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Guesdistes à Roubaix, 1893

vendredi 21 juin 2019, par René Merle

Collectivisme et anticléricalisme


Voici le texte d’une chanson publiée lors des élections de 1892 ou de 1893, ou de 1896 (municipales) comme l’indique la date au crayon, mise en ligne par la Médiathèque de Roubaix.
Les armes du prolétaire, 
Chanson nouvelle, chantée par la Société des Forçats, établie chez Henri Carrette, Rue d’Alma 104, Roubaix.
Air : les colombes fidèles
Henri Carrette [1846-1911], élu maire socialiste (Parti Ouvrier Français, POF) en 1892, fut un grand maire réalisateur et populaire. Cet ancien tisserand, militant dénoncé et donc devenu cabaretier marchand de journaux, gérait l’organe de presse socialiste Le Forçat. D’où le titre de la Société chantante qui siégeait dans son cabaret. (À l’abondance des chansons populaires, en français et en patois, on mesure l’importance de ces Sociétés conviviales, lieux de rencontre, de divertissement, mais aussi de conscientisation).
À un moment où les anarchistes appellent les prolétaires à ne pas participer aux élections, et à leur préférer « l’action directe », la chanson est un appel au vote, donc à la prise du pouvoir politique dans le cadre républicain.
En lisant ces couplets, où s’exprime un sentiment de classe brut de décoffrage, doublé d’un solide anticléricalisme, on comprend mieux l’insistance avec laquelle Guesde, lorsqu’il s’adresse aux prolétaires, va droit à la conscientisation théorique collectiviste (et appelle à ne pas se tromper d’ennemi, en l’occurrence les travailleurs chrétiens si nombreux dans le Nord-Pas de Calais, manipulés par le patronat clérical).

Richard vous nous faites la guerre,
Vous voulez enfin tout avoir,
Vous vivez de notre salaire,
Il vous faut encor’ le pouvoir.
Voyons un peu quelle est la cause,
Serait y pour vous appauvrir,
Je crois plutôt, voici la chose,
C’est toujours pour vous enrichir.
Refrain
Jetez vos cris d’alarme,
Cagots et calotins.
Craignez, craignez nos armes,
Voici, c’est nos bull’tins
bis
Vous avez tout par la fortune,
Vous vivez comme au temps des rois,
Toujours vous nous cherchez rancune,
Seul vous voulez dicter des lois.
Depuis des siècles, votre classe
Dirige tout le continent,
Et vous avez encore l’audace
De nous traiter d’impertinent.
Jetez vos cris d’alarme,
Cagots et calotins.
Craignez, craignez nos armes,
Voici, c’est nos bull’tins.
Nous voici qu’on s’avance,
Cagots et calotins,
Le jour de la vengeance,
C’est le jour du scrutin.
Voyons, soyons un peu logique,
Nous ne somm’ pas des Usuriers,
Si nous avons la République
C’est par le sang des ouvriers.
Riches, vivez dans l’opulence
Profitez de tous les bonheurs
Et laissez nous fonder en France
La République des Travailleurs.
Jetez vos cris d’alarme,
Cagots et calotins.
Craignez, craignez nos armes,
Voici, c’est nos bull’tins.
Pour essuyer nos larmes,
Cagots et calotins,
Nous n’avons que des armes,
C’est le jour du scrutin
Ouvriers à vous je m’adresse,
Employés, courtiers et marchands,
Croyez vous d’être plus à l’aise
Avec des riches gouvernants.
Non mes amis, c’est le contraire,
L’or dépensé pour être élus
Est rendu par le prolétaire
Par leurs salaires et les abus.
Jetez vos cris d’alarme,
Cagots et calotins.
Craignez, craignez nos armes,
Voici, c’est nos bull’tins.
Du peuple qui s’avance
Marchons tous au scrutin,
Au cri : Vive la France
Déposons nos bull’tins.
V.Capart
Imprimerie ouvrière, G. Delory, rue de Fives 28

Sur Victor Capart, cf . Sébastien Dhalluin, « Victor Capart, le chansonnier aux deux visages (1839-1908). https://www.cairn.info/load_pdf.php...

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