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Mort de Marx, 1883 - Revue de presse

lundi 9 décembre 2019, par René Merle

Un panorama instructif sur l’impact immédiat de l’œuvre de Marx dans les principaux journaux parisiens

Je redonne ici, complété, un article paru dans mon blog précédent. Cette visite dans les principaux journaux parisiens, au lendemain de la mort de Marx, pourra intéresser les lecteurs attentifs à son œuvre et à sa postérité.

" Karl Marx étant quelque peu à la mode ces temps-ci, et c’est tant mieux, j’ai eu envie de voir quelles avaient été les réactions de la presse parisienne après son décès à Londres le 14 mars 1883.

En France, le règne absolu des Conservateurs monarchistes a pris fin en 1877-1878. En 1883, le pays est dirigée par une coalition de républicains bourgeois « de gouvernement », entraînée par ceux que l’on appelle « opportunistes », sous l’égide de Jules Ferry. Les différents courants radicaux sont dans l’opposition.
Après la terrible saignée de la Commune, l’interdiction de l’Internationale et la répression poursuivie par la République conservatrice, les socialistes, par ailleurs divisés, peinent à rassembler de maigres troupes. Mais l’amnistie de 1880 va leur fournir des forces avec le retour des exilés et des déportés.
La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse avait mis fin à la chape de plomb que la République conservatrice faisait peser sur les publications. L’éventail des journaux parisiens que nous allons parcourir en témoigne. Seuls les socialistes ont bien du mal à assurer des publications, et elles sont pratiquement inexistantes au moment de la mort de Marx.
Avant de jeter un regard sur les réactions de la presse parisienne, dans ses différentes composantes, au lendemain de la mort de Karl Marx, présentons deux noms qui seront souvent cités dans les articles qui vont suivre :

Paul Lafargue en 1883
Paul Lafargue, 1842, étudiant socialiste, il est renvoyé de l’Université en 1865. Internationaliste, il rencontre Marx à Londres et épouse sa fille. Envoyé par la Commune de Paris à Bordeaux, il est poursuivi et quitte la France pour l’Espagne. Il vit ensuite à Londres où il rencontre Guesde. Il rentre en France après l’amnistie en 1880 et milite avec Guesde au Parti ouvrier.

Charles Longuet en 1883
Charles Longuet, 1839, fut un ardent journaliste républicain sous le Second Empire ; membre du Conseil dirigeant de la Commune de Paris et rédacteur en chef de son Journal officiel ; après la semaine sanglante, il se réfugia en Angleterre et subit une condamnation par contumace aux travaux forcés à perpétuité. À Londres, il milite dans l’Internationale sous l’aile de Marx, dont il épouse la fille aînée, Jenny. Il rentre en France avec l’amnistie de 1880, et milite à l’Association socialiste républicaine (ASR) qui regroupe des anciens communards non guesdistes et réformistes, et des membres de l’aile gauche radicale, dont Clémenceau.

Au moment de sa mort, quelles publications de Marx pouvait connaître le lecteur français ?
Misère de la philosophie, réplique à la « Philosophie de la misère » de M. Proudhon, Paris, A. Franck, 1847, ne se trouvait plus que dans quelques bibliothèques.
Son essai « La question juive » avait été traduit et publié par Hermann Ewerbeck dans Qu’est-ce que la Bible d’après la nouvelle philosophie allemande ? Paris, Lagrange, 1850. Mais là encore, l’influence ne pouvait qu’être confidentielle.
Sa brochure écrite à chaud au moment de la Commune, La guerre civile en France. Adresse du Conseil Général de l’Association Internationale des Travailleurs, Bruxelles, Vve Truyts, juin 1872, n’était évidemment pas diffusée et rééditée dans une France où l’Internationale était interdite et les Communards traqués.
Par contre, présenté comme un ouvrage de stricte recherche économique sans connotations politiques, Le Capital, livre I, avait été publié en fascicules : Paris, Lachâtre, traduction Joseph Roy, 1872-1875, et avait soulevé l’intérêt, et la critique, de quelques économistes bourgeois.
Quelques extraits du Capital en avaient été donnés dans les parutions épisodiques de l’hebdomadaire guesdiste L’Égalité, 1877, 1878, 1880.
Marx avait autorisé le jeune juriste et journaliste guesdiste Gabriel Deville, à donner du Capital une édition abrégée. Il n’aura pas le temps de la voir. L’ouvrage de Gabriel Deville, Le capital de Karl Marx, résumé et accompagné d’un aperçu sur le socialisme scientifique, Paris, H. Oriol, 1883, paraîtra quelques mois après le décès de Marx.
Marx, on le sait, est mort sans avoir pu achever son grand œuvre, Le Capital, dont il avait seulement publié la première partie. C’est Engels, son compagnon d’idées et de luttes depuis 1844, et son ami fidèle aussi [1], qui recueillera les papiers de Marx sur ce Capital non abouti ; il en donnera plus tard, bien plus tard, une publication.
Mais Engels avait fait ce que Marx n’avait apparemment jamais envisagé de faire (les exégètes discutent encore de ce silence de Marx, et du traitement de la pensée marxienne par Engels), c’est-à-dire donner une présentation totale et systémique de la philosophe marxiste : un ouvrage publié en allemand, à destination des socialistes allemands : M.E. Dühring bouleverse la science (Leipzig, 1878). Cette publication était en partie accessible au public français, public d’initiés s’entend : en 1880, Paul Lafargue en avait traduit trois chapitres, la traduction avait été revue et approuvée par Engels, et le texte avait été publié dans la Revue socialiste de Benoît Malon (à partir de mars 1880), et ensuite publié en brochure sous le titre de Socialisme utopique et socialisme scientifique.


Voici comment le quotidien très répandu Le Figaro (17 mars 1883) informe en page 2 de la Mort de Karl Marx, en se bornant en fait à reprendre les données proposées par la Justice (voir ci-dessous) ; il serait donc bien vain de donner cet article ici, si, au final, le quotidien n’enterrait le grand socialiste une deuxième fois.
" Mort de Karl Marx
Le fondateur de l’Internationale, Karl Marx, est mort jeudi à Londres, à l’âge de soixante-neuf ans.
Chef du mouvement socialiste moderne, il mérite une biographie : Il est né dans la Prusse rhénane, à Trier (Trèves) en 1814 [2]. Son père, qui était avocat, lui fit faire ses études à Bonn, puis à Berlin. Karl Marx n’avait pas vingt et un ans quand il fonda avec ses amis Heine, Mess, Strauss et Engels, la Gazette rhénane, qui, menaçante pour le gouvernement, ne tarda pas à être supprimée.
Exilé de Cologne, Karl Marx vint à Paris, en 1843, avec sa jeune femme Berthe-Caroline de Westphalen et ses deux amis Arnold Ruge et Heine.
En collaboration avec ces derniers, il fonda les annales franco-allemandes, Deutsch-Franzœsischen Jahrbücher. De cette époque, datent ses relations avec tous les chefs de la démocratie française.
Il rêvait déjà d’asseoir sur la philosophie pratique les passions et les besoins du dix-neuvième siècle. Il publia divers ouvrages contre l’idéalisme allemand, entre autres, en 1847, la Misère de la philosophie.
Cet ouvrage fit prendre peur au gouvernement prussien, qui demanda son expulsion de France.
Il s’exila à Bruxelles, où il fit paraître le Manifeste des communistes.
On peut dire de cet ouvrage qu’il est le catéchisme du socialisme moderne.
Éclata la révolution du 24 février, qui eut des contre-coups en Allemagne.
Aussitôt Karl Marx partit pour Cologne où il ressuscita la Gazette rhénane. Son patrimoine et la fortune de sa femme lui permettaient, cette nouvelle tentative.
Dès les premiers numéros, il eut un procès. Appelé devant la Cour d’assises, il se défendit lui-même. Le jury l’acquitta.
Le gouvernement prit sa revanche en supprimant son journal et en le proscrivant.
De nouveau, il passa en France, où on voulut l’interner dans le Morbihan. Il se réfugia à Londres où il se fixa. Vint 1852. Il publia le 18 Brumaire, puis le Procès des communistes de Cologne, enfin la Critique de l’économie politique.
À Londres, sa maison devint le refuge des exilés de 1852. Ses ouvrages le rendirent populaire.
En septembre 1864, il fonda l’association internationale des travailleurs, plus connue sous le nom, de l’Internationale, demandant comma une faveur d’être nommé secrétaire de la section, allemande, ce qui fut naturellement fait.
Cinq ans après, en 1869, Karl Marx publia la première partie de son grand ouvrage le Capital.
Cette première partie, avait pour sous-titre : "La production des richesses".
La deuxième, qui est entièrement achevée, et que son vieil ami Engels doit faire prochainement, paraître, s’appellera : "La Circulation des richesses".
La troisième partie, qui vraisemblablement ne paraîtra jamais, se fût appelée : "Histoire du la théorie".
Il y a treize mois, Karl Marx perdait sa femme. C’est au chevet du lit de celle-ci qu’il contracta la maladie de poitrine à laquelle il a succombé et qu’aggrava encore, il y a quelques mois, la perte de sa fille qu’il avait mariée à M. Charles Longuet.
Les médecins l’envoyèrent en Algérie, puis à Nice. Depuis quoique temps, il vivait à Ventnor, dans l’île de Wight, où le climat est très doux.
Il se croyait guéri quand il revint à Londres, où il est mort quelques jours après son retour.
Bien qu’il soit réellement la père du socialisme moderne, Karl Marx, qui n’a jamais fait que travailler à son bureau et qui était fortuné [3], n’eût certainement pas tardé à passer pour réactionnaire. Il est mort assez tôt pour n’être pas dédaigné, comme l’ont été et le seront tour à tour tous ceux qu’on appelle aujourd’hui les quarante-huiteux [4]
Henri Hamoise [5].


