La Seyne sur Mer

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Liebknecht et la guerre

vendredi 25 janvier 2019, par René Merle

De la fidélité à ses principes

Aux élections au Reichstag de janvier 1912, le Parti Social-Démocrate allemand (SPD) devient le premier parti du Reich (34,8% des voix, 110 députés). À cette occasion, L’Humanité, journal socialiste quotidien, directeur politique Jean Jaurès, publie en première page un entretien avec le dirigeant SPD Karl Liebknecht (1er février 1912), sous le titre : "Après le triomphe". Il est poignant de lire ces lignes en réalisant la cécité des meilleurs, et en imaginant ce que pouvaient ressentir les lecteurs de 1912, et quel avenir ils pouvaient espérer.
« [...] Vous me demandez si je crois que la force du parti socialiste au Reichstag peut empêcher une guerre ? Eh bien ! Si la guerre est empêchée, je ne crois pas que ce soit par le Parlement. Ce ne sera que par la force de notre Parti au dehors du Reichstag. Puisque nous pouvons redouter d’être amenés à la catastrophe, il faut que tous nos efforts soient concentrés pour rendre notre organisation toujours plus puissante. Notre force doit être plus grande en vue du temps de guerre que pour le temps de paix. Il faut, si la guerre devait être déclarée, que nous puissions l’empêcher simplement en nous y opposant.
— Cela veut donc dire que la guerre serait terminée avant d’être commencée ?
Parfaitement ; non pas que les cinq millions de citoyens qui forment la réserve de l’armée allemande soient tous des socialistes, mais nous en avons bien la moitié qui sortent de nos rangs. De plus les deux premières années de réserves composées de citoyens qui ne sont pas encore âgés de 25 ans, et par conséquent pas électeurs, et les deux années qui précèdent les listes d’appel composées de jeunes gens de 18 à 20 ans sont en majorité avec nous.
— Le gouvernement connaît-il cet état de choses ?
Sans doute, et il s’en alarme. On a bien parlé de faire des lois d’exception contre les propagandistes antimilitaristes. Mais nous sommes prêts à toute éventualité, et même si la loi passait, les premiers arrêtés seraient sévèrement punis, mais le flot des propagandistes au lieu de diminuer augmenterait avec la sévérité des jugements.
Dans le cours des deux ou trois prochaines années va se décider la question de la suprématie entre l’Allemagne et l’Angleterre. Je ne puis mieux définir l’état actuel de ces deux nations qu’en les comparant à deux gigantesques trusts qui sont arrivés à leur dernière période de développement économique. Or, l’expérience nous a appris que lorsque deux trusts sont arrivés à un point de développement tel que l’un doit se soumettre devant l’autre, il arrive presque toujours que pour ne pas annihiler une partie des forces du concurrent, qui ensuite doit devenir le vaincu, il y a assimilation, qui se fait à l’avantage des deux parties. Eh bien, l’Allemagne et l’Angleterre en sont là. Nos efforts à nous, c’est de les pousser dans ce chemin d’union et de paix. [...] "

En 1907, Liebknecht avait publié l’ouvrage "Militarisme et anti-militarisme" qui lui valut 18 mois de prison. Si son double optimisme (collaboration des deux puissances capitalistes, passage à l’action du SPD en cas de guerre) sera démenti, il restera fidèle à ses convictions. Refusant les crédits de guerre, il est exclu du SPD qui s’est engouffré dans l’Union sacrée de 1914, et il sera emprisonné. Libéré par la Révolution de novembre 1918, il est un des dirigeants des révolutionnaires spartakistes. Le 15 janvier 1919, sur ordre du gouvernement social-démocrate, il est assassiné avec Rosa Luxemburg par les Corps Francs d’extrême droite.

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