La Seyne sur Mer

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L’autre Allemagne

dimanche 27 janvier 2019, par René Merle

Un phare culturel européen


En filigrane de la très sage, très conservatrice et quelque peu donneuse de leçons RFA, on peut encore, suivant l’angle d’attaque du regard, exhumer l’image monstrueuse du nazisme, et, par là même, dans l’exhumation de cette ignominie, cautionner la normalité vertueuse de notre partenaire européen, démocratiquement installé dans son leadership économique, financier, et politique.
Mais si l’on veut bien échapper à cette dichotomie facile de l’Allemagne diabolique et de l’Allemagne benoitement bourgeoise, c’est vers une autre Allemagne qu’il faut aller voir, cette Allemagne que le nazisme a voulu à jamais éradiquer, au nom de ce qu’il estimait être la vraie Allemagne. C’est le bouillonnement politique et culturel du temps de la République de Weimar (dont la RFA a récupéré le tricolore) dont il faut se souvenir, non pas en nostalgie stérile, mais en en mesurant tout le ferment toujours actif aujourd’hui, sous de nouvelles formes.
En quelques mois de 1933, le nazisme a anéanti par le meurtre, la prison et les camps le puissant parti communiste allemand, enraciné dans une partie de la classe ouvrière, irrigué d’une sève révolutionnaire que les consignes de la IIIe Internationale ont corsetée et stérilisée. Un vecteur majeur de l’espérance révolutionnaire européenne était à jamais brisé. Le retour d’un communisme ramené par l’Armée rouge en 1945 à l’Est, et mis hors la loi à l’Ouest, ne pouvait plus concerner une classe ouvrière traumatisée voire endoctrinée par l’expérience nazie et désormais encline au rassurant réformisme social-démocrate.
En quelques mois de 1933, le nazisme a anéanti par la terreur, la prison ou l’exil les formidables courants de réforme de la vie quotidienne qui s’étaient affirmés dans les dix années précédentes : pacifisme, mouvements féministes novateurs, utopies mises en pratique de la pédagogie libre et des communautés de vie libérées des normes aliénantes, libération homosexuelle où le rôle de Hirschfeld est sans doute plus important que la douteuse récupération médiatique actuelle des cabarets berlinois. En quelques mois, le nazisme a aussi récupéré et perverti la vertu des organisations de jeunesse naturistes…
En quelques mois de 1933, le nazisme a liquidé par l’intimidation et l’exil le bouillonnement intellectuel et artistique qui faisait de l’Allemagne des années 20 un phare culturel européen : les philosophes critiques de l’École de Francfort et les novateurs du freudo-marxisme, les créateurs du théâtre et du cinéma (dont les États Unis profiteront tant), les écrivains emblématiques – la liste serait longue et impressionnante -, les artistes expressionnistes ou néo-objectivistes, et tout ceux que les nazis considéraient comme « dégénérés », les novateurs de l’architecture, etc. etc.
Bref, l’Allemagne que l’on aime et que l’on aimera encore, dans ce qu’elle a été et dans ce qu’elle porte toujours de possibilités pacifistes, désaliénantes et créatrices.

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