La Seyne sur Mer

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1940, la morale et l’idéologie pétainistes à l’école

mardi 1er décembre 2020, par René Merle

Entré à "la grande école" en 1941, j’ai "bénéficié" de cette manne pétainiste, dont le grain semé n’a pas fini de germer ! Heureusement, mes instituteurs et institutrices n’étaient pas des fanas du Maréchal, et, avec le recul, je vois combien ils ont mis la pédale douce par rapport à l’idéologie qu’on leur demandait de diffuser, même si c’est à l’école que j’ai appris l’officiel Maréchal nous voilà et la mistralienne Coupo santo !.
Mais enfin, cette idéologie a existé, elle a été officielle, elle a fait ses ravages dans l’esprit de millions de Français, et d’écoliers... Et, naturellement, bien longtemps après, les séquelles demeurent, voire réapparaissent, plus ou moins habillées de neuf.
La pire des erreurs, dans la riposte actuelle aux idéologies d’extrême droite et de droite extrême, serait de prendre point par point le contre-pied de l’entreprise pétainiste. Pétain proclame "Travail, Famille, Patrie". Alors, crions "À bas le travail, à bas la famille, à bas la patrie", comme si, d’un autre point de vue, ces trois valeurs n’étaient pas respectables ?...
Et en effet, le piège pétainiste était bien là, car l’amour de la famille, l’attachement à sa patrie, le respect du travail bien fait, faisaient partie très majoritairement de l’héritage moral populaire, et n’impliquaient en rien pareille manipulation totalitaire.
S’il a pu abuser une majorité de Français en 1940, notamment en ce qui concerne la famille (fête des mères !!!), cet endoctrinement, placé sous la bénédiction du goupillon, la violence de la force armée et le culte du Chef rassurant, devait se briser sur la réalité de la collaboration (la patrie !!!), du STO (le travail !!!), de la politique familiale ultra réactionnaire (le père seul chef de la famille, l’avortement "crime contre la sûreté de l’État" passible de la peine de mort, etc.)...
Mais venons à un texte bien représentatif de l’ambiance moralisatrice et religieuse des débuts du pétainisme. À lire et à méditer :

Le Figaro, 6 décembre 1940. 1ère page.
« Dans les écoles primaires, on enseignera désormais des notions de morale sous le triple signe du travail de la famille et de la patrie.

Vichy, 5 décembre. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler l’importance que le gouvernement attache à l’enseignement de la morale dans les écoles publiques.
M. Ripert, ministre de l’Instruction publique, vient d’en donner une nouvelle preuve en établissant les programmes de morale et d’instruction publique qui seront désormais enseignés dans les écoles primaires élémentaires et dans les écoles primaires supérieures [1].
Le ministre a d’ailleurs pris soin de préciser lui-même sa pensée en indiquant qu’il s’agit de grouper les notions de la morale autour de la nouvelle devise de l’Etat français : TRAVAIL, FAMILLE, PATRIE.
Les maîtres devront remettre en honneur les sentiments et les idées dont la disparition, ou même le simple affaiblissement dans les esprits et dans les cœurs, est dangereux pour l’Etat ou pour la Patrie.
C’est ainsi que les programmes de morale comportent désormais des entretiens familiers et des lectures sur les principaux devoir envers nous-mêmes et envers nos semblables, qu’ils insistent sur la conscience professionnelle et l’amour du travail bien fait, et qu’enfin, consacrant une place aux sanctions morales, ils restaurent expressément les notions de devoirs envers Dieu.
Les éléments d’instruction civique ont été simplifiés. Les maîtres auront à insister, dans leurs leçons, sur le fondement historique et le fondement moral de l’idée de nation. Ils feront enfin une large place aux devoirs envers l’Etat, à la fidélité à son chef et à ses droits, au dévouement nécessaire à l’intérêt public, et ils mettront en relief l’amour dû à la patrie, à la petite et à la grande [2].
Ce programme de morale et d’instruction civique entrera en vigueur le 1er janvier prochain.
 »

Notes

[1Ripert, tenant de la morale nouvelle, venait de demander aux recteurs et inspecteurs d’académie de dresser "la liste des fonctionnaires qui, de notoriété publique ou à votre connaissance personnelle, doivent être aux termes de l’article 1er de la loi du 3 octobre 1940 (sur le statut des Juifs), regardés comme juifs". Il venait de procéder aux premiers renvois d’enseignants juifs.

[2La petite patrie : en octobre, Ripert avait conseillé aux instituteurs d’enseigner l’histoire locale et d’utiliser les dialectes locaux

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