la honte,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De s'itr&#232; tan braga.&lt;/i&gt;De s'&#234;tre tant vant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19&lt;i&gt;L'an f&#232; ouvrir l&#232; port&#232;,&lt;/i&gt;Ils ont fait ouvrir les portes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Por s&#232; recoumanda ;&lt;/i&gt;Pour se recommander (se rendre ?) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et coumen dai mermot&#232;,&lt;/i&gt;Et comme des marmottes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lau tropa s&#232; cattcha.&lt;/i&gt;Leur troupe s'est cach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20&lt;i&gt;Vaitique oun histoire&lt;/i&gt;Voil&#224; une histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Selon la vereta,&lt;/i&gt;Selon la v&#233;rit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que va crouvi d&#232; gloire,&lt;/i&gt;Qui va couvrir de gloire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lo bio nom Genevoua.&lt;/i&gt;Le beau nom Genevois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21&lt;i&gt;Cependein fau vo der&#232;,&lt;/i&gt;Cependant il faut vous dire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que ne pu m&#233; tzanta,&lt;/i&gt;Que je ne peux plus chanter,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De m&#232; tenir de rire&lt;/i&gt;De me tenir de rire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N&#233; pl&#232; la liberta.&lt;/i&gt;Je n'ai plus la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Vaudois n'a plus la libert&#233; de rire, les Genevois n'ont plus de libert&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'idiome est-il de fa&#231;on contradictoire repr&#233;sentant de la cit&#233;, &#238;lot assi&#233;g&#233; et d&#233;chir&#233;, comme de ceux qui, tout autour, l'observent ironiquement ou la combattent, cependant que dans un Paris infiltr&#233; par l'intelligentsia genevoise, la ville devient symbole de la lutte pour la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rude hiver 1788-1789 entra&#238;ne une insurrection populaire contre la hausse du prix du pain, et contre les patriciens. En mars et septembre, Gen&#232;ve c&#233;l&#233;bre un provisoire retour &#224; la concorde. &lt;i&gt;&#8220;Le pasteur Chenevi&#232;re, regard&#233; comme aumonier&lt;/i&gt; (de la milice bourgeoise),&lt;i&gt; fit la pri&#232;re au repas de la grande revue, aux Bastions ; il avait compos&#233; et fait imprimer et distribuer &#224; tous les volontaires ces deux chansons que l'on chanta en coeur&#8221;&lt;/i&gt; &#233;crit dans son journal manuscrit Ami Dunant. Pour la premi&#232;re fois nous rencontrons donc sous l'anonymat du texte dialectal un profil d'auteur. Nicolas Chenevi&#232;re, 1750-1801, est pasteur &#224; Saconnex puis &#224; Gen&#232;ve. Sa chanson fran&#231;aise somme les Genevois de ramener &lt;i&gt;&#8220;l'&#226;ge d'or dans la Patrie /.../ plus de zizanie, plus de jalousie&#8221;&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Sanfon&lt;/i&gt; patoise donn&#233;e sans traduction (et chant&#233;e par tous, preuve d'une familiarit&#233; encore r&#233;elle avec l'idiome) sur l'air de la chanson d'Escalade &lt;i&gt;le vairin no revegni&lt;/i&gt;, proclame l'unanimisme dans l'impossible retour au temps de la normalit&#233; patoise, celui des grands-parents...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Revaicia dian noutra vella&lt;/i&gt;Revoici dans notre ville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le trantran d&#233; zatrefai &lt;/i&gt;Le train-train (sens positif) d'autrefois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No le veyin revegni&lt;/i&gt;Nous le voyons revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems pliaisan, tant all&#233;gre,&lt;/i&gt;Ce temps plaisant, si joyeux,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;No le veyin revegni&lt;/i&gt;Nous le voyons revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems que no fit pliaisi.&lt;/i&gt;Ce temps qui nous fait plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Cousin de la Bredanna&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note de Chenevi&#232;re : &#8220;J.J.Rousseau&#8221;. Cf. supra l'&#233;vocation du cousin Bernard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;{}Le Cousin de &#8220;la Bredanna&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dian son laivre nos za det,&lt;/i&gt;Dans son livre nous a dit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'alentour de la Fontanna&lt;/i&gt;Qu'autour de la fontaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faut dansi noutrou ballets.&lt;/i&gt;Il faut danser nos ballets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Uteur de la Semenaye,&lt;/i&gt;Autour de la chemin&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zame bin quant y f&#226; fray,&lt;/i&gt;J'aime bien quand il fait froid,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vi tot'ena ma&#238;senaye&lt;/i&gt;Voir toute une maisonn&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dont le P&#226;re est Pr&#233;tre &amp; Ray ;&lt;/i&gt;Dont le P&#232;re est Pr&#234;tre et Roi ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oh, fassin lo revegni, &amp;c&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couplet cit&#233;, avec une autre graphie, in Ph.Plan, La Conspiration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;Oh, faisons le revenir ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;/.../&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pardena se ze vo pr&#233;ze&lt;/i&gt;Pardonnez si je vous parle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dian le patoy de ma Gran : &lt;/i&gt;Dans le patois de ma grand-m&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mai, c'en le f&#226; revegni&lt;/i&gt;Mais si cela le fait revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems pliaisan, tant all&#233;gre ;&lt;/i&gt;Ce temps plaisant, si joyeux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'en le f&#226; revegni&lt;/i&gt;Mais si cela le fait revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems que no fit pliais&#238;.&lt;/i&gt;Ce temps qui nous fait plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de la r&#233;cup&#233;ration d'un Rousseau peu patoisant, l'idiome, embl&#233;matique d'un pass&#233; d&#233;pourvu de tensions, et de la coh&#233;sion familiale paternaliste d'antan, suture le d&#233;chirement civil d'un unanimisme identitaire, &#233;videmment aussit&#244;t d&#233;menti. Les d&#233;mocrates suivent avec passion les &#233;v&#233;nements de France, et de Savoie voisine o&#249; l'&#233;meute paysanne exige la fin de la f&#233;odalit&#233;. Mais leurs textes ignorent la langue populaire. En f&#233;vrier 1791, les paysans du Mandement attaquent la porte Cornavin : ce ne sont pas des textes patois, mais les textes fran&#231;ais de Grenus qui les ont enflamm&#233;s. Les &lt;i&gt;Egalisateurs&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Bonnets rouges&lt;/i&gt;, ma&#238;tres de la ville le 12 d&#233;cembre 1792, imposent l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e Nationale. Faisant feu de tout bois, les contre-r&#233;volutionnaires utilisent alors pour la premi&#232;re fois la parole populaire et le texte dialectal imprim&#233; : la propagande aristocrate lyonnaise avait montr&#233; qu'on pouvait ainsi retourner le bon sens commun contre les d&#233;mocrates&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. R.Merle, &#8220;L'intervention dialectale dans le grand Sud-Est&#8221;, Le texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sont donc publi&#233;es quatre pi&#232;ces anonymes en prose dialectale argumentative, &lt;i&gt;Dialogue sur l'Assembl&#233;e Nationale, entre Jaquet &amp; Jean-Marc&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage du patois ne refl&#232;te en rien ici une d&#233;termination socioculturelle, bien que Charles Pictet de Rochemont, que ses contemporains savent auteur des dialogues, ma&#238;trise son parler du terroir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce physiocrate fait prosp&#233;rer sa propri&#233;t&#233; de Cartigny (dans la Champagne), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce notable des plus en vue est n&#233; &#224; Gen&#232;ve en 1755 dans une famille de magistrats, de militaires. Il a &#233;t&#233; dix ans officier de la garde suisse de Louis XVI. Secr&#233;taire d'&#233;tat, auditeur de justice en 1790, il reprend en main les milices genevoises, r&#233;prime les mouvements paysans en 1791. Major de la place, hostile &#224; la France, partisan de la pr&#233;sence militaire bernoise, il organise la manifestation contre-r&#233;volutionnaire et anti-fran&#231;aise d'octobre 1792. Mais la pression fran&#231;aise am&#232;ne le retrait de la garnison suisse, permet le triomphe des &lt;i&gt;Egalisateurs&lt;/i&gt; qui suspendent les autorit&#233;s. On con&#231;oit l'amertume de Pictet, mais la page est tourn&#233;e et il faut assurer l'avenir. Il publie anonymement ses opuscules dans la campagne &#233;lectorale de janvier 1793. Il s'agit de toucher un maximum de citoyens : depuis le 12 d&#233;cembre, premier jour de &lt;i&gt;l'Egalit&#233; genevoise&lt;/i&gt; (c'est aussi le jour de l'Escalade !), sont citoyens de Gen&#232;ve tous citoyens, bourgeois, natifs, habitants de la ville et de la campagne, de m&#234;me ceux qui sont n&#233;s &#224; Gen&#232;ve ou sur son territoire de p&#232;re protestant et qui ont re&#231;u des lettres de domicile ou de permission. Votent d&#233;sormais des gens sans pratique ni culture politiques, qu'il convient de garder ou gagner &#224; sa cause. Il y aura 3533 votants pour &#233;lire l'Assembl&#233;e Nationale, charg&#233;e d'une r&#233;forme compl&#232;te de la Constitution. Le jaillissement de l'idiome natal, m&#234;me en d&#233;l&#233;gation de parole paysanne, ne participe donc pas de la cause du peuple, mais du d&#233;sir d'&#234;tre compris de tous, puisque tous votent. Il est aussi embl&#233;matique du bon sens populaire, de l'authenticit&#233; citoyenne des vrais genevois, et du refus de la francisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme du dialogue est usuelle dans les publications du temps : sans que soient pr&#233;cis&#233;es leurs conditions, il est &#233;vident que l'un des protagonistes au moins est un paysan, qui voit les changements d'un &#339;il sympathique. Le repr&#233;sentant les id&#233;es de l'auteur le d&#233;trompe, sans attaquer de front : il ne s'agit pas de refuser l'assembl&#233;e, mais d'am&#233;liorer mode d'&#233;lection et fonctionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier dialogue (publi&#233; le 2 janvier 1793), Jean-Marc approuve sans comprendre le mode d'&#233;lection des 120 d&#233;put&#233;s. Jaquet explique qu'il sera difficile &#224; un citoyen de dresser une liste de 120 personnes capables. Tout-au-plus en conna&#238;t-il une trentaine. Par contre &#8220;ceux qui veulent nous faire fran&#231;ais&#8221; feront circuler des listes pour abuser les &#233;lecteurs. Il dresse le profil des repr&#233;sentants &#8220;capables&#8221; : &#8220;des gens que ne soient pas tr&#232;s jeunes, qui aient des propri&#233;t&#233;s, qui soient des bons Genevois d'autrefois, qui soient honn&#234;tes gens, qui aient d'esprit ce qu'il faut, et qui ne soient pas tant discoureurs&#8221;. Retournement de l'op&#233;ration identitaire des textes &lt;i&gt;repr&#233;sentants&lt;/i&gt; des ann&#233;es 1770, l'idiome soude les &#8220;vrais&#8221; Genevois contre id&#233;es et hommes venus de l'ext&#233;rieur. On condamne enfin d&#233;magogiquement l'indemnit&#233; parlementaire, qui ruinera la cit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;DIALOGUE SUR L'ASSEMBLEE NATIONALE ENTRE JAQUET &amp; JEAN-MARC&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Y vo vieu come y vulon fare l'Assembl&#233;e Nationale ?&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Ouai : y &#232; ben embrouillie ; de&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;je&#8221;. Cf. les h&#233;sitations entre De et Ze dans les textes de 1776-1779.&#034; id=&#034;nh4-91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ni povou pas comprendre, mais y mi ont ben explica. De truve qui ira tr&#232;s ben dinque.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. M&#233;, de ne truve pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Et &#224; cause ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. A cause que celeu qui vulon no fare Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les contre-r&#233;volutionnaires ont int&#233;r&#234;t &#224; pr&#233;senter comme des partisans du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; vont brega quant tote les malevie p&#233; fare entra leus ami.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Come vu te qui breguion ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Vaite pas badin qu'un homme ne pu pas conniaitre six vingt Citoyens&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;que sayon capable. Y vulon quon en marquai six vingt. Vaiquia comme il ira. Par exemple, m&#233; den coniaisse quatre que de craye qui sarion bon. Quant de les arai marqua, de ne sarai pou&#233; pas lo quale bouta. Y me faudra craire le premi que me baillera na liste, qui sara peut &#234;tre tote de malatru sujets, &amp; lo quatre que de volou ne saron pas &#233;lu.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Et d'o vint ne sarion t&#233; pas &#233;lu d'abo que te les a marqua ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. A cause qui n'aron peut-&#234;tre ran que ma voix. Na pas que lo malatru en aron quant to lo Diables. Vaite pas, badin, qui faron cori des listes de leurs ami p&#233; nos les fare &#233;lire. On ne pu pas coniaitre tant de monde. Y no faron to bailli es m&#233;mes. Etai qu'on hon&#233;te homme ne dai pas &lt;/i&gt;&lt;i&gt;suivre son sarment ? torjo bailli u pe capable ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. E come etai que ti vudria y fare ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Vaiquia comme di faru. De conte que chaque Citoyen ne pu pas coniaitre m&#233; de na trentaine de sujets que sayon veritablament capables ... &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Qu&#233;tai que tu vu dire v&#233;ritablament capables ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. De vouai dire des gens que ne sayon pas tr&#232; juennes ; qu'ayon du ben sur les terres ; que sayon des bons Genevois des atres vais, que sayons hon&#234;tes gens, qu'ayon de l'esprit ce qui faut, &amp; que ne sayon pas tant parlantin. Car celeu parlantin y vo font craire blanc &#231;an qui &#233; nai. - Eh ben, de desous que se on homme en pu coniaitre na trentaine, y &#233; ben to. De vodru qu'on n'en pusse pas marqua m&#233; de trente, &amp; s'on n'en coniessai que iun u dou, on n'en marquere que iun o dou. De cela fa&#231;on chaquion fare sa liste en verita &amp; en conscience, &#233; selon son serment d'&#233;lection qui &#233; de torjo fare lo &lt;/i&gt;&lt;i&gt;pe capable ; &#233; celeu qui vulon nos fare Fran&#231;ois arion dou pie de na.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Ma fai de craye que t'a raison. Et qu'&#233;tai que te dis de l'ecu qui vulon bailli &#224; chaquion to lo jeurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. De diu que d'ameru ben mio qui eusse onze mille cope de blia dian nutro greni que d'accouilli dinquie tant d'argent orendrai que nutron tr&#233;sor en a tant faute, &amp; qu'on ne sara pas pi io en prendre par rapo que celeu quetion reches son d&#233;venus poure. - Y are eta ben brave se on les eusse bailli 7 serins les jeurs qui travailleron ; n'a pas leu payi encore la dimenge. - Se y sont hon&#234;tes gens &amp; braves Genevois, il en aron ben preu ; y se sarion contenta de ne ran avai.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Y fudre donc rejetta &#231;an qui proposon aou&#233; dediu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Se y ni changeon pas. Diable enlevai qui y approuve.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second dialogue, &#224; la d&#233;magogie populiste insistante, suit aussit&#244;t (5 janvier), et, devant les h&#233;sitations des r&#233;volutionnaires, enfonce le clou : l'assembl&#233;e sera trop nombreuse, 120 d&#233;put&#233;s ne peuvent que se disputer. L'exp&#233;rience de la petite assembl&#233;e communale en atteste : ce sont les plus braillards ou les meilleurs parleurs qui l'emportent. Il r&#233;it&#232;re sa condamnation de l'indemnit&#233;, un vol (&lt;i&gt;roba&lt;/i&gt;) : on fera tra&#238;ner les d&#233;bats pour gagner plus, un d&#233;put&#233; gagnera plus qu'un ouvrier de la vigne. Certains vont garnir la tribune : le public p&#232;sera sur les d&#233;lib&#233;rations, et m&#234;me les &#233;trangers y seront admis ! Le notable d&#233;place l'affrontement civil vers un affrontement Genevois - &#233;trangers : &#8220;Ne serait-ce pas une honte dans une petite famille comme nous sommes maintenant que nous sommes tous fr&#232;res, si on ne pouvait pas s'entendre sans faire tant de scandale et de d&#233;pense ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;SECOND DIALOGUE ENTRE JAQUET &amp; JEAN-MARC&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Ils ont ben f&#233; de retarda de na quienzenna p&#233; bailli on atre projet ; y etai assura que di rejettou.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. E me avou&#233;. Y avai enco ben datre affare dian ce l'&#233;cri qui m'y arion fait rejetta.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. E qu&#233;tai qui avai d'atre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Par esemple : il y bouton tr&#233; de monde. Qu&#233;tai qui servai de se bouta six vingt p&#233; fare on affare qu'on fare ben mio s'on n&#233;tai que na dozanna. - Pardi allen ! orendrai que no sen t&#244; du m&#233;me parlement y sara boun aisie de fare des loix.