Que dit de la mort de Marx le quotidien fort répandu Le Gaulois, alors mondain et conservateur ? On se doute qu’il ne va pas se lamenter sur le décès du grand socialiste... Dans son numéro du 17 mars 1883, il reprend sommairement et avec une sorte d’indifférence quelques éléments biographiques donnés dans d’autres journaux, notamment la Justice (voir billet précédent) et y ajoute sa goutte de fiel politique.

« Karl Marx
Le célèbre socialiste allemand [6] Karl Marx est mort avant-hier soir, dans une commune des environs de Paris, à Argenteuil [7]. Il y était venu, vers le milieu du mois de février, pour assister à l’enterrement de sa fille, Mme Longuet, femme de notre confrère Charles Longuet, de la Justice [8], était habitué à un climat doux. La rigueur de la saison où nous sommes l’a tué.
L’Internationale fut la création de Karl Marx. Il l’institua, dans une grande pensée d’orgueil : il voulait être le dictateur universel de la Révolution [9].
Les lignes qui suivent sont originales par rapport aux articles des autres journaux : le Gaulois est pratiquement le seul à esquisser un historique du mouvement internationaliste, puis du parti ouvrier.

Pendant six ans, de 1864 jusqu’en 1870, il fut le souverain directeur de l’Internationale.
Cette dictature fut ébranlée en 1870 par l’écrasement de la Commune et par le schisme romand. Les anarchistes, ennemis du vote, qui formaient la majorité dans la fédération romande (Suisse), prétendirent que les groupes adhérents à l’Internationale étaient indépendants du conseil général pour les questions de la tactique locale. En réponse à cette prétention d’autonomie, Marx fit un coup d’Etat. Les anarchistes autonomistes furent exclus de l’Internationale. Les excommuniés entraînèrent avec eux leurs groupes ; bientôt toute l’Internationale fut avec eux.
En 1873, la dictature de Marx prit fin. Le congrès de Genève vota la déchéance du conseil général.
Marx était à peine renversé qu’il cherchait à relever son pouvoir. « L’Internationale est morte, dit-il, partout on la proscrit ; il faut la remplacer par des associations nationales qui constitueront son œuvre, qui seront indépendantes les unes des autres et qui ne tomberont pas sous le coup des lois. »
Marx donna l’idée première des Partis ouvriers, qui existent en France, en Italie, en Allemagne, en Espagne.
C’est en France que le Parti ouvrier est le plus solidement constitué. Mais, par une fatalité décevante pour son ambition, Karl Marx en perdit la direction dès que ce parti fut une force organisée et utilisable.
Son second gendre, Paul Lafargue et M. Jules Guesde, par lesquels il se préparait à gouverner souverainement, ont été exclus du parti ouvrier, que leurs allures autoritaires effrayaient [10].
Le socialisme de Karl Marx est autoritaire, centralisateur [11]. C’est le socialisme d’Etat de tous les révolutionnaires allemands, dont M. de Bismarck prétend réaliser des fractions de programme [12]. Les anarchistes suppriment l’autorité et l’Etat dans toutes ses formes, pour ne laisser subsister dans la société que l’individu autonome, abandonné à lui-même, et contenu seulement par l’autonomie et la liberté égales de son semblable.
En mourant, Marx a été attristé par le recul de ses idées et par le progrès de la doctrine anarchiste.
MAREUIL [13].


Tout en s’affirmant résolument anticollectivise, le journal radical de Clémenceau et Pelletan, la Justice (17 mars 1883), publie en première page un long article consacré à la mort de Marx. Il est vrai qu’un des gendres de Marx, Charles Longuet, est un collaborateur régulier du quotidien. Sans doute est-il l’auteur de l’article. Sur Longuet, cf. l’introduction de cette série "Mort de Karl Marx".
« Karl Marx
Karl Marx vient de mourir à Londres, à la suite d’une maladie de poitrine, contractée il y a un peu plus d’un an au chevet de sa femme mourante. Quelques mois plus tôt les médecins l’envoyaient en Algérie puis à Nice. L’été dernier il vint passer deux mois à Argenteuil chez Ch. Longuet, son gendre, ce qui lui permit de suivre le traitement des eaux d’Enghien. Au mois d’octobre il se crut assez rétabli pour retourner en Angleterre où il avait hâte de mettre la dernière main à son grand ouvrage : Le Capital qui devait se diviser en trois parties et dont le premier volume seul a paru en 1869. Il était à Ventnor, île de Wight, lorsqu’il apprit la mort inattendue de sa fille aînée, Mme Longuet. Sa santé, redevenue moins bonne, ne put résister à ce dernier coup et dans ces deux derniers mois il déclina rapidement.
La vie et l’œuvre de Karl Marx méritent mieux que des notes écrites à la hâte. Voici pourtant quelques détails biographiques qui auront le mérite de l’exactitude.
Marx était né en 1814 [14] à Trèves, où son père exerçait la profession d’avocat. Lui-même il commença par étudier le droit d’abord à l’Université de Bonn, puis à celle de Berlin. Mais il avait l’esprit trop investigateur et trop scientifique pour s’enfermer dans l’étude sèche et aride de la jurisprudence. Son goût pour la partie historique du droit, soit romain, soit germanique, le poussa du côté de l’histoire proprement dite.
Entretemps, il s’adonnait avec passion à la philosophie, et même, quoiqu’il fût déjà sceptique à cet égard, à la métaphysique. A Berlin, il rencontra Bruno Bauer, Feuerbach, etc., toute la « gauche hégélienne », dans les rangs de laquelle certains biographes l’ont même placé.

C’est à peu près à la même époque que suivant le conseil d’un camarade d’université, Frédéric Engels, qui est resté son ami le plus dévoué jusqu’à sa mort, Marx s’adonna à l’étude et à la critique de l’économie politique. Aussitôt après avoir pris son grande de docteur en philosophie, il retourna à l’Université de Bonn où il ouvrir même un cours, en qualité de privat-docent.
Il professait depuis peu de temps lorsque survint la mort de Frédéric Guillaume III (1840). Les chefs de la démocratie libérale et bourgeoise, les Hansemann [15], Kamphausen, croyant le moment venu de pousser énergiquement aux réformes constitutionnelles, offrirent à Karl Marx, qui n’avait pas encore vingt-et-un ans, la rédaction en chef de la Gazette rhénane. Sa polémique originale et hardie ne tarda pas à alarmer le pouvoir, qui d’abord soumit le journal à la censure, puis, peu satisfait du résultat, finit par le supprimer.
C’est alors, en 1843, que Marx vint à Paris avec la jeune femme qu’il venait d’épouser, Berthe-Caroline de Westphalen. Il y publia, en collaboration avec Arnold Ruge, hégélien de gauche et démocrate, qui plus tard fit comme tant d’autres, se prosterna devant le chauvinisme bismarckien, - les Annales franco-allemandes. Ce titre dit assez que la revue, à laquelle Henri Heine collaborait également, n’avait rien de teutonique ni d’exclusif.

Marx entre alors en rapport avec les chefs de la démocratie française. Mais le gouvernement prussien ne voulut pas tolérer sa présence à Paris, d’où il fut expulsé à la requête de l’ambassadeur Alexandre de Humbold (1846). 
Il se réfugia à Bruxelles, où il publia l’année suivante son œuvre de jeunesse la plus marquante, une critique passionnée, mordante, mais souvent juste, des Contradictions économiques de Proudhon. Le grand polémiste franc-comtois, d’ailleurs, ne pouvait pas se plaindre ; il avait lui même sollicité la discussion et terminait une lettre amicale à Marx par ces mots : « J’attends votre férule critique ».
Le lendemain de la Révolution de février, Marx recevait par une dépêche d’un membre du nouveau gouvernement, Flocon, l’invitation de rentrer en France. Mais il n’y fait pas un long séjour. La révolution éclata en Allemagne et il retourna aussitôt à Cologne où, accompagné de Frédéric Engels, des poètes lyriques et révolutionnaires ; Harweg et Freiligrath, il fit paraître la Nouvelle Gazette rhénane. Ce fut là l’époque brillante de sa vie de combat. Par la science et la profondeur, autant que par la verve et le coloris, son journal devint tout de suite une puissance. Lors du coup d’Etat de Berlin, Marx publia dans son journal un appel au peuple pour organiser le refus de l’impôt, et, si le gouvernement passait outre, pour repousser la force par la force.

L’état de siège suspendit le journal et força les rédacteurs à quitter Cologne. Mais aussitôt l’état de siège levé, Marx recommença la lutte. On lui fit procès sur procès. Il se défendit lui-même et le jury l’acquitta.
Au printemps de 1849, le gouvernement prussien l’expulsa. Il revint à Paris, où la réaction était déjà triomphante. On voulut l’interner dans le Morbihan. C’est alors qu’il alla se fixer à Londres, où il a vécu jusqu’à sa mort.

Nous glisserons rapidement sur ces trente dernières années de la vie de Marx, car nous aurons l’occasion d’y revenir en étudiant ses théories et ses œuvres.
Jusqu’en 1864, il s’occupa presque exclusivement des travaux et des recherches destinées à former les trois volumes de l’ouvrage qui le classe au premier rang des économistes critiques et des socialistes de notre siècle : le Capital.

Au mois de septembre 1864, les ouvriers allemands, français, anglais et italiens qui prirent l’initiative de l’Association internationale des travailleurs, firent appel à Karl Marx. Il fut, dès le début, nommé secrétaire pour l’Allemagne. Mais son influence se fit surtout sentir dans la première impulsion donnée à la société et dans les remarquables publications du conseil général, presque toutes écrites de sa main.

