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Stefan Zweig, adieu l’Europe, film

mardi 9 octobre 2018, par René Merle

Encore une perle de ce cinéma allemand qui revisite la grande, la vraie culture de langue allemande : Stefan Zweig, adieu l’Europe, (Vor der Morgenröte) de Maria Schrader, 2016, que j’ai visionné récemment.
Zweig [1881], Autrichien juif et démocrate, s’était résigné à quitter l’Autriche (encore indépendante) en 1934 devant les sanglants troubles sociaux de Vienne et la montée du nazisme menaçant. D’abord installé à Londres, il choisit en 1936, l’année du déclenchement de la guerre d’Espagne, de quitter un continent où les menaces de conflit s’accumulent.
Mais, quitte à décevoir ses plus fidèles amis, comme Romain Rolland, il refuse de s’engager clairement dans la dénonciation de ce qui advient en Allemagne. D’une certaine façon, il se veut au dessus de la mêlée, dans l’appel à la générosité, à la rencontre des hommes de bonne volonté, loin des extrémismes, comme le grand Érasme dont il avait donné la biographie[[Sur le rapport de Zweig à Érasme, voyez la belle étude de Pascale Avenel, « Erasme et Stefan Zweig ou l’éloge involontaire de l’irrationnel », Germanica, 26, 2000.
Avenel].
Il ne s’agit pas d’un biopic, comme on dit aujourd’hui, sur l’illustre écrivain autrichien, (remarquablement interprété par Josef Hader). La réalisatrice a choisi d’enchaîner quelques séquences significatives, de son arrivée au Brésil en 1936, (un Brésil sensuel, de couleurs et de senteurs, dont il tombe définitivement amoureux), jusqu’à son suicide en 1942, (suicide qui clôt un détachement désespéré devant l’inanité de ses positions face au cataclysme guerrier, et dans lequel, hélas, il entraîne sa jeune compagne), en passant par des escales à Buenos Aires (superbe évocation du Congrès des écrivains de Buenos Ayres et de la position difficile de Zweig, refusant donc de prendre parti) et New York (où il revoit d’anciens amis juifs allemands et autrichiens, qui ne le comprennent guère, pas plus que son ex-femme). Drame de la solitude, dans le sentiment délétère de l’inutilité intellectuelle, exaspéré par la menace de la vieillesse qui vient...
Ce n’est pas marrant, mais j’ai beaucoup aimé ce film intelligent et remarquablement réalisé.

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