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Rabah Stambouli, mon souvenir d’un démocrate algérien, et kabyle

dimanche 9 décembre 2018, par René Merle

Plus d’un an après le soulèvement de la jeunesse de 1988 dans la capitale algérienne, je participais à une délégation d’enseignants (FOL) qui visita Alger, la Mitidja et une partie de la Kabylie. Le cadre institutionnel, quasi officiel, de notre réception ne nous empêcha pas cependant, à l’occasion de plusieurs rencontres, de mesurer l’influence croissante et prégnante du Front islamique du salut.
Un de nos hôtes, auquel nous devons en particulier la visite à Tizi Ouzou et en Kabylie, était le professeur de théologie Rabah Stambouli, partisan déclaré d’un Islam de progrès, et adversaire résolu des thèses intégristes. Au temps des « événements d’Algérie », il avait payé de sa liberté sa lutte pour une Algérie indépendante, mais il n’en aimait pas moins la France de la laïcité et la pluralité.
Nous l’avons invité peu après à venir faire une conférence chez nous, à l’occasion d’un échange culturel avec de jeunes étudiants algériens. Il nous avait redit combien il ne craignait pas les menaces, et faisait confiance à la dignité et à l’esprit de résistance de sa Kabylie qu’il aimait tant.
En 1994, nous apprenions qu’il avait été assassiné devant chez lui, à Tizi Ouzou. Une victime parmi les dizaines et dizaines de milliers de victimes de cette guerre qui opposa dans les années 1990 par des groupes se réclamant de l’Islam, et l’armée algérienne…
Je dois dire que je m’interroge encore sur le silence des grands médias et des grands mouvements politiques français pendant cette décennie qui ensanglanta l’Algérie, silence qui n’était rompu que par des condamnations du pouvoir algérien jugé responsable, du fait de son annulation des élections dont le FIS devait sortir victorieux. Le peuple algérien subissait pourtant alors, et à quelle échelle, un trauma quotidien dont désormais, après Charlie et le 13 novembre, les Français commencent à pouvoir se faire une idée.
Je donne ci-dessous l’article que publie le journal l’Humanité, le 24 août 1994, à l’occasion de l’assassinat de Rabah Stambouli. J’ajoute qu’un lycée de Tizi Ouzou porte aujourd’hui son nom.
"Le théologien Rabah Stambouli assassiné à Tizi Ouzou
Le professeur de sociologie Rabah Stambouli, soixante-cinq ans, a été assassiné mardi matin par balle à la sortie de son domicile à Tizi Ouzou, la principale ville de Kabylie, à 90 kilomètres à l’est d’Alger. Professeur à l’université d’Alger, ce philosophe, spécialiste de théologie et partisan d’un islam de progrès, tolérant, ouvert sur le monde et moderne, s’opposait aux thèses intégristes du FIS.
Proche du RCD (le Rassemblement culturel berbère, dirigé par Saïd Sadi), il signait fréquemment des éditoriaux dans le journal « Liberté ». Il participait à des conférences et à des débats pour dénoncer le détournement de l’islam par les gens du FIS et les groupes terroristes qui gravitent autour de lui. Autrement dit, Rabah Stambouli était aux yeux des islamistes un homme d’autant plus dangereux qu’il leur était impossible de l’attaquer sur le terrain religieux : il était lui-même un musulman fervent et un spécialiste du Coran.
Le fait que le théologien ait été assassiné à Tizi Ouzou est lui aussi significatif : les auteurs de ce nouveau crime ont voulu montrer qu’ils pouvaient frapper n’importe où, même dans cette Kabylie berbère qui a souvent été présentée comme le dernier bastion de la résistance à l’islamisme."

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