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Vaite pas badin que t&#244; celeu qu'on de la langue en vudrion &#233;tr&#233; p&#233; fare leus avoca parquie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Di s&#233; preu, &amp; y &#233; enco ben le pe malin s'y a tant de celeu parlantin. Quan on &#233; dinqui&#233; tant de monde on ne s'aou&#239; pas pi, &#233; on ne fa ran que vaille. Sa te pas ben comme y va dian la comoune quan no sen t&#244; ensemble ? Put-on avai de raisons ? Etai lo pe sages que fon la loi ? on ne fa ran que se disputa &amp; s'insolenta, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&amp; y &#233; lo pe braillards que reston m&#233;tre. - Y dion qui n'en parlera que ion &#224; la vais ; mais sy en a six vingt dian cell'asembl&#233;e, quan ben y n'y are que la maitie que volussion parla, y deron m&#233; de dix vais atant de raisons qu'y en faut ; quan y ne s'accorderon pas y faron leurs avoca d'on flian &amp; de l'atre. Quan y n'aron pas de bounes raisons y se deron d'insolences &amp; d'invanies, &amp; vaiquia comme le jeurs passeron, &amp; to pari lo 7 serins de nutron tr&#233;so corron-t-&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Etai pas on &#233;cu qu'on leu v&#251; bailli ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Oh ! Diable enlevai qui leu baille m&#233; de 7 serins ; &amp; enco de ne vodru pas qui fussion m&#233; de 60. Y fara enco 40 &#233;cu p&#233; jeur de nutron tr&#233;so. Pardi allen ! On boun ovri gagne on quart d'&#233;cu p&#233; jeur. Etai qui n'a pas m&#233; de paine &#224; fassiora la vegne, que celeu D&#233;put&#233; n'en aron de resta asseta su leu ban. Y n'on pas faute de megi to lo jeurs du ruti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Et qu&#233;tai que te d&#232; de celeu que vindron &#233;gu&#233;ta &amp; aou&#239; to ce qui deron dans l'Assembl&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. De diu qui &#233; de folera. Anco se ni avai ran que de Genevois dian celeu qu&#233;gueton ; &amp; pou&#233; qui fusse on jeur l'on, on jeur l'atre, gni are pas enco grou m&#226; ; y leus encraitr&#232; na mitte, vaiquia to. - M&#233; se los etrans&#233; y entron, y va to alla en deroute.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Et &#224; cause ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. De m'en v&#233; te dire la raison que d&#233; aou&#239; d'on homme qu&#233; de celeu qu'on de l'esprit ce qui en faut. Y ni a ran de pe beau que de bounes lois, m&#233; ni a pas na chuse dian le monde que sai pe difficile, &amp; pe ennuyante &#224; fare, &#233; &#224; &#233;couta fare. - Se lo D&#233;put&#233; volion fare leu devai y travaillerion tranquilamant &#224; to leus articles sen s'embarrassi de celeu qu'ecouton ; m&#233; y &#233; diablament risquable qui ne vulion amousa lo Etrans&#233; avou&#233; d'alibiforin que ne regarderon nutre lois ne en blian ne en nai. Tote les parole enutile que se deront saron atant de roba &#224; nutron tr&#233;so ; &amp; totes les heures faron p&#233;ta six &#233;cus. E pou&#233;, y a anco on atre &lt;/i&gt;&lt;i&gt;affare&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Affaire&#8221;. Le mot est masculin. L'auteur est bon connaisseur du patois.&#034; id=&#034;nh4-93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; dian celle tribune, comme y les appalon. Par exemple, m&#233; se d&#233;tou on de celeu D&#233;put&#233;, &amp; que de fusse on coquin, na suposition, vaiquia come de faru. De deru a t&#244; mes amis dalla ben dheure, &amp; de se bouta to ensemble p&#233; ben claqua des man quan d'aru parla, &amp; de fare farme de bruit quan los &#226;tres vodrion parla qu'on ne lo pusse pas aou&#239; ; de deru pou&#233; qui &#233; la nation que fa dinquie tan de train, &#233; de faru aprouva to &#231;an que de vodru. Sare-tai pas na vargogne dian na petita famille comme no sen orandrai que no sen t&#244; fr&#226;res, s'on ne povai pas s'entendre sans fare tan d'escandale &#233; de d&#233;spense ? - No farion ben mio de lassi fare los &#226;tres comme y vulon &#233; ne pas tant fare los singes ; &#231;an qu&#233; raison dian on gran pa&#239; n&#233; que folera dian on petit. Badin, y ne faut pas volai p&#233;ta pe hiau que le cu ! &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me dialogue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Glossaire des patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh4-94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (13 janvier), est le seul dont une partie ait &#233;t&#233; restitu&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P.Plan, op.cit., cite cette critique en preuve du &#8220;caract&#232;re vraiment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Curieusement d&#233;sormais les r&#244;les de l'ignorant et de l'&#233;clairant sont invers&#233;s. N&#233;gligence dans la rapidit&#233; de la r&#233;daction ? pluralit&#233; d'&#233;criture ? Par opportunisme, peut-&#234;tre par conviction, Pictet condamne d'autant &lt;i&gt;lo Ristocrate&lt;/i&gt; de France que la diff&#233;rence &#233;clate entre ces parasites (Pictet, garde du Roi, les a connus) et les int&#232;gres magistrats de Gen&#232;ve dont les fonctions ne sont pas r&#233;serv&#233;es &#224; quelques familles. Par un retournement populiste, les vrais aristocrates deviennent ces beaux parleurs qui menaient tout avec la langue, et dans lesquels on doit reconna&#238;tre les avocats &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;TROISIEME DIALOGUE ENTRE JAQUET ET JEAN-MARC&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaq. Je&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notation fran&#231;aise. Le texte utilise ensuite aussi la forme dialectale De.&#034; id=&#034;nh4-96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; volou te &lt;/i&gt;demanda&lt;i&gt; se te me porria ben esplica &#231;an qui &#233; que &#8220;lo &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Ristocrate&#8221;. Los on dion de na fa&#231;on, los atre de l'atre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais te demander si tu pourrais bien m'expliquer ce que c'est que les aristocrates. Les uns disent d'une fa&#231;on, les autres de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Y &#233; qui en a de m&#233; de na sourta. De m'en v&#233; te dire comme di &#233; aou&#239; conta a celeu que couniaisson les affares. Lo Ristocrate de France &#233;tion de celeu grou Noblie que se tenion torjo a l'entor du Rai &#233; de la Ranna. Il avion t&#244; lo boun emploi ; y se fassion bailli d'argent qui fassai tremblia ; y fassion pou&#233; d&#233; vie de diable ; ran ne leu coutave p&#233; le gueule ; il y damag&#238;von qui etai na compassion ; il accouill&#238;von lo lui do comme c&#233; qu'accou&#233; de pires ; il avion des centaine de chevaux ; des maison qu&#233;tion tote d'or p&#233; dedian ; des val&#233; to galona que fermill&#238;von parquie ; u an il all&#226;von a la seffe y trenfol&#226;von p&#233; lo blia avou&#233; leu chevaux &amp; leu sein comme c&#233; qu&#233; passe p&#233; n&#233;troblie ; y &#233;tai na mis&#233;re de vi &lt;/i&gt;&lt;i&gt;comme il y peress&#238;von to. &#200; coui etai qui pay&#238;ve to &#231;an ? y n&#233; pas de m&#226; devena.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il y en a de plus d'une sorte. Je m'en vais te dire comme je l'ai entendu conter par ceux qui connaissent les affaires. Les aristocrates de France &#233;taient de ces gros nobles qui se trouvaient toujours &#224; l'entour du roi &amp; de la reine. Ils avaient tous les bons emplois ; ils se faisaient donner tant d'argent que cela faisait trembler ; apr&#232;s quoi ils menaient une vie du diable : rien ne leur co&#251;tait pour la gueule ; ils dissipaient que c'&#233;tait une compassion ; ils jetaient des louis d'or, comme celui qui jette des pierres ; ils avaient des centaines de chevaux, des maisons toutes dor&#233;es &#224; l'int&#233;rieur &amp; dans lesquelles fourmillaient des valets galonn&#233;s. Quand ils allaient &#224; la chasse, ils foulaient les bl&#233;s debout avec leurs chevaux &amp; leurs chiens, comme celui qui passe sur un champ moissonn&#233;. C'&#233;tait une mis&#232;re de voir comme ils &#8220;p&#233;rissaient&#8221; tout. Et qui payait tout cela ? Il n'est pas malin de le deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Pardi allen ! y etai le Rai qui y pay&#238;ve.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pardieu, allons, c'&#233;tait le roi qui payait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. T'inlevai p&#233; on imb&#233;cile ! y &#233;tai ben lo pa&#239;san, na pas le Rai. Vaite pas ben que los imp&#244; que lo pa&#239;san pay&#238;von arion d&#251; &#234;tre empliie p&#233; fare de ben u pa&#239;, na pas dinquie accouilli a celeu grou Noblie que ne fassion pas na via que bouffa ? Ma fai y les tan encressu qu'al en ont pendu caquion des pe malin, &#233; seffie los &#226;tres de feur du pa&#239;. M&#233; pas moins, dian cell&#226;ffare iquie, y a ben d'&#233;nocen qui ont soffri p&#233; lo coupablie. Tant de celeu Noblie qu&#233;tion de bounes gens, que se tenion tranquille dian leu coin ! e pou&#233; tant de celle poure f&#233;ne &amp; de celeu poure infan que n'en povion pas m&#233; ! y &#233; na mis&#233;ra ... Epou&#233; avou&#233; to &#231;an, y ne son pa enco ben ref&#233; non pliu, avou&#233; leu guaire que rouaine le pa&#239;, &amp; que fa tua los hommes ; &amp; leu papi qu&#233; se baillon p&#233; d'argent, e pou&#233; av&#233; le blai qu'&#233; tant ti&#233; dian d'endrai qu'y a. -&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oh fai ! que v&#251; to ? Vaiquia comme y va dian le monde ; y &#233; boun aisie de vi que &lt;/i&gt;&lt;i&gt;les affares porrion alla mio ; m&#233;, badin, y &#233; diabliamen de m&#226; racmouda.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le diable) t'enl&#232;ve pour un imb&#233;cile ! C'&#233;taient bien les paysans &amp; non pas le roi. Ne vois-tu pas bien que les imp&#244;ts que les paysans payaient, auraient d&#251; &#234;tre employ&#233;s &#224; faire du bien au pays &amp; non pas &#234;tre comme cela jet&#233;s &#224; ces gros nobles qui n'employaient leur vie qu'&#224; b&#226;frer. Ma foi, &#231;a s'est tant aggrav&#233; qu'ils en ont pendu quelques uns des plus m&#233;chants et chass&#233; les autres du pays. N&#233;anmoins, dans cette affaire, il y a bien des innocents qui ont souffert pour les coupables. Tant de ces nobles qui &#233;taient de bonnes gens, qui se tenaient tranquilles dans leur coin ! et tant de ces pauvres femmes et de ces pauvres enfants qui n'y pouvaient rien, c'est une mis&#232;re. Et avec tout &#231;a, ils ne sont pas bien engag&#233;s (refaits) non plus, avec leur guerre qui ruine le pays, et qui fait tuer les hommes, et leurs papiers qu'ils se donnent pour de l'argent et avec le bl&#233; qui est si cher dans tant d'endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que veux-tu ? voil&#224; comment &#231;a va dans le monde ; il est facile de voir que les affaires pourraient aller mieux ; mais, badin, c'est diablement mal engag&#233; (raccomod&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Dian nutron pa&#239; y n'y avai por&#233; pas de celeu grou que fission dinquie tant d'escandale comme te desi&#226; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre pays, il n'y avait pourtant pas de ces gros qui faisaient (fissent) autant de scandale que tu disais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Oh ouai ! badin, parl&#226; de G&#233;neve avou&#233; la France, y &#233; come c&#233; que vudre compara na darbounire a rna montagne. Y se servaisson des m&#234;mes mots p&#233; y chusa parce de la m&#234;ma fa&#231;on comme par l&#233;, m&#233; y &#233; tot enatra difference. -&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a assetou 300 ans que noutra Velle a sos Magistrats. Y n'y en a jam&#233; tu ion qu'aye &#233;ta susp&#233; d'avai prai ne &#231;o ne &#231;an que ne fusse pas de prendre. Il dion qui n'y a pet&#233;tre pas n'endra dian le monde io on en pusse dire atant. M&#233; sa te don vin il on &#233;ta dinque torjo tant fed&#232;le ? Y &#233; &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qui pren&#238;von leus emploi p&#233; l'honneur, &amp; na pas p&#233; le profit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh oui ! badin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Mistral, Tr&#233;sor : &#8220;bon gar&#231;on&#8221;.&#034; id=&#034;nh4-97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parler de Gen&#232;ve avec la France, c'est comme celui qui voudrait comparer une taupini&#232;re &#224; une montagne. On se servait des m&#234;mes mots pour une&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;y inanalysable, coquille ?&#034; id=&#034;nh4-98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; chose ici comme l&#224;-bas, mais c'&#233;tait tout diff&#233;rent. Il y a bient&#244;t 300 ans que notre ville a ses magistrats. Il n'y en a jamais eu un qui ait &#233;t&#233; suspect d'avoir pris quoi que ce soit qui ne soit pas &#224; prendre. On dit qu'il n'y a peut-&#234;tre pas d'endroit dans le monde o&#249; on puisse en dire autant. Mais sais-tu d'o&#249; vient qu'ils ont &#233;t&#233; ainsi toujours si fid&#232;les ? C'est qu'ils prenaient leur emploi pour l'homme et non pour le profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Y avai donc de Ristocrate de natra fa&#231;on si no ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait donc des aristocrates d'une autre sorte chez nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Je m'en v&#233; te dire to comme y en &#233;. Y a d'endrai io &#233; que t&#244; los emploi que baillon ben d'argent son torjo p&#233; celeu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;des m&#233;mes famillies, comme c&#233; que dere on heritage qu'on ne leu pu pas do&#251;ta. Vaiquia que fa enco n'atra sourta de &#8220;Ristocrate&#8221;. M&#233; si no y na jam&#233; &#233;ta dinquie. Le gar&#231;on &#224; Monse le Sandeque n'avai pas m&#233; de drai d'entra dian los emploi que le gar&#231;on a ron Cordani. S'on le bailliv&#232; na sarge, y n'en povai pas m&#233; ; &#233; des vais qui avai celeu qu&#233;tion &#233;lu en avion ben d&#233;leu. S'y ni eusse pas tu cela loi que d&#233;fendive de refousa, &#233;pou&#233; aritta na petita mitta de gloire, pardine infant ! y n'en narion pas pi trova qui eussion volu &#234;tre, tant y avai de panne &amp; zin de profit. On ne pu donc pas dire que nos eussion dian nutron pa&#239; de Ristocrate de cela sourte iquie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en vais te dire ce qu'il en est. Il y a des endroits o&#249; tous les emplois qui donnent beaucoup d'argent sont toujours pour ceux des m&#234;mes familles, comme qui dirait un h&#233;ritage qu'on ne peut pas leur &#244;ter. Voil&#224; qui fait encore une autre sorte d'aristocrates. Mais, chez nous, cela n'a jamais &#233;t&#233; ainsi. Le fils &#224; M. le Syndic n'avait pas plus le droit d'entrer dans les emplois que celui d'un cordonnier. Si on lui donnait une charge, il n'en pouvait plus. Souvent ceux qui &#233;taient &#233;lus en souffraient beaucoup. S'il n'y avait pas eu cette loi qui d&#233;fendait de refuser et aussi un petit peu de gloire, pardieu, enfant, on n'en aurait m&#234;me pas trouv&#233; qui auraient voulu &#234;tre (&#233;lus) tant il y avait de peine et peu de profit. On ne peut donc pas dire que nous ayons dans notre pays des aristocrates de cette sorte l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. E de quinta sourta &#233;tion t&#233; donc lo nutre ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de quelle sorte &#233;taient donc les n&#244;tres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Lo nutre &#233;tion de cela sourta qui a parto &amp; qu&#233; la pe crouyia de tote ; y &#233; de celeu malatru babeli&#226; que vulon torjo governa le monde, torjo fare moda los &#226;tre a leu fa&#231;on, que mennon to avou&#233; la langue ; que n'esparmon pas m&#233; les minteri que les parole ; que crayon que les lois ne lo p&#251;von ran ; que font tant lo bon val&#233;, &amp; que son pe malin que le Diablie ; &#233; que font pou&#233; dinquie tant &lt;/i&gt;&lt;i&gt;leus embarra &amp; leu farau quan il on affare avou&#233; nos &#226;tres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#244;tres &#233;taient de cette sorte qu'il y a partout et qui est la pire de toutes ; c'est de ces grossiers babillards qui veulent toujours gouverner le monde, toujours faire agir les autres &#224; leur fa&#231;on, qui m&#232;nent tout avec la langue. Qui n'&#233;pargnent pas plus les mensonges que les paroles, qui croient que les lois ne leur peuvent rien, qui jouent les bons gar&#231;ons et qui sont plus mauvais que le diable, et puis qui font tellement leurs avantageux quand ils ont &#224; faire avec nous (litt : et qui font puis ainsi tant leur embarras et leurs farauds quand ils ont affaire avec nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J. Y &#233; to farauda que farauda orandrai que no sein to egale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc des balivernes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Construction intraduisible. &#8220;Farauder&#8221; : en fran&#231;ais du temps &#8220;boire, s'amuser&#8221;.&#034; id=&#034;nh4-99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que nous sommes tous &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J.M. Oh fai lasse ! cel' &#8220;&#233;galit&#233;&#8221; &#233; na bouna chusa s'y n'en son pas tr&#233; ...... &lt;/i&gt;&lt;i&gt;m&#233; .... nos en parleren notra vai ; te ne fa ran que m'amousa parce.