Marx connaissait et maniait parfaitement, surtout en écrivant, les principales langues européennes. Mais surtout il connaissait à fond la situation politique et économique des différents pays. Une seule de ses qualités rares eût suffi pour faire de lui l’âme du conseil général, bien que le conseil n’eût officiellement ni directeur ni président.

On ne se rendra d’ailleurs un compte exact du rôle qu’il y joua qu’après que l’histoire de l’Internationale aura été faite. Et elle n’a pas encore été ébauchée.

Karl Marx, nous l’avons dit, laisse inachevée l’œuvre dont la première partie : La production des richesses, a produit une véritable révolution, même dans l’enseignement ex cathedra de l’économie politique, partout où cet enseignement n’est pas encore momifié. Pourtant, nous pensons que le second volume : La circulation des richesses est déjà assez avancé pour pouvoir être publié par l’ami le plus intime et le plus digne interprète de Karl Marx, F. Engels.
Le troisième volume : l’Histoire de la théorie, devait être une analyse critique de toute la littérature économique. Nous craignons fort que Marx – qui regardait ce dernier volume comme un travail léger, facile, presque d’agrément, n’en ait laissé que des fragments ébauchés.
Parmi les écrits de Marx que nous n’avons pas cité, nous signalerons une admirable étude sur le coup d’Etat du 2 Décembre : Le dix-huit brumaire de Louis Napoléon.
Il se trouvera sans doute une éditeur français pour la faire traduire et la publier [16].


Au moment même où parvient la nouvelle, le quotidien de Rochefort, l’Intransigeant, alors socialisant, publie en première page cet article de Benoît Malon, collaborateur du journal.
Après avoir contribué en 1880 à la fondation du premier parti Ouvrier (la Fédération du parti des travailleurs socialistes de France), avec notamment Guesde et Lafargue, Malon s’est vite éloigné de la conception qu’ont du parti ces deux collectivistes, pionniers du marxisme en France. Il s’est rangé dans le camp largment majoritaire des "possibilistes". D’autre part, lors de son long exil en Suisse, Malon avait été un temps très proche de la Fédération jurassienne bakouninienne, opposée à la tendance marxiste de l’Internationale. Marx lui en gardera rigueur. Bref, les relations entre les deux hommes étaient pour le moins distantes. Il n’empêche. Malon est le premier à saluer le grand socialiste qui disparaît.

L’Intransigeant, 17 mars 1883
« Karl Marx
Il y a peu de mois nous devions annoncer la mort de la digne compagne du plus célèbre des socialistes contemporains ; c’était sa fille, Mme Longuet, qui succombait inopinément, il y a quelques semaines ; aujourd’hui, c’est l’illustre auteur du Capital qui est frappé.
La douloureuse nouvelle nous parvient à l’instant. Karl Marx vient de mourir soudainement. Il a succombé hier, à trois heures de l’après-midi, à Argenteuil, où il habitait chez son gendre, Charles Longuet [17], notre confrère de la Justice [18].
Avec lui s’éteint le plus éminent des socialistes contemporains, et l’un des plus profonds économistes de notre époque ; il laissera une trace immense.
C’est à lui surtout que l’on doit le caractère historique et scientifique qu’a pris le socialisme contemporain, en substitution au socialisme utopique et sentimental de la première moitié du dix-neuvième siècle.
Marx peut aussi être considéré comme le véritable fondateur de l’Internationale et, par suite, comme le plus puissant initiateur de cet admirable mouvement ouvrier européo-américain qui, souvent vaincu, se retrouvant toujours, transformera le monde.
Karl Marx naquit à Trèves, en 1818. Après avoir fait à Bonn et à Berlin de brillantes études philosophiques et s’être distingué, parmi ces « hégéliens de gauche » dont étaient Grün, M. Hess, Ruge, Heine, Engels, Strauss, et qui apportèrent à la cause démocratique et sociale leur science servie par une méthode puissante et des talents remarquables, Marx collabora à la première Gazette rhénane de Cologne. C’était en 1842. La Gazette supprimée, il vint en France où il publia, en 1844, avec Ruge et Heine, les Deutsch-Französische Jahrbücher. Dans ce recueil se trouve déjà l’idée mère du socialisme moderne. Il publia en outre, coup sur coup, une Révision critique de la philosophie du droite de Hegel et la Sainte famille contre Bauer, Bruno et consorts, - ce dernier livre dirigé contre l’idéalisme hégélien.
Cependant, Karl Marx ne s’attarda pas dans les hautes spéculations philosophiques ; il entra en maître dans la critique et dans l’élaboration socialiste. C’est ainsi qu’il publia en 1847 la Misère de la philosophie, en réponse aux Contradictions économiques, ou philosophie de la misère, de Proudhon. C’est à cette époque, qu’avec Engels, il lança, de Bruxelles (il était expulsé de France), le célèbre Manifeste des communistes, qui jeta les bases du socialisme moderne et qui devait, trente ans plus tard, devenir en quelque sorte le symbole de la majorité du prolétariat socialiste d’Occident et de l’Amérique du Nord.
Lorsque la Révolution du 24 février eut ébranlé la vieille Allemagne féodale et monarchique, Marx, après un court séjour à Paris, partit pour Cologne, où il ressuscita la Gazette rhénane, en fit le drapeau à l’ombre duquel il mena contre la réaction prussienne et allemande une campagne républicaine et socialiste fort remarquée, mais brusquement interrompue en 1850 par la suppression de la Gazette et par le fameux procès des communistes de Cologne.
De nouveau proscrit, Marx se réfugia à Londres où il se fixa. De cette époque date Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852) et la brochure sur le procès des communistes de Cologne (1853).
Les années qui suivirent furent employées par Marx à un grand acte politique et à une grande œuvre philosophique : la fondation d’une association internationale des travailleurs et la théorique du socialisme historico-scientifique. Sa première pensée se réalisa dans l’Internationale, la seconde dans la Critique de l’économie politique (1859) et surtout dans le Capital (1867), œuvre magistrale qui a fait époque dans l’histoire du socialisme.
Voulant être en même temps le théoricien et l’impulseur du nouveau parti socialiste, Marx prit une part très active à la direction de l’Internationale et même à la fondation plus récente de quelques-uns des partis ouvriers actuels. Mais c’est surtout comme penseur, comme le découvreur des lois de l’évolution économique, et notamment de celles qui président à la genèse du capital et aux transformations obligées des modes de production que Marx restera l’un des hommes les plus éminents du dix-neuvième siècle.
De la grande famille des Saint-Simon, des Fourier, des Owen, il aura contribué, comme eux et autant qu’eux, à la découverte des voies nouvelles qui mènent à l’affranchissement de l’humanité.
Le socialisme contemporain perd en lui son chef scientifique et son plus profond penseur.
Nous avons voulu, sans attendre, et sous le coup de la triste nouvelle, saluer cette tombe illustre, si brusquement ouverte. Nous reviendrons plus longuement sur l’œuvre désormais historique du maître ; nous tâcherons den dégager la signification, et d’en montrer la forte empreinte.
B. Malon. »


L’annonce de la mort de Marx par le très répandu quotidien républicain et laïque Le Petit Parisien est emblématique de la réaction d’une bonne partie de la presse, par exemple La Lanterne, Le Constitutionnel, la Presse, (ce qui m’évitera d’en publier dans les billets suivants, où je focaliserai sur les réactions plus ou moins argumentées et circonstanciées).
Ce court article, fort sommaire et quelque peu approximatif, mais sans hostilité, n’est publié qu’en page 3 dans Le Petit Parisien du 18 mars 1883.
" Mort de Karl Marx
Karl Marx, le publiciste socialiste, le révolutionnaire qui a été un des fondateurs de l’Association Internationale des travailleurs, est mort.
Il était né à Trêves en 1818.
Ses études de droit et de philosophie achevées, il entra à la rédaction de la Gazette Rhénane, dont on lui confia bientôt la rédaction en chef.
Persécuté en Allemagne, Karl Marx se réfugia à Paris, d’où il fut expulsé en 1848 sur la demande du gouvernement prussien.
C’est alors qu’il se réfugia en Belgique, poursuivant partout son œuvre réformatrice ainsi, il rédigea, en 1847, au Congrès ouvrier de Londres, le manifeste du parti communiste ; il créa en 1849 en Prusse, l’agitation pour le refus de impôt, ce qui lui valut plusieurs procès.
Banni encore une lois d’Allemagne où il était rentré. Il revint de nouveau Paris et prit part aux journées de Juin [19]. On l’arrêta et il fut interné dans le Morbihan : Il s’échappa et alla se fixer à Londres.
Après le coup d’État de 1851, il publia une brochure : Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte.
Il posa les bases de l’internationale des travailleurs et fit partie, en 1865, du Conseil central de l’Association.
Il a produit une œuvre remarquable : Le Capital, dont la suite : La Circulation des richesses, est prête à paraître.
Karl Marx avait marié l’une de ses filles à M. Paul Lafargue, journaliste français, qui vient d’être condamné par les juges de Moulins [20], et une autre — morte récemment — à notre confrère M. Chartes Longuet, rédacteur de la Justice [21] ».
Sur Lafargue et Longuet, voir l’introduction de cette série d’articles, "Mort de Karl Marx


