La Seyne sur Mer

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« Révolution nationale 1940 ». L’approbation enthousiaste du grand journal conservateur "Le Temps"

mercredi 25 novembre 2020, par René Merle

Suite de : Novembre 1940, accepter ou refuser la « Révolution nationale » ?

Le 10 juillet 1940, le Parlement donnait les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain :
Cf. Il y a 80 ans, mort de la République

Le Temps, (12 juillet 1940), donne une adhésion enthousiaste et particulièrement significative aux pleins pouvoirs que le Parlement vient de donner au maréchal Pétain, et à la "Révolution nationale" pétainiste.
Je pointe en notes le basculement total et significatif de la droite dite de gouvernement vers le régime totalement antidémocratique institué dans la sidération de la défaite.
Car en effet Le Temps, dont le lectorat n’est pas vraiment populaire, est alors le grand journal républicain conservateur de référence, qui a toujours pris ses distances avec les vitupérations de l’extrême droite. Au lendemain du vote parlementaire, sa vibrante adhésion au nouveau régime n’en a que plus de poids.
Les gens qui écrivaient cela n’avaient pas une mitraillette dans le dos. Ils auraient pu se faire oublier. Mais non, c’est le refoulé profondément antidémocratique de la droite qui sortait enfin, libéré, sans fausse honte.
Que cela nous serve de leçon en cas de crise majeure.

« RÉVOLUTION NATIONALE
L’Assemblée nationale a accompli solennellement hier l’acte qui lui était commandé par l’intérêt supérieur de la patrie. Elle a confié au maréchal Pétain la mission et le pouvoir de promulguer par un ou plusieurs actes la nouvelle Constitution de l’État français. Constitution qui devra garantir, dans le cadre indiqué par l’admirable exposé des motifs que nous avons publié, « les droits du travail, de la famille et de la patrie ». Le Parlement avait, la veille, accompli le geste de sacrifice et de raison que le pays attendait de lui.
Disons-le tout de suite, ce n’est pas dans une atmosphère de résignation et d’impuissance que l’Assemblée nationale a délibéré. Il a fallu, hélas ! les défaites, le désastre de la patrie pour que les leçons de la débâcle fussent tirées. Mais, depuis longtemps, les esprits clairvoyants comprenaient la nécessité absolue pour notre pays de procéder à cette réforme profonde, à cette révolution nationale dans la légalité que le déclin constant de notre vitalité et de notre force rendait indispensables. Ce n’est pas leur faute si « les batailles perdues » ont imposé impérieusement un tel bouleversement et s’il a fallu tirer les conséquences d’un désastre. C’est le désastre lui-même qui a été la conséquence e ce funeste retard, de cette méconnaissance des réalités.
Mais à quoi bon se complaire et se perdre à des regrets et à des remords désormais inutiles ? Nous devons aujourd’hui tourner les yeux vers l’avenir, vers le relèvement de la patrie ensanglantée et mutilée, courbée sous la volonté du vainqueur, mais capable cependant de réaliser sa propre renaissance ; notre vieille France va enfanter dans la douleur une France nouvelle [1].
Ce que l’Assemblée nationale vient de réaliser, non sans grandeur, est sans précédent dans notre histoire, et peut-être dans l’histoire de tous les peuples [2]. C’est à la fois un suprême examen de conscience, une évocation de toutes les fautes commises envers la patrie et un effort décisif vers une purification sévère mais salutaire. Elle accomplit ce geste dans réticence, sans arrière-pensée, non dans un sentiment de résignation et de fatalisme, mais avec la pleine conscience des blessures reçues par la patrie et la volonté de réparer toutes les ruines.
L’unité de la patrie dans le sacrifice et dans la peine est désormais assurée [3]. L’avenir de la France est confié à des mains loyales et pures. L’acte de confiance au maréchal Pétain, qui n’a jamais été plus grand qu’en ces heures tragiques, est réalisé, mais en même temps, comme nous l’avons écrit, cet acte de confiance est un acte de foi et un immense espoir peut se lever dans toutes les âmes françaises. Ce n’est pas, en effet, l’adversaire qui nous a imposé un régime, c’est la France seule, encore chancelante, mais dans le sentiment de sa liberté intime, qui se redresse et qui proclame sa volonté de vivre [4].
Restauration de la souveraineté et de l’indépendance de l’État, continuité du pouvoir, souci des générations nouvelles et de cette fleur de jeunesse qui risquait de se faner dans la désespérance, politique stricte de démographie, remise à leur place des groupes sociaux, « famille, profession, communes, régions », qui existent avant l’État mais dont l’État doit contrôler et arbitrer les activités, établissement d’un ordre social équitable, relèvement de notre économie, transformation des cadres professionnels, fixation d’une juste hiérarchie des valeurs – vont être les cadres nouveaux de la vie nationale [5]. Telle est l’œuvre que le Parlement, réuni en Assemblée nationale, avant de disparaître par un acte de haute abnégation, a confié au vainqueur de Verdun qui sera plus encore, dans l’Histoire, le restaurateur de la France éternelle. »

Notes

[1Ainsi, très clairement, est écartée à la fois toute velléité de résistance à "la volonté du vainqueur", et toute réticence devant l’Ordre nouveau pétainiste. La bonne bourgeoisie, grande ou petite, qui fournit la gros des lecteurs du quotidien, est ainsi sommée, et ce ne sera pas lui faire violence, d’oublier la République et de soutenir la revanche versaillaise, baptisée "France nouvelle".

[2Eh bien ! Quel enthousiasme !

[3Acceptation, proclamée, de la mortification pétainiste

[4Dénégation significative : la revanche des "Blancs" procède d’une genèse interne, et non d’une pression extérieure

[5Les conservateurs "fréquentables" avalisent tous les thèmes maurrassiens de l’Action française

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