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Hugo, Cousin et la "décadence" de la langue française

samedi 5 septembre 2020, par René Merle

Je l’ai souvent évoqué dans mes blogs précédents, mais je ne m’en lasse pas. Ainsi, dans Choses vues, Hugo (académicien depuis 1841), relate son son échange décapant avec le philosophe alors quasiment officiel Victor Cousin.

« Académie française – séance d’hier, 23 novembre 1843

M.NODIER. – L’Académie, cédant à l’usage a supprimé universellement la consonne double dans les verbes où cette consonne suppléait euphoniquement le d du radical ad.
MOI. – J’avoue ma profonde ignorance. Je ne me doutais pas que l’usage eût fait cette suppression et que l’Académie l’eût sanctionnée. Ainsi on ne devrait plus écrire atteindre, approuver, appeler, appréhender, etc., mais ateindre, aprouver, apeler, apréhender. Si l’Académie et l’usage décrètent une pareille orthographe, je déclare que je n’obéirai ni à l’usage, ni à l’Académie.
M.COUSIN. – Je ferai observer à M. Hugo que les altérations dont il se plaint viennent du mouvement de la langue, qui n’est autre chose que la décadence.
MOI. – M. Cousin m’ayant adressé une observation personnelle, je lui ferai observer à mon tour que son opinion n’est à mes yeux qu’une opinion, et rien de plus. J’ajoute que selon moi, mouvement de la langue et décadence sont deux. Rien de plus distinct que ces deux faits. Le mouvement ne prouve en aucune façon la décadence. La langue depuis le jour de sa première formation est en mouvement ; peut-on dire qu’elle est en décadence ? Le mouvement c’est la vie ; la décadence c’est la mort.
M.COUSIN. – La décadence de la langue française a commencé en 1789.
MOI. – A quelle heure, s’il vous plaît ? »

1 Message

  • Cousin, la face polie des académies.
    Hugo, pile et face : humaniste misérabiliste en même temps que colonialiste et raciste intolérable (voir son texte du banquet sur l’abolition de l’esclavage, réactionnairement dramatique).
    Tout est gris dans leurs univers, chacun à leurs façons.
    Vive ces révolutions-là qui nous laissent vivants, dans un souci d’humanisme authentique, de joie et de partage pour tous. Lutter pour une vie de misère pour tous n’est pas vraiment un enjeu révolutionnaire .... Enfin disons que cela fait bien marrer celles et ceux qui se gavent !
    Ne pensez-vous pas que le monde a le droit d’espérer une autre révolution que celle prônée par des académiciens fussent-ils philosophes ou des écrivains colonialistes ?
    En attendant "la vie périt par le délai" et jamais cela n’a été aussi cru à Calais et partout à la surface de la Terre.

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