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Juillet 1940, {L’Action française} et la Révolution nationale. « La France aux Français »

jeudi 21 février 2019, par René Merle

À propos de la décision de réserver les emplois publics aux citoyens nés de pères français


Dans la débandade de l’exode, L’Action française, organe du nationalisme intégral, s’est repliée sur Limoges, et ne paraît pour l’heure, qu’en trihebdomadaire encore épisodique. Avec deux éditoriaux, son numéro du dimanche 21 juillet 1940, bien évidemment soutien du nouveau régime, ne l’en pousse pas moins à la roue pour plus de "lucidité" et d’action, ce qui lui vaut quelques lignes de censure.

" LA FRANCE AUX FRANÇAIS.
Débridant et cautérisant, d’une main vigoureuse, une des plaies dont la France se mourait, le gouvernement vient de prendre un décret hardi, mais nécessaire. Dans une première partie, il réserve tous les postes des administrations, tant des communes et des départements que de l’État, aux citoyens nés de pères français. N’échappent à cette juste éviction que les naturalisés ayant servi sous nos drapeaux, à titre étranger, ceux qui ont servi dans des unités combattantes au cours des guerres de 1914 et de 1939, et les descendants de ces derniers en ligne directe. La seconde partie du décret règle le sort des magistrats, agents civils, militaires en activité, qui ne remplissent pas la condition désormais imposée pour l’admission à un emploi public ; ils sont réputés démissionnaires, sous réserve de droits à des indemnités ou à des pensions.
Il était grand temps que prissent fin le scandale et le péril causés par la foule innombrable des citoyens français de trop fraîche date, n’ayant pour la plupart de français que le nom, qui avaient envahi nos administrations. Dans certains ministères, ces fonctionnaires dangereux pullulaient. Voyez, par exemple, celui des Beaux-Arts.
Il faudrait rendre familières à tous les Français la notion et l’appellation de « métèque ». Le mot n’a rien d’injurieux. Il invite seulement à ne pas confondre les nationaux attachés au sol, à l’être moral de la patrie, par une chaîne de cent générations d’ancêtres, avec l’homme venu récemment d’une autre nation.
[trois lignes censurées]
Il faudrait étendre l’exclusion que vient de prononcer ce décret à certaines autres fonctions dont les titulaires ne sont pas nommé par les maires, les préfets ou les ministres. Journalistes, parleurs de la radio, directeurs de théâtres ou de cinémas exercent une autorité très importante. Ce sont, au propre sens du termes, des « publicistes », qui ont un empire considérable sur le public. Ils répandent puissamment des idées et des sentiments soit utiles, soit nuisibles au bien public. Ils propagent des états d’esprit et des états de sensibilité. Et la propagande de ces sentiments et de ces idées, un gouvernement peut et doit la contrôler, sans mesquinerie mais avec vigilance ; il a le droit et le devoir de la gouverner, dans une certaine mesure, au même titre que l’instruction publique, dont aussi bien elle n’est qu’une portion.
D’autres professions encore, celle de médecin par exemple, donnent, elles aussi, à qui les exerce, une action morale qu’il importe de ne pas abandonner en des mains étrangères. A chacun des centres nerveux de la nation, où nous avons vu se ruer les étrangers, que nous leur avons laissé occuper, par une incurie inepte et proprement suicide (sic), il ne faut admettre que des nationaux.
Il est très probable que le gouvernement actuel médite ce point de sa tâche et qu’il la remplira avec le courageux bon sens qu’il vient de montrer dans d’autres.
« La France aux Français », dit le Courrier du Centre, commentant le décret, ce n’est pas une formule séditieuse, mais la constatation d’une nécessité, d’une obligation envers elle-même. Depuis trop longtemps, comme disait Eugène Lautier, la France n’était plus française : elle était en train de cesser d’être la France. Sa chute dans la mort va être arrêtée. R.B [1]

