La Seyne sur Mer

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De la Nation française, dans sa grande extension

jeudi 27 décembre 2018, par René Merle

ou du rêve d’une Europe française

J’évoquais hier ce Chant de guerre de l’Armée du Rhin, porté à Paris par les Volontaires marseillais en 1792, et devenu ainsi notre nationale la Marseillaise "La Marseillaise" au présent. Le film de Renoir, 1937.
Comment ne pas s’interroger sur ces quelques années qui virent basculer l’armée nationale combattant en 1792-1793 l’envahisseur et les émigrés, au chant de la Marseillaise en une armée de conquête et de sujétion des pays voisins, auxquels elle était censée devoir apporter la liberté ?

Je l’ai souvent écrit, je suis convaincu que la cristallisation du sentiment national français s’est faite dans et par l’adhésion à la République, puis à l’Empire, entre 1792 et 1814. Donc dans la phase clairement révolutionnaire comme dans la phase impériale.
Et comment ne pas voir alors avec quelle avidité la jeune Nation s’est empressée de mordre sur ses voisins et de les persuader, de force plutôt que de gré, de devenir français.

Quid donc des territoires que la République, puis l’Empire, avaient conquis et annexés ? Qu’en était-il de leur sentiment national ? Peut-on imaginer ce qui serait advenu si l’Empire hypertrophié n’avait pas été vaincu ?
Dans un ouvrage publié en 2010, j’avais évoqué l’expansion républicaine puis impériale française au détriment d’états voisins [1].
Entre 1793 et 1798, en effet, la République française a transformé en départements français les territoires savoyards et niçois de l’État de Piémont Sardaigne, la totalité des territoires aujourd’hui belges et luxembourgeois, une partie des territoires aujourd’hui hollandais, une partie des territoires aujourd’hui allemands et une partie de la Suisse, sans compter le rattachement à des départements français de Monaco et des États pontificaux aujourd’hui vauclusiens.

Le Consulat (en principe toujours républicain) puis l’Empire ont transformé en départements français des territoires aujourd’hui italiens, de Gênes et de Turin à Rome et à Florence, la totalité des territoires aujourd’hui néerlandais, et ont prolongé la possession départementale française en Allemagne jusqu’à Hambourg, et au-delà.

Voici la carte de la France de 1811. En bleu foncé, les départements français ; en bleu clair, les dépendances de la France.

Il faut encore ajouter à cette carte les départements créés sur le territoire espagnol (Catalogne !) en 1812.
Tous ces départements étaient régis par la loi française, portée par la langue française.
Folle ambition d’une France rêvant de s’étendre sur la totalité de l’Europe, d’y imposer sa loi et sa langue : première version de l’Europe unie ?

On sait ce qu’il en est advenu. Même si sur une partie de ces territoires, que la France délivrait de la féodalité et de ses contraintes, l’opinion a pu initialement accepter la départementalisation, la tutelle française a été rejetée.
Ajoutons encore que la France républicaine avait divisé en départements français sa conquête coloniale d’Algérie, y avait imposé ses lois et sa langue, jusqu’à ce que l’on appelle pudiquement les « événements » de 1954-1962.
On sait également ce qu’il en est advenu…
Qu’en pensent nos souverainistes ?

On peut consulter à ce propos mon billet sur le chauvinisme français vu par Cœurderoy ;
https://1851.fr/coeurderoy-chauvinisme/

Notes

[1René Merle, Visions de « l’idiome natal » à travers l’enquête impériale sur les patois (1807-1812), (langue d’Oc, catalan, francoprovençal – France, Italie, Suisse), Canet, Trabucaire, 2010. Consultable sur http://archivoc.canalblog.com/

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