La Seyne sur Mer

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À propos des débuts du pétainisme

lundi 25 janvier 2021, par René Merle

Revisiter en ce dernier décembre la période Juillet-décembre 1940 m’a laissé dans un certain abattement et un goût amer devant ces ralliements massifs au pétainisme, vite oubliés après 1944…
Déjà, comment prendre ce risque de distribuer implicitement le blâme et l’éloge, sans savoir comment on aurait réagi, ou agi, si l’on en avait eu l’âge… Pas du mauvais côté, sans doute. Mais quid des prudences, des attentes, des petits accommodements, des lâchetés justifiées ?
Ensuite, cette plongée dans la documentation sur la période de Vichy, si abondante aujourd’hui sur Internet, laisse un goût terriblement amer.
Par exemple de retrouver jusqu’en 1944, sur la liste des décorés de la Francisque, l’ordre personnel du Maréchal, des artistes appréciés, des penseurs respectés, des auteurs aimés, de futurs responsables de la République, jusqu’au poste suprême…
Quelle leçon aussi de constater que, à des degrés divers bien sûr, toutes les formations politiques ont fourni leur lot de repentis, de convertis, de renégats, quand ce n’est pas celui de collaborateurs directs de l’occupant, chez qui s’affichaient déjà tant de figures de la droite extrême de l’avant-guerre… En donner des exemples remplirait des pages…
Quelle leçon encore de constater comment nombre de magistrats, de policiers, d’administrateurs, se sont accommodés, en définitive sans grands états d’âme, des tâches déshonorantes dont on les chargeait, et de constater comment ils ont poursuivi leurs carrière après 1945, en participant éventuellement à d’autres répressions…
Cela n’enlève rien, bien au contraire, à la lucidité, au courage de tous ceux qui sont restés fidèles à leurs convictions, et qui en ont payé le lourd prix.
Cela n’occulte en rien le réseau populaire de solidarités, d’encouragements, de soutiens modestes ou considérables, qui se noua autour des Résistants et leur permit de lutter.
Bien sûr, en ce qui concerne ces ralliements à Vichy, voire à la collaboration active, on peut épiloguer sans fin sur la faiblesse ou la noblesse de la nature humaine, sur la part de l’entraînement et celle de la conviction… La part aussi, quelle tristesse, d’engagements particuliers (régionalistes bretons ou occitans par exemple) isolant leur quête du Graal du reste de l’idéologie pétainiste, et se reconvertissant souvent sans mal après 1945, jusqu’à signer au Canard enchaîné... Oui, il convient de faire toutes ces parts, même si elles pèsent peu au regard de la somme de douleurs, de violences, de martyres dont se rendit coupable l’Ordre nouveau...
Car il n’en reste pas moins que ces ralliements, et souvent ces reniements, servaient une idéologie bien précise, celle de l’État français, dont les billets que j’ai proposés donnent une idée : une idéologie portée par la classe dominante, hyper réactionnaire, antidémocratique, raciste. A contrario, lutter contre Vichy, peu ou prou, obligeait à se situer par rapport à cette idéologie. Ce fut le cas par exemple d’hommes de droite, voire d’extrême droite de l’avant-guerre (ils ne furent pas légion, si j’ose dire), qui finirent par être convaincus de la pertinence du programme du C.N.R. Et cependant… lutter par patriotisme pour la libération de la France, voire approuver le programme du C.N.R, n’a pas toujours suffi à inscrire les engagements d’après 1944 dans cette cohérence idéologique : on connaît des résistants valeureux qui réprimèrent sans états d’âme les luttes patriotiques et indépendantistes de peuples colonisés…
Dire et redire tout ceci n’est qu’enfoncer des portes ouvertes, à tout le moins pour des gens de ma génération. Mais je pense que présenter à la jeunesse ce que furent la complexité et la clarté mêlées de cette si brève et si longue période, (4 ans ! ), peut l’aider à mieux appréhender son présent, et à y faire chemin.

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