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh (foi laisse ? lasse ? sans doute foi + (h&#233;)las), cette &#233;galit&#233; est une bonne chose si on n'en fait pas trop ... mais ... nous en parlerons une autre fois ; tu ne fais l&#224; que m'amuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier dialogue (22 janvier) dissipe les illusions de Jaquet, qui, comme les paysans du Mandement, est all&#233; &lt;i&gt;(modi)&lt;/i&gt; &#224; la ville, portant le bonnet rouge des &lt;i&gt;Egalisateurs&lt;/i&gt;. Jean-Marc reprend les th&#232;mes avanc&#233;s en France : l'&#233;galit&#233; devant la loi ne saurait signifier l'&#233;galit&#233; des fortunes et des conditions, et la libert&#233; faire ce que l'on veut, sinon on viendrait lui prendre ses l&#233;gumes, ses b&#234;tes, sa fille, et on le battrait s'il protestait. L'&#233;galit&#233; favorise paresseux et voleurs. Jaquet voit dans la France le pays de la libert&#233;. Jean-Marc le d&#233;trompe : les petites gens y &#233;taient si &#233;cras&#233;s par les nobles que &#8220;ceux de Paris&#8221; n'ont pas eu de mal &#224; les soulever avec des promesses excessives. Mais maintenant ils se conduisent en enrag&#233;s : anarchie, ins&#233;curit&#233;, les plus coquins font la loi. &#8220;Dans un pays o&#249; les hommes &#233;taient trait&#233;s comme des b&#234;tes&#8221; on n'&#233;tait pas pret &#224; la vraie libert&#233;. Il ne saurait en &#234;tre de m&#234;me &#224; Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUATRIEME DIALOGUE ENTRE JAQUET &amp; JEAN-MARC&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. Dai la darire vais que nos cosarons des affares. d&#233; preu pens&#226; &#224; cell' &#8220;&#233;galit&#233;&#8221;, de n'en pouai pas fare fa&#231;on ; y &#233;t inutile, de n'y pouai pas comprendre dab&#244;. Y dion que no sen t&#244; &#233;gale : dai qui &#233; la Loi, y semble ben qui devr&#232; &#233;tre vr&#233;, m&#233; topari me semble-tai na mainteri. - Vaiquia come de diu : M&#232;, par esemplie, de ne sai pe riche, ne pe gra, de n&#233; pas m&#233; d'esseprit que de n'avou avant cellaffare iquie. - Y &#233; ben vrai qu'on pu alla en Cons&#233;-genera p&#233; bailli sa voi comme los &#226;tres ; m&#233; quan &lt;/i&gt;&lt;i&gt;on y a f&#233; na vais y &#233; torjo la m&#234;me reimma. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. Vait&#233;, Zaqu&#233; ! comme l'atre desai : &#8220;Dian les affares y ne faut ne tr&#233; ne tr&#233; pou&#8221;. Te fassi&#226; de foler&#226; quan y baillaron cell'egalit&#233; ; te modi &#224; la velle come on imbecile avou&#233; ton boun&#232; roge&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;i&gt; ; te fassi&#226; p&#233;t&#226; l&#233;quiffle comme c&#233; que va &#224; noce ; &#232; pou&#233; orandrai y t'incrai &#224; cause que te n&#233; pas venu ne pe gra ne pe riche que te n&#233;ti&#226;. - Y n'y fau pas m&#233;presi, y &#233; on beau drai de consenti nutre Loix, de fare nutr&#244; Magistr&#226; to ensemble, parce par rap&#244;, de cela fa&#231;on iquie y &#233; torjo la pe gran voix qui empourte, &#233; nion ne no pu chus&#226; &#224; fa fantesi. M&#233; ..... badin, y ni &#233; pas &#231;an que fara veni de beau bli&#226; &#224; celeu que ne faron pas roul&#226; la b&#233;na.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. Di&#226;couna ! .... Y &#233; ben vr&#233; que de cr&#233;youd qui are &#233;ta pe dr&#244;le. Me vaire pas, quan y v&#226;yon qu'on &#232; dinquie on pou nigau y vos en c&#244;nton de tote les sourte ; y vos endremaisson parquie ...... Avou&#233; to &#231;an .... te ne m&#226; p&#226; enc&#244; ben esplica &#231;an qui &#233; que l' &#8220;&#233;galit&#233;&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. &#8220;L'&#233;galit&#233; fa t&#244; l&#244; Citoyen egale devan la Loi qu'a &#233;ta f&#233;ta p&#232; la pe gran voix&#8221;. Y &#233; comme c&#233; que der&#232; la libert&#233;, qui dit ion dit l'atre : &#8220;la libert&#233; &amp; l'&#233;galit&#233;&#8221; ; &#231;an v&#251; dire, &#8220;no sen t&#244; citoyen, no baillon t&#244; nutron consentement &#233; Loix, no fassen nutro Magristr&#226;, &#233; pou&#233; no se sometten t&#244; egalament &#224; la Loi ; quan elle a parla : ALLEN, MARCHE&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. De cella fa&#231;on iquie, quan ben on a la libert&#233; &amp; l'&#233;galit&#233; on ne p&#251; p&#226; fare to &#231;an qu'on v&#251; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. T'inlevai p&#233; on dadou ! s'on povai fare to ce qu'on v&#251;, etai que l&#244; pe coquin ne roberion p&#226; l&#244;s &#226;tres ? Etai que l&#244; pe f&#244; ne farion p&#226; &#224; leur fantesi ? y are tai de pli&#233;si de ben fare s&#244;s hutins p&#233; que caquion d'&#226;tre l&#244; venisse vindingi la n&#233; ? Cou&#239; &#233;tai que vudre travailli p&#233; dire de se vi rob&#226; p&#233; de ch&#233;rope ? Saria-te boun aise qu'on te venisse prendre to tiu dian ton courti, tes jovales dian ton champ, ton bovet dian ten etrablie, ta fille dian ta maison ? se te te volia revangi &lt;/i&gt;&lt;i&gt;t'aria anco na vol&#226;ie, &amp; se te te voli&#226; plaindre t'attraperi&#226; on bon coup de fousi de dari na sisa. Sans la via fare-t-on que s'insolenta, se tapa, &amp; se tua los on los &#226;tres. - Eh ! ... se la libert&#233; &amp; l'&#233;galit&#233; etion dinquie, y sar&#233; ben le gran Lucifai que sare sourti de l'Enfai p&#233; y inventa. - M&#233; p&#233; bonneur qui ne va p&#226; dinquie. - Comme de desous, quan la pe gran voix a f&#232; la Loi, quan on a &#233;lu s&#244; Magistr&#226;, y se fau soumettre &#224; l'ordre : y n'y a p&#226; &#224; dire. On p&#249; pou&#233; fare to ce que le Loi ne d&#233;fen pas. Dab&#244; qu'elle no garde nutron ben &#232; nutra via, &#233;tai p&#226; juste de la respect&#226; ? &#233;tai pas juste de respecta celeu que nos en &#233;lu p&#233; la fare executa, &amp; qu'en on tota la panne ? y n'y a p&#226; los endrai pe libre que l&#233; io chaquion obe&#239; &#224; la Loi &amp; u Magistr&#226;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. Topari etai na dr&#244;la de libert&#233; dab&#244; qui fau obe&#239;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc.T&#226; la t&#233;ta diablamen dura, ..... t&#226; la t&#233;ta diablament dura avou&#233; ! Cr&#232;ya-te p&#226; qu'on citoyen pusse &#233;tre libre comme n'&#226;llouete ? Eh ! poure &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Zaqu&#233; ! n'alloueta&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Indiff&#233;rence graphique : &#8220;alouette&#8221; &#233;crit de fa&#231;on diff&#233;rente &#224; quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; de ta sourta sare assetou megie du fouetta-pingeon. La Loi garde lo feblie contre l&#244; f&#244;, les brave gens contre l&#244; coquins ; m&#233; ..... p&#232; povai vivre &#8220;libre&#8221;, &#231;an v&#249; dire &#8220;tranquille, assura &amp; bounireu&#8221;, y se fau savai g&#233;na na mitta, obe&#239; quan y fau, &amp; respecta &#231;an qu&#233; respectablie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. M&#233; ... de te volou dire ... l&#244; Fran&#231;ais. D&#233; aou&#239; qu'y n'y avai p&#226; l&#244; pe libre orendrai.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. Vaite, Zaqy&#233; ! &#8220;comparaison n&#232; p&#226; raison&#8221; ; y ne se fau p&#226; accompar&#226; &#224; pe grou que s&#232;. S&#226; te p&#226; ben cela renolie que le vintre la p&#233;ta rap&#242; qu'elle se volai fare asse grousse qu'on bu de P&#226;ques&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La grenouille (renolie) qui voulait se faire aussi grosse que le b&#339;uf (bu).&#034; id=&#034;nh4-101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ? - Y te fau conta qui avai m&#233; de mille an que los Fran&#231;ais &#233;tion governa p&#233; on Rai &amp; p&#233; lo N&#244;bli&#233; qu&#233;tion &#224; l'entor. Quan le Rai avai d&#233; &#8220;y &#233; ma volonta&#8221;, y n'are p&#226; fallu branl&#226; &amp; dire de raison ; quan ben on &#233;tai rouainna, y fallai payi l&#244;s imp&#244; ; s'on volai dire na parole, allen ! en praison, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;moda ! on &#233;tai anco bounireu s'on n'&#233;tai p&#226; pendu p&#233; avai parla.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. Di&#226;couna !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. De cela fa&#231;on iquie les petite-gens n'os&#226;von p&#226; l&#233;v&#226; la langue ; &#231;an ne couniessai ran de ran ; y &#233;tai san comparaison comme on trop&#233; de meuton qu'on maine avou&#233; na g&#244;la. - Al&#244; ... quan y ven&#232; que celeu de Paris voluron chusa les affares de la Nation, y failla sol&#233;va le monde p&#233; s&#233;ffi l&#244; N&#244;blie. De gens qu'on avai dinquie tan abruti, tan abruti, ne furon p&#226; de m&#226; sol&#233;v&#226;. On leu des&#232; qu'al arion to povai, qu'y ne payerion point d'imp&#244;, &amp; d'atre minteri de cela sourta. - Ma fai ! y cruron qui &#233;tai le paradi su taire ; y veniron comme d'inragie ; y se boutaron apr&#232; celeu N&#244;blie ; il y saccagearon to ; y se mettiron pou&#233; &#224; se tapa los on los &#226;tres ; nion n'&#233;tai assur&#226; dian sa maison ; on ne povai p&#226; vendre son bli&#226; ; on vos y venai prendre dian vutron greni ; y n'y avai ne Loix ne justice ; y &#233;tai na confusion de tote les malavies - &amp; anco avou&#233; &#231;an, quan ben y &lt;/i&gt;&lt;i&gt;a trais an qui dure y di&#244;n qui a anco ben d'endrai io y &#233; que l&#244; pe coquin font la Loi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jaquet. Etai qu'y restera anco gran tin dinquie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jean-Marc. Coui &#233;tai qui y fa ? y fau ben espera qui vindron pe tranquille &#224; chapou &#224; chapou, quan y faron respect&#226; les Loix &amp; l&#244; Magistr&#226;. - Vaite ! dian on pa&#239; io los homme on &#233;ta traita comme de b&#233;quies, on ne sa p&#226; m&#233; ce qui &#233; de la libert&#233; que de paiste. Y ne son p&#226; de m&#226; bout&#226; en train, m&#233; .... quan on lo vu rateni .... barnicle ! &#233; pou&#233; u b&#233; de to &#231;an y &#233; risquablie d'y to p&#233;rdre. - Y &#233; to comme c&#233; que n'a pas avarti de d&#233;sargi na bossetta : elle &#232; de bon veri ; m&#233; ..... s'on ne se veille p&#226; ben p&#233; farme rateni quan elle tombe su la tena, elle baille on teur de tr&#233;, pou&#233; adieu &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en 1776-1779, l'image du travail paysan (que Pictet conna&#238;t bien) est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ! ...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pictet, &#233;lu le 11 f&#233;vrier, si&#232;ge dans la minorit&#233; conservatrice (le quart des d&#233;put&#233;s). Son utilisation matoise, et nationale, de l'idiome n'aura pas de suites. Retir&#233; sur ses terres de Cartigny, il cesse une intervention dialectale sans objet d&#233;sormais, sans la prolonger d'une &#233;criture &#8220;pour le plaisir&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oubli&#233;e dans la publication depuis les luttes d&#233;mocratiques des ann&#233;es 1770, la langue du peuple, en r&#233;gression d'usage, avait surgi en 1793 le temps d'un combat d'arri&#232;re-garde men&#233; par des notables. Elle ne pointera plus. Ainsi s'ach&#232;ve le cycle des interventions en prose dialectale argumentative. Leur francitude de forme et de ton ne saurait les faire d&#233;daigner : le refus de la recherche du mot rare ou pittoresque montre un usage en normalit&#233; relative (que la France conna&#238;t moins). La victoire de la R&#233;volution signe la fin de cet usage politique. La f&#234;te de l'Escalade est &#224; nouveau c&#233;l&#233;br&#233;e &#224; partir de 1793, mais par des chansons fran&#231;aises. Chenevi&#232;re, d&#233;put&#233; d&#233;mocrate mod&#233;r&#233;, ne rime que des chants patriotiques en fran&#231;ais, comme la &lt;i&gt;Carmagnole des Genevois&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt; genevois n'a pas recours au dialecte. Tout au plus, dans l'affrontement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Critique mise &#224; l'ordre du jour, 1794, condamne la violence, le style du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou la r&#233;conciliation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(H.B. Dard), Le R&#233;veil du caract&#232;re genevois ... le 3 septembre 1795.&#034; id=&#034;nh4-104&#034;&gt;104&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on &#8220;fait peuple&#8221; en utilisant un fran&#231;ais populaire bien artificiel. Seule la chanson apolitique appara&#238;t parfois marqu&#233;e de dialectalismes : ainsi de cette feuille volante o&#249; le crieur d'almanachs ne se m&#234;le gu&#232;re des affaires du temps qui conduisent &#224; la prison (il vend cependant des chansons anti-anarchistes)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le commerce de Miale.12 d&#233;cembre 1793. B.Gen&#232;ve Gf 315, vol.55,162.&#034; id=&#034;nh4-105&#034;&gt;105&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je m'appelle Citoyen Miale,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Depuis le matin je piaille,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et crie &#224; tire la rigot,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voulez-vous de mon persicot ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vais au bateau &#224; tapettes,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'y vois de ces vieilles coquettes ;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toutes me disent : mon mignon,&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vein sai me bailli du bonbon. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La langue du peuple r&#233;appara&#238;t &#224; l'impression peu avant l'annexion. Une chanson (imprim&#233;e en 1798&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exemplaire de la B.Gen&#232;ve porte la mention manuscrite &#8220;f&#233;vrier 1798&#8221;. Date (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-106&#034;&gt;106&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?) renvoie aux Genevois l'image effrayante du temps de l'&lt;i&gt;Egalit&#233;&lt;/i&gt;, sur le canevas de chanson d'Escalade utilis&#233; en 1766, 1780, 1789. Le dialecte, surgi du d&#233;chirement civil, a dans la connivence locale fonction d'exorcisme du p&#233;ril social (et de la francisation : en 1798 &lt;i&gt;l'Escalade&lt;/i&gt; est supprim&#233;e). Le texte peut &#234;tre dat&#233; de 1795-1797, p&#233;riode de relative r&#233;conciliation entre factions genevoises apr&#232;s la ch&#251;te des &#8220;terroristes&#8221;, et peut &#234;tre re&#231;u comme un texte de pression, ravivant le souvenir de l'&lt;i&gt;Egalit&#233;&lt;/i&gt; pour &#233;carter les anciens Jacobins, contre lesquels on estime la r&#233;pression insuffisante. De fait la bourgeoisie compensera la tristesse de perdre l'ind&#233;pendance (avril 1798) par le soulagement social : la France mate les 'partageux'. La scansion du refrain exprime le soulagement des &#8220;Honn&#234;tes gens&#8221;. En faisant parler patois des r&#233;volutionnaires dont l'expression publique n'a &#233;t&#233; que fran&#231;aise, on les renvoie &#224; leur recrutement le plus populaire. L'usage de la parole &#8220;basse&#8221; sert le m&#233;pris pour le peuple, mais repr&#233;sente aussi, dans la connivence patoise, l'identit&#233; &#8220;vraie&#8221; de la cit&#233; d&#233;barrass&#233;e du p&#233;ril partageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Regrets des Terroristes Genevois, Chanson sur l'air : Le verrin-nos revegni, &amp;c.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos zin viu dian noutra Vella&lt;/i&gt;Nous avons vu dans notre ville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction : Glossaire des patois de la Suisse romande.&#034; id=&#034;nh4-107&#034;&gt;107&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du tems de l'Egalita,&lt;/i&gt;Du temps de l'&#233;galit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'on pregnive la vessella&lt;/i&gt;Qu'on prenait la vaisselle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et larzan sans le compta.&lt;/i&gt;Et l'argent sans le compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le verrin-nos revegni&lt;/i&gt;Le verrons-nous revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems plaisan tant allegre ;&lt;/i&gt;Ce temps plaisant si gai (ou si agr&#233;able),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le verrin nos revegni&lt;/i&gt;Le verrons-nous revenir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems qui nos fit plaisi&lt;/i&gt;Ce temps qui nous fit plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; &#233;tre bon patriote&lt;/i&gt;Pour &#234;tre bon patriote&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faillia &#233;tre Marcelois,&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Club des Marseillais, n&#233; en f&#233;vrier 1793 de la fusion des cercles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-108&#034;&gt;108&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Il fallait &#234;tre Marseillais,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tondu, coifia, sans culotte,&lt;/i&gt;Tondu, coiff&#233;, sans culotte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To queman d&#233; Iroquois.&lt;/i&gt;Tout comme des Iroquois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On nos avai f&#233; encrare&lt;/i&gt;On nous avait fait accroire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'on ne paier&#233; peran ;&lt;/i&gt;Qu'on ne paierait plus rien ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'on pova mesi &#233; baire&lt;/i&gt;Qu'on pourrait manger et boire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hu d&#233;pens d&#233; brave zan.&lt;/i&gt;Aux d&#233;pens des braves gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos n'avions ran dian la t&#233;ta,&lt;/i&gt;Nous n'avions rien dans la t&#234;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que de partazi to lou bin.