Voici ce qu’écrit sympathiquement le 18 mars de la mort de Marx le jeune journal Le Radical. Créé en 1881, il se situe à l’extrême gauche du radicalisme et mène campagne contre les Républicains opportunistes.
Dans sa première partie, l’article reprend avec précision les données biographiques que proposent avec plus ou moins de détail les autres journaux. Mais, à la différence de la quasi totalité de ses confrères, la seconde partie s’attache aux rapports de Marx à la politique française à la fin de sa vie, et notamment à l’organisation des mouvements socialistes.
« Karl Marx, le grand socialiste allemand qui vient de mourir en exil, à Londres, tiendra une grande place dans l’histoire de son temps.
Il a été mêlé à toutes les luttes politiques qui ont agité l’Europe depuis un demi-siècle, et il est un de ceux qui ont le plus collaboré à l’étude des questions sociales.
Son père, qui était avocat, lui fit étudier le droit à Bonn et à Berlin ; mais il avait l’esprit trop investigateur et trop scientifique pour s’enfermer dans l’étude sèche de la jurisprudence ; il aima mieux, dès le commencement, s’occuper de l’histoire du Droit romain ou germanique. Il étudiait aussi la philosophie, et quelque peu la métaphysique, cette dernière science avec une pointe de scepticisme qui le fit classer dans la « gauche hégélienne » avec Bruno Bauer et Feuerbach.
Il ne commença à s’occuper de l’étude et de la critique de l’économie sociale qu’après avoir rencontré Frédéric Engels, qui est resté son ami jusqu’à la fin de sa vie.
Aussitôt après avoir pris son grade de docteur en philosophie, Marx vint à l’Université de Bonn, où il ouvrit un cours en qualité de privat-docent. Il y professait depuis peu de temps, lorsqu’arriva la mort de Frédéric Guillaume III. Les chefs de la démocratie libérale et bourgeoise, croyant le moment venu de pousser énergiquement aux réformes constitutionnelles, donnèrent au jeune professeur la rédaction en chef de la Gazette rhénane. Sa politique, originale et hardie, alarma le pouvoir qui soumit d’abord le journal à la censure et finit par le supprimer.
En 1843, à Paris, Marx publia, en collaboration avec Arnold Ruge, un hégélien qui plus tard s’est prosterné devant le bismarckisme, les Annales franco-allemandes. Henri Heine était aussi collaborateur de ces annales qui n’avaient rien d’excessif au point de vue des nationalités.
M. Alexandre de Humbold, ambassadeur prussien, demanda, en 1843, au gouvernement de Louis-Philippe, l’expulsion du jeune socialiste allemand, et obtint cette expulsion. Les choses se passent encore ainsi sous le règne de Jules Ferry.
L’année suivant, Proudhon avait écrit, dans une lettre, fort amicale du reste : « J’attends votre férule critique ». Proudhon n’attendit pas longtemps, il reçut bientôt une réponse à ses Contradictions économiques, réponse vive d’allure, mordante, avec trop de passion peut-être, mais pourtant souvent très-juste.
Après la Révolution de février, Marx revint en France, mais il n’y fit pas un long séjour, la Révolution venait d’éclater en Allemagne, il retourna à Cologne où, avec Engels, Herweg et Freligrath il rédigea la Nouvelle Gazette rhénane.
Ce fut l’époque brillante de sa vie de combat. Par la science et la profondeur, autant par la verve que par le coloris, son journal devint tout de suite une puissance. Lors du coup d’Etat de Berlin, Marx publia, dans son journal, un appel au peuple pour organiser le refus de l’impôt, comme le firent plus tard Gambon en France et les Fédéralistes en Espagne. L’état de siège suspendit le journal et força les rédacteurs à quitter Cologne. Mais aussitôt l’état de siège levé, Marx recommença la lutte. On lui fit procès sur procès. Il se défendit lui-même et fut acquitté par le jury.
Jusqu’en 1864, Marx n’apparaît qu’une fois dans la vie publique avec son livre : Le dix-huit brumaire de Louis Napoléon ; il passa sa vie à rechercher et à classer les matériaux pour son grand ouvrage : Le Capital, dont la première partie, la seule publiée, La Production des richesses a produit une véritable révolution même dans l’enseignement officiel de l’économie sociale. La Circulation des richesses sera sans doute publiée par Engels, quant à la troisième : l’Histoire de la théorie, il est à craindre qu’elle ne soit pas assez avancée pour pouvoir être livrée au public.
En 1864, à Londres, Marx fut un des fondateurs de l’Association internationale des Travailleurs. Il y était secrétaire pour l’Allemagne.
Quoiqu’on en ait dit, l’Internationale n‘avait ni chef ni directeur [22] ; cependant on ne peut nier que Marx n’ait eu au Conseil central une influence prépondérante qu’il devait à son activité, à la facilité avec laquelle il écrivait la plupart des langues de l’Europe, et surtout grâce à sa science certaine de la situation politique et économique des diverses nations.
Après la défaite de la Commune de Paris, Marx essaya en vain la reconstitution de l’Internationale : tâche rendue plus que difficile, à cause des nombreuses arrestations de patriotes socialistes faites par le gouvernement de M. Thiers et de la terrible loi de M. Dufaure [23] qui permet même, comme on vient de le voir il y a quelques jours [24], de condamner les gens quand ils sont soupçonnés d’avoir voulu faire partie de l’Internationale.
Plus tard, il y a quelques années seulement, lorsque le « parti ouvrier » chercha à se constituer en France, l’influence de Marx se fit encore sentir [25]. Mais des divisions intestines séparèrent en deux, et même en trois branches, le groupe ouvrier. Les uns penchèrent vers les idées anarchistes de Bakounine, les autres restèrent attachés aux idées de Marx, le troisième tronçon prit une autre voie ; sans aller à Bakounine, il se sépara violemment de Marx et considéra comme une injure grave d’être appelé marxiste.
Quelque opinion que l’on puisse avoir sur le système économique de Karl Marx, on est forcé de reconnaître qu’il n’eut jamais les idées de chauvinisme allemand [26] et que sa principale occupation fut l’émancipation des travailleurs.
Il est de ceux que l’on salue.
Louis Lucipia [27] ».


Après la mot de Marx, le journal catholique ultramontain, ultra conservateur, l’Univers (19 mars 1883), publie en deuxième page cet article ignoble, naturellement antisocialiste et odieusement antisémite : on est là dans la matrice de ce qui se manifestera de plus nauséabond dans l’histoire française, de l’affaire Dreyfus à l’État français de Pétain.
« Karl Marx
Un des principaux fauteurs de la révolution internationale est allé rejoindre, sans les faire beaucoup attendre, Garibaldi et Gambetta. Karl Marx, le fondateur et le chef de l’Internationale, est mort à Londres, dit la Justice, à Argenteuil, dit l’Intransigeant.
Karl Marx était né en 1818, a Trêves, de parents juifs, lesquels, profitant des catastrophes de 1814 et 1815, surent acquérir une grande fortune ; ce qui permit à leurs dignes rejetons, au lieu de continuer le commerce interlope de leurs ascendants [28], de suivre les cours d’une université allemande. Karl Marx fut envoyé à Bonn, où il fréquenta la faculté de philosophie. Là il fit la connaissance d’un certain nombre de ses congénères et coreligionnaires [29], tels que Hess, Strauss, etc.
Une fois reçu licencié, le jeune homme alla s’installer à Cologne, où il fonda un journal d’opposition : la Gazette rhénane.
Nous n’entrerons pas dans de longs détails biographiques, faciles à donner d’ailleurs, car on n’a qu’à les puiser dans le premier dictionnaire venu ; nous nous bornerons à dire que son journal fut bientôt supprimé et que Marx vint à Paris, où il retrouva les principaux révolutionnaires allemands, notamment Ruge. Il en fit sa compagnie. La révolution de 1848 lui permit de rentrer en Allemagne, mais ce fut pour quitter bientôt ce pays, où une saine réaction ne tarda pas à se produire. Bref, en 1867, Marx fonda l’Internationale, terrible et vaste plan, dont la réalisation amènerait une dictature des travailleurs et conduirait le monde à la « liquidation sociale ».
Marx a écrit un livre fameux, intitulé le Capital, et une foule de brochures révolutionnaires.
Nous l’avons dit tout à l’heure, Marx était juif, comme son compagnon socialiste Lassalle. Aussi avait-il à un haut degré toutes les particularités distinctives de sa race [30]. Il aimait le luxe, le faste et le bien-être matériel, tout en fulminant avec indignation contre le capital et la bourgeoisie [31]
Toujours comme Lassalle, époux d’une Allemande d’origine princière, Marx parvint à épouser une jeune fille noble et riche, sœur du comte de Westphalen, le ministre ultraconservateur prussien de la réaction de 1850.
Alors le juif put satisfaire ses goûts. Il s’entoura de tout le luxe que lui permit la fortune de sa femme. On possédait un bel hôtel à Londres ; on louait en hiver des villas sur la Riviera [32] ; au printemps, on allait jouir du climat délicieux de l’île de Wight ; on s’installait à Ventnor, l’ancienne résidence de l’impératrice d’Autriche ; puis en été on cherchait la fraîcheur dans un chalet d’Interlaken ou de Brunnen.
Tout en menant cette large existence, Marx ne cessait de faire ses plus larges efforts pour révolutionner les travailleurs en les excitant à demander la liquidation sociale. Il se garda bien de donner l’exemple de cette liquidation. Sa générosité pour les travailleurs était toute platonique.
Le juif Marx a puisé ses principales idées dans les fameuses doctrines de Luther. « Faites ce que vous voudrez, mentez, parjurez-vous, volez, tuez les riches et les princes, croyez seulement que vous avez bien fait [33] ».
Ces infâmes paroles, le fondateur de l’Internationale se les était appropriées ; il les avait arrangées selon les besoins du siècle. Les travailleurs trouvent que l’équité exige la liquidation et que chacun est roi en vertu des principes de la souveraineté nationale.
Le point principal de ces doctrines est la communauté des biens et le partage de tout entre tous. Le peuple d’aujourd’hui commence à se dire : « Si nos gouvernements n’avaient point l’intention de faire autre chose que de persécuter des curés, les moines et les dévôts, ils eussent bien mieux fait de rester tranquilles, et nous, nous aurions encore de l’ouvrage. »
La république opportuniste et athénienne trouve mauvais que les ouvriers demandent du pain et que les retours de Nouméa [34] fassent des démonstrations dans la rue. C’est de sa part une étrange inconséquence, et il est bien naturel que les idées de Marx trouvent parmi les misérables à qui l’on a fait perdre toute notion du devoir et de religion, de zélés défenseurs prêts à en tirer toutes les conséquences extrêmes.
Ah ! si les pauvres ouvriers, trompés par les doctrines de Marx, avaient connu le faste et le luxe de ce juif, marié avec une comtesse prussienne, ils se seraient vite détournés de cet apôtre, qui ne prêchait pas du tout d’exemple.
L’Internationale, dirigée par Marx, a la prétention de refaire notre pauvre société. En 1871, le juif rhénan [35] a démontré par quels moyens il souhaitait atteindre ce but. À cette époque, l’Internationale a fait imprimer à Londres et a envoyé à tous les membres de la redoutable association habitant l’Europe et les Etats-Unis, une adresse qui a pour but essentiel d’expliquer et de justifier les actes de la Commune.
Marx et ses disciples les plus fervents demandent donc, d’abord, la collectivité du sol, puis, en général, de toute la richesse sociale, en un mot ce qu’ils appellent la liquidation sociale. Si ce but est jamais atteint, il n’y aura plus ni empereurs ni rois, et encore moins de présidents de la république. Seulement il y aura un maître que Marx et les siens ont complètement oublié et qu’ils ne peuvent pas destituer. Celui-là n’oubliera point ses serviteurs.
H.-G. Fromm »


