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"L’Humain d’abord"... Mais quel humain ?

dimanche 8 décembre 2019, par René Merle

Téléologie de l’avènement d’une nature humaine enfin réalisée ?

Cf. : "L’Humain d’abord, la Finance dehors" ?
L’humain d’abord, la finance dehors… Qu’en aurait pensé notre ancêtre Lucy ?
Enfin, est-il vraiment possible de poser pareille dichotomie ? D’un côté l’Humain, paré de toutes les vertus ; de l’autre, les mauvaises structures de la société capitaliste…
Quelle que soit la prégnance des structures économiques et politiques, et elles sont majeures dans la formation de l’individu, elles sont à la fois subies et mises en œuvre par les humains. Derrière les mots de "finance", "capitalisme", il y a des humains. Derrière les doctrines politiques, y compris les plus abominables, il y a des humains. S’il existe des logiques, des contraintes, des exigences économiques et politique nuisibles à "l’humain", si ces logiques et ces contraintes corsètent les humains, ce sont quand même bien des humains qui les acceptent, qui les cautionnent, qui les font jouer, sans le moindre respect des autres humains. Et ceci depuis la plus haute antiquité.
Et naturellement depuis la plus haute antiquité est posée la question de l’adéquation ou de la non adéquation des hommes au respect de soi et d’autrui.
Si Socrate et Platon pensaient qu’existait en chacun un désir inné du bien, désir qu’il convenait de faire advenir dans l’irremplaçable échange personnel, pour Épicure cette innéité de l’amour du bien était une illusion : l’homme n’est mû que par la recherche de son plaisir et de son intérêt.
Rousseau disait de l’Homme (Contrat social I - II) : "sa première loi est de veiller à sa propre conservation, ses premiers soins sont ceux qu’il se doit à lui-même, et, sitôt qu’il est en âge de raison, lui seul étant juge des moyens propres à se conserver devient par là son propre maître."
En fait, un constat des plus ordinaires nous signifie que la nature humaine (qui n’a certes rien d’éternel, mais qui pour l’heure est traversée de pulsions dominatrices), est un terrible cocktail de candeur et de noirceur, de gentillesse et d’inquiétude, de suivisme et de refus, de peurs ancestrales et d’ouverture généreuse au monde, d’appétit de puissance, de désir de reconnaissance, de passivité et d’initiatives. Etc. etc.
Existent en elle autant ce réflexe de solidarité nécessaire, hérité des plus anciens temps, - alors que l’homme se dégageait lentement, oh combien lentement, de l’animalité - que le réflexe de dominer, piétiner, utiliser l’autre, tout autant hérité de ces temps les plus anciens.
Bref, l’homme, dit-on banalement, est capable du pire et du meilleur...
Sauf à reconnaître que cette transformation est impossible, comment barrer la route au pire, sinon par une action sur cette nature de l’homme ?… Les philosophes de l’Antiquité pensaient que la tendance naturelle de l’homme à préserver son intégrité pouvait ne pas mener à l’égoïsme si cet instinct naturel et ce plaisir d’exister étaient pris en main par la raison. Aristote et ses disciples mirent bien vite l’accent sur le nécessaire travail d’éducation que la Cité doit effectuer, et déjà par la contrainte de la loi voire la coercition, afin d’assurer la vertu des citoyens.
La loi mosaïque et le précepte chrétien du "Ne fais pas à autrui..." impliquaient bien une obligation, et donc, concrètement, des structures encadrantes et coercitives.
Aujourd’hui, sans tomber dans le mythe d’un "humain" éternel par nature fraternel, et encore moins dans l’espoir d’un accouchement au forceps de "l’homme nouveau" (merci, on a déjà donné), cette généreuse (naïve ? creuse ?) affirmation de "l’humain d’abord" ne peut prendre sens que par un véritable programme de transformation (de coercition ?) sociale, dans lequel il serait bien léger de ne pointer que l’expulsion de la finance... Une transformation qui ne viserait pas la manipulation et la transformation de l’essence humaine, mais tout simplement créerait les conditions d’une vie en commun (notez bien la racine « commun ») où il serait de moins en moins facile (nécessaire ?) de ne pas se soucier des autres, et encore moins de leur marcher dessus...
Bon, on peut toujours rêver...

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