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Christopher Lasch, Moi assiégé, Monde Commun…

mardi 29 décembre 2020, par René Merle

Les gazettes sont emplies des signes de déprime d’anxiété (écologique, militaire, sociale, sécuritaire) qui font que beaucoup se détournent de l’information pour se retrouver dans le seul quant à soi.
Ce qui m’a fait repenser à la présentation faite par l’éditeur français de l’ouvrage de l’historien et sociologue étatsunien Christopher Lasch (Climats, 2008), Le Moi assiégé : Essai sur l’érosion de la personnalité [1], ouvrage à la complexe documentation sociologique, psychologique et politique, qui prend ainsi une singulière actualité.
Présentation de l’éditeur :
« Le désastre écologique, le sentiment d’insécurité, la prolifération nucléaire, la fragilisation de l’économie sont perçus comme autant de menaces transformant la vie en exercice de survie. Assiégé, le moi se resserre sur lui-même jusqu’à ne plus former qu’un noyau défensif, armé contre l’adversité. Christopher Lasch analyse les us et abus de cette notion de survie, omniprésente dans le monde contemporain. Notre imaginaire est en effet envahi depuis plusieurs décennies par des images et une rhétorique de situations extrêmes désormais plaquées sur toutes sortes d’épreuves de la vie quotidienne. La problématique de la survie, qui surgit avec les témoignages des rescapés des camps de la mort, imprègne aujourd’hui toutes les investigations historiques consacrées aux minorités exposées à la persécution et à la discrimination. Elle imprègne aussi jusqu’à la psychologie du développement personnel et une grande part de la littérature populaire qui prend pour thème les pressions de la vie professionnelle, les rivalités et la concurrence dans la vie de tous les jours. La façon dont ce type d’expérience était vécu jusqu’alors s’en trouve modifiée et les individus sont conduits à ne plus fonder leurs choix existentiels que sur des critères émotionnels et indistincts renvoyant à l’enjeu de la survie. Dans cette étude de psychologie politique à la fois lucide et provocante, Christopher Lasch se penche sur cette confusion, de plus en plus répandue, entre lutte pour la préservation de l’intégrité personnelle et lutte pour la survie. »

Mais j’ai à nouveau été particulièrement interpellé par ce passage que j’avais plusieurs fois cité dans des blogs précédents :
« À présent que le monde commun a disparu, nous voyons avec une clarté sans précédent à quel point nous avons besoin de lui.
Pendant longtemps, ce besoin nous était sorti de la tête, aux premiers temps de l’euphorie qui accompagna la découverte de la plénitude de la vie intérieure - une vie libérée au moins des regards indiscrets des voisins, des préjugés de village, de la présence inquisitrice des aînés, enfin de tout ce qui était étriqué, étouffant, mesquin et conventionnel.
Nous constatons désormais que l’effondrement de notre vie commune a entraîné l’appauvrissement de notre vie privée. Libérant l’imaginaire des contraintes extérieures, il l’a exposé plus directement que jamais à la tyrannie des contraintes et angoisses intérieures. L’imagination n’est plus libératrice dès lors qu’elle s’affranchit des contrôles imposés par l’expérience pratique du monde. Au lieu de quoi elle engendre des hallucinations »

Ce propos s’est accompagné d’une très abondante littérature à laquelle Internet fait souvent écho.
À titre de documentation rapide, je vous renvoie à ce propos du professeur Renaud Beauchard :

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/10/26/31003-20181026ARTFIG00285--pour-christopher-lasch-l-alternative-au-capitalisme-destructeur-est-un-populisme-vertueux.php

Et sur la notion de « monde commun » et de « décence ordinaire », je vous renvoie par exemple au propos pionnier de Jean-Claude Michéa (2013) :

http://agora.qc.ca/documents/la_decence_ordinaire_common_decency

Je reviendrai peut-être sur cette complexe notion de "monde commun", qui pour Lasch signifie un monde où l’individu est lié consubstantiellement aux autres par un système de valeurs collectives, mais notion qui a fini par devenir pour beaucoup le seul monde des petites gens, qui (miraculeusement ou logiquement de par le mode de vie ?) échapperaient aux ravages de l’insularité individuelle de ceux qui ont pleinement adhéré à la société néo-libérale.


[1] C’est la traduction de l’ouvrage que Christopher Lasch publia en 1984 The Minimal Self : Psychic Survival in Troubled Times.

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