La Seyne sur Mer

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Corrido de Juan-sin-Tierra. De la trahison de la révolution mexicaine. Et en filigrane de la désespérante situation actuelle

mercredi 27 janvier 2021, par René Merle

Cf. À propos de la Révolution mexicaine (2)
J’ai donné récemment deux articles sur la Révolution mexicaine. Bon, d’après les statistiques, ce n’est vraiment ça qui passionne les foules, mais comme ça me passionne, je continue :

Corrido de Juan-sin-Tierra

On sait que le Mexique est dramatiquement gangrené par la violence criminelle du capitalisme le plus sauvage, plus d’un siècle après l’immense Révolution paysanne trahie de 2010.
 Rien ne dit mieux de cette trahison que le célèbre Corrido de Juan-sin-Tierra, ici chanté par Víctor Jara [1].
Mais aujourd’hui, ce sont les narcotrafiquants que les corridos encensent…

Je donne ici une traduction littérale : Juan-sin-Tierra (Jean-sans-Terre)

Voy a cantar el corrido
De un hombre que fue a la guerra
Que anduvo en la sierra herido
Para conquistar su tierra.

Je vais chanter le corrido, D’un homme qui fut à la guerre, Qui chemina dans la montagne, blessé, Pour conquérir la terre.

Lo conoci en la batalla
Y entre tanta balacera
Que el que es revolucionario
Puede morir donde quiera.

J’ai su, dans la bataille, Et parmi tant des volées de balles, Que celui qui est révolutionnaire / peut bien mourir où il veut.

Couplet non chanté ici :

Dios tiene que perdonarme
Por que maté en la trinchera
Levando siempre a la espalda
La muerte por compañera.

Dieu devra bien me pardonner Car dans la tranchée j’ai tué. En ayant toujours, dans mon dos La mort comme compagne.

El General nos decia
"Peleen con mucho valor,
Les vamos a dar parcelas
Cuando haya repartición".

Le Général nous disait Qu’ils combattent avec grand valeur, Nous leur donnerons des terres Quand viendra la répartition."

Mi padre fue peón de hacienda
Y yo un revolucionario,
Mis hijos pusieron tienda,
Y mi nieto es funcionario

Mon père fut ouvrier agricole d’une hacienda Et moi un révolutionnaire, Mes enfants ont ouvert boutique Et mon petit fils est fonctionnaire.

Dijo Emiliano Zapata :
"Quiero Tierra y Libertad."
Y el gobierno se ria
Cuando lo iban a enterrar
.

Emiliano Zapata a dit : "Je veux la Terre et la Liberté. " Et le gouvernement exulta Quand ils s’en furent l’enterrer.

Couplet non chanté :

Se me vienen a buscar
Para otra Revolución
Les digo estoy ocupado
Sembrando para el Patrón.

Moi, si l’on vient me rechercher Pour une autre Révolution, Je leur dirai : "Je suis très occupé À semer pour le Patron."

Vuela, vuela Palomita,
Parate en aquela higuera.
Aqui se acaba el Corrido,
Del mentado Juan-Sin-Tierra

Vole, vole, petite colombe, Pause toi dans ce figuier. Ici s’achève le corrido Du renommé Jean-sans-Terre.

D’un côté, la mise en avant des acquis de la Révolution institutionnelle, la promotion sociale dans la normalité du "progrès" civilisateur et de la prégnance absolue du Pari Révolutionnaire institutionnel, etc. De l’autre, l’immense désillusion du combattant frustré de son objectif principal : Terre et Liberté....
Quelque 80 ans après la composition du corrido, on peut mesurer combien, si l’histoire libératrice est faite par les peuples, elle ne les conduit pas toujours sur les chemins qu’ils espéraient.

Notes

[1Jara était chilien, ouvert à toutes les luttes progressistes de l’Amérique latine. Il était membre actif du Parti communiste chilien. Le jour du coup d’État Pinochet-CIA, les militaires le conduisirent au stade de Santiago où ils entassaient et torturaient leurs prisonniers, ils lui coupèrent les doigts et lui demandèrent de chanter. Il eut la force de chanter l’hymne de l’Unité populaire, et il fut abattu de 44 balles. Quelques bourreaux furent bien plus tard modestement condamnés, celui qui porta le coup de grâce vit tranquillement aux États-Unis. Bah, un communiste de moins...

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