La Seyne sur Mer

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l’Action française et la mort de Georges Sorel

lundi 4 février 2019, par René Merle

Au lendemain de son décès, la figure de Sorel est saluée par le quotidien monarchiste l’Action française (31 août 1922). Manifestement, l’auteur de l’article garde le souvenir de la première décennie du siècle, où l’anticapitalisme avait pu faire se rencontrer des syndicalistes révolutionnaires et des maurrassiens, anticapitalisme de combat pour les premiers, anticapitalisme formel seulement pour les seconds (mais tactique aussi : Maurras avait violemment condamné la répression par Clémenceau des grèves de 1904 - 1906).

" Mort de Georges Sorel
Après une longue et pénible maladie, Georges Sorel vient de mourir à l’âge de 76 ans. Les vieux lecteurs de l’Action française n’ignorent pas l’auteur des Réflexions sur la violence et des Illusions du progrès, deux ouvrages qui furent ardemment commentés ou critiqués [1]. Nos amis nouveaux le connaîtront moins, car, avant de mourir, Sorel avait pu éprouver déjà que les hommes sont oublieux et qu’une œuvre pour vivre soit devancer son temps.
Georges Sorel était venu tard au socialisme : le syndicalisme l’avait attiré, il s’en fit le théoricien et connut par là une certaine célébrité. Mais, trop intellectuel, ignorant des choses de l’action, il ne put se faire écouter longtemps des militants syndicalistes que la doctrine intéressait de moins en moins.
Il trouva la principale cause de son échec dans ce qui fit sa véritable originalité : syndicaliste, il avait bien compris que le mouvement de regroupement professionnel allait contre les principes démocratiques. Il fut, sous la troisième République, le premier antidémocrate en pays socialiste ; aussi trouva-t-il contre lui tous les politiciens qui, derrière Jaurès, entendaient profiter du régime et ce qui travaillait contre lui. Ce furent les politiciens qui eurent gain de cause.
Mais Sorel contribua à son insuccès : l’incertitude, la manque de vigueur de sa pensée ne lui permirent pas de constituer un corps de doctrine solide et emportant l’adhésion. Antidémocrate, il ne sut pas conclure. Voyant les faiblesses du marxisme, il n’alla pas au-delà d’une tentative de conciliation de Marx et de Proudhon, vouée d’avance à l’insuccès ; il ne vit pas le marxisme tel qu’il était, tel que l’a montré Valois, dans les meilleures pages de son Economie nouvelle [2].
Donner et retenir ne vaut. Sa fin l’a montré : il sombra dans le bolchevisme, jusqu’à publier une Apologie pour Lénine, au moment même où les événements la rendaient impossible sinon ridicule. Il ne sut pas se délivrer des idées agonisantes reçues dans sa jeunesse : il meurt avec elles. Mais, à ceux qui l’ont connu, il restera un souvenir meilleur, car son cœur valait mieux que sa pensée défaillante. Pour cela, on doit s’incliner devant sa dépouille, se rappelant comme il sut dire fièrement, aux politiciens du socialisme et d’ailleurs, quel mépris il avait pour eux."

Notes

[1On trouve dans cette droite extrême monarchique la même critique du progressisme téléologique

[2Georges Valois, 1878-1945 ; admirateur de Sorel ; initialement socialiste révolutionnaire, il milite ensuite au Cercle Proudhon (1911), qui ambitionne de rassembler dans l’anticapitalisme maurrassiens et syndicalistes révolutionnaires ; fasciste après la guerre, il reviendra vers la gauche après 1934 et mourra en déportation pour faits de résistance.

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