&lt;/i&gt;Que (l'id&#233;e) de partager tous les biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On san fasa ouna f&#233;ta,&lt;/i&gt;On s'en faisait une f&#234;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Crayan t&#233;ni le butin.&lt;/i&gt;Croyant tenir le butin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans compliments nos antravons&lt;/i&gt;Sans autre forme de proc&#232;s nous entrions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dedian lou grousses&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emploi de &#8220;gros&#8221; pour &#8220;grand&#8221;, typique de l'occitan et du francoproven&#231;al.&#034; id=&#034;nh4-109&#034;&gt;109&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; masons.&lt;/i&gt;Dans les grandes maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tot d'abord nos d&#233;mandavons&lt;/i&gt;Tout d'abord nous demandions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A baire &#233; m&#233;si &#224; foaison.&lt;/i&gt;A boire et (&#224;) manger &#224; foison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; corr&#233;tion paternelle&lt;/i&gt;Pour (administrer la) correction paternelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos avions d&#233; nier de bu :&lt;/i&gt;Nous avions des nerfs de b&#339;uf :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et p&#233; &#233;morzi la querelle&lt;/i&gt;Et pour d&#233;clencher la querelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On tapave sur le glu&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#232;s la fin 1792 ces rixes opposentGlu, Englu&#233;s (pl&#233;b&#233;&#239;ens &#8220;coll&#233;s&#8221; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-110&#034;&gt;110&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;On tapait sur le &#8220;Glu&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Bon bougre&#8221; &#233;tive le titre,&lt;/i&gt;&#8220;Bon bougre&#8221; &#233;tait le titre,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A la pliace de brave zan ;&lt;/i&gt;A la place de &#8220;braves gens&#8221; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sagesse, vartu, m&#233;rite,&lt;/i&gt;Sagesse, vertu, m&#233;rite,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On m&#233;presive to &#231;an.&lt;/i&gt;On m&#233;prisait tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A S&#233;ne nos sagative&lt;/i&gt;A Ch&#234;ne nous massacrions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;sinence -ive d'une 3&#232;me personne ; l'auteur semble m&#233;langer les formes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-111&#034;&gt;111&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On certin nomma Burdet&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au printemps 1793, les Marseillais marchant sur Jussy (N.E de Gen&#232;ve) o&#249; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-112&#034;&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;Un certain nomm&#233; Burdet,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou anglua se casive&lt;/i&gt;Les Englu&#233;s se cachaient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Car leu compte &#233;ta to pr&#232;s.&lt;/i&gt;Car leur compte &#233;tait tout pr&#234;t ? pr&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dedian la bella parada&lt;/i&gt;Dans la belle parade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que nos firon &#224; Jussy&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A Jussy (Cf.supra).&#034; id=&#034;nh4-113&#034;&gt;113&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; ;&lt;/i&gt;Que nous f&#238;mes &#224; Jussy ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sapon, polet &#233; polarda,&lt;/i&gt;Chapons(s), poulet(s), et poularde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To fu pra san ran choisi.&lt;/i&gt;Tout fut pris sans rien choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Zor &#233; nai l'on samouzave&lt;/i&gt;Jour et nuit l'on s'amusait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A bailli d&#233; coup de b&#226;ton,&lt;/i&gt;A donner des coups de b&#226;ton,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et noutre zan lou pe brave&lt;/i&gt;Et nos gens les plus braves&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sagative hu bastion.&lt;/i&gt;Massacraient aux Bastions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos avion p&#233; ne ran fare&lt;/i&gt;Nous avions pour ne rien faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Saquion on d&#233;mi-&#233;cu :&lt;/i&gt;Chacun un demi-&#233;cu :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou enfans avoi la mare&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article est mis pour le possessif. Forme typiquement francoproven&#231;ale et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-114&#034;&gt;114&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;{}Les enfants avec leur (litt.la) m&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A pou pr&#232;s on quart-d'&#233;cu.&lt;/i&gt;A peu pr&#232;s un quart d'&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et quan larzan nos manquave&lt;/i&gt;Et quand l'argent nous manquait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos assomavion quaquion ;&lt;/i&gt;Nous assommions quelqu'un ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De larzan on nos baillive&lt;/i&gt;On nous donnait de l'argent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; tota punition.&lt;/i&gt;Pour toute punition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant la mason de v&#233;la,&lt;/i&gt;Devant l'H&#244;tel de Ville,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En pr&#233;sence d&#233; Justicier,&lt;/i&gt;En pr&#233;sence des Juges et Jur&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; serci ouna querella&lt;/i&gt;Pour chercher une querelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Assomavons Baudit &#233; Pradier&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pradier, 1764-1796, (famille originaire de Languedoc), chef des Englu&#233;s, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-115&#034;&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;Nous assommions Baudit et Pradier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou seveau qui nos m&#233;navon&lt;/i&gt;Les chevaux qui nous emmenaient&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dedian leu cabriolet&lt;/i&gt;Dans leurs cabriolets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yon Micaily s'appellavon&lt;/i&gt;S'appelaient l'un Micheli&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Yon Laba, l&#226;tre Pictet&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors de la marche sur Jussy, .Micheli, syndic de la Garde en dec.1792, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-116&#034;&gt;116&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;L'un Labat, l'autre Pictet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To lou re&#231;o patriote&lt;/i&gt;Tous les riches patriotes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Avions le pan &#224; six sous ;&lt;/i&gt;Avaient le pain &#224; six sous ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou anglua fazion la potte,&lt;/i&gt;Les Englu&#233;s faisaient la moue,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faillia le pay nou sous.&lt;/i&gt;(il leur) fallait le payer neuf sous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&lt;i&gt;o lo pan qu'on no baillive&lt;/i&gt;Tout le pain qu'on nous donnait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et la vianda san ran pay :&lt;/i&gt;Et la viande sans rien payer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ben cher lou anglua payve,&lt;/i&gt;Les Englu&#233;s le payaient bien cher,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et bounireux qui en avai.&lt;/i&gt;Et bienheureux qui en avait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To le beurre qu'on apportave&lt;/i&gt;Tout le beurre qu'on apportait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Eta p&#233; lou Marseillois :&lt;/i&gt;Etait pour les &#8220;Marseillais&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lou anglua s'en passave,&lt;/i&gt;Les Englu&#233;s s'en passaient,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Car nos leu fazion la loi.&lt;/i&gt;Car nous leur faisions la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y&#233;ta on paradi terrestre&lt;/i&gt;C'&#233;tait un paradis terrestre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du tems de l'&#233;galita,&lt;/i&gt;Du temps de l'Egalit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos en perdin to la t&#233;ta&lt;/i&gt;Nous en perdons la t&#234;te&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ne povan pas mai dera.&lt;/i&gt;(cela) ne pouvait plus durer.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction la plus acceptable pour le sens, mais la syntaxe, si l'auteur l'a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-117&#034;&gt;117&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos le vayen, c'est fini,&lt;/i&gt;Nous le voyons, c'est fini,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#233; tems plaisan tan all&#232;gre ;&lt;/i&gt;Ce temps plaisant si agr&#233;able ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos le vayen, c'est fini&lt;/i&gt;Nous le voyons, c'est fini&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;P&#233; n'&#234;tre pliet que m&#233;presi.&lt;/i&gt;Pour n'&#234;tre plus que m&#233;pris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jamais pe bella morale&lt;/i&gt;Jamais plus belle morale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que nos zin tu en c&#233; tems ;&lt;/i&gt;Que nous ayons eu en ce temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;Elle n'est plus, la belle morale que nous e&#251;mes tous en ce temps de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-118&#034;&gt;118&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais dedian noutre anale&lt;/i&gt;Mais dans nos annales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On s'en sevindra longtems.&lt;/i&gt;On s'en souviendra longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos vayen bin vegni&lt;/i&gt;Nous voyons bien venir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Noutre remords &#233; angoises.&lt;/i&gt;Nos remords et angoisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nos vayen bin vegni&lt;/i&gt;Nous voyons bien venir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que nos sin p&#233; torzo maudi.&lt;/i&gt;Que nous sommes pour toujours maudits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'annexion &#224; la France dispara&#238;t la vie politique, et donc l'&#233;criture dialectale qui, significativement, c&#232;de la place aux restitutions patrimoniales : alors que l'Escalade est supprim&#233;e depuis 1798, on publie en 1805 un anonyme &lt;i&gt;Recueil des plus anciennes chansons de l'Escalade&lt;/i&gt; auquel Sismondi, retour d'&#233;migration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sismondi, Jean Charles, fils de pasteur. Gen&#232;ve 1773-1842. professe De la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-119&#034;&gt;119&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas &#233;tranger. Le patriotisme genevois, d&#233;sormais sans objet (l'idiome rapproche les adversaires d'antan, citoyens du m&#234;me d&#233;partement), est sublim&#233; dans l'appartenance &#224; la langue du Midi. La prise en compte de l'idiome est &#233;cartel&#233;e entre l'impossibilit&#233; d'&#233;crire le parler du peuple, et la valorisation &#233;rudite de son statut historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'L'une d'elles cependant, compos&#233;e par un Savoyard pour rappeler les deux Peuples &#224; la bienveillance l'un envers l'autre, n'est pas d&#233;pourvue de sensibilit&#233; et d'une certaine gr&#226;ce. /.../ Ce petit recueil peut devenir pr&#233;cieux non-seulement aux Genevois et &#224; ceux qui s'occupent de l'histoire de ce D&#233;partement, mais encore des Philologues, qui y verront combien la langue Romance a de rapports avec le Portugais, l'Espagnol, le Proven&#231;al et l'Italien, ou plut&#244;t combien sont rapproch&#233;s tous les dialectes de la langue unique du midi de l'Europe'. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence des d&#233;partements proches (Ain, Mont Blanc), les textes de l'enqu&#234;te de 1807 ne sont pas publi&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B.N.Paris, NAFr.5911. La &#8220;Parabole en langage G&#233;nevois des environs de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-120&#034;&gt;120&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le patriotisme genevois ne doit pas &#234;tre r&#233;veill&#233;. Et le pr&#233;fet utilise l'information pour d&#233;nier une sp&#233;cificit&#233; genevoise, et cautionner l'annexion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Je dois vous observer, Monseigneur, que le Maire de cete ville en m'adressant la traduction qu'il a fait faire de cette pi&#232;ce en patois genevois, m'observe que ce patois n'a jamais eu un caract&#232;re original, et que Gen&#232;ve ayant &#233;t&#233; en tous tems, le centre des affaires de commerce avec les pa&#239;s voisins, le Chablay, le Faucigny, les Cantons de Gex et Collonge et la Suisse, cette circonstance a du mettre dans le langage dit patois, un m&#233;lange de tous les patois environnans&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'usage oral de l'idiome demeure, renforc&#233; par les liens nouveaux avec la Savoie : on voyait&lt;i&gt;&#8220;sous le r&#233;gime imp&#233;rial, des magistrats ... s'en servir pour interroger ceux de nos voisins annex&#233;s qui ne comprenaient rien du fran&#231;ais&#8221;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph.Plan, La Conspiration de Compesi&#232;res, Gen&#232;ve, Cherbuliez, 1870.&#034; id=&#034;nh4-121&#034;&gt;121&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'arriv&#233;e de travailleurs savoyards dans le terroir joue aussi. En 1870 Plan &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph.Plan, La Conspiration de Compesi&#232;res, Gen&#232;ve, Cherbuliez, 1870.&#034; id=&#034;nh4-122&#034;&gt;122&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'il y a peu chacun en ville comprenait l'idiome, et que l'on distinguait &lt;i&gt;&#8220;&#224; la prononciation de son &lt;/i&gt;&lt;i&gt;patois un habitant du quartier de la Madeleine d'un habitant de &#8220;darnier&#8221; le Rh&#244;ne&#8221;&lt;/i&gt;. Mais Gen&#232;ve ne conna&#238;tra plus d'&#233;criture dialectale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1793, le notable patoisant a servi une cause politique, non la d&#233;fense de l'idiome. On comprend pourquoi Gen&#232;ve ne portera aucune tentative de maintenance. Son &#233;criture n'a pas &#233;t&#233; tentative litt&#233;raire fond&#233;e sur l'&#233;nergie et la na&#239;vet&#233; d'un parler abandonn&#233; au peuple, mais sa vigueur citoyenne fait mesurer, en rapport au blanc d'&#233;criture savoyarde, combien l'&#233;criture d'un m&#234;me idiome proc&#232;de moins de la r&#233;alit&#233; d'usage (l'idiome est bien plus parl&#233; en Savoie) que des conditions de reconnaissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed. critique. J.Jeanjaquet, &lt;i&gt;Bulletin du Glossaire des patois de la Suisse Romande&lt;/i&gt;, 1912. Les &#233;ditions du 18e s. sont accompagn&#233;es de textes fran&#231;ais, dont des chansons d'Escalade.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1547, un placard patois (qui co&#251;te la vie &#224; son auteur), d&#233;nonce l'intrusion calviniste. En 1688, contre l'arriv&#233;e des r&#233;fugi&#233;s r&#233;form&#233;s, l'idiome unit les &#8220;vrais&#8221; Genevois dans un unanimisme mythique. &lt;i&gt;Nous vivions tous coman de bons compares ; Dans ce bon temps nos etivons t&#244; frares, Sans vanita et t&#244; de bouna fai, Nos alavon notrou chemin te drai.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Y a ben cent trante nou ans&#8221;, &#8220;Y a ben cent quarante trai ans&#8221;. &lt;/i&gt;Le &lt;i&gt;Recueil&lt;/i&gt; des chansons de l'Escalade, Gen&#232;ve (1805) insiste sur l'existence de ces deux strates. Cf. supra : &#8220;Savoie&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. ms. de la 1ere moiti&#233; du 18e s. : satires historiques, tirades dans une pi&#232;ce sur l'Escalade.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emile Rivoire, &lt;i&gt;Bibliographie historique de Gen&#232;ve au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Jullien, 1897.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rousseau, Pr&#233;ambule du &lt;i&gt;Discours sur l'in&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le patois des dames de Montpellier le navre. Sur son fran&#231;ais, cf. A.Fran&#231;ois, &#8220;Les provincialismes suisses-romands et savoyards de J.J. Rousseau&#8221;, &lt;i&gt;Ann.Soc. J.J.Rousseau&lt;/i&gt;, III, 1907.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Marqua rel&#233;gu&#233; dans le fond des bois&lt;/i&gt;, 1766.&lt;i&gt;&#8220;Citoiens, ... rel&#233;gu&#233;s (sic) le termes (sic) de &#8220;marqua&#8221; dans le fond des f&#244;rets&#8221;.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Marqua&lt;/i&gt;, terme de chasse (&#8220;prenez garde&#8221;), d&#233;signe le parti du pouvoir. &lt;i&gt;L'espion de Geneve, ou lettre de la Crapoula &lt;/i&gt;(1782).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Vaissia ce zeur d'Escalada / Y no fau bin diverti ; / Mezin la bouna salada, / Egayin-no, mouz ami. / le verrin-no revegni / Celi bau zeur d'Escalada, / Le verrin-no revegni, / Celi zeur que fa plaisi&lt;/i&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rejet&#233;s par le Conseil G&#233;n&#233;ral, les dirigeants font appel aux M&#233;diateurs (Berne, Zurich, France) qui sont d&#233;j&#224; intervenus lors des M&#233;diations de 1707 et 1738.