Quelques jours après la mort de Marx, le très conservateur Journal des débats (25 mars 1883) publie en première page cet article au vitriol de l’économiste Paul Boiteau (1829). La visée de Boiteau est intéressante car elle rompt avec le registre de l’insulte a priori et s’efforce d’argumenter, en avançant une analyse qui sera par la suite celle de tous les défenseurs du capitalisme qui souhaiteront faire de chaque Français un « Français moyen », propriétaire et épargnant [36]

« Karl Marx, qui vient de mourir, était de son vivant l’un des prophètes et des théologiens les plus écoutés de la religion des erreurs sociales. Il n’a pas eu de peine à passer au rang de ses dieux et il en partagera sans doute le sort, qui est de disparaître assez rapidement dans le néant où le socialisme ensevelit successivement ses divinités. Mais, pour le moment, sa mémoire reçoit les coups d’encensoir auxquels elle avait droit, et, dans les deux mondes, les meetings des initiés déclarent que l’évangile de Marx doit être désormais le texte par excellence des prédications du socialisme international,
II y a eu déjà tant de prophètes et d’évangiles dans l’église qu’on ne démêle pas sans difficulté en quoi leurs originalités se distinguent les unes des autres dans leur commune négation des lois et des bienfaits de la civilisation. Cependant
Marx a peut-être, en effet, le droit de réclamer pour lui l’honneur d’avoir le plus hardiment assailli le capital de ses satires et de son mépris. Les erreurs de tous les genres n’ont jamais cessé de se promener dans les rues depuis que la société existe. Nous ne pouvons pas dire que la société soit parfaite, puisque sa nature est de s’améliorer sans cesse et qu’en somme il n’y a pas très longtemps qu’elle est à l’œuvre. Les impatiens et les mécontents ne lui feront donc jamais défaut. Elle ne leur demande, du reste, pas de cesser d’être ; elle les supplie seulement de ne pas être trop injustes pour elle et surtout de ne pas essayer de détruire ses travaux et ses trésors, qu’il faudrait tant d’années et d’efforts pour restaurer sur une terre déserte et affamée.
Le mérite de notre époque aura été de donner aux sciences une forme nouvelle et de mieux cristalliser les vérités. Ceux qui ont le sens droit ont ressenti un grand plaisir et un plaisir pur à y travailler, ne fût-ce que comme les plus humbles et les plus désintéressés des collaborateurs du progrès universel. Ceux qui voient moins juste et qu’entraîne la passion de leur personnalité ont préféré l’amère satisfaction d’être applaudis des ignorans [graphie traditionnelle] en faisant le recueil et la synthèse de leurs préjugés ; savans [id] aussi à leur manière et obéissant à l’esprit du siècle en érigeant des systèmes, mais qui n’ont pas craint d’aller en sens inverse du mouvement des recherches et des découvertes et qui nous ramènent vers la nuit antique en dépit de notre généreuse avidité de lumière.
Marx est devenu de la sorte un des plus grands et des plus nuisibles propagateurs des anciens microbes d’ignorance qui peuplent l’atmosphère de la science, et son originalité propre est d’avoir donné une apparence encore plus spécieuse que ne l’avait fait Proudhon aux critiques dont peut être l’objet la formation et l’emploi des capitaux dans la société économique. Proudhon avait fini par flageller un à un tous ses confrères et ses rivaux et par se bafouer lui-même très philosophiquement. Marx est resté pontife jusqu’au bout, persuadé peut-être qu’il rendait à l’humanité un service de premier ordre en mettant toute son énergie à la dépouiller de la plus scientifique et de la plus précieuse de ses découvertes, la création de la propriété individuelle, le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre.
Socialistes de toutes les écoles, les soi-disant penseurs de la société future ne sont pourtant pas les ennemis systématiques de la propriété privée qu’ils s’imaginent qu’ils sont. On a pu dire avec raison qu’il n’y a point d’athée, mais seulement des ambitieux d’une idée divine spéciale et qui plaise mieux au dérèglement de leur pensée. Les communistes et les collectivistes ne sont, eux aussi, que des prétendants à la propriété par des voies qui leur paraissent plus commodes et plus rapides, et ; si les maîtres des sectes s’obstinent à nous jurer qu’ils ont pour toute leur vie prêté le serment d’Annibal contre la propriété privée, nous savons très bien que leurs disciples leur échappent dès qu’un peu plus de raison les a conduits, par l’épargne et par le bon manège du travail, à s’approprier pour la première fois quelque parcelle de la richesse.
Le socialisme de la foule n’est qu’une impatience et n’est pas autre chose. Pour le tenir enrégimenté dans la croisade entreprise contre la propriété privée et le capital, la doctrine n’a rien trouvé de mieux, dans les derniers temps, que de l’écarter des sources où le capital commence à couler goutte à goutte. On n’avait jusqu’à présent pas médit de l’épargne. Les professeurs aujourd’hui la maudissent et leur thème va même jusqu’à s’indigner de la cruauté avec laquelle des égoïstes ont osé la recommander jusqu’aux plus jeunes. Ils n’auront donc pas même eu sur la terre, ces jeunes esclaves, une heure pour jouir en paix du fruit de leurs peines ! L’existence, ainsi comprise par les économistes et les moralistes, n’est définitivement plus qu’un bagne où le pauvre a été condamné à se condamner lui-même à la pauvreté par l’abstinence, et autant vaut vraiment n’être pas né.
Ce singulier enseignement de la dissipation trahit trop la pensée secrète des Lycurgues [37] du socialisme contemporain. Leur plus grande crainte est que ne s’éveille dans les âmes du troupeau qui les suit le sentiment de la propriété privée qui s’y trouve toujours et qui, comme le germe de graminées, n’attend que la première pluie du printemps pour verdir. Toute leur science magistrale est en effet perdue aussitôt que l’individu a subi le charme commençant de la plus petite richesse individuelle.
Ils n’en veulent tant à notre organisation sociale que parce que les temps viennent et sont déjà venus où la puissante action des capitaux agglomérés et des méthodes scientifiques de travail attribue enfin aux individualités les plus chétives une part de bien-être de tous les jours qu’ils n’ont jamais eue dans la vie privée et dans la vie publique, et leur rend accessible dans les plus riches entreprises une part quelconque de propriété que naguère ils n’auraient pas même espéré qu’il leur fût possible d’obtenir.
D’où viennent ces capitaux immenses qui se meuvent comme des machines gigantesques et dont nous apprenons chaque année à mieux utiliser la force productive et à diminuer les frais généraux de production ? De toutes les bourses, même des plus pauvres, et autrefois ce n’était que du patrimoine de quelques privilégiés héréditaires. Le capital n’a acquis toute sa vigueur que depuis qu’il est devenu le véritable patrimoine collectif de chacun de nous. Le collectivisme rationnel n’est pas même à imaginer ; il existe par notre système même de la formation des capitaux. Il est étrange d’intenter au capital son procès définitif au moment juste où il le gagne, par la multiplicité et la fécondité de ses œuvres. Mais le capital n’a pas pénétré dans la démocratie pour s’y former seulement et pour y devenir plus actif et, plus puissant. Il s’élève de ses profondeurs et il y retombe, sous l’espèce du salaire ancien et sous l’espèce du profit nouveau. L’épargne qui a prêté y gagnerait si elle n’avait que recueilli du travail ; elle y gagne davantage, car elle recueille encore sa quote-part de dividende, et il n’est pas de participation aux bénéfices plus naturelle, plus simple et plus sûre que celle-là.
Mais à quoi prendre trop au sérieux le prétentieux grimoire de nos Évangélistes ? Les Caisses d’épargne, si injuriées, dédaignent l’injure en accroissant incessamment leurs dépôts, dont la somme va bientôt en France s’élever à deux milliards. La participation aux bénéfices des entreprises par l’acquisition de leurs actions est un fait qui n’a plus besoin de démonstration à l’effet de, prouver qu’il pourra se produire un jour. Il est acquis. Nous serions encore plus avancés dans notre pacifique conquête de la propriété privée par tous et sous toutes les formes, immobilière et mobilière, si les théoriciens arriérés du communisme ou du collectivisme de l’histoire primitive ne venaient pas, d’époque en époque, nous arrêter dans notre marche régulière et nous obliger en certains momens [graphie traditionnelle] à nous en tenir à la défense de nos salaires et de nos profits de l’heure présente, au lieu d’en conquérir d’autres par un peu plus de travail et par un travail mieux entendu.
Paul Boiteau »


