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Reconnaissance officielle de la langue rapanui

mercredi 6 février 2019, par René Merle

Le grand quotidien chilien La Tercera annonçait le 18 novembre 2017 que le Conseil municipal de l’Île de Pâques a approuvé, à l’unanimité, la langue rapanui comme idiome officiel du territoire. L’objectif de cette mesure est de fortifier l’usage de cette langue parmi les habitants et de régulariser sa pratique dans les services publics. L’initiative est clairement liée aux aspirations autonomistes de ce territoire chilien, isolé en plein cœur de l’océan.
J’ai plusieurs fois traité sur ce blog de Rapa Nui (l’île de Pâques). cf. par exemple cet article où j’ai essayé de présenter une situation en grande évolution, depuis les terribles épreuves du passé. Je vous y renvoie avant de continuer cette lecture.
J’ai évoqué également la situation pendant la dictature de Pinochet.
(Voir le mot clé Rapa Nui)
Je dois aussi à cette île mon intérêt pour les langues polynésiennes, dont la langue rapanui est un des rameaux méridionaux.
Et j’ai fait aussi de Rapa Nui, en quelque sorte, un des personnages principaux d’un roman, Le Nombril du Monde – Te pito o te Henua.

C’est donc avec une certaine émotion que j’ai pris connaissance de la décision du Conseil municipal. Mais c’est aussi sans illusions : je sais trop combien la donne actuelle de cette île minuscule, ouverte désormais au tourisme de masse, et reliée au monde entier par sa diaspora, ne jouera guère pour le maintien en usage quotidien général de cette langue (sinon en signal symbolique, voire touristique diraient les mauvaises langues), dans une population de plus en plus augmentée de Chiliens du continent, dont le castillan est la seule langue.
Tiens, à propos de diaspora : lors de mon passage dans l’île, la guide qui m’accompagnait parlait un français parfait, et pour cause, elle avait fait ses études dans le lycée de Toulon où j’avais enseigné. Et elle me présenta sa cousine qui elle aussi avait fait ses études en France. Toutes deux de retour sur l’île où elles s’étaient mariées et travaillaient dans le secteur tourisme. Autre exemple : pendant des années, le gardien de l’immeuble où j’habite était un Tahitien dont une partie de la famille était pascuane. Et la diaspora va de la Californie à Tahiti, en passant naturellement par le Chili continental. Pour la diaspora comme pour les habitants de l’île, vive Internet !
Mais trêve de souvenirs, et revenons à notre langue rapanui.
Quel que soit son avenir, la langue rapanui, parlée par une poignée d’insulaires, est à la fois le témoignage de l’infinie variété des modes d’expression de notre espèce, un apport précieux au capital de nos richesses culturelles, et le symbole de la résistance à l’uniformisation colonialiste, doublée dorénavant de l’uniformisation du capitalisme mondialiste…

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