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Occupation de la Ruhr, 1923

vendredi 25 janvier 2019, par René Merle

Un choix lourd de conséquences

J’écrivais dans un précédent billet :
" C’est pourquoi, comme je l’ai déjà fait sur ce blog, je retournerai à l’occasion vers des périodes où la difficulté d’y voir clair a été extrême pour le plus grand nombre, par exemple, dans l’histoire du mouvement ouvrier, le choix entre la voie réformiste ou la voie révolutionnaire ; par exemple, tout au long du siècle passé, les jugements portés sur les mouvements catégoriels de la paysannerie ou des couches moyennes ; par exemple encore, dans les années 1930, la difficulté de se situer par rapport à la montée du fascisme et aux menaces de guerre..."
Voici un exemple de choix historique difficile pour l’opinion française, au lendemain de la guerre de 1914-1918.
Depuis l’élection en 1919 de la Chambre « Bleu horizon » (coalition de la droite du Bloc national et d’une partie des radicaux) la France est gouvernée à droite. Raymond Poincaré, qui devient Président du Conseil des Ministres en janvier 1922, doit faire face à une grave crise budgétaire : la dépense publique s’est grandement accrue avec les indemnisations des victimes de la guerre et les nécessités de la reconstruction. Or, l’Allemagne refuse de payer les Réparations qui devaient compenser ces dépenses, et la France est endettée vis à vis du Royaume Uni et des États Unis. Poincaré augmente alors les impôts mais refuse toute dévaluation. Poussé par les industriels français du charbon et de la métallurgie, et par les banques qui leur sont liées, Poincaré choisit la solution de force : en janvier 1923, les troupes françaises et belges qui occupaient déjà la rive gauche du Rhin, franchissent le fleuve et occupent la Ruhr, zone industrielle et minière capitale pour l’économie allemande.
Au plan parlementaire, la majorité de la Droite approuve, même si une minorité manifeste son inquiétude. Les radicaux et radicaux socialistes se prononcent pour l’abstention, les socialistes désapprouvent, les communistes sont violemment hostiles.
L’opinion publique française est alors placée devant un choix lourd de conséquences pour l’avenir. En fait, chloroformée par le slogan « l’Allemagne paiera », et la haine du Boche, elle entérinera.
Quand les communistes, et particulièrement les Jeunesses communistes, déclenchent une très active campagne contre l’occupation et pour la solidarité avec les travailleurs allemands en grève, le pays ne suit pas. Poincaré aura beau jeu de justifier sa vague d’arrestations de militants communistes par la découverte d’un supposé complot contre la sûreté de l’État…
Ainsi le choix de la majorité des Français d’approuver le coup de force de Poincaré avait initié, sans qu’ils le réalisent, un processus qui devait mener à la Seconde Guerre mondiale. Bel exemple de cécité dans la responsabilité collective…
Si en effet le nouveau gouvernement (Cartel des Gauches socialiste et radicales, victoire électorale en 1924) se résoudra à faire marche arrière en 1925 sous la pression du Royaume Uni et des États Unis, l’humiliation de l’occupation et le coup énorme porté à l’économie allemande, la brutalité meurtrière de la répression des manifestations de protestations dans la Ruhr, avaient plongé l’Allemagne dans une crise économique et morale qui fera le lit de l’Extrême Droite nationaliste, et préparera l’arrivée au pouvoir des Nazis, en 1933.

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