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Afghanistan

samedi 26 janvier 2019, par René Merle

Les apprentis sorciers...

Un mot sur l’Afghanistan, si longtemps hinterland féodal et déshérité (et combien disputé !) de l’Empire britannique des Indes et de l’Empire des Tzars !
En 1966, avec mon épouse, nous parcourions en voiture, et en toute sécurité, ce pays dont je garde un souvenir impérissable. L’Afghanistan était alors un royaume des plus archaïques et des plus conservateurs.

drapeau de la Monarchie jusqu’en 1973

Pour les innombrables jeunes européens en quête d’aventure sur la route des Indes, qui traversaient ce pays tampon entre l’Iran modernisé à sa façon par le Shah (et les pétroliers occidentaux) et le Pakistan musulman affronté à la République indienne, rien de ce qu’ils pouvaient voir ne laissait prévoir les bouleversements politiques qui allaient à partir de 1973 amener la chute de la monarchie et l’établissement d’une république...
C’est dire la surprise, et l’attention, avec lesquelles nous avons suivi, quelques années plus tard, le basculement du pays dans les péripéties complexes d’une guerre interminable, et non encore terminée aujourd’hui...
Mais sans doute les jeunes générations, pour lesquelles un retour de quelque trente ans en arrière équivaut à une plongée dans la préhistoire, sont loin de connaître les tenants et aboutissants (toujours discutés et incertains) de ce conflit. Pour elles, si tant est qu’elles s’intéressent à la question, aujourd’hui les troupes américaines et européennes combattent en Afghanistan les terroristes du 11 septembre, les intégristes ennemis de la démocratie et des droits de la femme... On ne peut qu’être de tout cœur avec cette intervention, et, à la limite (surtout quand on n’est pas combattant, mais seulement téléspectateur ou pilier de bistrot), on peut même reprocher au gouvernement français d’avoir retiré "nos" troupes...
Et pourtant, voilà une vieille histoire qui mérite d’être rappelée...
En 1973 donc, l’archaïque monarchie était renversée et l’instauration de la République s’accompagnait d’un conflit violent entre conservateurs et modernisateurs. Les premières mesures de ces derniers (laïcisation prudente de la société, progrès médicaux, alphabétisation, scolarité des filles, droits des minorités ethniques, etc) allaient immédiatement soulever l’ire des fondamentalistes, et leur opposition armée.
En décembre 1979, les troupes soviétiques intervenaient en Afghanistan, pour appuyer ces éléments modernisateurs, que deux fractions (opposées) du parti communiste afghan allaient successivement dominer. La première avait fait du rouge le drapeau national, avant que la seconde ne revienne aux couleurs traditionnelles noir rouge vert, mais évidemment avec changement de logo !

1978 - République démocratique d’Afghanistan

L’intervention soviétique suscita un concert international de condamnations, et notamment en France où la protestation fut quasi unanime, si l’on excepte l’approbation appuyée de Georges Marchais, qui plus est depuis Moscou ! Georges Marchais n’a jamais été ma tasse de thé, si je puis dire, mais je viens de réécouter sur le Net son intervention, et j’y retrouve les mêmes arguments qui légitimeront l’intervention occidentale ultérieure contre les Talibans... Alors, mauvaise intervention soviétique, et heureuse intervention occidentale, toutes deux officiellement identiquement motivées ?
À partir de la fin 1979, l’Armée Rouge fit face à l’insurrection intégriste, puissamment financée, armée, et manipulée par le voisin pakistanais, la monarchie saoudite et le grand protecteur Étatsunien. Le saoudien Ben Laden fit ainsi ses armes contre les Soviétiques.
Le piège tendu par les USA pour enliser et achever de ruiner un régime soviétique en perte de vitesse avait bien fonctionné. L’Afghanistan s’enfonçait dans un sanglant conflit, et l’URSS allait y perdre forces vives et crédibilité.
Il y a bientôt 23 ans, en février 1989, les derniers soldats soviétiques quittaient l’Afghanistan, abandonnant à la déferlante intégriste le régime qu’elles avaient soutenu dans ses complexes mutations. Exultation des médias français, de droite, du centre (?) et de gauche (hormis L’Humanité, quelque peu embarrassée), exultation de nos Belles Àmes, vibrantes avocates des Droits de l’Homme... Alors que la porte était ouverte à la victoire des intégristes.

drapeau de l’État islamique d’Afghanistan, jusqu’en 1996

Dans un premier temps, l’Occident triomphait avec le triomphe de ceux que les soldats américains et européens combattent aujourd’hui, au nom des mêmes principes de laïcité, de respect des droits élémentaires des femmes, etc. qui étaient ceux de l’Afghanistan anti taliban soutenu par les Soviétiques. Las, les apprentis sorciers occidentaux déchantèrent après la gifle sanglante du 11 septembre...
Les voici maintenant combattant, sans grands espoirs, de victoire leurs propres créatures...

république islamique actuelle, soutenue par l’Occident

Comment après cela faire vraiment confiance aux manipulateurs et dissimulateurs, qui sacrifient la vie des jeunes soldats envoyés au loin, pour des causes incertaines et, bien souvent, pour le plus grand dommages des populations civiles (l’Irak victime des criminels de guerre étatsniens et britanniques, en sait quelque chose)...

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