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 15 d&#233;c. 1766, appuy&#233; par une foule arm&#233;e, le Conseil G&#233;n&#233;ral o&#249; dominent les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; rejette le projet des M&#233;diateurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Qui&lt;/i&gt;, &#8220;Qu'ils&#8221; : les &#8220;aristocrates&#8221; des 200. Leur &lt;i&gt;Prononc&#233; des Garants&lt;/i&gt;, qui assouplit les d&#233;cisions de 1766, est connu d&#233;but d&#233;cembre : c'est alors qu'intervient le Batelier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La M&#233;diation de 1738 a garanti au Conseil G&#233;n&#233;ral le pouvoir l&#233;gislatif, le droit de censurer les magistrats sortant de charge, de refuser les syndics que lui pr&#233;sentent les 200, mais pas de les proposer (les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; demandent l'&#233;lection des 200 par le C.G). Les 4 Syndics dirigent le Petit Conseil : c'est le gouvernement. En d&#233;c. 1767, les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; refusent d'&#233;lire les magistrats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abraham G&#233;d&#233;on Binet, Geneve, 1725-1800, n&#233;gociant horloger. Emprisonn&#233; pour complicit&#233; de vol, puis lib&#233;r&#233;, il ne cesse de protester contre les emprisonnements sur suspicion. Son &lt;i&gt;Projet&lt;/i&gt; date du 11 d&#233;cembre 1767. Nous remercions les Archives d'Etat de Gen&#232;ve pour leur aimable information&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#232;me constant de la trahison : les aristocrates ach&#232;tent des citoyens en vue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nadition&lt;/i&gt; : &#8220;audition&#8221;. Traitement en fausse na&#239;vet&#233; d'un terme administratif, inexistant en patois. &#8220;Emprisonnement sans audition&#8221; : on peut arr&#234;ter sur d&#233;nonciation (Cf.Binet, supra). En 1768, les citoyens obtiendront des garanties de s&#251;ret&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On voit combien l'auteur (ou l'imprimeur) n&#233;glige la norme orthographique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Millecanton&#8221;, frai, petite perche. Le R&#232;glement de la m&#233;diation de 1738 interdisait d'augmenter les postes de garde sans l'aval du Conseil G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Coppet, en face d'Hermance, est &#224; la Savoie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mot assez obscur : roulement de tambour, rappel, protestation ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Mandement, &#224; l'ouest de Gen&#232;ve, au nord du Rh&#244;ne. Gen&#232;ve y a repris le pouvoir seigneurial de l'&#233;v&#234;que. La Champagne : A l'ouest de Gen&#232;ve, au sud du Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#224; encore, nous ne savons pas s'il y a eu ant&#233;rieurement une lettre patoise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les oligarques des 200 et du Petit Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Droit de &#8220;repr&#233;sentation&#8221; (d'o&#249; le nom de &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt;). Les dirigeants r&#233;pondent le 19 juin 1776.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les dirigeants, apr&#232;s 'r&#233;vision', veulent publier en code les lois en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1707, le mouvement populaire avait demand&#233; une r&#233;forme du syst&#232;me d'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;31 ans apr&#232;s la m&#233;diation de 1707, (M&#233;diation de 1738), les d&#233;mocrates arrachent des concessions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Nous ne sommes plus dans ce malheureux temps o&#249; ils &#233;taient les ma&#238;tres&#8221;. (Avant 1738).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis 1768, le Conseil G&#233;n&#233;ral peut destituer chaque ann&#233;e 4 membres du Petit Conseil. Les &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; mod&#233;r&#233;s sanctionnent en cas de malversation. L'auteur plus radical veut mettre tous dehors (&lt;i&gt;bouta tau de feur&lt;/i&gt;), ceux qui, n'ayant pas tenu leurs engagements, sont mauvais payeurs !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Saladin de Crans. Le texte joue , en devinette populaire, sur la description de la salade.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les oligarques violent le r&#232;glement de 1738 en exhumant des lois ant&#233;rieures moins d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Conseil G&#233;n&#233;ral avait obtenu le droit d'&#233;lire une moiti&#233; des 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les d&#233;fections de ceux qu'on appelle alors &#8220;les habits tourn&#233;s&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De s&#233; bin&lt;/i&gt;, &#8220;Je sais bien&#8221;, le texte a commenc&#233; par employer la notation &lt;i&gt;ze&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Choully, village du c&#244;teau, commune de Satigny.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;D&#233;&lt;/i&gt;, &#8220;j'ai&#8221;. &lt;i&gt;De&lt;/i&gt; &#8220;je&#8221;, est not&#233; &lt;i&gt;ze&lt;/i&gt; dans le texte pr&#233;c&#233;dent. Puis le Manchot revient &#224; &lt;i&gt;Ze&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;on&lt;/i&gt; &lt;i&gt;na&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;onna&lt;/i&gt;, &#8220;une&#8221;. Indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de la coh&#233;rence orthographique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est tout l'objet du d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la position des &lt;i&gt;Repr&#233;sentants&lt;/i&gt; mod&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On joue sur le plaisir de l'identification de ces repr&#233;sentants qui sont &lt;i&gt;defeur&lt;/i&gt;, dehors.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Englua&lt;/i&gt;, englu&#233;, s&#233;duit par l'aristocratie. L'insulte des ann&#233;es 1790 est donc d&#233;j&#224; attest&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avouilly, Avully, sur le Rh&#244;ne, village de la Champagne, au sud-ouest de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B.C.Gen&#232;ve Gf 72. Cf. E.Rivoire, &lt;i&gt;Bibl. hist. de Gen&#232;ve&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, 1897. Cf. supra, Savoie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Appellation savoureuse des d&#233;chirements genevois. &#8220;mauvais caprice&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;Projet de r&#233;vision de l'Edit politique &lt;/i&gt;est pr&#233;par&#233; en 1778.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En regrettant que les Genevois ne soient pas rest&#233;s tranquillement &#8220;boire avec leurs femmes&#8221;, le Savoyard repr&#233;sente les point de vue conservateurs des gouvernements savoyard et genevois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carouges, localit&#233; savoyarde imm&#233;diatement au sud de Gen&#232;ve. A partir de 1772 le projet est avanc&#233; d'y d&#233;velopper une vraie ville concurren&#231;ant l'horlogerie et la lunetterie genevoises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Versoix, localit&#233; fran&#231;aise sur la rive droite du lac, face &#224; Gen&#232;ve. Le projet p&#233;riclite apr&#232;s 1778.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monnetier est &#224; quelques kilom&#232;tres de Carouge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Publicit&#233; d&#233;taill&#233;e pour la cr&#233;ation savoyarde, pourvue d'une &#233;glise, de deux foires, de march&#233;s, de franchises, tol&#233;rante au culte protestant, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Th&#233;odore Rilliet, 1727-1783, avocat, leader &lt;i&gt;repr&#233;sentant&lt;/i&gt;. Publie en 1779 &lt;i&gt;Lettres sur l'emprunt et l'imp&#244;t&lt;/i&gt;. Il est parent d'Ami Rilliet, chef des &lt;i&gt;Constitutionnaires&lt;/i&gt; ultra-&lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Aristocrates (jeu sur le mot : ils &#233;crivent beaucoup) : les 105 &lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt; des 200 l'ont emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Conseil G&#233;n&#233;ral, assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Citoyens et Bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Onex, pr&#232;s de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette gravure d'inversion carnavalesque est tr&#232;s r&#233;pandue en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le proc&#232;s en divorce contre Ursule de Planta, sa seconde &#233;pouse, soul&#232;vera les passions et attirera &#224; Rilliet une condamnation &#224; six mois de r&#233;clusion pour calomnie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grabeau : censure de la gestion et de la conduite des magistrats sortant de charge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Messieurs et tr&#232;s hautes seigneuries&#8221; : reconnaissance de la souverainet&#233; du C. G&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Preuve, s'il en &#233;tait besoin, de la supr&#233;matie du fran&#231;ais dans le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la premi&#232;re fois que le nom est donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Conseil G&#233;n&#233;ral regroupe pr&#232;s de 1400 citoyens, dont 600 de la Fabrique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isaac Cornuaud, Gen&#232;ve, 1743-1820. Ses grands-parents &#233;taient des r&#233;fugi&#233;s huguenots de Poitou et de Languedoc. Isaac sera, comme son p&#232;re, monteur en boites puis teneur de livres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Savoyard&#8221;, appellation ordinaire de l'idiome. Il est &#8220;langage&#8221; pour les chansons de l'Escalade, les textes politiques ne le nomment pas : Cornuaud utilise le mot &#8220;patois&#8221;, p&#233;joratif ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires d'Isaac Cornuaud&lt;/i&gt;, publi&#233;s par Mlle E.Cherbuliez, Gen&#232;ve, Jullien, 1912.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; proximit&#233; de Gen&#232;ve, au sud-ouest.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On mesure le sens de la modification orthographique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. supra, les discussions sur le code.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Conseil des 200.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allusion &#224; l'origine languedocienne des &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt; ? &#224; leurs revendications d'&#233;galit&#233; &#233;conomique ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le mot est masculin. Bon exemple de la s&#251;ret&#233; patoise de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Norme&#8221; est le nom donn&#233; &#224; ces pi&#232;ces politiques versifi&#233;es depuis le XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de la chanson de l'Escalade d&#233;j&#224; utilis&#233;e par les couplets de 1766 (cf.supra).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mauvais et fr&#233;quent jeu de mot sur &#8220;cornet&#8221; : &#8220;tuyau&#8221;, &#8221;canon&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis Ferney Voltaire soutient les &lt;i&gt;Natifs&lt;/i&gt;. Cornuaud a lu Rousseau, mais ne le suit pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour payer ses dettes, Cornuaud a travaill&#233; dur et tir&#233; sur les tarifs des monteurs de boites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cornuaud, apr&#232;s sa faillite de monteur de boites, apprend l'arithm&#233;tique et tient des livres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il enseigne les math&#233;matiques puis vit de sa plume avec l'appui financier du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette accusation est &#233;galement port&#233;e par la publication en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#8220;Peu de jours apr&#232;s la publication de ma lettre, me promenant seul sur les remparts de St Gervaix, un matin, j'y trouvai un essaim de jeunes Natifs partisans des Repr&#233;sentants, qui se mirent &#224; s'&#233;gayer sur mon compte, en chantant quelques couplets qu'on avait fait contre moi&#8221;. &lt;/i&gt;Cornuaud, Op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Petit dialogue entre David Matagrin et Alphonce Pique Loeil Citoyen du bon Coin&lt;/i&gt;, 1780,&lt;i&gt;&#8220;un dialogue qui est rempli de faute d'ortographe &amp; de fran&#231;ois, vous y trouverez des expressions un peu dures, burlesques, peut-&#234;tre m&#234;me trivialles&#8221; &lt;/i&gt;r&#233;pond &#224; Cornuaud (&lt;i&gt;Suite du Natif patriote&lt;/i&gt;, ao&#251;t 1780). L'orthographique est volontairement fautive, le style est celui d'une conversation normale entre un &lt;i&gt;Repr&#233;sentant&lt;/i&gt; et un &lt;i&gt;Natif&lt;/i&gt;, artisans de l'horlogerie. Seule mention du patois : &lt;i&gt;bouta defeur&lt;/i&gt; &#8220;mettre dehors&#8221;, appellation populaire du droit de rejeter les dirigeants par le Conseil G&#233;n&#233;ral : &lt;i&gt;&#8220;je voudrais avoir un &#8220;bouta defeur&#8221; comme diable je relancerai un bavard de cette sorte&#8221;&lt;/i&gt; (Cornuaud, appel&#233; aussi&lt;i&gt;Tuio&lt;/i&gt; !).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#233;galement sa remarque, &#233;voqu&#233;e supra, &#224; propos du patois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Tzanson novalla sur l'air : Et ho ! lon la. Per on Paysan d&#232; La Vaux&lt;/i&gt;. (1782).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction &lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Zentis&lt;/i&gt; (&#8220;Noble&#8221;) in chanson de l'Escalade, supra &#8220;Savoie&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note de Chenevi&#232;re : &#8220;J.J.Rousseau&#8221;. Cf. supra l'&#233;vocation du cousin Bernard &lt;i&gt;&#8220;Bredanna&#8221;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Couplet cit&#233;, avec une autre graphie, in Ph.Plan, &lt;i&gt;La Conspiration de Compesi&#232;res&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Cherbuliez, 1870, comme exemple de nostalgie du temps de bonhommie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. R.Merle, &#8220;L'intervention dialectale dans le grand Sud-Est&#8221;, &lt;i&gt;Le texte occitan de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, Montpellier, A.I.E.O, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce physiocrate fait prosp&#233;rer sa propri&#233;t&#233; de Cartigny (dans la Champagne), face au Mandement. Son parler est donc celui de Dian et du Manchot (Cf. supra).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;je&#8221;. Cf. les h&#233;sitations entre &lt;i&gt;De&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ze&lt;/i&gt; dans les textes de 1776-1779.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les contre-r&#233;volutionnaires ont int&#233;r&#234;t &#224; pr&#233;senter comme des partisans du rattachement &#224; la France les r&#233;volutionnaires genevois, en fait tr&#232;s attach&#233;s &#224; l'ind&#233;pendance de la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Affaire&#8221;. Le mot est masculin. L'auteur est bon connaisseur du patois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P.Plan, op.cit., cite cette critique en preuve du &lt;i&gt;&#8220;caract&#232;re vraiment r&#233;publicain de Pictet&#8221;&lt;/i&gt;, sans tenir compte de la suite du texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notation fran&#231;aise. Le texte utilise ensuite aussi la forme dialectale &lt;i&gt;De&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Mistral, &lt;i&gt;Tr&#233;sor&lt;/i&gt; : &#8220;bon gar&#231;on&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;y&lt;/i&gt; inanalysable, coquille ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Construction intraduisible. &#8220;Farauder&#8221; : en fran&#231;ais du temps &#8220;boire, s'amuser&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Indiff&#233;rence graphique : &#8220;alouette&#8221; &#233;crit de fa&#231;on diff&#233;rente &#224; quelques mots d'intervalle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La grenouille (&lt;i&gt;renolie&lt;/i&gt;) qui voulait se faire aussi grosse que le b&#339;uf (&lt;i&gt;bu&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme en 1776-1779, l'image du travail paysan (que Pictet conna&#238;t bien) est utilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Critique mise &#224; l'ordre du jour&lt;/i&gt;, 1794, condamne la violence, le style du &lt;i&gt;P&#232;re Duch&#234;ne&lt;/i&gt; genevois, mais approuve ses conseils : &lt;i&gt;&#8220;faisons force p&#233;clets &amp; plantons des tuffelles&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-104&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-104&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;104&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(H.B. Dard), &lt;i&gt;Le R&#233;veil du caract&#232;re genevois ... le 3 septembre 1795&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-105&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-105&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;105&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le commerce de Miale&lt;/i&gt;.12 d&#233;cembre 1793. B.Gen&#232;ve Gf 315, vol.55,162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-106&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-106&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;106&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exemplaire de la B.Gen&#232;ve porte la mention manuscrite &#8220;f&#233;vrier 1798&#8221;. Date de la publication ou d'une acquisition ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-107&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-107&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;107&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction : &lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-108&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-108&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;108&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Club des Marseillais, n&#233; en f&#233;vrier 1793 de la fusion des cercles r&#233;volutionnaires. Le nom rend hommage &#224; l'avant-garde fran&#231;aise de 1792.