La Seyne sur Mer

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Le programme du Parti Ouvrier, ses considérants & ses articles, par Jules Guesde et Paul Lafargue.

jeudi 21 mars 2019, par René Merle

Après la victoire [1876-1879] des Républicains sur la majorité réactionnaire et monarchiste qui dirigeait la France depuis 1871, la chape répressive anti-communarde est progressivement allégée, jusqu’à l’amnistie de 1880 qui permet le retour des déportés et exilés.
Dans ce contexte nouveau, à partir de 1876, une succession de congrès nationaux réunissent les pionniers des diverses chapelles socialistes françaises. En 1878, elles se sont réunies dans la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France (FPTSF), bientôt quittée par les Blanquistes (1881), puis par les collectivistes qui refusent l’orientation strictement réformiste donnée à la Fédération par Paul Brousse : le journaliste Jules Guesde [1845], rentré d’exil en 1876, et le médecin Paul Lafargue [1842], gendre de Marx, rentré d’exil lui aussi, fondent en 1882 le Parti ouvrier. Le mouvement socialiste français est dorénavant clairement partage entre le courant réformiste broussiste et le courant collectiviste révolutionnaire du Parti ouvrier. Pour autant, contrairement aux caricatures actuelles réduisant le P.O à un groupe de gesticulateurs marxistes sans prise sur la réalité, et exaltant le réalisme constructif des Broussistes, ancêtres de tous nos socialistes de compromis, le programme des collectivistes allie la lutte pour les revendications immédiates et la perspective de l’abolition du capitalisme.
Le voici, tel qu’il est signé en 1883 par Guesde et Lafargue, alors emprisonnés pour propagande révolutionnaire :

« Considérant,
Que l’émancipation de la classe productive est celle de tous les êtres humains sans distinction de sexe ni de race ;
Que les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils seront en possession des moyens de production (terres, usines, navires, banques, crédits, etc.) ;
Qu’il n’y a que deux formes sous lesquelles les moyens de production peuvent leur appartenir ;
1° La forme individuelle qui n’a jamais existé à l’état de fait général et qui est éliminée de plus en plus par le progrès industriel ;
2° La forme collective dont les éléments matériels et intellectuels sont constitués par le développement même de la société capitaliste ;
Considérant,
Que cette appropriation collective ne peut sortir que de l’action révolutionnaire de la classe productive – ou prolétariat – organisée en parti politique distinct ;
Qu’une pareille organisation doit être poursuivie par tous les moyens dont dispose le prolétariat y compris le suffrage universel transformé ainsi d’instrument de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation ;
Les travailleurs socialistes français, en donnant pour but à leurs efforts l’expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production, ont décidé, comme moyens d’organisation et de lutte, d’entrer dans les élections avec les revendications immédiates suivantes :
A – Partie politique
1° Abolition de toutes les lois sur la presse, les réunions et les associations, et surtout la loi contre l’Association Internationale des Travailleurs. – Suppression du livret, cette mise en carte de la classe ouvrière, et de tous les articles du Code établissant l’infériorité de l’ouvrier vis-à-vis du patron et l’infériorité de la femme vis-à-vis de l’homme ;
2° Suppression du budget des cultes et retour la nation des droits de mainmorte, meubles et immeubles, appartenant aux corporations religieuses (décret de la Commune du 2 avril 1871), y compris toutes les annexes industrielles et commerciales de ces corporations ;
3° Suppression de la Dette publique ;
4° Abolition des armées permanentes et armement général du peuple ;
5° la Commune maîtresse de son administration et de sa police.
B – Partie économique
1° Repos d’un jour par semaine ou interdiction légale pour les employeurs de faire travailler plus de six jours sur sept. – Réduction légale de la journée de travail à huit heures pour les adultes. – Interdiction du travail des enfants dans les ateliers privés au-dessous de quatorze ans ; et de quatorze à dix-huit ans, réduction de la journée de travail à six heures.
2° Surveillance protectrice des apprentis par les corporations ouvrières ;
3° Minimum légal des salaires, déterminé, chaque année, d’après le prix local des denrées, par une commission de statistique ouvrière ;
4° Interdiction légale aux patrons d’employer les ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français ;
5° Egalité de salaire à travail égal pour les travailleurs des deux sexes ;
6° Instruction scientifique et professionnelle de tous les enfants mis pour leur entretien à la charge de la Société, représentée par l’Etat et par la Commune ;
7° Mise à la charge de la Société des vieillards et des invalides du travail ;
8° Suppression de toute immixtion des employeurs dans l’administration des caisses ouvrières de secours mutuels, de prévoyance, etc., restituées à la gestion exclusive des ouvriers ;
9° Responsabilité des patrons en matière d’accidents, garantie par un cautionnement versé par l’employeur dans les caisses ouvrières, et proportionné au nombre des ouvriers employés et aux dangers que représente l’industrie ;
10° Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des divers ateliers ; suppression du droit usurpé par les patrons de frapper d’une pénalité quelconque leurs ouvriers sous forme d’amendes ou de retenues sur les salaires (décret de la Commune du 27 avril 1871).
11° Annulation de tous les contrats ayant aliéné la propriété publique (banque, chemins de fer, mines, etc.), et l’exploitation de tous les ateliers de l’Etat confiée aux ouvriers qui y travaillent ;
12° Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 8.000 fr. Suppression de l’héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20.000 francs. »

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