On lit dans le journal radical La Justice, 20 Mars, page 2, ce compte-rendu détaillé des obsèques de Marx. Le journal avait déjà publié un article pour annoncer le décès (voir dans la série "Mort de Karl Marx).
« Obsèques de Karl Marx
Les obsèques de Karl Marx ont eu lieu samedi au cimetière de Highgate à Londres. Elles ont eu le caractère privé que la famille entendait leur donner en évitant toute publicité.
Le deuil était conduit par un vieil ami de la famille, M. Frédéric Engels, qui donnait le bras à Mlle Eleonor Marx, et par les deux gendres du défunt, MM. Lafargue et Ch. Longuet.
Parmi les nombreux amis venus rendre un dernier hommage au grand penseur, nous citerons M. Liebknecht, membre du Reichstag [38], M. Ray Lankester, naturaliste distingué, professeur à l’Université de Londres [39], M. Scherlemmer, professeur de chimie organique à l’Université de Manchester et membre de la Société Royale de Londres [40], le docteur Donkin, médecin en chef de l’hôpital des Enfants, M. Weller, des Trades-Unions [41], MM. Lessner [42], Lokner [43], etc.
Deux couronnes rouges ont été déposées sur le cercueil par M. Lemke [44], une au nom du Social Democrat de Zurich, l’organe du parti socialiste allemand [45] et des télégrammes envoyés par des groupes socialistes d’Espagne et de France.

Discours de Frédéric Engels :
Il y a quinze mois à peine, la plupart d’entre nous étaient réunis autour de cette tombe qui allait devenir la dernière demeure d’une femme au cœur noble et grand [46]. Cette tombe nous la rouvrons aujourd’hui pour y déposer les restes de son mari.
Karl Marx était un de ces hommes comme un siècle n’en compte que quelques-uns. Si Charles Darwin a découvert la loi qui régit le développement de la nature organique sur notre planète, Marx a découvert la loi fondamentale qui régit la marche et le développement de l’histoire de l’humanité, loi si simple et d’une telle évidence qu’il suffit, pour ainsi dire, de la formuler pour la faire reconnaître.
Marx a aussi découvert la loi qui a présidé à la création de la société actuelle, dont l’existence repose sur une grande division en deux classes antagoniques : la classe capitaliste et la classe salariée. C’est là la loi suivant laquelle la société s’est d’abord organisée, suivant laquelle elle a grandi, puis est parvenue aujourd’hui à cet excès de croissance, dont elle mourra comme sont mortes toutes les phases sociales antérieures.
Après de tels travaux et de tels résultats, la mort de Marx est pour le socialisme une perte d’autant plus grande qu’il nous est enlevé au milieu de son œuvre, et que, tout en ayant beaucoup produit, il laisse inachevée une production plus grande encore.
Si chère que lui fût la science, elle ne l’absorbait pourtant pas entièrement. Certes, nul ne ressentit jamais une joie plus entière à l’annonce d’un nouveau progrès scientifique, d’application pratique ou de théorie pure. Mais avant tout il voyait dans la science un grand levier historique, une puissance révolutionnaire, dans la plus haute acception du mot. Et c’est ainsi, c’est avec ce but en regard qu’il mania toujours les énormes ressources d’érudition et de savoir, historique surtout, qu’il possédait.
Oui, il était bien, comme il aimait à le dire, un révolutionnaire. La lutte pour l’affranchissement de la classe salariée, pour qu’elle rompe les chaînes de la production capitaliste, tel fut son élément. Et jamais il n’y eut combattant plus actif. Cette partie de son œuvre se résume dans l’effort qui la couronne : la fondation de l’Association internationale des travailleurs. De 1864 à 1872 il en fut le guide reconnu. Aujourd’hui l’Internationale a cessé d’être, mais le lien d’union fraternelle qu’elle avait établi entre les ouvriers de tous les pays civilisés d’Europe et d’Amérique, ce lien existe toujours, sans qu’il ait besoin d’aucun signe matériel et extérieur.
Tout militant, tout homme qui défend une cause a des ennemis. Les ennemis n’ont pas manqué à Marx. Pendant la plus grande partie de sa vie politique, il fut l’homme d’Europe le plus haï et le plus diffamé. Il ne prit jamais garde à la calomnie, et jamais homme ne parvint mieux que lui à tuer la calomnie.
A l’époque de sa mort, il pouvait compter des millions d’hommes, depuis les mines de Sibérie jusqu’aux contrées les plus lointaines de l’Europe et de l’Amérique, qui se proclamaient ses disciples ; il voyait ses théories économiques devenues le Credo du socialisme universel, professées dans les chaires d’université et proclamées à la tribune des Parlements. Et s’il avait encore des adversaire, personnellement il n’avait pas d’ennemi.
Ce que fut Marx dans sa vie privée, pour sa famille et pour ses amis, je n’aurai pas la force de l’exprimer en ce moment. Mais c’est inutile, puisque vous le savez tous, vous qui êtes venus lui dire un dernier adieu.
Adieu, Marx ! ton œuvre et ton nom vivront à travers les âges.

Discours de Liebknecht :
Je suis venu d’Allemagne pour exprimer les sentiments de ma profonde affection envers mon maître inoubliable et mon ami fidèle [47]. L’ami le plus ancien et le plus éprouvé de Mars, Engels, vient de dire que Karl Marx a été l’homme le plus haï de ce siècle. C’est vrai, il a été le plus haï, mais il a été en même temps le plus aimé. Il a été le plus haï par les oppresseurs, par les exploiteurs du peuple ; le plus aimé par les opprimés et les exploités. Le peuple aime Marx parce que Marx l’a aimé. Car l’homme dont nous pleurons aujourd’hui la mort fut grand dans son amour comme dans sa haine, haine née de son amour. Marx n’a pas été seulement un grand esprit, il a été un grand cœur, nous le savons, nous tous qui l’avons connu.
Mais je ne parle pas seulement ici en mon nom. Je suis ici pour parler au nom du parti socialiste et démocratique allemand qui m’a député pour exprimer sa gratitude envers le maître qui a créé le parti socialiste-démocratique, autant qu’un homme peut créer un parti.
Révolutionnaire ayant puisé ses idées et sa force dans la science, Marx voulait communiquer la science au peuple. La science naturelle nous a délivré de Dieu. La science sociale nous délivrera du capitalisme et des dieux de cette terre, qui sont autrement dangereux que les dieux du cial. Marx nous a délivré de la « phrase » ; il nous a donné une base solide, inébranlable, car les vérités de la science sont au-dessus des attaques de nos ennemis. Le terrain scientifique est le champ de bataille sur lequel nous lutterons sans relâche, sans trêve, jusqu’à ce que nous ayons vaincu.
La science, qui ne connaît pas de barrières, ne devait pas connaître les barrières de la nationalité. Aussi, l’auteur du Capital a-t-il été l’un des créateurs de l’Association internationale des travailleurs.
Toute la vie de Marx a été vouée à la défense des prolétaires. Aussi, tous les prolétaires de tous les pays, conscients de leurs intérêts, voient-ils en lui un de leurs libérateurs. Aussi vit-il, vivra-t-il toujours dans le cerveau du peuple.
C’est u rude coup qui nous a frappé ; mais, au lieu de porter le deuil, nous prenons la résolution d’appliquer ce que notre maître a enseigné. Le parti démocratique et socialiste réalisera la pensée de Marx : c’est là la meilleure manière d’honorer sa mémoire.
Cher ami, si vivant parmi nous, quoique mort, nous suivront le chemin que tu nous as tracé ; nous le suivrons jusqu’au bout. Nous le jurons sur la tombe qui vient de s’ouvrir pour toi.

Adresse de Pierre Lavroff :
Au nom de tous les socialistes russes, j’envoie un dernier adieu au plus éminent de tous les socialistes de notre temps. Une des plus grandes intelligences vient de s’éteindre. Un des plus énergiques lutteurs contre les exploiteurs du prolétariat vient de mourir.
Les socialistes russes s’inclinent devant la tombe de l’home qui a su sympathiser avec leurs tendances pendant les phases de la terrible lutte qu’ils ont soutenue, lutte qu’ils continuent et qu’ils continueront jusqu’à ce que les principes de la révolution sociale triomphent définitivement. La langue russe fut la première qui posséda la traduction du Capital, cet évangile du socialisme contemporain. Les étudiants des universités russes furent les premiers qui entendirent une exposition sympathique des doctrines du penseur éminent que nous venons de perdre. Ceux même qui se sont trouvés en opposition avec le fondateur de l’Internationale sur des points d’organisation pratique, ont toujours dû s’incliner devant la vaste science et la haute intelligence qui sut approfondir l’essence du capital moderne, l’évolution des formes économiques de la société et la dépendance de toute histoire humaine de cette évolution. Les opposants les plus ardents qu’il rencontre dans les rangs des révolutionnaires socialistes ne pouvaient cependant faire autre chose qu’obéir au grand cri révolutionnaire que Marx et F. Engels, l’ami de toute sa vie, avaient lancé il y a trente-cinq ans :
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !
La mort de Karl Marx est un deuil pour tous ceux qui ont su comprendre sa pensée et apprécier son influence sur notre temps.
Je me permets d’ajouter que c’est un deuil encore plus douloureux pour ceux qui ont connu l’homme dans son intimité et surtout ceux qui l’ont aimé comme ami.

