La Seyne sur Mer

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"Le Temps" et la guerre du Rif

lundi 10 décembre 2018, par René Merle

Où l’on retrouve Franco et Pétain.. ;

Le grand journal conservateur Le Temps (11 octobre 1925) présente ainsi la situation dans le Rif marocain (depuis avril, les troupes françaises étaient engagées contre la République berbère du Rif et son dirigeant Abd el Krim. Le maréchal Pétain en assurait le commandement depuis l’été. Franco commandait du côté espagnol).
« LA DÉFAITE MORALE DU RIFAIN.
Quand, sous l’impulsion du maréchal Pétain, se sont ouvertes, vers la fin du mois d’août, les premières opérations contre Abd el Krim, nous avons appelé l’attention, en présence des résultats rapidement acquis, sur la méthode, le plan, la volonté qu’elles dénotaient. Nous faisions remarquer qu’il ne s’agissait pas seulement de redresser la situation en notre faveur, mais que le haut commandement, d’accord avec nos amis Espagnols, visait plus haut et plus loin, en fonction même de la tâche à remplir, qui consistait tout net à détruire la puissance d’Abd el Krim, édifiée en grande partie sur la terreur.
A ce moment, on pouvait craindre qu’entre les Espagnols et nous il y eût seulement entente morale, appui restreint et non coopération directe, pleine et entière. Heureusement, et grâce à l’énergique action du général Primo de Rivera [1] qui a su dominer ou rallier à sa manière de voir toute une partie de l’opinion espagnole encore impressionnée par les échecs antérieurement subis, la coopération désirée a pris nettement forme et s’est révélée, au jour dit, singulièrement ardente et volontaire [2] . A la suite de combats assez durs mais vaillamment conduits, les Espagnols viennent, en effet, de mettre à mal le repaire d’Abd el Krim ; ils ont bouleversé son poste de commandement d’Ajdir ; ils l’ont forcé à fuir, à se réfugier dans le Targuist, district montagneux qui s’étend entre les Beni-Ouriaghel et les Ghomara, au cœur même de la région purement rifaine, et ce coup a porté une rude atteinte à son prestige jusque-là indiscuté. Avant que d’être militairement battu, Abd el Krim est moralement défait. Autour de lui les dévouements fléchissent. Toutes les capitulations débutent de cette manière.
La portée de cet événement peut être grande ; aussi convient-il de rendre à l’armée espagnole, à sa vigueur et à l’esprit qui l’anime, l’hommage qui lui est dû [3]. Des témoins qui l’ont vue à l’œuvre s’accordent à reconnaître qu’elle est remarquablement équipée : hôpitaux, artillerie, aviation, automobiles, tout y est "dernier cri". L’artillerie emploie du matériel Schneider et l’aviation de reconnaissance et de bombardement des appareils Bréguet [4]. Le soldat est de maniement facile. La troupe produit une excellente impression et elle a montré, aux abords de Tetouan comme sur les rochers d’Alhucemas, autant de ténacité dans la défense que de mordant dans l’attaque [5]. Mais ce sont surtout les opérations de débarquement en vue de la marche sur Ajdir qui ont mis en lumière l’esprit de décision du commandement [6] »
L’article se poursuit par l’apologie de la stratégie de Pétain, qui vise à prendre les troupes d’Abd el Krim en tenaille, et affirme sa conviction d’une victoire certaine des alliés franco-espagnols dans les mois qui suivent.

Notes

[1Il exerçait depuis 1923 un pouvoir dictatorial sans partage sur l’Espagne, et réprimait durement les forces de gauche ; partenaire jugé tout à fait fréquentable donc, non seulement pour Le Temps, et pour le gouvernement français du Cartel des gauches...

[2Cette rencontre Pétain - Franco aura des suites...

[3Une partie de l’opinion internationale ne partageait pas tout à fait ce point de vue, notamment devant la publication fréquente de photos de militaires espagnols brandissant les têtes coupées de "rebelles"

[4Le journal oublie de dire que ces avions procédaient à des bombardements chimiques au gaz moutarde, dont les séquelles sanitaires ont perduré jusqu’à aujourd’hui

[5Cette armée d’Afrique, dirigée par le même Franco qui la dirigeait en 1925, joua le rôle que l’on sait contre la République espagnole, en 1936

[6On mesure surtout la disproportion des armements entre Rifains et Espagnols - Français

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