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Pétain, la France éternelle… et Montoire
mardi 20 octobre 2020, par
L’entrevue de Montoire, 24 octobre 1940
Un lecteur m’interroge à nouveau sur la personnalité publique du Maréchal Pétain à partir de 1940 : grand papa protecteur ou chef charismatique ?
Voyons donc. J’évoquais dans des billets précédents le culte fasciste, et quasi phallique, du Duce, du Chef. Rien de tel a priori dans le personnage salvateur qu’endossera le Maréchal au lendemain de la défaite : il s’agissait bien du bon Père, ou Grand-Père de la Patrie. La mutation aura lieu lors de la fameuse entrevue de Montoire (24 octobre 1940), à partir de laquelle le bon Grand-Père voudra se muer en Chef, au sens militaire ou au sens scout du mot.
« Le Figaro, 31 octobre 1940.
C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française [1] que j’entre dans la voie de la collaboration, déclare à la radio le maréchal Pétain.
« Les ministres ne sont responsables que devant moi. C’est moi seul que l’Histoire jugera » ajoute le chef de l’Etat.
J’ai rencontré jeudi dernier le Chancelier du Reich, a dit le maréchal Pétain. Cette rencontre a suscité des espérances et provoqué des inquiétudes. Je vous dois, à ce sujet, quelques explications.
Une telle entrevue n’a été possible quatre mois après la défaite de nos armées, que grâce à la dignité des Français devant l’épreuve, grâce à l’immense effort de régénération auquel ils se sont prêtés, grâce aussi à l’héroïsme de nos marins, à l’énergie de nos chefs coloniaux et au loyalisme de nos populations indigènes.
La France s’est ressaisie.
Cette première rencontre entre le vainqueur et le vaincu marque le premier redressement de notre pays. C’est librement que je me suis rendu à l’invitation du Führer. Je n’ai subi de sa part aucun diktat, aucune pression. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J’en ai accepté le principe : les modalités en seront discutées ultérieurement.
A tous ceux qui attendent aujourd’hui le salut de la France, je tiens à dire que ce salut est d’abord entre nos mains A tous ceux que de nobles scrupules tiendraient éloignés de notre pensée, je tiens à dire que le premier devoir de tout Français est d’avoir confiance. A ceux qui doutent comme à ceux qui s’obstinent, je rappellerai qu’en se raidissant à l’excès, les plus belles attitudes de réserve et de fierté risquent de perdre de leur force. Celui qui a pris en main les destinées de la France a le devoir de créer l’atmosphère la plus favorable à la sauvegarde des intérêts du pays [2], que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration.
Ainsi, dans un avenir prochain, pourraient être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d’occupation, ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilitée l’administration et le ravitaillement du territoire.
Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d’agression ; elle doit comporter un effort patient et confiant.
L’armistice, au demeurant, n’est pas la paix. La France est tenue par des obligations nombreuses vis-à-vis du vainqueur. Du moins reste-t-elle souveraine. Cette souveraineté lui impose de défendre son sol, d’éteindre les divergences de l’opinion [3], de réduire les dissidences de ses colonies [4]. Cette politique est la mienne. Les ministres ne sont responsables que devant moi [5].
C’est moi seul que l’Histoire jugera. Je vous ai tenu jusqu’ici le langage d’un père.
Je vous tiens aujourd’hui le langage du chef.
Suivez-moi ! Gardez votre confiance en la France éternelle ! "
Manquent, sur la photo, l’ombre de Laval et de ses acolytes, dont Bousquet, qui fut jusqu’au bout l’ami d’un ancien président "socialiste".
[1] La France, faut-il le rappeler, est coupée en deux par la ligne de démarcation : zone occupée, zone "libre"
[2] C’est le thème que défendent toujours les apologistes du Maréchal : collaborer signifiait sauver ce qui n’était pas encore perdu...]
C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française, une unité de dix siècles dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen[[Déjà et encore l’Europe unie... De Napoléon à Hitler, d’hier à aujourd’hui...
[3] "éteindre" est un euphémisme, quand on sait combien de communistes étaient déjà dans les prisons françaises, emprisonnés avant et après l’avènement du Maréchal, et combien de gaullistes vont les y rejoindre
[4] Allusion aux ralliements coloniaux à De Gaulle
[5] On retrouvera la même conception du pouvoir présidentiel dans le Gaullisme et dans la constitution de la Ve République : le chef "prend en main les destinées des Français". La "mutation" présidentielle de François Hollande en est une triste illustration.