Télégramme des socialistes espagnols
En mon nom et comme délégué du parti ouvrier espagnol (agglomération madrilène), je partage la douleur immense des amis et des filles de Marx pour la perte si cruelle du grand socialiste, notre maître à tous.

Télégramme des socialistes français
L’agglomération parisienne du parti ouvrier exprime sa douleur de la perte du penseur dont la conception matérialiste de l’histoire et l’analyse de la production capitaliste créèrent le socialisme scientifique et la mouvement communiste révolutionnaire contemporain et proclame sa vénération pour l’homme que fut Marx en communion complète avec ses doctrines.
Le secrétaire : Lépine.
Socialistes du Cercle international de Paris, profondément peinés de la mort de Karl Marx."


L’Intransigeant, 23 mars 1883, publie la suite de l’article de Benoît Malon, donné dès le lendemain de l’annonce de la mort de Marx .De tous les articles alors consacrés à Marx, celui de Benoît Malon est le seul qui examine vraiment l’œuvre de Marx dans sa dimension fondamentale.
« Le socialisme de Karl Marx
Nous avons indiqué que Marx fut à la fois un philosophe et un homme politique, « un penseur et un combattant », comme porte l’épitaphe de Lassalle, son plus éminent disciple [48]. Mais ne voulant pas, au moment où vient de s’éteindre cette grande vie, entrer dans les discussions passionnées qu’a soulevées, à plusieurs reprises, l’action politique de l’illustre fondateur de l’Internationale, nous nous en tiendrons, sur ce point, à ce que nous avons dit, pour ne nous occuper exclusivement que du savant et du penseur. Notre champ d’étude sera encore plus vaste que ne comporte un article de journal.
Lorsque Marx entra dans la vie intellectuelle, en 1842, le socialisme était presque entièrement d’élaboration française.
Saint Simon avait prophétisé l’avènement d’une société pacifique et industrielle, devant remplacer la société féodale et guerrière frappée de mort par notre grande Révolution et il avait convié – vainement hélas ! – la bourgeoisie, classe ascendante, à l’inauguration d’une splendide phase de progrès industriel et d’émancipation progressive des travailleurs.
Fourier avait découvert la puissance bienfaisante de la solidarité humaine, évoluant dans la liberté des impulsions rectifiées par l’instruction intégrale, pondérées par le milieu harmonique et se résolvant dans l’indépendance et le bonheur de tous les êtres humains.
Cabet et Dezamy avaient éloquemment flétri la société individualiste et annoncé les splendeurs futures du communisme. Auguste Comte invitait les dirigeants ) se moraliser, à se reconnaître des devoirs sociaux. Colins, Vidal, Pecqueur perçaient à jour les mystères d’iniquités de l’économique bourgeoise et réclamaient la socialisation graduelle des capitaux. Pierre Leroux tentait de mener de front une synthèse philosophique et l’élaboration d’un système socialiste.
Plus pratique, Louis Blanc réclamait l’intervention énergique de l’Etat contre les abominations de la concurrence bourgeoise. Enfin Proudhon commençait ses critiques puissantes, ses analyses souvent fécondes et ses synthèses incomplètes et contradictoires.
Pendant ce temps, en Angleterre, le grand Owen, l’égal de Saint-Simon et de Fourier, expérimentait la modificabilité indéfinie de l’être humain par les situations, les milieux, les intérêts et l’éducation morale.
En Belgique, Bartels, Jottrand, Kats vulgarisaient des idées fort imprégnées de saint-simonisme et, en Allemagne, l’ouvrier tailleur Veitling avait fondé un parti socialiste allemand en formulant une synthèse où étaient combinés le fouriérisme et le communisme.
En somme, des poussées puissantes, des hommes de génie, des écoles socialistes remarquables par le talent, le dévouement et le nombre de leurs membres, de grandes découvertes dans le domaine social ; mais pas une idée socialiste générale assez acceptée pour unir les prolétaires militants des diverses nations civilisées.
Telle est la lacune que Marx et les plus avancés des « hégéliens de la gauche » prétendirent combler. Y réussirent-ils ? Non entièrement ; mais par eux, - par Marx surtout – fut faite une œuvre immense.
On n’en vint pas certainement à l’unité de doctrine et de programme, chose impossible, d’ailleurs, vu les différences, de tempérament, de tradition historique de développement politique et de situation économique des différents peuples ; mais un grand nombre d’idées communes furent adoptées, la solidarité internationale des travailleurs fut hautement proclamée et même partiellement pratiquée.
Enfin, on sut mieux, - après que Marx eut reconstruit sur l’œuvre destructive de Proudhon – subordonner les opinions individuelles aux grands développements de l’histoire, les doctrines subjectives aux lois historiques et économiques qui régissent le monde social.
Marx a beaucoup donné aux socialistes contemporains. On s’en convaincra par cet exposé succinct de sa doctrine :
Toutes les sociétés qui se sont succédé jusqu’ici ont un caractère commun : la lutte des classes. Les révolutions ont changé les conditions de cette lutte, mais ne l’ont pas supprimée. Depuis que la Bourgeoisie a remplacé la Féodalité seigneuriale, postérieure elle-même au Patriciat antique ; depuis qu’à l’esclavage, au servage a succédé le prolétariat, la situation a conservé ces deux caractères distinctifs : « l’oppression et l’exploitation sans merci de la classe infériorisée par la classe dominante, lutte ouverte ou cachée, mais acharnée et constante des classes en présence. »
La bourgeoisie, pour arriver au pouvoir, a dû invoquer la liberté politique et la liberté économique. Au nom de cette dernière, falsifiée par elle, les progrès scientifiques et industriels aidant, elle a révolutionné la production, elle a inauguré le règne de la production capitaliste, sous laquelle toute richesse s’annonce comme une immense accumulation de marchandise, ayant pour forme élémentaire une quantité isolée de cette richesse.
Toute chose destinée à la satisfaction d’un besoin humain a une valeur d’utilité, comme marchandise elle a une valeur d’échange. La valeur d’échange est le rapport quantitatif dans lequel les objets utiles s’équivalent et sont échangeables.
Ainsi que l’ont établi les économistes les plus éminents et notamment Ricardo, ce rapport quantitatif, cette mesure de la valeur, est le temps de travail. Naturellement, il ne peut s’agir que du travail nécessaire en moyenne et exécuté avec le degré moyen d’habileté, d’outillage et d’intensité et, dans les conditions normales de l’industrie à un moment donné.
Il semble dès lors que chacun devrait pouvoir acheter, en retour de son travail, une quantité équivalent d’utilités et de valeurs échangeables à celles par lui produites.
Il n’en est rien cependant. « L’accumulation de la richesse à un des pôles de la société marche du même pas que l’accumulation, à l’autre pôle, de la misère, de l’asservissement et de la dégradation morale de la classe qui de son produit fait naître le capital ».
D’où vient cela ? De ce que par une série de spoliations, qui, pour être quelquefois légales, n’en sont pas moins réelles, les forces productives, au fur et à mesure de leur formation, ont été appropriées par des privilégiés qui, grâce à ces instrumentum regni commandent le travail, exploitent les travailleurs.
Aujourd’hui, celui qui est destiné à devenir capitaliste se présente sur le marché, muni d’argent. Il achète d’abord l’outillage et la matière première, puis, pour les mettre en œuvre, la force de travail de l’ouvrier, unique source de la valeur, et il met celui-ci à l’œuvre. Le produit total revient au capitaliste, qui le revend plus cher qu’il ne lui a coûté. De la plus-value le capital est né ; il s’accroît en raison de la quantité de plus-values ou de travail non payé. Tout capital est donc une accumulation de surtravail d’autrui ou travail non payé en salaire.
De cet unique état de chose, il ne faut pas se prendre aux individus : il est le résultat de la société capitaliste, car tous les événements, tous les actes individuels ne sont que le processus de forces fatales lentement modifiables, vu que « lors même qu’une société est arrivée à découvrir la voie de la loi naturelle qui préside à son mouvement, elle ne peut ni dépasser d’un saut, ni abolir par décret les phases de son développement naturel. Mais elle peut abréger la période de gestation et adoucir les maux de son enfantement. »
On en peut pas aller contre les tendances d’une société, mais seulement les faire dériver vers le bien général. Ainsi la société capitaliste va irrésistiblement à la concentration des capitaux.
Tenter d’entraver ce mouvement serait puéril ; il faut simplement passer de la monopolisation fatale des forces de la production et de la circulation à leur nationalisation, et cela par une série de mesures légales, devant suivre la conquête du pouvoir par les classes ouvrières.
En attendant, le mal grandira. En vertu de la loi des salaires, l’accroissement de la productivité du travail par le perfectionnement de l’outillage accroît les chômages et la misère en diminuant la demande et en augmentant l’offre des travailleurs.
Cela est compréhensible.
A la production naturelle des valeurs d’utilité déterminée et réglée par la demande des besoins réels ou jugés tels qui a été en honneur jusqu’au dix-huitième siècle, s’est substituée la production marchande des valeurs d’échange, la production sans règle ni mesure, qui court après l’acheteur, et qui ne s’arrête (que) dans son action vertigineuse que lorsque le marché universel regorge. Alors des millions parmi les centaines de millions de prolétaires que cette production a enrégimentés sont en proie au chômage et décimés par la faim ; et cela par suite de la surabondance créée par une production déréglée !
Les nouvelles forces économiques que la bourgeoisie s’est appropriées ne sont pas au bout de leur développement, et déjà l’enveloppe bourgeoise de la production capitaliste ne peut plus les contenir. Comme autrefois la petite industrie, parce qu’elle faisait obstacle à la production, fut brisée violemment, de même les privilèges capitalistes, devenus des obstacles à la production qu’eux-mêmes ont développée, seront brisés à leur tour, car la concentration des moyens de production et la socialisation du travail atteignent un degré qui les rend incompatibles avec leur enveloppe capitaliste.
A ce point, le prolétariat, comme la bourgeoisie, se saisira du pouvoir politique pour abolir les classes et socialiser les forces production et de circulation dans l’ordre de leur monopolisation par la féodalité capitaliste.
Telle est, dans ses lignes générales, l’œuvre théorique marxienne avec quelques éclaircissements des disciples. Elle n’est pas le Credo du socialisme ouvrier moderne ; mais elle en est la source abondante où il a le plus puisé.
Je le répète, Marx est l’un des hommes du dix-neuvième siècle qui auront le plus contribué à l’élaboration de la pensée émancipatrice commune.
Il peut reposer en paix, dans le souvenir de l’histoire : sa journée a été bien remplie.
B. Malon. »


