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La IIIe Internationale (Komintern) et le fascisme – 1934-1935

jeudi 23 mai 2019, par René Merle

Analyses de Staline et de Dimitrov. Clarification idéologique et front commun antifasciste

Le coup de tonnerre de 1933, la victoire de la variante allemande du fascisme dans un pays où le puissant Parti communiste allemand portait tous les espoirs du Komintern, ne pouvait manquer d’interroger l’Internationale communiste.
En 1934, Staline analysait ainsi la situation devant le XVIIe congrès du Parti communiste bolchevik de l’Union soviétique :
« La victoire du fascisme en Allemagne, il ne faut pas seulement la considérer simplement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et comme le résultat des trahisons perpétrées contre elle par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme. Il faut la considérer aussi comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que la bourgeoisie n’est plus en mesure d’exercer le pouvoir par les vieilles méthodes du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir dans sa politique intérieure, aux méthodes terroristes de gouvernement ; comme un signe attestant qu’elle n’a plus la force de trouver une issue à la situation actuelle sur la base d’une politique extérieure de paix, ce qui l’oblige à recourir à une politique de guerre  ».

Pour autant, ce constat de l’incapacité de la bourgeoisie à se maintenir par la « démocratie bourgeoise », et donc son recours au fascisme, était-il valable pour toutes les bourgeoisies, pour tous les pays ?
Dès 1934, la question est posée. La réponse décisive sera apportée par le nouveau secrétaire général du Komintern, le bulgare Georges Dimitrov, au VIIe congrès de l’Internationale, en juillet-août 1935.
Dimitrov [1882] avait été payé pour savoir ce qu’était le fascisme. Ce révolutionnaire de toujours, d’extraction populaire, avait été condamné à mort par contumace après l’échec de l’insurrection communiste bulgare de 1923 contre le coup d’Etat militaire. Arrêté en mars 1933 par les nazis qui le désignent comme le responsable de l’incendie du Reichstag, il transformera son procès en procès du fascisme et sera libéré sous la pression internationale.
La définition qu’il donne du fascisme au congrès de l’Internationale est la même que celle de Staline :
« Le fascisme, c’est le pouvoir du capital financier lui-même. C’est l’organisation de la répression terroriste contre la classe ouvrière et la partie la plus révolutionnaire de la paysannerie et des intellectuels. Le fascisme en politique extérieure, c’est le chauvinisme sous sa forme la plus grossière, cultivant une haine bestiale contre les autres peuples. La variété la plus réactionnaire du fascisme, c’est le fascisme de type allemand. Il s’intitule impudemment national-socialisme sans avoir rien de commun avec le socialisme. Le fascisme hitlérien, ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est un système gouvernemental de banditisme politique, un système de provocations et de tortures à l’égard de la classe ouvrière et des éléments révolutionnaires de la paysannerie, de la petite bourgeoisie et des intellectuels. C’est la barbarie médiévale et la sauvagerie. C’est une agression effrénée à l’égard des autres peuples et des autres pays. Le fascisme allemand apparaît comme la troupe de choc de la contre-révolution internationale, comme le principal fomentateur de la guerre impérialiste, comme l’instigateur de la croisade contre l’Union Soviétique, la grande patrie des travailleurs du monde entier  ».
Mais si, à l’évidence, dans le cadre de la crise générale du système capitaliste, le fascisme, « la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital financier  » a pu, dans des conditions historiques et nationales spécifiques, être un moyen de sauvetage du capitalisme, son avènement n’est pas inéluctable.
Sans illusions sur la « démocratie bourgeoise », pour les communistes dorénavant le choix n’est plus entre fascisme et révolution, mais, dans un premier temps, entre fascisme et « démocratie bourgeoise ». Les fascistes sont les ennemis de cette « démocratie bourgeoise ». Ils prétendent s’opposer à tous les partis institutionnels de cette démocratie, de gauche comme de droite, tout en essayant, et souvent avec succès, de rallier des éléments de ces partis.
De même qu’au plan international, le choix n’est plus entre impérialisme et fascisme : si tout fasciste est impérialiste, tout impérialiste n’est pas fasciste.
Ainsi Dimitrov et le Congrès ouvraient la voie nouvelle de l’union antifasciste des communistes, socialistes, démocrates, qui se concrétisera dans le Front populaire.

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