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La leçon de morale ?

vendredi 7 décembre 2018, par René Merle

Bien évidemment personne, moi le premier, n’a de leçons de morale à donner à qui que ce soit ; et que chacun se dépatouille avec l’Impératif catégorique.
Mais il s’agit ici du débat actuel autour de la réintroduction de la morale à l’école publique (les écoles privées religieuses ayant depuis longtemps maintenu ou remettant en place l’enseignement de leurs morales basées sur leurs différentes religions).
Débat où, du côté "laïque", la figure et les écrits du grand Jaurès sont amplement mis à contribution, comme ils le sont désormais à tout propos, comme si Jaurès avait été la figure tutélaire à laquelle nous devons confronter nos convictions et nos engagements.
Certes, la lecture de Jaurès n’est jamais inutile. Mais peut-être convient-il de réfléchir très concrètement dans le cadre de notre société actuelle, à la fois si proche et si différente de celle du temps de Zola (son texte majeur en l’occurrence date de 1892). Pour ma part, j’ai lu avec grand profit le récent article de Denis Collin :
Collin
En matière de Morale, il semble bien que dans les fameuses "classes populaires" (que scrutent tant d’observateurs, et dont le mouvement Bleu Marine fait de plus en plus sa base de masse), se mêlent présentement deux appréciations. D’une part, le sentiment qu’une caste de privilégiés veut imposer une morale libertaire qui prend à rebrousse-poil, si j’ose dire, l’héritage de la morale du sens commun populaire. De l’autre, le sentiment que les scandales qui éclaboussent la caste politique sont plus que jamais révélateurs d’une absence totale de morale chez ceux qui nous gouvernent : "fais ce que je dis, et ne fais pas ce que je fais... tous pourris...", etc. Le mélange de ces deux sentiments de rejet est détonant.
Comment, dans ces conditions, ne pas penser au climat pesant des premières années 1930, où la leçon de Topaze [1] (1928) semblait se vérifier, à tous les niveaux de pouvoir, y compris au plus haut... Sur la figure à la fois touchante et ridicule du petit instituteur, dispensateur de la morale convenue, se superposera bientôt, lorsque Topaze aura compris quelle est la véritable règle du jeu dans notre société, celle de l’homme d’affaires et de pouvoir, cynique et corrompu. Vision amère qui a pu faire dire que Pagnol, fils de hussards de la République pour lesquels enseigner était un sacerdoce, et enseignant lui-même, déchirait par une lucidite quasi marxienne le rideau de fumée de l’idéologie bourgeoise moralisante prêchée aux humbles.
En 1934, l’assaut des Ligues contre la République fut mené au cri de "À bas les voleurs, à bas les Topazes...". Et inversement , l’exigence d’une morale de la propreté, impliquant nécessairement la justice sociale, fut au cœur de la gestation du Front Populaire. À n’en pas douter, cette double donne semble bien encore être la nôtre.

Notes

[1Topaze. Jouée au théâtre avec grand succès en 1928, la pièce de Pagnol fait ensuite l’objet d’une abondante filmographie, initiée en 1933.

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