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-109&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-109&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;109&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emploi de &#8220;gros&#8221; pour &#8220;grand&#8221;, typique de l'occitan et du francoproven&#231;al.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-110&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-110&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;110&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#232;s la fin 1792 ces rixes opposent&lt;i&gt;Glu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Englu&#233;s&lt;/i&gt; (pl&#233;b&#233;&#239;ens &#8220;coll&#233;s&#8221; &#224; l'aristocratie : nous avons signal&#233; le mot dans un texte ant&#233;rieur. Cf. supra) et les r&#233;volutionnaires que les &lt;i&gt;englu&#233;s&lt;/i&gt; appellent les &lt;i&gt;emmerd&#233;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-111&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-111&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;111&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;sinence -&lt;i&gt;ive&lt;/i&gt; d'une 3&#232;me personne ; l'auteur semble m&#233;langer les formes grammaticales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-112&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-112&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;112&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au printemps 1793, les &lt;i&gt;Marseillais&lt;/i&gt; marchant sur Jussy (N.E de Gen&#232;ve) o&#249; les aristocrates auraient soulev&#233; des paysans, tuent &#224; Ch&#234;ne Burdet, gar&#231;on tonnelier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-113&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-113&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;113&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A Jussy (Cf.supra).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-114&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-114&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;114&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article est mis pour le possessif. Forme typiquement francoproven&#231;ale et occitane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-115&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-115&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;115&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pradier, 1764-1796, (famille originaire de Languedoc), chef des &lt;i&gt;Englu&#233;s&lt;/i&gt;, captur&#233; avec Baudit lors d'une exp&#233;dition nocturne contre les r&#233;volutionnaires), condamn&#233; au bannissement, mais massacr&#233; par la foule &#224; la sortie du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-116&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-116&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;116&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors de la marche sur Jussy, .Micheli, syndic de la Garde en dec.1792, Labat, son beau-fr&#232;re, (famille originaire du Gard) , Ultra-&lt;i&gt;N&#233;gatifs&lt;/i&gt;, sont arr&#234;t&#233;s, puis innocent&#233;s. En 1794, Pictet fuit et vivra 2 ans au Pays de Vaud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-117&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-117&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;117&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Traduction la plus acceptable pour le sens, mais la syntaxe, si l'auteur l'a respect&#233;e, inviterait &#224; comprendre : (nous) ne pouvant plus l'endurer, le supporter ? le faire durer ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-118&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-118&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;118&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;Elle n'est plus, la belle morale que nous e&#251;mes tous en ce temps de l'Egalit&#233;&#8221; ? ou : &#8220;Jamais (il n'y aura, eut) morale plus belle que celle que nous avons eu ...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-119&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-119&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;119&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sismondi, Jean Charles, fils de pasteur. Gen&#232;ve 1773-1842. professe &lt;i&gt;De la Litt&#233;rature du midi de l'Europe&lt;/i&gt;, Paris, 1813, qui exalte les Troubadours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-120&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-120&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;120&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;B.N.Paris, NAFr.5911. La &lt;i&gt;&#8220;Parabole en langage G&#233;nevois des environs de la ville&#8221;&lt;/i&gt; diff&#232;re de celle publi&#233;e plus tard par le professeur Pictet (homonyme de Pictet de Rochemont).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-121&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-121&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;121&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph.Plan, &lt;i&gt;La Conspiration de Compesi&#232;re&lt;/i&gt;s, Gen&#232;ve, Cherbuliez, 1870.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-122&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-122&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;122&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph.Plan, &lt;i&gt;La Conspiration de Compesi&#232;res&lt;/i&gt;, Gen&#232;ve, Cherbuliez, 1870.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue - Pr&#233;sentation linguistique </title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article609</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article609</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:44:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Francoproven&#231;al</dc:subject>
		<dc:subject>Suisse</dc:subject>
		<dc:subject>Glossaire des patois de la Suisse romande</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Pr&#233;sentation linguistique &lt;br class='autobr' /&gt;
Probl&#232;mes de graphie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Oraux par d&#233;finition, les patois sont difficiles &#224; transcrire dans une graphie imitant celle du fran&#231;ais, langue qui ne poss&#232;de pas n&#233;cessairement tous leurs sons et qui, par les ambigu&#239;t&#233;s phon&#233;tiques de sa propre orthographe, ne garantit pas toujours l'unicit&#233; de l'interpr&#233;tation. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot3" rel="tag"&gt;Francoproven&#231;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot777" rel="tag"&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_253 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-3-44308.jpg?1791715833' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation linguistique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Probl&#232;mes de graphie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oraux par d&#233;finition, les patois sont difficiles &#224; transcrire dans une graphie imitant celle du fran&#231;ais, langue qui ne poss&#232;de pas n&#233;cessairement tous leurs sons et qui, par les ambigu&#239;t&#233;s phon&#233;tiques de sa propre orthographe, ne garantit pas toujours l'unicit&#233; de l'interpr&#233;tation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les conditions d'&#233;dition de ce bulletin ne nous ayant pas permis d'utiliser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour assurer cette derni&#232;re (avec cependant dans quelques cas une marge de doute), il convient donc de recourir &#224; la comparaison avec ces m&#234;mes patois dans un &#233;tat ult&#233;rieur, celui dans lequel ils ont &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s scientifiquement (fin XIXe et d&#233;but XXe s.) ; dans la plupart de ces textes, la diff&#233;rence par rapport au deuxi&#232;me &#233;tat est d'ailleurs n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes genevois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialecte haut-savoyard poss&#232;de un couple de consonnes inconnu du fran&#231;ais, les fricatives interdentales sourde (anglais &lt;i&gt;th&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;thing&lt;/i&gt;) et sonore (anglais &lt;i&gt;th&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;this&lt;/i&gt;) qui sont traditionnellement rendues &#224; Gen&#232;ve par les diff&#233;rentes graphies fran&#231;aises des fricatives dentales. Ainsi, &lt;i&gt;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ss&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;z&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ci&lt;/i&gt;, doivent-ils s'interpr&#233;ter tant&#244;t comme en fran&#231;ais (&lt;i&gt;receu&lt;/i&gt; &#8220;re&#231;u&#8221;, &lt;i&gt;fasse&lt;/i&gt; &#8220;fasse&#8221;, &lt;i&gt;soihaite&lt;/i&gt; &#8220;souhaite&#8221;, &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt; &#8220;raison&#8221;, &lt;i&gt;chuza&lt;/i&gt; &#8220;chose&#8221;), tant&#244;t, l&#224; o&#249; le mot fran&#231;ais correspondant pr&#233;senterait une des chuitantes (fran&#231;ais &lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;j&lt;/i&gt;), en interdentales (&lt;i&gt;facia&lt;/i&gt; &#8220;fach&#233;&#8221;, &lt;i&gt;acetteri&lt;/i&gt; &#8220;ach&#232;terais&#8221;, &lt;i&gt;mosse&lt;/i&gt; &#8220;mouche&#8221;, &lt;i&gt;gause&lt;/i&gt; &#8220;gauche&#8221;, &lt;i&gt;zay&lt;/i&gt; &#8220;j'ai&#8221;, &lt;i&gt;corazo&lt;/i&gt; &#8220;courage&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre apparaissent dans chacun de ces textes, concurremment avec ces types attendus, les graph&#232;mes fran&#231;ais &lt;i&gt;ch&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;j&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;chaque&lt;/i&gt; &#224; c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;saquion&lt;/i&gt; &#8220;chacun&#8221;, &lt;i&gt;Gen&#232;ve&lt;/i&gt; &#224; c&#244;t&#233; de &lt;i&gt;Zen&#232;va&lt;/i&gt;, etc.) dont il n'est pas possible de dire s'ils recouvrent une contamination de la prononciation par le fran&#231;ais ou s'ils r&#233;sultent d'un simple r&#233;flexe graphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les digrammes vocaliques oraux sont &#224; interpr&#233;ter, comme en fran&#231;ais, en monophtongues, &#224; coup s&#251;r pour &lt;i&gt;au&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;eu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;, tr&#232;s probablement pour &lt;i&gt;ai&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ay&lt;/i&gt;, ainsi qu'en t&#233;moignent les doublets &lt;i&gt;avai&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;av&#233;&lt;/i&gt; &#8220;avoir&#8221;, &lt;i&gt;endrai&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;endra&lt;/i&gt; &#8220;endroit&#8221;, &lt;i&gt;etay&lt;/i&gt; &#8220;est-il&#8221;, &lt;i&gt;ditt&#233;&lt;/i&gt; &#8220;dit-il&#8221;, etc. Par contre, &lt;i&gt;oi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;oy&lt;/i&gt;, a, comme en fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, une prononciation diphtongu&#233;e &lt;i&gt;ou&#232;&lt;/i&gt;, cf. &lt;i&gt;avoy&lt;/i&gt; - &lt;i&gt;avou&#233;&lt;/i&gt; &#8220;avec&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re difficult&#233; importante d'interpr&#233;tation r&#233;side dans le digramme nasal &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; qui se retrouve dans chaque texte en situation de doublet phon&#233;tique avec les groupes non ambigus &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ain&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;in&lt;/i&gt;) et &lt;i&gt;an&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;an&lt;/i&gt;), cf. &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;en&lt;/i&gt;, &#8220;en&#8221; (pron.), &lt;i&gt;sen&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;san&lt;/i&gt; &#8220;cela&#8221;, &lt;i&gt;ben&lt;/i&gt; &#8220;bien&#8221; (o&#249; &lt;i&gt;ban&lt;/i&gt; est exclus). En fait, si, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, le groupe doit &#234;tre inclus dans le registre de &lt;i&gt;a&lt;/i&gt;, celui de &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; ne peut &#234;tre toujours &#233;cart&#233;, le ph&#233;nom&#232;ne t&#233;moignant d'un flottement encore perceptible dans le dernier &#233;tat de ces patois quant au degr&#233; d'aperture de la nasale issue de &lt;i&gt;en&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;, latins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes vaudois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne pr&#233;sentent gu&#232;re de probl&#232;mes ; seuls les digrammes vocaliques oraux demandent une explication : &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;eu&lt;/i&gt; (qui n'appara&#238;t que dans des mots d'emprunt) sont, comme en fran&#231;ais, des monophtongues (&lt;i&gt;noutra&lt;/i&gt;, &#8220;notre&#8221;, &lt;i&gt;coumince&lt;/i&gt; &#8220;commence&#8221;, &lt;i&gt;oneu&lt;/i&gt; &#8220;honneur&#8221;) ; &lt;i&gt;ai&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ay&lt;/i&gt; est une diphtongue descendante &#224; prononcer &lt;i&gt;a&#232;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;nai&lt;/i&gt; &#8220;noir&#8221;, &lt;i&gt;sai&lt;/i&gt; &#8220;soif&#8221;) ; &lt;i&gt;oi&lt;/i&gt; se prononce soit en diphtongue &lt;i&gt;wa&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;oua&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(encoi &lt;/i&gt;&#8220;encore&#8221;, &lt;i&gt;goirdze&lt;/i&gt; &#8220;gorge&#8221;), soit plus rarement, en triphtongue (&lt;i&gt;voique&lt;/i&gt;, aussi &#233;crit &lt;i&gt;voaiqu&#233;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;'voua&#232;ke&lt;/i&gt; &#8220;voil&#224;&#8221;), sauf devant &lt;i&gt;ll&lt;/i&gt; o&#249; il s'agit de deux voyelles s&#233;par&#233;es (&lt;i&gt;botoille&lt;/i&gt; &#8220;bouteille&#8221;) ; &lt;i&gt;au&lt;/i&gt; est ambigu ; il est &#224; interpr&#233;ter tant&#244;t comme en fran&#231;ais en monopthongue (surtout quand il est issu d'un groupe &lt;i&gt;al&lt;/i&gt; + cons. : &lt;i&gt;fau&lt;/i&gt; &#8220;faut&#8221;, &lt;i&gt;sauvins&lt;/i&gt;, &#8220;sauvons&#8221;, &lt;i&gt;detzau&lt;/i&gt; &#8220;nu-pieds&#8221;), tant&#244;t en diphtongue descendante &lt;i&gt;ao&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;aou&lt;/i&gt; (surtout quand il remonte &#224; &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; tonique libre : &lt;i&gt;pliau&lt;/i&gt; &#8220;pleut&#8221;, &lt;i&gt;stau&lt;/i&gt; &#8220;ces&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A noter enfin dans &lt;i&gt;&#8220;La Pinte ...