Voici, pour clore cette série, l’article que le grand journal républicain conservateur, Le Temps, se borne à donner le 20 mars 1883, en page 2, dans la rubrique "Bulletin de l’étranger/ Dépêches Havas" : deux ou trois jours après les autres quotidiens, une simple dépêche d’agence, sans autre commentaire.... On sent que la nouvelle n’a guère d’importance, mais on ne sent pas non plus vraiment d’animosité. On donne l’info et on tourne la page.
« Angleterre
Les obsèques de Karl Marx ont eu lieu samedi au cimetière de Highgate, à Londres. D’après les informations de la Justice, elles ont eu le caractère privé que la famille entendait leur donner en évitant toute publicité.
Le deuil était conduit par un vieil ami de la famille, M. Frédéric Engels, qui donnait le bras à Mlle Eléonor Marx, et par les deux gendres du défunt, MM. Lafargue et Ch. Longuet.
Parmi les nombreux amis venus rendre un dernier hommage au grand penseur, nous citerons M. Liebknecht, membre du Reichstag ; M. Ray Lankester, naturaliste distingué, professeur à l’Université de Londres ; M. Scherlemmer, professeur de chimie organique à l’Université de Manchester et membre de la Société royale de Londres ; le docteur Donkin, médecin en chef de l’hôpital des Enfants ; M. Weller, des Trade’s-Unions ; MM. Lessner, Lockner, etc.
Des discours ont été prononcés par MM. Engels et Liebknecht, puis Ch. Longuet a lu un adieu écrit par Pierre Lavroff au nom des socialistes russes, et des télégrammes envoyés par des groupés socialistes d’Espagne et de France. »

Ainsi, comme le montre ce bref survol de la presse parisienne au lendemain de sa mort, le nom de Marx n’est pas celui d’un inconnu. Adversaires et partisans mettent en avant, sans approfondir ni les lier vraiment, les deux aspects de l’œuvre de Marx : l’élaboration d’un socialisme qui se veut scientifique à partir de sa critique de l’économie politique, la création de la défunte Association internationale des Travailleurs et son prolongement dans la création de partis ouvriers.

Notes

[1Friedrich Engels, 1820, était le fils d’une famille d’industriels allemands dont une partie des activités était située en Angleterre. Sa vie offre le paradoxe d’un révolutionnaire engagé très tôt et très fermement dans l’élaboration théorique, et dans l’action, et d’un collaborateur de son père dans ses activités industrielles en Angleterre. C’est grâce à cette source assurée de revenus qu’il pourra soutenir financièrement Marx (dont la situation en Angleterre fut souvent proche de la misère), tout en continuant à entretenir avec son ami un échange idéologique et politique permanent.

[2Non, en 1818

[3Ce n’était vraiment pas le cas

[4On le voit, Marx est rangé du côté des Vieilles Lunes de 1848, dont la faible lumière ne peut plus éclairer l’actualité. C’est un angle d’attaque assez rare, au vu des attaques des journaux conservateurs qui font de lui justement, au présent, un redoutable ennemi de l’ordre social

[5Un des pseudonymes de l’écrivain et journaliste polygraphe Charles Chincholle, 1843

[6L’adjectif n’est pas innocent après le trauma de la défaite de 1870

[7En fait, Marx est mort en Angleterre

[8journal radical–].Marx, qui habitait depuis longtemps en Italie[[Pas du tout, il vivait en Angleterre et venait de faire un bref séjour en Algérie

[9Thème permanent de l’anti marxisme : Marx ne tolère pas la critique au sein même de son mouvement

[10En 1878, à la suite du congrès ouvrier de Lyon, était née la Fédération des travailleurs socialistes de France, FTPS. En 1881, les blanquistes la quittent pour former le Comité Central Révolutionnaire, CCR. En 1883, à la suite du congrès ouvrier de Saint-Étienne, les réformistes "possibilistes" et les proudhoniens la quittent à leur tour, pour former la Fédération des Travailleurs socialistes. Les guesdistes collectivistes forment alors le Parti Ouvrier, qui deviendra plus tard le Parti Ouvrier Français

[11Reproche qui sera par la suite celui de tous les anti marxistes, et qui prendra plus d’ampleur encore après la Révolution de 1917

[12Bismarck avait en effet opéré d’importantes réformes sociales

[13Christian de Villebois-Mareuil, 1852, aristocrate, avocat et journaliste monarchiste

[141818

[15Marchand et banquier libéral

[16Il faudra attendre 1891

[17Marx avait effectivement séjourné chez Longuet, mais il est mort à Londres

[18Quotidien alors très radical fondé en 1880 par Clémenceau et Camille Pelletan. Sur Longuet, cf. l’article dans cette série

[19C’est inexact, il avait déjà quitté Paris

[20Pour propagande socialiste guesdiste "subversive

[21Journal radical

[22Marx directeur dictateur, c’est la critique formulée par les libertaires bakouniniens et par les proudhoniens

[23La loi Dufaure, 1872, interdisait la reconstitution de l’Internationale

[24Le procès de Moulins, où Lafargue et ses amis sont accusés de propagande socialiste séditieuse

[25Directement, avec Lafargue, gendre de Marx, et Guesde, que Lafargue amènera aux idées marxistes. Le programme du Parti ouvrier, en 1880, a été écrit avec la collaboration de Marx

[26Précision indispensable pour une opinion française chauffée à blanc contre l’Allemagne depuis 1871

[27Louis Lucipia, 1843, journaliste, internationaliste et membre de la Commune de Paris, déporté en Nouvelle Calédonie, rentre en 1880, écrit alors dans presse radicale

[28Ignoble et faux, le père de Marx était le descendant d’une lignée d’israélites, rabbins puis marchands, mais il était avocat de modeste aisance, et s’était tout jeune converti au protestantisme, dans lequel il avait élevé Karl

[29Encore l’obsession antisémite !

[30On sourirait de cette parano antisémite si elle n’était pas potentiellement meurtrière, et elle l’a été après 1940

[31Pauvre Marx, qui a passé sa vie dans la gêne, quand ce n’était pas la misère

[32Déluge de calomnies honteuses

[33les deux cibles traditionnelles de l’ultra droite française : les deux corps "étrangers" à la Nation, Juifs et Protestants, Juifs dont Maurras ne cessera de demander l’éradication

[34Déportés par la répression de la Commune

[35Encore un exemple de la très particulière charité chrétienne de ce journal catholique

[36Sur les rapports des économistes bourgeois français et l’œuvre de Marx, on consultera l’étude de Jacqueline Cahen :
« La réception de l’œuvre de Karl Marx par les économistes français (1871-1883) » : Cahen.

[37Lycurgue, mythique rédacteur de la constitution de Sparte

[38Wilhelm Liebknecht, célèbre dirigeant du Parti social-démocrate allemand. Après avoir combattu dans les rangs de la Révolution allemande de 1848-1849, Liebknecht avait dû s’exiler à Londres, où il avait milité à la Ligue des communistes avec Marx, dont il était devenu l’ami. Il avait pu rentrer en Allemagne en 1862

[39Socialiste fabian, darwiniste éminent, zoologiste et anatomiste, avec lequel Marx échangea beaucoup à la fin de sa vie, et qui compta dans son évolution intellectuelle quant au matérialisme et à l’écologie

[40Een fait Carl Schormeller, internationaliste, ami intime d’Engels

[41George Wheeler, syndicaliste, un des initiateurs de l’Internationale en 1864

[42Tailleur allemand et militant communiste, ami de Marx, fixé à Londres depuis 1856, après 3 ans d’emprisonnement en Allemagne pour délit de communisme

[43Vieux membre de la ligue des communistes allemands, ami de Marx

[44Gottlieb

[45L’impression du journal était interdite en Allemagne], l’autre au nom des socialistes allemands de Londres.
Des discours ont été prononcés par MM. Engels et Liebknecht, puis Ch. Longuet a lu un adieu, écrit par Pierre Lavroff au nom des socialistes russes[[Piotr Lavrov, mathématicien russe, condamné à la relégation pour ses écrits révolutionnaires, s’exile en France, internationaliste, participe à la Commune de Paris, exilé en Suisse où il crée la revue Vpered (en avant), rentre en France en 1877 mais est expulsé en 1882 à cause de ses activités révolutionnaires russes, vit à Londres, ami de Marx

[46l’épouse de Marx

[47Emigré en Angleterre après l’échec de la Révolution allemande de 1849, Wilhelm Liebknecht y rencontre Marx et Engels et milite avec eux, avant de rentrer en Allemagne en 1862 et d’y propager les idées marxistes

[48Lassalle, ancien membre de la ligue des communistes allemands, n’était en aucune façon le disciple de Marx : il s’en était détaché pour créer le mouvement socialiste réformiste "l’Association générale des Travailleurs allemands" ; Marx combattit ses thèses avant la fusion du courant lassallien et du courant marxiste dans le "Parti socialiste des ouvriers allemands"

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