QUELQUES NÉCESSITÉS DE L’HEURE.
Nous n’apportons nullement ici les résultats d’une « enquête » sur ce que pensent les Français, mais seulement quelques impressions recueillies au cours de voyages dans les régions non occupées, voyages durant lesquels les inévitables lenteurs, les arrêts forcés permettent d’être témoin de conversations entre des gens appartenant aux catégories les plus diverses. Sur bien des point d’ailleurs, il nous paraît que le sentiment public n’est pas encore fixé. Etourdi sous la violence d’un choc auquel rien ne l’avait préparée, l’opinion a en quelque sorte le besoin de reprendre ses esprit avant de s’exprimer. Certes, dans son ensemble, la France fait confiance au gouvernement et approuve ses initiatives les plus hardies. A l’exception des profiteurs qui vivaient du régime aboli et dont le nouveau sera sage de surveiller de près l’attitude et les manœuvres sournoises, tous nos compatriotes nettement ou confusément reconnaissent l’impérieuse nécessité d’une refonte totale de nos institutions et d’une transformation radicale des mœurs politiques qui nous ont menés où nous en sommes. A cet égard, il n’est pas exagéré de dire que, en dépit des énormes difficultés de leur tâche, les hommes à qui est confié le destin de la nation ont la voie libre. Qu’ils osent et que, dédaignant les combinaisons d’un machiavélisme hors de saison, ils aillent résolument de l’avant : le pays les suivra.
Il ressort de propos entendus çà et là que beaucoup de Français ne se rendent pas un compte exact de ce qui les attend. L’arrêt des transports, les entraves au ravitaillement leur ont bien fait éprouver quelque gêne. Mais, jusqu’ici, sauf en des cas très rares, l’essentiel n’a pas manqué. Il n’en sera peut-être pas ainsi demain. De très sévères restrictions sont à prévoir. [2]
La pénurie, ou même le manque absolu de certains produits et denrées (pour nous en tenir à un ordre d’idées très terre-à-terre) troubleront profondément les habitudes d’une vie commode et contraindront à des « réadaptations » qui ne seront pas du goût de tout le monde. De toute nécessité, il faudra se priver, si ce n’est souffrir. Il peut en résulter du mécontentement et de l’aigreur, que s’efforceront d’entretenir et de grossir les agitateurs révolutionnaires dont le silence actuel ne signifie pas du tout qu’ils aient perdu l’espoir de trouver ou de retrouver leur jour [3] et auxquels l’étranger, s’il est décidé à s’opposer à notre relèvement, ne se fera pas faute de fournir les moyens d’action [4]. Je ne fais qu’indiquer en passant les éléments d’une situation qui n’échappe évidemment pas aux autorités. Le péril leur est connu : à elles d’ouvrir les yeux des Français, puis de combattre le danger, ou, mieux, de le conjurer.
Autre chose. Le désastre et ses conséquences, morts, ruines, bouleversements de toute espèce, ne sont pas des phénomènes naturels, devant lesquels on est bien obligé de s’incliner en travaillant à réparer les effets. Il y a des responsabilités, dont l’opinion est unanime à réclamer la recherche. Dès le lendemain de l’armistice, des voix intéressées se sont élevées pour qu’on donne le grand coup d’éponge. Ce qui est fait est fait. A quoi bon revenir sur le passé ? etc. Vous connaissez l’antienne. Cependant, insistons-y, la politique de l’oubli serait inadmissible.
[21 lignes censurées].
J.DELEBECQUE.

Notes

[1Robert Brasillach, collaborateur du journal ?

[2De fait ! La situation sera bientôt très difficile, et la France entrera dans la période du rationnement et des cartes d’alimentation

[3En politique "de terrain", l’A.F ne partage pas l’idée reçue d’un anéantissement du parti communiste depuis son interdiction en 1939, et d’un unanimisme absolu de l’opinion. Elle anticipe l’action que vont mener les communistes clandestins aux côtés des protestataires "économiques" : manifestations de ménagères, grèves, etc.

[4Le mot "ennemi" peut désigner l’Allemand, dont l’A.F regrette l’apparente indifférence à l’activité communiste clandestine ; mais il vise encore plus l’Anglais. Maurras ne cessera de le répéter : les communistes, quoi qu’ils en aient sont objectivement des alliés de l’Angleterre et du gaullisme. Il ne cessera dans ces premiers mois de pétainisme de réclamer l’éradication des communistes qu’il faut « empêcher de nuire »

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