&#8221;&lt;/i&gt; les curieuses graphies &lt;i&gt;etzo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;qu&#233; tzo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;qu&#233; tzin&lt;/i&gt; &#8220;est-ce, qu'est-ce&#8221; o&#249; le groupe &lt;i&gt;tz&lt;/i&gt; n'est pas &#224; interpr&#233;ter en affriqu&#233;e : &lt;i&gt;'esso&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;'k&#232;sso&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;'k&#232;ssin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes fribourgeois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consonnes finales non appuy&#233;es ne sont pas prononc&#233;es, qu'il s'agisse des d&#233;sinences du pluriel et des formes verbales (&lt;i&gt;r&#233;gions&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;arid&#233;s&lt;/i&gt;, nams &#8220;n'avons&#8221;, &lt;i&gt;audront&lt;/i&gt; &#8220;iront&#8221;), du &lt;i&gt;r&lt;/i&gt; de l'infinitif (&lt;i&gt;habitar&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;accullir&lt;/i&gt;) ou des consonnes ajout&#233;es par Python &#224; l'imitation du fran&#231;ais dans un but semble-t-il d'identification &#233;tymologique : &lt;i&gt;hever&lt;/i&gt; &#8220;hiver&#8221;, &lt;i&gt;bergir&lt;/i&gt; &#8220;berger&#8221;, &lt;i&gt;hlaur&lt;/i&gt; &#8220;fleur&#8221;, &lt;i&gt;mol&lt;/i&gt; &#8220;mal&#8221;, &lt;i&gt;ohol&lt;/i&gt; &lt; &lt;i&gt;hos(pi)talem&lt;/i&gt;,&#8220;cuisine&#8221; &lt;i&gt;meil&lt;/i&gt; &#8220;miel&#8221;, &lt;i&gt;eig&lt;/i&gt; &#8220;je&#8221;, &lt;i&gt;nec&lt;/i&gt; &#8216;ni&#8221;, &lt;i&gt;seits&lt;/i&gt; &#8220;soif&#8221;, &lt;i&gt;d&#233;sos&lt;/i&gt; 'dessous&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affriqu&#233;e non &#233;paissie sonore (au contraire de la sourde, transcrite comme attendu par deux graph&#232;mes : &lt;i&gt;t&#231;amps&lt;/i&gt; &#8220;champs&#8221;, &lt;i&gt;t&#231;erments&lt;/i&gt; &#8220;charmant&#8221;) est repr&#233;sent&#233;e par &lt;i&gt;g&lt;/i&gt; suivi de &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;i&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;gemottar&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;dze&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; muet) &#8220;g&#233;mir&#8221;, &lt;i&gt;geouar&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'dzouar&lt;/i&gt;) &#8220;jour&#8221;, &lt;i&gt;bergir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;b&#232;r'dzi&lt;/i&gt;) &#8220;berger&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;l&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;d&#233; d'une consonne est toujours mouill&#233; : &lt;i&gt;ple&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;plye&lt;/i&gt;) &#8220;plus&#8221;, &lt;i&gt;hlori&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#231;hli&#242;ri&lt;/i&gt;) &#8220;fleuri&#8221;, &lt;i&gt;ehrablo&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'&#232;chablyo&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; allemand de &lt;i&gt;ach&lt;/i&gt;) &#8220;&#233;table&#8221; ; &lt;i&gt;ll&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;gl&lt;/i&gt; repr&#233;sentent &lt;i&gt;l&lt;/i&gt; mouill&#233; non soutenu : &lt;i&gt;accullir&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ly&lt;/i&gt;) &#8220;accueillir&#8221;, &lt;i&gt;gl&#233;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;gly&#233;&lt;/i&gt;) &#8220;j'ai&#8221; ; (exception &lt;i&gt;all&#232;gre&lt;/i&gt;, emprunt non adapt&#233; du fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;en&lt;/i&gt; est souvent employ&#233; concurremment avec &lt;i&gt;in&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ein&lt;/i&gt; pour transcrire &lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt; nasal : &lt;i&gt;meiten&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'tin&lt;/i&gt;), &#8220;milieu&#8221;, &lt;i&gt;bourlentes&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'linte&lt;/i&gt;) &#8220;br&#251;lantes&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les digrammes vocaliques &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;eu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;au&lt;/i&gt;, voir ce qui est dit des textes vaudois ; &lt;i&gt;ei&lt;/i&gt;, toujours diphtongue descendante, se prononce &lt;i&gt;&#232;i&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traits phon&#233;tiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes publi&#233;s ici se r&#233;partissent en deux groupes bien distincts : les textes genevois, reflets d'une m&#234;me langue haute-savoyarde d'une part, les textes vaudois et fribourgeois d'autre part, qui, malgr&#233; des diff&#233;rences sensibles entre eux, se rattachent au sous-groupe, plus conservateur, des parlers de la plaine suisse romande. Les deux groupes, cependant, de par leurs traits phon&#233;tiques de base, appartiennent &#224; la famille de dialectes - tr&#232;s diversifi&#233;s - appel&#233;e langue francoproven&#231;ale, du fait que certaines de ses &#233;volutions co&#239;ncident avec le fran&#231;ais et d'autres avec le proven&#231;al. En fait, &#224; deux notables exceptions pr&#232;s (voir ci-dessous), c'est surtout avec le fran&#231;ais que va le francoproven&#231;al, et si les deux langues apparaissent synchroniquement tr&#232;s &#233;loign&#233;es, cela est d&#251; essentiellement &#224; des aboutissements diff&#233;rents de m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes diachroniques. Il ne va s'agir dans ce qui suit que de relever, &#224; l'aide d'exemples pris dans les textes propos&#233;s, certains de ces aboutissements et de constater les similitudes qui permettent de parler d'une seule langue comme les divergences qui fondent le fait dialectal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vocalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait le plus distinctif du francoproven&#231;al par rapport au fran&#231;ais est la conservation (comme en proven&#231;al) du &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; tonique libre latin apr&#232;s une consonne non palatale : &lt;i&gt;verita&lt;/i&gt;, &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221;, &lt;i&gt;pra&lt;/i&gt; &#8220;pr&#233;&#8221;, &lt;i&gt;frar&#233;&lt;/i&gt; &#8220;fr&#232;re&#8221;, infinitif et participe pass&#233; &lt;i&gt;tzanta&lt;/i&gt; &#8220;chanter&#8221;, &lt;i&gt;parla&lt;/i&gt; &#8220;parl&#233;&#8221;, &lt;i&gt;esplica&lt;/i&gt; &#8220;expliquer&#8221;. Par contre ce m&#234;me &lt;i&gt;a&lt;/i&gt;, apr&#232;s consonne palatale, &#233;volue comme en fran&#231;ais (cf. l'infinitif ancien fran&#231;ais -&lt;i&gt;ier&lt;/i&gt;) pour aboutir finalement dans tous les textes &#224; &lt;i&gt;i&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;assigi&lt;/i&gt; &#8220;assi&#233;ger&#8221;, &lt;i&gt;travailli&lt;/i&gt; &#8220;travailler&#8221;, &lt;i&gt;mesi&lt;/i&gt; &#8220;manger&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre trait caract&#233;ristique du francoproven&#231;al dans son ensemble, et qui le distingue cette fois tant du fran&#231;ais que du proven&#231;al est la diversit&#233; des voyelles posttoniques : &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; du f&#233;minin singulier apr&#232;s consonne non palatale (&lt;i&gt;vela&lt;/i&gt; &#8220;ville&#8221;, &lt;i&gt;granta&lt;/i&gt; &#8220;grande&#8221;, &lt;i&gt;mia&lt;/i&gt; &#8220;mie&#8221;, &lt;i&gt;sourta&lt;/i&gt; &#8220;sorte&#8221;), &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; du masculin singulier et pluriel (&lt;i&gt;coradzo&lt;/i&gt; &#8220;courage&#8221;, &lt;i&gt;tenerro&lt;/i&gt; &#8220;tonnerre&#8221;, &lt;i&gt;&#244;tros&lt;/i&gt; &#8220;autres&#8221;, &lt;i&gt;re&#231;o&lt;/i&gt; &#8220;riche&#8221;), &lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt; du f&#233;minin singulier apr&#232;s consonne palatale (&lt; ancien -&lt;i&gt;i&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;adze&lt;/i&gt; &#8220;haie&#8221;, &lt;i&gt;seffe&lt;/i&gt; &#8220;chasse&#8221;), du f&#233;minin pluriel (&lt;i&gt;coqui&#233;&lt;/i&gt; &#8220;quelques&#8221;, &lt;i&gt;arein&#233;s&lt;/i&gt; &#8220;sables&#8221;, &lt;i&gt;rotc&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;roches&#8221;), du masculin de mots issus de la troisi&#232;me d&#233;clinaison latine (&lt;i&gt;frar&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;par&#233;&lt;/i&gt;), des deuxi&#232;me et troisi&#232;me personnes du pr&#233;sent des verbes faibles (&lt;i&gt;approutz&#233;&lt;/i&gt; &#8220;approche&#8221;, &lt;i&gt;totz&#233;&lt;/i&gt; &#8220;touche&#8221;), etc. A noter la tendance, surtout dans les textes genevois, &#224; l'assourdissement en &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; muet du &lt;i&gt;&#233;&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;o&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diphtongues &lt;i&gt;ei&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; de l'ancien fran&#231;ais, issues de &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; ferm&#233;s toniques en syllabe libre se maintiennent dans Vaud et Fribourg, pour &lt;i&gt;ei&lt;/i&gt;, avec la prononciation &lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt; dans Fribourg : &lt;i&gt;seits&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'s&#232;i&lt;/i&gt;) &#8220;soif&#8221;, &lt;i&gt;teit&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'t&#232;i&lt;/i&gt;) &#8220;toit&#8221; et &lt;i&gt;a&#232;&lt;/i&gt; dans Vaud : &lt;i&gt;bordzai&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'dza&#232;&lt;/i&gt;) &#8220;bourgeois&#8221;, &lt;i&gt;sai&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'sa&#232;&lt;/i&gt;) &#8220;soif&#8221; et &#8220;soit&#8221; ; pour &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; avec la prononciation &lt;i&gt;ao&lt;/i&gt; &lt;i&gt;au&lt;/i&gt; dans les deux r&#233;gions : &lt;i&gt;staus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'stao&lt;/i&gt;) &#8220;ces&#8221;, &lt;i&gt;hauvra&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'aovra&lt;/i&gt;) &#8220;heure&#8221;, &lt;i&gt;receviau&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'vjao&lt;/i&gt;) &#8220;receveur&#8221;. A Gen&#232;ve elles se r&#233;duisent, selon un processus &#224; coup s&#251;r achev&#233; pour &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; avec la prononciation palatis&#233;e : &lt;i&gt;zuer&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'theu&lt;/i&gt;) &#8220;jour&#8221;, &lt;i&gt;heura&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'eura&lt;/i&gt;) &#8220;heure&#8221;, &lt;i&gt;leu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'leu&lt;/i&gt;) &#8220;leur&#8221;), sans doute en voie d'ach&#232;vement pour &lt;i&gt;ei&lt;/i&gt; avec les prononciations &lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; , malgr&#233; les graphies (voir ci-dessus). Un trait sp&#233;cifique des parlers du centre de la Suisse romande (ici Vaud et Fribourg) est l'aboutissement identique &#224; celui mentionn&#233; ci-dessus de &lt;i&gt;e&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; ouverts toniques libres (et de quelques autres combinaisons : suffixe -&lt;i&gt;ariu&lt;/i&gt;, -&lt;i&gt;a&lt;/i&gt; apr&#232;s consonne non palatale, &lt;i&gt;al&lt;/i&gt; atone + consonne, etc.) : &lt;i&gt;d&#232;maura&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;d&#232;'maora&lt;/i&gt;) &#8220;demeure&#8221;, &lt;i&gt;hlaur&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'hlyao&lt;/i&gt;) &#8220;fleur&#8221;, &lt;i&gt;pliau&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'plyao&lt;/i&gt;) &#8220;pleut&#8221;, &lt;i&gt;meil&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'m&#232;i&lt;/i&gt;) &#8220;miel&#8221;, &lt;i&gt;couseneire&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'n&#232;ire&lt;/i&gt;) &#8220;cuisini&#232;re&#8221;, alors que Gen&#232;ve, comme le fran&#231;ais, a des r&#233;sultats diff&#233;rents : &lt;i&gt;pu&lt;/i&gt; &#8220;peut&#8221;, &lt;i&gt;pruva&lt;/i&gt; &#8220;preuve&#8221;, &lt;i&gt;bu&lt;/i&gt; &#8220;b&#339;uf&#8221;, &lt;i&gt;premire&lt;/i&gt; &#8220;premi&#232;re&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consonnantisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la Suisse romande comme en fran&#231;ais, &lt;i&gt;c&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;g&lt;/i&gt; devant &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; se palatalisent, pour aboutir dans Vaud et Fribourg aux affriqu&#233;es &lt;i&gt;ts&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;dz&lt;/i&gt;, &#224; Gen&#232;ve aux interdentales &lt;i&gt;th&lt;/i&gt; anglais, sourde et sonore ; il en va de m&#234;me des autres cas o&#249; le fran&#231;ais a &lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;j&lt;/i&gt; ; (Vaud et Fribourg : &lt;i&gt;t&#231;amps&lt;/i&gt; &#8220;champs&#8221;, &lt;i&gt;tzanta&lt;/i&gt; &#8220;chanter&#8221;, &lt;i&gt;tzat&#233;&lt;/i&gt; &#8220;ch&#226;teau&#8221;, &lt;i&gt;gemottar&lt;/i&gt; &#8220;g&#233;mir&#8221;, &lt;i&gt;grandze&lt;/i&gt; &#8220;grange&#8221;, &lt;i&gt;rodze&lt;/i&gt; &#8220;rouge&#8221;, Gen&#232;ve : &lt;i&gt;sap&#233;&lt;/i&gt; &#8220;chapeau&#8221;, &lt;i&gt;saquion&lt;/i&gt; &#8220;chacun&#8221;, &lt;i&gt;sein&lt;/i&gt; &#8220;chien&#8221;, &lt;i&gt;cassive&lt;/i&gt; &#8220;cachait&#8221;, &lt;i&gt;empasi&lt;/i&gt; &#8220;emp&#234;cher&#8221;, &lt;i&gt;zeur&lt;/i&gt; &#8220;jour&#8221;, &lt;i&gt;mesi&lt;/i&gt; &#8220;manger&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans Vaud et Gen&#232;ve, le groupe &lt;i&gt;st&lt;/i&gt; aboutit comme en fran&#231;ais &#224; &lt;i&gt;t&lt;/i&gt;, dans le texte de Fribourg son r&#233;sultat est rendu par le graph&#232;me &lt;i&gt;h&lt;/i&gt;, sans doute &#224; interpr&#233;ter en fricative aspir&#233;e (&lt;i&gt;h&lt;/i&gt; aspir&#233;), peut-&#234;tre v&#233;laire devant &lt;i&gt;r&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; de l'allemand &lt;i&gt;ach&lt;/i&gt;) : &lt;i&gt;fohi&lt;/i&gt; &#8220;h&#234;tre &gt; &lt;i&gt;fagustella&lt;/i&gt;&#8220;, &lt;i&gt;fih&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;f&#234;tes&#8221;, &lt;i&gt;&#238;h&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;&#234;tes&#8221;, &lt;i&gt;nouhro&lt;/i&gt; &#8220;notre&#8221;, &lt;i&gt;fen&#237;hra&lt;/i&gt; &#8220;fen&#234;tre&#8221;. Le m&#234;me son repr&#233;sente aussi, dans le m&#234;me texte, l'aboutissement de &lt;i&gt;ti&lt;/i&gt; + voyelle (&lt;i&gt;ret&#231;ehe&lt;/i&gt; &#8220;richesse&#8221;, &lt;i&gt;grah&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;gr&#226;ces&#8221;, &lt;i&gt;tsanhon&lt;/i&gt; &#8220;chanson&#8221;) alors qu'un groupe &lt;i&gt;hi&lt;/i&gt;, sans doute &#224; interpr&#233;ter en fricative palatale (&lt;strong&gt;&#231;&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;ch&lt;/i&gt; de l'allemand &lt;i&gt;ich&lt;/i&gt;) est celui de &lt;i&gt;ci&lt;/i&gt; + voyelle (&lt;i&gt;duhiaur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;adauhir&lt;/i&gt;). Ces deux derniers groupes donnent &lt;i&gt;s&lt;/i&gt; dans Vaud comme &#224; Fribourg et &lt;i&gt;f&lt;/i&gt; &#224; Gen&#232;ve (&lt;i&gt;seffe&lt;/i&gt; &#8220;chasse&#8221;, &lt;i&gt;seffie&lt;/i&gt; &#8220;chass&#233;&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les trois r&#233;gions concern&#233;es, &lt;i&gt;l&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;d&#233; d'une occlusive est toujours palatalis&#233; (&lt;i&gt;plien&lt;/i&gt; &#8220;plein&#8221;, &lt;i&gt;pliao&lt;/i&gt; &#8220;pleut&#8221;, &lt;i&gt;planna&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ply&lt;/i&gt;) &#8220;plaine&#8221;, &lt;i&gt;peuplio&lt;/i&gt; &#8220;peuple&#8221;, &lt;i&gt;blia&lt;/i&gt; &#8220;bl&#233;&#8221;, &lt;i&gt;diabl&#233;&lt;/i&gt; &#8220;diable&#8221;, &lt;i&gt;cliar&lt;/i&gt; &#8220;clair&#8221;, &lt;i&gt;racklieta&lt;/i&gt; &#8220;raclette&#8221;), &#224; part, bien s&#251;r les mots de pur emprunt (&lt;i&gt;flageolet&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;articlo&lt;/i&gt;) et ceux qui, &#224; Gen&#232;ve, ont subi l'influence de la prononciation fran&#231;aise. A Fribourg, les groupes &lt;i&gt;fl&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;cl&lt;/i&gt; ont &#233;volu&#233; en une combinaison complexe unique &lt;i&gt;hly&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;h&lt;/i&gt; de l'allemand &lt;i&gt;ich&lt;/i&gt;) (&lt;i&gt;hlotta&lt;/i&gt; &#8220;fl&#251;te&#8221;, &lt;i&gt;hlaur&lt;/i&gt; &#8220;fleur&#8221;, &lt;i&gt;sohlaie&lt;/i&gt; &#8220;souffl&#233;e&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarque. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme d&#233;j&#224; dit, l'&#233;tat du patois dans ces textes du XVIIIe si&#232;cle est &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me que leur &#233;tat ultime en ce qui concerne Vaud et Gen&#232;ve, tel n'est pas le cas pour le texte fribourgeois. Catholique et rurale, la Gruy&#232;re n'a pas connu, dans le cours du XIXe si&#232;cle, la rapide d&#233;saffection de la langue vernaculaire qui a touch&#233; la plupart des autres r&#233;gions de la Suisse romande, et cette vitalit&#233;, maintenue presque jusqu'&#224; nos jours, explique qu'aient pu avoir lieu, post&#233;rieurement &#224; Python, des &#233;volutions phon&#233;tiques assez importantes pour conf&#233;rer au gruy&#233;rien moderne un caract&#232;re sensiblement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus spectaculaire de ces &#233;volutions est sans conteste la r&#233;duction des diphtongues &lt;i&gt;&#232;i&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;au&lt;/i&gt; &#224; leur premier &#233;l&#233;ment sous l'accent (&lt;i&gt;&#232;&lt;/i&gt; long, &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; long), &#224; leur second &#233;l&#233;ment &#224; l'atone ou en proclise (&lt;i&gt;i&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt;) ; cf. Python &lt;i&gt;meil&lt;/i&gt;, moderne &lt;i&gt;m&#232;&lt;/i&gt; : &#8220;miel&#8221;, &lt;i&gt;hlaur&lt;/i&gt; &#8220;fleur&#8221;, &lt;i&gt;deis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;di&lt;/i&gt; &#8220;des&#8221;, &lt;i&gt;prau&lt;/i&gt; &lt;i&gt;prou&lt;/i&gt; &#8220;assez&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part les fricatives dentales &lt;i&gt;s&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;z&lt;/i&gt; (sans doute encore prononc&#233;es comme telles par Python, sans quoi le recours &#224; &lt;i&gt;ge&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;gi&lt;/i&gt; pour la transcription de l'affriqu&#233;e sonore aurait &#233;t&#233; impossible) se sont &#233;paissies : &lt;i&gt;seits&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ch&#232;&lt;/i&gt; &#8220;soif&#8221;, &lt;i&gt;messons&lt;/i&gt; &lt;i&gt;m&#232;chon&lt;/i&gt; &#8220;moissons&#8221;, &lt;i&gt;d&#233;sos&lt;/i&gt; , &lt;i&gt;d&#232;jo&lt;/i&gt; &#8220;dessous&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une troisi&#232;me divergence entre ce texte et le gruy&#233;rien &#8220;standard&#8221;, mais, du fait de son caract&#232;re novateur, elle semble devoir &#234;tre port&#233;e au compte de la g&#233;ographie (microdialectologie) plut&#244;t que de la chronologie : l'aboutissement des groupes &lt;i&gt;st&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;ti&lt;/i&gt; est presque toujours en Gruy&#232;re l'interdentale sourde &lt;i&gt;th&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;th&lt;/i&gt; de l'anglais &lt;i&gt;thing&lt;/i&gt;) l&#224; o&#249; Python utilise le graph&#232;me &lt;i&gt;h&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;go'th&#226;vo&lt;/i&gt; &lt;i&gt;goh&#226;vo&lt;/i&gt; &#8220;(je) go&#251;tais&#8221;, &lt;i&gt;'gr&#226;th&#232;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gr&#226;h&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;gr&#226;ces&#8221;, &lt;i&gt;'nouthr&#232;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;nouhr&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;nos&#8221; (fem.). Or il semble difficile de ne pas interpr&#233;ter ce graph&#232;me en aspir&#233;e (&lt;i&gt;h&lt;/i&gt;) ou en v&#233;laire devant &lt;i&gt;r&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;h&lt;/i&gt; de l'allemand &lt;i&gt;ach&lt;/i&gt;), phon&#232;me qu'on rencontre, rarement, dans quelques villages, d'autant plus que dans la combinaiuson &lt;i&gt;esh-e&lt;/i&gt; &#8220;est-il&#8221;, &lt;i&gt;sh&lt;/i&gt; doit &#234;tre sa graphie de l'interdentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traits morphologiques et syntaxiques. