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L’Œuvre sociale de la Commune. Léo Frankel

lundi 22 mars 2021, par René Merle


L’image en tête de ce billet, si emblématique de la Commune de Paris, est significative d’un certain romantisme révolutionnaire qui, en focalisant sur la geste insurgée et les combats, fait quelque peu l’impasse sur l’œuvre de la commune.
Œuvre improvisée dans l’urgence par une direction politiquement composite, œuvre par force inachevée, mais œuvre clairement en rupture avec l’Ordre politique et social, œuvre par là-même, et malgré son inaboutissement, grandement porteuse d’avenir.
Je reviendrai peut-être sur des aspects majeurs des décisions de la Commune, notamment la séparation de l’Église et de l’État et la création de l’école laïque et gratuite.
Mais je veux seulement ici focaliser sur l’œuvre sociale entreprise pendant ces deux mois de pouvoir communal.
L’urgence absolue était d’assurer le quotidien d’une population très durement affectée par le long siège, et particulièrement la population des quartiers populaires. Ce sont donc des mesures de survie immédiate que les dirigeants de la Commune prirent immédiatement. Au grand dam évidemment des propriétaires, la Commune annula les paiements des loyers et des échéances suspendus depuis le siège. la Commune assura la gratuité des dégagements du Mont de Piété, où les pauvres avaient dû procéder à tant de modestes dépôts. Et enfin, mesure capitale, elle maintint le paiement de la solde des gardes nationaux (tous les hommes mariés de 25 à 60 ans), c’est-à-dire du peuple en armes, assurant ainsi la survie de la masse des chômeurs vivant au jour le jour.
Mais au-delà, la Commission du Travail et de l’Échange de la Commune jeta les bases d’une politique en faveur de la classe ouvrière et de l’égalité sociale.
Le maître d’œuvre en fut le jeune ouvrier bijoutier internationaliste Léo Frankel(1844), doublement internationaliste, puisqu’il était hongrois, et qu’il militait activement dans les rangs parisiens de l’Association internationale des Travailleurs [1] fondée notamment par Marx. Marx qui écrit justement à ce propos :
« La Commune, elle, admit tous les étrangers à l’honneur de mourir pour sa cause immortelle. Pendant le court intervalle qui sépara la guerre étrangère perdue par sa trahison et la guerre civile fomentée par son complot avec l’envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps de déployer son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands qui habitaient la France. La Commune, elle, fit d’un ouvrier allemand son ministre du travail », écrivit Karl Marx.
Il faut souligner la place particulière de l’Association internationale des Travailleurs (Frankel fut un élément actif) devant le déclenchement de la guerre [2], puis dans la Commune de Paris [3].
Alors que la politique sociale n’était pas le souci majeur des autres courants communalistes, Frankel l’internationaliste ouvrier insista sur la nécessité d’une politique en faveur de la classe ouvrière, principal soutien sociologique de la Commune.
Ainsi déjà, à la demande de leurs représentants, l’abolition du travail de nuit pour les ouvriers boulangers fut proclamée par la Commission du Travail et entérinée par la Commission exécutive.
Furent abolies les si fréquentes amendes et retenues de salaire patronales.
Fut supprimé le système de placement institué par le Second Empire, qui assurait le contrôle policier des travailleurs.
Et enfin, mesure plus audacieuse encore, fut initiée la remise aux travailleurs des ateliers abandonnés par leurs patrons qui avaient fui la cité. La gestion serait coopérative et les dirigeants seraient élus par les travailleurs.
Ainsi furent esquissées les prémices d’une politique sociale, sinon socialiste, dont la presse versaillaise s’empara bien entendu pour stigmatiser la Commune des « partageux ».
Frankel, blessé dans les combats de la Semaine sanglante, put s’enfuir et fut condamné à mort par contumace. Il put gagner Londres où il milita aux côtés de Marx [4].

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