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patois romands, surtout ceux des r&#233;gions concern&#233;es par ces textes, ne pr&#233;sentent pas, du point de vue morphologique et syntaxique, un tr&#232;s grand &#233;cart avec le fran&#231;ais. Quelques faits m&#233;ritent cependant d'&#234;tre relev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le d&#233;monstratif simple, ces patois ont conserv&#233;, comme pronom et comme adjectif, les deux s&#233;ries remontant &#224; &lt;i&gt;ecce iste&lt;/i&gt; (ancien fran&#231;ais &lt;i&gt;cestui&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cestour&lt;/i&gt;, etc.) et &lt;i&gt;ecce ille&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;celui&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;celour&lt;/i&gt;, etc.) pour distinguer la proximit&#233; et l'&#233;loignement : 1&#232;re s&#233;rie &lt;i&gt;sti&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ceti&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;sta&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;staus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;ceteux&lt;/i&gt;) ; 2&#232;me s&#233;rie &lt;i&gt;celi&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cela&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;slia&lt;/i&gt;), &lt;i&gt;celeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cell&#233;&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;sliau&lt;/i&gt;, Python &lt;i&gt;haus&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adjectif possessif des 1&#232;re et 2&#232;me personnes du pluriel pr&#233;sente, au masculin singulier, une forme &lt;i&gt;noutron&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;voutron&lt;/i&gt;, due &#224; l'ing&#233;rence de &#8220;mon&#8221;, &#8220;ton&#8221; : &lt;i&gt;respetin voutro noneu&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'voutro-n-oneu&lt;/i&gt;) &#8220;respectant votre honneur&#8221;, &lt;i&gt;noutron sergent&lt;/i&gt; &#8220;notre sergent&#8221;) ; on la retrouve aussi au f&#233;minin devant un mot &#224; initiale vocalique : &lt;i&gt;noutre namodiachon&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;'noutre-n-am&lt;/i&gt;...). Ce trait est typique du francoproven&#231;al, puisque cette terminaison n'a pu appara&#238;tre que l&#224; o&#249; &lt;i&gt;o&lt;/i&gt; posttonique s'est maintenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La morphologie verbale repose en grande partie, comme en fran&#231;ais, mais de mani&#232;re autonome, sur un vaste r&#233;seau d'analogies qu'il n'est pas possible de d&#233;crire ici. En dehors de lui, relevons, dans Fribourg (et dans d'autres r&#233;gions de Suisse romande, y compris Vaud, mais pas dans les textes pr&#233;sent&#233;s ici), la survivance de l'imparfait latin de &#8220;&#234;tre&#8221; &lt;i&gt;eram&lt;/i&gt; (comme en ancien fran&#231;ais) : &lt;i&gt;Tityre &#238;re absent&lt;/i&gt; &#8220;Tityre &#233;tait absent&#8221; (passage non cit&#233; de la 1&#232;re &#233;glogue) ainsi que l'existence d'un type &lt;i&gt;sum habutu&lt;/i&gt; pour exprimer les temps compos&#233;s du m&#234;me verbe : &lt;i&gt;n'est zau&lt;/i&gt; &#8220;il n'a &#233;t&#233;&#8221;, &lt;i&gt;sont zaus&lt;/i&gt; &#8220;ils ont &#233;t&#233;&#8221;. Remarquable et typique est aussi la forme sur-surcompos&#233;e de &lt;i&gt;&#8220;La Pinte ...&#8221;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Stu citoyen a zau zu aberdzi c&#233; bin&lt;/i&gt;, litt. &#8220;ce citoyen e eu eu afferm&#233; ce bien&#8221;, pour exprimer une lointaine ant&#233;riorit&#233; (&#8220;...a, il y a longtemps ...&#8221;). On peut enfin noter un trait qui s&#233;pare nettement les dialectes du sud (dont Gen&#232;ve) et du Nord (dont Vaud et Fribourg) du francoproven&#231;al : le participe pass&#233; issu de -&lt;i&gt;atu&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;d&#233; d'une consonne palatale et celui des verbes en -&lt;i&gt;ir&lt;/i&gt; a une forme unique pour le masculin et le f&#233;minin au sud, g&#233;n&#233;ralement -&lt;i&gt;iya&lt;/i&gt;, -&lt;i&gt;ya&lt;/i&gt;, parfois (3&#232;me dialogue) -&lt;i&gt;iye&lt;/i&gt;, (&lt;i&gt;facia&lt;/i&gt; &#8220;f&#226;ch&#233;&#8221;, &lt;i&gt;sonzia&lt;/i&gt; &#8220;song&#233;&#8221;, &lt;i&gt;coifia&lt;/i&gt; &#8220;coiff&#233;&#8221;, &lt;i&gt;seffie&lt;/i&gt; &#8220;chass&#233;&#8221;, &lt;i&gt;emplii&#233;&lt;/i&gt; &#8220;employ&#233;&#8221; alors que le nord pr&#233;sente au masculin une forme -&lt;i&gt;i&lt;/i&gt; (identique &#224; l'infinitif : &lt;i&gt;lesci&lt;/i&gt; &#8220;laiss&#233;&#8221;, &lt;i&gt;foci&lt;/i&gt; &#8220;forc&#233;&#8221;, &lt;i&gt;bailli&lt;/i&gt; &#8220;donn&#233;&#8221;) et une forme &lt;i&gt;'ja&lt;/i&gt; au f&#233;minin (&lt;i&gt;devetia&lt;/i&gt; &#8220;d&#233;v&#234;tue&#8221;, &lt;i&gt;garnia&lt;/i&gt; &#8220;garnie&#8221;, &lt;i&gt;cattcha&lt;/i&gt; &#8220;cach&#233;e&#8221; (&lt;i&gt;tch&lt;/i&gt; &gt; &lt;i&gt;tsy&lt;/i&gt;), pluriel &lt;i&gt;baill&#232;s&lt;/i&gt; &#8220;donn&#233;s&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pronom personnel sujet est souvent omis &#224; la premi&#232;re personne (&lt;i&gt;goh&#226;vo&lt;/i&gt; &#8220;je go&#251;tais&#8221;, &lt;i&gt;ne pu m&#233; tzanta&lt;/i&gt; &#8220;je ne peux plus chanter&#8221;, &lt;i&gt;n'&#233; pl&#233; la liberta&lt;/i&gt; &#8220;je n'ai plus la libert&#233;&#8221; ainsi qu'aux troisi&#232;mes personnes du singulier et du pluriel surtout devant des verbes &#224; initiale consonantique ou accompagn&#233;s d'un pr&#233;nom r&#233;gime ant&#233;pos&#233; (&lt;i&gt;se san m&#234;mo choqu&#226;&lt;/i&gt; &#8220;ils se sont m&#234;me choqu&#233;s&#8221;, &lt;i&gt;m'avont promet&lt;/i&gt; &#8220;ils m'avaient promis&#8221;). Il est par contre toujours exprim&#233; &#224; la premi&#232;re personne du pluriel et aux deuxi&#232;mes personnes. Devant un verbe &#224; initiale vocalique, surtout les formes de &#8220;&#234;tre&#8221; et &#8220;avoir&#8221;, le pronom personnel sujet de la troisi&#232;me personne singulier et pluriel se maintient en pr&#233;sence d'un sujet nominal, apparaissant comme soud&#233; au verbe (&lt;i&gt;ton sou&#226;rt ll &lt;/i&gt;(il)&lt;i&gt; est different&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;l'hever ll'a fond&#226;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons enfin les formules interjectives elliptiques de forte expressivit&#233; dont les langues parl&#233;es sont friandes : &lt;i&gt;Diab&#242; lo pa que lai baiv&#242;&lt;/i&gt;, litt. &#8220;Diable le pas que j'y boive&#8221;, &lt;i&gt;diabe lo pa se yen v&#251; m&#233; &lt;/i&gt;... &#8220;si j'en veux plus&#8221;, refus par n&#233;gation d'une quantit&#233; (pas) minimale : &#8220;pas question que...&#8221; &lt;i&gt;Lo diab&#242; involai se&lt;/i&gt;, litt. &#8220;le diable (m')envole si&#8221;, i.e &#8220;m'emporte&#8221;. &lt;i&gt;T'inl&#233;vai p&#233; on imb&#233;cile&lt;/i&gt; ! &#8220;quel imb&#233;cile ! litt. &#8220;(le diable) t'enl&#232;ve pour...&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Glossaire des patois de la Suisse romande.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les conditions d'&#233;dition de ce bulletin ne nous ayant pas permis d'utiliser l'alphabet phon&#233;tique international, nous avons eu recours &#224; un syst&#232;me imitant l'orthographe fran&#231;aise. (Note S.E.H.T.D)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue. Pr&#233;sentation</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article614</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article614</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:44:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Suisse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme, S.E.H.T.D, 1991 &lt;br class='autobr' /&gt; Sur le territoire qui sera celui de la France et des &#233;tats francophones voisins, l'&#233;volution du latin a fait na&#238;tre trois grandes langues. Le fran&#231;ais, dialecte d'o&#239;l, devient langue d'&#233;tat &#224; partir de sa fortune politique. L'occitan, langue des &#233;tats, puis des provinces du sud, est rel&#233;gu&#233; au rang de patois apr&#232;s le 15e si&#232;cle, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ren&#233; Merle, &lt;i&gt;Une naissance suspendue. L'&#233;criture des &#171; patois &#187;. Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/i&gt;, S.E.H.T.D, 1991&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-2-1587c.jpg?1792164050' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur le territoire qui sera celui de la France et des &#233;tats francophones voisins, l'&#233;volution du latin a fait na&#238;tre trois grandes langues. Le fran&#231;ais, dialecte d'o&#239;l, devient langue d'&#233;tat &#224; partir de sa fortune politique. L'occitan, langue des &#233;tats, puis des provinces du sud, est rel&#233;gu&#233; au rang de patois apr&#232;s le 15e si&#232;cle, mais le souvenir de sa dignit&#233; perdure. Les parlers plus tard d&#233;finis comme francoproven&#231;aux1, qui ont peu connu et t&#244;t perdu l'usage administratif, sans porter un usage litt&#233;raire majeur, ne participent que du statut p&#233;jorant du patois. &#8220;Patois&#8221; : le mot, rejet&#233; par les d&#233;fenseurs de l'occitan, est accept&#233; en par les amateurs de &#8220;l'idiome natal&#8221; dans la zone francoproven&#231;ale. Ce vaste domaine occupe ou accupait en France le sud de la Franche-Comt&#233;, la Bresse, le Lyonnais, le Forez, le nord du Dauphin&#233;, la Savoie ; en Italie le Val d'Aoste, les hautes vall&#233;es entre Suze et Aoste ; en Suisse, les cantons de Gen&#234;ve, Neuch&#226;tel, Vaud, une partie des cantons de Fribourg, du Valais, de Berne et du Jura. Dans cet ensemble partag&#233; au 18e si&#232;cle entre quatre &#233;tats, France, Savoie, Gen&#232;ve, Suisse, aucune structure, aucun c&#233;nacle ne les a promus en outil de pouvoir et de culture. Et, malgr&#233; une intercompr&#233;hension empirique, les usagers situent rarement leurs parlers dans un ensemble d&#233;passant le cadre de la petite patrie. &lt;br class='autobr' /&gt; En pr&#233;sentant les publications dans &#8220;l'idiome natal&#8221; de Savoie, Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, qui accompagnent, &#224; partir de 1750, une pouss&#233;e d&#233;cisive de francisation, nous souhaitons mettre en &#233;vidence les sp&#233;cificit&#233;s d'une &#233;criture qui, participant des d&#233;terminations culturelles fran&#231;aises, se manifeste publiquement dans un cadre national non fran&#231;ais2. Les rares textes du Jura, de Neufch&#226;tel, du Valais sont semble-t-il demeur&#233;s manuscrits, et ne seront donc pas &#233;voqu&#233;s ici, malgr&#233; leur int&#233;r&#234;t. Nous arr&#234;terons cette rapide pr&#233;sentation au d&#233;but des ann&#233;es 1840, quand la cr&#233;ation laisse, pour un temps ou pour toujours, place aux nostalgies patrimoniales.	&lt;br class='autobr' /&gt; Au 18e si&#232;cle, le souvenir d'une gloire pass&#233;e peut autoriser une &#233;criture occitane du plaisir. L'&#233;criture francoproven&#231;ale, faute de cette caution, ne vaincra gu&#232;re le tabou diglossique : en France, le francoproven&#231;al s'imprime &#224; peine, en Savoie il ne s'imprime pas. Par contre Gen&#232;ve et la Conf&#233;d&#233;ration voient na&#238;tre une publication dans l'idiome. Ces diff&#233;rences de statut d'une m&#234;me langue posent le probl&#232;me des donn&#233;es nationales dans le cadre de la modernit&#233; europ&#233;enne. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces textes, remarquablement inventori&#233;s3, mais rarement r&#233;&#233;dit&#233;s, ne subsistent qu'en un nombre infime d'exemplaires. Sans envisager ici une restitution exhaustive, qui n&#233;cessiterait une pagination et des ressources dont nous ne pouvons disposer pour cette publication, il nous est apparu int&#233;ressant d'en donner &#224; lire : il n'est pas question de r&#233;v&#233;ler des chefs d'oeuvre m&#233;connus, mais le corpus m&#233;rite mieux que nostalgie pass&#233;iste ou v&#233;rification &#233;rudite. La place dont nous disposons nous interdisant de donner la totalit&#233; des textes, nous avons choisi de donner la totalit&#233; des pamphlets genevois, textes rares, voire inconnus, et jamais r&#233;&#233;dit&#233;s. Les textes vaudois, ceux de Bridel en particulier, sont plus accessibles. Nous privil&#233;gions donc dans cette zone les pi&#232;ces d'intervention, comme Le Poile &#224; Jean-Pierre, savoureux document pi&#233;g&#233;, et des documents inconnus comme la lettre de Veillon &#224; Bridel. Les textes fribourgeois posent un probl&#232;me particulier : Python a fait &#339;uvre, qu'il conviendrait de traiter de fa&#231;on sp&#233;cifique, et nous nous bornons &#224; une rapide pr&#233;sentation, de m&#234;me que pour Les Chevriers de Bornet, relativement faciles d'acc&#232;s. Nous insistons par contre sur les documents &#224; caract&#232;re historique, pr&#233;sent&#233;s dans des revues sp&#233;cialis&#233;es difficiles d'acc&#232;s aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait &#233;galement exclu, pour des raisons de pagination, de donner la traduction de la totalit&#233; des textes. Mais nombre d'entre eux le sont int&#233;gralement.&lt;br class='autobr' /&gt; Une lecture &#8220;en qualit&#233;&#8221; exp&#233;diera aux oubliettes ces textes sans post&#233;rit&#233;, mais une lecture &#8220;linguistique&#8221; les traite en documents sur des &#233;tats de langue (authenticit&#233; langagi&#232;re, poids du mod&#232;le fran&#231;ais, etc), une lecture historique et sociolinguistique s'attache &#224; l'usage que des hommes de chair et d'os ont cru bon faire de l'idiome natal vaincu par l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tous nos remerciements vont au Glossaire des patois de la Suisse romande, qui a toujours si aimablement facilit&#233; et encourag&#233; notre recherche, donn&#233; une introduction linguistique et assur&#233; les traductions des textes qui n'avaient jamais &#233;t&#233; &#233;dit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ren&#233; MERLE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une naissance suspendue, annonce</title>
		<link>https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article613</link>
		<guid isPermaLink="true">https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article613</guid>
		<dc:date>2025-10-23T14:44:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; MERLE</dc:creator>


		<dc:subject>Suisse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;UNE NAISSANCE SUSPENDUE &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture des &#8220;patois&#8221; : Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cocement francis&#233;es, Savoie et Suisse romande, qui parlaient des vari&#233;t&#233;s d'un m&#234;me &#8220;idiome natal&#8221; francoproven&#231;al, ont longtemps imit&#233;, voire d&#233;pass&#233;, le mod&#232;le fran&#231;ais : le parler du peuple, le &#8220;patois&#8221;, ne s'&#233;crit pas. Mais dans les ann&#233;es 1770-1840, autour de la secousse r&#233;volutionnaire dont Gen&#232;ve donne pr&#233;cocement le signal, alors que la Savoie persiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?rubrique37" rel="directory"&gt;Patois suisses - Une naissance suspendue (ouvrage en six chapitres)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://renemerle.com/remembranca/spip.php?mot460" rel="tag"&gt;Suisse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://renemerle.com/remembranca/local/cache-vignettes/L200xH282/une-naissance2-4-9d1a5.jpg?1792205966' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;UNE NAISSANCE SUSPENDUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture des &#8220;patois&#8221; : Gen&#232;ve, Fribourg, Pays de Vaud, Savoie, de la pr&#233;-R&#233;volution au Romantisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cocement francis&#233;es, Savoie et Suisse romande, qui parlaient des vari&#233;t&#233;s d'un m&#234;me &#8220;idiome natal&#8221; francoproven&#231;al, ont longtemps imit&#233;, voire d&#233;pass&#233;, le mod&#232;le fran&#231;ais : le parler du peuple, le &#8220;patois&#8221;, ne s'&#233;crit pas. Mais dans les ann&#233;es 1770-1840, autour de la secousse r&#233;volutionnaire dont Gen&#232;ve donne pr&#233;cocement le signal, alors que la Savoie persiste dans son blocage linguistique, se risque une originale &#233;criture dialectale, qui dans les domaines politiques (Gen&#232;ve surtout) et litt&#233;raires (Fribourg et Vaud) est un remarquable t&#233;moignage de mentalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE NAISSANCE SUSPENDUE pr&#233;sente les conditions historiques et sociolinguistiques du blocage relatif, et particuli&#232;rement significatif, de l'&#233;criture savoyarde, comme celles de l'apparition (mais aussi de l'&#233;chec) d'une &#233;criture genevoise, fribourgeoise et vaudoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur y trouvera de nombreux textes qui n'avaient plus connu la publication depuis leur parution : en particulier la totalit&#233; des textes politiques genevois, de nombreux extraits des textes fribourgeois et vaudois, accompagn&#233;s de documents rares ou inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche sur un &#233;pisode mal connu de la francisation culturelle de la Suisse romande, et de la dialectique de la Langue et du &#8220;parler natal&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;sentation historique : Ren&#233; Merle, professeur agr&#233;g&#233;, docteur &#232;s-lettres.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pr&#233;sentation linguistique et traductions : Glossaire des patois de la Suisse romande.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
